J'aimerais avoir un truc intéressant à dire, mais mon esprit est vidé par la fatigue. Je suis simplement contente de pouvoir publier !


Les longues mains à la peau pâle parcourent son corps. Elles descendent à la fois trop lentement et trop vite vers leur but. Enflammant au passage la peau nue de Harry. Les yeux bleus et froids de Draco happent son regard.

C'est si vrai que la glace peut vous brûler.

Les mains caressent ses hanches, plongent en arrière sur ses fesses en faisant tressauter sa queue. Elles font le chemin inverse pour venir enserrer son sexe.

— Par le grand snargalouf ! s'exclame Harry en se réveillant encore une fois juste au moment où les choses devenaient intéressantes.

Sans grande surprise, après plusieurs mois de captivité, il a commencé à rêver de Draco. Cela ne veut pas dire grand chose selon lui, à part qu'il y a longtemps qu'il n'a pas fait l'amour et que le prince est la seule personne qu'il côtoie ces derniers temps. Pour ne rien gâcher, celui-ci est assez séduisant. Ce qu'il ne comprend pas c'est pourquoi les rêves s'arrêtent chaque fois avant qu'ils s'embrassent ou qu'il touche son sexe. Résultat, il se réveille régulièrement avec une crampe douloureuse à soulager. Il attrape son sexe en gromellant. Il ferme les yeux et rappelle à lui les sensations de son rêve.

Tant qu'a ce que son subconscient lui fournisse des fantasmes, autant s'en servir. C'est la main de Draco qu'il imagine sur sa queue, pompant avec adresse. Il fait courir ses doigts sur son torse pour taquiner ses tétons. Il grogne, il n'a jamais bien pu s'empêcher de faire entendre son plaisir. Il accélère les mouvements, sa respiration devient plus forte et il éjacule dans sa main. Il garde son sexe emprisonné et ferme les yeux. Il rêve d'un partenaire qui serait à ses côtés pour lui dire à quel point il est magnifique quand il jouit et qu'il a été parfait.

Peut-être est-ce parce que ses parents sont morts alors qu'il n'était qu'un enfant, mais Harry a un grand besoin de reconnaissance et de tendresse dans l'intimité. Son dernier petit ami était comme ça. Gentil, doux et attentif à ses besoins. C'est également la raison de leur séparation. Rapidement, il n'a plus supporté de voir Harry risquer sa vie comme il le faisait, revenant parfois gravement blessé.

Mais il est hors de question pour Harry de rester bien sagement à la boutique à servir les clients et faire les comptes pendant que Sirius vit de folles aventures sans lui.

Sirius est comme lui, ou peut être que Harry a appris le goût du risque avec lui. Cependant, d'après les personnes qui ont connu son père, il sait également de qui tenir. Dans son cas cependant, cette partie de sa personnalité s'est calmée avec l'âge. D'après ces même personnes, Sirius, lui, n'a pas évolué d'un pouce depuis ses 16 ans. Il sourit à l'évocation du caractère puéril et inconscient de son parrain qui tente tant bien que mal de se comporter en adulte responsable pour son filleul. Sans grande réussite. Il sort sa plume pour occuper son temps et décide de lui écrire une nouvelle lettre qui ne partira jamais.

— Il paraît qu'on entend des bruits étranges le matin dans les couloirs. Avez-vous fini par devenir fou ? lui dit Draco alors qu'il entre dans son antre.

Harry devient cramoisi. Non qu'il soit gêné de s'être masturbé ce matin, chaque personne a des besoins. Mais il l'a fait en pensant au prince.

— On a pas beaucoup d'intimité ici, dites donc, ronchonne Harry.

Les joues de Draco prennent une teinte légèrement rosée. Il n'a, semble-t-il, pas pensé à cette possibilité. Ce qui amuse beaucoup le sorcier.

— Est-ce interdit chez les fées ? demande-t-il curieux.

— Non, mais nous préférons garder ça privé.

— J'aurais bien aimé ! s'insurge Harry. Mais figurez vous que ce n'est pas trop possible ici.

Draco s'installe sur la table. La pile de parchemin devient inquiétante et Harry se demande comment le prince peut savoir quel papier contient quelle information.

— Hier, j'ai relu mes notes et je me suis aperçu que par endroit, j'avais oublié de creuser un sujet ou deux.

— Je me demande comment c'est possible, ça fait des mois et il me semble qu'il n'y a plus la moindre chose que je sache que je ne vous ai déjà confié.

— J'ai noté ici que vous êtes attiré par les hommes.

— Je pensais que vous faisiez des recherches sur les hommes et non sur Harry Potter, le taquine t-il.

—- Et vous êtes un homme, réplique sèchement Draco.

— Tout comme vous, enfin je veux dire, vous êtes un garçon.

Harry se demande dans quel but il a commencé sa phrase et sa malheureuse fin lui rappelle le rêve de ce matin. Il se dit qu'il ferait mieux de fermer sa bouche et de laisser le prince continuer son interrogatoire avant de lui révéler par mégarde des informations qui feraient certainement fuir le prince pour toujours.

— Est-ce bien admis ?

— Actuellement, assez bien. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Il parrait qu'il fallait rester discret sur ce sujet avant que Dumbledore ait publiquement revelé sa propre homosexualité. Après cela, c'est presque devenu une fierté et tout a soudainement changé pour la communauté homosexuelle. Cependant, c'est arrivé peu après ma naissance, donc je ne saurais pas trop vous dire comment ça s'est passé.

— Alors il est commun que les couples soient formés par deux hommes ?

— Actuellement, nous restons moins nombreux que les couples hétéro, mais nous n'avons pas besoin de le cacher ni d'en avoir honte. Quelques groupes de la population trouvent encore à redire à cela, mais ils sont minoritaires. Nous avons acquis les mêmes droits, nous nous marions, vivons ensemble aux su de tous et il n'est pas rare que certains aient des enfants en adoptant ou avec l'aide de couples homosexuels de l'autre sexe.

Harry passe un certain temps à expliquer les solutions mises en place pour permettre aux couples homosexuels de procréer et leur fonctionnement, la culture de leur communauté, les lieux à la mode où ils se rencontrent et leurs habitudes.

— Comment tout cela a pu changer si vite ? Insiste Draco. En quelques années votre statut est passé de parias à presque complètement intégré à la société.

— C'est le pouvoir de Dumbledore. Je pense qu'il faut le rencontrer pour comprendre le pouvoir de son aura. Un mélange entre sa façon de parler et d'agir. Malgré le fait que tout le monde connaisse son immense pouvoir, il n'en fait que très peu usage ou étalage. Il y a de nombreuses personnes qui ont une confiance inébranlable en cet homme. Il y a bien quelques détracteurs, mais la majorité de la population l'adule. La révélation de son homosexualité a immédiatement levé le tabou et les préjugés d'une grande partie de la population.

— Dumbledore, c'est le sorcier qui a tué Voldemort ?

—- C'est exact.

— Je voudrais plus de détails sur cet événement. Vous êtes resté assez vague, me disant simplement que c'était un mage noir et qu'il y a eut une guerre contre lui. Qui était-il ? Et pourquoi avez-vous dû le combattre ?

Harry n'est jamais très bavard à ce sujet et il a fait attention de focaliser l'intérêt de Draco sur d'autres points que celui-ci. Apparemment, il n'y coupera pas cette fois.

— Voldemort pensait que les sorciers étaient supérieurs aux moldus, à cause de leur absence de pouvoir. Il voulait les dominer et les contrôler. Ils ont toujours connu notre existence et jusque là nous avions vécu en paix avec eux. Mais Voldemort pensait, à tort, que les moldus convoitaient notre pouvoir et désiraient nous le voler ou nous en priver en s'accouplant avec des sorciers dans le but d'éteindre ce que Voldemort appelait le "sang pur". Ce qui est absurde puisque nous sommes de la même espèce et qu'à ce jour, nous n'avons pas la moindre idée de ce qui fait que certaines personnes peuvent utiliser la magie et d'autres non. Les moldus ont subi de lourdes pertes à cette période, encore plus que les sorciers.

— Quel était son but final ? Les exterminer ?

— Je ne connais pas les détails des ambitions de ce fou furieux. Mais je ne vois pas comment nous aurions pu vivre uniquement avec ce qu'il appelait les sangs purs. Nous avons besoin les uns des autres pour vivre.

— Alors c'est bien de cela dont il est question, d'esclavage.

— Nous n'avons pas eu le temps de découvrir quel était son plan, lui rappelle Harry. Il y a eu une guerre que nous avons fini par gagner.

— Vous voyez que l' histoire se répète si ce ne sont les fées, ce sont les moldus. Comment pouvez-vous penser que les hommes sont bons ?

— Nous avons tous risqué nos vies pour la liberté de chacun, nous l'avons empêché de perpétrer ces crimes horribles, s'indigne Harry, pensant à tous les êtres chers qu'il a perdu au cours de cette lutte.

— Combien sont morts avant que vous l'ayez arrêté ? Combien se sont ralliés à la cause de cet homme ?

Harry serre les poings. Les hommes sont bons, ses parents sont morts comme tant d'autres pour garantir que le monde reste bon. Une poignée d'hommes dérangés ne peuvent pas à eux seuls déterminer que les humains sont des monstres. Et il souhaite tellement faire entendre sa version à Draco.

— Est ce vraiment le paradis dans votre forêt ? N'y a-t-il aucune fée qui ait commis des actes similaires ?

— Quand le prix à payer pour la mort d'un autre être est si grand, peu de monde s'y risque. Et évidemment quand je dis peu, je veux dire personne.

Il pose les mains sur la table et une petite pousse sort du bois, grandit, puis un bouton se forme en son extrémité s'épanouissant en une magnifique fleur. Elle est fournie de gros petals d'un blanc légèrement bleuté et en son centre s'échappent de nombreux pistils dorés.

— Je n'imagine pas vivre sans cela, sans ressentir à chaque instant les forces de la nature et tout ce qui vit autour de moi. Je pense qu'on doit se sentir extrêmement seul et vulnérable sans cela.

— Comme un sorcier sans sa baguette, commente Harry.

— Je ne sais pas si c'est comparable. Ma magie me permet de sentir toute chose qui vit autour de moi, presque comme si elles faisaient un peu partie de moi. C'est aussi une des raisons pour laquelle nous ne tuons aucun être vivant. C'est très désagréable, déclare-t-il en plissant le nez à l'idée.

— Vous me ressentez ? demande Harry, dubitatif. Comment est-ce ?

— Comme une joyeuse chaleur qui pulse, dit le prince cherchant les mots adéquats pour décrire cette sensation si singulière. Mes sens sont étendus légèrement au-delà de mon corps et je ressens tout ce qui vit sur environ 2 mètres autour de moi. Comme l'écoulement lent de la sève dans les branches qui composent le palais, le petit oiseau niché à l'extérieur dans le creux des branches et ses petits qui sont encore dans leurs œufs. Leur pulsion est rapide et, il s'arrête pour chercher le terme juste. Enthousiaste ? C'est très difficile de vous expliquer. Mais chaque être est différent, que ce soit les plantes, les animaux ou les fées et même les hommes je suppose. Les yeux bandés au milieu d'une foule je saurais dire qui se trouve où.

— Incroyable ! Et vous avez une école pour développer vos pouvoirs vous aussi ?

Harry s'empresse de se faufiler dans la brèche.

— Oui, nous commençons plus tôt que vous, en petits groupes avec nos parents. Il faut dire que nos vies ne sont pas régies comme les vôtres par le travail ou l'argent.

— Pas d'argent ?

— Non, nous sommes à même de faire pousser en peu de temps les fruits et légumes qui composent notre alimentation. Nos maisons, nos meubles, tout ce qui nous est nécessaire pour vivre heureux et en paix.

— Que faites vous alors de votre temps libre ?

— Ce qui nous comble, répond Draco, légèrement étonné par la question.

— Comme passer des journées dans une cellule pour faire une encyclopédie humaine ?

— Par exemple.

— Et le roi ?

Draco se laisse prendre à son propre jeu. Il semble finalement enclin et même ravi d'expliquer à Harry à quel point leur société est idéale.

— C'est un titre honorifique qui vient avec de nombreuses responsabilités. Mais le roi bénéficie également d'un temps libre conséquent. Il aime s'instruire et pratiquer la magie. La reine prend plaisir à s'occuper de notre peuple et participe à de nombreux projets communautaires.

— Vous semblez leur porter une grande admiration.

— Ils en sont dignes.

— Est ce difficile d'être prince ou roi ?

— C'est un honneur et de lourdes responsabilités quand on pense à ce que nos ancêtres ont fait et laissé derrière eux. Notre vie est fragile et ne tient qu'au fait que nous soyons capable de rester cachés.

— Et, avant de passer tout votre temps sur votre projet d'encyclopédie, que faisiez-vous ?

— J'apprécie étudier. J'ai lu de nombreux traités sur les humains avant votre arrivée.

— Des choses plus sérieuses que le recueil de contes que vous m'avez passé j'espère ?

Il balaye la remarque d'un geste de main.

— Je me demande comment ont été récupérées et traitées les données et à quel point le monde a évolué depuis. Quoi qu'il en soit, la plupart des choses que j'ai lu ne correspondent pas à la description que vous faites de votre monde, mais je ne peux pas non plus écarter l'hypothèse que c'est votre vision qui est faussée. Un seul témoignage est loin d'être suffisant pour obtenir une vérité objective.

— Je serais plus que ravi de vous y accompagner pour que vous puissiez vous faire votre propre idée, souligne Harry.

— J'avoue que l'idée de pouvoir m'y rendre me tente, pour ainsi confirmer tout ce que j'ai noté, mais également pouvoir consulter des livres sur les savoirs dont vous m'avez parlé, mais sur lesquels vous avez une connaissance superficielle voire inexistante.

— Vous me rappeler une amie, elle aussi elle n'aime que lire, étudier.

Draco prend son petit air pincé, ne sachant pas s'il doit prendre cette remarque comme un compliment ou non de la part de l'homme assis en face de lui.

— J'aime aussi pratiquer la magie et surtout faire pousser des choses, réplique-t-il.

Il accomplit un geste de ses doigts et un tapis composé de mousse et de petites fleurs se développe sous les yeux de Harry. Il s'agenouille et caresse du bout des doigts la mousse. Elle est douce et duveteuse.

— J'adore vous voir faire ce genre de chose, déclare distraitement Harry.

— Avez-vous des couleurs préférées ?

— L'or et le rouge ! répond Harry sans même avoir à y réfléchir.

D'un geste supplémentaire, il fait éclore des milliers de toutes petites fleurs sur un pan du mur, le recouvrant d'un motif rouge et or.

— Magnifique, s'extasie Harry, heureux de pouvoir contempler la magie à l'œuvre même si elle n'est pas de son fait.

— Vous manque-t-il du mobilier ou des objets qui vous seraient utiles ? propose le prince, ravi de pratiquer sa magie et d'observer l'admiration dans les yeux de Harry.

— J'ai un peu froid parfois la nuit.

Il s'avance près du lit et fait pousser un duvet. La couverture est épaisse et les fibres qui la composent sont soyeuses.

Draco pose ses yeux sur un parchemin qui a été déposé sur le sol près du lit et lit automatiquement quelques lignes avant même de s'en rendre compte. Il comprend rapidement que c'est une lettre pour son parrain que Harry ne pourra jamais lui faire parvenir. Le sorcier s'empresse de ramasser le rouleau de parchemin et de le rouler sur lui-même.

— Merci, ça devrait être bon maintenant. Il se fait tard, non ?

— Oui, dit lentement Draco. Je vais vous laisser.

Il se dirige vers le mur de branches qui s'écartent sous l'action de la magie du prince. Il s'arrête dans l'embrasure. Harry lui tourne légèrement le dos.

— Je suis navré que vous soyez emprisonné ici, avoue-t-il avec difficulté.

— Alors faites moi sortir.

— Je ne peux pas.

— Il vous suffirait de ne pas fermer derrière vous, propose Harry en se tournant vers le prince, un mince espoir naissant au creux de sa poitrine.

— Jamais vous ne pourrez sortir d'ici, même si je laissais cette porte ouverte, vous seriez bientôt rattrapé par les gardes qui sillonnent la forêt.

— Pas si j'ai ma baguette !

Draco lance un regard de remords que Harry ne lui a jamais vu.

— Draco, s'il vous plaît, insiste-t-il.

Le prince fait le dernier pas qui le sépare de l'extérieur de la cellule et pars sans bruit dans le couloir, l'ouverture s'est refermée après lui.

Le lendemain, Draco arrive avec une grande bassine en pierre taillée qu'il fait léviter au-dessus du sol. Il la fait voler jusqu'à la table où il la dépose avec précaution.

— Qu'est-ce ? demande Harry, curieux, en s'approchant de l'objet.

Il fait courir ses doigts le long des motifs floraux creusés dans la pierre. Elle a la même texture que le marbre, froide et lisse, mais elle est d'un vert très sombre.

— Une vieille relique que nous n'utilisons plus. Vous allez voir.

Draco se concentre et de l'eau apparaît au creux de la bassine.

— Posez vos mains sur le rebord et regardez l'eau tout en pensant à votre parrain.

Harry s'exécute. L'eau est claire et brille légèrement, puis se met à s'agiter, une sorte de volute sombre envahit le liquide et des formes apparaissent jusqu'à laisser clairement entrevoir la silhouette de Sirius. Il est avachi sur la table de la salle à manger et il à l'air effondré. Hermione est là également, penchée sur lui. Elle lui parle. Peut-être tente-t-elle de le consoler.

— Le voyez-vous ? demande Draco.

— Oui.

— Avec ça, vous pourrez le voir aussi souvent que vous en aurez l'envie.

— Merci, répond-il sombrement, mais ce n'est pas pareil que de le voir en vrai.

— C'est le mieux que je puisse faire, réplique Draco, offensé de ne pas reçevoir la gratitude qu'il croit mériter.

— Je veux partir, je veux les voir, insiste le sorcier.

— Vous ne pouvez pas, vous avez risqué votre vie une fois de trop en vous attaquant à cette dragonne, vous connaissiez les risques de votre métier, et cette fois, vous avez perdu la vie. Ce n'est juste pas ainsi que vous pensiez la perdre, mais vous devez assumer les conséquences de vos actes.

— Vous êtes incapable de comprendre car vous, vous avez accpeté votre prison. Vous avez renoncé à votre liberté et à faire vos propres choix depuis bien longtemps , de vivre selon votre conscience et de ne plus prendre le moindre risque. Vous n'avez jamais été libre et vous ne savez pas ce que ça signifie, mais moi si. Je veux sortir, je veux vivre. Laissez-moi partir !

L'image de Sirius a réveillé sa colère. Il a beau savoir que Draco n'y peut rien, que la déverser sur le seul être qui accepte de lui tenir compagnie n'améliorera pas sa condition, elle est trop forte, trop violente pour être contenue.

Draco le regarde comme s'il venait de le gifler.

— Je suis plus libre que vous, déclare-t-il simplement avant de partir.

Harry s'en veut immédiatement. Il n'a pas la moindre envie de se retrouver seul à gérer sa frustration et sa rancœur. Il retourne près de la bassine pour appeler à lui l'image de son parrain.

Il entraperçoit parfois dans leur maison des affiches avec son visage et un message indiquant qu'une récompense est assurée pour quinconce dispose d'informations susceptibles de retrouver Harry. Sirius erre de pièce en pièce, un verre à la main. Parfois, il se penche sur une carte, d'autres fois, il s'affale dans un fauteuil. Harry veut crier, hurler à Sirius qu'il est en vie, qu'il va bien, qu'il trouvera un moyen de s'échapper. Qu'il ne faut pas qu'il s'inquiète. Mais il commence sérieusement à douter de tout cela.

Les jours suivants, Draco ne vient pas le voir. Et cela le contrarie et l'attriste plus que prévu. Il tourne en rond, abandonne sa routine. Il s'accorde le droit de s'apitoyer sur son sort quelques jours.

Harry sent que le soleil cogne particulièrement fort ces derniers jours. L'air sous les arbres est plus chaud et plus lourd et la luminosité est légèrement plus forte. Il passe une grande partie de son temps allongé sur le dos dans son lit à attendre.

Il se sert souvent de la bassine pour voir son parrain et ses plus proches amis. Curieux, il tente même de jeter un œil sur Dumbledore, qui travaille dans son bureau. Puis quelques connaissances, Neville, Luna et même Rogue.

À court d'idées, il regarde distraitement le fond de la bassine quand apparaît le visage de Draco. Beau et légèrement irrité. Il est seul et semble ne rien faire de particulier.

Il chasse la fée de son esprit et retourne s'allonger dans son lit. Mais il a ouvert une porte, sa curiosité envers la fée est forte. Il se met à l'appeler régulièrement dans la bassine, se demandant à quoi il passe ses jours. Il le voit en conversation sérieuse avec son père, enlacer tendrement sa mère et discuter avec d'autres fées. Il l'aperçoit également voler d'une façon qu'il juge très gracieuse. Et il passe énormément de temps à faire de la magie. Penché sur de gros volumes, il fait pousser des végétaux étranges. Parfois, il cultive des fruits et des légumes que Harry ne reconnaît pas. D'autre fois, il semble chercher une nouvelle fibre, recommençant à faire pousser des tiges jusqu'à ce qu'il soit satisfait du résultat. Harry aime particulièrement l'observer faire évoluer ses tenues, cela semble presque instinctif, naturel. Comme s'il lui suffisait de simplement y penser. En un rien de temps, observer Draco devient l'activité principale de sa journée et à plusieurs reprises il se retrouve si près de l'eau qu'il doit s'essuyer le bout du nez.

Un soir, un bourdonnement résonne, le roulement se répercute entre les murs de la cellule de Harry. Une forte pluie réussit à se faufiler entre les feuilles pour atteindre le sous-bois.

Le sorcier s'approche des minces interstices entre les branches de sa prison qui font office de fenêtre et tend la main à travers pour sentir les gouttes de pluies tomber sur sa peau. C'est lourd et frais. Ça lui fait du bien. Il aimerait tendre son visage vers le ciel, sentir cette pluie sur lui. Voir les nuages. Le ciel lui manque.

Soudain, les branches s'écartent sur le mur opposé, laissant entrer le prince.

— Draco ? s'étonne le prisonnier qui ne l'a pas vu hors de la bassine depuis plus d'une semaine.

Le prince ne daigne pas répondre à son exclamation de surprise qu'il juge ininteressante.

— Souhaitez-vous aller voir l'orage ? propose-t-il plutôt avec désinvolture.

Harry croit qu'il a mal entendu.

— Dehors?

— Évidemment dehors, soupire le prince en levant les yeux au ciel. Je vais prendre votre air ahuri pour un oui, décide-t-il.

Il pose ses mains sur le rebord du lit et soudain, un renflement apparaît sous la couverture, donnant l'impression qu'un corps s'y trouve.

— Venez, ordonne-t-il à Harry qui s'approche alors de lui d'un pas incertain. Je vais devoir voler avec vous. Voler avec une charge est difficile. Voler sous la pluie est dangereux. Donc les deux ensemble sera encore plus délicat. Je vais vous demander de vous accrocher à moi et de rester bien immobile. Compris ?

Harry, qui ne croit pas en sa chance, acquiesce vivement.

— Passez vos bras autour de mon cou, demande Draco dont les joues s'échauffent, laissant apparaître une petite roseur.

Intimidé, Harry entoure maladroitement le cou de la fée de ses bras.

D'un geste ferme, Draco ajuste la prise de l'humain. Il se sent un peu vulnérable à se laisser ainsi approcher. Il n'a pas réfléchi à cette partie. Pour être honnête, il n'a pas réfléchi du tout à tout cela.

— Vos jambes, dit-il en se raclant la gorge, autour de mes hanches.

Pour accompagner sa parole, Draco passe sa main derrière les cuisses de l'humain et l'aide à s'accrocher.

Il entend Harry respirer contre son oreille.

— Bien, je vais nous attacher ensemble, le prévient Draco alors que de fines lianes s'enroulent autour de leurs corps, assurant la prise de Harry.

— Vous êtes prêt ?

— Pour voler ? Toujours, lui assure Harry qui a retrouvé ses esprits.

Draco esquisse un sourire. D'un geste, les branches composant le mur extérieur se meuvent, créant une ouverture assez grande pour qu'il se jette dans le vide. Le mur se referme sur eux et Harry se sent tomber, accroché à Draco.

Soudain, l'air accroche les ailes de Draco et ils remontent. Il évite les branches et virevolte à vive allure. Harry sourit. Il veut crier de joie, mais l'oreille de Draco est tout près de la bouche, il se retient.

— Vous êtes plus lourd que ce à quoi je m'attendais, se plaint Draco.

— Et vous, vous ne volez pas aussi bien que ce que je pensais, rétorque Harry.

Draco entame alors un piqué, plonge vers le sol pendant plusieurs secondes et remonte d'un coup. Il accélère et se montre adroit pour esquiver les nombreuses branches qui barrent l'accès au ciel malgré le poids de Harry et la pluie.

Harry contemple cela du dos de Draco. La vue dans ce sens est déstabilisante, mais les sensations sont grisantes et son cœur bat vite.

— Attention, prévient Draco alors qu'ils traversent l'épais tapis de feuille pour enfin émerger au-dessus de la forêt.

Draco volette un moment, puis choisit une branche plus épaisse pour se poser. Il détache Harry qui manque de tomber.

— Faites attention, si vous chutez de cette hauteur, le sermonne-t-il.

— Je serais vraiment mort, termine Harry.

— En effet.

Harry s'installe sur la branche et Draco fait de même. Ils sont trempés et Harry se délecte de cette sensation, offrant son visage à la pluie battante. Il se tourne vers Draco et retient un rire. Ses cheveux d'ordinaire impeccablement coiffés sont trempés et ébouriffés par leur vol. Harry regarde ensuite autour de lui, l'orage lui donne un sentiment de danger et d'intensité qu'il apprécie.

— Vous n'avez pas peur d'être vu ? s'inquiète le prisonnier.

— Les fées ne sortent pas par ce temps, nous devons être les deux seuls fous sous la pluie.

— C'est beau pourtant, dit Harry en contemplant les lourds nuages sombres.

Des éclairs illuminent le ciel et quelques secondes plus tard, le bruit de l'impact fait trembler l'air autour d'eux.

— Pourquoi faites-vous ça ? Je pensais que vous trouviez ça irresponsable et dangereux.

— Ça l'est, c'est certain. Mais vous aimez ça, non ?

— Alors, vous faites ça pour moi ?

— Je ne sais pas, j'ai entendu le tonnerre et…, il laisse sa phrase en suspens.

Un autre éclair déchire le ciel, illuminant le monde autour d'eux. Les arbres s'étendent à perte de vue. Le vent fait bouger leurs feuilles comme des vagues et la forêt semble vivante.

— Ça ressemble un peu à ça, la mer, dit Harry à Draco. Sauf qu'à la place des feuilles c'est de l'eau.

Ils restent un long moment à contempler la beauté de la tempête, perdus dans leurs pensées respectives.