Notes :

Avant toute chose, merci pour vos reviews qui sont toujours aussi encourageantes. Je constate avec quelque peu de satisfaction que vous êtes tous perturbés par la même chose : Sirius, gardien du secret. Mais c'est quoi que cette histoire ? Alors… Je ne sais pas trop si je dois vous expliquer pourquoi ou attendre la fin de cette fic. Mais soyons gentils, je pense que vous méritez quelques éclaircissements.

Nous savons d'après les livres que Peter a trahi le secret presque aussitôt après avoir été choisi comme gardien, donc probablement en octobre 1981. Nous savons par ailleurs que pour les un an de Harry, donc en juillet de la même année, les Potter sont déjà installés à Godric's Hollows (la lettre de Lily dans le tome 7). On peut donc supposer que cela fait même plus longtemps qu'ils y sont. Or, la prophétie ayant été faite en 1979, on peut supposer que dès la naissance de Harry, le Seigneur des Ténèbres va le rechercher, il faut donc que James et Lily se cachent dès ce moment-là, Dumbledore le leur aura probablement conseillé tout de suite. Alors comment expliquer qu'ils ne prennent de gardien du secret qu'en octobre 1981 et qu'ils ne soient pas découverts avant ? Pour moi, il n'y avait qu'une explication possible : les Potter avaient un autre gardien du secret avant, et ce gardien a changé au dernier moment. Et qui d'autre que Sirius pouvait jouer ce rôle à la perfection ? Pour étayer ma thèse, j'ai cette phrase de Peter adressée à Remus à la fin du tome 3 : « Ils te l'auraient dit s'ils avaient changé de gardien du secret… »

On a toujours interprété cette phrase comme le fait que lorsque James et Lily ont dû prendre un gardien, ils avaient décidé de prendre Sirius et que celui-ci les a convaincu de prendre Remus à la place. Mais changé de gardien, ça peut tout autant vouloir dire qu'ils en avaient un et qu'ils l'ont changé. Et comme personne d'autre que Peter et Sirius ne sont au courant, ce premier gardien, ça ne peut être que Sirius. J'ignore si vous m'avez suivie, mais après de longues heures de réflexion, j'en suis pour ma part arrivée à la conclusion que c'était la seule solution possible.

N'hésitez pas à m'envoyer des hiboux si vous voulez en discuter davantage ou de plus amples informations.

En attendant, voici mon chapitre 3, en espérant qu'il sera à la hauteur de vos attentes.

Août 1980 (suite)

« Qu'est-ce que tu me veux, Malefoy ? »

Je tentais de conserver mon self control, mais la phrase que je venais de prononcer ne ressemblait à guère plus qu'à un couinement apeuré. En réalité, il ne fallait voir en ma tentative aucune preuve de bravoure ou d'audace. Tout mon corps et toute mon âme n'aspiraient qu'à une seule chose, m'enfuir en courant,et si je ne l'avais pas encore fait c'était simplement parce que j'avais trop peur que Lucius Malefoy ne me lance un sortilège dans le dos. Je ne voyais qu'une alternative, gagner du temps en espérant que quelqu'un viendrait à passer par là, espoir bien vain puisque nous nous trouvions dans un quartier totalement moldu de Londres. J'avais bien envisagé d'envoyer un patronus aux membres de l'Ordre, c'était notre moyen de prédilection pour communiquer entre nous, mais le Mangemort ne me laisserait jamais suffisamment de temps pour le faire.

Tandis que la pluie tombait plus dru que jamais, imbibant chaque parcelle de mes vêtements et me glaçant jusqu'aux os, tandis que le tonnerre émettait au-dessus de nos têtes un grondement presque continu, je sentais à travers les fentes de sa cagoule le regard du Mangemort me scruter de la tête aux pieds. Finalement, il reprit la parole, élevant sa voix lente et parfaitement maîtrisée pour couvrir le vacarme de l'orage :

« Le Maître veut te voir. Il m'a envoyé te chercher. »

Dans ma tête, des réponses cinglantes défilèrent, de celles du genre « Je n'ai d'autre maître que Dumbledore ! » ou « Ah, il a envie de mourir ? » Mais je n'en prononçai aucune. Au lieu de cela, je sentis mes genoux trembler sous mon propre poids et une panique undicible me gagner. Pourquoi le Seigneur des Ténèbres s'intéressait-il à quelqu'un d'aussi insignifiant que moi ? Qu'allait-il me faire ? Je possédais peu d'informations susceptibles de l'intéresser…

« Que… qu'est-ce qu'il me veut ? parvins-je finalement à bredouiller d'une voix presque inaudible. »

Je sentais la honte me gagner tandis que les visages de mes amis Gryffondors venaient cacher toute autre pensée dans mon esprit. Ils auraient engagé le combat, quitte à mettre leur vie en jeu, plutôt que de répondre à l'un des sbires du Seigneur noir.

Malefoy ricana et se pencha vers moi comme pour me faire une confidence, ne semblant pas remarquer mon mouvement de recul.

« Je n'ai pas l'habitude de discuter les ordres du Maître, susurra-t-il, il t'expliquera lui-même. Maintenant, pas de discussion, ça m'ennuierait d'avoir à te tuer. »

J'avais le sentiment qu'il n'en pensait pas un mot et je sentis que la vague de panique était sur le point de me submerger totalement. Pourtant, je ne pouvais pas rester ainsi à ne rien faire, j'étais certain que mes amis ne me le pardonneraient pas, et je n'avais qu'eux auprès de qui je me sentais en sécurité.

Dans une tentative désespérée pour reprendre le contrôle sur moi-même, je serrai plus fort ma baguette dans mes doigts et je la sortis de ma poche et la brandis en direction de Malefoy.

Cela eut pour seule effet de le faire ricaner une nouvelle fois.

« Tu crois sincèrement que tu peux te battre contre moi, pauvre misérable ? »

Il fit un geste discret en direction du fond de l'impasse sombre et je vis deux ombres se détacher de l'un des murs et faire quelques pas en avant.

« Bien, souhaites-tu toujours nous affronter, à un contre trois ? »

Je ne me rendis même pas compte que j'avais baissé ma baguette et je ne le réalisai que lorsque je sentis le choc produit par ma main lorsqu'elle heurta ma cuisse.

« Bien, voilà qui est beaucoup mieux. A présent, prends mon bras, en douceur, nous allons devoir transplaner. Inutile de te débattre, ce serait fort dommage que tu meures désartibulé avant même que le Seigneur des Ténèbres n'ait eu le loisir de te tuer lui-même. »

Je tremblais de tous mes membres, de froid et de terreur, mais sans même m'en rendre compte j'avais déjà exécuté l'ordre du sorcier, m'accrochant à son bras en ignorant la répulsion qui s'emparait de moi. Même si le Seigneur des Ténèbres voulait ma mort, peut-être avais-je une chance de lui montrer que je pouvais lui être utile et de m'en tirer, tandis que si je n'obéissais pas à ses hommes, la mort m'était assurée.

Tandis que pour la centième fois, la question « Pourquoi moi » venait me marteler l'esprit, je ressentis la sensation très particulière d'étouffement produite par le transplanage, sensation qui s'estompa presque aussitôt pour me laisser haletant et dégoulinant de pluie, oujours accroché au bras de Malefoy, dans un endroit très différent de la ruelle sombre, un endroit où la première chose que je remarquai fut qu'il ne pleuvait pas.

Je lâchai prestement le bras de mon ravisseur, mais les deux autres Mangemorts avaient transplané en même temps que nous et ils se tenaient de part et d'autre de nous, leur baguette pointée sur ma poitrine, ce qui fit que je n'envisageai même pas la possibilité de fuir. Au lieu de cela, je jetai un regard circulaire autour de moi.

Nous étions dans un jardin peu entretenu, où les herbes folles se mêlaient à ce qui avait dû autrefois être des bosquets bien taillés et fleuris, mais qui ressemblaient à présent à des fourrés en désordre, bordant une allée qui avait probablement un jour été couverte de graviers blancs et parfaitement râtissée. Devant nous s'élevait un haut et imposant manoir, qui paraissait sonbre et menaçant sous le ciel gris et bas. Aucun indice ne me permettait d'avoir la moindre idée de là où nous nous trouvions et l'impressionnante bâtisse m'était totalement inconnue. La plupart des fenêtres étaient barricadées et cet endroit semblait totalement à l'abandon.

Néanmoins, je ne pus observer les lieux plus longtemps car déjà, Malefoy me faisait signe de le suivre, ce que je fis docilement, l'esprit comme vidé de toute volonté.

Nous marchâmes tout droit vers l'impressionnante porte de bois sculptée qui gardait l'entrée du manoir Malefoy pointa sa baguette sur l'épais panneau de chêne, prononça à voix basse plusieurs mots que je ne pus saisir et la porte s'ouvrit d'elle-même.

A l'intérieur, il faisait sombre et mes yeux mirent un moment à s'accoutumer à l'obscurité presque totale du vestibule. Il s'agissait d'une pièce toute simple, aux murs nus où seules quelques chaises étaient abandonnées ça et là, non loin d'un porte-manteau couvert de capes, certaines encore ruisselantes de pluie, d'autres parfaitement sèches. Aucun bruit ne me parvenait mais un rai de lumière brillait sous une massive porte à l'autre bout du hall. C'est vers cet endroit que se dirigèrent immédiatement les trois Mangemorts, les deux inconnus ne me quittant pas des yeux, Malefoy, lui, semblant totalement à l'aise et sûr de lui. Quant à moi, pétrifié, je suivais les trois hommes comme si j'avais été soumis à l'imperium, bien que la facilité avec laquelle je pensais me laissait savoir qu'il n'en était rien.

La pièce dans laquelle nous entrâmes contrastait étrangement avec le vestibule. Sans être lumineuse, elle était éclairée de nombreux candélabres d'argent finement ouvragés et un grand feu brûlait vivement dans une haute cheminée de marbre dans le fond de la pièce. L'endroit était décoré de nombreuses tapisseries luxueuses, de petits meubles ornés de marqueterie et un moelleux tapis dans les tons pourpres, qui avait dû coûter une fortune, couvrait presque tout le sol de la pièce. Au centre, autour d'une massive table en bois de chêne, aux pieds abondamment sculptés, une vingtaine de personnes étaient réunies, toutes vêtues de noir et cagoulées. Mais une seule d'entre elle attira mon regard, celle assise en bout de table, la seule qui ne portait pas de cagoule. Plus grand que presque tous les autres, cet homme maigre avait une peau blafarde, un visage plat qui évoquait la tête d'un serpent et deux fentes dans lesquelles brillait une lueur rouge à la place des yeux.

A notre arrivée, ses lèvres très fines s'étirèrent en un léger sourire. Lorsque la porte se fut refermée derrière nous, Malefoy se précipita vers son maître et se jeta à genoux à ses pieds.

« Voilà, maître, nous avons fait le plus vite possible, voilà Peter Pettigrow comme vous nous l'avez demandé. »

Le Seigneur des Ténèbres posa son regard de serpent sur Malefoy qui tressaillit légèrement à ce contact visuel et baissa la tête.

« Bien, Lucius, je suis très content de toi. C'est un excellent travail. Va donc t'asseoir. »

Puis se tournant vers les deux hommes qui ne m'avaient pas quitté :

« Vous aussi, Crabbe, Goyle, je suis très content de vous. Vous pouvez aller vous asseoir. »

Il avait une voix aiguë et glaciale, elle me donnait presque l'impression que c'était un mort qui parlait, et il semblait en maîtriser la moindre inflexion.

Je vis que les deux types, dont les noms m'évoquaient vaguement deux Serpentards assez stupides qui étaient à Poudlard quelques années au-dessus de nous, me jetaient un regard soupçonneux et méfiant avant d'aller s'asseoir autour de la table avec les autres Mangemorts, au bout opposé de celui où siégeait le seigneur noir. Malefoy, quant à lui, avait gagné une chaise nettement plus proche de celle de son maître.

« Quant à toi Peter… »

Je sursautai. Le mage noir me regardait intensément et j'avais la désagréable impression qu'il pouvait lire dans mes pensées.

« Viens donc te joindre à nous, je crois que nous avons à parler. Bellatrix, veux-tu bien lui laisser ta place ? Je désire qu'il s'assoie à mes côtés. »

Il avait pris une voix doucereuse et caressante, mais elle ne me rassurait pas pour autant, au contraire. La dénommée Bellatrix émit comme une sorte de plainte mais elle se leva tout de même, elle était assise à la droite du maître, et elle alla s'asseoir un peu plus loin Je sentis une drôle d'impression dans ma poitrine quand je songeai qu'il devait s'agir de Bellatrix Black, la cousine de Sirius, celle qui avait épousé un Lestrange. Combien de personnes connaissais-je ici, de près ou de loin ?

Mon regard allait de Voldemort à la chaise vide à côté de lui, puis retournait sur le terrifiant sorcier, mais mes jambes refusaient de bouger. Le silence était tombé et tout le monde avait le regard rivé sur moi. Je sentais que Bellatrix, même si je ne pouvais voir son visage, se tortillait sur sa chaise et se retenait à grandpeine de faire un commentaire. Finalement, ce fut la voix glacée qui s'éleva à nouveau, me faisant frémir, toujours aussi doucereuse :

« Eh bien mon cher Peter, pourquoi ne viens-tu pas t'assoir ? Tu sais que c'est un honneur dont beaucoup de mes Mangemorts rêvent, de pouvoir siéger à côté de moi ? »

Je fis un pas en avant, mais je me figeai à nouveau, incapable d'aller plus loin, ni de repartir en arrière.

« Oh, Lucius, ne me dis pas que tu as fait peur à ce garçon en le menaçant de mort tout de même. »

Malefoy bougea nerveusement sur sa chaise et détourna le regard.

« Eh bien je suis vraiment désolé de l'accueil que mes Mangemorts t'ont fait, reprit la voix de Voldemort avec un ton de regret qui semblait sincère, je ne te veux aucun mal, je veux au contraire t'aider. Viens t'assoir, nous allons en parler. »

Son regard ne me lâchait pas et je sentis que je faisais un autre pas vers lui, puis un autre… Je me sentais comme hypnotisé par ce visage de cauchemar et il me semblait que je ne pouvais rien faire d'autre pour ma survie. Malgré ses paroles, j'étais bien convaincu qu'au moindre faux pas il n'hésiterait pas à me tuer et, tandis que je tentais désespérément de repousser les images de mes amis que je risquais de mettre en danger, je me rendis compte que j'avais rejoint la chaise vide et que je m'y asseyais, tremblant tellement que je manquai à plusieurs reprises de tomber, provoquant quelques ricanements parmi les rangs des Mangemorts.

« C'est bien, fit le mage noir en posant à nouveau son regard sur moi, ce qui me fit me recroqueviller sur ma chaise, je vois que tu sais où sont tes intérêts. Vois-tu, mon cher Queudver…

-Comment connaissez-vous ce nom ? Ce nom n'appartient qu'à mes amis, eux seuls le connaissent et l'emploient. »

Je regrettai aussitôt d'avoir prononcé ces paroles, lâchant un couinement de terreur en me tassant encore un peu plus sur ma chaise. Seule l'évocation de ce nom de maraudeur avait pu me faire réagir, il m'évoquait trop James, Sirius et Remus, eux qui n'auraient jamais laissé quiconque les entraîner là où je me trouvais à présent, eux qui ne se doutaient pas que j'étais actuellement assis parmi les rangs de leurs ennemis.

A quelques mètres de moi, Bellatrix Lestrange s'était dressée d'un bond et dans sa colère, sa cagoule avait glissé en arrière, libérant une cascade de longs et épais cheveux noirs et dévoilant un beau visage jeune et fier, aux lourdes paupières et aux yeux sombres.

« Comment oses-tu… comment oses-tu couper la parole à notre maître !

-Silence, Bellatrix, fit Voldemort avec froideur. »

La jeune femme émit une exclamation étouffée de frustration et se rassit.

« Tu disais que seuls tes amis t'appelaient ainsi ? »

J'approuvai de la tête, ne sachant plus très bien ce que je faisais et ne comprenant plus vraiment la situation. Non seulement le Seigneur des Ténèbres ne semblait pas en colère, mais il m'avait même défendu face à cette femme qui semblait pourtant l'une de ses plus fidèles partisanes, puisqu'elle occupait la place que j'occupais à présent, juste à côté de son maître.

« Eh bien… Et si j'avais envie de devenir ton ami ? »

Je restai bouche bée. Il n'y avait plus aucune cohérence dans tout ce qui se déroulait. Voldemort n'avait pas d'amis, c'était ce que nous répétait sans cesse Dumbledore, alors comment se pouvait –il qu'il dise une chose pareille ?

« Eh bien, je t'écoute Queudver, dis ce que tu penses. Je sens que quelque chose te contrarie. »

Si l'on faisait abstraction de cette voix glaciale, il y avait quelque chose de presque paternaliste dans son ton. J'ignore si c'est cela qui me poussa à le faire mais je parlai, ignorant les regards de tous les Mangemorts braqués sur moi. Apparemment, eux aussi, pour la plupart, ne comprenaient pas plus que moi ce qui était en train de se dérouler.

« Qu'ai-je à gagner en m'alliant à vous ? Comment puis-je être votre ami, comme vous dites, alors que vous tuez chaque jour ceux qui sont de mon côté ? Alors que chaque jour mes amis luttent contre vous ? »

De nouveaux rires fusèrent parmi les personnes attablées mais un seul regard de leur maître suffit à les faire s'éteindre.

« Crois-tu réellement avoir des amis Queudver ? »

Je réfléchis à la question. Elle avait été posée avec tant d'assurance que, même si en temps normal j'aurais trouvé absurde de me demander une telle chose, je ne pouvais qu'y penser.

« Ces amis dont tu parles, ne sont-ce pas eux qui t'ont entraîné dans une lutte que tu détestes ? N'est-ce pas à cause d'eux que tu te terres dans un trou à rats et que chaque jour de ta vie, tu as peur de mourir ? Peux-tu encore appeler amis ces gens qui mettent à chaque instant ta vie en danger, se moquant éperduement du fait que tout ce que tu désires, c'est vivre en sécurité ? »

A chaque mot qu'il prononçait, je sentais mon esprit défaillir un peu plus et plonger vers un abîme de doute.

« Réfléchis bien… »

Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Comment n'avais-je pas compris plus tôt que c'était ce sentiment qui me troublait de plus en plus ces derniers temps ? Oui, j'avais peur, même auprès de mes amis, je ne me sentais plus en sécurité, et pour cela, je les haïssais, je les haïssais de plus en plus.

Voldemort me regardait en silence, un silence qui devenait de plus en plus pesant. Je sentais que les Mangemorts étaient fébriles et inquiets, mais aucun n'osait parler. Je sentais leurs regards de mépris posés sur moi et ils devaient brûler de demander à leur maître pourquoi il se donnait toute cette peine pour un bon-à-rien dans mon genre. Mais le Seigneur des Ténèbres demeurait imperturbable. Après un moment de silence, il reprit de sa voix terrifiante :

« Souviens-toi de toutes ces fois où ils se sont moqué de toi, où tu as eu le sentiment de passer ta vie dans leur ombre. N'aspires-tu pas à un peu de gloire ? »

Non, il ne pouvait pas dire ça. Remus, lui, m'avait toujours soutenu. Mais James, Sirius ? Oui mais ils tenaient à moi, ils donneraient leur vie sans hésiter pour moi, alors que le Seigneur des Ténèbres, lui, ne donnerait sa vie pour personne, même pas pour cette Bellatrix. Pourtant… Combien de fois avais-je rêvé de leur montrer que moi aussi, je pouvais faire quelque chose de bien ? J'en avais assez d'avoir peur, et aujourd'hui, j'avais plus peur que jamais. Finalement, je tentai, d'une voix tremblante :

« Qu… qu'attendez-vous de moi ? »

Un nouveau sourire étira les lèvres presque inexistantes du mage noir.

« Je savais que nous nous comprendrions. Auprès de moi, tu n'auras plus jamais peur. Tu pourras mettre en valeur tes talents et personne ne cherchera plus à te faire du mal.

-ET… et si je refuse ? tentai-je, plus par principe que par réelle conviction. »

De nouveaux rires fusèrent et cette fois le mage noir ne les fit pas taire. Lorsqu'il me répondit, sa voix était devenue légèrement plus dure.

« On ne refuse rien à Lord Voldemort sans en payer les conséquences. Tu comprends mon cher Queudver, je ne pourrais tout de même pas te laisser sortir d'ici comme s'il ne s'était rien passé n'est-ce pas ? Et puis de toute façon… Tu n'as plus vraiment envie de nous quitter, j'en suis certain. »

Je m'étais remis à trembler comme une feuille, et je ne pus, une nouvelle fois, qu'approuver de la tête, incapable de prononcer la moindre parole.

« Bien, nous avons l'habitude d'organiser une petite cérémonie pour l'entrée dans nos rangs d'un nouveau membre, mais nous allons faire une petite exception. Agenouille-toi devant moi. »

Sans plus réfléchir, je me levai et j'obéis. Toutes mes pensées étaient embrouillées, je repensais aux quatre maraudeurs, à Lily, à ce bébé que Dumbledore avait dit être en danger… Et brusquement, je compris : le pourquoi moi qui m'assaillais depuis le début trouvait une réponse : le Seigneur des Ténèbres voulait tuer Harry et j'étais à la fois le plus proche des Potter et le plus vulnérable de leurs amis. Un instant, je me sentis empli de dégoût à la pensée de ce qu'allait être ma mission, tenter par tous les moyens de livrer un enfant, mais je me rendis compte que cette pensée, peu à peu, me réconfortait. Oui, mon rôle n'était pas si terrible que ça. Je ne ferais rien de mal à mes amis, je condamnerais juste cet enfant qui n'aurait même pas encore l'âge de comprendre qu'il était trop tôt pour mourir, et en contre-partie, mon nouveau maître m'offrait sa puissance et sa protection et je n'aurais plus jamais peur.

Lorsque Voldemort saisit mon bras dans ses longs doigts blancs et glacés, j'eus à peine un frémissement, mais ma décision était prise. Lorsqu'il me fit répéter après lui un serment d'allégeance, je réalisai que j'y mettais presque du cœur. Et lorsqu'il posa l'extrémité de sa baguette sur mon avant-bras, je réalisai que je tremblais de peur à l'idée de ce qui allait se passer, mais plus à l'idée des conséquences de mon choix.

Une douleur fulgurante s'empara soudain de mon poignet, m'aveuglant, me faisant fermer les yeux et vaciller en arrière. Je me mis à hurler, à hurler comme je n'avais jamais hurlé, n'ayant plus conscience de rien d'autre que de cette douleur qui semblait se répandre dans mon bras et dans tout mon corps. ET puis peu à peu, la douleur commença à s'estomper. Quand je rouvris les yeux, je la sentais à peine. Je regardai autour de moi et je vis que j'étais recroquevillé sur le sol, tremblant, les yeux remplis de larmes. Voldemort n'avait pas bougé de son siège et il me regardait. Penché au-dessus de moi m'apparut le visage dur de Bellatrix qui me saisit sans ménagement par les épaules pour m'aider à me relever.

« Bien, tu peux désormais t'asseoir parmi nous Queudver, tu es des nôtres. Nous parlerons de ta mission plus tard, nous avons une réunion à terminer. »

Les jambes tremblantes, je marchai mécaniquement jusqu'à la chaise que me désignait Bellatrix sur laquelle je me laissai tomber, tandis que la jeune femme, le regard empli de dévotion et de bonheur, reprenait sa place à côté de son maître.

Lorsque, quelques heures plus tard, je regagnai le trou qui me servait d'appartement, je découvris qu'une chouette m'attendait, un petit rouleau de parchemin attaché à la patte. Je le détachai et le déroulai en hâte. Un petit papier tomba du parchemin principal et je le ramassai : il s'agissait d'une photo du petit Harry dans son berceau. IL avait les yeux fermé, mais il semblait sourire et être heureux. Mon regard se porta sur la lettre et je lus :

Mon cher Queudver,

Je suis désolée de n'avoir pu me rendre à la dernière réunion de l'ordre, mais tu comprends avec Harry je préfère être prudente, et puis il a besoin de repos, il est encore tout petit. J'espère que tu pourras bientôt venir nous voir à la maison, j'ai tellement hâte que tu puisses le voir et le prendre dans tes bras ! En attendant, même si je sais que James a dû déjà en faire circuler un certain nombre, je t'envoie une photo du petit pour que tu puisses la conserver et la regarder quand tu voudras. J'espère que tout va bien pour toi et que mes éventails magiques t'aident à ne pas trop te liquéfier dans ton trou !

Je t'embrasse fort. Affectueusement,

Lily

Une boule au creux de la poitrine, je repliai la lettre et la rangeai dans un tiroir avec la photo du bébé. Tandis que je refermais le tiroir, la manche de ma robe s'accrocha dans la poignée et se souleva, révélant à mon regard, sur mon avant-bras, un tatouage monstrueux représentant une tête de mort avalant un serpent. Soudain, je sentis la nausée m'envahir et mes jambes n'eurent plus la force de me porter. Je m'effondrai sur mon lit et je me mis à pleurer.