- … et en le questionnant sur le témoignage de culpabilité qu'il avait fait à l'époque, nous nous sommes aperçus de certaines discordances. Castle a insisté sur les détails et Troy est devenu très nerveux. Il nous a enfin avoué avoir menti parce que le véritable coupable lui avait assuré qu'il ferait parvenir de l'argent à sa famille tous les mois. On a la conversation sur le portable de Castle.

Beckett remis finalement le dossier à McFly. Ils avaient de nouveaux éléments qui permettraient de faire rouvrir le cas. L'enquête avait bel et bien été bâclée, et Beckett était en définitive satisfaite qu'on lui ait tordu le bras afin qu'elle accepte.

- Il vous suffit, madame, d'apporter ces preuves et …

- … de demander la réouverture de l'enquête, qui se fera, bien entendu, sans vous. On ne peut pas griller votre couverture.

- Bien.

Les deux femmes se tournèrent en même temps vers Castle. La capitaine savait que c'était fondamentalement lui qui avait réussi à convaincre Beckett de l'aider. Sa détective ne lui avait pas encore pardonné l'affront qu'elle lui avait fait en la suspendant, mais McFly avait espoir que maintenant, elles repartiraient à zéro.

- Merci. Vous pouvez disposer.

Beckett et Castle se levèrent sans un mot. McFly, qui les avait suivis, déposa sa main sur le bras de Castle.

- Merci beaucoup Castle.

Cette attention l'avait pris par surprise. Il souriait béatement, mais aurait voulu lui dire que ce n'est pas lui qui avait fait le gros du travail. Il se tourna donc instinctivement vers Beckett, qui, d'un petit sourire en coin, lui fit comprendre que c'était bien à lui que le mérite revenait. Ses petites risettes se transformèrent bientôt en un grand sourire de fierté. Il ne faut pas se méprendre. Castle était heureux d'avoir pu aider McFly, mais sa fierté était reliée au bonheur qu'il ressentait de voir Kate le remercier également. En l'espace de quelques secondes, il se dit qu'il avait peut-être exagéré sa compréhension des pensées de Kate et que finalement, s'il était toujours utile, elle ne le jetterait pas à la poubelle tout de suite. Castle vivait sur une autre planète présentement. L'homme aux émotions impartiales avait laissé place au gamin apeuré et extrapolable. Le torse gonflé, il sortit du bureau de McFly aux côtés de Kate… ou Beckett. Il lui était impossible de faire la différence entre Kate le soir et Beckett le jour. Les deux personnalités étaient aux antipodes. Convaincu que ce bon coup qu'il venait de faire lui donnerait un sursis, il s'assit victorieux au bureau de Beckett. Il avait un air de petit garçon, ses lèvres étaient pincées et il regardait enfin Kate dans les yeux. Kate souriait. Cette façon qu'il avait

d'être fier sans être arrogant le rendait magnifique. Elle se dit que sa vie était beaucoup plus réjouissante depuis que Castle en faisait partie. Sa phrase fétiche annonça la fin de la journée.

- Il est tard.

23h14. Castle se leva d'un bond et ils se dirigèrent tous les deux vers l'ascenseur. Il avait toujours cet air d'enfant victorieux, qu'il perdit dès qu'il se trouva dans le stationnement. Il se sentait moins confiant dans le rôle du petit copain. Il avait peur de constamment la décevoir et il resta silencieux afin d'éviter de faire une bourde. Rendue à sa voiture, Kate se retourna vers lui, souriante.

- Tu as toujours ton déjeuner avec Alexis demain matin?

- Oui, je l'emmène à son restaurant préféré.

Rick n'était pas trop certain de ses réponses. Voulait-elle déjeuner avec lui, et ne le trouvant pas disponible, elle aurait le temps de réfléchir aux mots qu'elle lui dirait en le quittant? Ou était-ce simplement parce qu'elle s'intéressait vraiment à lui? Non, peut-être y avait-il un piège dans cette question? Cherchait-elle à savoir s'il allait répondre autre chose? Peut-être qu'elle ne lui faisait déjà plus confiance? Peut-être que… mais devant le regard toujours ouvert souriant de Kate, il essaya de réparer l'interrupteur panique dans sa tête.

- Vers quelle heure tu penses que ça se terminera?

- Vers 11 heures. Parce qu'on a prévu être au restaurant pour 9 heures seulement. Je suis un ours qui a besoin de sommeil.

Kate leva les yeux au ciel. Un ours. L'écrivain n'était jamais bien loin. Rick n'avait pas besoin de sommeil parce que c'était normal de dormir quand on se sent fatigué. Non, il avait besoin de sommeil parce qu'il était un ours. Rick appréciait généralement ce petit haussement des pupilles que venait de faire Kate, mais peut-être était-ce l'ombrage de la fin de soirée, aujourd'hui il ne savait pas trop comment faire la part des choses. Levait-elle les yeux au ciel car elle le trouvait ridicule, ou tout simplement car elle le trouvait charmant? Dans l'incapacité de bien choisir entre ces deux réponses qui l'impliquaient trop, il opta pour la voix de la neutralité. Elle levait les yeux au ciel suite au passage d'une étoile filante. Cette réponse plaisait à Rick. Elle lui plaisait tellement qu'il se surprit à lever les yeux au ciel lui aussi pour voir s'il n'y en aurait pas une deuxième. La dernière fois qu'il avait vu une étoile filante, il était tout jeune encore. Intriguée par Rick, Kate observait maintenant attentivement le ciel. Lorsque Rick croisa son regard, il se rendit compte de l'absurdité de son raisonnement. Quoique Kate semblait attendre une réponse, il n'avait pas le cœur à lui parler d'astronomie.

- J'ai mon rendez-vous à l'hôpital demain matin… tu te rappelles?

- Ton rendez-vous pour ton suivi, je n'ai pas oublié.

- À 10 heures. Je pensais… que peut-être… je me disais que si tu passais par-là, tu pourrais venir me chercher?

Rick ne se rendait pas compte de l'importance et de l'avancement que suscitait cette demande. Kate aurait très bien pu prendre sa voiture et revenir seule au poste. Elle était indépendante. Mais elle voulait apprendre à dépendre de lui et cesser d'avoir peur de le perdre.

- Avec plaisir.

Ils se regardèrent, les yeux dans les yeux, durant quelques secondes.

- Tu veux que je te ramène chez toi?

Rick sentait que s'il devait passer la nuit seul, il devait la quitter maintenant parce que sa proximité serait trop paroxysmique dans la voiture.

- Non, je vais prendre un taxi. Je ne voudrais pas être responsable de la faillite de la compagnie. Ils doivent se demander où je suis.

Elle sourit et hocha la tête. Rick constata qu'elle n'avait pas insisté beaucoup, mais chassa rapidement cette incertitude quand elle s'approcha de lui. Elle vint déposer ses lèvres sur les siennes. Et ce fut à son tour de vouloir prolonger ce baiser en empoignant le col du manteau de Kate. Elle se détacha de lui en premier et lui caressa le visage.

- Bonne nuit. À demain…

Elle embarqua dans sa voiture et disparut très rapidement au tournant de la rue. Rick était resté figé. Il tenait encore entre ses mains le col imaginaire du manteau de Kate. Il avait été surpris par son geste. Elle l'avait embrassé ailleurs qu'entre les quatre murs fermés de son appartement. Il va sans dire qu'il ne restait que McFly à l'étage, mais ils étaient encore à une proximité étonnante du poste 12, considérant le geste de Kate. Ce regain d'énergie lui donna le courage de se rendre chez lui et lui permis de passer une première nuit complète depuis un long moment déjà.

Le déjeuner avec sa fille fut rafraichissant. Elle allait tellement lui manquer quand elle serait à l'université. Il lui faisait confiance, elle lui semblait parfois la plus mature des deux! Il voulait tellement que leur complicité dure éternellement. Sa petite fille. Alexis l'avait un peu taquiné en lui disant qu'il ne dormait pas souvent à la maison ces derniers temps et qu'elle devait prendre rendez-vous avec lui pour le voir. Il avait vaguement répondu que tout le groupe travaillait sur une grosse enquête dernièrement.

À 10h55, il était arrivé à l'hôpital. Kate était à la réception à remplir des formulaires. Elle était de dos, mais il l'avait reconnu tout de suite. Elle était tellement belle. Et merveilleuse. Et tout ce dont il pouvait rêver. Beckettissime! C'est le mot qu'il avait enfin trouvé pour elle. Éclair de génie, il en eut presque le souffle coupé. Voilà, c'était ça : Beckettissime. Il faudrait penser à ajouter ce mot dans le dictionnaire. Il était tellement euphorique qu'il fouillait déjà dans son cerveau d'écrivain afin de trouver la manière de l'intégrer dans les prochains romans de Nikki Heat. Nikkitissime ou Heatissime? Hmmm… probablement Heatissime. En reprenant le nom au lieu du prénom, il restait dans le même concept.

Une personne délogea soudain cet état d'exaltation. Josh. Il n'était pas Joshissime, mais plutôt une PND : personne non désirable.

Il s'était approché de Kate et avait déposé sa main sur son épaule. Elle n'avait pas sursauté, c'est à croire qu'elle l'attendait! Elle lui avait fait un magnifique sourire. Le cœur de Rick, pas encore tout à fait remis de sa quasi noyade, surnageait à peine. Ce sourire voulait très certainement dire qu'il lui manquait profondément. Il n'y avait aucun doute que ce genre de sourire n'était pas celui que l'on réserve aux personnes que l'on respecte. Il aurait voulu qu'elle en oublie jusqu'au nom de Josh! Il la voulait pour lui seul! Pas question de la partager avec lui. Ce devait être à Rick que tous ces sourires revenaient maintenant. Josh en avait eu bien assez pendant toute une année et il n'avait pas su en profiter. Tandis que lui… tandis que lui en avait besoin pour survivre… Kate avait soudainement éclaté de rire. Elle ne pouvait pas non plus rire avec lui. Il était médecin et même pas drôle! Josh venait simplement de lui faire remarquer à quel point elle semblait changée et ouverte sur le monde. Il avait tout de suite compris que Castle était maintenant plus qu'un partenaire de travail. Mais Rick ne pouvait pas entendre la conversation d'où il était.

De fait, le regard du médecin croisa celui de l'écrivain. C'était la première fois qu'ils se revoyaient depuis que leurs rôles étaient inversés. La jalousie de Josh était tellement apparente qu'il n'y avait que Castle pour la manquer. Kate s'était enfin retournée vers Rick et lui avait adressé un sourire encore plus charmant que celui de Josh. Josh était trop près de Kate et c'est tout ce qui obsédait Rick. Trop proche. Trop proche. Éloigne-toi! Trop proche! Rick s'étant lancé la première pierre, son imagination et son manque de confiance en lui continuaient le travail et il était maintenant enseveli sous un amas de cailloux. Quand elle arriva à sa hauteur, Kate remarqua que Rick fixait encore l'homme à la mobylette.

- Euh…il..est venu…me saluer… il se rappelait de mon rendez-vous… Je ne savais pas qu'il travaillait… Merci d'être venu me chercher.

Elle se justifiait. Quelqu'un qui se justifie a nécessairement quelque chose à cacher. Sinon, elle ne serait pas empressée de s'innocenter alors qu'il n'avait fait aucun commentaire. Il n'était pas conscient qu'il était devenu blanc comme neige et que Kate avait simplement voulu le rassurer. À sa manière… Elle était détective. Pas écrivaine. Il lui était difficile d'exprimer clairement ses émotions. Rappelons-nous qu'elle avait dit à Rick qu'elle était d'accord pour bâtir une relation avec lui par un simple ok.

Et sans un mot de plus, ils se dirigèrent vers la sortie pour se rendre au poste. Arrivés à destination, Castle prit machinalement le chemin pour l'achat des cafés et Beckett monta à l'étage. Il la regardait entrer sans lui. Si leur relation était sérieuse, leurs partenaires devraient un jour ou l'autre être au courant. Il se sentait comme un petit copain caché dans le fond d'une garde-robe parce que les parents ne sont pas d'accords avec la relation. Rick savait bien qu'il n'était pas typiquement le genre d'homme de Kate, mais de là à ce qu'elle ait honte de lui! Combien de temps pourrait-il supporter cela sans s'effondrer?

Il la retrouva à discuter avec Esposito et Ryan devant le tableau blanc. Elle prit le café des mains de Castle sans même le regarder. Il s'assit à ses côtés et leurs cuisses se touchaient. Le premier contact physique depuis 24 heures. Elle ne l'avait pas embrassé ce matin. Comme si c'était à elle seule de prendre l'initiative. Kate avait bien senti la chaleur de Rick, mais comme elle était au poste, elle se leva d'un bond afin de ne pas perdre ses esprits et aussi pour reprendre le contrôle de son équipe. Elle savait que sa famille était à l'extérieur ce soir et elle avait bien l'intention de l'inviter à dormir chez elle. Une nuit sans lui était déjà une nuit de trop. Et puis, si on se demande si c'est que Rick avait compris, et bien la réponse est non. Pour lui, elle avait évité son contact.

Comment deux personnes qui se comprenaient généralement sans se parler pouvaient en arriver à ce genre de malentendu? À cause de l'enjeu émotif que représentait chaque fait et geste. La tête de Castle avait une extinction de voix. Ses pensées ne passaient plus par sa tête, mais par son cœur. La lubie de l'écrivain ne finirait pas encore avant plusieurs heures.

- La blessure la plus apparente a été faite après la mort?

Kate se tourna vers Ryan, qui regardait dans le dossier.

- D'après Lanie, la blessure au visage aurait été faite pour que l'on croit à une agression et pour camoufler le véritable motif du meurtre.

Castle prit le dossier que Ryan venait de déposer. Une jeune femme avait été assassinée très tôt le matin même alors qu'elle faisait son jogging. Elle avait été totalement défigurée par un objet contondant et c'est cette blessure qui aurait été infligée après la mort. C'est plutôt la blessure au cou qui aurait entraîné le décès. Sa carotide avait été transpercée et en cinq minutes tout au plus, la victime avait dû succomber.

Alors que l'équipe était concentrée sur le tableau, Castle regardait les photos du meurtre. Il feuilletait la liste des principaux suspects, lisait les papiers de divorce qui avaient été retrouvés dans le sac de la victime et s'attardait à tout détail qui aurait pu faire émerger en lui une théorie. Les deux enveloppes de preuves se trouvaient sur le bureau de Beckett et il entreprit de trouver lequel de ces objets avaient causé la blessure au cou. Bien sûr que s'il était arrivé quelques minutes plus tôt, il aurait entendu Lanie identifier le coupe-papier, mais il achetait des cafés.

Son regard passait rapidement des preuves aux photos et vice versa. Euréka! Il avait trouvé l'objet! Si Castle était utile encore aujourd'hui, ce serait des points de plus pour Rick. Il prit donc l'enveloppe et sortit le sac qui contenait le coupe-papier. Il brandissait maintenant l'arme fièrement devant Beckett.

- Un coupe-papier! C'est ça la blessure au… Euh… Quoi?

Il avait croisé le regard froid, ou plutôt sibérien, de Beckett.

- Castle! Les gants!

Les gants. Il regarda sa main. Il avait oublié de mettre les gants. La preuve souillée lui glissa des mains pour se retrouver au sol.

- Euh…je…je suis désolé…

Il s'essuya les mains sur sa chemise comme si elles étaient sales. Kate se pencha pour ramasser l'objet et le lança sur le bureau. Elle aurait pu commettre un deuxième meurtre avec cette même arme!

- On ne peut plus s'en servir Castle!

Elle ne lui avait jamais parlé aussi froidement. Il se sentait comme un moins que rien. Il avait vraiment bousillé l'enquête. Les regards d'Esposito et Ryan étaient sévères aussi, mais c'est celui de Beckett qui lui faisait le plus mal. Détruire une preuve, check! Sa fierté l'avait abandonnée, considérant qu'elle ne pourrait pallier à l'énormité de la bêtise. Et aux poubelles! C'était probablement là que Kate avait envie de le jeter… pas dans la poubelle à côté de son bureau, mais dans la grande benne à ordure à l'extérieur. Il finirait sa vie dans un dépotoir entre une pelure de banane et un coupe-papier souillé.

Elle allait surement crier. Hurler! Lui ordonner de quitter le poste! De foutre le cas de sa vie, espèce de perdant! Non. Quand on s'attend à une certaine réaction de Kate, elle choisit de réagir autrement. Le silence. Juste le silence. Un lourd silence de déception.

Les trois détectives s'étaient retournés vers le tableau et tentaient maintenant de retrouver leur concentration. Castle était toujours assis sur le bureau de Beckett, mais il se leva soudainement. Il avait eu l'impression de recevoir un coup au derrière. Même le bureau en avait assez de le supporter. Il avait chaud, il transpirait, il avait mal et son cœur battait la chamaille. Il devait trouver un moyen de réparer ce qu'il venait de faire. Son regard ne quittait pas Beckett. Elle était assise très droite. À ce stade, elle avait dépassé la colère, elle était en furie.

- Ils voulaient divorcer… ?

Statut de sel Beckett ne se retourna pas, mais répondit.

- Oui.

- C'est peut-être son nouveau copain qui l'a tuée…

Beckett se retourna finalement vers lui. Son visage était d'une froideur mortelle, mais il comprit qu'elle voulait tout de même entendre la suite.

- Les papiers datent de quelques mois et elle ne les avait pas signés…

Ryan et Espostio s'étaient maintenant tournés vers Castle. Tout le groupe l'écoutait avec attention. Et ne voulant pas décevoir son public, fidèle malgré les derniers événements, il poursuivi l'explication de sa théorie.

- Elle ne voulait peut-être plus pas divorcer, mais plutôt retourner avec son mari… Son petit copain aurait fait engager quelqu'un pour les suivre… D'où les photos datées de la semaine dernière de la victime avec son mari dans une chambre d'hôtel… Il refuse qu'elle retourne avec lui… et comme il savait qu'elle faisait son jogging tous les matins, il la suit….

Beckett s'était rapprochée de lui. Elle l'écoutait patiemment. Il cherchait à ancrer ses yeux dans ceux de Kate, mais son regard était tellement froid que l'eau était gelée, ne laissant aucun point d'amarrage.

- … Il la suit donc ce matin-là… et puis SLAM!

Les trois détectives sursautèrent.

- Il planque les papiers de divorce sur elle, se disant surement que ça rendrait son mari plus suspect. Qui aurait idée de faire son jogging avec des papiers de divorce de toute manière?

- Esposito, regarde si on a un dossier au nom du petit copain.

L'hispanique, s'exécuta tandis que Beckett se retournait de nouveau vers le tableau. Elle ne lui avait pas adressé la parole après qu'il ait débité sa théorie. Son silence était insupportable pour Castle. Beckett priait que la théorie de Castle soit celle qui expliquerait le meurtre.

- Accusé il y a dix ans pour coups et blessures ayant causés des lésions. Il a fait deux ans, plus cinq ans de probation. Son nom est Patrick Voisin, 45 ans.

- Ok. On lui rendra une petite visite demain. La journée est finie pour aujourd'hui.

Il n'était que 17h30, mais Ryan et Esposito ne posèrent aucune question. Ils ne voulaient pas que Beckett change d'idée et ils sortirent en un temps record. Quant à Castle, il se dit que la manière façon d'éviter une conversation était de prétexter une envie d'uriner. Il ne voulait pas se retrouver seul à seul avec Kate, il avait trop honte. Ça lui prit une bonne dizaine de minutes pour trouver le courage de sortir de la toilette et quelle ne fut pas sa surprise quand il se rendit compte qu'elle avait déjà quitté! Il se dit que finalement une confrontation aurait été mieux que son absence. D'un pas lourd, il se dirigea vers la sortie. Il se sentait complètement abattu. Quand il se retrouva finalement à l'extérieur, il vit Kate se diriger vers lui avec un sourire.

- Toute une envie ça!

Il en resta bouche bée. Elle était souriante, et surtout, elle l'avait attendu. Court-circuit dans la tête de Rick.

- J'ai faim…on va manger ? Je n'ai rien à la maison.

- Euh…ok…

- Chinois, Italien….?

- Chinois…

Quand il embarqua dans la voiture, elle se pencha vers lui et lui embrassa délicatement les lèvres. Un baiser rapide, doux, agréable. Il implorait le ciel d'avoir rêvé ce qui venait de se passer au poste. Il souhaitait pouvoir réécrire la scène. Et il ne comprenait pas pourquoi Kate était redevenue normale avec lui si rapidement. Il cherchait la colère dans ses yeux, mais il ne la trouva pas. Elle n'était plus Beckett. Elle n'était plus détective. Il n'était plus Castle. Il n'était plus celui qui avait bousillé le cas. Elle était Kate. Il était Rick. Si Kate voulait se donner une chance avec Rick, elle savait qu'elle devait faire la différence entre le travail et leur vie personnelle. Il faut dire aussi que Kate avait toujours été habituée à séparer ces deux aspects de sa vie. Personne ne l'avait jamais vraiment connu avant Richard Castle. Et elle ne voulait pas risquer de le perdre à cause de son travail.

Rick grignotait en silence tandis que Kate mangeait en jacassant sans cesse.

- J'avais l'impression que ce roman allait changer ma vie. Je n'avais que dix ans. Et mes intérêts changeaient tous les jours… Un jour j'étais avocate comme ma mère… l'autre jour pilote comme Tom Cruise dans Top Gun et qui sait le jour d'après! Ma mère m'écoutait à chaque nouvelle vocation et elle trouvait ça très drôle. Et un jour, je suis tombée sur un de tes romans…

Rick leva les yeux vers elle. Il avait deviné qu'elle était une fan. Elle s'était trahie à quelques reprises et avait tous ses romans dans sa chambre. Qu'elle lui avoue à voix haute lui redonnait son sourire. Il imaginait Kate lisant ses romans, des années avant qu'ils se rencontrent. Kate avait remarqué son sourire et approcha sa main de la sienne. D'un geste subtil, elle lui effleura la main.

- Ne fais pas cet air! Tu le sais depuis la première journée. Tu m'as même narguée avec ça! Tu n'as pas beaucoup mangé, tu n'aimes pas?

Castle regarda son assiette et effectivement, il n'avait presque rien mangé. Il n'avait pas d'appétit. Il se préparait mentalement à ce que Kate l'abandonne. Il se disait que s'il n'était pas pris au dépourvu, ce serait moins pénible à vivre. Pourtant, rien dans l'attitude de la jeune femme ne pouvait lui laisser croire qu'elle allait le quitter. Mais Kyra ne lui avait pas donné de signe non plus avant de le quitter après trois ans de relation parce qu'elle se sentait étouffée! Et si c'était la même chose avec Kate? Non. Kate avait donné un signe. Elle l'avait appelé Castle. Ça ne faisait que deux mois, mais Kate était tellement extrême que peut-être que deux mois équivalaient trois ans…

- Je n'ai plus trop faim…

Kate le regardait avec surprise. Il avait l'air préoccupé depuis quelques jours et il ne semblait pas vouloir lui en parler maintenant. Elle se dit qu'il le ferait certainement quand il serait prêt et, par respect pour lui, elle n'insista pas. Elle ne se doutait pas qu'elle était la cause de l'état de Rick, sinon elle se serait empressée de le rassurer. Rick attrapa l'addition avant Kate et quand ils sortirent du restaurant, il tendit le billet de stationnement au valet.

Le vent de novembre s'était levé, et Kate se blottit dans les bras de Rick pour se réchauffer. Il déposa son menton sur sa tête et la serra dans ses bras. Ils attendirent la voiture, complètement inconscients qu'un autre couple, pas trop loin d'eux, les observait.

Lanie et Esposito sortaient du cinéma et sur le chemin du retour, ils avaient aperçu Beckett et Castle. Ils se doutaient que la situation avait dû évoluer entre les deux tourtereaux puisqu'ils ne se regardaient plus de la même manière, mais aucun n'avait osé les questionner. Ils avaient maintenant la confirmation. Quoique contente pour eux, Lanie se sentait un peu triste que Kate ne lui en ait pas parlé. Elle eut un sourire quand elle vit Kate déposer un baiser dans le cou de Rick. Alors qu'Esposito s'avançait pour aller les trouver, Lanie l'en empêcha.

- Javier, n'y va pas!

- Mais…

- Ils en parleront quand ils seront prêts.

Mais Lanie avait son plan. Elle savait que c'était bientôt le mariage de Ryan et qu'elle allait tenter de faire cracher le morceau à Kate lors de cette soirée. Peut-être que l'alcool aiderait.

*****

Castle et Beckett revenaient de leur rencontre avec le petit ami de la victime. Ils avaient pu confirmer la théorie de Castle, mais impossible d'en faire la démonstration devant un jury. Tout les ramenait à cette même preuve inutilisable. Beckett était assise à son bureau et tapait furieusement sur son clavier.

Peut-être que finalement, ce n'était pas la journée d'hier qu'il avait rêvée, mais plutôt la soirée. Et la manière dont elle s'était terminée. Il s'écrasa dans sa chaise et clignait des yeux pour ne pas se mettre à pleurer. Ce serait le premier cas, excluant celui de sa mère, qu'elle ne pourrait pas résoudre. Et c'était à cause de lui. Castle se décomposait. Évidemment Beckett était fâchée. Ce salaud de meurtrier allait s'en tirer. Mais elle n'en avait pas voulu à Castle lorsqu'ils avaient trouvé l'assassin de sa mère et qu'elle avait dû l'abattre. Le cas présent était vraiment moins émotif pour elle. Elle n'en voulait pas à Castle. Elle était contrariée de ne pas avoir trouvé un autre moyen de boucler le coupable.

Castle passa sa main moite sur son visage et se leva.

- Je…dois…y aller…J'ai un roman…Hmm…à écrire.

C'était une excuse bidon. Il n'allait pas écrire, mais se taper la tête contre les murs, en se maudissant d'avoir brisé sa relation avec Kate. Cette dernière avait bien remarqué la banalité de l'excuse, mais elle ne pouvait pas quitter avant d'avoir terminé ce foutu rapport!

Castle se retrouva dans son appartement désert. Alexis était avec Ashley, qui revenait le plus souvent possible de l'université pour la voir. Martha avait une répétition et elle ne reviendrait qu'aux petites heures du matin. Il aurait aimé pouvoir pleurer afin de se libérer, mais les larmes ne coulaient pas. Une bière l'aiderait. Il se dirigeait vers le frigo quand deux coups à sa porte le firent sursauter. Il était 18h53. Déjà trois heures qu'il était chez lui!

Il se retrouva face à face avec Kate… ou Beckett, il ne savait plus. Il ne savait pas comment réagir. Il avait une main sur la poignée et l'autre sur le cadrage de porte, ce qui bloquait l'entrée à Kate… ou Beckett.

- Allo…

C'est elle qui avait parlé en premier. Rick était resté silencieux.

- Oui ?

Kate fronça les sourcils. Oui? Oui, quoi? C'était quoi cet accueil?

- Tu ne me laisses pas entrer ?

Comme il ne fit aucun geste, elle décida d'entrer sans invitation et passa sous le bras de Rick. Ce dernier, referma la porte et se retourna vers elle.

- Qu'est ce qui se passe?

- Rick? Ça va?

- Rick. Je suis redevenu Rick?

Castle se sentait comme un volcan sur le point d'exploser. Kate ne l'avait jamais vu ainsi et elle était déstabilisée. Rick sentait son visage devenir rouge tellement il avait chaud. Il avait besoin d'exprimer ses émotions et il ne savait pas par où commencer. Il avait peur de la manière que ça allait sortir.

- Tu es toujours seul?

- Et c'est pour cette raison que tu as pris la chance de venir ici. Tu savais que je serais seul! Dis-moi, je m'adresse à qui en ce moment? Kate ou Beckett?