Hey !
Pour une fois, je commence une fanfic qui n'est pas un recueil ! C'est un projet que j'avais depuis un moment. C'est du Josh/Neku, évidemment. Du coup, voilà la première partie d'une minute fic qui est elle-même la première partie du projet. Voilà voilà.
Aussi, ce texte a été écrit pour la nuit du FoF, sur le thème Omniscient. (D'ailleurs je poste maintenant pour faire mon résumé de nuit dans les temps, donc c'est surement pleiiiin de fautes. Je relirai en fin de semaine !)
Bonne lecture !
Mémoires : Le garçon du bus
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C'est toujours le même bitume sous ses pieds. Les mêmes déchets tombés près de la poubelle trop peu souvent vidée. Un abribus aux parois rayées, et de têtes familières tout autour.
Ouais. Ce trajet, Neku le connaît. Autant que la sensation chaude des coussins de son casque pressés contre ses oreilles. Et ces notes qui roulent contre son crâne. Du bon son. Pas un de ces groupes qu'on lâche dans les radios, à la télé, qui pullulent sur les écrans de téléphone. Non. Neku n'a rien contre. Rien pour non plus. C'est juste pas sa came.
— Bonjour.
Le même mot qu'il lâche en validant son ticket. Sans regarder le chauffage. Jamais. Il trace au fond et- merde, sa place fétiche est prise. tant pis. Il en choppe une autre plus loin, et il enfonce son cul dessus. Monte le volume, regarde par la fenêtre.
Les cours ont fini plus tôt aujourd'hui. C'est une belle journée pour sortir sauf que, ouais, c'est vrai, Neku n'a pas d'ami. Pas vraiment. Y a bien, genre, des gens qui lui parlent au lycée. Vite fait, comme ça. Entre deux cours pour faire passer le temps. Il déteste ça, mais il fait avec. Il donne le change, puis il relève la tête vers le prof et il note scrupuleusement tout ce qu'il dit. Pendant cinq bonne minutes.
Mais aujourd'hui, il a fini plus tôt. Il pourrait traîner vers Miyashita Park. Ou rentrer. Chez lui, tout simplement. Et c'est l'option qu'il choisit parce que c'est la seule bonne option. Parce que la foule, ça lui retourne l'estomac. Que le monde fait trop de bruit pour lui. Parce qu'il y a des gens dehors. Un monde.
Et Neku n'est pas prêt pour ça. Pour le monde.
Il triture son ticket. Regarde par la fenêtre.
Et là, soudain.
Ça dure à peine. Une seconde. Non, même pas une seconde. Un visage dans la foule.
Il se presse contre la vitre. Mais c'est déjà trop tard.
Il a cru voir un sourire, des boucles blanches. Quelqu'un qui le regardait, droit dans les yeux. Quelqu'un qui lui a genre sourit, et… Non. Quelle idée. Il a dû s'imaginer un truc. Le bus va trop vite pour ça, de toute façon, c'est ça. Une illusion d'optique. La fatigue et tout. Il va rentrer, se coller devant sa console, dormir toute la nuit - ou jouer jusqu'à pas d'heures et se maudire le matin. Et faire ses devoirs, peut-être.
Mais quand même.
C'était de beaux cheveux. Et de beaux yeux, aussi. Même s'il n'a pas pu en distinguer la couleur.
. . .
Un jour, Neku rate son bus. C'est con quand même, ça tient tellement à rien. Il aurait dû presser le pas pour compenser son retard, mais non et… Puis c'est la faute de ce prof là. Le gars l'a retenu pour lui faire la conversation, un truc comme quoi ses notes étaient pas pourries, mais qu'il pourrait faire mieux s'il participait plus. Et ouais c'est pas faux, sûrement. Neku est pas con - même si parfois, il le sent comme ça. Il pourrait mais juste, il s'en fout. L'école c'est pas son truc et là, il a raté son bus.
Il aurait pu attendre. Il y en a toutes les vingt minutes. Mais il était saoulé, alors il a préféré marcher. Le sport, ça calme la colère.
Toujours le même bitume. Quelques déchets, des gens sur son passage Des rues familières, un café devant lequel il s'arrête un moment, contemple la vitrine et les gens dedans. Les boissons sucrées, les couleurs, les gâteaux. Ça fait envie. Dommage, il a pas de tunes. Tout son fric est passé dans le dernier jeu qu'il a acheté, et ses parents sont radins sur les économies. Enfin, ils en ont pas la masse des tunes. Puis y a les études de sa sœur a payer, et c'est déjà cool qu'il ait pu se le payer, ce jeu. Mais il regarde les gâteaux, et son ventre se creuse.
Bah. Il déteste les endroits bondés, de toute façon.
— Ça fait envie, hein ?
Neku sursaute.
Et- oh. Oh.
Il est là. Le gars. Les mêmes cheveux blancs. Et ses yeux. Ses yeux sont violets. Ou mauve, il sait pas la différence, pas sûr qu'il y en ait vraiment une. Ils sont beaux. Et ce mec lui parle, et Neku est pas sûr de comprendre ce qui se passe.
— Il parait que ce sont les meilleures pâtisseries du quartier. Enfin, d'après le Prince. Je ne les ai jamais essayées, j'avoue.
Il lui parle. Vraiment. Hein ? Oui, il n'y a personne d'autre autour d'eux.
— Je n'aime pas manger seul, l'inconnu poursuit en se tournant vers lui. Tu accepterais de partager une table avec moi ?
— Pardon ?
— C'est moi qui invite, bien sûr. Sauf si ça te tient à cœur, mais quelque chose me dit que tu n'as pas les moyens de payer. Je me trompe ?
Neku cligne des yeux. Mais non, le gars est toujours là.
— T'es qui ?
Le gars, justement, l'observe en gloussant. Il se sent comme une petite chose curieuse qu'on zieute derrière une barrière. Un animal au zoo. Non, vraiment, il ne voit pas ce qu'il y a de drôle.
— Mais quel malpoli je fais.
Il tend sa main vers lui et, un instant, Neku se demande si ce type ne vient pas juste d'un autre siècle. Mauvais époque. Mais non, il est fringué normale Enfin, sa chemise doit faire deux fois sa taille, mais c'est une chemise récence. Pas une cotte de maille ni une peau de bête.
Alors c'est un riche. Ouais, plus plausible.
— Yoshiya Kiryu. Mais puisque père et mère m'appellent Joshua, je suppose que tu peux en faire de même.
Définitivement, c'est un bourge
— Joshua.
— Il semblerait que tes oreille soient parfaitement fonctionnelles ! Quelle excellente nouvelle. J'en déduis que tu as entendu ma proposition ?
Parce qu'il était sérieux ? Impossible Personne n'invite le premier inconnu à venir manger un morceau comme ça. Ou alors, c'est qu'il attends quelque chose de lui. Sauf que Neku n'a rien à lui donner. Vraiment. Il n'a plus de tune - et le Joshua n'a pas l'air d'en manquer - et qu'est-ce qui pourrait l'intéresser d'autre ?
Ou alors…
Ouais.
Il le drague.
— T'invites souvent des inconnus à manger comme ça ? il demande, méfiant.
— Quand je m'ennuie. C'est une manière de sociabiliser. Les gens ne crachent pas toujours sur un repas offert.
Ça viendrait d'un vieux de cinquante piges, Neku aurait déjà tracé à l'autre bout de la rue. Il a déjà entendu parler de plan cringe du genre, des mecs de l'âge de ses parents qui draguent des mineurs pour les peloter après. Très peu pour lui. Il manque de tunes, mais pas à ce point.
Sauf que là, c'est un garçon de son âge. Il a l'air aussi pédé qu'il est pédant, mais au pire, Neku risque quoi ? Il bouffe, il le revoit jamais, et puis voilà. Un gâteau de gagner. Il pourra toujours lui filer un faux numéro, si l'autre est trop chiant.
Son bon sens lui rappelle qu'il ferait mieux de rentrer chez lui. Mais chez lui, il y a ses parents. Il y a le chemin à faire à pied, son ventre qui se creuse.
Et Joshua est pas dégueux. Presque mignon, quand il ferme sa gueule.
— C'est quoi le piège ?
— Nous sommes dans un lieu public. Je doute qu'il soit judicieux de tendre un piège devant tant de témoins.
— C'est chelou ton truc.
— J'en conviens. Mais tu es libre de refuser, Neku.
Le rouquin tique. Il y a un truc qui le dérange, là. Il ne saurait pas dire quoi, mais… Ouais. Y a un truc.
Il hésite. Vraiment, ça pue. Mais il est curieux. Et la curiosité, c'est bien la seule chose qui le tient en vie autant que la musique.
— Pourquoi tu ferais ça ?
— Pourquoi pas ?
— Parce qu'on s'connait pas.
Joshua soupire. Il a l'air vexé, presque. Pour de faux. Une moue de gosse. Il enroule un de ses doigts autour d'une mèche de cheveux, ça sonne comme un tic nerveux.
— Je ne suis pas spécialement doué, pour ce qui est de tisser des liens avec les garçons de mon âge.
S'il s'y prend toujours comme ça, Neku le croit volontiers.
— C'est un moyen comme un autre d'entamer la conversation.
C'est surtout flippant. Mais déjà c'est plus crédible. Et même, il comprend. Un peu. Les gens c'est compliqué, et Neku n'est pas non plus doué pour leur parler. Il préfère s'en passer, c'est plus simple. Mais pour une fois, il peut faire une exception. Joshua a l'air flippant, mais pas méchant.
Ou alors il se plante, mais puisqu'il est libre de se barrer quand il veut…
— D'acc, il finit par lâcher.
— Oh, tu acceptes ma proposition ?
— Mm. Ouais.
— Merveilleux !
Pas sûr qu'il fasse bien. Mais il laisse l'autre entrer et il trottine à sa suite.
. . .
— Tu te rends compte ? Tout ça pour un malheureux texto. Comme j'aurais pu savoir que c'était son copain ?
D'accord. Il est chiant à en crever, c'est ça le piège. Quand ce mec ouvre la bouche, il ne la referme jamais. C'est fini. Un piège qui se referme, comme un piège à loup qui claque les oreilles de Neku. Il est perdu.
— Si on ne me dit pas les choses, aussi.
Il n'a pas compris s'il parlait de son cousin, de sa tante, ou si le sujet a encore changé depuis la dernière fois qu'il a décroché. Clairement, s'il fait ça à tous les gars qu'il croise, pas étonnant qu'il ait pas d'amis. Ou de petits amis. Il sait même plus de quoi l'autre s'est plaint.
— Enfin. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Oh non. Pas cette question.
— Grave.
Faire semblant.
— C'est… Ouais. Vraiment.
Non, vraiment pas. Ça doit crever les yeux qu'il l'a pas écouté, parce que Joshua sourit et que c'est pas un sourire content, ça. Non, il se fout de sa gueule en touillant son bubble tea.
— On t'a déjà dit que tu mentais très mal, Neku ?
Encore Neku tique. Il sait pas si c'est son ton qui le crispe, mais c'est bizarre, bizarre pas bien. Pas sûr qu'il ait bien fait de le suivre. D'ailleurs, il devrait se barrer. Il a bouffé plus de la moitié de son gâteau, c'est clairement bon, mais pas sûr que ça vaille le coup d'écouter la suite de son charabia.
— Enfin. Tu as raison, ce sont des histoires futiles.
Joshua tire un coup sur sa paille avant de lui adresser un geste de la tête.
— Et toi ?
— Moi ?
Alors, non. Neku préférait quand il faisait la conversation tout seul.
— Qu'est-ce que tu as à raconter ?
— Rien.
— J'en doute.
— Si ça t'chante.
— Tout le monde a une histoire à partager.
— Pas moi.
Son regard s'affine. Un truc entre la malice et la curiosité. Pas sûr que ça le rassure.
— Et ce qui en disent le moins sont souvent ceux qui ont le plus à raconter.
Ça, ça ressemble à un proverbe de merdre. Neku soupire. Il s'enfonce dans la banquette du café. Bon, il le lâchera pas tant qu'il lui aura pas filer de quoi bouffer. C'est comme les chats ces gens là, ça peut miauler jusqu'à trois heures du matin. Intenable tant qu'ils ont rien à se foutre sous la dent.
Une histoire, donc. Une histoire. Merde, Neku en a vraiment pas. Sa vie est plate comme son bureau de cours. C'est peut-être pour ça qu'il a du mal à s'y accrocher, d'ailleurs.
A la vie.
— C'est pas mon cas.
— Allez, il doit bien y avoir des gens dont tu aimerais parler, non ? Des amis ?
Il déglutit.
— Non.
— Oh.
Joshua hausse un sourcil.
— Ta famille, alors ?
— Y a rien à dire dessus.
Il baisse les yeux vers sa bouffe. Sa famille, c'est celle qu'on trouve dans toutes les maisons. Papa, maman, travail. Des repas longs qu'il fait passer à coup de texto. Des gens qu'il aime parce qu'il faut bien mais qui le gênent, parfois. Des gens à qui il sait pas parler. C'est pas horrible, y a pire dans la vie. Mais la famille, Neku sait pas faire.
— J'ai une sœur.
— Petite sœur ?
Il secoue la tête.
— Grande. Elle est à la fac.
— Tu la vois souvent ?
— Plus maintenant.
Ça fait des mois. C'est longtemps, des mois. Elle rentre peu, les cours, les examens, tout ça. Compliqué. Et si elle revenait, il saurait pas quoi lui dire. Bonjour et comment ça va, et après ils feraient comme tout le monde, à parler de trucs pas intéressant pour éviter le silence. Ouais, sans doute. C'est…
C'est compliqué, tout ça. Les gens.
— Je crois que je ne suis pas le seul qui a du mal avec mes semblables.
Ses semblables. Il parle de chien, on dirait. D'animal. Pas des gens qui tracent dehors, derrière la vitre. Enfin, les gens, c'est bien un peu des animaux. Des animaux avec des nids immenses et des fringues surfaites.
— Ouais.
Neku picore dans son assiette. C'est bon, oui, mais ça bourre. Il est calé. Faudra qu'il trouve une bonne excuse pour pas - trop - toucher à ce que sa mère préparera, ce soir. Tout ce sucre dans son sang, là.
— Eh bien.
Ses mirettes tombe là devant, sur les doigts de Joshua. Ils sont fins. Pas si long. Maintenant qu'il fait gaffe, il a l'air un peu plus jeune que lui. A peine. Mais peut-être qu'il se trompe. Si ça se trouve, il est plus vieux.
— C'était très agréable de parler avec toi.
Parler ? C'est lui qui a parlé, oui.
— S'tu le dis.
— Je le dis, justement. Et je serai ravi de remettre ça.
Neku peut pas dire qu'il ait passé un excellent moment. Mais ils ont parlé, et là, il meurt pas d'envie de se précipiter chez lui pour l'éviter. C'était pas un excellent moment. Mais il a pas tant eu à parler, et Joshua le lui reproche pas. Puis il a l'impression, un peu…
Ouais. Il a l'impression que Joshua comprend. ce truc entre eux et les gens qui leur file entre les doigts.
Il peut bien lui filer son numéro.
— C'est enregistré.
Le bouclé referme son portable de vieux. Il a l'air satisfait. Au final Neku a pas tant l'impression de s'être fait draguer. Ou alors c'était pas si dérangeant, mais c'est pas important.
Il le regarde pour de vrai, cette fois. Dans les yeux. Plus de deux secondes.
— Au plaisir de te revoir, Neku.
Il frissonne.
— Ouais.
Tousse.
— A plus.
Joshua agite sa main vers lui. Ses yeux pétillent alors qu'il les détourne. Et bientôt, Neku voit plus que son dos. Sa chemise trop grande qui lâche sa peau, ses boucles qui sautillent quand il avance. Et puis la porte, et plus rien.
Il pose sa cuillère.
Et il réalise. Cette impression chelou qu'il a depuis tout à l'heure.
Putain.
Neku, il a dit. Neku.
Alors qu'il ne lui a jamais donné son nom
Voilà voilà. A bientôt pour la suite !
