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Une soirée comme une autre qui commençait !

Andréa Mont-Revere était une jeune habitante de Gotham City, bien qu'elle n'y soit pas née. Du haut de ses 22 ans, elle portait déjà sur ses épaules un lourd passé, qu'elle espérait pouvoir enfin laisser derrière elle. C'était un oiseau de nuit. Elle ne touchait pas, enfin plus, à la drogue ou ce genre de choses. Mais il fallait bien vivre, ou en tout cas survivre, et ses talents lui permettaient de gagner sa vie en travaillant de nuit.

19h30. Elle se préparait à sortir. Elle vérifia sa tenue ; un jean slim bordeaux, un top noir et une veste en cuir qui n'était plus de première jeunesse, mais cela ajoutait à son charme. C'est en tout cas ce qu'elle pensait ! Elle savait, comme d'habitude, qu'elle devrait marcher un bon bout de chemin pour se rendre au bar The Satellite. Elle opta donc, comme à l'accoutumée, pour ses baskets en suédine noire, alors qu'elle mettait une paire de Converse noires, édition limitée Blondie, avec des lacets rose fluo et la silhouette de Blondie en blanc sur les flancs, dans son sac à dos. C'était un sac à dos de randonnée, du type que l'on pouvait harnacher à l'avant. Non pas qu'elle sorte très chargée, mais c'était un bon moyen d'éviter de se faire arracher son sac au beau milieu de la nuit par des gangsters ou des camés en manque. Elle jeta un dernier coup d'œil à son petit appartement, plongé dans la pénombre - cela dit, ne faisait-il jamais jour dans les rues polluées et enfumées de Gotham ? Le mobilier était relativement sommaire : une petite table, deux chaises, un vieux canapé gris/beige dont un des coussins commençait à exposer sa mousse, un lit double avec une housse de couette Kylo Ren, et son bébé ; une basse MusicMan Stingray de 1979, manche en érable et corps en bois massif vernis avec un simple humbucker en guise de micro. Elle avala une poignée de tomates cerises et ferma la porte derrière elle.

Dehors l'air n'était ni frais ni humide, il était sec et étouffant. Cela faisait maintenant 3 ans qu'elle avait emménagé ici, mais elle ne s'habituerait jamais à cette pollution perpétuelle qui s'infiltrait par tous les pores de votre peau. Elle marcha près de 30 minutes, le regard tourné vers le sol ; ici, moins vous croisez le regard des gens, mieux vous vous portez ! D'un pas qui se voulait discret mais dynamique, elle avait traversé des quartiers allant de plutôt craignos à très craignos. Mais le néon aveuglant, d'un blanc bleuté clignotant à vous rendre épileptique si vous le regardiez trop longtemps, du bar The Satellite était devant elle. Elle prit la contre-allée et frappa à la porte de service. Une montagne de muscles au crâne dégarni et à l'œil las lui ouvrit et la salua.

– Hey Andy ! Y'a du monde ce soir, quelques chasseurs de tête, j'espère que t'es au top !

Elle lui répondit d'un simple sourire. Au top ? Cela faisait longtemps qu'elle n'était plus au top. Elle se dirigea par automatisme vers les coulisses, enfin ce qui tenait lieu de coulisses : un débarras à l'arrière du bar, entre la réserve et les toilettes du personnel. Elle alluma la lumière et changea de chaussures. Puis elle entreprit de retoucher son maquillage, ajoutant un rouge à lèvre rouge carmin sur sa bouche et un trait d'eye-liner bien marqué au-dessus de ses yeux. Et là, elle croisa son regard dans le miroir. Elle rencontra ses yeux marrons, vides, sans aucune personnalité. Qui était cette fille ? Qu'était-il advenu de cette petite fille souriante et joyeuse ? Et elle regarda, impuissante, une unique larme couler dans les cernes marquées d'un visage vieillissant que ce monde avait semble-t-il oublié. Puis, l'essuyant du revers de la main, après avoir lâché un long soupir pour se ressaisir, elle réajusta sa perruque. Quand elle avait emménagé à Gotham, elle avait décidé de changer d'identité et de tête, et, très inspirée par la chanteuse Sia, elle avait décidé de porter une perruque blonde, aux cheveux longs jusqu'à ses côtes, et à l'épaisse frange qui camouflait en partie son regard. Elle ne voulait pas être plus notable que ça, moins on l'identifiait, mieux elle se portait. Les chasseurs de tête, ce n'était pas trop son truc, sa petite vie monotone et discrète lui convenait très bien.

– C'est à toi dans 5 minutes ma belle ! En plus, j'ai fait accorder le piano ce matin, pour que tu puisses t'accompagner correctement. On a du client ce soir, plus ils restent, plus ils consomment, et plus la musique leur plaît, plus ils restent !

C'était Fran, diminutif de Francesca, la patronne du bar, une femme au physique sec et dynamique, digne d'une coureuse de marathon. Elle avait les cheveux poivre et sel, courts, et une paire de Ray Ban constamment sur les yeux, digne d'un cliché de flic américain. Andréa entreprit quelques vocalises, but un verre d'eau et se dirigea vers la scène. En temps normal, la plupart des gens auraient quelques appréhensions, le trac comme on dit. Mais Andréa chantait ici 2 soirs par semaine depuis bientôt 1 an, et elle n'espérait pas sortir un album ou faire une tournée mondiale, juste gagner de quoi payer son loyer, manger et essayer de financer ses études, donc elle se sentait juste "ok".

Alors qu'elle traversait la scène, quelques habitués crièrent son nom "Andy Roar", certains pour l'inviter à chanter, d'autres pour l'inviter à des fins bien moins sympathiques. Le "roar", qui signifiait "rugissement" en anglais, ne venait pas d'elle, mais il lui convenait bien ; car quand elle montait sur scène, elle laissait sortir toute la frustration, la peur et la colère qu'elle avait en elle. Après avoir brièvement salué le public, scannant la salle du regard, elle s'installa derrière le piano. Elle prit une grande inspiration et s'imagina sur la scène du grand théâtre de Moscou. Elle plaqua les premiers accords de "In a broken dream" de Peter Lee Jackson, un morceau de rock sorti en 1972 et repris par Thunder en 1995. Elle adorait ce morceau, ses parents l'écoutaient souvent quand elle était jeune. Sa voix était d'une assurance et d'une justesse à toute épreuve, tantôt claire et cristalline, tantôt rauque et saturée. Mais une chose semblait faire l'unanimité, elle était captivante et vraie. Elle parvenait à transmettre ses émotions à son public, qu'il soit déjà ivre ou pas. Elle enchaîna les reprises acoustiques de morceaux de rock, allant d'AC/DC à Linkin Park, en passant par du System of a Down ou encore du Slipknot. Après 45 minutes de show et 3 morceaux de rappel, dont Courage to Change de Sia, elle salua son public et quitta la scène.

Alors qu'elle ôtait son maquillage, l'air égal, Fran entra et lui déposa une petite liasse de billets sur la coiffeuse.

– 10% des recettes ma belle ! Comme d'habitude.

La patronne lui fit un clin d'œil complice. Andréa lui répondit par un sourire alors qu'elle se saisissait de l'enveloppe, comptant sans aucune gêne le contenu de celle-ci. 230$. C'était pas mal, mais ce mois-ci allait encore être difficile. Si elle chantait 3 soirs par semaine, ce serait mieux, mais après elle savait qu'elle n'arriverait plus à suivre les cours. Donc elle ferait avec ! Elle remit ses baskets en suédine noire, arnacha son sac et quitta le débarras avant de saluer le personnel du bar. Anton, le vigile, la rattrapa et lui tendit un sac en papier.

– Ton petit extra. Tu as assuré ! Comme toujours. Fran est super heureuse de la recette de cette soirée ! Donc elle t'en a mis plus que d'habitude.

Andréa jeta un œil dans le sac et sourit sincèrement. Un bon sandwich au poulet, une petite salade italienne et 2 cookies.

– Tu ne vas pas sortir par derrière ? Je suis sûr que y'a du monde qui aimerait te parler là-bas, va dans la fosse aux lions pour rugir Andy Roar.

– C'est sympa Anton, mais non merci. Les promesses de gloire, c'est bon pour les naïves, bien longtemps que j'ai arrêté de l'être…

Et elle quitta le bar par la porte de service. Une fois dehors, elle s'arrêta quelques instants pour prendre une grande respiration. Ce serait, elle le savait, la seule minute où l'air des bas-fonds de Gotham lui semblerait "frais", tellement celui du bar était lourd et chargé de sueur. Les yeux fermés, elle savourait la sensation de fraîcheur dans ses narines, sa gorge et ses poumons quand elle entendit quelqu'un se racler la gorge non loin d'elle. D'un coup, elle revint à la réalité, sautant en arrière, la main sur l'opinel qu'elle gardait dans sa poche, en cas de besoin.

Une femme élégante d'une quarantaine d'année, avec un garde du corps, en tout cas c'était l'image qu'il donnait, se tenait là, pas très à l'aise dans cet environnement.

– Bonjour, Mademoiselle Roar ! J'ai trouvé votre grain de voix très intéressant ce soir. Commença-t-elle, un délicat sourire sur les lèvres.

– Je vous remercie !

Andréa ne savait pas si elle devait fuir, lui serrer la main ou simplement rester là jusqu'à ce qu'elle parte. Mais son interlocutrice ne bougea pas et reprit la parole.

– Je suis Mélissa Mansfield, event planner. Nous organisons un grand gala caritatif le week-end prochain et notre soliste habituelle est souffrante et ne pourra pas assurer sa prestation. Nous souhaiterions vous proposer de la remplacer.

La jeune femme haussa un sourcil l'air perplexe.

– C'est une blague, c'est ça ?

Elle fut prise d'un petit rire nerveux en baissant la tête.

– Je vous demande pardon ? Non, je suis très sérieuse. Notre agence avait entendu parler d'une jeune artiste qui se produisait dans ce bar, à la voix chaude et maîtrisée. C'est ce que j'ai constaté ce soir. Après que l'on s'entende bien, il s'agit ici d'une prestation unique, en remplacement de notre intervenante habituelle.

Andréa ne disait plus rien, elle écoutait et réfléchissait. Une prestation unique pour des riches, ça rentrait dans son cahier des charges. Elle ne voulait pas enregistrer d'albums ou de tournées, mais juste 1 seule prestation, c'était comme chanter dans un bar, non ?!

– La rémunération sera seulement de 600$ la soirée comme vous n'avez pas encore une grande notoriété, mais je pense que c'est toujours plus que ce que vous gagnez ici ? Et le repas est inclus !

600$, pour une soirée ? Son choix était fait, elle accepta. Mme Mansfield lui donna sa carte ainsi que l'adresse et les horaires. Avant de partir, suivie de près par son garde du corps, elle ajouta :

– Tenue de gala exigée et en termes de "répertoire musical", essayez de proposer quelque chose de plus approprié, même si j'aime beaucoup AC/DC. Nous attendons des convives d'exception comme Bruce Wayne et ses fils, Diana Rogers, la famille Hodges et même la commissaire Gordon.

Puis elle disparut au coin de la rue, suivie du rugissement d'un moteur comme on en entendait peu dans ces quartiers. Encore sous le choc, Andréa prit quelques minutes pour se remettre de ce qui venait de se passer, avant de rentrer chez elle avec cette sensation de flotter, comme sur un nuage. Ce n'était pas tant l'idée de se faire 600$ en une soirée -même si cela avait son importance- mais l'idée de se produire devant un public qui saurait apprécier sa musique ; cela faisait si longtemps que ça ne lui était plus arrivé. De retour dans son appartement, au 3ème étage d'un vieil immeuble en briques au rouge passé et noirci par les gaz d'échappement, elle déposa ses affaires et ôta son camouflage. Alors qu'elle croisait son visage dans le miroir, elle fut surprise d'y découvrir un sourire, franc et sincère. De la joie ? Puis elle alla se coucher. Mais le sommeil ne vint pas. Elle attendit 10, 20, peut-être 30 minutes avant de s'asseoir dans son lit. Un répertoire approprié. Elle avait un répertoire bien riche mais, il fallait qu'elle soit au top. Elle ouvrit donc une vieille valise couverte de poussières, ce qui suggérait qu'elle n'avait pas été ouverte depuis longtemps, et elle en sortit un lutin rempli de partitions avec des post-it colorés indiquant : Aria classique, opérette, Standards Jazz, Soul, Jazz contempo., et compos. Et elle commença à chantonner des airs, notant certains titres sur un carnet ; elle planifiait sa setlist.

Les 10 jours qui la séparaient de la soirée mondaine passèrent à toute vitesse. Entre son stage à l'hôpital de Gotham city, ses devoirs, ses répétitions pour avoir un répertoire approprié et ses 2 shows au Satellite, elle n'avait pas eu le temps de s'ennuyer. Et pour ce qui était de la tenue correcte, elle n'avait pas grand-chose, elle n'avait jamais eu besoin de ce genre de tenue depuis son arrivée à Gotham. Elle avait donc dépensé 250$, une soirée au Satellite, pour acheter une robe de gala, des escarpins à talons -qui lui feraient sans aucun doute mal aux pieds- et une parure de bijoux fantaisie. Elle était prête, et quand le grand soir arriva, elle mit toutes ses précieuses affaires dans son sac à dos, ajoutant brosses à cheveux, épingles décoratives et élastiques dans sa pochette à maquillage. Puis elle jeta tout ça dans sa voiture, car là où elle se rendait, elle pouvait garer sa Toyota Yaris noire sans risque.

Une trentaine de minutes plus tard, elle se garait à l'abord d'un impressionnant complexe, à la devanture en pierre taillée sans aucune trace de crasse, avec une double porte d'entrée vitrée au montant doré. Elle savait qu'elle devait se rendre à l'entrée de service, alors elle contourna le bâtiment et arriva près d'une porte rivetée qui semblait neuve tant elle était propre. Sur la droite se trouvait un interphone. Elle hésita quelques instants avant d'oser appuyer sur le bouton poussoir déclenchant une apaisante musique, avant que quelqu'un lui réponde enfin.

– Je ...Je suis la chanteuse pour ce soir

Clic. Plus de bruit. Les secondes lui semblèrent interminables quand finalement quelqu'un ouvrit la porte. C'était Mélissa.

– Vous êtes là, parfait ! Par contre, nous sommes d'accord, ce n'est pas votre TENUE pour ce soir ?! Car nos clients ont un certain standing.

Réalisant que ses mots pouvaient être blessants pour la jeune femme, elle se sentit d'ajouter :

– Disons que nous gardons généralement le jean, basket pour des moments plus intimistes, loin des regards !

Andréa se força à sourire, mais la crispation de sa mâchoire, accentuée par la gêne qu'elle ressentait, lui donnèrent un air de joker-face qui fit tressaillir Mélissa l'espace d'un instant. On la conduisit aux loges ; de vraies loges, avec un beau miroir cerné de petites lampes, un espace dressing, un lavabo et un fauteuil moelleux. Elle avait une vingtaine de minutes pour se préparer. Au bar, elle se contentait de 5 minutes ; rouge à lèvre et ajustement de perruque, mais là, c'était différent. Elle commença par se maquiller, tirant légèrement sa perruque en arrière pour que l'on puisse voir ses yeux ; le contact visuel avec son public, c'était très important pour un artiste. Elle mit un rouge "vieux rose" plutôt qu'un rouge carmin, trop vulgaire à son goût pour ce genre de public, c'est ce qu'elle pensait, elle n'avait jamais chanté pour des riches. Une fois son maquillage élégant et discret terminé, elle se changea. Après avoir tourné le verrou de la porte, elle enleva ses vêtements de tous les jours pour enfiler une robe de soirée couleur rose pastèque – à mi-chemin entre le rose et le orange-saumon. Elle tombait jusqu'à ses pieds et, bien qu'elle soit fendue jusqu'à mi-cuisse, son tissu vaporeux et sa coupe fluide créaient des plis qui rendait l'ouverture presque imperceptible. Resserrée à la taille par un drapé complexe, elle présentait un décolleté ni trop plongeant, ni trop chaste dont le tour était souligné de fins sequins argentés. Dans le dos, on apercevait sa peau, un croisillon de 3 bandes de tissus également ornées de sequins formant une étoile au creux de son dos. Elle se sentait à la fois belle, et mal à l'aise dans une telle tenue. Mais le temps filait et elle n'était pas prête, donc il ne fallait pas perdre de temps à se contempler dans le miroir. Elle coiffa sa perruque en un chignon qu'elle espérait sophistiqué, avant d'y planter des épingles décorées de papillons argentés avec des strass. Un collier en quartz rose et des boucles d'oreilles en métal argenté; la tenue était presque complète. Elle mettrait ses chaussures tueuses d'orteils au dernier moment. H-3 minutes. C'était l'heure des vocalises et le trac commençait à monter; une sensation qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien longtemps.

J'espère que ce premier chapitre vous a plu! Moi, j'avais cette histoire dans un coin de ma tête depuis des années et je me suis dit avant hier "Vas-y, libère ton esprit de tout ça" alors je l'écris pour vous, ici, voilà!

C'était cool? Elle vous plait Andy? Car elle renferme plein de jolis petits secrets (héhéhé!)

Un petit vote et un petit commentaire pour la dame?

XOXO
Yélie