BÉNÉVOLENTS - Partie 3 AHNGEL


9 Une vie simple

─ 0 ─

Du haut de leurs 6 ans, T'Hen, Naële et Chal-wov remarquèrent tout de suite un changement dans l'attitude de leurs Papas, c'était comme si ils étaient plus heureux. Même l'impassible Sa-mehk. Illes étaient trop jeunes pour comprendre ou deviner ce qui avait pu se passer entre eux. Cette tristesse que Qo'joH dissimulait depuis toujours avait disparue, et ça, c'était merveilleux!

─ Tu es drôlement content ce matin Qo'joH! S'exclama Naële

─ ... je?... tu trouves ?

─ Oui! Répondirent en cœur les trois enfants

─ C'est Kinarra. Déduisit T'Hen. Vous avez été tous les deux ensembles, toute la journée de notre rêve!

Leonard rougit mais ne voulut pas mentir. Il répondit simplement :
─ Oui, elle m'a dit quelque-chose qui m'a libéré, qui nous a libéré tous les trois.

─ Libéré de quoi ? S'étonna Chal-vow

─ Qui a faim ? Demanda Jim pour détourner la conversation. Il nous reste des galettes de blé au Plomik!

─ Moi ! Moi ! S'exclamèrent aussitôt Naële et Cha-wov.

T'Hen posa un regard pénétrant sur son Papa, mais elle n'insista pas. Elle savait que les grandes personnes pouvait garder des secrets.

Les galettes furent équitablement partagées entre les 3 enfants.
T'Hen n'avait pas l'appétit dévorant de son frère. Elle fut rapidement rassasiée. Comme souvent, elle lui donna une partie de sa portion. Il l'en remercia d'un gros câlin et d'un bisou bruyant sur la joue. Comme toujours, Naële n'en fut pas jalouse, elle avait mangé à sa faim et était contente pour son frère.

.

─ o ─

Sarek était tiraillé par sentiment étrange depuis qu'il était monté à bord du USS Selaya NSP-236. Un… irrationnel pressentiment qu'aucun exercice mental ne parvenait à effacer. Il se sentait suivi, observé…
Il avait longuement réfléchi à ce problème, sans parvenir à obtenir de réponse logique.

Le lieutenant Sulu, Capitaine par intérim les avaient contactés pour les informer qu'ils avaient enfin réussi, au bout de sept jours d'efforts, à téléporter de la planète Silicia deux hommes qui affirmaient être Jim Kirk et Spock S'chn t'gai. L'Humain et le Vulcain ressemblaient au Capitaine et au Commandant mais… ils paraissaient différents. La couleur de leurs peaux étaient plus mates, plus bronzée qu'elle n'était supposée l'être pour seulement une semaine. Ils étaient plus grands, leur musculature était plus développée, leurs cheveux anormalement longs… leurs encodages chromosomiques étaient subtilement différents, comme si des gènes avaient été ajoutés au patrimoine de base.

Sarek contempla son Adun'a. Amanda était très angoissée à la pensée que le Vulcain qui était revenu de cette planète Silicia n'était peut-être pas leur fils. Si tel était le cas, où était Spock? Était-il en vie ? Prisonnier quelque-part ? Cette inquiétude était totalement légitime de la part d'une mère Humaine. Et pourtant, Amanda parvenait à rester parfaitement calme. Décidément, son épouse ne cessait jamais de provoquer son admiration…

L'Honorable T'Pau posa sa tasse de thé.
─ Je perçois la présence de l'esprit d'un Lh'mh'thl, lequel nous accompagne depuis le début de notre déplacement vers l'Enterprise.

Sarek put enfin identifier ce qu'il ressentait :
─ Je ne dispose pas de vos dons, Opid-kom T'Pau [Honorable Matriarche T'Pau], cependant, j'ai moi aussi perçu cette présence sans parvenir toutefois à l'identifier comme un Lh'mh'thl

─ L'avez-vous reconnue ? Demanda Amanda

─ J'ai été en contact distant avec trois d'entre eux : Athênâ, Ny'One et Nammu. Ce n'est aucun d'entre eux. Répondit tranquillement l'Ancienne

─ Cet esprit est-il lui aussi bienveillant?

─ Oui, Amanda, je ne sens aucune malignité en lui.

─ Alors il n'y a aucune inquiétude à avoir. Soupira Amanda. Je pense que quoi qu'il ou elle veille de nous, nous serons rapidement fixés.

─ Votre raisonnement est juste. Approuva T'Pau.

.

Sarek se coucha aux côtés de son épouse. Elle s'était endormie étonnement vite. Le sommeil s'empara de lui presque brutalement.

Illes virent apparaître une ombre lumineuse qui prit l'apparence d'une Alien étrange, vraisemblablement de genre féminin. Elle leur sourit avec gentillesse et leur parla d'une voix douce.
─ Venez avec moi, je vais emmener vos esprits sur ma belle planète, Silicia. Le temps d'un rêve, vous y retrouverez des personnes aimées. Je suis None, et vous avez ma parole que vous serez de retour dès demain matin dans votre monde.

Amanda sentit Sarek se tendre tout contre elle, cela la réveilla en sursaut. Elle s'assit à côté de lui, dans le lit… non loin d'elleux, T'Pau contemplait tout comme elleux cet endroit inconnu. La vieille Vulcaine restait impassible malgré l'étrangeté de cette situation. Les échos des psychés autour d'elleux étaient étonnement étouffés, presque imperceptibles.

Où étaient-illes?
Cela ressemblait à l'intérieur d'une maison avec des murs de briques brunes. La lumière du matin passait par la fenêtre. D'étranges mais harmonieux chants d'oiseaux résonnaient au dehors.

─ Avez-vous vous-aussi vu la Lh'mhthl None en rêve? Demanda T'Pau

─ Oui. Répondit Sarek de sa voix neutre. Nous sommes donc à l'intérieur d'un rêve qu'elle a conçu pour nous montrer son monde.

─ Si nous sommes vraiment sur Silicia, alors Spock doit y être aussi. Dit Amanda en essayant de contenir son espoir

─ Logiquement, oui. Approuva Sarek

On frappa. Illes se tournèrent vers la porte qui s'ouvrait… Spock entra, vêtu d'une tunique qui descendait jusqu'à ses mollets. Il se dégageait de lui un mélange de force tranquille et de douce sérénité.

─ Spock ! S'exclama Amanda en se levant aussitôt. Mon fils!

Sa-mehk, Ko-mehk, Opid-kom T'Pau. [Père, Mère, Honorable Matriarche T'Pau]
Son visage et sa voix étaient parfaitement impassibles et neutres, et pourtant, toustes percevaient le profond bonheur qu'il éprouvait à les voir.

─ Est-ce vraiment possible ? S'émerveilla Amanda.

─ Oui, Ko-mehk. Nous partageons un rêve commun. La Lh'mh'thl None nous a prévenu de votre arrivée.

Jim Kirk apparut dans l'embrasure de la porte, souriant, lumineux. Ainsi que le Docteur McCoy, parfaitement reconnaissable malgré son lobe frontral tricipal Klingon. Eux aussi, étaient vêtus d'une tunique, mais plus courtes. Spock tenait la main d'une petite fille. Ses yeux noisette mis à part, elle ressemblait beaucoup à Spock. À côté d'elle se trouvait un petit garçon Klingon aux prunelles grises-bleues, et une fillette semblable à la Lh'mh'thl qui leur était apparu au début de ce rêve.

─ Spock? Répéta Amanda

─ Vous avez reconnu mes époux Jim et Leonard. Voici nos enfants : Naële, T'Hen et Chal-wov

─ Vos...? ! Balbutia Amanda qui n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles: les époux et les enfants de Spock ?!

Amanda entendit des mots dans sa tête, portés par trois voix d'enfants : «Mamie?»

─ Oui, Ko-mehk, le peuple de ce monde communiquent par transmission d'images mentales via la pensée. Nos enfants ne font pas exception à cette règle. Le fait que nous partagions ce même rêve vous permet d'être réceptive à cette forme de communication.

Amanda se leva et se dirigea vers les enfants, non, pas "les", "ses".
Ses petits-enfants !

─ Nous avons six ans et demi! Répondit fièrement Naële à la question informulée de Amanda

Elle s'agenouilla pour les contempler enfants. Illes échangèrent un long regard. Amanda sentit… c'était la première fois qu'elle avait de telles sensations… le besoin d'amour de ces petit·es. Elle leur tendit les bras. Naële fut la première à venir contre elle, puis Chal-wov et la timide T'Hen. Une douce chaleur emplit le cœur de la Mamie. Comme ne pas aimer de tel enfants dont les cœurs étaient si lumineux ?

Sarek restait immobile, muet de surprise. Cette situation était totalement irréelle, irrationnelle… .
Comment cela était-il possible? Un époux mâle, c'était déjà difficile à accepter, mais deux ? ! Et d'où provenaient ces enfants si différents les uns des autres ?

T'Pau se contenta d'observer la scène. Malgré cette forme particulière de communication, aucune pensée des personnes présentes ne l'assaillaient, pas même celle de ces enfants. C'était reposant.

─ Les Ahngels développent une forme de boucliers mentaux pendant les six premiers mois de leur vie. Expliqua Spock. Illes transmettent uniquement les pensées qu'illes souhaitent partager avec la ou les personnes de leur choix.

─ Vous avez entendu mes pensées ?

─ Aussi nettement que si vous les aviez exprimées à vive voix.

─ Je vais devoir faire attention. Conclut-elle tranquillement.

─ Soyez les bienvenus. Dit Jim. Venez. Bones nous a préparé un petit déjeuner. Ce n'est pas parce que nous partageons un rêve que nous devons nous priver de manger!

Amanda ne put retenir un grand sourire amusé : la gourmandise de Jim Kirk était légendaire.

─ Comment se fait-il que le docteur McCoy soit ici avec vous? Demanda T'Pau

Le corps de Leonard est resté sur la planète de la colonie Klingonne, où il vit au sein du clan Valdyr. Pensa Spock à l'adresse de leur trois invité·es. Il est plongé dans le coma, car son esprit a été attiré sur cette planète par le Kash-naf que nous partageons.

─ Nous pensons que nous sommes morts lors de la téléportation et que None nous a reconstitué des corps adaptés à l'environnement de cette planète. Ajouta Jim

Ils jugeaient inopportun d'évoquer ces sujets devant les enfants, illes étaient bien trop jeune pour comprendre. Sarek connaissait le fonctionnement d'un Kash-naf, il comprit parfaitement les non-dits. Il se contenta de hocher la tête.

Naële prit la main de sa mamie et l'emmena avec elle. Sarek et T'Pau suivirent le mouvement. La fillette vint se jeter dans les bras de Leonard en riant.

─ J'adore ce rêve! S'exclama-t-elle, tandis que Leonard posait un baiser sur son front.

Chacun·e prit place autour de la table basse couverte de victuailles. Jim et Spock racontèrent rapidement leur arrivée sur cette planète, l'accueil de ses habitant·es, l'adoption de leurs enfants. T'Hen ne mangeait pas. Elle s'était peu à peu rapprochée de Sarek à l'apparence si renfrognée. Elle le contemplait de ses grands yeux emplis de curiosité. Il supporta la curiosité mentale de l'enfant avec stoïcisme parfaitement Vulcain, ses Nahp-fo-dan convenablement relevés.

─ Tu es comme notre Sa-mehk ! Finit-elle par s'exclamer, ravie. Tu as le même cœur que lui!

Amanda, Leonard et Jim échangèrent un regard complice et rirent doucement. Illes connaissaient bien leurs Vulcains.

─ T'Hen. Protesta Spock tranquillement

─ Ce n'est rien. Dit Sarek avec indulgence. Ce sont des mots d'enfant.
Il savait qu'elle n'avait pas violé son esprit, ni ses pensées. Avec son innocence pour seule guide, elle avait perçu en lui quelque-chose d'infiniment plus subtil. Cet étrange compliment fit naître en lui un profond sentiment de satisfaction, aussitôt réprimé.

T'Hen se tourna vers T'Pau, et lui adressa un grand sourire. Elle ne répéta pas l'erreur que lui avait reprochée Spock. Cette vieille Dame aussi avait un "très joli cœur". T'Pau hocha la tête, ces mots-pensées lui étaient étonnement agréables.

On frappa à la porte de la hutte. Naële se leva d'un bon pour aller ouvrir. Elle présenta les Ahngels qui entrèrent.

─ Ma sœur Anaële, mon grand frère Gabriel, Maman Muriële et Papa-Miguel

Jim leur fit signe de s'asseoir. Il expliqua rapidement les liens qui les unissaient avec cette famille Ahngel. Illes parlèrent longuement pendant que les enfants jouaient ensemble. L'ambiance était heureuse et sereine.

Illes sortirent toustes à la fin du repas. Toustes les habitant·es du village partageaient ce rêve, et illes en étaient émerveillé·es.

La famille se promena dans les grandes étendues de nature qui entouraient le village. T'Pau, Sarek et Amanda purent admirer la beauté sereine de ce monde et de ses habitant·es…

.

Amanda soupira doucement. Elle ouvrit les yeux. Elle fut déçue en reconnaissant les murs de la cabine du Selaya, elle aurait bien aimé vivre une journée de plus sur cette planète-miracle. Elle sentit la… caresse d'une pensée tout contre son esprit. De façon réflexe, elle s'exprima de la même façon que lors de son rêve.

« Sarek ? » Pensa-t-elle. «Avez-vous fait ce rêve?»

« Oui, mon Épouse

Elle leva les yeux sur lui. C'était la première fois qu'illes communiquaient ainsi. Bien sûr, comme la majorité des époux Vulcains, illes partageaient un Kash-naf. Mais celui-ci était ténu car elle était Humaine. Les larmes montèrent aux yeux d'Amanda. Illes s'assirent sur le lit

« Est-ce que je rêve encore?»

« Non. Notre voyage onirique sur Silicia a développé en vous des dons télépathiques»

« Comme pour Jim.»

« Oui»

Sarek ne révéla pas le profond bonheur qu'il ressentait. Mais elle le sut aussi sûrement que s'il le lui avait dit.

« Notre fils est heureux et nous sommes grands-parents.» Pensa-t-elle avec un frisson de joie

« Nos petits enfants sont tous des enfants d'une grande intelligence.» Ajouta Sarek avec satisfaction.

« Oh, Sarek, je suis si heureuse »

Sarek posa doucement sa main sur celle de son épouse, ses doigts caressèrent doucement la paume, en un tendre el'ru'esta. Tandis qu'illes partageaient ce moment de douceur, illes prirent conscience qu'illes avaient utilisé la langue des Ahngels, faite d'images mentales et de mots-sons.

« Il est probable que la pratique de cette langue ait favorisé le développement de vos dons de télépathie.»

« C'est un merveilleux cadeau que nous a fait None! »

Ni l'une ni l'autre n'appréhendaient plus la rencontre avec les Humanoïdes qui avaient été téléportés à bord de l'Enterprise : illes savaient que tous deux étaient leurs fils.

.

─ 0 ─

.

Au lendemain de ce merveilleux rêve, les enfants étaient sur-excités : Mamie Amanda était trop géniale! Sa'mekh'al Sarek était trop classe ! Ko-kut T'Pau était si énigmatique! Illes reparlèrent de Kinarra et de leurs trois cousines. Illes étaient ravi·es de faire partie d'une famille aussi éclectique.

Leurs questions réveillèrent de façon tout à fait inattendue de vieux souvenirs dans la mémoire de Leonard.
─ Cela va bientôt faire sept années que nous sommes ici.

Le nombre sept fit presque sursauter Spock. Les enfants se turent en percevant la crispation incompréhensible de leur Sa-mehk.

─ Rien ne prouve que cela recommencera ici. Dit Spock d'une voix presque neutre.

─ Quoi? Qu'est-ce qui recommencera ? Demanda Naële

─ Bones a raison, rien ne prouve contraire. Alors autant s'y préparer.

─ Se préparer à quoi ? Insista Cha-wov.

─ Cela ne concerne pas aucun de vous trois. Trancha Spock

─ Un souvenir qui fait mal. Intervint T'Hen avec son étrange clairvoyance.

Elle ne fut pas contredite, elle avait donc deviné juste. Les enfants ne s'inquiétèrent pas : leurs papas savaient dialoguer pour résoudre les problèmes. Sa-mehk-Spock leur donna raison :
─ Nous en reparlerons ce soir. La classe va commencer dans moins d'une heure.

.

Leonard passa une bonne partie de la journée à ruminer. Aucun Anhgel ne lui en fit le reproche.
Il n'appréhendait pas cet événement en lui-même, non ce n'était pas cela qui le préoccupait. Il savait qu'ils pourraient confier les enfants à Muriële le temps de cet... orage.
C'était de lui-même qu'il avait peur, de sa propre réaction. Depuis leur première étreinte, il y en avait eu beaucoup d'autres. Mais à aucun moment, il n'avait accepté d'être pénétré. Or il soupçonnait que le Pon Farr allait mettre Spock hors de contrôle, et que, consentant ou pas, il n'y échapperai pas. Il connaissait bien leur Vulcain, il savait combien sa culpabilité allait être grande lorsqu'il allait retrouver la maîtrise de lui-même. Et cela, Leonard ne le voulait à aucun prix.

.

─ Tu es bien sérieux ce soir, Bones. Plaisanta Jim alors qu'ils entraient dans leur chambre commune.

La pièce avait été agrandie afin de faire suffisamment de place pour y installer un immense futon.

Leonard prit une grande respiration et déclara d'un trait :
─ Spock, je veux que tu me prennes.

La phrase avait un double-sens, mais Jim et Spock comprirent parfaitement ce qu'il voulait dire. Ils se figèrent. Leurs yeux de miel brun et d'obsidienne se posèrent sur lui. Leonard se sentit comme déshabillé, alors qu'il était déjà quasi-nu.

─ Tu n'en éprouves pas le désir. Rétorqua le Vulcain

─ Et pourtant, lors de notre Pon Farr, ta fièvre sera telle que ni toi ni Jim ni moi n'aurons le choix.

Spock se raidit imperceptiblement. Il avait failli assassiner Jim de ses mains, ce jour-là. Il sentit le fantôme du cou de Jim entre ses doigts, il sentit sous sa pulpe le ralentissement rapide des pulsations de son sang. Il serra les poings de façon réflexe et contint un frisson. Il repoussa énergiquement ce souvenir traumatique, resté si douloureux malgré le temps qui s'était écoulé depuis ce jour funeste.

─ Je me trompe? Insista Leonard

─ Non. Avoua Spock à contre-cœur.

Au prisme de ce qui s'était passé lors de son premier Pon farr sur Vulcain, il savait que la malédiction de la Plak-tow [fièvre du sang] allait faire de lui un animal en rut, que rien ni personne ne pourrait le contrôler. Jim et Leonard n'allait pas avoir d'autre choix que de se soumettre entièrement à lui, car il ne serai pas en état de percevoir une absence de consentement.

─ Alors je choisis que ma première fois se déroule de façon sereine et parfaitement consentie.

Il acheva de se déshabiller et s'allongea sur le futon, imperceptiblement crispé.
─ À toi de jouer, Spock.

Le Vulcain était resté debout. Sur la défensive, il rétorqua sèchement, par pur réflexe.
─ Ce n'est pas un jeu.

Jim s'assit à côté de Bones, il posa une main légère sur son épaule.
─ Es-tu vraiment sûr de toi?

─ J'ai passé une bonne partie de la journée à retourner ça dans ma tête. Il n'y a aucune autre solution.

─ Rien ne prouve…

─ Bon sang, Spock! Jim et toi avez été reconstitués presque à l'identique, il n'y a aucune raison logique pour que les Lh'mh'thl aient pensé à te débarrasser de ça!

─ Bones a raison. Sa demande est légitime.

Spock se crispa à nouveau.
─ Certes, mais...

─ Et puis, à en juger par les réactions de Jim quand vous le faites, cela doit faire plus de bien que de mal.

─ Je peux te garantir que cela va bien au-delà du très agréable...

─ ...à la condition de le désirer vraiment. Insista Spock.

Cependant, il se dénuda à son tour et rejoignit ses T'hylara sur le lit

─ Je le veux vraiment.

Spock retint son envie de lui signifier la différence entre cette volonté purement abstraite et un réel consentement. Il lui était difficilement concevable de partager une relation sexuelle avec un époux qui n'éprouvait aucun désir charnel. Il échangea un regard avec Jim.

─ Nous pouvons déjà commencer tout doucement et voir où cela nous mène. Suggéra Jim en se penchant sur Bones.

Il posa ses lèvres sur celles de Leonard, en un tendre baiser. Celles de Spock vinrent les rejoindre avec délicatesse. Leurs mains parcoururent son corps en de suaves caresses et Leonard se laissa doucement glisser dans cet état de trouble sensuel. Il régnait pourtant entre eux une sorte de retenue, comme si aucun d'eux ne parvenait à s'abandonner vraiment. Les gestes étaient trop doux, presque hésitants.

Leonard parvint à peine à ne pas sursauter quand Spock écarta lentement ses cuisses pour avoir un accès à son intimité. Un doigt humide vint titiller l'anneau de chair pour l'assouplir… mais le muscle se contracta instinctivement à ce contact pourtant doux. Spock n'insista pas.

«T'hy'la apprécie nos préliminaires, mais son corps s'y refuse : son pénis reste flaccide.» Pensa Spock à destination de Jim. «Le plaisir qu'il éprouve n'a rien de sexuel.»

« Je vais essayer d'y remédier»

Jim vint susurrer à l'oreille de Leonard:
─ Il est temps de passer à des choses plus sérieuses

Le ton de Jim était si assuré, et d'une telle sensualité que Leonard ne put contenir un frissonnement. Dans les secondes qui suivirent, les lèvres et les mains de Jim s'étaient posées sur son membre. Là encore, les caresses étaient douces, à la fois rassurantes et sensuelles.
Dès qu'elle commença à pointer, l'érection fut engloutie par la bouche chaude et aimante de Jim. Leonard porta la main à ses lèvres, pour étouffer son gémissement de pur plaisir. L'esprit de Jim lui envoyait des bouffées d'amour et de désir via leur kash-naf Vulcain. Spock contempla la scène avec fascination, ces deux Humains étaient si beaux, si désirables.

Leonard fut rapidement incapable de penser à quoique ce soit d'autres que ces attentions, il remarqua à peine le doigt humide qui s'immisçait lentement en lui.
Jim et Spock étaient à présent parfaitement coordonnés, afin d'épargner à leur Amant toute sensation de douleur et de malaise. Avec douceur et patience, ils le noyèrent sous leurs attentions sensuelles et parvinrent à le préparer convenablement.

Le moment fatidique arriva.

─ Le veux-tu toujours ? demanda Spock.

Leonard sursauta presque et retrouva ses esprits. Il aurait préféré que Spock le prenne par surprise.
─ Fais-le! Grommela-t-il

Dans un silence quasi-religieux, à peine troublé par le souffle de leurs respirations, Spock souleva les cuisses de Leonard pour les poser sur avant-bras
Vaguement troublé et mal à l'aise, Leonard retint sa respiration sans même s'en rendre compte. Le gland brûlant se pressa contre son intimité, et poussa sans violence. Leonard inspira profondément, se crispa sans le vouloir, dans l'attente d'une douleur qui ne vint pas. Sa respiration se coupa momentanément sous le choc de l'intrusion quand le phallus rigide, tout à la fois humide et ardent, ouvrit et traversa le muscle encore un peu ferme de son intimité.
C'était étrange mais pas douloureux; alors il parvint à se détendre un peu. Spock n'alla cependant pas plus loin.

─ Ça va ? s'inquiéta Jim qui n'avait pas accès à ses ressentis physiques.

─ Oui. Grommela Leonard les dents serrés. Ce n'est pas le moment d'hésiter ! Aller! Finissons-en!

Spock recommença à s'infiltrer en lui.
Leonard ne pouvait pas détacher ses yeux des orbes sombres qui le regardait fixement, comme pour le sonder. Il se sentit progressivement étiré et empli, alors que Spock s'enfonçait en lui par à-coups délicats, comme s'il avait peur de le casser.

Leonard vit le visage de Spock perdre peu à peu de son impassibilité : à son corps défendant, le Vulcain commençait à éprouver du plaisir, accompagné par une certaine forme de satisfaction à enfin pouvoir s'approprier le corps de son T'Hy'la qui s'était si longtemps refusé à lui.

Bon sang de bon sang, ce que ce bon sang de Lutin peut être beau! ne put se retenir de penser Leonard.

Les nahp-fo-dan de Spock s'effilochaient de secondes en secondes. Leonard percevait à présent nettement sa volupté s'écouler le long de leur Kash-naf, envahir son esprit par vague de plus en plus puissantes, de plus en plus contagieuses. Il comprit la raison pour laquelle Spock accordait autant d'importance au consentement et au désir de son partenaire. Le Vulcain aurait pu l'assujettir ainsi dès leur première nuit ensemble, en soumettant sa psyché à sa concupiscence. C'était probablement ainsi que cela allait se dérouler lors de leur Pon Farr.
Mais Spock n'avait pas agi ainsi.

Un long frisson prit naissance dans ses entrailles lorsque le gland entra en contact avec sa prostate. Leonard se cambra en un long gémissement. «Spoock!»

─ Oui, Bones, oui, abandonne-toi! Exulta Jim avec amour

Spock se retira presque pour revenir en lui, en un mouvement ample qui électrisa Leonard. L'humain gémit à nouveau, en proie à un plaisir indescriptible.

─ Dois-je arrêter là? Demanda pourtant Spock d'une voix rauque.

─ Bon sang de satané Lutin au sang vert ! Protesta Leonard. C'est quoi ces façons de vouloir me frustrer? Certainement pas!

Il crut voir un sourire éclairer le beau visage de Spock, mais il n'en fut pas sûr. Il avait repris ses mouvements, et Leonard se consumait déjà de plaisir. Il était à présent parfaitement consentant et désirant. Il avait vu tant de fois Jim se tordre de plaisir sous les assauts de Spock, mais jamais il aurait pu imaginer que cela soit si merveilleusement intense. L'esprit de Spock s'était emparé du sien avec une possessivité bouillonnante, tandis qu'il prenait possession de lui charnellement.
Leonard se soumit entièrement à lui et ne cessa plus de gémir, soupirer… Oui, oui, oh Spoock! Oui!...oui… oui!

Spock éprouvait une puissante jubilation à posséder ainsi Leonard, à le noyer dans le plaisir, à s'approprier son corps et son esprit. Contrairement à Jim, cet Humain ne savait pas dire des mots d'amour, mais tout son esprit lui hurlait à présent ses sentiments. Leonard l'aimait, il aimait Jim, il les aimait tous les deux différemment mais tout aussi passionnément. Plus que jamais, Spock comprenait le sens des mots humains «faire l'amour»

D'habitude, Spock se faisait en sorte de retarder les orgasmes de Jim pour que la pénétration dure plus longtemps, et que l'éteinte soit encore plus satisfaisante mutuellement. Mais il ne le fit pas subir à Leonard. Il laissa sa jouissance s'épanouir et exploser, et il le rejoignit dans cette extase.

Spock s'allongea à coté de Leonard, à la fois satisfait et frustré. Il croisa les yeux de Jim, dont le regard contenait des promesses de plaisirs futurs.

Leonard reprit son souffle lentement, frissonnant :
─ ...c'est …c'est donc… ça !

─ Oui, Bones.
Jim était resté tout contre lui, il n'avait cessé de le caresser. Leonard sentait son pénis encore dressé tout contre sa cuisse. Il ne se posa pas de question, et ordonna :
─ Jim, viens.

─ Bones…?

─ Viens! Je veux te connaître toi-aussi! Nous avons perdu assez de temps comme ça avec mes hésitations !

Jim perçut le désir de Leonard. Un vrai désir, exigent, brûlant, alors il n'hésita pas. Il n'y avait plus besoin de préliminaires. Éperdu de bonheur et d'amour, il fut en lui en un mouvement souple de reins.

─ Oh bon sang, Jim! Oui! Ne put se retenir de gémir Leonard.

Spock contempla ses T'hylara avec une profonde satisfaction. Il posa la main sur les reins de Jim.

─ Oui, Spock, rejoins-nous.

Spock se redressa et prit position derrière lui. Jim était parfaitement détendu. Lentement, Spock s'introduisit en lui… et tout se dissout autour d'eux. Le temps d'une seconde d'éternité, leurs trois esprits intimement unis, ils firent le merveilleux rêve du cristal de vie, ils revécurent l'hallucination de la naissance de l'univers . Fasciné par tant d'enchantements l'esprit de Leonard se blottit encore plus intimement contre ceux de Jim et Spock.

Leurs psychés réintégrèrent leurs corps, consumés de désirs et de plaisirs. D'instinct, ils trouvèrent les mouvements qui les satisfaisaient tous les trois, jusqu'à l'explosion finale de leurs sens… et ses multiples et longues répliques.

Ils s'endormirent enlacés dès qu'ils retrouvèrent leur souffle.

Spock fut le premier à s'éveiller. Dans la pénombre de l'aurore à peine naissante, il contempla ses T'hylara. Ils étaient désormais entièrement liés les uns aux autres, psychiquement, physiquement. À présent qu'il avait goûté à cette forme d'extase, Leonard n'allait plus s'y refuser. Et c'était une bonne chose pour eux-trois, surtout si le pon farr venait effectivement le saisir.

Au matin, Leonard ne fit aucun commentaire. Il se plaignit d'avoir le dos en vrac, en répétant qu'il n'avait plus vingt ans. Mais le bonheur qui faisait briller ses yeux démentaient sa pseudo-mauvaise humeur.
Il y eut de nombreuses autres nuits. Leonard se découvrit une souplesse, et un appétit sexuel, qu'il n'aurait jamais cru avoir.

.

Le pon farr survint à peine six mois après, le jour anniversaire de leur arrivée sur Silicia. Leonard n'éprouvait plus aucune appréhension. Ils confièrent les enfants à leurs nourrisses, et s'isolèrent dans une hutte, construite à cet effet à une demi-journée de marche d'Eden.
La fièvre fut contagieuse, ce furent quatre jours de profonde intimité, d'extases absolues et de bonheurs partagés.

.

Les années passèrent, utiles, heureuses et sereines.
Leonard et Spock ne cessèrent de se chicaner pour des broutilles, tandis que Jim comptait les points.

Les enfants grandirent lentement, s'épanouirent chacun·e à son rythme.

T'Hen parvint à gérer son hyper-émotivité. Elle avait une voix très pure et une grande sensibilité. Elle devint une chanteuse et musicienne talentueuse et appréciée. On venait de loin pour l'écouter et frissonner de plaisir.

Naële devint une guérisseuse. Sa vivacité d'esprit, sa curiosité et son empathie firent d'elle une praticienne douée.

Chal-wov apprit à canaliser son agressivité naturelle, il devint le meilleur chasseur-cueilleur du village, encore meilleur que ne l'avait été son Papa-Jim.

Toustes les trois firent des mariages d'amour. T'Hen fut la première à mettre un enfant monde…

.

Jim, Spock et Leonard vieillirent inexorablement et ils atteignirent respectivement les âges vénérables de 106, 109 et 112 ans.

.

Spock s'assit tranquillement sur le lit. Ce n'était plus un futon posé à même le sol, mais un épais matelas sur un haut sommier. Contrairement à ses T'hylara, les ans n'avaient pas encore abîmé son corps, les Vulcains avaient une espérance de vie de plus de 250 ans. Mais vivre sans Jim et Leonard ne présentait aucun intérêt.

─ J'ai une étrange sensation. Dit Jim. Elle m'a poursuivi toute la journée.

─ C'est notre dernier jour en ce monde. Répondit Spock tranquillement

Leonard ne les contredit pas : il pensait la même chose. C'était la dernière nuit qu'ils partageaient ensemble. Il s'allongea. Spock et Jim se couchèrent de part et d'autre de lui et l'enlacèrent avec une tendre possessivité.

─ Au revoir, vieille branche. Tu vas nous manquer. Embrasse Kinarra pour nous.

─ Au revoir, T'hy'la

─ Vos chamailleries vont me manquer, mes deux têtes de mule!

─ Les Vulcains ne sont pas des têtes de mule. Rétorqua Spock par réflexe.

─ Nous ne nous chamaillons pas! Nous échangeons des points de vue !

─ Vous ne changerez décidément jamais! S'amusa Jim dans un rire

Ils ne parlèrent pas de cette tristesse qu'ils éprouvaient à la pensée de leur nouvelle séparation. Ils avaient partagé une belle vie, utile et heureuse, en ce monde si harmonieux. Ils éprouvaient à présent une vive reconnaissance vis à vis de la Lh'mh'thl None pour cet étrange cadeau. Qui pouvait se vanter en cet univers d'avoir la chance de vivre deux vies et de se souvenir des deux?
Ils s'endormirent paisiblement. Au milieu de la nuit, leurs cœurs cessèrent de battre en même temps.

.

à suivre
Par-delà la frontière psionique de Silicia, il ne s'était écoulé que sept jours. Qo'noS était resté à l'affût.

.


Christine
Merci pour ton commentaire. Oh oui, ces trois bout'd'chou sont prometteurs... mais pas tout de suite ^^

─ o ─