Castle ne lui avait pas laissé le temps de répliquer. Il arriverait chez elle sous peu et elle devait préparer son offensive. Plus tellement qu'elle ne voulait l'engueuler, mais elle devait savoir ce que contenaient les dossiers que Roy avait envoyés à Castle. Elle ne cèderait pas sur ce point. Si elle s'était demandée pourquoi Montgomery avait envoyé les documents à Castle, elle ne lui en avait voulu. Il savait que Castle réagirait moins promptement qu'elle et qu'il était la personne en qui elle avait le plus confiance et le seul qui pourrait lui tenir tête. Kate réalisait bien que tous ceux qui se retrouvaient associés au cas de mère étaient en danger de mort et elle s'en voulait d'avoir permis à Rick de la suivre là-dedans. Il est vrai qu'elle avait besoin de lui près d'elle à tous les jours, mais elle avait encore plus besoin de lui en vie. Il devait comprendre qu'elle n'accepterait pas qu'il sacrifie sa vie parce qu'elle le faisait. Et que pouvait contenir ces dossiers? Le temps s'écoulait trop lentement!

Quand à Castle, il conduisait comme un enragé. Il en voulait à Beckett de ne pas réaliser qu'elle mettait sa vie en danger et que lorsqu'elle s'était fait chopper par ce tireur professionnel il y a quelques semaines, il avait eu l'impression de mourir avec elle jusqu'à ce qu'elle soit réanimée. Il ne pensait plus à l'aveu de Kate dans la toilette du poste. Il n'avait qu'un objectif et c'était de mettre en œuvre ce que Jim lui avait conseillé : se battre pour elle et lui montrer qu'il serait toujours là. Sa nervosité le rattrapa quand il fut devant la porte de l'appartement de Beckett. Ce n'était pas des papillons dans le ventre qu'il ressentait. On aurait plutôt dit des abeilles à l'attaque de son estomac.

Kate dû sentir sa présence car elle devint également nerveuse. Et si Castle avait été tué aujourd'hui? Elle en eu mal au cœur juste à y penser et du s'assoir pour reprendre ses esprits.

Et voilà que Castle cognait à sa porte. Encore ébranlée, elle ne restait pas moins convaincue qu'elle devait prendre le contrôle et l'attaquer d'entrée de jeu sur le dossier de sa mère. Elle se leva pour aller ouvrir la porte.

Le Castle qu'elle trouva devant elle se tenait bien droit. Malgré son visage meurtri et les sept points de suture sous son œil gauche, il avait le regard digne et déterminé. Elle le sentait fort et inébranlable. Beckett ne s'attendait pas à trouver ce genre de Castle et elle en fut fortement déstabilisée. Une bouffée de chaleur l'envahit instantanément et elle sentit son cœur devenir si gros qu'elle aurait préféré qu'il lui sorte par la gorge que d'avoir à le gérer dans sa poitrine. Leurs regards se croisèrent et marqua la fin de toute pensée cohérente et logique pour Kate. Elle ne réfléchissait plus et on pourrait le voir à la suite des événements.

Elle se jeta sur Castle et écrasa ses lèvres sur les siennes. Quand il ouvrit la bouche, Hiroshima venait maintenant d'irradier tout le Japon. Leurs langues se trouvèrent dans une animation dépourvue de tendresse. Instinct de survie, évacuant leur trop plein de frustrations et de désir accumulés depuis trois ans comme s'ils en étaient à vivre les dernières minutes de leurs existences. Castle n'avait pas réfléchi non plus. Leurs inconscients avaient pris possession d'eux et s'exprimait maintenant leur animalité.

D'un geste naturel, il souleva Beckett dans ses bras, qui referma aussitôt ses cuisses contre les hanches de Castle. Ils s'embrassaient toujours furieusement quand Rick entra dans l'appartement et referma la porte de son pied. Il la déposa sur la chaise de bar placée dans l'entrée et elle resserra l'étreinte de ses cuisses afin de la garder soudé à elle.

Même le temps s'était figé par crainte d'amoindrir l'intensité du moment. Respirer était devenu secondaire. Kate lui mordit la lèvre inférieure et il lui répondit en faisant de même. Rick ne prit pas le temps de découvrir le corps de la femme qu'il aimait. À ce point, c'était rendu accessoire tant leurs âmes les pressaient à s'unir. Il s'attaqua à sa ceinture et entreprit de détacher son pantalon. Le sentiment d'urgence qui les animait n'avait d'égal que le moment où ils avaient failli mourir dans l'explosion de cette bombe dans le centre-ville de New York.

Parce qu'ils se déchiffraient parfaitement sans même se parler, Kate comprit que tous deux ne pourraient se retenir plus longtemps et dans un geste d'une habileté surprenante, elle descendit son pantalon jusqu'à ses chevilles. Rick avait déjà descendu son pantalon, juste assez pour lui permettre de jouir d'une liberté de mouvement.

Il n'osa pas regarder Kate dans les yeux. Son regard était beaucoup trop intense et il avait peur qu'elle ne fuit comme dans tous ces autres instants magiques manqués. Quand il sentit la chaleur de ses cuisses contre lui, il réalisa qu'elle avait aussi descendu son pantalon et il lui empoigna les genoux, la rapprochant ainsi de son désir.

Lorsqu'il entra en elle, il n'y eu aucune surprise, le moment était comme une évidence. Il s'amusait à lui sucer le cou, sa langue et ses lèvres ayant été conçues pour s'y perdre. Elle faisait de même. Synchronisés, sincères et complémentaires.

Ils jouirent en même temps. Le souffle court, il ne resta que quelques secondes supplémentaires en elle, avant de se retirer aussi rapidement qu'il était entré. L'acte fut rapide, sans douceur, mais sans violence. Un acte du désespoir entre deux êtres humains à bout de force de combattre le désir qu'ils avaient l'un pour l'autre. Un acte qui venait d'exprimer la frustration de tous leurs doutes et de leurs peines. Elle aurait pu mourir d'une balle dans la poitrine il y a quelques semaines et lui aurait pu y laisser sa peau le matin même. Alors que la mort les traquait, faire l'amour était un acte vivant. C'était aussi un témoignage de fidélité l'un envers l'autre. Pas d'une fidélité maritale, mais de l'engagement d'être toujours présent l'un pour l'autre.

La tête penchée, Rick reboutonna son jeans tandis qu'elle remontait son pantalon. Kate se passa la main dans les cheveux. Ils devaient briser le silence rapidement car déjà leurs regards s'étaient retrouvés.

- Que contient l'enveloppe ?

Si ce n'était du son rauque de la voix de Kate qui ressemblait davantage à la première phrase prononcée le matin, avant d'avoir bu un verre d'eau et de s'être raclé la gorge, personne n'aurait pu dire que ces deux individus venaient de faire l'amour pour la première fois. Castle se passa les mains au visage et soutenait toujours le regard de Beckett.

- Le nom de la tête dirigeante.

- Mais encore …

Castle prit la liberté de se diriger vers le salon et Beckett le suivit en silence. Par habitude, ils s'assirent l'un en face de l'autre.

- Dans les jours qui ont suivi l'enterrement de Montgomery, j'ai reçu une enveloppe. Il m'avait écrit une lettre dans laquelle il me demandait de ne rien te dire. Il m'a fait parvenir les dossiers manquants…

- Ne rien me dire?, le coupa-t-elle

Castle la regardait d'un sourire évident et il ne lui en fallait pas plus pour comprendre.

- Parce que je serais immédiatement allée le trouver …complèta-t-elle. Mais Castle, tu n'es pas détective, tu aurais dû m'en parler!

Il ne se laissa pas impressionner.

- Donc, j'ai parcouru les dossiers je me suis rendu compte qu'un nom revenait souvent : Chad Pearson. Et là, oui, j'ai réalisé que je n'étais pas détective et j'ai demandé l'aide d'Esposito. J'ai pensé que c'était le choix évident et que si tu avais eu à choisir, c'est à lui que tu aurais demandé.

Esposito était effectivement celui qui était le plus proche du duo Castle - Beckett. Il n'avait pas tardé à deviner le lien profond qui les unissait et avait toujours été un partenaire fiable, fidèle et respectueux.

- On a réussi à retracer le nom de Chad Pearson dans un dossier récent, mais on a aussi découvert que Pearson était mort depuis six ans.

- Comment ça mort ?

- Mort Beckett, comme disparu, enterré, sans vie. Mort.

Elle ne releva pas le commentaire.

- Pourquoi son nom est-il dans un dossier récent?

- C'est ce qu'on a tenté de savoir et durant ta suspension, je suis allé voir l'ancien collègue de Pearson.

- Il est policier ?

- Non Beckett, juge !

Il avait lancé ça d'un ton dégouté. Un juge. Kate était estomaquée. Celui qui avait ordonné le meurtre de sa mère était juge! À qui se fier quand on ne peut même plus faire confiance aux plus hauts représentants de la justice sociale? Castle lui avait laissé quelques secondes pour se ressaisir et elle lui en fut reconnaissante.

- Ensuite?

- Quand j'ai rencontré son ancien collègue, je l'ai questionné à savoir si c'était normal que le nom de Pearson puisse se retrouver dans des dossiers récents alors qu'il était mort depuis six ans… Il m'a regardé froidement un moment avant d'éclater de rire et de me traiter de clown.

Il marqua une pause. Elle leva un sourcil et lui fit signe de continuer. Mais Castle restait silencieux.

- Castle ! Après?

- Après… après, rien. Je suis arrivé devant le poste ce matin et quelqu'un devait m'attendre parce que tout ce que je me rappelle est d'avoir rencontré de très près un bâton de baseball et d'avoir eu à peine le temps de sauver la moitié de ton café.

- Et Pearson ?

- Il me semble évident que quelqu'un utilise son nom depuis sa mort. Peut-être même qu'on l'utilisait avant sa mort. Ce qui veut dire, que je suis revenu à la case départ…

- Je veux voir les dossiers Castle.

- Beckett…

- «Je veux voir les dossiers.» Et d'une voix plus aigüe, elle ajouta, «Castle, il…il y a… peut-être que quelque chose t'a échappé...»

Il savait que ça voulait dire : quelque chose doit t'avoir échappé. Il le faut. Elle ne voulait pas se retrouver à la case départ.

Il ne dit rien, se contentant de la regarder. Il voyait revenir à la surface la Beckett qui ne plierait pas. D'un seul regard, elle réussit à faire abdiquer Castle. Quand elle comprit qu'elle avait eu raison sur lui, elle lui adressa un petit sourire timide pour le remercier et s'excuser d'avoir été aussi acharnée.

Et puisqu'ils n'avaient plus rien à ajouter, ils prirent inconsciemment un moment pour se perdre dans le regard de l'un de l'autre. Généralement Kate détournait le regard de peur de ce qui pourrait se produire tandis que cette fois-ci elle détournait le regard justement à cause de ce qui s'était produit. Un souvenir. Un souvenir pas si lointain. Elle sentait encore la présence de Castle en elle, sur elle, ce qui n'était pas sans lui procurer des soubresauts de plaisir.

Elle tourna donc la tête et dans un raclement de gorge, elle brisa le silence.

- Il est tard Castle...

Comme s'il attendait ce signal, il se leva d'un bond et se dirigea rapidement vers la sortie. Il ouvrit la porte, prit une inspiration et se tourna vers Beckett, qui était toujours au salon.

- Je t'amène les dossiers demain matin.

Elle lui répondit d'un hochement de tête et Castle sortit de l'appartement. Il n'était resté que tout au plus 25 minutes, mais Beckett eut l'impression qu'après son départ il était toujours là. Elle se leva et se dirigea vers la douche. L'eau chaude qui coulait sur elle lui rappelait la chaleur qu'elle avait éprouvée dans les bras de Rick. Elle posa son front sur le mur de céramique et porta la main à son ventre, réalisant soudainement ce qui venait de se passer et se mit à pleurer.

Rien n'était fini. Les nouvelles informations obtenues par Castle venaient brouiller les cartes une fois de plus. Elle restait cependant tout aussi déterminée. Si elle se devait de rendre justice à sa mère, sa motivation s'appelait maintenant Castle. Le groupe du dragon ne se doutaient pas de l'erreur qu'il venait de commettre en s'attaquant à Richard Castle et elle allait leur faire savoir.

En entrant dans l'ascenseur le lendemain matin, Castle tenait deux cafés intacts bien chauds entre ses mains. Sous son bras, un sac de papier brun qui contenait les dossiers que Montgomery lui avait fait parvenir.

Il avait la gorge nouée depuis son départ de chez Beckett la veille, ce qui contrastait largement avec le sentiment de bien-être qu'il avait ressenti en elle. Il ne regrettait rien, sinon le comment de l'acte. Il anticipait une journée longue et malaisée. D'une part parce qu'il devait remettre les dossiers à Beckett, et d'autre part parce qu'il redoutait sa réaction en ce qui concernait «l'événement» de la veille. Les questions se bousculaient dans sa tête et il n'était pas encore certain de la manière avec laquelle il devait se comporter.

Il eut sa réponse dès que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Beckett sortait du bureau de McFly et en passant devant l'ascenseur, elle aperçue Castle.

- Enfin !

Elle n'avait jamais exprimé aussi clairement sa joie de le voir arriver le matin… mais Castle réalisa finalement, quand elle prit le café de ses mains, que ce n'était pas aujourd'hui que ça commencerait. Son visage n'avait pas désenflé depuis la veille et même si Beckett était heureuse de le voir, elle ne voulait pas lui laisser savoir en ce moment.

Elle remarqua rapidement le sac sous son bras et le regarda. Il se fit violence pour ne pas lui sourire. Ainsi, il se contenta de se diriger vers son bureau. Il lui tendit le sac, qu'elle s'empressa de saisir. Déjà Esposito et Ryan venaient à leur rencontre. Il lui faudrait consulter les dossiers plus tard.

- «J'ai trouvé les coordonnées de la tante de la victime», annonça Ryan en parlant du cas sur lequel ils travaillaient présentement. «Elle travaille dans un salon de coiffure et apparemment, elle tentait de faire l'achat d'un local dans un immeuble du sud de la ville pour ouvrir son propre salon. On ne l'aurait pas vu depuis le meurtre. Étrangement, notre victime avait exigé la démolition de cet immeuble quelques jours avant d'être assassiné.»

Castle prit la parole en premier.

- Voilà le motif. La tante était en colère contre notre promoteur…

Et Beckett.

- Qui voulait faire démolir l'immeuble dans lequel elle voulait acheter son local…

Castle.

- Elle est allée le rencontrer, comme nous le confirme la caméra de surveillance…

Beckett.

- Et voyant qu'il ne changerait pas d'idée, elle a…

Beckett s'interrompit en plein milieu de sa phrase, et ce n'était pas pour que Castle puisse la terminer. Ils avaient l'habitude de compléter les phrases de l'autre sans même s'en rendre compte, mais ce matin cela revêtait une signification particulière. Elle tourna un regard mal à l'aise vers Castle, qui en était presque heureux. Au moins, elle ne faisait pas comme si rien ne s'était passé.

Ryan et Esposito échangèrent un regard d'incompréhension et Beckett se ressaisit enfin.

- Esposito, Ryan, vous allez à la résidence de la tante pour voir si le mari ne pourrait pas nous donner une piste. Castle et moi irons au local qu'elle devait acheter

Le reste de la journée s'était déroulé sans incident notable et à 18h45, ils quittèrent tous le poste pour retrouver leur résidence respective. Kate n'avait qu'une envie et c'était de consulter les documents reçus le matin de Castle.

Il était 3 heures du matin et elle était toujours assise à son ilot dans la cuisine, les différents dossiers étalés sur la table. Elle venait d'entamer son carton de crème glacée aux fraises quand elle entendit deux petits coups timides sur sa porte. Elle se leva. Sans panique, malgré cette heure tardive et les incidents des dernières semaines, elle ouvrit la porte.

Castle se trouvait devant elle, les cheveux défaits, la chemise sortie de son pantalon fripé. Il avait l'air exténué et on pouvait bien le comprendre. Le pot de crème glacée que Beckett tenait toujours entre ses mains accrocha immédiatement le regard de Rick. Son visage s'illumina.

- Crème glacée….aux fraises !

Après avoir exclamé sa joie devant son pêché mignon, Castle plongea un doigt dans cette crème froide, et le porta à sa bouche. Kate restait silencieuse.

- Je… incapable de dormir…

Et d'un regard elle l'invita à entrer