Dans le chapitre précédent : Meri continue à surveiller Lance, prenant note de ses tendances naturelles et se préparant au jour où elle commencera à l'entraîner. En attendant, elle et Val ont discuté de ce qui valait la peine d'être raconté.
Chapitre 6
Red Sky at Morning
— T'as déjà entendu parler de la Garnison Galactique ?
La question de Lance tira la sonnette d'alarme dans la tête de Meri et elle se détourna de la cuisinière où chauffait une casserole de macaronis. Cela faisait longtemps que Rosario ne lui avait pas demandé de surveiller les enfants, surtout que Lance avait désormais treize ans et pouvait très bien s'occuper de son frère de huit ans et sa sœur de six ans tout seul. Meri voyait toujours Rosa et Ramon, bien sûr, et parfois les enfants. Lance venait toujours l'accueillir en se jetant sur elle au pas de la porte et Meri se forçait toujours à tituber un peu : Lance avait boudé pendant dix bonnes minutes la première fois qu'il avait essayé de la bousculer sans qu'elle ne bouge d'un iota, et depuis elle avait appris à retenir sa force altéenne.
C'était par chance qu'elle se retrouvait à faire du baby-sitting ce jour-là, alors qu'elle venait tout juste d'accepter un poste à la Garnison Galactique. (Pourquoi Lance lui parlait de ça, d'ailleurs ?)
— La base militaire dans le désert ? s'enquit Meri, feignant l'ignorance.
Comme si elle pouvait ne pas connaître Iverson et sa clique. Rien que l'année dernière, ils n'avaient aucune espèce d'importance, ce n'était qu'une école et un bâtiment administratif qui se trouvaient en dehors de Carlsbad.
Jusqu'au jour où ils firent l'acquisition de quelques milliers d'hectares de broussailles et de canyons, comprenant les cavernes où reposait le lion bleu.
Lance posa son sac à côté de la table de la cuisine. Il avait passé l'après-midi chez un ami pour travailler sur un projet scolaire, raison pour laquelle on avait demandé à Meri de surveiller Luz et Mateo, et vraiment, ça ne l'avait pas surprise de le voir débarquer cinq minutes avant le dîner. Ce gamin pourrait manger un yelmore entier si on le laissait faire. Et… s'il y en avait un à manger. Quiznak. Malgré huit ans passés sur cette planète, son cerveau pensait toujours aux yelmores avant les vaches.
— C'est ça, dit Lance. Des gens sont venus à l'école aujourd'hui pour nous parler de leur programme. Tu sais que je pourrais être en train de piloter un vrai vaisseau spatial d'ici l'année prochaine ?!
Meri haussa un sourcil.
— Un vrai vaisseau spatial ? Ou un simulateur ?
Lance agita la main.
— C'est pareil. Lena. Je pourrais aller dans l'espace.
Bah, c'était prévu dès le départ, se dit Meri.
— C'est cool, en effet…
— Pas vrai ? (Lance se laissa tomber sur une chaise, s'étalant sur la table, les bras tendus vers Meri.) Mais pour ça, faut que je passe les examens d'entrée.
Meri fixa sa gamelle de macaronis un long moment, les mots coincés dans sa gorge. Elle avait visité la Garnison plusieurs fois, d'abord sous une identité lambda lors de la journée porte ouverte pour voir comment était géré l'endroit, puis sous l'alias de Naomi Smith (elle avait résisté à la tentation de l'écrire Smythe, comme le nom de Coran, mais ça se serait trop démarqué).
Le commandant Mitch Iverson, en charge de la base, était un enfoiré froid et calculateur qui avait beaucoup trop de secrets pour qu'on puisse lui faire confiance, surtout que Meri n'arrivait pas à se défaire de l'impression que ces secrets n'originaient pas à cent pour cent de la Terre. Pas qu'elle puisse y faire grand-chose pour le moment, elle était loin d'être prête. Elle n'avait aucune preuve, si ce n'est cette acquisition de terrain fortuite. (Mais ça ne pouvait pas n'être qu'une coïncidence, si ? Elle avait été la première à dire que c'était un miracle que Blue n'ait pas encore été découverte en dix mille ans d'histoire, mais là, c'était trop gros pour n'être qu'un hasard.)
Elle savait aussi que c'était une très bonne école. Quels que soient les secrets de ses administrateurs, les élèves recevaient une très bonne éducation. Astronomie, navigation, ingénierie, cours de vol, de self-défense… Ils disposaient même d'un stand de tir et tout le monde devait passer le test avant la fin de l'entraînement. Si Lance avait accès à toutes ces ressources, s'il pouvait obtenir de solides bases avant d'avoir dix-huit ans et d'apprendre la vérité sur Altéa, Zarkon et la guerre qu'il avait déclenchée, sur le combat qu'ils allaient certainement mener…
Juste après l'acquisition, Meri était partie s'assurer que personne n'avait découvert la cachette de Blue et en avait profité pour jeter un œil à ses scanners. Des signaux de détresse s'étaient ajoutés à la mer rouge qui cernait la portée de Blue. Les bords étaient rongés petit à petit. La guerre était encore trop loin de la Terre pour représenter un réel danger ; elle allait encore devoir gagner de nombreuses planètes qui, du temps de Meri, étaient le foyer de cultures bien avancées sur le plan technologique et militaire.
Mais c'était possible que des éclaireurs soient venus voir si la Terre était bonne à prendre.
La guerre frappait à leur porte et Meri n'allait pas avoir autant de temps qu'elle l'espérait pour entraîner Lance. Qu'il aille à la Garnison serait peut-être pour le mieux. Il ne serait pas seul ; avec Naomi, Meri pourrait surveiller Iverson s'il tentait quoi que ce soit.
Mais une partie d'elle, celle qui voyait toujours Lance comme un enfant de six ans qui écoutait ses récits d'Altéa avec des étoiles dans les yeux, voulait le protéger. Elle avait juré qu'elle ne l'impliquerait pas tant qu'il ne serait pas assez grand. Si elle l'envoyait à l'académie, même simplement en l'encourageant, comment pourrait-elle se regarder en face ? Même si ce n'était pas elle qui lui mettait un pistolet dans les mains, elle ne serait pas absoute de toute responsabilité.
Elle pivota et vit que Lance la regardait avec un mélange d'espoir et d'incertitude, ce qui lui fit prendre conscience d'une chose. Il n'était pas question de guerre. Il n'était pas question de se battre, ou de se préparer, ou de mettre en œuvre tous les plans qu'elle avait en réserve.
Il était question de Lance, qui osait rêver et avait besoin qu'on lui dise qu'il en avait le droit.
Éteignant le gaz, Meri alla égoutter les pâtes, puis se retourna et croisa les bras.
— Il y a quoi aux examens, et c'est quand ?
— Au printemps, répondit Lance, et je sais pas. Des maths, des sciences et d'autres trucs du genre ? Et un examen physique. Je crois que le gars a aussi parlé d'une dissertation.
Meri hocha la tête.
— Commençons par là. Découvre ce qu'ils attendent de toi et étudie en conséquence.
Lance se ragaillardit face à son ton sérieux.
— Ouais ? Tu crois que je peux y arriver ?
— Je crois que tu devrais en parler à tes parents si tu comptes d'inscrire, dit Meri, prenant le beurre et le lait dans le frigo avant de lui faire un grand sourire. Mais oui, absolument. Si c'est ce que tu veux et que tu es prêt à bosser dur pour y arriver, je sais que tu peux le faire. Et je ferai tout ce que je peux pour t'aider.
Elle tapa la cuillère sur le bord de la casserole pour y déloger le reste de sauce fromagère, puis mit le tout de côté pour rejoindre Lance et poser les mains sur ses épaules.
— Les étoiles sont ta destinée, Lance. Je sais que ça fait peur, mais si c'est ce que tu veux, tu dois te lancer.
Les yeux de Lance se mirent à briller et il se redressa vivement, puis il rougit et rit avec gêne.
— Ma destinée ? J'irais pas jusqu'à dire ça comme ça.
— Moi si, dit Meri.
Elle lui ébouriffa les cheveux, ce qui lui valut un glapissement mécontent.
— Et puis, je suis un drôle de mélange de deuxième mère et de grande sœur relou. Faut bien que je te montre un soutien si démesuré que c'en est embarrassant.
Elle ouvrit la porte de la cave et fit clignoter la lumière plusieurs fois pour indiquer à Luz et Mateo que c'était l'heure de manger.
— Mais je suis sérieuse. Tu as les capacités de faire de grandes choses, Lance. Ne laisse personne te dire le contraire.
Lance reçut sa lettre d'admission huit mois plus tard et Meri ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou en être terrifiée. Pour être honnête, Lance ne semblait pas fixé non plus. Il tremblait quand il lui montra, le sourire si grand qu'il devait s'en décrocher la mâchoire et cherchant à chasser des larmes qui n'en finissaient plus de couler.
Il était si jeune.
Elle n'y avait pas pensé pendant des années, mais cette lettre d'admission changeait tout. Ça le rapprochait de la guerre et de la conversation difficile qu'ils allaient avoir dans un peu plus de deux ans. (Deux ans ! Par les anciens.)
Iverson avait déjà commencé à donner des missions à Naomi Smith, une pilote de cargo au C.V impressionnant venant d'une base plus modeste de la Garnison. Meri avait passé sa licence de vol, même si ce n'était pas à l'académie. Il lui avait simplement fallu apprendre la disposition des contrôles des engins terriens et se rafraîchir la mémoire pour les choses qu'elle n'avait pas eues à faire manuellement depuis… ben, toujours. Tous les vaisseaux qu'elle avait pilotés avant faisaient quasiment tout de façon automatique et le plus dur qu'elle avait eu à faire, c'était apprendre à se servir de l'ordinateur de bord pour les dépannages.
Sarah Wimbledon accepta un boulot à New York et déménagea, soulageant Meri de la tâche d'avoir à manier trois identités différentes alors que Naomi lui demandait tant de temps. Elle n'avait pas besoin de rester à la base H24, mais elle y passait le plus clair de son temps quand elle n'était pas en mission ou avec Rosario. Elle devait sans cesse s'inventer des excuses : un voyage pour aller rendre visite à de la famille, des formations pour le boulot, un séjour de six semaines en Californie qu'elle ne pouvait absolument pas manquer.
Résultat : Meri et Rosario finirent par se perdre de vue. Meri ne s'attendait pas à ce que ça lui fasse autant de peine. Pendant un temps, elle dînait avec Rosa et sa famille trois fois par semaine, passait surveiller les enfants de temps à autre ou juste pour profiter d'une journée entre filles. Et voilà que soudainement, des semaines passaient sans voir un seul Mendoza.
La solitude de ses dix premiers millénaires sur Terre ne lui avait pas manquée.
Un an passa et Meri saisissait toutes les occasions de voir Rosario ou Lance, pour lui toujours sous l'apparence de Naomi Smith ou d'un pilote qui s'intéressait à la prochaine génération.
Elle était à la Garnison le jour où fut annoncé l'échec de la mission Kerberos. Trois hommes morts en bordure du système solaire, et c'était forcément une erreur du pilote, pas vrai ? Aucune défaillance mécanique n'avait été relevée, c'était donc la seule explication possible, hein ? Le choc et le deuil tintèrent de gris l'atmosphère du bâtiment, mais c'était une autre tempête qui faisait rage au fond de Meri.
Zarkon.
C'était impossible. Illogique. Rien ne laissait penser que Mitch Iverson mentait. C'était sûrement son traumatisme qui parlait ; elle s'était peut-être remise de la mort de son peuple, mais elle avait relayé la trahison de Zarkon au fond de son esprit en attendant le jour où il serait pertinent d'y repenser.
Et là, chaque cellule de son être lui criait que c'était le moment.
Elle prit la route ce jour-là, en partie pour s'éloigner d'Iverson et de ses paroles de réconfort qui sonnaient creuses, en partie pour rendre visite à Blue. Meri ne l'avait vue que deux fois cette année, mais Blue ne lui en tenait pas rigueur. Elle se plongeait dans une sorte d'hibernation, comme pendant les dix mille ans qu'elle avait passés à chercher un nouveau paladin. En tant que machine ancienne et presque immortelle, elle savait attendre, même si elle se plaignait que Lance prenait trop de temps à devenir adulte.
— Tu as repéré des signes d'activité galra dans les environs, depuis la dernière fois qu'on s'est vues ? demanda Meri en se glissant à la place du pilote.
Elle avait passé tellement de temps dans des engins terriens que le cockpit de Blue lui paraissait étrange, si bien qu'elle dut regarder le tableau de bord un long moment avant de se rappeler comment afficher les scanners.
Rien de précis, répondit Blue, les mots s'affichant en altéen à l'écran. Pour ça aussi elle dut s'y reprendre à deux fois, ce qui lui fit ravaler un rire dépité. Elle avait passé onze ans sur Terre et Blue était le seul élément qui la rattachait à son passé ; elle ne s'était pas du tout entraînée ces six derniers mois, alors… à quoi s'attendait-elle ?
Blue eut un grondement inquiet et Meri se força à sourire.
— C'est rien, dit-elle en altéen. (Elle n'avait pas oublié sa langue, elle ne l'avait pas perdue et elle avait beaucoup trop de choses à faire pour en plus se laisser tomber dans un cercle vicieux d'auto-apitoiement.) Comment ça, « rien de précis » ?
Il y a eu une anomalie, répondit Blue. À la lisière du système. C'est peut-être rien.
— Quand ça ?
Blue lui fournit un marqueur temporaire et après une conversion rapide, il s'avéra que l'anomalie était survenue près de Kerberos presque au même moment que la perte de contact avec le Perséphone.
Les mains de Meri tremblaient alors qu'elle affichait les détails. Blue n'avait identifié aucun signal, mais les relevés énergétiques correspondaient à ceux d'un grand vaisseau, bien plus grand que la navette humaine. C'était possible que… Mais pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Si Zarkon avait compris que Blue était cachée là, pourquoi ne pas s'en prendre à elle ?
— J'ai une tonne de questions, ma belle, murmura Meri. Je crois qu'il est temps d'obtenir des réponses.
L'année qui suivit défila dans une série de faux noms, de séances d'espionnage et dans une rage consumante. Meri ne trouva aucune preuve d'activité galra sur Terre, mais elle nota assez de bizarreries inexpliquées pour satisfaire ses soupçons. On l'envoya plusieurs fois en mission d'approvisionnement secrète vers des bases coupées du monde au budget de R&D étrangement conséquent pour des laboratoires qui n'existaient pas deux ans plus tôt. Certaines personnes étaient transférées sans préavis, des civils étaient portés disparus près de zones appartenant à la Garnison dans le monde entier, et bien sûr la Garnison niait toute implication.
Cela mettait Meri mal à l'aise et elle avait très envie de trouver Lance pour lui parler de Voltron. Ce serait nécessaire si Meri avait raison et que les Galras étaient de mèche avec la Garnison.
Mais il n'avait pas encore dix-huit ans et elle refusait de revenir sur sa promesse, malgré son envie d'agir. Elle accepta de nombreuses missions et, sous la guise de Cora, son nouvel alias, elle fouina les bases sur son passage, essayant de se faire une image globale de la situation.
Elle revint une semaine avant le dix-huitième anniversaire de Lance, des plans déjà en tête. Elle allait devoir lui présenter Blue dès que possible ou elle aurait un lion furax sur le dos, mais il fallait d'abord s'assurer qu'il n'allait pas partir en courant en découvrant que sa baby-sitter était en réalité un extraterrestre qui pouvait changer de forme. Ou… non, peut-être que Blue devait passer en premier, finalement ? Lance serait moins sceptique s'il découvrait le lien tout seul et s'il prenait peur, autant que ce soit dans une caverne perdue au milieu du désert. (Mais c'était peut-être glauque ? Merde, elle ne voulait pas lui faire croire qu'elle était une tueuse en série ou un truc du genre.)
Elle devrait peut-être en parler d'abord à Rosario. Elle allait bien devoir aborder le sujet avec les parents de Lance. Autant le faire maintenant, leur laisser une semaine pour digérer tout ça pour éviter que Lance se prenne leur panique de plein fouet.
Meri poussa un soupir en laissant tomber son sac sur son lit. Les quartiers des visiteurs de la Garnison ne valaient pas grand-chose, mais le petit lit et la fenêtre qui donnait sur l'espace vert lui promettaient un peu de calme pendant qu'elle déterminait comment mener cette discussion qui lui pendait au nez depuis maintenant douze ans.
Ce moment de détente fut coupé court dès qu'elle alluma son ordinateur et fit défiler ses pages de news favorites.
La Garnison Galactique publie son communiqué officiel sur le tragique accident
Du nouveau concernant la séance d'entraînement où trois élèves ont trouvé la mort
Le troisième Holt tué par la Garnison Galactique : la déclaration d'une mère
Meri retint son souffle. Les articles étaient sortis il y a quelques jours et les images attachées étaient trop petites pour bien en distinguer le contenu, mais elle avait vu Lance grandir. Elle l'avait vu dans les pensées de Blue, dans les visions qui s'étaient échappées de leur lien en lambeaux. Elle connaissait Lance, si bien qu'elle sut avant même d'ouvrir le premier article que quelque chose avait très mal tourné.
— Rah, ce gamin va me rendre chèvre, marmonna Meri.
Elle se tenait dans une des cavernes vides en bordure de Carlsbad, ou du moins dans ce qui restait de cette caverne. Le plafond s'était effondré et de l'eau lui léchait les chevilles alors qu'elle passait la tête dans l'alcôve où elle avait tiré la capsule cryogénique et le bric-à-brac qui encombrait le cockpit. Rien n'avait bougé, ce qui confirma ce que Meri savait déjà : ce n'était pas les Galras qui avaient découvert cet endroit.
C'était Lance.
Les histoires en ligne ne rapportaient pas grand-chose de plus que la version officielle des événements : un entraînement de nuit dans le désert qui entourait la Garnison s'était résulté par un crash qui avait tué Lance et le reste de son équipe.
Rosario n'en savait pas plus, mais Meri n'avait pas vraiment insisté. Elle lui avait rendu visite dès que le choc initial s'était dissipé et malgré les six semaines qui s'étaient écoulées depuis l'incident, le chagrin était palpable quand elle avait passé la porte.
Karen Holt pensait que les enfants étaient toujours en vie. Mais elle n'était pas exactement sur la liste d'amis de la famille Mendoza. Carmen avait parlé d'elle avec beaucoup de rancœur au sujet de la disparition de Val. Elles travaillaient ensemble, enquêtant sur l'incident du désert. (Bien évidemment. Val aurait bien sûr voulu dévoiler la vérité sur ce qui était arrivé à Lance. Bordel, si Meri n'était pas partie, rien de tout ceci ne serait arrivé.)
— Ok, dit Meri, s'asseyant sur un caillou relativement sec pour réfléchir.
Lance et ses amis s'étaient retrouvés ici pour une raison inconnue. La Garnison envoyait de temps en temps des vaisseaux dans le coin pour cartographier les canyons à la recherche de, eh bien…
Non. Ce n'était pas le moment de se remettre en doute. La Garnison cherchait Blue. Il n'y avait pas d'autre explication.
Mais s'ils cherchaient Blue, c'était peu probable qu'ils emmènent des élèves avec eux, donc cette histoire d'entraînement était bidon. Soit Lance avait suivi quelque chose jusqu'ici, soit il essayait de fuir ce quelque chose et Blue l'avait appelé à elle. Cette seconde hypothèse était plus plausible, surtout parce que dans l'urgence, ça pouvait expliquer pourquoi ils étaient partis sans Meri. Si Blue s'inquiétait pour Lance et pensait ne pas avoir le temps d'attendre le retour de Meri… En plus, Meri lui avait promis que la prochaine fois qu'elle viendrait, ce serait avec Lance, et Blue savait que ça ne serait pas arrivé avant au moins deux mois.
Alors c'était fixé. Lance fuyait. Quoi ? La Garnison ? Ok, il avait du mal à se concentrer et rester discipliné, mais ce n'était pas aussi extrême. À moins qu'il ne soit tombé sur un secret d'Iverson. À moins qu'il n'ait découvert ce que Meri cherchait depuis qu'elle avait rejoint la Garnison.
Des Galras.
Sur Terre.
— Impossible d'en être certaine, se dit Meri tout haut.
Mais c'était dur de se persuader du contraire.
En tout cas, Galras ou non, Meri pouvait au moins se rassurer sur le fait que Lance était entre de bonnes mains. Ça faisait mal, comme si un vkullor dirigeait son souffle brûlant sur son visage, de ne pas être là alors qu'il avait besoin d'elle, de ne pas avoir pu le suivre… d'avoir perdu l'occasion de, peut-être, avec un peu de chance, si l'univers décidait de lui sourire à nouveau, revoir Allura et Coran.
Mais Lance était en sécurité. Autant qu'il puisse l'être, vu les circonstances.
Pour Val, c'était une autre histoire. Lance et Blue étaient partis depuis longtemps quand elle s'était mise à fouiner et Meri avait beau retourner le problème dans tous les sens, sa disparition était plus que suspecte. Iverson, Zarkon ou quelqu'un du même acabit avait voulu la faire taire.
Meri prit son portable et fit défiler les photos qu'elle avait trouvées dans l'ordinateur d'Iverson. Pouvoir prendre son apparence avait son utilité. Il lui avait fallu près d'un an pour parfaire sa transformation, mais chaque seconde en valait la peine.
Trois visages lui rendaient son regard depuis l'écran de son téléphone : Karen Holt, Eli Kahale et Akira Shirogane. Ils avaient tous les trois perdu leur famille à cause de la Garnison, que ce soit lors de la mission Kerberos ou lors de « l'incident d'entraînement » du mois dernier. Ces trois-là, selon les notes d'Iverson, étaient de mèche avec Val. Karen et Eli l'avaient quasiment avoué et Akira était le seul membre de la base de Carlsbad à avoir un mobile convaincant de les aider.
Meri avait réfléchi à la possibilité que l'un d'entre eux soit en contact avec les Galras ou, au minimum, ne prenne pas bien la nouvelle que leur famille ait été kidnappée par des aliens. Meri allait devoir leur révéler son identité tôt ou tard pour qu'ils la croient, mais seraient-ils capables de faire la différence entre des Galras qu'ils n'avaient jamais vus et l'Altéenne qui en savait bien trop ?
Iraient-ils dévoiler son histoire au monde entier, exposant sa présence aux Galras avec qui Iverson s'était allié ces dernières années ? Sans Blue, elle était coincée ici. Elle n'était pas complètement sans défense, mais ses options étaient sévèrement limitées. Elle se sentait piégée et elle revoyait Altéa qui brûlait autour d'elle, sauf que cette fois il n'y avait aucune navette, aucun vaisseau pour mettre les futures victimes de Zarkon en sécurité.
Il n'y avait qu'elle et le tout petit avantage qu'elle avait du fait que personne n'était au courant de sa présence.
Elle allait devoir se montrer prudente. Une partie d'elle voulait se terrer, attendre que les paladins retournent sur Terre. Ils finiraient par le faire, soit parce qu'ils se rendraient compte que l'armée de Zarkon s'y dirigeait, soit parce que Lance et Blue approfondiraient assez leur lien pour que Blue lui parle de Meri. Ça prendrait du temps, bien sûr, du temps qu'elle n'avait peut-être pas, mais elle n'avait jamais été du genre à se tourner les pouces pendant que d'autres risquaient leur vie. Elle avait passé trop de temps à faire ça en dix mille ans. Il était temps de prendre des risques.
Il était temps de parler à Akira Shirogane.
Note de la traductrice : J'espère que ça vous aura plu ! La semaine prochaine, je publierai un petit bonus intitulé "Something from Nothing" où on retrouvera Rolo et Beezer, avant qu'ils rencontrent Nyma.
A bientôt !
