Epilogue

J'étais perdu, c'en était fini de moi. Ils m'avaient retrouvé, certes eux ne savaient pas ce qu'ils faisaient mais le chat, lui, ne me laisserait aucun répit. Je lui avais échappé de justesse une fois, je pressentais que je n'aurais pas cette chance la deuxième. Je me débattis un moment, tandis que j'émergeais du pot à lait d'où Hermione m'avait déniché et me retrouvais dans les mains de Ron, mais comme mon maître, voyant ma panique, déclara presque aussitôt que l'horrible chat orange n'était pas dans les parages, je décidai de me calmer pour l'instant et d'aviser du meilleur moment possible pour fuir à nouveau dans un endroit plus sûr… si Pattenrond ou Sirius lui-même ne me capturaient pas avant. Pourquoi avait-il fallu qu'ils me retrouvent ? Pourquoi ce chat me poursuivait-il avec autant d'acharnement ?

Pourtant, je devais bien l'avouer, tout était de ma faute. Je n'avais pas réussi à trouver une idée moins stupide que celle de me cacher dans la cabane de Hagrid. Peut-être était-ce la grande sympathie que le demi-géant avait toujours porté à notre quatuor qui m'y avait poussé, peut-être le simple fait qu'il aimait les animaux et ne chasserait jamais un gentil rat de sa maison, peut-être la sensation de sécurité que me conféraient les murs de Poudlard, peut-être le fait que la cabane de ce bavard était un endroit relativement intéressant pour glaner des informations sur ce qui se passait au-dehors. Quoi qu'il en fût, il avait été bien trop naïf de ma part de croire que l'on ne me retrouverait pas ici.

Nous étions sortis de la cabane de Hagrid et, je le supposais tout du moins, nous remontions vers le château. Blotti au fond de la poche située sur la poitrine de Ron, je ne parvenais pourtant pas à retrouver mon calme. Parcouru d'incontrôlables tremblements, je ne pouvais m'empêcher de songer que retourner dans la tour des Gryffondors signifiait également retrouver directement l'immonde chat. Il me faudrait être malin… et cette seule perspective m'emplissait de terreur car je m'en savais incapable. Le seul coup d'éclat dont je parvenais réellement à être fier dans ma vie était la mise en scène de mon propre assassinat par Sirius douze ans plus tôt et je devais bien m'avouer néanmoins que ce qui aurait pu être pris pour de la ruse n'avait été que de l'instinct de survie à l'état pur. Il ne me restait qu'à espérer que celui-ci jouerait en ma faveur une seconde fois…

L'occasion de le vérifier ne se fit pas attendre longtemps. Tandis que les trois Gryffondors se remettaient à parler, probablement de l'exécution de l'hippogriffe de Hagrid bien que je ne pusse l'affirmer avec certitude car j'étais trop stressé pour saisir davantage que des bribes de leur conversation, mes sens aiguisés de rat perçurent bientôt une odeur qui contracta instantanément tous mes muscles : c'était l'odeur tant redoutée, si souvent fuie et arrivant bien trop tôt du trop intelligent matou d'Hermione au pelage orangé. Mon sang ne fit qu'un tour et je réagis en un instant : me dressant sur mes pattes arrières, les muscles tendus, je m'agrippai de mes griffes au haut de la poche pour me préparer à en sortir et à bondir. Mais le rouquin, m'ayant senti bouger, plaqua ses mains sur sa poitrine pour me retenir. Je ne les entendais plus parler, je n'avais plus conscience de rien d'autre que de cette odeur de plus en plus forte et de l'angoisse s'insinuant comme un torrent dans chacune de mes veines. Tant pis, je n'avais pas le choix : je n'avais plus le temps d'avoir des remords et de faire du sentiment, même si le garçon qui me faisait office de maître avait toujours été gentil avec moi et m'avait toujours défendu et protégé. De toutes mes forces, je griffai et mordis ses mains, si bien qu'il poussa un cri et me lâcha. D'un bond, je fus hors de sa poche et j'atterris brutalement sur la pelouse du parc. Sans demander mon reste, je détalai, couinant de terreur, totalement indifférent à l'endroit où me mèneraient mes pattes tant que cela serait le plus loin possible de Pattenrond. Pourtant, je n'allai pas bien loin. Poussant un cri strident de terreur, je sentis que l'on m'attrapait fermement. Mais ce n'étaient pas des griffes ni des dents, non, c'étaient les mains fines de Ron Weasley qui me fourrèrent à nouveau sans ménagement dans la poche de sa robe. Il me sembla l'entendre maugréer un reproche à mon égard, tandis qu'au loin ses deux amis l'appelaient et couraient vers lui. Mais une nouvelle fois, je n'eus guère le temps de m'attarder sur les détails de la situation car, un instant plus tard, Ron avait poussé un cri de surprise et de douleur et je sentis qu'il tombait de tout son long sur le sol et, toujours hurlant, que quelque chose ou quelqu'un le traînait à toute vitesse derrière lui. C'est alors que je sentis la nouvelle odeur que ma panique m'avait faite occulter plus tôt : il s'agissait d'une odeur canine, une odeur tellement familière et en cet instant tellement effrayante… C'était l'odeur d'un gros chien noir qui m'avait jadis si souvent porté sur son dos quand je me transformais en rat pour tenir compagnie à un loup-garou en escapade… Tout ceci paraissait si loin à présent, si invraisemblable, comme issu d'un rêve incroyable… Mais l'odeur, elle, et le bruit des grosses pattes martelant le sol étaient bel et bien réels. J'étais pris au piège, Sirius m'avait enfin retrouvé, je savais que seule la mort m'attendait et Ron refusait de me laisser m'enfuir malgré mes tentatives désespérées.

Ce qui se passa ensuite, je ne m'en rendis compte que fort peu, tout occupé que j'étais à couiner et à me débattre contre les mains de Ron qui, malgré mes nouveaux coups de griffes et de dents, refusaient de me laisser sortir de la poche. Il me sembla que l'on arrêtait d'avancer après un temps qui me parut interminable, puis que d'autres personnes arrivaient, que l'on parlait beaucoup et longtemps, mais j'étais trop envahi par la terreur pour y prêter la moindre attention. Je guettais la moindre défaillance de Ron, qui avait apparemment été blessé lors de son dernier voyage allongé sur le dos traîné par un énorme chien, mais il n'en eut aucune, me repoussant sans relâche au fond de ma poche. Bon sang, ne comprenait-il donc pas que s'il me gardait ici contre lui, mon seul avenir était la mort au bout de la baguette de Sirius ? Non, bien sûr, il ne pouvait pas comprendre, pour lui, je n'étais qu'un rat innocent poursuivi par un félin enragé à tel point qu'il en était devenu traumatisé. L'ancien prisonnier avait repris sa forme humaine et j'entendais par intermittence sa voix, qui était devenue plus éraillée et légèrement hystérique, s'élever au milieu des autres et chaque fois, une sueur froide me couvrait de la tête aux pieds. Je sentis finalement la main de Ron plonger dans la poche pour m'en extirper et, mon cœur s'accélérant dangereusement, je compris que ma dernière heure était enfin arrivée. Couinant de toutes mes forces de frayeur, j'appliquai tout ce qu'il me restait de forces à me débattre de plus belle, griffant, mordant chaque morceau de chair à ma portée.

Mais Ron me gardait obstinément prisonnier de ses mains, me serrant contre lui en un geste protecteur qui m'aurait sans doute touché en une toute autre situation.

Je luttai tant et si bien que je ne réalisai que l'atmosphère avait légèrement changé que lorsqu'au lieu de me serrer sur sa poitrine, Ron me souleva en l'air et me tendit devant lui. Alors, et alors seulement, je réalisai ce que les protagonistes rassemblés étaient en train de dire.

« Qu'est-ce que vous allez lui faire si je vous le donne ? »

Brave Ron. Je le sentais inquiet, tendu, mais il prenait ma défense malgré le sang qui perlait sur son visage et ses mains par ma faute.

« L'obliger à se montrer, répondit Lupin de sa voix douce et calme, même si en cet instant lui aussi semblait tendu, si c'est vraiment un rat, il ne sentira rien du tout. »

La panique que je croyais avoir atteint son sommet en moi grimpa à un nouveau paroxysme et, terrifié, je me mis à me tortiller en tous sens pour échapper à la poigne de Ron, mais mon petit corps de rat, amaigri par une année de stress permanent, n'avait aucune chance. Je passai de la main de mon maître à une autre et, levant les yeux, j'aperçus le visage de Remus qui me scrutait, les traits exprimant la colère, la fatigue et un je ne sais quoi d'autre qui un instant traversa mon voile de terreur pour me frapper en plein cœur quand nos deux regards se croisèrent. A nouveau le désir de fuir pris le pas sur tout le reste et je me mis à couiner à pleins poumons, m'agitant en tous sens, mais la main de Remus était encore plus ferme que celle de Ron et je finis par me laisser pendre mollement, à bout de forces, attendant la suite.

Elle ne se fit pas attendre. Un instant plus tard, un choc violent ébranlait tout mon corps qui se mit à trembler, je sentis que je tombais à terre et la seconde qui suivit, je reconnus tous les signes de ma transformation en être humain. Complètement paralysé par la terreur, la respiration saccadée, j'eus bien du mal à conserver mon équilibre et à tenir debout. Tordant mes mains de désespoir et d'angoisse, je jetai des regards effrayés tout autour de moi. Je vis d'abord Lupin, debout juste en face de moi et je fus étonné de lire sur son visage quelque chose qui ressemblait presque à un sourire. Puis, mon regard se porta vers le fond de la pièce, où un corps était allongé sur le sol, un corps que je reconnus avec un frisson quand mes yeux se posèrent sur son visage : il s'agissait de Servilus. Que pouvait-il bien faire là ? Mon regard s'attarda sur la porte tout près de laquelle il était étendu, mais je ne voyais aucun moyen de l'atteindre sans recevoir une salve de sortilèges. Je vis ensuite Hermione, la brillante amie de Ronald, assise par terre contre le mur, visiblement terrorisée. Puis j'aperçus Harry, debout, l'air égaré au milieu de la pièce, puis Ron, allongé sur le lit, ses mains pressées sur sa jambe blessée, puis le chat, ses poils oranges hérissés, assis sur le lit près du garçon Weasley, semblant près à bondir sur moi. Enfin, mon regard se posa à nouveau devant moi sur la seule personne présente que j'avais volontairement évité de regarder en face. Sirius ressemblait en tous points au prisonnier que la gazette du sorcier n'avait cessé de montrer en photo au cours de l'année et que j'avais discrètement regardée à plusieurs reprises quand mon maître avait le dos tourné : le teint cireux, les yeux profondément enfoncés dans les orbites dans lesquels flamboyait un éclat de folie, le visage émacié, les cheveux longs, gras et emmêlés… Mais ce qui me frappa par-dessus tout et me fit involontairement reculer de terreur fut le regard, le regard qu'il posa sur moi et qui me rappelait bien trop un souvenir épouvantable qui s'était déroulé il y avait de cela douze ans : ses yeux sombres n'exprimaient que la mort, le désir de me détruire sans délai, un désir si puissant que Sirius semblait presque trembler d'impatience et que je me demandais comment des étincelles ne jaillissaient pas de la baguette qu'il serrait nerveusement dans sa main décharnée.

« Bonjour, Peter, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus. »

Je sursautai. C'était Remus qui venait de parler, d'une voix enjouée et légère. Etait-il possible qu'il puisse ne pas vouloir ma mort ? Etait-il possible qu'il doute de la parole de Sirius et veuille entendre ma version de l'histoire ? Il me fallait tenter le tout pour le tout.

« S… Sirius… R… Remus… Mes amis… Mes chers vieux amis… »

Mon regard se portait instinctivement vers la porte de temps à autre et je n'avais aucun espoir que ma tentative désespérée d'apitoyer mes anciens amis ait le moindre effet. Sirius leva sa baguette et la pointa sur mon cœur, mais Remus agrippa son bras pour le lui faire baisser et une légère vague d'espoir me submergea tandis que Remus m'expliquait, toujours aussi calme, que personne ne tenterai de me tuer tant que nous n'aurions pas tiré certaines choses au clair. Je me lançai alors dans une tirade désespérée, le front couvert de sueur, cherchant frénétiquement une issue autour de moi, mon regard balayant désespérément les fenêtres barricadées par des planches et la porte à l'autre bout de la pièce qu'il me serait impossible d'atteindre.

« Je gémis que Sirius était un meurtrier, qu'il avait déjà tenté de me tuer et que je savais qu'il recommencerait, que c'était la raison pour laquelle je m'étais caché sous la forme d'un rat, que Remus ne pouvait tout de même pas le croire, qu'il avait fait mourir James et Lily…

« Tu savais que Sirius arriverait à s'évader d'Azkaban, alors que personne d'autre n'y était arrivé avant lui ? »

La voix de Lunard n'avait plus rien d'amical, elle était devenue froide et presque menaçante.

« Il connaît des procédés de magie noire dont nous n'avons aucune idée, m'écriai-je avec l'énergie du désespoir, sinon, comment aurait-il pu sortir de là ? J'imagine que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom lui a enseigné quelques secrets ! »

Sirius éclata de rire, un rire épouvantable et n'exprimant aucune joie, un rire qui faisait écho à un autre rire dans mes souvenirs, un rire résonnant derrière moi tandis que je courais à toutes pattes vers une bouche d'égouts.

« Voldemort, m'apprendre des secrets ? »

Je tressaillis violemment à l'évocation du nom de mon maître. Cela faisait douze ans, mais la seule terreur que m'inspirait ce nom ne m'avait pas quitté. Ce nom signifiait la menace constante, la mort planant au-dessus de ma tête depuis le jour où j'étais entré à son service, la crainte épouvantable de faire le moindre faux pas… Non aucun de nous n'aurions jamais osé seulement penser ce nom dans notre esprit et, même si certains faisaient passer cette incapacité à prononcer son nom pour de la dévotion infinie, la seule raison en était la terreur, sauf peut-être pour Bellatrix Lestrange, et encore, je n'étais guère certain qu'elle ne le craigne pas, elle aussi.

Patmol se lança alors dans un discours que j'aurais tout donné pour ne jamais entendre, expliquant que si j'avais peur du nom de mon maître, c'était parce que je craignais les représailles des autres Mangemorts, tous ceux qui croyaient que j'avais délibérément conduit le Seigneur des Ténèbres à sa perte. Oui c'était à cause d'eux, mis à part cette dernière année, que je m'étais tenu caché sous la forme d'un rat de compagnie. Oui j'en avais encore peur et jamais de ma vie je n'avais tant espéré que mes amis me pardonnent, qu'ils me reprennent sous leur protection, qu'ils m'acceptent comme autrefois.

« Je ne comprends pas de quoi tu parles, tentai-je désespérément, la sueur perlant plus que jamais à mon front, la terreur me faisant me tordre les mains de plus belle, tu ne crois pas toutes… toutes ces folies, n'est-ce pas, Remus ? »

Il fallait absolument que l'un d'eux me croie, que l'un d'eux ne sème ne serait-ce qu'un minuscule doute dans l'esprit des autres. Il fallait que quelqu'un me croie, il le fallait, je n'avais plus d'autre solution…

« Je dois t'avouer, Peter, que j'ai du mal à comprendre pourquoi un innocent passerait volontairement douze ans dans la peau d'un rat.

-Innocent mais terrifié ! Si les partisans de Voldemort me cherchaient, c'est parce que j'ai envoyé l'un de leurs meilleurs amis à Azkaban. L'espion Sirius Black ! »

Ma voix n'était plus qu'un couinement suraigu et je crus que je ne parviendrais jamais à me forcer à prononcer le nom de mon maître, néanmoins la panique semblait donner des ailes à mes paroles et la réponse avait jailli sans même que j'y réfléchisse, avec le nom prononcé exprès pour prouver à toutes les personnes présentes que moi aussi, j'avais le courage de le dire à haute voix. Néanmoins la réaction de Sirius me certifia aussitôt que je venais de signer encore plus sûrement qu'auparavant mon arrêt de mort. Son visage se contracta en un horrible rictus qui le faisait paraître complètement dément et son regard qui me vrillait comme une lame me fit me recroqueviller sur moi-même.

« Comment oses-tu ? «

ET sa voix n'était plus qu'un grognement menaçant et monstrueux. Un instant je me pris à repenser au jeune Sirius du temps où nous étions amis, si séduisant qu'il avait toutes les filles à ses pieds, au rire franc et communicatif, au magnifique visage fier… Et une idée furtive mais tout à fait désagréable, celle que la transformation de ce garçon si charmant en ce spectre presque fou qui hurlait sa rage à mon visage était entièrement ma faute vint me chatouiller l'esprit. Mais je la chassai vivement : elle était bonne pour les soirs d'insomnie ou les réveils à l'issue d'un cauchemar, mais pour l'instant, c'était ma vie que je devais sauver à tout prix.

« Moi, un espion de Voldemort ? Quand m'a-t-on jamais vu me mettre dans les bonnes grâces de gens plus forts et plus puissants que moi ? Mais toi, Peter... Je ne comprendrai jamais pourquoi je ne me suis pas tout de suite rendu compte que c'était toi, l'espion. Tu as toujours aimé avoir des amis plus forts que toi qui te protégeaient, n'est-ce pas ? A un moment, c'était nous... Remus et moi... et James... »

Je savais où il voulait en venir. Je m'étais moi-même étonné jadis qu'il n'ait pas le moindre soupçon que le traître pût être moi. Néanmoins, et malgré toutes ces années où j'avais délibérément tourné le dos à mes amis, ces quelques mots prouvant à quel point il m'avait toujours considéré comme un couard ne recherchant que la protection des plus forts au détriment de l'amitié me blessèrent plus que je l'aurais souhaité, malgré toute la vérité qu'ils contenaient. Par ailleurs, cette seule phrase suffirait à convaincre Remus si tant est qu'il ait encore des doutes sur ma culpabilité. Je réalisai que j'avais du mal à reprendre ma respiration et que je me sentais terriblement oppressé. Les mains tremblantes, mon regard malgré moi attiré comme par un aimant par la porte, je m'essuyai le front du revers de la manche et découvris que celle-ci était littéralement trempée de sueur.

Je répondis, plus par réflexe qu'autre chose, la voix tremblante et trop aiguë, sans plus aucun espoir d'avoir le moindre effet mais bien déterminé à gagner le plus de temps possible et peut-être… mais je ne devais pas trop y compter, à trouver un peu de soutien auprès des enfants qui après tout, ne connaissaient presque rien à l'histoire.

« Moi, un espion... Tu es fou ou quoi ? Jamais... Je me demande comment tu peux dire une chose pareille…

-Lily et James ont fait de toi leur Gardien du Secret parce que je le leur ai conseillé, fit Sirius, la haine et la colère tellement tangibles dans sa voix que je fis un pas en arrière instinctif, la terreur condamnant toute pensée cohérente dans mon esprit, j'ai pensé que c'était le meilleur plan... Un coup de bluff... J'étais sûr que Voldemort croirait que c'était moi. Il n'aurait jamais pensé qu'ils puissent confier leur secret à un être faible et sans talent comme toi... Pour toi, c'était sans doute le plus beau moment de ta misérable vie, n'est-ce pas, de pouvoir dire à Voldemort que tu savais où se trouvaient les Potter ? »

Ces paroles me transpercèrent comme un coup de poignard. Elles réveillaient en moi trop de frustration, trop de souvenirs enfouis. Un être faible et sans talent… Un être faible et sans talent… Oui, c'était probablement exactement ce que j'étais, pourtant, une raison obscure faisait que ces mots me déchiraient encore aujourd'hui, comme l'avait fait, douze ans auparavant, le petit discours de Sirius m'expliquant pourquoi il valait mieux que je devienne gardien du secret, pourquoi le Seigneur des Ténèbres ne se douterait jamais qu'un secret aussi lourd puisse être confié à quelqu'un d'aussi insignifiant que moi… Le plus beau moment de ma vie… Le moment où j'avais enfin accompli ma mission auprès de mon maître ? Oui, je l'avais longtemps cru, et c'était le souvenir de ce moment me promettant la gloire qui à présent me faisait peu à peu réaliser que la seule issue pour moi était de prendre la fuite et de tenter de le retrouver, quel qu'en soit le prix à payer. Il était évident maintenant que mes anciens amis ne me pardonneraient pas, qu'ils ne me reprendraient pas auprès d'eux. Mon regard parcourut une fois de plus désespérément les possibilités de fuite, les fenêtres couvertes de planches, la porte bien trop éloignée et de toute façon fermée donc impossible à franchir si je me métamorphosais à nouveau en rat…

Mes pensées furent alors interrompues par la voix timide d'Hermione qui s'éleva derrière moi et me remplit d'un nouvel espoir insensé quand je réalisai qu'elle demandait pourquoi, ayant passé trois ans dans le même dortoir qu'Harry, je ne m'en étais jamais pris à lui.

« - Et voilà, m'exclamai-je, en proie à une soudaine bouffée de reconnaissance pour la jeune fille et réalisant que si les enfants plaidaient en ma faveur, tout n'était peut-être pas encore perdu, merci ! Tu vois bien, Remus ? Je n'ai jamais touché à un cheveu de Harry ! Pourquoi l'aurais-je fait, d'ailleurs ? »

Mais la réponse de Sirius tomba aussitôt, implacable, comme s'il y avait réfléchi toute sa vie. Et en réalité, il avait eu douze longues années pour y songer…

« - Je vais te dire pourquoi. Parce que tu n'as jamais rien fait pour personne tant que tu n'étais pas sûr que ça te rapporterait quelque chose. Voldemort s'est caché pendant douze ans, on dit qu'il est à demi mort. Tu n'allais tout de même pas commettre un meurtre sous le nez d'Albus Dumbledore pour le compte d'un sorcier moribond qui avait perdu tous ses pouvoirs. Avant de te remettre à son service, tu voulais être sûr qu'il soit à nouveau le plus fort. Et c'est pour cette raison que tu t'es fait adopter par une famille de sorciers, comme ça, tu étais au courant des dernières nouvelles, n'est-ce pas, Peter ? Au cas où ton ancien protecteur aurait retrouvé sa puissance et qu'il redevienne avantageux de le rejoindre… »

J'eus l'impression que l'on me renversait d'un coup de fouet. Sirius avait exprimé une vérité si complète que je me trouvais même incapable de contester pour la forme. Je restai muet et ce fut à nouveau Hermione qui vint inopinément à ma rescousse en demandant à Sirius comment il avait fait pour s'échapper d'Azkaban sans avoir recours à la magie noire.

« Merci, m'écriai-je par pur réflexe tant j'étais soulagé de constater que la brillante sorcière nourrissait encore des doutes suffisants pour me laisser un espoir, c'est exactement ce que je voulais… »

Mais le regard dur de Lupin m'interrompit brusquement et je me recroquevillai une fois de plus sur moi-même, craignant la réponse de Sirius.

Les yeux rivés sur mon ancien ami, je l'écoutai, comme hypnotisé, expliquer comment, entretenant dans son esprit la pensée qu'il était innocent et prenant de temps en temps l'apparence d'un chien, il était parvenu à garder toute sa raison et finalement à s'enfuir sous sa forme animale. Je perdis quelque peu le fil de la suite, il parlait à Harry de James, de Quidditch…

« Crois-moi, l'entendis-je finalement dire à Harry, et ses yeux n'avaient à cet instant plus du tout l'air fous mais exprimaient au contraire une sincérité brûlante, crois-moi, je n'ai jamais trahi James et Lily. J'aurais préféré mourir plutôt que de les trahir. »

A ce moment-là, je vis Harry hocher la tête en signe d'approbation et ce simple geste me secoua avec la violence d'une décharge électrique.

« Non ! hurlai-je, submergé par le désespoir. »

Si Harry le croyait, alors je n'avais plus aucune chance, car Harry était le fils de James et Lily, le seul à réellement pouvoir décider de mon sort. J'étais perdu, j'étais fini, fini… Me jetant à genoux, je me précipitai aux pieds de Patmol, inconscient de l'inutilité de mon geste, trop désespéré et terrifié pour faire quoi que ce fût d'autre. Je ne pouvais pas fuir, j'étais coincé ici et à présent, personne ne s'opposerait à mon exécution… Je me mis à implorer Sirius, à le supplier, mais il me repoussa violemment et je me recroquevillai sur le sol. Je me tournai alors vers Remus avec l'énergie du désespoir. Remus avait toujours été le plus doux et sensible d'entre nous, il n'allait pas laisser mourir un vieil ami…

« Remus… Tu ne vas pas croire tout ça… Sirius te l'aurait dit s'ils avaient changé de gardien du secret…

-Il ne me l'aurait pas dit s'il avait pensé que c'était moi, l'espion. C'est bien pour cette raison que tu ne m'as rien dit, Sirius ?

-Pardonne-moi, répondit Patmol. »

Bien entendu, Remus avait compris… Sirius me l'avait confié ce jour-là, ses soupçons, ses craintes au sujet du loup-garou… Ils avaient tous tout compris, tout deviné, me devançant à chacune de mes tentatives pour m'en sortir… Comment avais-je pu penser un seul instant que je pourrais être plus malin qu'eux ?

Désespéré, je les regardai se pardonner, se réconcilier, se sourire…

« On le tue ensemble ? demanda Sirius sans l'ombre d'un regret.

-Oui, répondit Remus, mais une ombre passa sur son visage, pas suffisante hélas pour me laisser nourrir le moindre espoir.

-Non… Vous n'allez pas faire ça… »

Je sentais les larmes me monter aux yeux et je ne comprenais pas pourquoi la terreur ne m'avait pas encore complètement terrassé. M'enfuir, m'enfuir, m'enfuir… Entrevoyant soudain un dernier recours, je me traînai jusqu'à Ron allongé sur le lit. Je tentai de le faire hésiter, lui rappelant combien j'avais été un bon compagnon pour lui, mais le garçon se recula, l'air dégoûté et je sentis une première larme apparaître au coin de ma paupière gauche. Hermione peut-être ? Elle s'était toujours montrée plus sensible, plus attachée à la vie que ses deux amis…

Mais à peine m'étais-je adressé à elle qu'elle se recula vivement comme si j'avais été un monstre hideux… Et une nouvelle fois, j'eus mal, la douleur d'être rejeté, d'être méprisé, venant se superposer à la panique qui grandissait en moi comme une vague terrifiante. Il ne restait que Harry, Harry qui éprouvait un tel amour pour ses parents qu'il n'avait jamais connus que je pourrais peut-être l'avoir par les sentiments… Je me tournai vers lui mais quelque chose se retourna dans mon estomac lorsque mon regard croisa le sien. C'était la première fois que je le regardais de près avec mes yeux d'humain depuis le soir où j'étais devenu le gardien du secret des Potter et cette vision me procura un terrible choc : le garçon avait les mêmes traits de visage que James au même âge, les mêmes cheveux ébouriffés, la même taille… Et ses yeux… Des souvenirs défilèrent brusquement à toute allure dans mon esprit sans crier gare : James en train de disputer une partie d'échecs sorciers contre moi dans la tour des Gryffondor, riant de ma médiocrité, Lily, assise en face de moi dans le parc de Poudlard, m'écoutant parler de mes craintes et de mes frustrations, son regard vert plein d'affection…

« Harry... Harry... Tu ressembles tellement à ton père... Tu es son portrait... »

C'était sorti tout seul, c'était trop vrai, trop fort pour pouvoir rester en moi…

« COMMENT OSES-TU T'ADRESSER À HARRY ? rugit Sirius, COMMENT OSES-TU LE REGARDER EN FACE ? COMMENT OSES-TU PARLER DE JAMES DEVANT LUI ? »

Je me recroquevillai de terreur, mais je ne devais pas perdre mon ultime objectif de vue. La peur semblant faire brûler chacune de mes veines, je me traînai jusqu'au garçon, les mains tendues, l'implorant du regard, incapable d'élever ma voix au-delà du murmure.

« Harry… Harry, James n'aurait pas voulu qu'on me tue. James aurait compris, Harry. Il aurait eu pitié de moi. »

Je ne pus voir le regard de Harry à cet instant car deux mains me saisirent par les épaules et me rejetèrent en arrière. Je retombai assis sur le sol, en proie à une peur démente et, à l'instant où je croisai le regard brûlant de haine de Sirius, je fondis en larmes. Il n'y avait aucune comédie dans mes sanglots, je pleurais comme un enfant, me roulant par terre, rendu fou par la terreur, me sentant incapable de faire autre chose que de supplier, de supplier pour que l'on ne me tue pas, quelles qu'en soient les conséquences, je ne voulais pas mourir, j'avais trop peur de la mort… Fou de terreur et de désespoir, j'employai mes ultimes forces à vider mon cœur de tout ce que j'avais vécu douze ans auparavant, la terreur que m'inspirait le seigneur noir, mon impossibilité de refuser de le servir, je leur avouai tout, tout ce que j'aurais peut-être déjà dû leur avouer à l'époque. Je tentai d'expliquer ma conviction que l'on n'avait rien à gagner en s'opposant au Seigneur des Ténèbres à ce moment-là et il me revint à l'esprit le nombre de fois où je m'étais retenu de dire ces choses à James et à Lily, de les persuader qu'à lutter, ils perdraient leurs deux vies en plus de celle de Harry, tandis que s'ils se rendaient, ils seraient probablement épargnés…

S'en suivit un dialogue dont je ne parvins par la suite pas réellement à reconstituer l'intégralité tant la frayeur me faisait occulter tout le reste. La seule chose qui revint, plus tard, régulièrement dans mes souvenirs était la voix remplie de fureur de Sirius, hurlant que j'aurais dû mourir plutôt que de trahir mes amis, et les deux baguettes, celles de mes deux anciens meilleurs amis, pointés droit sur mon cœur.

Et puis la sentence tomba, tel un couperet, et je crois que le fait qu'elle fut prononcée par la voix restée parfaitement calme et maîtrisée de Remus me paralysa encore davantage de terreur que s'il se fût agi de celle, chargée de haine et de colère, de Sirius.

« Tu aurais dû comprendre que si Voldemort ne te tuait pas, c'est nous qui le ferions. Adieu, Peter. »

Je fermai les yeux, tellement terrorisé que je ne songeai même pas un instant à tenter de fuir. De toute façon, c'aurait été parfaitement inutile, je le savais. C'est à peine si je réalisai que Remus avait prononcé le nom de Voldemort. Son adieu avait claqué comme un coup de fouet dans ma tête et le son s'en répercutait en un écho infini et assourdissant, m'empêchant de songer à quoi que ce soit. Je voulus pousser un hurlement de détresse, la peur tellement puissante en moi qu'il me semblait que j'allais exploser, mais rien ne sortit de mes lèvres. Et puis soudain, tout s'arrêta net.

« Non ! »

En un instant, tout avait changé. Harry se trouvait à présent debout entre les baguettes qui me menaçaient et moi et je ne l'avais pas vu arriver.

« Vous ne pouvez pas le tuer, vous ne pouvez pas ! »

Je fus subitement envahi par une bouffée indescriptible d'espoir, de reconnaissance et de… de fierté ? Oui, c'était bien cela. Mon petit discours auprès de Harry sur ce que son père n'aurait pas voulu avait fait son œuvre et Harry ne voulait pas que l'on me tue, parce que je lui avais fait croire que James ne l'aurait pas voulu !

« Harry, c'est à cause de cette vermine que tu n'as plus de parents, rugit Sirius, ce lamentable détritus t'aurait même tué, toi aussi, sans le moindre scrupule. Tu l'as entendu. Sa répugnante petite personne avait beaucoup plus de valeur à ses yeux que toute ta famille.

-Je sais, répondit Harry, mais il faut l'amener au château. Nous le livrerons aux Détraqueurs. Il ira à Azkaban... ne le tuez pas... »

Je ne pus me retenir plus longtemps. Ne croyant pas encore tout à fait à ma chance, je me jetai littéralement à ses pieds et lui étreignis les genoux de toutes mes forces. J'allais vivre, j'allais vivre ! Azkaban, ça n'était rien à côté de la mort. La simple idée des Détraqueurs me glaçait le sang et me terrorisait, mais Sirius avait soigneusement expliqué en détails quelques instants auparavant comment il s'était enfui et j'avais bon espoir de pouvoir faire de même… Et puis… Pourquoi attendre la prison ? Maintenant que je savais que j'allais survivre, je pouvais trouver à n'importe quel moment une opportunité pour m'enfuir. Un rat était minuscule et pouvait se faufiler partout…

« Harry… Merci… C'est plus que je ne mérite… Merci…

- Lâchez-moi, fit Harry en me repoussant, sa voix dure me faisant l'effet d'une gifle, je ne fais pas ça pour vous. Je le fais parce que je pense que mon père n'aurait pas voulu que ses meilleurs amis se transforment en tueurs... simplement à cause de vous. »

Je n'en espérais pas autant. Je savais que cette simple phrase achèverait de convaincre Remus et Sirius. Elle était empreinte d'une telle noblesse qu'ils ne pourraient qu'y voir une poignante ressemblance entre Harry et son père et ne pourraient qu'accepter ce jugement.

Tout ce qui se passa ensuite ne me laissa que peu de souvenirs, tant je me sentais enveloppé dans une bulle d'euphorie. Je savais qu'elle se dissiperait très vite, que ma vieille compagne la peur referait surface pour me ronger lentement de l'intérieur comme elle le faisait depuis une quinzaine d'années, mais je voulais pour l'instant profiter de ma menue victoire, évitant de trop penser qu'il était évident que Harry avait agi parce que son cœur était noble et pur dès le départ et non parce que j'avais tenté de le prendre par les sentiments.

Je fus attaché, bâillonné, mais je n'en avais cure. Sirius me fit bien comprendre que l'on n'hésiterait pas à me tuer si je me métamorphosais en rat, puis l'on se mit en route lentement, en une sorte de procession. Menotté, attaché d'un côté à Remus qui ne me lâchait ni du regard, ni de la pointe de sa baguette, de l'autre à Ron qui semblait particulièrement contrarié, la découverte de l'identité de son rat de compagnie n'y étant probablement pas étrangère, je descendis prudemment l'escalier menant au rez-de-chaussée de la cabane, précédé de Pattenrond qui en cet instant avait l'air particulièrement fier, suivi de Sirius transportant Rogue toujours inconscient, de Harry et d'Hermione.

Avec difficulté, nous nous engageâmes dans le souterrain et, avec lenteur, entamâmes notre retour vers Poudlard.

Ce n'est qu'une fois dans le parc baigné d'obscurité, lorsque j'aperçus les fenêtres scintillantes de lumière du château, que je réalisai que ma situation n'était en réalité guère plus enviable que celle d'un mort. Laissant échapper un gémissement désespéré, je considérai mes options. Remus ne me quittait toujours pas des yeux, Ron non plus et trois autres sorciers équipés de baguettes marchaient derrière mon dos. Si je me changeais en rat maintenant, je pouvais être certain que, malgré ma petite taille, au moins un de leurs sortilèges ne me manquerait pas. L'appréhension, de plus en plus tenace et puissante, me gagna peu à peu et, tandis que nous nous rapprochions du château, je laissai échapper un nouveau gémissement. Si l'on ne choisissait pas de me donner le baiser du Détraqueur, au moins serais-je envoyé à Azkaban à perpétuité et, me rappelai-je soudain, Sirius avait résisté à leur pouvoir en conservant dans son cœur la pensée qu'il était innocent. Possédais-je en moi la moindre pensée ayant la même force ? Non, je n'étais qu'un misérable peureux en proie à la détresse et au chagrin et les Détraqueurs ne feraient de moi qu'une bouchée quand je serais dans ma cellule. Je deviendrais fou en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Je marchais toujours, ne comprenant pas très bien comment mes jambes me supportaient encore, mes mains s'étant mises à trembler quand quelque chose changea. Il me fallut un moment pour réaliser que les nuages qui obscurcissaient le ciel s'étaient dissipés, un autre pour que mon cerveau parvienne à comprendre pleinement ce que signifiait la phrase que prononça brusquement Hermione derrière moi d'une voix mal assurée.

« Oh là là, il n'a pas pris sa potion, ce soir ! Il va devenir dangereux ! »

Mais bien sûr ! Si le parc était brusquement baigné d'une lumière si claire, c'était que nous étions… le soir de la pleine lune ! Quand enfin je reportai mon regard sur Remus, sa transformation était déjà presque complète. J'avais assisté à ce spectacle des dizaines de fois, mais jamais sous ma forme humaine et je me mis à trembler de frayeur. A présent Remus était entièrement devenu loup et sa patte glissait habilement hors de la menotte qui le reliait à moi. Tandis qu'il bondissait en avant, hurlant à la lune, il y eut de l'agitation derrière moi et je vis brusquement le gros chien noir qui n'était autre que Patmol sous sa forme animale se précipiter au-devant du loup et engager le combat. M'arrachant à la contemplation de ce spectacle, je réalisai soudain que la lune m'offrait une chance que je n'aurais jamais pu espérer. Ni Remus ni Sirius ne se préoccupaient plus de moi, je n'étais plus rattaché qu'à Ron qui avait une jambe cassée et Harry semblait tellement pétrifié par la scène qu'il ne remarquerait rien avant un moment.

Profitant de la confusion générale, je fis un bond de côté et je me jetai sur la baguette de Remus qui gisait à terre à l'endroit où le loup-garou s'était transformé. Alors qu'Hermione donnait enfin l'alerte, j'avais déjà pointé la baguette sur Ron que mon mouvement avait déjà projeté à terre et je murmurai un « Stupéfix ! » qui l'immobilisa au sol, inconscient.

Sentant l'adrénaline monter si vite qu'il me semblait que j'allais perdre la raison d'un instant à l'autre, je ne remarquai pas que Harry avait pointé sa baguette sur moi et ne m'en aperçus que lorsque la baguette de Remus me sauta des mains. Le jeune Potter se précipita alors sur moi mais je savais ce qu'il me restait à faire et la métamorphose m'était devenue tellement aisée que je ne dus fournir presque aucun effort. Avant même que Harry fût sur moi, j'étais redevenu un rat et je détalais à travers le parc du plus vite que me le permettaient mes petites pattes. Je savais que Sirius se lancerait à ma poursuite sitôt que les enfants ne seraient plus menacés par le loup-garou, je savais aussi que le chien courait beaucoup plus vite que moi, mais j'avais une bonne longueur d'avance et je sentais autre chose que la terreur faire battre mon petit cœur comme un forcené derrière mes côtes : je ressentais plus d'espoir que je n'en avais jamais éprouvé depuis bien longtemps.

Je courus longtemps, très longtemps, sans jeter le moindre regard en arrière, la terreur me donnant des ailes, ne pensant à rien d'autre qu' à fuir, à fuir très loin, le plus loin possible du château, de Sirius et des autres… J'ignorai la fatigue sur une distance que je ne me serais jamais cru capable de parcourir, mais je sentais l'épuisement me gagner et, n'entendant plus rien derrière moi, mes narines ne flairant aucune odeur suspecte, je finis par m'arrêter et me laisser tomber dans un creux entre deux racines, au pied d'un grand arbre.

Je gardai le silence, le cœur battant si fort qu'il me semblait que toutes les créatures alentour devaient l'entendre, mais aucun bruit de pattes précipité ne me parvint et je me calmai peu à peu. Sirius avait abandonné la poursuite, si tant est qu'il m'ait suivi. J'étais libre, j'étais vivant ! Mon cœur fit un bond de joie dans ma poitrine et je restai là un moment, savourant mon triomphe. Puis, la peur accumulée et la fatigue eurent raison de mes dernières forces et je m'endormis dans ma minuscule tanière.

Je n'avais aucune idée de l'endroit où je pouvais bien me trouver ni de l'heure qu'il était quand je m'éveillai mais je me sentais beaucoup mieux, presque frais et dispos. J'étais toujours vivant et j'avais peine à le croire. Néanmoins les souvenirs de la soirée affluaient peu à peu en moi et je réalisai que mon espoir d'être pardonné, accepté et protégé par mes anciens amis s'était définitivement évanoui et que plus jamais je ne pourrais compter les retrouver. Le seul avenir qui s'offrait à moi s'imposa à mon esprit comme une douche froide : je n'étais plus un rat de compagnie, j'étais seul et il ne me restait plus qu'à tenter de retrouver mon maître. Cela me prendrait probablement des mois et des mois et je savais que je risquais d'être mal accueilli : j'avais mis douze ans avant de me décider à revenir vers lui et je ne le faisais qu'en dernier recours et la simple idée de la colère qu'il éprouverait à cette idée provoqua un tremblement dans tout mon corps. Par ailleurs, c'était un peu à cause de moi qu'il était presque mort et j'ignorais s'il me le pardonnerait. Pourtant, si je le retrouvais, si j'étais le premier à le faire, si j'arrivais à l'aider, à lui redonner de la force, à lui permettre de retrouver ses pouvoirs, ne me donnerait-il pas sa reconnaissance infinie ? Ma dette ne serait-elle pas infiniment moindre que ce que je pourrais lui offrir ? Ne serais-je pas le premier à revenir vers lui ?

C'est nourrissant ce secret espoir, malgré la peur de le revoir, de me remettre à son service, que je m'extirpai de mon trou et que je me mis lentement en marche. J'ignorais comment le retrouver, mais la facilité que conférait le fait d'être un Animagus pour communiquer avec les autres animaux me serait sans aucun doute d'une aide précieuse. Je me renseignerais, je le retrouverais, quel que fût le temps que cela prendrait. J'affronterais mon sort, mais je serais son plus fidèle serviteur, celui qui le ramènerait à la vie quand les autres l'avaient abandonné. J'avais peur, si peur… Mais lui seul pourrait me protéger, et même si je devais affronter les ténèbres, la terreur de le servir, je l'aiderais à bâtir son empire, j'en serais acteur et j'en récolterais le plus précieux des fruits : la protection et la sécurité.