Hello ! Je suis navrée pour tout ce retard, j'aurai voulu poster plus tôt mais un joli 40 de fièvre m'a clouée au lit dès mon retour et c'est dopée à bloc que je vous poste ce chapitre.

Merci mille fois pour vos reviews sur les deux chapitres précédents. J'espère que vous ne m'en voudrez pas si je ne réponds pas cette fois encore, je vous promets de le faire la prochaine fois - une fois guérie. Encore merci !


Chapitre 5: Do you trust me ?

Le cours de sport se contenta d'être une sorte de séance de relaxation mélangée à du yoga. Lisbon se sentit ridicule mais subit sans rien dire –avec mauvaise humeur. La torture prit fin deux heures et demie plus tard et la plupart des participants disparurent.

Lisbon mit un moment à retrouver Jane après l'avoir perdu lors de la sortie de la moitié du groupe. Elle finit par le remarquer en compagnie d'un homme et d'une femme et le rejoignit.

-Ah Lisbon ! sourit-il en la voyant. J'étais en train de parler avec des collègues du FBI. Je vous présente Martha et Jack, ils sont jumeaux, amusant hein ?

-Hilarant, marmotta Lisbon avant d'adresser un salut poli aux deux agents.

-Ils pensent gagner la compétition, continua Jane. Ce sont des ambitieux.

-Très ambitieux, ne put-elle s'empêcher d'ironiser à mi-voix.

-Je les ai prévenus qu'on leur ferait concurrence, annonça joyeusement son consultant.

-Pardon ? s'indigna-t-elle.

-Oui, vous avez raison, on ne fait pas concurrence, on gagne, rectifia Jane, ravi.

-Ça m'étonnerait, s'amusa la dénommée Martha en croisant les bras.

-Martha est persuadée qu'elle et son frère sont un meilleur duo que nous, expliqua Jane. C'est qu'ils ne nous ont pas vus en action.

-Ils ne vont pas être déçus, ironisa la brunette en roulant des yeux.

-Nous n'avons jamais perdu de notre vie, crut bon de préciser Jack.

-On va faire changer les statistiques, s'enthousiasma Jane.

Lisbon contracta sa mâchoire pour se retenir de dire quelque chose de plus désobligeant puis attrapa le poignet du blond pour l'embarquer à sa suite.

-Je me fiche de cette rivalité Jane, je m'en contrefiche. Il est hors de question que je me mette en compétition avec Musclor et Godzilla.

-Musclor est justifié pour Jack, mais je n'ai pas repéré d'écailles sur Martha.

-Jane… gronda-t-elle.

-Lisbon, tout ce que vous avez à faire, c'est avoir confiance en moi, on peut gagner !

-Mais je ne veux pas.

-Pourquoi ?

-Parce que ce séminaire est juste un mauvais moment à passer, je me dépêcherai de tout oublier dès qu'on aura quitté cet endroit de fous ! Je me contrefiche de votre pseudo confiance Jane. Il y a longtemps que j'ai accepté que vous n'ayez aucune confiance en qui que ce soit.

Il la dévisagea un moment, son air joyeux envolé, puis il se ferma brutalement et quitta la salle sans un mot.

Lisbon ferma les yeux en réalisant ce qu'elle avait dit. Si elle craquait au bout de deux jours à peine, elle était mal partie. Elle vit les autres la regarder avec désapprobation et leur accorda un regard noir avant de sortir. Elle n'essaya pas de trouver Jane, elle savait qu'il avait probablement disparu pour l'éviter.


Jane ne se montra pas lors de la séance de cinéma et Lisbon fit de son mieux pour ne pas trop se sentir coupable. Elle ne fut pas aidée par les regards désapprobateurs des admirateurs de Jane.

Lorsqu'elle alla se coucher ce soir-là, le chalet était vide. Elle s'endormit sans Jane, et étant donné qu'elle ne s'était jamais vraiment endormie en sa présence, elle tenta de lutter contre la culpabilité qui lui nouait la gorge en voyant le lit vide à côté.

Elle regrettait chaque mot. Les penser ne lui donnait pas le droit de lui faire ce mal-là. Jane plus que n'importe qui sur terre n'avait pas besoin d'entendre ça… encore moins de sa part à elle, sa seule amie.


Jour 4 :

Lisbon n'avait pas eu l'occasion de reparler à Jane.

Le matin du troisième jour, elle avait trouvé le plateau avec le café et les beignets sur sa table de nuit. Mais le lit de Jane était vide et il n'était pas non plus dans la salle de bain.

Lorsqu'elle avait rejoint les autres dans la forêt pour le jeu de piste génialissime de Ben Jenkins, le guide joyeux, elle n'avait trouvé aucune trace de Jane. Elle avait donc dû supporter la leçon de morale sur la confiance et l'indulgence du guide enthousiaste pendant toute la journée.

Elle n'avait pas non plus vu Jane dans le réfectoire le soir-même, et Mary ne se montra pas. Lisbon avait su alors que Jane était avec elle, en train de s'amuser quelque part. Enervée de s'être inquiétée pour lui et d'avoir culpabilisé alors qu'il s'amusait avec la cuisinière, elle n'avait même pas essayé de le chercher. Gorby avait pris place à côté d'elle, mais elle n'avait pas vraiment eu le cœur à s'investir dans la conversation. Le vieil homme l'avait compris, et, d'une main douce sur son épaule, il lui avait souhaité une bonne nuit avant de disparaître.

En allant se coucher, elle avait constaté que Jane n'était toujours pas là, et cette fois, en plus de la culpabilité, elle avait senti son cœur se serrer. Elle avait l'impression d'avoir perdu quelque chose d'important sans pouvoir mettre un nom sur cette chose. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle avait cassé cette chose en elle, et qu'elle ne savait pas encore si ça se réparait.

Elle avait essayé de l'attendre ce soir-là, avant de s'endormir, mais il ne s'était pas montré et elle avait dû abandonner sa lutte contre le sommeil.

Pourtant, ce matin, lorsqu'elle s'était réveillée, elle avait trouvé le plateau de petit déjeuner et le lit de Jane à moitié défait. Mais toujours aucune trace de lui.

La matinée s'était faite d'exercices dans la salle de sport. Etant seule une fois encore, le coach avait fait équipe avec elle sous les yeux toujours aussi désapprobateurs des supporters de Jane. Elle eut plus d'une fois envie de se jeter sur eux pour leur arracher les yeux, et dut physiquement se retenir lorsque Martha et Jack, les jumeaux du FBI, vinrent la remercier pour leur avoir facilité l'accès à la victoire.

A midi, il n'y avait toujours pas trace de Jane, mais les activités de l'après-midi furent annulées à cause de la pluie qui s'était invitée. Gorby était passé la voir pour lui manifester son soutien, elle l'avait remercié, mais n'avait pas vraiment réussi à lui offrir un sourire convaincant. Alors, il avait posé une main douce et compatissante sur son épaule, lui avait souhaité de passer un bon après-midi, puis s'était éclipsé discrètement.


L'après-midi s'était déroulé lentement, interminablement, et Jane ne s'était pas montré. Elle avait le cœur lourd, et la télévision n'avait rien de divertissant à lui offrir. Elle avait essayé de lire sans grand succès et en rangeant un peu ses affaires, négligées à cause de son problème avec Jane, elle avait trouvé la feuille de questions qu'elle était censée remettre le lendemain à Parish, complétée par ce qu'elle avait appris de Jane. Elle devait lui poser des questions, apprendre à connaître les détails, le laisser en faire autant, afin de remplir cette fichue fiche. Elle l'avait redouté, et maintenant, savoir qu'elle ne remplirait jamais cette feuille était juste douloureux.

Alors, en fin d'après-midi, elle était sortie sur le perron et s'était assise sur la première marche, à l'abri de la pluie qui tombait encore.

Et elle y était restée longtemps, le questionnaire toujours dans la main.

Elle ignorait sa couleur préférée, le plus beau jour de sa vie, ce qui le rendait heureux, le genre de musique qu'il aimait… Tout ce qu'elle savait de lui, c'était le pire jour de sa vie. Elle ne connaissait de lui que la tragédie de l'homme brisé, elle n'avait jamais cherché à savoir plus. Et maintenant elle commençait à douter, à se demander si elle n'aurait pas dû essayer d'être plus que son amie par défaut. Elle aurait dû lui offrir la confiance qu'elle lui avait refusée, elle aurait dû être son amie, tout simplement.

Mais elle ne pouvait pas avoir confiance en elle-même, alors en Patrick Jane…

Elle soupira et posa son front sur ses genoux, fermant les yeux un moment. Elle avait voulu que Jane disparaisse si fort que son vœu avait été exaucé. Et maintenant, elle voulait juste reprendre ce vœu, elle aurait même préféré ne jamais l'avoir pensé.

-Vous n'avez pas peur d'attraper froid ? s'enquit l'objet de ses pensées.

Elle releva la tête immédiatement et fit face à Jane, trempé des pieds à la tête. Elle sentit son cœur faire un bond, puis, elle se leva brusquement et lui lança un regard noir.

-Où étiez-vous ? gronda-t-elle.

-J'ai aidé Mary en cuisine, répondit-il en haussant les épaules.

-Ça fait deux jours que vous avez disparu ! Tout le monde me regarde de travers ! Ces fichus animateurs me font la morale dès qu'ils me voient seule ! Et vous vous étiez en cuisine ? Elle est payée pour ce qu'elle fait, elle n'a pas besoin de vous !

-Doucement, femme, l'arrêta-t-il en levant les mains entre eux.

-Doucement ? hurla-t-elle. J'ai passé deux jours à manquer de faire une crise de nerfs, et vous voudriez que je me calme !

-Deux jours à manquer de faire cette crise ne veut pas dire que vous devez forcément la faire quand je reviens, argua-t-il. Et je m'attendais à un meilleur accueil.

-Un meilleur accueil ? Et vous vous attendiez à quoi ? A ce que je vous saute dans les bras ?

-Ça aurait pu être bien, admit-il. J'ignore cependant si nous n'aurions pas glissé, avec toute cette boue…

-Alors c'est juste un énorme jeu pour vous, n'est-ce pas ?

-Plutôt oui, acquiesça-t-il.

Elle sentit sa colère monter d'un cran en le voyant si nonchalant. Elle s'était inquiétée pour cet espèce de crétin à boucles blondes alors que monsieur s'en fichait et passait du bon temps avec la cuisinière.

-Et vous vous demandez pourquoi je ne veux pas avoir confiance en vous ? articula-t-elle douloureusement.

-Vous voulez que je reparte ? suggéra-t-il en désignant la pluie battante derrière lui de son pouce, indifférent.

Elle le fixa un moment, abasourdie, puis se laissa retomber sur la première marche. Elle chercha quelque chose à dire, mais ne put que refermer la bouche et détourner le regard. Après la colère venait cette indicible tristesse qui avait voulu prendre le contrôle ces deux derniers jours. Et maintenant elle désirait juste qu'il reparte d'où il venait afin qu'elle puisse le maudire en paix.

Jane vit ses yeux s'embuer puis disparaître sous ses paupières closes. Il sentit sa colère et son ressentiment envers elle disparaître aussi facilement que la pluie glissait sur lui désormais.

Elle l'avait blessé profondément, c'était un fait. Mais d'eux deux, il était toujours celui qui avait fait le plus de dégâts. Il soupira mais finit par se laisser tomber à côté d'elle sur le perron, enfin à l'abri de la pluie bien que trempé. Il regarda face à lui longuement, cherchant ses mots, puis il vit la feuille qu'elle tenait dans la main et reconnut le questionnaire idiot du professeur Parish. Il sourit, il avait eu l'occasion de regarder les questions stupides et insipides, il les avait même retenues.

-Ma couleur favorite est le bleu, dit-il finalement. D'où le peu de variété dans le choix de mes costumes.

Lisbon tourna la tête vers lui, surprise, puis comprit à quoi il faisait allusion.

-J'aime la musique classique, l'informa-t-il alors. Mais je reste un fan inconditionnel du jazz, les jazzmen sont de merveilleux magiciens.

Il la vit se figer du coin de l'œil. Prenant ce fait comme un bon point, il continua :

-Rien ne me rend plus heureux que le thé. C'est un câlin dans une tasse.

Il l'aperçut sourire malgré elle, alors il s'arrêta.

-Je crois que vous avez besoin de la chaleur du thé, souffla-t-elle.

-Ah bon ?

-Vous êtes trempé, vous allez être malade.

-Vous avez raison, je ferai mieux d'aller prendre une douche chaude et de me changer, acquiesça-t-il. Mais quand je sortirai, ça sera à vous de répondre au questionnaire que j'ai à remplir sur vous.

-Comme si vous ne connaissiez pas déjà toutes les réponses, s'exaspéra-t-elle en roulant des yeux.

-Où est l'intérêt de faire mes devoirs si je triche ? lui répondit-il dans un sourire. Le but est d'instaurer le dialogue, voyons Lisbon. C'est un séminaire où il faut communiquer.

Elle sourit alors qu'il mettait des guillemets imaginaires sur les mots-clefs.

-Allez donc vous changer, reprit-elle. Je n'ai aucune envie de jouer les infirmières.

-Mary le fera avec joie, répondit-il en haussant les épaules.

-Alors disons que je n'ai aucune envie de la voir dans notre chalet, rétorqua-t-elle.

-Notre chalet ? releva-t-il non sans amusement. Je ne vous laisserai jamais oublier ce moment Lisbon.

-J'en ai bien peur, déplora-t-elle.

Il lui sourit puis se leva pour aller se doucher. Lisbon resta sur le perron, observant la pluie tomber. Elle jeta un coup d'œil à son questionnaire puis sourit en secouant la tête, avant de se lever pour aller noter les bribes d'informations données par Jane.

Lorsque ce dernier ressortit de la douche dans un costume trois-pièce sec, Lisbon s'était installée sur le canapé et zappait d'un air morne sur les différentes chaînes sans intérêt.

-Vous croyez qu'ils ont « Trust TV » ? s'enquit Jane en se laissant tomber à côté d'elle.

-Ils en seraient capable, marmotta-t-elle en éteignant finalement la télé.

-Ça vous embête tant que ça ce séminaire ?

Lisbon soupira en basculant sa tête en arrière avant de finalement se tourner vers lui.

-C'est un camp de vacances pour riches déguisé en séminaire, je ne vois aucun intérêt dans les activités ou dans leurs leçons. La confiance ne se crée pas aussi facilement, ni aussi bêtement.

-Et donc, vous n'avez vraiment pas confiance en moi ? s'informa-t-il, l'air ennuyé.

Lisbon resta un moment silencieuse, fixant le canapé entre eux, puis elle appuya son coude sur le dossier du canapé pour soutenir sa tête et faire face à Jane. Il crut lire qu'elle était en conflit avec elle-même, que quelque chose la gênait profondément dans ce qu'elle allait dire, et lorsqu'elle parla, il sut qu'elle avait pris sur elle pour le faire :

-Quand j'avais quatorze ans, il y avait un jeune dans mon quartier que tout le monde désignait comme un vaurien. On disait qu'il dealait, qu'il frappait les jeunes enfants et terrorisait les plus vieux avec un flingue. A entendre nos aînés, il fallait le fuir comme la peste.

Jane fronça les sourcils, cherchant à savoir où elle voulait en venir sans vraiment comprendre l'intérêt du récit qu'elle faisait.

-Comme les autres jeunes, je le fuyais, continua-t-elle. Je changeais de trottoir sans jamais oser le regarder vraiment de peur de devenir la cible de l'un de ses mauvais traitements. C'était un paria tout ce qu'il y a de plus banal dans le fond, et j'ai jamais vraiment su ce qui avait déclenché ça.

-Mais ? s'enquit Jane pour l'inviter à aborder la part plus personnelle qu'il devinait.

-Un soir, mon père a… Il m'a oublié dehors, articula-t-elle difficilement. J'avais pu envoyer mes frères chez des amis pour un week-end alors je suis restée dehors, sous la pluie. Je n'avais nulle part où me réfugier. Les voisins ne voulaient pas avoir affaire à nous à cause des problèmes de mon père. Je vous passe les détails de mes tentatives pour m'abriter ou me réchauffer… C'est là que ce gamin est venu me voir. Je dois dire que j'ai eu plutôt peur quand je l'ai vu arriver en pleine nuit comme ça. Il m'a dit qu'il pouvait m'abriter et que je n'avais rien à craindre, qu'il n'était pas comme les autres le disaient. J'avais froid, j'étais trempée et épuisée, alors j'ai accepté. Il m'a emmenée dans le taudis qu'il squattait et m'a aidée à me réchauffer. Il m'a laissée dormir, il m'a trouvé des vêtements secs, et s'il n'avait pas été là, j'aurais sûrement attrapé la mort dehors sous la pluie. Ce gamin m'a sauvé la vie.

-Il est devenu votre ami ? suggéra Jane.

-Il n'en a pas eu le temps, déplora Lisbon. Trois jours plus tard, il était retrouvé une balle dans la tête dans une ruelle mal famée. Il avait mauvaise réputation, et il était dans le coin des camés, alors les flics ont classé l'affaire sans chercher à en savoir plus.

-Quel âge avait-il ?

-A peine dix-huit ans. Quand je l'ai appris, j'étais révoltée contre le monde entier. Ce garçon m'avait sauvé la vie, et personne ne se souciait de sa mort. Il y en a même qui disait « bon débarras ». Mes frères et moi étions seuls à son enterrement. Ça m'a mise tellement en colère…

-Le fameux sens de la justice qui fait de vous un bon agent, en déduisit Jane.

-Il y a plus que ça, sourit-elle tristement.

Jane fronça les sourcils un moment, songeur, puis son visage s'éclaira. Lisbon lui sourit, comprenant qu'il avait fait la lumière.

-C'est cette histoire qui vous a poussée à devenir flic. Vous vouliez rendre justice à ce gamin.

Elle acquiesça sans rien dire, lui cédant la victoire.

-Et vous l'avez fait ? s'enquit-il en imitant sa position, le coude sur le dossier.

-Je l'ai fait. C'était un homme du voisinage qui le tenait pour responsable de la mort de son chat. Son chat était mort empoisonné à cause de la mort aux rats. Il voulait un coupable et le bouc émissaire de tout le quartier est passé devant chez lui.

-Et il l'a tué pour un chat et une mauvaise réputation ? s'étonna Jane.

-Tout le monde ne meurt pas pour une bonne cause, répondit-elle en haussant les épaules. J'ai coincé le méchant de l'histoire et j'ai rendu justice à John Doe. Nous sommes quittes.

Jane hocha la tête, compréhensif, puis se tordit la bouche, en proie à un questionnement intérieur qu'il décida d'extérioriser en toute franchise :

-Pourquoi vous me racontez cette histoire ?

-Parce que vous ne la répèterez pas.

-Ah bon ? Et qui vous dit que je ne vais pas être tenté d'aller dire partout que je sais pourquoi l'agent Lisbon est devenue une justicière ? la taquina-t-il gentiment.

-Parce que c'est un secret, et que j'ai confiance en vous lorsqu'il s'agit de garder mes secrets.

Il perdit son sourire taquin, pris de court, et la dévisagea, comme si les rouages mettaient plus de temps à se mettre en place que d'habitude. Puis, il lui offrit un sourire éblouissant et elle haussa les épaules en souriant un peu, encore mal à l'aise de cet aveu. Elle ramena ses jambes contre elle sur le canapé.

-Ma couleur favorite est le vert, annonça-t-elle finalement.

-Je le savais, sourit-il.

-J'aime la pop, enchaîna-t-elle. Je n'ai jamais vraiment tenté d'écouter autre chose que ce qu'on entend à la radio. Pas le temps.

-Et qu'est-ce qui vous rend heureuse ?

-Un monde sans Jane, répondit-elle avec tout le naturel du monde.

Il afficha un air exacerbé sous son regard rieur.

-Vous recommencez à me persécuter Lisbon, se plaignit-il.

-Ça me rend heureuse, rétorqua-t-elle.

-Ah oui ? sourit-il. Vous voulez dire que vous disputer avec moi, ça vous amuse ?

-Je ne l'ai pas dit, contesta-t-elle avec un léger sourire.

-Ça, c'est une réponse qui me plaît, triompha-t-il.

-Et j'ignore si c'est bon pour moi, déplora-t-elle, amusée par la joie que la révélation avait provoqué chez lui, comme si elle venait de lui faire un cadeau merveilleux.

Ils restèrent un moment dans le silence, puis Jane reprit la parole.

-Je ne crois pas que répondre aux deux autres questions soit pertinent.

-Nous savons tous deux quel est le pire jour de notre vie, reconnut sombrement Lisbon en détournant le regard, peu à l'aise sur le terrain des confidences du genre. Mais je ne connais pas le jour le plus heureux de votre vie, termina-t-elle.

-Tout comme j'ignore le vôtre, répondit-il d'un ton égal.

Le silence pesa soudain lourd, mais ce fut Lisbon qui le brisa cette fois-ci :

-J'ai été très heureuse le jour où on m'a promu agent senior.

Jane rit en se tournant finalement vers elle.

-Et moi le jour le plus heureux de ma vie fut celui de notre rencontre, ironisa-t-il.

Elle rougit violemment au souvenir et évita son regard.

-Bon d'accord, ce n'était pas exactement le jour le plus heureux de ma vie, reconnut-elle.

-Et le jour de notre rencontre n'est sûrement pas le plus heureux de ma vie, admit-il en riant.

-Vous l'aviez mérité, marmotta-t-elle, butée.

-J'avais mérité de me prendre un poing dans la figure dès mon premier jour de collaboration avec vous ? Vous avez eu de la chance que je n'aille pas tout cafter à Minnelli.

-Vous aviez carrément déclaré que je n'avais eu ce poste que par mon physique devant notre suspect principal ! Sans parler de la coucherie sous-entendue dans votre ton médisant !

-Je n'étais pas allé jusqu'au sous-entendu, rectifia-t-il. Mais j'avoue que je n'étais pas innocent.

Elle roula des yeux pour toute réponse. Jane sourit en la regardant se renfrogner rien qu'au souvenir. Quel premier jour au sein du CBI… Si on lui avait dit que des années plus tard, il se vexerait parce qu'elle jurait ne pas avoir confiance en lui, il aurait sûrement bien ri. A l'époque, il avait pensé tout sauf du bien de l'agent Lisbon, autoritaire voire tyrannique, inflexible et sans humour.

-Je suis content de m'être trompé, dit-il soudain.

Lisbon releva les yeux vers lui, à la fois étonnée et déroutée.

-Généralement, quand je fais le portrait mental de quelqu'un, je ne me trompe pas. Le vôtre était plutôt mauvais les premiers temps.

-Et maintenant ? s'enquit-elle, hésitante.

-Maintenant vous êtes là, avec moi, et je ne pense plus un mot de cette première approche. Alors, pour une fois, je suis content d'avoir eu tort.

-Je rêve d'avoir un magnétophone, s'amusa-t-elle en rejetant sa tête en arrière sur le dossier.

-Vous devriez, parce que ça n'arrivera plus. Patrick Jane n'a jamais tort.

-Sauf cette fois-là.

-Vous êtes mon exception, sourit-il. Et je vous fais confiance pour ne pas le répéter.

Elle se tourna vers lui en souriant puis tendit une main dans sa direction.

-On enterre la hache de guerre ? suggéra-t-elle.

-Deal, assura-t-il en prenant sa main dans la sienne.

Il y eut un moment hésitant entre eux, puis Lisbon écarta sa main dans un sourire désormais un peu embarrassé. Jane se contenta de regarder droit devant lui.

-Et si on battait les deux agents du FBI ? lança-t-elle en se tournant à nouveau vers lui.

-Vous suggérez de gagner la compétition ? sourit-il, soudain réveillé.

-Quitte à être les deux seuls à ne pas prendre cette idiotie de séminaire au sérieux, autant ridiculiser les autres et gagner, répondit-elle en haussant les épaules.

-Lisbon, je me retiens vraiment pour ne pas vous prendre dans mes bras, s'enthousiasma-t-il.

Elle rougit légèrement et s'éloigna malgré elle.

-Oui, eh bien, assurez-vous de bien vous retenir.

Jane éclata de rire, et Lisbon songea que ce son lui avait manqué. Et en y réfléchissant bien, le son seul n'était pas ce qui lui avait manqué le plus.


Encore désolée pour mon retard, mais "bonne nouvelle", la suite arrive mardi ou mercredi et non dans une semaine. =)

D'ici là n'hésitez pas à me faire savoir ce que vous pensez de ce chapitre qui adopte un ton plus sérieux que les autres (rassurez-vous, l'humour reste de mise). =)