Hello !

Je vous suis éternellement reconnaissante pour toutes vos reviews, vraiment mille mercis, j'espère ne décevoir personne. Je n'ai pas le temps de vous répondre, à vrai dire je poste depuis le parking d'un immeuble avec un wifi qui n'est guère le mien... Je vous répondrai dès que possible ! Et encore merci =)


Chapitre 4: In Another Light:

Jour 2:

Lisbon fut réveillée par un bruit d'eau aux alentours de sept heures. Elle cligna des yeux pour s'habituer à la luminosité dans la pièce et remarqua que le lit de Jane était vide, les couvertures repoussées. Elle ne l'avait pas entendu rentrer, elle ne l'avait pas entendu se lever. Elle se redressa en se passant les mains dans les cheveux et repéra un plateau posé sur sa table de nuit contenant du café chaud, deux beignets et un bout de papier avec son nom. Elle bénit quiconque était responsable et attrapa le plateau.

Quelques instants plus tard, Jane sortit de la salle de bain. Il avait retrouvé son costume trois pièces complet et conservé son sourire lorsqu'il la salua. Elle hocha la tête, occupée à avaler un bout de beignet.

-Un cadeau de Mary, expliqua-t-il en désignant le plateau. Je lui ai fait croire que j'aimais le café pour qu'elle en amène.

-Et vous me donnez le « cadeau de Mary » ? rétorqua-t-elle, un peu refroidie.

-A vrai dire, je ne déjeune que rarement, avoua-t-il. J'ai pensé que la proposition de Mary pouvait toujours vous servir. Elle est contente parce qu'elle pense me l'offrir, et vous êtes de meilleure humeur avec un petit déjeuner au lit.

-Vu comme ça, convint-elle –bien qu'un peu réticente à l'idée de manger les résultats de la conquête de Jane. Vous êtes rentré à quelle heure cette nuit ? s'enquit-elle.

-Une heure du matin ou quelque chose du genre, répondit-il en s'asseyant à côté de ses jambes sur le lit.

Il fit mine de lui piquer son deuxième beignet et se fit taper sur les mains. Lisbon céda cependant sous son regard exaspéré et lui en donna la moitié.

-Des choses intéressantes ? reprit-elle.

-Aucune, déplora-t-il. On m'a demandé de refaire des tours, j'ai dû choisir Mary pour assistante puisque vous m'aviez lâchement abandonné… Ah si, Gorby s'est fâché avec notre guide, le joyeux Ben Jenkins.

Lisbon acquiesça en posant le plateau sur le lit pour s'asseoir en tailleur avant d'attraper le mug de café pour le vider d'un trait.

-Vous avez une idée du programme de la journée ? demanda-t-elle en posant le plateau par terre.

-Matt nous a dits que nous devions être dans la salle de cours à huit heures.

-La salle de cours ? s'étonna-t-elle.

-Vous ne vous attendiez pas à ce que j'écoute tous les détails tout de même ?

-Oui bien sûr, où avais-je la tête ? ironisa-t-elle. Savez-vous au moins où c'est ?

-Bien sûr que je sais, à quoi me servirait d'être intelligent si je n'avais pas réponse à tout ?

Elle roula des yeux puis repoussa les couvertures pour sortir du lit. Jane observa le jersey qu'elle portait non sans amusement, mais fut interrompu dans cette activité passionnante par la porte de la salle de bain qui se referma sur elle. Il déplora la disparition des jolies jambes de la brune, il avait rarement l'occasion de la voir si féminine, et il se promit que ce serait un spectacle à apprécier chaque matin.

Puis, il attrapa le plateau et le posa sur le perron avec un mot de remerciement à l'attention de l'adorable Mary avant de rentrer attendre Lisbon sur le canapé.

Il n'avait pas beaucoup dormi. A vrai dire, il avait dormi environ quatre heures si on mettait bout à bout ce qu'il avait grappillé. Il avait passé la nuit à observer alternativement la télévision muette et Lisbon.

C'était étrange de dormir avec quelqu'un dans la même pièce, il n'y était plus habitué. Lisbon était silencieuse, bien que parfois agitée par des rêves, et elle semblait le reste du temps si paisible que les quelques fois où il s'était permis de la regarder dormir, il s'était lui-même endormi, calquant sa respiration sur elle sans s'en rendre compte. Il se souvint qu'en se levant pour aller se doucher une demi-heure plus tôt, il avait eu la sensation qu'il pourrait s'habituer à la présence apaisante de Lisbon, que partager deux semaines de sa vie, ça avait au final plus de bons côtés que de mauvais.

Lisbon sortit habillée de l'habituel jean mais il ne fit aucun commentaire.

-Nous y allons ? suggéra-t-il.

-Puisqu'il le faut, soupira-t-elle.

-J'ai appelé Grace alors que vous dormiez encore, l'informa-t-il tandis qu'ils quittaient le chalet.

-Vous avez appelé Grace avant les heures de bureau ?

-Il le fallait bien, on est censé remettre nos téléphones lors de notre « cours » sur la confiance ce matin.

-Elle va trouver le dossier ? s'enquit Lisbon en glissant ses mains dans ses poches alors que Jane les dirigeait vers l'un des bâtiments.

-Et elle nous le transmettra par Gorby, acquiesça Jane.

-Est-il au moins au courant que nous allons remuer une vieille blessure ? s'inquiéta-t-elle.

-Je lui en ai parlé cette nuit, il nous est très reconnaissant et fera tout ce qu'il peut pour nous aider.

Elle le dévisagea, suspicieuse, et il lui adressa un regard exaspéré tout en lui ouvrant la porte.

-Je commence à croire qu'on a vraiment besoin de ce séminaire sur la confiance Lisbon, déplora-t-il.

-Comme si un séminaire débile pouvait changer quoi que ce soit.

-Vous êtes vraiment blessante, vous me brisez le cœur, feint-il en se tenant la poitrine.

-Et moi qui croyais que c'était vous le briseur de cœur, se moqua-t-elle.

-Pourquoi vous dîtes ça ? s'étonna-t-il en fronçant les sourcils.

-Et en plus vous vous payez le luxe de faire l'innocent.

Il s'arrêta dans les escaliers, les mains sur les hanches.

-Vous parlez de Mary ?

-Qui d'autre ? ironisa-t-elle en s'immobilisant en haut des escaliers pour se retourner.

Il monta quelques marches jusqu'à elle puis sourit, redoutable, à nouveau en total contrôle de la situation.

-Peut-être vous ? suggéra-t-il en penchant la tête sur le côté, comme pour l'interroger.

Elle tourna les talons avant de rougir et se dirigea vers la porte de la salle où quelques binômes étaient déjà. Jane rit légèrement, fier de son retournement de situation, puis lui emboîta le pas. Lisbon fit mine de s'asseoir à l'une des premières tables mais Jane posa une main légère dans son dos et lui indiqua d'aller vers le fond de la salle, dans l'un des coins du grand U que formaient les tables. Elle leva les yeux au plafond mais ne dit rien.

Des feuilles et un crayon étaient mis à disposition sur chaque table. En attendant l'arrivée de leur instructeur, Jane s'amusa à faire de l'origami sous les yeux subjugués de quelques admirateurs de la veille.

Lisbon le regarda faire non sans amusement. Seul Jane pouvait fasciner des inconnus avec ses talents divers et son humour piquant. Et si elle était honnête avec elle-même, elle devait bien avouer qu'elle le trouvait plutôt divertissant. Du moins, l'observer interagir avec les autres, les étonner, les tromper pour mieux les distraire, était une occupation amusante. Non pas qu'elle ait prévu de le lui dire. Mais elle pouvait bien lui reconnaître un certain talent pour sauver les gens de l'ennui.

Les tours de Jane prirent fin avec l'arrivée de leur instructeur. C'était l'un de ceux dont Lisbon ne connaissait pas le nom, distraite par Jane lorsqu'il avait été présenté. Il était grand, l'air sévère, les traits tirés et les yeux noirs sous ses lunettes rondes. Pourtant, son visage s'illumina lorsqu'il leur sourit, toute austérité envolée.

-Bienvenue au cours de Monsieur Parish ! lança-t-il avec enthousiasme, les bras écartés comme pour les serrer tous dans ses bras.

-Celui-là, il est vraiment allumé, chuchota Jane à l'intention de la brunette à côté de lui.

Elle ne put qu'acquiescer, encore sous le choc.

-Aujourd'hui, nous allons voir jusqu'où vous vous connaissez, et ainsi explorer les limites de votre entente si fragile, annonça-t-il joyeusement. A la fin du cours, vous aurez un questionnaire à remplir sur votre partenaire, et vous me le rendrez lors du prochain cours vendredi !

Lisbon retint à temps son air dépité sous le regard curieux de Jane. Elle ne connaissait rien de lui si ce n'était la tragédie, et elle espérait que ce soit réciproque. Elle n'avait aucune envie de découvrir tout ce qu'il savait sur elle, c'était à coup sûr une découverte agaçante.

-Mais d'abord, commençons par quelques définitions pour mieux comprendre ce qu'est la confiance ! reprit joyeusement leur professeur du moment.

Jane et Lisbon échangèrent un regard, puis Lisbon poussa un profond soupir et attrapa le crayon à papier mis à disposition pour s'occuper les mains. Jane retourna presque aussitôt à sa feuille pliée.


Et une bonne heure plus tard, l'ennui était à son paroxysme. Lisbon avait caché son visage à l'estrade où se trouvait l'inépuisable monsieur Parish afin de fermer les yeux pour somnoler. Jane lui jetait des coups d'œil amusés avant de replonger dans son ennui, entamant son énième feuille. Par chance, la plupart de leurs voisins s'ennuyaient également, et beaucoup se distrayaient en observant l'origami de Jane, alors, pour entretenir le feu du divertissement, ils lui faisaient passer des feuilles lorsque l'une des siennes était trop utilisée pour être maniable.

Mais Jane se lassa au bout d'une nouvelle heure et adressa un regard désolé à ses admirateurs déçus. Il attrapa le crayon encore dans les mains immobiles de Lisbon. Cette dernière sursauta en sortant de son état léthargique. Jane sourit, un peu moqueur, puis s'affaira à dessiner sur l'une de ses feuilles. Lisbon lui adressa un regard meurtrier puis tenta de s'intéresser au babillage sans fin de Parish… sans grand succès.

Lorsque Parish annonça une pause de dix minutes, beaucoup durent lutter pour ne pas faire entendre leur soulagement trop fort.

Lisbon s'effondra sur son bureau, la tête contre le bois, et poussa un immense soupir. Jane posa une main compatissante sur son épaule avant de se lever pour sortir de la salle avec quelques personnes.

Il profita de l'inattention des autres, tous occupés à se plaindre, pour s'éclipser vers l'étage supérieur, montant l'escalier où un panneau « strictement réservé au personnel » le narguait.

Il poussa une porte en mauvais état une fois en haut. Il trouva l'interrupteur à tâtons sur sa gauche, et découvrit un grenier regorgeant de vieilleries. Curieux, il ouvrit quelques cartons au hasard, découvrant des photos ou bien des ballons de tout sport, des dossards de couleurs vives, des coupes, des médailles, s'il n'avait pas su où il se trouvait, il aurait juré qu'un club de sport avait élu ce grenier pour la retraite du vieux matériel.

Il fouilla d'autres cartons, découvrit des magazines entassés datant de plus de vingt ans, de vieilles couvertures, de vieux habits, de vieux jouets, de vieux ustensiles de cuisine, comme si une famille entière avait un jour vécu ici.

Il sentit un léger courant d'air en s'enfonçant dans cette caverne d'Ali Baba, et suivit ce qui lui semblait être sa source. Il découvrit un fenestron à moitié ouvert sous un grand rideau noir. Il écarta le rideau le temps d'admirer la vue. Elle donnait sur le chalet de Gorby, installé juste en dessous, ainsi que quelques autres chalets autour. Jane renonça à la vue et remit le rideau à sa place pour aller inspecter un nouveau carton.

Il fut dérangé dans son inspection sans mandat par le parquet qui craqua. Il se redressa et écouta attentivement, soucieux de ne pas être pris par l'un des organisateurs en train de fouiller le passé de 'Trust Creek'. Rassuré, il retourna à sa fouille… Avant d'entendre un autre craquement, plus distinct. Il fronça les sourcils puis demanda au silence si quelqu'un était là.

Evidemment, personne ne répondit, puisque personne n'était là-haut, et aucune présence démoniaque n'avait élu domicile dans ce grenier. Exaspéré par sa peur passagère, Jane voulut retourner à son carton… qui n'était plus là.

Il tourna sur lui-même, surpris, puis se planta dos à la fenêtre pour examiner la pièce, une certaine tension entre les épaules.

-C'est ça que vous cherchez ?

Jane sursauta violemment en faisant volte-face et vit Lisbon éclater de rire en lui tendant le carton qu'elle lui avait subtilisé. Fière de son tour, elle semblait ne plus pouvoir s'arrêter de rire et il lui adressa un air clairement blasé, mauvais perdant.

-Ahah, très drôle, marmotta-t-il en prenant le carton.

-Je trouve aussi, confirma-t-elle sans cesser de rire.

-J'aurais pu faire un arrêt cardiaque.

-Enfin voyons Jane, qu'est-ce que vous voulez qu'il y ait dans ce grenier à part des souvenirs bien emballés ? Et puis d'ailleurs, qu'est-ce que vous faîtes ici ?

-J'enquête, répondit-il en finissant d'inspecter les bouts de polystyrènes qui avaient dû protéger une commande. Et ce gros carton est vide, ajouta-t-il, bougon.

Lisbon leva les yeux au ciel en se retenant de le traiter de mauvais joueur. S'il lui avait fait peur, il en aurait été joyeux et s'en serait vanté pendant des heures, mais puisque c'était elle qui l'avait effrayé terriblement, il était bougon et allait sûrement lui en vouloir. Les hommes avaient le don d'être de vrais idiots pour ce genre de choses, et Patrick Jane ne faisait pour une fois pas exception.

-Ce n'est que justice, déclara-t-elle finalement. Vous avez pris ma place sous la douche hier soir.

-Vous devriez faire attention Lisbon, si vous cherchez la guerre, vous pourriez la trouver.

-Même pas peur, s'amusa-t-elle. Je retourne en cours, vous venez ?

Jane soupira mais la suivit, abandonnant son enquête.

-Et je me vengerai, ajouta-t-il en refermant la porte du grenier avant de descendre.

-Oh pitié Jane, vous avez paniqué, ça arrive à tout le monde, s'exaspéra-t-elle.

-Vous n'aviez qu'à y penser avant.

-Soit, vengez-vous, je me vengerai à nouveau, et ainsi de suite. Avec un peu de chance, les deux semaines seront finies plus vite.

-Je vais faire de votre vie un enfer, rétorqua-t-il en souriant.

-Comme si ça n'était pas déjà le cas.

Il ouvrit la bouche pour répliquer, outré, mais ne put guère exprimer son avis sur la question, Lisbon venait d'entrer dans la salle pour reprendre sa place, les excusant du retard auprès de Parish, toujours aussi énergique. Jane soupira puis retourna à sa place.

-Qu'a donné votre enquête ? chuchota Lisbon quelques instants plus tard.

Il fut tenté un instant de ne pas répondre, mais bouder puérilement ne ferait que donner la victoire à la jeune femme. Il se promit donc qu'il aurait une légère revanche plus tard et se résolut à lui répondre malgré son ressentiment envers elle.

-J'ai découvert une vue sur la maison de Gorby, murmura-t-il finalement.

-Et ?

-Et si le tueur voulait observer l'intérieur, c'était l'endroit rêvé. On a une vue dégagée de la cuisine et du salon. Il a pu étudier les habitudes d'Elly.

-Quelqu'un du camp ? suggéra Lisbon.

-Probablement. Il faudra demander la liste des employés à Gorby et si ça ne suffit pas, on cherchera parmi les ex-pensionnaires.

-Ça va prendre une éternité si ça n'est pas un employé, se plaignit Lisbon à mi-voix.

Parish s'interrompit au milieu d'une phrase pour leur jeter un coup d'œil réprobateur.

-J'encourage toute conversation entre les binômes, c'est comme ça que se construisent les liens que je tente de vous expliquer, mais je préfère ces conversations en dehors de mes leçons, plaisanta-t-il.

Lisbon marmotta une excuse et Jane se contenta d'un sourire parfait. Parish se désintéressa d'eux, les laissant à nouveau dans l'ennui.

Au bout de quelques minutes, Jane glissa une feuille vers Lisbon : « Un jeu ? » suggérait-il. Elle roula des yeux puis jeta un coup d'œil à Parish qui discourait toujours. Résignée, elle acquiesça et vit, impuissante, Jane dessiner neuf tirets. Elle comprit qu'il l'incitait à jouer au pendu et ne put s'empêcher de sourire.

Elle inscrivit un A dans un coin de la feuille, il plaça la lettre sur le sixième tiret. Elle indiqua E, il le déposa sur le dernier tiret. Elle donna I, il lui offrit le cinquième tiret. Elle sourit, il le lui rendit.

Puis il se figea en la voyant du coin de l'œil se pencher vers lui. Il resta immobile, les yeux concentrés sur la feuille face à eux. Il sentit fugitivement son souffle dans son cou et perdit le sien.

-Confiance, murmura-t-elle.

Aussi vite que la sensation était arrivée, Lisbon avait réintégré le dossier de sa chaise. Il n'osa pas la regarder, inscrivant plutôt les lettres manquantes au mot qu'elle avait deviné. Puis il se vida la tête et lui tendit le crayon pour qu'elle lui fasse deviner un mot à son tour.

Il mit fin au jeu quelques mots plus tard, bien trop troublé à chaque fois que Lisbon trouvait le mot et le lui soufflait à l'oreille.


Lisbon s'installa à la table de la veille dans le réfectoire, sans vraiment prêter attention à la localisation de Jane. Il avait disparu très vite à la fin du cours, dès qu'ils avaient eu déposé leurs portables dans une boîte où ils seraient conservés pendant le séjour. Elle l'avait ensuite aperçu en grande discussion avec Mary. Peu intéressée par la jeune cuisinière, Lisbon n'avait même pas tenté de les rejoindre.

Elle vit Jerry assis plus loin avec d'autres personnes et il lui fit signe de venir le rejoindre. Elle déclina l'invitation d'un signe de tête, un sourire hypocrite aux lèvres. Elle le vit sur le point de se lever et pesta intérieurement. Elle fut sauvée par l'arrivée de Gorby dans son champ de vision.

-Monsieur Gorby, sourit-elle, soulagée.

-Ary, rectifia-t-il dans un sourire. La place est libre ?

Lisbon l'invita avec joie, surveillant du coin de l'œil que Jerry s'était bien rassis. Le vieil homme prit place en face d'elle avec son assiette.

-Vous croyez que de la salade va vous nourrir assez pour vos activités de cet après-midi ? s'enquit-il en désignant l'assiette de la jeune femme de la pointe de sa fourchette.

-Je n'ai pas très faim, répondit-elle en haussant les épaules. De quelles activités parlez-vous ?

-Vous êtes partie vous coucher trop tôt hier, sourit-il. Vous avez rendez-vous dans la salle de sport à treize heures trente.

-La salle de sport ? Vous voulez dire celle en-dessous de la salle de classe ? s'étonna-t-elle. Mais qu'est-ce qu'on va y faire ?

-Des exercices idiots à deux. Mais au moins ils vous ficheront la paix plus tôt, ils veulent faire une projection de film avant de manger.

-Pas un documentaire sur la confiance tout de même ? s'exaspéra-t-elle par avance.

Gorby rit doucement avant de se pencher vers elle comme pour lui révéler un secret.

-Je ne suis pas censé le dire, mais il s'agit d'un film d'action. Je ne connais pas le nom, et je ne veux pas vraiment le connaître. Apparemment ça va vous montrer comment s'installe une relation de confiance…

-Ils ne se lassent jamais de leur daube ? marmotta-t-elle.

-Jamais, déplora son vis-à-vis. Ils ne font pas en deux semaines ce qu'Elly et moi faisions en une seule.

-Comment c'était ?

Gorby parut hésiter un moment puis un sourire un peu mélancolique remplaça son hésitation.

-Nous lâchions chaque binôme au milieu de la forêt avec une carte, une boussole et de quoi survivre s'ils devaient passer la nuit dans les bois. Ils devaient revenir au camp en ne comptant que l'un sur l'autre. S'ils ne réussissaient pas, ils avaient l'ordre d'envoyer la fusée de détresse à une certaine heure pour que j'aille les récupérer.

-Vous employiez les grands moyens, sourit Lisbon.

-On les forçait à parler pendant des heures en les cantonnant à leur chalet pendant une journée, sans télévision pour brouiller les ondes.

-Il y a eu des morts non ? plaisanta-t-elle.

-Parfois ça dégénérait, avoua Gorby en riant. Mais Elly savait y faire avec ces idiots. Elle avait toujours les bons mots. Elle voyait les gens, elle les sentait. Elle savait s'adapter à chaque cas pour mieux les aider.

-Je suis sûre qu'elle était très douée.

-Oh ça elle l'était, sourit-il. Elle n'a jamais laissé deux personnes partir d'ici sans avoir acquis une confiance quasi aveugle l'un en l'autre. Parfois même, ils repartaient main dans la main.

-Ah oui ? s'amusa Lisbon.

-Madeleine Hightower a rencontré son mari ici, sourit Gorby.

Lisbon écarquilla les yeux puis rit légèrement, étonnée de trouver une part de l'histoire de sa supérieure ici.

-Malheureusement ils ont divorcé depuis, soupira le vieil homme. Ça aurait brisé le cœur de ma pauvre Elly. Je suis sûre qu'elle serait allée les trouver pour les forcer à se souvenir des vieilles leçons.

-Votre séminaire paraissait plus utile que cette idiotie que je vis là, déplora la brunette.

Gorby ne put qu'acquiescer tristement.

-Ça va faire bientôt un an que je supporte leur vision monnayée de la confiance.

-Jane et moi trouverons qui vous a fait ça, lui assura-t-elle.

-Je vous en suis reconnaissant, mais peut-être vous fatiguerez-vous en vain.

-Jane est doué pour démêler les mensonges.

-Alors si je peux vous aider…

-Vous le pouvez. Il nous faudrait la liste des employés de l'époque et des clients présents ce jour-là.

-Je dois avoir gardé ça quelque part. Je vous la ferai parvenir dès que possible.

Elle le remercia puis lui demanda de lui raconter un peu plus comment était le camp, avant. Le vieil homme fut plus qu'heureux d'accepter. Parler d'Elly et de leur œuvre, c'était tout ce qui lui restait pour ne pas oublier, pour se souvenir que tout n'était pas noir. Il se raccrochait à ce passé béni, et il racontait avec foi cet avant si merveilleux. Lisbon l'écouta longuement, patiemment, amusée ou désolée.

De l'autre côté du réfectoire, Jane décrocha de la conversation en cours entre Mary et deux agents du FBI. Il fouilla la pièce du regard jusqu'à repérer Lisbon. Elle riait discrètement à ce que Gorby lui racontait. Il l'observa un moment et le souvenir de sa proximité passagère plus tôt lui revint. Il se passait quelque chose d'étrange et d'impossible. Il n'avait jamais été mal à l'aise en présence de Lisbon, mais pour une raison qui lui échappait, sa proximité, son parfum, son souffle sur son cou… Ces sensations l'avaient complètement déstabilisé.

Il la regardait comme s'il allait comprendre ce qui avait changé. Peut-être n'aurait-il pas dû s'attendrir et la regarder dormir ? A coup sûr, ça avait ébranlé la forteresse de la voir si vulnérable.

Il secoua la tête pour revenir sur terre et détourna son regard de la brunette qui avait glissé une main vers celle de Gorby, compatissante et douce.

Tant pis, il regarderait la télévision cette nuit.


Le chapitre suivant ce week-end ou en début de semaine prochaine, suivant mes déplacements vers les villes ! N'oubliez pas de me dire si ça vous plait =)