Fini, je ne compte plus le temps qui s'écoule entre mes différents chapitres. - -"

En espérant que celui-ci vous plaira!

Enjoy!


A peine arrivée dans son monde, la lapine s'aplatit de tout son long, dans un cri de surprise, sur le sentier de terre battue qui menait au château. Une fois de plus, elle s'était pris les pattes dans une racine qui dépassait sur le chemin. Elle décoinça sa patte emprisonnée en se tortillant, lançant un regard effarouché à la souche morte dont la racine s'enroula sur elle-même, une fois sa prise perdue.

Autrefois, la forêt du Cheshire s'étendait jusqu'ici, par quelques un de ses arbres caractéristiques encrés ici et là. Ils étaient bien inquiétants par leur stature et par la morosité de leurs couleurs trop sombres, comparées à celles du reste de la végétation. Pourtant, il fallait reconnaitre qu'ils dégageaient un petit quelque chose de majestueux.

Sitôt, les hostilités envers l'autre royaume engagées, le roi les avait fait abattre en signe de représailles. Comme cela datait d'un peu plus d'une décennie, Miranda les connaissait par ses tendres souvenirs d'enfance. La décision du monarque n'avait été nullement contestée par son peuple, et les réfugiés du Cheshire, qui avaient déserté leur royaume pour rester dans les bonnes grâces du roi, n'avaient rien osé dire. Après tout, ces arbres devaient leur croissance à tout autre chose que ce qu'utilisait des arbres ordinaires, d'où leur appellation de chênes funestes.

Miranda frissonna de dégout en reprenant sa marche, revoyant la route royale bordée de ces formes dérangeantes. Elle se mit rapidement à courir, non sans un dernier frisson, s'imaginant les branches noueuses et basses de ces sombres arbres lui couper la route et l'engloutir sous leurs racines puissantes et sinueuses. Ils n'avaient à ces yeux, de chêne que le nom, sans partager les valeurs de ces arbres majestueux. Par contre, funeste leur convenait parfaitement.

Le trajet ne lui pris pas plus d'une dizaine de minutes, alors qu'elle traversait la ville entourant la résidence royale et elle se rua dans les couloirs sans un regard pour les nobles qui lui barraient la route. Ils étaient de véritables obstacles vivants qui s'échangeaient des mondanités sans se soucier de bloquer le passage.

D'ordinaire, la lapine se serait sentie mal à l'aise face à cette foule bruyante et inquisitrice, mais rien ne pouvait être pire que sa précédente rencontre avec le chat de Cheshire, encore trop fraiche dans sa mémoire. Sans compter l'apparition du fils d'Alice juste sous ses yeux, garçon qui lui avait sauté dans les bras, apparemment heureux au possible. De tels débordement d'affection ne lui étaient pas familiers et la gênaient franchement.

Et comme ce maudit baron l'avait suivie et avait découvert le garçon à son tour, elle se sentait coupable au possible. Alors, avant qu'il ne trouve quelque stratagème pour ramener la descendance d'Alice dans son royaume, elle devait prévenir le roi afin qu'ils puissent récupérer le jeune homme au palais dans les plus brefs délais.

Reprenant lentement son souffle pour avoir trop couru, Miranda était à des lieux de savoir la tétanisante vérité.

A mesure qu'elle reprenait son souffle, son courage fugace s'évaporait. Alors, arrivée à la porte grande ouverte de la salle du trône, elle ne pu que se ridiculiser en se cachant de la vue de son roi, adossée à l'un des piliers qui jouxtaient la porte.

Les nobles se riaient d'elle dans leurs présentes discutions, dont elle était devenue le centre d'intérêt principal. Elle se ratatina sur elle-même, honteuse, mais aussi parce qu'elle se rappelait du caractère effroyable de son roi.

Il était irritable, violant, tyrannique, porté sur l'alcool et n'hésitait pas à faire connaître son mécontentement avec pertes et fracas. Un tressautement lui parcouru l'échine, paralysant ses membres crispés, alors qu'elle s'imaginait sans mal la réaction qu'allait avoir l'homme imposant dès qu'il entendrait les mots «Chat de Cheshire» et «Alice» dans la même phrase.

La messagère caressa son oreille droite fébrilement, au souvenir de la douleur sourde qui avait pénétré la chair fragile par le passé. La toute première fois où elle avait vu le baron de ses propres yeux était parfaitement encré dans sa mémoire, puisque c'était aussi le jour où elle avait découvert à quel point son souverain était dangereux. Le sourire goguenard du matou, qui se délectait de sa mine meurtrie, alors qu'elle ne sentait que la poigne de son roi refermée autour de son oreille et le vide en dessous de ses jambes, l'avait traumatisé à vie.

L'auguste matou paradait devant la cour entière, tenant fermement le frêle corps qu'il avait dérobé contre lui, paraissant plus dangereux que n'importe qui. Ce n'était pas de la folie qui transparaissait dans ses yeux envoûtant ce jour là. C'était bien plus... tranchant.

Et cette jeune fille qu'il emportait avec lui les empêchait d'appeler la garde. Elle était bien trop précieuse aux yeux du roi pour qu'ils prennent le risque de la blesser dans la poursuite. L'impuissant monarque était dans une telle rage, suite à la perte de l'un de ses trésors les plus précieux, qu'il avait instinctivement passé ses nerfs sur la première chose à sa portée, être vivant ou non. Malheureusement, c'était elle qui était au plus près du roi à ce moment là.

Bien entendu, la faute n'incombait à personne, puisque le royal félin était capable de se rendre dans n'importe quel lieu à tout moment. Simplement, il était tout bonnement impensable qu'il remette les pieds sur le domaine royal après ce qu'il avait osé faire par le passé, ce qui avait pris tout le monde de court. Et il était encore moins prévisible qu'il cherche à emmener une autre personne avec lui, alors qu'il prenait d'ordinaire un malin plaisir à tourmenter ceux qui l'approchaient de trop près, jusqu'à détraquer complètement leur personnalité.

Une main plus grande se posa sur celle de la lapine, effaçant les dernières images qui la tourmentaient, avant de couler sur les mèches bouclées dans un geste affectueux.

«Miranda, tu n'entre pas?» s'enquit le nouvel arrivant à l'imposante stature en penchant la tête, intrigué.

Aussitôt, la jeune femme se blottit dans ses bras, y cherchant un peu de réconfort et d'assurance. L'aveugle referma un bras autour d'elle et caressa chaleureusement la chevelure sombre, sans demander la moindre explication. Il avait l'habitude.

«Marie...»

Bien qu'il ne puisse discerner le moindre rayon de lumière, l'interpellé baissa son visage vers la petite voix mal assurée, en signe d'écoute.

«C'est... à propos d'Alice.» reprit courageusement la lapine en s'écartant de lui, quelque peu gênée de l'avoir agrippé. «J'ai trouvé son descendant.»

Bien qu'elle y ai mis le ton qu'il fallait, Marie sentait qu'elle n'avait pas terminé sa phrase. Effectivement, Miranda cherchait les mots pourtant simple pour annoncer la mauvaise nouvelle. C'était d'autant plus difficile à avouer qu'elle se sentait fautive à ce sujet. Qui sait si le chat ne l'avait pas suivit intentionnellement jusqu'à trouver la bonne personne?

La lapine bafouilla un peu avant de réussir à sortir une phrase structurée, traduisant tout son mal être par le chevrotement de sa voix.

«Le chat de Cheshire est au courant.»

Le sang de Marie ne fit qu'un tour à l'entente de ce nom qu'il haïssait par dessus tout. Ce satané baron lui avait ravi l'être le plus cher à ses yeux. La seule personne au monde à avoir entendu sa voix brisée alors qu'il s'époumonait du fond d'un débarras poussiéreux avait quitté ce monde par sa faute. Jamais plus cette main fraiche ne se poserait sur ses touches pour en sortir les plus belles notes qu'il pouvait jouer. Sa voix adorable ne chanterait plus de concert avec la sienne, alors qu'elle l'avait sorti des ténèbres de l'oubli.

«Tu es un instrument d'exception, Marie.»

Il rattrapa la lapine d'un pas leste avec un léger sourire mélancolique, prêt à servir de rempart à Miranda quand il le faudrait. Le monarque allait très mal réagir, d'autant plus qu'il s'était fait doublé par ce matou de malheur.

«Je t'accompagne.»

A des lieux de là, un innocent jeune homme, reconnaissable à son tatouage vermeille et à sa chevelure de neige, s'émerveillait de chaque chose sur laquelle il posait les yeux. Les couleurs neutres et discrètes se mêlaient à d'autres plus criardes et prononcées, rendant ce monde qu'il avait rejoint étrange et délicieusement attirant à la fois.

Le coeur d'Allen s'emballait dans sa poitrine alors qu'il ne pouvait réprimer un immense sourire ravi, plus excité qu'un enfant devant ses cadeaux de noël. Il se trouvait dans un autre monde, son monde, celui dont il n'avait cessé de rêver en pleurant parfois, tant il se sentait déchiré par l'impossibilité d'en faire concrètement partie.

L'albinos ne reconnaissait pas les lieux, car ils différaient en de nombreux points de ce qu'il voyait dans ses songes. Mais la singularité qui l'enveloppait était identique, ne pouvant faire naître le doute dans son esprit. Aussi, Allen n'étais nullement impressionné par cet endroit inconnu.

Qui plus est, il semblait qu'il était arrivé derrière un cirque, un sujet qui le fascinait, mais auquel il n'avait pu s'intéresser librement, car Mana semblait entretenir une sainte horreur de ce genre de communauté. Sa curiosité était donc suffisamment titillée pour écarter toute autre sentiment de prudence ou d'inquiétude.

Le jeune homme se retourna vers le passage qu'il avait emprunté, qui se refermait déjà, pour offrir un sourire plein de gratitude aux délicates roses qui avaient éclairé ses pas jusqu'ici. Elles répondirent par un scintillement changeant, plus prononcé à l'agrandissement de son sourire, juste avant que la sortie ne disparaisse pour de bon.

Allen pris une longue inspiration, savourant le doucereux sentiment de victoire. Si le passage n'existait plus, personne ne pourrait le forcer à repartir d'ici, ni a retourner dans un monde qui parvenait à l'étouffer par son insipidité.

Il amorça ensuite le pas, flânant entre les chapiteaux bariolés et les roulottes aux enluminures dorées, sans pour autant rencontrer un seul membre d'une quelconque troupe de cirque.

Il s'était imaginé pouvoir regarder les artistes s'entraîner à leurs acrobaties, et entendre leurs voix et leurs rires résonner à ses oreilles.

Le silence pesant était son seul compagnon, le menant jusqu'à l'imposant chapiteau central dont l'enseigne vieillotte ne semblait plus réellement tenir. Les chaînes rouillées paraissaient assez fragiles pour céder au moindre coup de vent. Quand à la peinture, elle s'écaillait complètement par endroits, mais le garçon réussi tout de même à lire les deux mots gravés dans le bois.

«Millenium Circus.» avait spontanément répété l'albinos, ses yeux brillants déjà d'un enthousiasme mal contenu. Il avait toujours été fasciné par cet univers en marge de la société formalisée à laquelle il était habitué. Et bien que son père avait lui-même vécu quelques années au sein d'un cirque, Allen n'avait pas eu la chance de satisfaire sa curiosité jusqu'à lors, puisque ce dernier refusait formellement de lui procurer un ticket d'entrée lors d'une représentation dans sa ville. Il lui suffisait, là tout de suite, de tendre le bras pour soulever le lourd rideau qui cachait toutes ces merveilles à ses yeux.

«Un billet d'entrée, jeune homme?»

Le coeur de l'albinos fit un bon affolé dans sa poitrine, car la voix nasillarde l'avait pris par surprise.

Allen baissa les yeux sur un bonhomme rondouillard, plus grand que lui, au haut de forme hors norme, où de petits oiseaux en papier mâché agitaient leurs ailes froissées, ce qui accompagnait le mouvement des fleurs en tulle bigarré qui ne cessaient d'éclore et de se refermer.

Au sourire démentiel de l'homme grisâtre, il devina que le cirque n'avait pas beaucoup de visiteurs, lui-même un peu calmé par son air peu rassurant, voir un poil malsain. Son sourire était surfait et se voulait trop mielleux pour être honnête, donnant l'impression au jeune visiteur d'être une proie sans défense, qui ne repartirait jamais de ces lieux, happé dans des ténèbres insondables.

D'ailleurs, la redingote plutôt sobre de celui qui devait être le monsieur Loyal de ce cirque avait vraiment l'air usée jusqu'à la corde, ce qui confirmait ses suppositions. L'argent n'avait pas l'air de rentrer assez fréquemment pour lui permettre d'entretenir son costume d'apparat.

Cependant, il gardait une sorte d'allure plutôt respectable, quoique légèrement risible si l'écart entre ses apparentes bonnes manières et les gestes grotesques qui lui échappaient était mesuré. Aussi Allen lui servit un sourire plein d'innocence, tel un petit démon, tout en étant prêt à décamper à toute vitesse si il le fallait. Cet homme était assez singulier pour attiser son intérêt.

«Et bien mon garçon, notre spectacle n'aura pas lieu avant trois jours. Tu es mal tombé... à moins que tu ne veuilles rejoindre la troupe?»

L'air déçu d'Allen se transforma rapidement en frisson d'angoisse, quand l'homme gris descendit ses lorgnons sur son nez pour le détailler de la tête au pied, avant de les remettre en place en souriant de plus belle. Ces yeux pernicieux s'étaient étrangement attardés sur sa joue gauche, sans qu'il comprenne pourquoi.

«Allons, allons. Je plaisantais mon enfant. Mais viens donc faire un tour avant de partir.»

Joignant le geste à la parole, le monsieur loyal lui ouvrit la voie dans un froissement de vieux tissus, toujours armé de son sourire démesuré. Sur ses gardes, le frêle albinos avança d'un pas léger, prêtant attention au moindre mouvement de son accompagnateur. De toute façon, il n'avait pas l'air d'avoir le choix, l'homme gris semblant déterminé à le retenir d'une quelconque façon.

La compagnie du Comte Millénaire, puisqu'il s'était finalement présenté ainsi, s'était révélée plutôt agréable au départ. Tout en expliquant le fonctionnement de ce cirque et en abordant les divers numéros, il parlait de tout et de rien. Certains de ses propos étaient assez extravagants, et Allen avait du mal à saisir sa personnalité, ressentant un gêne de plus en plus profonde. Il lui semblait que la discussion joyeuse avait tout doucement dérapé vers un monologue malsain.

Pas une âme qui vive n'avait troublé leur balade, ce qui avait probablement aidé l'apparition ce malaise certain chez le blandinet. Il grandissait à mesure que le temps passait, glaçant ses veines d'un venin d'angoisse. Le comte s'arrêtait à la roulotte de chacun de ses artistes, et parlait de leurs talents en usant d'éloges intarissable, détaillant avec une précision surprenante leurs particularités physique.

Un long frisson parcouru l'échine d'Allen, alors qu'il se rappelait d'une personne similaire, qu'il avait rencontré dans son jeune âge. Cet homme, tout juste sorti d'une prestigieuse académie, avait l'apparence typique d'un fils de bonne famille. Passionné de la première heure de l'œuvre de son père, il avait tenu à le rencontrer avant son départ de la capitale anglaise. Ils avaient alors quelques vestiges d'une collection de papillons d'Afrique, qui avait retenu tout l'intérêt de ce dernier, apparemment grand amateur de ces cadavres punaisés avec amour. Cette lueur de désir fiévreux lui avait fait tellement peur qu'Allen s'était réfugié dans les jambes de son père.

Il s'avérait que le Comte entretenait cette déplaisante fascination envers les membres de sa troupe, et vu les regards brûlant qu'il sentait par moment sur sa nuque, nul doute que l'homme gris désirais l'ajouter à sa, maintenant il en était sûr, collection.

A son grand soulagement, ils arrivèrent au terme de la visite. Le comte laissa le jeune homme en plan au beau milieu de sa ménagerie, prenant congé de lui avec une contrariété mal dissimulée. Il disait venir de se rappeler d'une affaire importante, qui ne pouvait attendre plus longtemps, et qu'il reviendrait sous peu. Juste avant de partir, il lui avait dressé une petite table apprêtée d'une grande variété de douceur, au cas où son invité aurait un petit creux.

L'imposante silhouette disparue, le poids se dissipa des épaules d'Allen. Il lui suffisait de quitter les lieux avant le retour du propriétaire. Cela dit, le bruit léger qu'il entendait du côté des cages l'intriguait trop pour qu'il parte sans aller voir d'où il venait. C'était un son doux et triste, tel un couinement vide de tout espoir, celui d'un être brisé. Son cœur se serra alors qu'il imaginait un animal blessé abandonné à son sort, derrière les solides barreaux qui le privaient de liberté, trop faible pour pouvoir crier.

Se glissant doucement entre les roulottes de bois et de fer, il chercha l'origine de ce bruit discret qui le rendait légèrement triste. La plupart des cages étaient vides, attendant peut-être leur prochain locataire. Allen écarquilla les yeux de surprise en lisant les noms gravés sur les vieilles planches de bois accrochées à la hâte. Les premières cages portaient le nom de quelques artistes que le Comte lui avait présenté. Il s'approcha de l'une d'elle, en appréhendant ce qu'il allait découvrir.

Elle était, à son soulagement, vide. Mais ce sentiment fût de courte durée lorsqu'il remarqua d'anciennes tâches sombres qui imprégnaient le bois. La porte s'ouvrit légèrement, dans un grincement désagréable, quand il retira la main qu'il avait posé négligemment dessus. Après tout, il n'y avait pas besoin de verrouiller une cage sans pensionnaire.

S'approchant d'une autre, il se senti nettement moins bien. Une épaisse chaîne emprisonnait la cheville d'une ombre recroquevillée tout au fond. C'était ce qu'il avait cru voir au premier abord, mais ce qui dépassait de l'épaisse robe pourpre était un sabot. Le reste du corps semblait être celui d'une femme, mais Allen ne chercha pas à vérifier de plus près, préférant s'éloigner avant qu'elle ne le remarque.

Il se trouvait déjà tout au bout de la ménagerie, ayant seulement jeté de rapides coups d'œil autour de lui, laissant les rares pensionnaires apathiques dans leur coin. Il lui semblait qu'aucun des mots qu'il aurait pu prononcer ne parviendrait à les atteindre.

L'origine du bruit qui l'avait attiré se trouvait juste à côté de lui, et il n'avait qu'à se retourner et faire quelques pas sur la gauche pour aider la créature qui gémissait tristement. Cependant, il resta sans bouger, ses yeux refusant de se détacher de la cage vide en face de lui.

Cheshire cat

Le cœur d'Allen avait cessé de battre momentanément. Cependant, deux bras coulèrent doucement autour du cou du jeune homme, ce qui l'apaisa d'emblée. Le chat du Cheshire huma avec délice son odeur si particulière, plus douce et enivrante que celle de tous ceux et celles qu'il avait croisé jusqu'à lors.

Le poids soudain qui s'était posé sur ses épaules intrigua tout de même l'albinos, et il leva la tête vers le corps agréablement tiède pressé contre le sien, sans appréhension aucune.

Le réconfort dégagé par l'étreinte lui était bien familier, propre à celui émis par les félidés qui cherchaient à obtenir quelques caresses en minaudant auprès de leur maître. Le jeune homme ne s'étonna donc pas des petites oreilles pointues qui s'échappait des cheveux en bataille d'un roux flamboyant, ni de l'iris en amande de leur possesseur, cerclée d'un vert profond et miroitant, semblable à ces pierres précieuses qui ornaient les parures des femmes de Londres.

Allen compris tout de suite que ce jeune homme et le chat qui l'avait guidé ne faisaient qu'un, au charme calculé de ses gestes captivants et à sa manière doucereuse de se mouvoir, ronronnant presque d'allégresse.

Celui-ci lui offrit un sourire doux, puis lui adressa la parole d'une voix qu'il trouvait ensorcelante, sans quitter son regard parfaitement encré dans le sien.

«Cet endroit est de mauvais goût n'est ce pas?»

Allen hocha doucement la tête, frissonnant quand le majestueux matou descendit ses bras pour capturer ses hanches, le retenant contre lui.

«Tu n'es pas en sécurité ici.» affirma-t-il avant de l'embrasser sur le front, se préparant à le soulever pour l'emmener avec lui.

«Attend!»

L'albinos avait presque crié, et le chat inclina la tête sur le côté, interrogatif et un peu surpris. Il s'attendit à ce que le garçon ne cherche à se dérober de son étreinte, et baissa tristement ses oreilles quand la chaleur de son corps quitta le sien. Allen lui pris fermement la main pour l'attirer devant une cage, déterminé, ce qui le surprit encore plus.

«Je ne peux pas partir sans l'aider.»

Lavi leva les yeux sur la cage, quittant enfin la silhouette du descendant d'Alice. L'imposante créature dorée, toute ronde, semblait se reposer. Cependant, il n'en était rien, au vu des blessures qui lui avaient été infligées. Des plaies béantes recouvertes d'un sang présentement séché barraient son dos, à l'emplacement des ailes qui gisaient dans son sang.

Allen ravala les larmes qui brouillaient ses yeux alors qu'il n'avait aucune peine à voir le Comte perpétrer un acte aussi cruel sur la pauvre bête. Elle avait mis bas au portes de la mort, mettant au monde sept petits qui tenaient dans la paume de la main.

L'albinos passa sa main à travers les barreaux, délicatement, pour ne pas effrayer les petits. Hélas, leurs corps inertes étaient glacés. Seul le dernier eu un mouvement de recul quand il l'effleura du bout des doigts, et il dû s'y prendre à plusieurs reprises pour le mettre en confiance.

Finalement, la petite chose dorée frotta doucement sa joue contre ses doigts et grimpa au creux de sa paume, non sans difficulté. Allen ramena doucement sa main à lui et caressa les petites ailes avec légèreté, pour ne pas lui faire de mal. Le chat du Cheshire s'était de nouveau glissé contre lui, et le regardait faire, la tête posée sur son épaule.

«Tout va bien se passer, Timcanpy. Je veillerais sur toi à présent.»

La voix du jeune homme était si douce à cet instant que le petit golem s'endormit sans réfléchir.

«Tu as trouvé un beau nom, Allen. Mais il n'est pas aussi mignon que le tien.»

L'albinos avait rougit à la remarque complaisante du baron. Il avait l'habitude des compliments calculés de son entourage, de tous ces faux-semblants adoptés par la bourgeoisie à son égard, cherchant à s'attirer les bonnes grâces de son père à travers lui. Mais cette gentille remarque sur son prénom le touchait profondément par sa spontanéité, chose profondément contradictoire avec la manière d'agir qu'il lui avait montré. Il voulu le remercier autant qu'il voulait savoir d'où il connaissait son nom.

«Cheshir...»

«Mon vrai nom est Lavi.»

Le matou lui avait coupé la parole dans un sourire doux et pétillant, et Allen sût dès cet instant qu'il avait deviné son intention et qu'il s'en tirerait avec une pirouette.

Hélas, il ne pu tenter sa chance, une voix tonitruante brisant cet instant de complicité.

«Éloigne toi de lui, matou de malheur!»

Le chat du Cheshire avait pivoté sur lui même avec superbe, entraînant l'albinos dans son mouvement. Le roi les toisait, non sans déférence à l'égard d'Allen, et avec hargne envers le baron.

Il n'était évidement pas venu seul, et avait pris le soin de sélectionner une poignée de gardes pour son déplacement, qui pointaient leurs armes menaçantes sur l'habile félin. Le sourire de Lavi se fit carnassier et s'agrandit à la vue du Comte Millénaire qui se pourléchait les lèvres à la récompense que le monarque allait lui offrir.

«Au déplaisir, Majesté.»