- Comment ça Kate ou Beckett? Qui tu penses, Rick?

Le ton de voix de Kate était sec. Elle s'était braquée devant lui, les mains sur ses hanches. Rick la regardait. Elle ne semblait vraiment pas saisir pour quelle raison il l'accueillait ainsi. Kate avait terminée sa journée de travail et le comportement de Rick l'inquiétant depuis quelques jours sans qu'elle ne sache pourquoi, elle avait décidé de venir le rejoindre chez lui ce soir. Peut-être s'ouvrirait-il à elle. Peut-être que non, mais elle serait présente pour lui s'il avait besoin. Elle ne s'attendait certainement pas à cette réaction. Et encore moins à ce qui allait suivre.

Rick devait maintenant lui dire ce qu'il avait sur le cœur. Le moment était venu. Il ignora la remarque de Kate.

- Kate, depuis quelques temps… je dois te dire…je réfléchis beaucoup à notre relation… je ne sais pas comment le formuler pour ne pas te blesser, mais…

Il voulait lui dire tellement de choses, qu'il n'arrivait pas à mettre ses idées en ordre. Il ne voulait pas lui faire de mal, mais il devait lui faire part de ses inquiétudes. Il devait toutefois commencer par calmer ses idées qui se livraient un combat de boxe, sinon ce serait lui qui se retrouverait K.O. L'écrivain voulait trouver les mots justes. Ce qui se déroulait dans sa tête depuis les derniers jours était une suite de scénarios catastrophes. Tornade. Armageddon. Le jour de la marmotte over, and over again!

Visiblement ébranlée par les propos de Rick, Kate l'avait coupé en plein milieu de sa phrase. Elle ne voulait pas entendre la suite. Elle ne voulait pas entendre qu'il voulait la quitter. Ses excuses bidons. Qu'il avait un roman à écrire. Que ce serait mieux ainsi. Que leur rapprochement était finalement une erreur. Qu'elle n'était pas celle qu'il pensait. Qu'il ne pouvait pas être l'homme dont elle avait besoin.

- Pas besoin de chercher davantage, Rick! C'est tout clair maintenant! Pendant trois ans tu as tenté de me faire croire que tu serais toujours présent! Maintenant que je m'accorde enfin le droit de laisser libre cours à mes sentiments pour toi, tu veux prendre tes distances! Je savais que je n'aurais jamais dû m'attacher autant à toi!

Ce n'était plus du sang qui coulait dans les veines de Rick, mais de la lave. La lave d'un volcan en éruption. Sa température corporelle avait dépassé le point d'ébullition pour avoisiner les 1199 degrés. Pourquoi 1199 degrés? Parce que la température de la lave qui s'échappe d'un volcan en éruption se situe généralement entre 700 à 1200 degrés, et que Rick était un mélodramatique chronique.

- JE prends mes distances? Kate, je ne prends pas mes distances, c'est TOI qui recules sans cesse!

- Et je me trouve où en ce moment?

Elle était chez lui. Il ne pouvait pas le nier. Mais Kate allait très vite regretter cette réponse car elle ouvrait la porte à ses reproches. Et anormalement, il ne déclinerait pas l'invitation ce soir.

- Parce que ma mère et ma fille sont sorties! Tu savais que j'étais seul! Tu n'aurais jamais pris ce risque autrement!

- On devait prendre notre temps! On s'était mis d'accord là-dessus. Prendre du temps pour nous avant de l'annoncer!

- Prendre du temps pour nous avant de l'annoncer? Et le temps que tu prends avec Josh à l'hôpital? Et celui que tu as perdu à te faire un café hier matin, alors que tu sais que je t'en apporte un tous les matins? Qu'est-ce que tu fais de ce temps-là?

Rick s'était mis à trembler tant ses émotions étaient intenses et le ton de sa voix extrême. La limite maximale de décibels supportable pour un humain.

- Tu m'as appelé Castle!

Kate se retrouvait devant un Rick aux propos décousus. Elle ne voyait pas trop ce que voulait dire cette phrase et pourquoi ça le fâchait soudainement qu'elle l'appelle Castle. Elle l'appelait Castle tous les jours depuis trois ans, et lui-même l'appelait Beckett. Jamais ce lapsus qu'elle avait commis dans sa voiture ne lui avait semblé significatif. Elle n'y pensait même pas en ce moment.

- Tu te paies un trip de coucher avec ton auteur de roman préféré et après deux mois, tu viens ici pour me quitter! Tu m'as appelé Castle!

Des larmes de rage inondaient les yeux de Castle et roulaient sur ses joues. Kate était bouche bée. Les insinuations de Rick la laissaient littéralement sans voix. Elle ne l'avait jamais vu hors de lui à ce point.

- Qu'est-ce que je suis pour toi Katherine? Qu'est-ce que tu attends de moi? Tu n'as jamais même essayé de m'intégrer à ta vie quotidienne! On se voit quand tu le décides! Je dors chez toi quand tu le décides! Qu'est-ce que je suis supposé comprendre? Je n'ose jamais m'imposer, de peur de te faire fuir! Pour moi tu es Beckettissime alors que j'ai l'impression de ne pas compter pour toi! J'ai l'impression que Castle compte plus que Rick! Avant tu me demandais conseil pour le dossier de ta mère et maintenant tu te lèves la nuit, ALORS QUE JE SUIS DANS TON LIT, pour y travailler sans m'en parler! Qu'est-ce que tu attends de moi? Comment tu imaginais notre relation? Je te déçois?

Rick avait tout juste prit une inspiration que sa logorrhée verbale reprenait déjà. Il était rouge et frisait l'attaque de panique.

- J'en suis rendu à un point que je pourrais me jeter en bas de la tour Eiffel si tu me le demandais! Et toi, tu m'appelles Castle!

Notons que Castle n'avait pas choisi de se jeter en bas d'un viaduc, ni même de Ground Zero. Il s'était produit tellement d'attaques ou de revendications terroristes à New York depuis le 11 septembre qu'il aurait eu peur de passer inaperçu. Paris et la tour Eiffel auraient surement plus d'impact. Spectaculaire all the way!

Du revers de sa main, il essuya ses larmes, qui furent rapidement remplacées par de nouvelles. Kate n'avait tenté aucune intervention. En premier parce qu'elle était hébétée et ensuite parce qu'elle avait compris qu'elle était, sans le vouloir, la cause de la tourmente des derniers jours de Rick. Elle ressentait son besoin de se vider le cœur. Elle n'avait jamais voulu le quitter. Elle ne voulait pas fuir et c'est ce qu'elle voulait lui démontrer en ce moment en absorbant ses reproches sans broncher. Elle ne s'en n'irait nulle part. Elle ne pourrait jamais le quitter. Elle ne vivait qu'à demi avant lui. Il était sa deuxième moitié.

Mais ramenons plutôt notre attention sur Rick, qui laissait maintenant toute la place à sa détresse.

- … Tu as été un rêve inaccessible pour moi durant 3 ans. Mon plus grand rêve se transforme en cauchemar. J'essaie par tous les moyens de ne pas te décevoir et j'en arrive à faire exactement l'inverse! Je ne dors pas la nuit, j'essaie de dresser la liste des raisons qui t'empêcheraient de me quitter. Et j'arrive le matin tellement nerveux que je bousille des preuves et que je fous en l'air des enquêtes! En plus de me quitter, tu es sur le point de me renvoyer du poste alors que celle nouvelle vie me tient tellement à coeur! Cette vie qui me permet d'être avec toi au quotidien! Kate, tu représentes tout pour moi! J'ai même pensé m'acheter des céréales Alphabet et garder seulement les lettres de ton nom pour ne jamais les manger, mais je n'en ai pas trouvé à l'épicerie! Tu m'appelles Castle et tu me regarde à peine au poste. Puis le soir on va au restaurant ou tu débarques ici! Je n'arrive pas à y voir clair! Un mystère que je ne pourrai jamais percer! Je te l'ai dit et ça reste toujours vrai!

L'océan Atlantique complet avait dû couler sur les joues de Castle, si bien qu'il avait failli lancer l'alerte aux tsunamis. Les yeux de Kate s'étaient remplis d'eau également. Jamais elle n'avait pensé qu'il souffrait autant et elle ressentait présentement sa douleur.

- … Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour te rendre heureuse? Donne-moi des indications! Dis-le et je le ferai exactement! Ça fait deux mois qu'on se fréquente et je… et fréquenter est un grand mot! On travaille ou on fait l'amour! Et ne te trompe pas, faire l'amour avec toi est extraordinaire et je ne pourrais plus m'en passer, mais ce n'est pas le seul élément qui fait un couple! Penses-tu un jour vouloir rencontrer ma famille dans le rôle de ma petite amie? Est-ce que tu as honte de moi? Je ne suis pas ton type d'homme, je le sais bien! Je ne suis pas

aussi parfait que Josh! Je ne sauve pas des vies, je détruis des enquêtes! Est-ce que tu le regrettes déjà? C'est de ça que vous parliez ce matin à l'hôpital?

De son bras, il s'essuya maintenant le nez. Kate laissait couler ses larmes. Elle voulut s'approcher de Rick, mais il tendit la main pour l'en dissuader.

- J'ai toujours été abandonné Kate… J'ai l'air de la personne la plus entourée au monde, mais c'est une image, un rôle, un mécanisme de défense… J'ai toujours été seul, merde… J'ai dû m'éduquer seul, ma mère n'était jamais présente. Elle voulait sûrement une fille, puis elle m'a eu moi à la place…Je ne connais pas mon père… je n'ai ni sœur ni frère… Je n'étais pas important pour personne. Tu sais ce que c'est à cet âge de penser qu'on est nul et qu'on ne vaut rien? L'écriture m'a sauvée, a fait de moi ce que je suis maintenant, mais c'est loin d'avoir été aussi simple… Et puis je finis par rencontrer une femme que j'ai adorée et qui m'a quitté après trois ans parce que j'ai projeté sur elle tout l'amour que je n'avais jamais reçu. Je l'ai étouffée…Tu penses que le succès de ma vie professionnelle arrive à me faire oublier l'échec de ma vie personnelle? Deux mariages gâchés… j'ai fini par me perdre dans le personnage que je me suis créé. Et je t'ai rencontré… Katherine Beckett, tu m'as ramené à la vie. Je n'étais que sur respirateur artificiel avant toi… Je ne vivais pas, je survivais et ça m'a pris toi pour m'en rendre compte…À tes côtés, je découvre la richesse d'avoir de vrais amis… et l'amour de ma vie… Ça fait tellement mal de penser que je pourrais te perde maintenant que je ne peux même pas trouver les mots pour l'exprimer!

Kate tendit une main et lui caressa la joue. Rick ne l'en avait pas empêché cette fois.

- Je t'aime, Rick.

Ces quelques mots eurent pour effet de stopper net le monologue de Rick. Il laissa échapper un cri de surprise.

- Rick, je t'aime.

Elle tenait son visage entre ses deux mains. Il n'avait pas été certain la première fois, mais elle venait de lui répéter. Il avait bien compris! Elle avait dit deux fois qu'elle l'aimait à quelques secondes d'intervalle! Ces quelques mots, pourtant bien anodins lorsque prit séparément, venait de le saisir de plein fouet. Ses jambes l'abandonnèrent et il tomba lourdement à genou au sol. Il pleurait comme un bébé. Incontrôlable. Le voir pleurer ainsi sans retenue était douloureux pour Kate. Il avait vraiment eu des doutes! Elle se mit aussi à pleurer à chaudes larmes et se laissa choir à ses côtés.

- Je t'aime…

Elle le prit violement dans ses bras, et Rick s'accrocha à elle. Il avait la bouche ouverte, pour lui permettre de respirer à travers ses pleurs. Il mouillait le cou de Kate de ses

larmes. Elle lui caressait les cheveux et le serrait très fort dans ses bras. Ils se maintenaient mutuellement en vie.

- Chut…! Oh mon Dieu Rick…chut…

Elle le berçait et murmura à son oreille des «je t'aime» à l'infini jusqu'à ce que ses larmes se tarissent.

- Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime…

Il se décolla d'elle dans un dernier hoquet de pleurs. Ils se regardèrent longuement les yeux dans les yeux. Ils avaient compris que rien ne pourrait jamais les séparer. Que l'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre était invincible. Éternel. Épargnons nous le «ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants». Il y aurait des moments difficiles. Leurs peurs ne les quitteraient pas magiquement ce soir. Rick ne serait pas moins théâtral. Kate n'en serait pas moins une femme de tête. Néanmoins, ils avaient franchis une étape importante ce soir. Ils pourraient dorénavant bâtir une relation dans laquelle tous deux s'exprimeraient pleinement et sans crainte de faire fuir l'autre. Ils seraient toujours là.

C'est Kate qui réagit la première. Elle écrasa violemment ses lèvres contre celles de Rick, qui s'ouvrirent sous la pression. Elle le serrait tellement fort que ses ongles laissèrent leurs marques dans le cou de Rick. Il lui arracha ses vêtements, possédé par la même folie charnelle que Kate. Leurs langues se livraient un combat de titan. Kate immobilisa Rick sur le dos. Ils étaient complètement nus. Elle lui embrassait furieusement le cou… les épaules… la poitrine… elle voulait gouter à chaque millimètre de sa peau. Les mains de Rick trouvèrent leur chemin dans les cheveux de Kate, jusqu'à son cou et il réussit à l'attirer à elle pour l'embrasser encore. Leur respiration s'était accélérée et tous deux émettaient des gémissements de plaisir. Kate s'assit sur Rick. Elle le sentait bien en elle et dictait le rythme. Rick embrassait… ou mordillait… sa poitrine. Il ne ralentit pas la cadence, trop heureux d'être en elle alors qu'il croyait qu'il n'aurait plus jamais cette chance. L'acte était intense. Ils s'étaient avoués clairement et mutuellement leurs sentiments et il n'y avait donc plus aucune gêne ou retenue dans leurs gestes.

Elle se coucha pleinement sur lui et leurs deux cœurs battaient maintenant la chamaille à l'unisson. L'orgasme fut sonore et violent. Ils n'avaient pas voulu cacher leur plaisir. Et ils en auraient été incapables de toute manière. Lorsqu'ils réussirent à retrouver leur souffle, les deux amoureux éclatèrent de rire en même temps.

Il faut imaginer la scène. Ils étaient complètement nus et venaient de faire l'amour sur le plancher du salon chez Rick. Assez inusité quand on sait que même si Martha avait une répétition, elle aurait pu arriver à n'importe quel moment. Le sourire aux lèvres, ils rapatrièrent leurs vêtements et purent enfiler ceux qui avaient survécu à la tempête. Rick observait la femme qui lui avait finalement avoué ses sentiments.

- Je t'aime…