Merci de vos retours sur le dernier chapitre, ça m'a vraiment fait plaisir !
Sans plus attendre voici la suite et fin de mon histoire.
Chapitre 06
En attendant l'emménagement de Ginny, prévu pour après Noël, Hermione attendait anxieusement la réponse de la directrice McGonagall tout en se préparant pour le match de ce soir. Les Harpies de Holyhead où jouait Ginny, contre les Pies de Montrose, à huit heures du soir.
Hermione installa un sapin dans l'après-midi et le décora avec Harry et Ron pour consolider leur amitié renouvelée. Orné de rouge et d'or en référence à Gryffondor, le sapin était devenu l'attraction préférée de Pattenrond, Albus et Dumbledore. Les trois étaient perchés avec plus ou moins de succès dans les branches de l'arbre.
Puis, quand la nuit tomba, Hermione les entraîna dans la partie moldu de Londres. Les décorations de Noël étaient somptueuses, illuminant les rues de lumières colorées et chaleureuses. Hermione leur fit découvrir un restaurant moldu qui servait la plus délicieuse cuisine indienne de la capitale.
– Merveilleux, articula Ron, la bouche pleine de riz.
Harry acquiesça et enfourna un autre naan au fromage dans sa bouche tandis qu'Hermione terminait son curry épicé.
– On doit se dépêcher, dit Harry en consultant sa montre. Il est presque dix-neuf heures !
– Le Portoloin est à quelle heure ? demanda Ron.
– Dans un quart d'heure.
Ils se dépêchèrent de terminer leur repas, renoncèrent au dessert et prirent au pas de course la direction du Portoloin qui se trouvait au Chaudron Baveur. Charing Cross Road était recouverte une d'épaisse couche de neige et Londres avait revêtu ses habits de lumière pour Noël. Pour autant, ils n'avaient pas le temps de flâner et c'est avec une minuscule minute d'avance qu'ils entrèrent dans le Chaudron Baveur avant de se précipiter vers Tom en haletant :
– … Portoloin… Quidditch.
Heureusement, Tom était réactif et il tendit immédiatement une vieille théière en argent et le trio s'envola.
La forêt de Dean était noire comme l'encre mais la clairière où le stade était installé regorgeait de lumières chaleureuses, et d'une multitude de petites tentes comportant café, confiseries, farces et attrapes de Fred et George, articles de Quidditch, maillots de supporters… Hermione prit un thé chaud et grimpa avec Harry et Ron dans la loge réservée aux familles des joueurs. Le stade était plus petit que pour le match de Harry mais il comportait tout de même des milliers et des milliers de spectateurs, et Hermione ne vit personne portant une écharpe de Serpentard.
Les lumières s'éteignirent alors brusquement et des lucioles commencèrent à illuminer le centre du stade. Puis, elles explosèrent en scintillant comme un millier de diamant dans le ciel et les Harpies de Holyhead apparurent telles des étoiles filantes dans le ciel nocturne. Ginny filait, vêtue du vert de l'équipe, ses cheveux roux attachés dans un chignon serré sur sa nuque. En face d'elles, les joueurs et joueuses des Pies de Montrose étaient vêtus de noir et Hermione repéra Blaise Zabini.
Comme au bon vieux temps des matches Gryffondor contre Serpentard, ils s'affrontaient du regard, chacun à un poste de Poursuiveur.
Et le match commença.
Hermione ne fut pas très attentive les premières minutes. Ses vieilles multiplettes sillonnaient la foule à la recherche d'une écharpe aux couleurs de Serpentard et elle en vit plusieurs, ce qui ne l'aida pas beaucoup. Certains étaient trop âgés pour elle, d'autres visiblement encore à l'école et ceux qui se situaient entre les deux ne lui donnaient pas plus d'indice que ça.
Elle revint au présent quand une clameur éclata dans la foule et que Harry cria : « Elle a marqué ! ». Les jumeaux exécutèrent une danse de la joie et Mrs Weasley agita son chapeau en direction de sa fille en s'époumonant de fierté.
Ginny fit un tour d'honneur autour du stade, ralentissant quand elle vit sa famille dans la tribune, un sourire éclatant sur le visage.
Puis, elle repartit à l'attaque.
Hermione avait mal aux mains à force d'applaudir.
Les Harpies de Holyhead avaient décroché une victoire, mince, certes, mais une victoire tout de même. Les Pies de Montrose étaient moroses mais le capitaine serra néanmoins la main de Gwenog Jones avec respect.
– Ils auraient pu avoir une victoire plus franche si l'attrapeuse des Harpies avait attrapé le vif d'or, soupira Fred.
– Pour ça, il aurait fallu qu'elle ne se prenne pas un cognard en pleine tête dans les vingt dernières minutes, fit remarquer Harry.
Fred et George grimacèrent car le craquement du crâne de la pauvre attrapeuse s'était entendu dans tout le stade.
– Les Pies de Montrose ont un excellent attrapeur, renchérit Ron.
– C'est vrai, approuva Harry.
– De toute façon, ajouta Fred, on le sait que les Pies sont une des meilleures équipes de Quidditch. Ils sont très durs à battre même si les Harpies sont aussi excellentes !
Ils hochèrent tous la tête et sortirent dans l'air glacial de la nuit. Le ciel était d'un noir d'encre dépourvu de la moindre étoile et sans les lampions accrochés le long du chemin, ils auraient été incapable de se repérer dans le noir.
Les Harpies avaient convié toutes les familles à fêter la victoire mais Hermione déclina car elle devait se lever tôt, puis transplana à Londres. Une fois chez elle, elle alluma les lumières et fit chauffer du thé dans sa cuisine nouvellement peinte. Sur les plans de travail à présent bleu, de petites empreintes de pattes de chat témoignaient de l'envie de Pattenrond de laisser sa marque.
Hermione sourit mais sa solitude soudaine la mettait un peu mal à l'aise et elle regretta de ne pas avoir suivi les Weasley. Finalement, pensa-t-elle, elle était heureuse que Ginny vienne habiter ici.
Le lendemain matin, elle fut réveillée par Dumbledore, son deuxième hibou, qui lui apportait une lettre du professeur McGonagall. Hermione fixa l'enveloppe dont l'adresse était écrite à l'encre vert émeraude qu'elle connaissait si bien et ce sont les mains tremblantes qu'elle l'ouvrit.
« Chère Hermione,
Je suis heureuse de votre lettre et de l'intérêt que vous portez à l'école. En effet, le poste de directrice est très exigeant et j'ai besoin de pouvoir me consacrer sur une seule tâche à la fois, chose impossible quand je dois en plus préparer mes cours et corriger les devoirs.
L'assistant que j'ai recruté est un ancien élève de Poudlard, un jeune homme brillant et doué qui s'occupera des premières, deuxièmes et troisièmes années à ma place. Je verrais comment ça se passe puis je lui laisserais progressivement la main. Je me réjouis déjà de travailler avec lui bien que je ne vous cache pas éprouver quelques inquiétudes.
C'est un ancien Serpentard qui, bien que n'ayant jamais côtoyé de trop près certains élèves au comportement douteux, est un enfant de Mangemort. Vous n'ignorez pas que je tente au maximum de ne faire aucune distinction mais la guerre n'est terminée que depuis un an et demi et beaucoup de choses sont encore compliquées.
Je vous tiendrais au courant de ses avancées en espérant qu'il soit à la hauteur. Si ce n'est pas le cas, je réitère mon offre de vous offrir le poste. »
Hermione sourit en lisant cette phrase. La directrice McGonagall avait en effet proposé ce poste à Hermione dans chacune de ses lettres mensuelles.
« J'espère de votre côté que votre poste au ministère de la Magie se passe bien et que vous faites la différence. Ayant moi-même travaillé là-bas, je sais comme il est parfois difficile de changer les choses.
Vous féliciterez également miss Weasley pour son premier match de Quidditch chez les Harpies de Holyhead. Je vous transmettrais bien mes félicitations pour Mr Potter mais je lui envoie également une lettre de temps à autre.
Avec toute mon amitié,
Minerva McGonagall. »
Hermione réfléchit tout en préparant le thé. Un fils de mangemort… cette pensée serrait son estomac et lui donnait envie de stopper tout contact mais ses conversations étaient si plaisantes qu'elle ne pouvait s'y résoudre.
Elle attendit impatiemment le retour de Ginny pour lui en parler mais celle-ci ne fit son apparition qu'en fin d'après-midi.
Fourbue, courbaturée, et l'air d'avoir un peu trop fait la fête, Ginny arriva avec deux gobelets de café et une valise qu'elle déposa dans sa chambre à présent vide des bibliothèques d'Hermione.
– Des nouvelles ? demanda Ginny.
Hermione lui raconta tout tandis que Ginny buvait son café, les sourcils froncés. Elle avait ouvert devant elle un exemplaire de « Meubles magiques », un magazine de vente par correspondance de mobilier. Ginny triturait la page vingt à partir duquel les meubles d'occasion débutaient.
– Un enfant de mangemort…, murmura-t-elle. Ça ne te gêne pas ?
L'air anxieux d'Hermione répondit largement à sa question.
– Dommage que McGonagall n'ait pas dit son nom, poursuivit Ginny en marquant d'un « X » un lit double qu'elle avait repéré sur le magazine.
– Ça ne peut pas être Malefoy, dit Hermione qui ne savait pas si elle devait se sentir soulagée.
– On dirait bien mais ça restreint tout de même le choix.
Ginny tourna la page et sélectionna une table de chevet pour aller avec le lit. C'était dépareillé mais elle s'en fichait.
– Tu sais quoi ? dit-elle soudainement. Demande-lui. Après tout, Élaphe t'a dit clairement qu'il était professeur là-bas et toi tu parles à McGonagall dont dis-lui qu'elle t'a annoncé quelque chose qui t'a troublé, que tu ne veux pas lui faire de peine mais que tu préfères la vérité ou quelque chose comme ça.
Hermione resta silencieuse tandis que Ginny se choisissait à présent une grande commode pour ranger ses vêtements.
– Peut-être dit Hermione.
Elle réfléchissait intensément pour tenter de formuler une lettre cohérente dans sa tête mais aucune formulation ne lui paraissait suffisamment polie pour demander un quelqu'un qu'elle ne connaissait que par correspondance : « Es-tu l'enfant d'un être abject qui a tenté de me tuer moi et mes amis ? ».
– On va trouver, lui assura Ginny.
Elle opta pour des rideaux bleus, un tapis persan également bleu, des accroches pour son balais de course, et un meuble de rangement. Tout était d'occasion et pas forcément très assorti mais elle s'en sortait pour un prix assez raisonnable.
– Ça me coûte la moitié de mon salaire, soupira-t-elle, mais au moins c'est fait. Alors, on écrit ta lettre ?
« Cher Élaphe,
Je te félicite chaleureusement pour ce poste, cependant je dois t'avouer une chose : Je suis en contact régulier avec la directrice McGonagall. Elle m'a expliqué avoir trouvé un ancien élève brillant acceptant de la décharger d'une partie de ses cours mais ne m'a pas dit qui.
En revanche, elle a dit une chose qui m'a troublé et que je ne peux pas garder pour moi.
Sache tout d'abord que j'apprécie nos conversations et que je ne souhaite pas les interrompre mais la franchise est une chose que j'apprécie par-dessus tout et je souhaite donc te poser la question suivante : Es-tu réellement apparenté à un mangemort ? »
– « Apparenté » c'est bien, commenta Ginny. Ça fait moins… C'est pas mal, conclu-t-elle faute de trouver un terme approprié.
« J'ai conscience que cette question puisse te paraître offensante mais tu as dû aussi comprendre que je faisais partie de cette catégorie de population que les mages noirs souhaitaient éradiquer. Je ne dis pas bien sûr que tu es ce genre de personne mais il m'est difficile de faire comme si de rien n'était. »
– Maintenant, il faudrait parler d'un sujet léger, suggéra Ginny.
– Je vais parler de toi !
« Sur un sujet plus léger, je viens tout juste de me mettre en colocation avec une de mes meilleures amies et je sens que la nouvelle année va bien démarrer. »
– Parle d'un livre, suggéra Ginny.
« J'ai également commencé deux nouveaux romans. Le matin, je lis… »
Hermione termina sa lettre qui était inhabituellement épaisse et en confia le soin à Albus qui s'envola dans le ciel gris de Londres en agitant ses petites ailes grises.
Hermione attendit anxieusement la réponse d'Élaphe dans les jours qui suivirent, mais rien ne vint.
Le Nouvel An approchait et Hermione avait prévu de fêter ça dans son appartement en compagnie de Harry, Ron et Ginny. Une fête conviviale entre amis qui l'aiderait à oublier sa nervosité.
Ginny emménagea pendant les vacances et passa la semaine qui suivit Noël à s'installer. Arnold, son Boursouflet, avait un minuscule panier posé sous la table basse. Son balai était accroché sur un mur de sa chambre et son lit, sa commode et ses tables de chevet tenaient tous dans la pièce pourtant pas très grande. Ginny put même dérouler son nouveau tapis au sol et installer une plante verte et un fauteuil.
L'endroit un peu dépareillé, chaleureux et convivial, donna envie à Hermione de changer la décoration de sa propre chambre qui était plutôt simpliste.
– On pourrait la repeindre, suggéra Ginny qui rangeait ses vêtements dans sa commode. Que dis-tu de vert ? Ou de violet ?
– Non, je préfèrerais du bleu, dit Hermione en observant le tapis un peu élimé de Ginny.
– On peut commander un pot dans Meubles Magiques, suggéra Ginny. J'ai reçu le dernier numéro.
Quand Hermione avait emménagé seule, elle avait bénéficié de l'aide précieuse de ses parents qui avaient sorti quelques vieux meubles du garde-meuble pour l'aider à s'installer. Mais cela faisait six mois et Hermione avait envie de changement.
– Arrêtes de penser à cet imbécile, conseilla Ginny. S'il ne répond pas c'est qu'il a peur.
Ginny agita le dernier numéro de Meubles Magiques devant ses yeux et Hermione le prit avant de s'installer sur le sofa en compagnie de Pattenrond et Arnold.
Elle suivit sa première envie et cocha, sur le bon de commande, un pot de peinture « bleu céruléen ». Puis, elle opta pour un lit en chêne avec ses tables de chevet assortie, des rideaux bleu nuit, un tapis couleur aubergine et un petit fauteuil d'occasion à installer près de la fenêtre.
Hermione était si plongé dans son bon de commande qu'elle sursauta quand un hibou tapota la fenêtre.
Elle se leva d'un bon et ouvrit la fenêtre. Albus entra dans la pièce dans une rafale de vent qui fit vaciller les lueurs des chandelles.
Dehors, une véritable tempête de neige s'était levé et on n'y voyait pas à deux mètres. Le pauvre hibou frigorifié grelottait et Hermione l'enveloppa dans un plaid de laine avant de le déposer sur son perchoir, près de la cheminée.
Hermione s'empressa ensuite d'ouvrir la lettre, les mains tremblantes. Ginny était entrée dans la pièce, tenant une pile de chaussettes qu'elle s'apprêtait à plier.
– Alors ? demanda-t-elle en déposant les chaussettes sur le fauteuil où dormait Arnold.
« Chère Pattenrond,
J'ai mis du temps à vouloir te répondre car j'en ai marre de répondre à cette question. J'en ai assez de me justifier, de dire que, oui, je suis bien le fils d'un Mangemort mais qu'être l'enfant de quelqu'un de mauvais ne fait pas automatiquement de moi quelqu'un de mauvais.
En vérité, j'ai décidé d'arrêter d'expliquer car ça ne sert à rien. Les gens ont déjà une opinion de moi et ne ils ne la changeront pas quelles que soit mes paroles.
C'est aussi le cas avec mes élèves. Ils n'osent pas parler et certains semblent ne plus respirer non plus. La rumeur s'est répandu comme une traînée de poudre en une semaine à peine et j'imagine que la directrice a dû recevoir une quantité astronomique de plainte à mon égard.
Je suis là depuis une semaine et j'ai déjà envie de démissionner. »
– Oui enfin on n'a pas vu beaucoup d'enfants de Mangemort se battre pendant la bataille de Poudlard, fit remarquer Ginny avec une pointe d'agacement. Ils se sont enfuis pour rejoindre leurs parents alors j'ai un peu de mal à compatir.
Hermione était d'accord mais elle ne répondit rien et poursuivit sa lecture.
« C'est aussi pour ça que j'ai du mal à rencontrer de nouvelles personnes : quand ils apprennent qui je suis, ils fuient.
C'est également pour ça que j'ai eu du mal à vendre le manoir de ma famille et à trouver un autre logement, mais la directrice McGonagall m'a offert une chambre à Poudlard. Je ne plains pas, j'ai une belle vue sur le parc et c'est calme. »
– Son « manoir de famille », railla Ginny. Non vraiment nous n'avons pas les mêmes problèmes.
Elle se remit à plier ses chaussettes.
« Au moins, j'ai un accès illimité à la bibliothèque et même si j'ai madame Pince sur le dos dès que je respire trop fort, c'est inespéré.
Je te souhaite une bonne journée,
Élaphe. »
Cette lettre était plus froide que les précédentes et Hermione sentit un bloc de glace se former dans son estomac. Elle ne voulait pas perdre cette correspondance qui était précieuse à ses yeux mais elle rejoignait Ginny sur le fait qu'il était facile de se plaindre d'être ostracisé par ceux qui ont souffert des sévices de ses propres parents. Les victimes de la guerre avaient beaucoup plus de raisons de se plaindre.
– Qu'est-ce que tu vas lui répondre ? demanda Ginny.
Elle avait terminé de ranger ses chaussettes et revenait à présent avec un flacon de vernis rouge qu'elle voulait appliquer sur les mains et les pieds.
Hermione se mordit la lèvre et réfléchit un instant :
– Que je ne veux pas perdre sa correspondance, qu'il est effectivement injuste d'être mis de côté pour être le « fils de », mais que des gens ont souffert pendant cette guerre, dont moi, et qu'on ne peut pas se plaindre de ce genre de chose quand en face on a des gens qui ont perdu des proches, ont été torturé ou tué.
– Exactement ! dit Ginny qui appliquait le vernis rouge sur ses orteils à l'aide de sa baguette magique. Je te fais les ongles ?
Hermione observa les hautes tours du château de Poudlard avec un tel sentiment de nostalgie qu'elle sentit son estomac se serrer et ses yeux la piquer.
C'était un vendredi froid et pluvieux, typique d'un mois de janvier écossais. Abritée sous un parapluie, Hermione traversa le pont qui la menait à ce qui fut son chez elle pendant sept ans. Les élèves étaient en dernière heure de cours et elle ne croisa quasiment personne hormis Nick Quasi-Sans-Tête qui la salua avec chaleur au deuxième étage.
Arrivée au troisième étage, elle se dirigea vers une salle de classe bien connue, celle de Métamorphose, où les deuxièmes années terminaient la semaine.
Là, elle colla son oreille à la porte et entendit une voix masculine annoncer qu'il ramassait les copies dans cinq minutes, accompagnées des habituels grattements de plume les parchemins. Hermione recula contre le mur et attendit.
Elle avait décidé de prendre le taureau par les cornes. Après de nombreux brouillons de lettres, elle n'avait pas réussi à répondre à Élaphe et avait pris la décision de venir le voir. Elle serait fixée sur son identité et sur la façon dont leur relation tournerait.
Mais à présent qu'elle attendait dans le couloir, elle se sentait terriblement nerveuse.
La sonnerie retentit dans les couloirs et un brouhaha emplit le silence. Les élèves de toute part se dépêchaient de ranger leur affaire et de sortir, heureux d'être enfin en week-end. Le couloir se retrouva bientôt envahit et Hermione regarda anxieusement la porte de la salle de Métamorphose s'ouvrir et un flot d'élèves de deuxième année en sortir, le sac sur l'épaule, ronchonnant après leur dernier devoir.
Quand le dernier fut sorti, Hermione entra à son tour dans la salle. Il était debout, derrière son bureau, vêtu d'une élégante robe de sorcier bleu nuit, et empilait soigneusement les parchemins de ses élèves.
Elle se rendit alors compte à quel point son ventre était noué d'angoisse. Elle se mordit l'ongle de l'index en attendant qu'il se retourne.
– Salut.
Theodore Nott se figea, une pile de copie dans les bras. Ils restèrent ainsi de longues secondes, jusqu'à ce qu'Hermione, trop gênée, déclare :
– C'est donc toi, Élaphe.
Il ne parut pas surpris et Hermione comprit alors qu'il savait qui elle était depuis plus longtemps qu'elle.
Il posa lentement les copies sur son bureau qui s'effondrèrent en un tas informe. Puis, il lissa inutilement les pans de sa robe de sorcier et croisa les bras sur sa poitrine. Puis, il les décroisa, ne semblant pas savoir quoi faire de lui-même.
– Oui, finit-il par dire.
Theodore la regarda, manifestement choqué qu'elle se trouve ici face à lui. Il prit une longue inspiration.
– Tu savais qui j'étais, n'est-ce pas ? demanda Hermione.
– Oui.
– Depuis quand ?
– Depuis le match Angleterre-Irlande, révéla-t-il. Je t'ai vu attendre et j'étais pratiquement sûr que c'était toi.
– Et tu as eu peur, répliqua-t-elle en se rappelant des mots de Ginny sur la lâcheté des Serpentards.
Theodore rougit un peu et détourna le regard.
– Ça aurait été n'importe qui d'autre, je serais venu te parler mais toi.
Il secoua la tête avec un petit rire nerveux.
– Toi l'héroïne de guerre, élève brillante de Poudlard et sans aucun doute future politicienne exceptionnelle ne saurait être vu avec quelqu'un comme moi.
Il eut un sourire triste et bref.
– Il fut une époque où l'inverse aurait été vraie, fit-elle remarquer.
– Oui. Bon. J'aimerais juste retourner à mon anonymat.
– Les gens se lasseront, assura Hermione. Ils finissent toujours par se lasser. Un jour, on oubliera qui tu as été, on se rappellera tes choix.
– Si sage, ça explique pourquoi Potter est encore en vie.
Ils partagèrent un sourire complice tandis qu'autour d'eux, le brouhaha des élèves s'estompait pour laisser place à un silence confortable.
– Poudlard te manque parfois ? demanda-t-il.
– Parfois, admit-elle. La vie quotidienne, les cours, la bibliothèque, les soirées passées au coin du feu dans la salle commune, le thé chez Hagrid et les banquets dans la Grande Salle…
Les yeux perdus dans le vide, elle sourit, pleine de nostalgie face à ce château qui avait été son foyer, sa maison.
Theodore l'observa intensément avant de lui sourire quand elle croisa son regard.
– On aurait fait de bons amis, je crois. J'aurais aimé avoir le courage de te parler à cette époque. Les choses auraient peut-être été différentes.
– Sans doute…
Un autre silence s'installa et comme ils étaient tous les deux plantés là comme des poireaux, Hermione prit les devants :
– On pourrait commencer par aller boire un verre aux Trois Balais, proposa-t-elle. Et on discute face à face cette fois-ci.
Theodore lui sourit franchement cette fois-ci et observa sa pile de devoirs à corriger.
– Ça peut attendre demain, déclara-t-il. Allons-y.
Et pour la première fois depuis longtemps, Hermione sentit un frisson d'excitation, de vie la parcourir. Elle ne savait pas dans quoi elle s'embarquait mais cet inconnu était bien plus effrayant et excitant que la routine.
Merci de m'avoir lu et à bientôt peut-être pour une nouvelle histoire :-)
