Chapitre 22
C'était le 24 décembre. Leur première veille de Noël ensemble. Kate s'était levée avant Rick. Depuis trois semaines, le dossier du dragon n'avançait guère, et elle sentait Rick devenir de plus en plus nerveux. Pourtant aujourd'hui, elle s'était promis de ne pas parler du dossier et de lui changer les idées. Sans le savoir, elle avait pris la décision qui allait changer sa vie.
Quand elle entendit enfin Rick se réveiller, elle s'empressa de lui servir un bol de céréales et un verre de jus d'orange. Elle s'assit à la table et bu une gorgée de café.
- Good morning Sunshine!
Elle se tourna vers Rick et lui sourit. Déjà, il s'approchait d'elle pour venir l'embrasser. Ils étaient ensemble depuis quatre mois. Ils avaient eu quelques moments difficiles et avait dû faire de part et d'autres quelques ajustements, mais ces quatre mois avaient été les plus beaux de sa vie. Ils étaient définitivement faits l'un pour l'autre.
- Votre déjeuner est servi, monsieur Castle…
Rick reporta son regard vers le bol de céréales et le verre de…
- Des céréales Alphabets ! Où les as-tu trouvées?
Il ne se fit pas prier pour s'assoir. Mais au lieu de manger, il prit la cuillère et se mit en tête de faire le tri. Soudainement, il leva la tête vers Kate. Elle lui tendait un petit sac de plastique transparent.
- Tu sais qu'il y a plus de 'A' que toute autre lettre?
- Tu as déjà fait le tri?
Rick la regardait avec de grands yeux ronds. Il était en admiration devant elle.
- Il ne reste que la moitié de la boite, mais oui, j'ai déjà fait le tri, lui répondit-elle en souriant.
- Donc, tu es certaine qu'il n'y a plus aucune lettre de ton nom?
Et machinalement, il se mit à lui énumérer les lettres à proscrire de son alimentation.
- Pas de K? De A? De T? De H? De E? De R? De I? De…
- Elles sont toutes enlevées, Rick.
- Les N aussi? Et les B? Les C, K et T?
Elle riait à présent.
- Toutes Rick. Tu peux manger en paix.
Elle était si merveilleuse! Au lieu de se moquer de lui, elle avait pris part à sa folie. Elle avait réellement enlevé toutes les lettres de son nom! Il lui caressa le visage. Il l'aimait tellement. Maintenant qu'ils étaient ensemble, ça ne lui faisait plus aussi mal de l'aimer autant. Son rêve était devenu réalité, et la réalité dépassait de loin la fiction!
Il prit donc le carton de lait et en versa sur ses céréales. Il avait la main sur le sac de plastique transparent. Il cachait ainsi la vue aux lettres du nom de Kate. Il ne voulait pas que les lettres précieuses le voient manger ses frères et sœurs. Ainsi, il pouvait manger sans peur des représailles.
Kate le regardait manger avec appétit. Elle se leva pour se diriger vers sa chambre et embrassa Rick dans le cou, ce qui provoqua un gémissement chez celui-ci. Rick était toujours occupé à déguster son petit déjeuner quand Kate revint près de lui. Elle se pencha à nouveau vers lui, et d'un geste sensuel, sa langue vint cueillir une goutte de lait sur les lèvres de Rick.
- C'est la vieille de Noël aujourd'hui !
- Mmm, répondit-il la bouche pleine.
- J'ai quelque chose pour toi…
Elle lui tendit une petite boite rectangulaire. Rick avala tout rond sa bouchée et prit délicatement le présent. Il leva ses yeux interrogateurs vers Kate. Elle souriait. Il secoua doucement la petite boite. Il avait peur de faire exploser la bombe. Pourtant, aucun son. Il était toujours là, bien vivant, devant son bol de céréale et la femme de sa vie. Toujours prudent, il entreprit d'ouvrir le cadeau.
Ce n'était peut-être pas une bombe, mais le cœur de Rick n'en su rien. Il battait à tout rompre dans sa poitrine.
- J'ai pensé que de cette manière, tu n'aurais plus besoin de m'attendre… tu sais… pour entrer à la maison…
- À la maison ?
- Oui…je me disais… peut-être qu'on pourrait …
Kate avait toujours de la difficulté à trouver ses mots lors des moments où elle se sentait particulièrement vulnérable. Et il le savait. Sans plus attendre la fin de sa phrase, il s'empara de ses lèvres et l'embrassa d'une passion infiniment profonde. Elle lui répondit avec toute la fougue qu'on lui connait. Ce n'était pas la seule surprise qu'elle avait pour Rick. Elle lui demanda d'attendre quelques instants pendant qu'elle allait chercher l'autre cadeau qu'elle avait pour lui. Rick ajouta à son porte-clés celle que Kate venait de lui donner. Lui aussi avait un cadeau pour elle et il se leva pour aller le chercher.
Lorsque Kate revint, elle se figea net devant l'énorme paquet qui l'attendait.
- J'ai quelque chose pour toi aussi…
Kate déposa le sac qu'elle avait à la main sur l'ilot de cuisine et s'approcha, quasi tremblotante, devant le cadeau. Elle était hypnotisée et totalement prise de court. Elle n'avait pas prévu ce petit intermède dans son scénario. Rick s'approcha d'elle et l'attira vers le cadeau.
- C'est une petite pensée qui vient du plus profond de mon cœur...
Il se sentait le besoin de se justifier. Il n'était pas certain de l'effet qu'aurait le présent sur Kate. Elle déchira finalement l'emballage et porta sa main à sa bouche.
- J'ai remarqué cette photo dans un album… et j'ai pensé que ce n'était pas sa place… je me suis permis de faire faire ceci…
Le dit cadeau était une reproduction en peinture d'une photo de Kate, Jim et Johanna, datant de seulement quelques semaines avant la mort de cette dernière. Ils avaient l'air parfaitement heureux. Kate n'avait pas de mots. Elle était bouche-bée. Elle le savait déjà extrêmement patient, attentionné et romantique, mais il venait de l'abasourdir une fois de plus. C'était le plus beau cadeau.
- Kate ?
Elle se retourna vers lui. Il semblait hésitant. Elle lui sauta au cou et l'embrassa avec toute la force de son amour. Ils s'étreignirent ainsi plusieurs secondes. Lorsqu'ils se décolèrent finalement, elle lui tendit le deuxième cadeau qu'elle avait pour lui. Si Rick était incertain de sa réaction, Kate l'était tout autant en lui offrant ce paquet.
Rick fut tellement surpris de ce qu'il trouva dans la petite boite de velours bleu qu'il laissa tomber le sac cadeau vide au sol. Il tenait entre ses mains la plus belle et forte marque d'amour que Kate pouvait lui offrir. Il tenait entre ses mains un objet qui signifiait encore plus que tous les 'je t'aime' ou 'always' du monde.
- Kate… C'est trop… Je ne peux pas l'accepter…
Elle s'approcha de lui et lui prit le poignet pour lui enlever sa montre. Elle y attacha la montre de son père et lui embrassa la main.
- La montre restera dans la famille…
Il était trop surpris, positivement, pour ajouter quoi que ce soit. Kate était heureuse. C'était leur premier Noël ensemble. Rick était toujours à admirer la montre quand on cogna à la porte. Kate alla ouvrir.
- Papa !
- Katie…
Le père et la fille se serrèrent dans les bras l'un de l'autre. Jim approuvait la relation qu'elle entretenait avec Castle. Il avait même donné son aval quand sa fille lui avait parlé de son envie d'offrir sa montre en cadeau à son amoureux. Rick s'était levé et tendit la main vers Jim.
- Monsieur Beckett.
Jim lui serra chaleureusement la main. Rick su à ce contact qu'il n'aurait pas de problème avec son beau-papa. Il était content pour eux.
- Rick ! Tu sais que tu peux m'appeler Jim…
Rick n'avait pas osé le tutoyer sans avoir avant l'assurance que Jim le considérait maintenant lui aussi comme faisant partie de la famille. Il avait déjà imaginé sa fille en Hulk, il se dit que le père serait surement encore bien plus géant et vert. Hulk version papa, ça c'était effrayant… mais Rick ne dit rien de cette réflexion. Il se contenta de sourire.
- Jim.
- Tu veux boire quelque chose papa?
Jim sourit à sa fille.
- Non, je ne voulais pas vous déranger. Je… je voulais simplement te dire que pour ce soir… tu n'es pas obligée de venir si tu as d'autres plans… je comprends…
Rick sursauta. Aussi absurde que cela puisse paraitre, le couple n'avait pas parlé de leurs plans pour le réveillon. Rick avait tout simplement prit pour acquis qu'il surprendrait Kate à la dernière minute en lui tendant un billet d'avion pour la Californie. Ils pourraient rejoindre Alexis. Il n'avait pas pensé que Jim se retrouverait seul.
- Vous savez… Je voulais surprendre Kate en l'invitant à venir en Californie… Ma fille s'y trouve. Elle est partie étudier et habite avec son copain. J'aimerais beaucoup que vous vous joigniez à nous! Je vous invite! Je n'ai qu'un seul coup de téléphone à faire pour l'avion et l'hôtel et tout est réglé!
Kate semblait plus surprise que son père. Elle se doutait que Rick passerait Noël avec sa fille et voilà pourquoi elle lui avait offert ses cadeaux ce matin. Elle n'avait pas pensé qu'il l'inviterait. Elle savait qu'il avait toujours été prêt à ce qu'elle rencontre officiellement sa famille, mais elle ne croyait pas que ça se ferait officiellement le jour de Noël. Encore moins croyait-elle qu'il allait inviter son père.
Contre toute attente, Jim répondit.
- Eh bien, ce serait avec un grand plaisir mon garçon.
Kate regarda son père. La facilité et la rapidité avec lesquelles il avait accepté Castle dans leurs vies la surprit quelque peu. Quant à Rick, il ne pouvait pas être plus heureux. Il se leva, vint embrasser Kate sur la tête et annonça son départ.
- On se rejoint tous ici dans 4 heures….
- Euh Rick ?
Castle s'arrêta, et revint vers Kate.
- Je vais préparer ma valise. Je reviens.
Et sans lui laisser le temps de refuser le voyage, il déposa rapidement un baiser sur ses lèvres et sortit en un temps record. Jim souriait à sa fille.
- Vous vous méritez. Cet homme est génial.
Effectivement, Rick était extraordinaire. Jim venait de verbaliser ce qu'elle avait toujours pensé tout bas.
- Il l'est.
- Il te rend heureuse Katie ?
- Oui, papa !
- Donc ce saut sans parachute n'a pas été si douloureux tout compte fait…
- J'avais peur… On a eu quelques petits malentendus au début, mais maintenant…
- Je sais Katie… je te connais…Et Rick t'aime, je l'ai toujours vu… Il n'y avait que toi pour ne pas le voir…
- …Richard, comment peux-tu penser à amener une fille et son père pour fêter Noël avec nous?
- Je veux vous présenter officiellement ma copine et son père…
- …Tu ne fais pas encore ça ?
- Quoi ?
- Kate! Richard…elle va penser quoi ?
- Maman …
- Non, Richard! Je ne t'ai rien dit quand tu es retourné avec Gina. Je me disais que tu avais tes raisons. Mais après l'année que vous avez passée et compte tenu des sentiments que tu éprouves pour elle…
- Maman…
- … je me disais que tu aurais compris qu'elle t'aime aussi et que tu aurais le courage de lui…
- Maman!
- …de lui avouer… Richard, tu ne peux pas…
- Maman!
- Quoi ?
- C'est Kate. C'est elle.
Martha se retourna vers son fils, la bouche ouverte, surprise.
- Oh, Richard! Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt?
- Je voulais te faire la surprise. Je ne pensais pas que tu allais me faire une scène.
- Je ne fais pas de scène, Richard. Je suis ta mère! Je veux simplement ton bonheur et j'avais peur que tu passes encore à côté. Je t'ai vu aux funérailles du capitaine, prêt à mourir pour elle… la vie est trop courte… il n'y a pas de temps à perdre pour être auprès des gens que l'on aime…
- Je sais que tu apprécies bien Kate…
- C'est une gentille fille Richard. Je n'ai rien à redire dans la mesure où tu l'aimes et où elle te rend heureux… C'est tout ce qui compte, fils.
- Elle me rend heureux maman. C'est elle. C'est Kate.
Maintenant qu'il était de retour devant l'immeuble de Kate, il était nerveux. Il venait de réaliser qu'il avait mis Kate devant le fait accompli. Il n'avait pas pris le temps de lui demander si elle était prête à tout ceci. Si elle était prête à passer Noël avec lui et sa famille. Mais il regarda la montre à son poignet. C'était quand même un signe que ça évoluait dans le bon sens, non? Et elle voulait habiter avec lui… Pourtant, il avait peur de la retrouver fâchée. Et surtout, il avait peur qu'elle soit déçue de lui, de son attitude. Il ne voulait pas la forcer. Elle n'avait rien dit devant son père, mais peut-être qu'elle aurait réalisé entre temps qu'elle ne voulait pas faire le voyage…
Arrivé à sa porte, il utilisa sa clé. La même clé qu'elle lui avait donné le matin même. Il entra, le visage crispé. Aucun son. Elle était assise sur le divan et elle le regardait.
- Qu'est-ce qui se passe ?, lui demanda-t-elle
Il déposa sa valise à côté de la porte, et s'avança tranquillement. Il avait la fausse impression de nager dans une mer de requins. Mais le visage de Kate semblait calme et pacifique.
- Je suis désolé…
Kate leva un sourcil.
- Pourquoi?
- Pour…Noël… Je ne voulais pas te mettre devant le fait accompli. Si tu préfères ne pas rencontrer ma famille maintenant… si tu n'es pas prête…
Elle lui sourit, et lui fit signe de s'approcher. Il trottina jusqu'à elle, et se laissa choir à ses côté. Elle se retourna vers lui, et lui caressa le visage. Elle ne se lassait jamais de lui caresser le visage, elle s'en était privée trop longtemps.
- Mon Rick… mon amour… Je n'osais pas m'imposer, mais je suis heureuse de partir avec toi…
- Vraiment ?
- Oui…Et je suis heureuse que tu aies invité mon père. Ça veut dire beaucoup pour moi.
Si elle savait à quel point ce qu'elle-même venait de faire voulait dire beaucoup pour Rick. Il saisit son visage et captura violemment ses lèvres. Son envie d'elle était insatiable. Ils durent toutefois se ressaisir quand trois petits coups retentirent à la porte. Le signal du départ était lancé. Les familles Beckett et Rodgers/Castle seraient officiellement unies ce soir.
Le trajet en taxi jusqu'à l'aéroport se fit en silence. Les trois avaient conscience qu'ils s'envoleraient bientôt vers une nouvelle vie. Rick en était à discuter avec la préposée aux billets quand le téléphone de Beckett sonna.
- Beckett.
- Yo, on a trouvé une piste qui pourrait nous mener au dragon.
Elle se raidit. Les détails qu'Esposito lui donna lui semblaient très solides. Selon lui, ils pourraient découvrir l'identité du dragon d'ici quelques jours. Elle était dans son état second. Elle regardait son père et Rick qui discutaient, riaient et s'entendaient à merveille. Et elle entendait Esposito lui révéler des informations qu'elle avait attendu toute sa vie. Elle avait une envie folle de retourner au poste 12 et d'aider son équipe à capturer l'être immonde qui avait pris la vie de sa mère et avait menacé Alexis. Elle y avait littéralement consacrée toute sa vie. Et puis maintenant que ça y était presque, elle se retenait de ne pas courir au travail. Mais en même temps, Esposito avait dit dans quelques jours… Et elle ne partait que quelques jours… Au même moment où elle allait demander davantage de détails à Esposito, Rick se retourna vers elle. Il lui souriait. Rick représentait sa vie présente et son futur.
- Esposito, je te fais confiance. Je reviens dans trois jours. Prends les commandes de l'enquête.
- Tu en es certaine?
Son regard était plongé dans les yeux de Rick Elle l'aimait énormément.
- Oui. J'ai de la dinde à manger…Merci Javier…
- Joyeux Noël Kate…dis bonjour à Castle…
Elle raccrocha, le sourire aux lèvres. Elle avait maintenant compris ce que son père voulait lui faire comprendre depuis des années. Elle savait maintenant que c'est ce que sa mère aurait voulu qu'elle fasse. Kate devait vivre sa vie pour elle-même, ce qui impliquait de profiter de tous les moments possibles avec l'homme qu'elle aimait. Kate revenait au monde pour la deuxième fois.
- Tout va bien Kate?
Elle prit le bras de Rick et se dirigea vers la porte d'embarquement.
- Tout va pour le mieux…
Ils quitteraient dans quelques minutes le froid de New York pour rejoindre le soleil de la Californie. Ils pourraient profiter de ces trois jours pour vivre normalement. Sans la pression de leur carrière respective, mais surtout, sans la pression de leurs soucis.
Près de la piste de décollage se trouvait deux chiens. Nul ne savait comment ils s'étaient retrouvés là. Chose certaine, ils refusaient de bouger, comme s'ils devaient absolument assister de près à cet envol vers une vie régénérée. Vers le premier des plus beaux Noël de la vie de Kate et Rick.
L'histoire ne dira pas que Kate et Rick vécurent heureux jusqu'à la fin des temps. Elle ne dira pas non plus si Kate voudrait avoir des enfants, pas plus qu'on ne saura si Rick voudrait se remarier pour une troisième fois. L'histoire dira simplement qu'il est possible de changer et d'être heureux, peu importe les épreuves que l'on a vécu. L'amour de Rick avait changé Katherine Beckett.
Quand l'avion disparu du champ de vision de nos deux chiens, ils reprirent leur marche, côte à côte. Le Saint Bernard en harmonie avec le Berge Allemand.
FIN
