Hello ! Me voici plus ou moins rétablie (au moins, je n'ai plus de fièvre) pour vous poster un nouveau chapitre ! =)
Mais avant, petit avertissement. J'aurai dû le dire plus tôt (et le dire revient carrément à flinguer la moitié de mon intrigue). Cependant, j'ai l'affreuse impression de trahir certaines d'entre vous si je ne vous avoue pas que cette histoire prend en compte des élèments de la saison 3. Voilà je l'ai dit, et je suis terriblement navrée si parmi vous certaines ne l'avaient pas vue. Jusque là je n'ai rien spoilé, mais à l'avenir, quelques éléments risquent de le faire... Encore toutes mes excuses !
Pour passer à un registre plus réjouissant, mille mercis à Totorsg, Jade212000, Pepe64, Castle38, alamanga, paffi et Marion-F. Vos reviews furent un délice =)
janeandteresa: Je suis contente que ce chapitre t'ait plu, j'avais peur que le côté plus sérieux passe mal. Merci ! =)
00Selene00: Je comprends que la fin de la saison 3 t'ait donné envie de lire pour combler l'attente et je suis enchantée que mes histoires aient retenu ton attention. =) Je fais de mon mieux pour ne pas trahir les personnages tout en gardant mon style d'écriture, tu m'as donc fait beaucoup rougir et très plaisir ! Merci mille fois pour cette merveilleuse review. =)
Calypsoh: Je suis navrée de ne pas avoir pu te répondre plus tôt, chacune de tes reviews fut un vrai bonheur. =) Je suis contente que ce chapitre plus sérieux t'ait plu, il y a des moments du genre semés un peu partout dans l'histoire, et comme si je t'avais entendu, scène de Jane en sport il y aura ! lol Oh, et Musclor et Godzilla vont revenir de temps à autre. ^^ Je suis contente que la scène du perron t'ait plu. =) Et oui, le jour le plus heureux sera "révélé" sauce Dämon bien entendu. ^^' Quant à sa vengeance, si tu as lu ma note de début, tu as sûrement compris ce qu'il en est, non ? =) Merci un million de fois en tout cas !
FewTime: Tout d'abord mille excuses de n'avoir pas répondu plus tôt à tes super reviews, ô toi qui est au rendez-vous depuis des mois. =) Ensuite je suis ravie par ta lecture de Jane car tu y as vu ce que j'essayais de montrer donc je me dis que j'suis pas si mal finalement. lol Si tu as aimé le sérieux, sache que tu en reverras un peu à l'avenir (en fait, cette fic est un peu comme Jane, elle se cache derrière l'humour lol) Mille mercis chère FewTime. =)
Chapitre 6 : Unexpected Attraction :
-Jane…, gronda la voix menaçante de Lisbon dans le noir.
-Désolé, chuchota-t-il.
Lisbon soupira puis se tourna dans son lit pour retrouver une position confortable. La longue soirée à parler avec son consultant l'avait épuisée et elle n'avait pas mangé, ce qui la rendait d'humeur exécrable. Désormais, elle aspirait juste au sommeil, mais les mouvements incessants de Jane ne lui facilitaient pas la tâche.
-Mais bon sang, prenez un somnifère, faites quelque chose, s'exaspéra-t-elle. Comment vous avez fait les nuits précédentes ?
-Vous dormiez déjà les nuits précédentes, rétorqua-t-il. Et je n'ai plus de somnifère.
Lisbon laissa un soupir lui échapper et jeta un coup d'œil à son réveil. Il indiquait une heure du matin.
-Je vais essayer de me tenir immobile dix minutes, se résigna-t-il. Ça vous suffira pour vous endormir ?
-Est-ce que j'ai le choix ?
-C'est dix minutes non négociables, au-delà, je ne garantis rien.
-Dix minutes ce sera, soupira-t-elle.
Elle ferma à nouveau les yeux, cherchant le sommeil, se laissant bercer par le bruit régulier de la pluie contre les fenêtres. Elle se focalisa sur le bruit et eut vite fait de somnoler…
-Qu'est-ce que c'était ? s'inquiéta-t-elle en se redressant.
-Cette fois je suis innocent, l'informa son colocataire.
-Chut !
Lisbon repoussa ses couvertures puis se dirigea sur la pointe des pieds jusqu'à la porte d'entrée.
-Vous entendez ?
Jane alluma sa lampe de chevet et cligna des yeux un moment avant de détailler la tenue de la brunette. La vue du jersey lui avait manqué, nota-t-il mentalement, avant de raturer cette pensée pour se lever et la rejoindre à côté de la porte.
-Je n'entends rien du tout, l'informa-t-il après avoir collé son oreille contre la porte d'entrée.
-On dirait un gémissement, marmotta Lisbon, visiblement mal à l'aise.
-On est au beau milieu d'une forêt Lisbon…
-Ça n'a rien de végétal.
Jane tendit l'oreille une fois encore tout en étudiant le visage anxieux de sa coéquipière. Il ne put s'empêcher de rire légèrement et s'attira son regard noir.
-Vous avez peur Lisbon ? s'amusa-t-il.
-Pas du tout, bougonna-t-elle.
-Vous voulez que je dorme avec vous ?
-Même pas en rêve.
-Alors bonne nuit, conclut-il en faisant demi-tour pour regagner son lit.
Il s'arrêta à mi-chemin alors qu'un sourire naissait sur les lèvres de Lisbon.
-Je vous l'avais dit, triompha-t-elle alors qu'il revenait vers la porte.
-Je crois que nous avons en effet de la visite, reconnut-il en déverrouillant la porte.
-Qu'est-ce que vous faîtes ? s'affola-t-elle alors qu'il s'avançait sur le perron. Jane ! Jane revenez ici !
Elle pesta mais n'osa pas passer la porte. Elle sursauta lorsque Jane réapparut soudainement, une boule de poils humides dans les bras.
-Voici votre terreur Lisbon, sourit-il en refermant la porte derrière lui.
-Un chat ? s'étonna-t-elle. Mais qu'est-ce qu'il fait là ?
-Il est à Gorby, je l'ai vu chez lui hier, répondit Jane en déposant le chat au bout de son lit. Vous pourriez me donner une serviette ?
Lisbon disparut dans la salle de bain sans discuter pour lui ramener de quoi sécher l'animal. Elle observa Jane, assis sur son lit, frictionner la boule de poils qui tentait de lui échapper, peu content de la méthode de séchage employée. Elle hésita puis vint s'asseoir à côté de lui. Entre eux, le chat s'affaira à se sécher de lui-même sur la serviette étendue par Jane.
-Il a un nom ? s'informa-t-elle.
-Gorby ne me l'a pas précisé, on était plutôt concentré sur le dossier de sa femme.
-Je vois, acquiesça-t-elle. Et ça donne quoi ce dossier ?
-Rien, soupira-t-il. Les animateurs d'aujourd'hui sont les mêmes qu'à l'époque cependant, alors si c'est l'un d'eux, on a une chance.
-Et d'après votre enquête ?
-Je n'ai pas eu le temps de l'approfondir, répondit-il en haussant les épaules. J'ai passé beaucoup de temps à lire le dossier, très peu à interroger notre entourage.
-Quels étaient les suspects à l'époque ?
-Ils n'en avaient pas. Il n'y avait ni empreinte, ni vraiment d'indices. Et aucun différent incluant Elly n'a été recensé.
-Le flic chargé de l'enquête était si nul que ça ? s'exaspéra-t-elle.
-Ou alors le tueur est très fort, sourit Jane tout en caressant le chat.
-Comme si quelqu'un pouvait vous résister, rit-elle.
-Je prends note.
Elle roula des yeux puis laissa glisser une main hésitante sur le dos du chat qui ronronnait. Jane la regarda faire avec un sourire un peu moqueur mais ne fit aucun commentaire. Elle finit par se lever pour retourner sur son lit.
-J'ai toujours droit aux dix minutes ? s'informa-t-elle.
-Top chrono, répondit-il dans un sourire.
-Dans ce cas, ne tardez pas à éteindre la lampe.
Il acquiesça alors qu'elle retournait sous ses couvertures, dos à lui. Il resta un moment immobile, puis :
-Jane, si vous me regardez dormir une minute de plus, je vous noie dans la baignoire.
Il rit sans répondre, puis se leva pour éteindre la lumière et se recoucher, le chat à ses pieds.
Il attendit dix minutes, comme promis, puis entama l'enfer de sa nuit d'insomnie.
Jour 5 :
Lorsque Lisbon se réveilla, elle remarqua que pour une fois, Jane n'avait pas disparu. Il était profondément endormi dans le lit d'à côté. Elle en fut étonnamment ravie, sûrement parce que –aussi infime que ça paraisse– ça signifiait qu'il baissait sa garde.
Elle remarqua que le chat de Gorby avait trouvé refuge sur le canapé, roulé en boule. Jane avait dû le lasser à force de remuer dans son lit.
Elle ramena son regard sur le blond endormi et l'observa un moment, se demandant s'il paraissait toujours apaisé lorsqu'il dormait. Elle supposa tristement que non, puis se leva pour prendre une douche.
Quand elle sortit, Jane dormait toujours, désormais sur le dos. Elle haussa les épaules puis ouvrit la porte du perron. La pluie avait cessé pendant la nuit et un léger soleil perçait à travers les bois environnants. Elle remarqua le plateau de petit déjeuner préparé par les soins de Mary et le rapporta avec elle à l'intérieur.
Elle s'assit sur son lit pour mordre dans un beignet, et fut rejoint par le chat. Elle lui offrit des morceaux de beignet tout en se demandant si Jane comptait passer sa matinée à dormir. Ils étaient attendus par ce cher Professeur Parish pour rendre les questionnaires et apprendre tellement de choses passionnantes.
Elle termina son beignet et son café, puis déposa le plateau sur la table de nuit entre les deux lits avant de s'approcher du lit de Jane. Elle hésita un moment, puis jugea que taper dedans n'était pour une fois pas justifié. Il y avait du changement, d'habitude elle n'aurait eu aucune pitié.
Elle se contenta de lui secouer légèrement l'épaule. Il ouvrit instantanément les yeux, le regard hagard.
-Debout la marmotte, Parish va nous attendre.
-Le réveil douceur, vous connaissez ? déplora-t-il en se redressant contre le mur.
-Je vous ai laissé un beignet, rétorqua-t-elle en lui tendant le plateau. Et Mary vous a fait du thé à ce que je vois. Vous lui avez fait croire que vous buviez du thé et du café ?
-Non, je lui ai dit que vous me frappiez si vous n'aviez pas de café, répondit-il en attrapant la tasse et le beignet.
Elle lui fit la grimace puis alla s'affaler sur son lit.
-On a une randonnée aujourd'hui ou c'est juste pour le plaisir de montrer vos jambes ? s'enquit Jane en désignant son short.
-A vrai dire, ils annoncent des températures très hautes pour aujourd'hui, d'ailleurs s'ils nous fichent la paix assez tôt, je compte tester leur piscine.
-Type de maillot de bain ?
-Quel intérêt ? rétorqua-t-elle.
-Je me tiens informé de votre propension à attirer l'attention.
Elle roula des yeux sans répondre, et Jane termina à la hâte de manger pour aller se préparer.
Il se promit d'aller faire un tour du côté de la piscine si l'occasion se présentait, la curiosité était le plus merveilleux des défauts.
Le cours de Parish fut long, et ennuyeux. Aucune surprise.
Lisbon s'amusa à gribouiller sur une feuille alors que Jane échangeait des menaces avec les deux agents du FBI : Jack et Martha –Lisbon persistait à les appeler Musclor et Godzilla, pour le plus grand amusement de son coéquipier.
-J'aimerais maintenant que l'on s'essaye à un petit exercice pratique, les informa Parish en descendant de son estrade. Je veux que deux d'entre vous viennent au centre et m'effectuent une chute de la confiance.
-Nous ! répondit aussitôt Jane.
Lisbon écarquilla les yeux en se tournant vers lui d'une traite, manquant de se dévisser le cou.
-Au moins on sait le faire, chuchota Jane.
-Mais c'est parfait ! s'enthousiasma Parish. Monsieur Jane, venez ici avec l'agent Lisbon et montrez-nous.
Jane se leva avec entrain alors que Lisbon jurait de le tuer en le suivant jusqu'au centre de la classe.
Une fois la chute effectuée, elle vit toute la classe applaudir avec enthousiasme et ne put s'empêcher de rouler des yeux. Un vrai camp de vacances…
-On dirait que vous avez fait ça toute votre vie, s'émut leur professeur.
-N'exagérons rien, je ne l'ai laissé le faire qu'une fois pour qu'il me fiche la paix, marmotta Lisbon.
Jane lui adressa un regard mi-réprobateur, mi-joueur, puis l'invita d'une légère pression dans le dos à regagner leurs places. Elle ne se fit pas prier, et aussitôt, assise, elle reprit ses gribouillages.
-Vous voyez Lisbon, je vous l'avais dit ce jour-là, vous pouvez avoir confiance en moi, lui glissa Jane.
-Ce n'est pas parce que vous avez un bon timing pour tendre les bras et m'empêcher de tomber que je dois forcément me prosterner.
-Vous êtes vexante, déplora-t-il. Et un peu rabat-joie.
-Pourquoi vous n'iriez pas rattraper Mary ou je ne sais laquelle de vos admiratrices ? s'exaspéra-t-elle.
-Pourquoi je sens toujours de l'agressivité lorsqu'il s'agit de Mary ? chuchota-t-il avec des airs de conspirateur.
-L'agressivité est dirigée contre vous Jane, je suis solidaire de cette pauvre femme que vous rendez folle de vous alors que c'est sans espoir.
-Deux choses. La première : Qui vous dit que c'est sans espoir ?
Elle lui adressa un regard blasé.
-Bien, marmotta-t-il en se raclant la gorge. La deuxième : Votre solidarité, vous vous placez vous aussi en femme que je rends folle ?
-Si par là vous voulez dire que j'ai envie de dégainer mon arme à chaque fois que vous ouvrez la bouche, alors oui, vous me rendez folle.
-Menteuse, s'amusa-t-il en s'approchant d'elle.
Elle se tourna pour lui faire face, mettant au défi la proximité et l'air moqueur de son coéquipier.
-Mal à l'aise ? susurra-t-il.
Elle eut un sourire carnassier et réduisit un peu plus l'espace entre eux.
-Et vous ? rétorqua-t-elle à mi-voix en plantant son regard dans le sien.
Jane ne perdit pas une once de sourire, relevant le défi.
Certaines personnes autour d'eux avaient abandonné toute écoute du cours de Parish, fascinées par le duel silencieux mené par leur star Jane.
Lisbon ne cilla pas un instant, bien qu'intérieurement mal à l'aise. Elle tenait à cette victoire, son amour-propre lui ordonnait de tenir ses positions. Elle était sur un terrain que Jane ne maitrisait pas et elle n'essuierait aucune humiliation.
Ses pensées guerrières durent avoir raison de la volonté de fer de Jane, elle remarqua un détail imperceptible qui l'informait que son adversaire perdait de sa détermination. Cependant, ce fut si bref et si inattendu, qu'elle pensa un instant l'avoir inventé. Mais elle vit à nouveau le regard de Jane vaciller. Il quitta rapidement ses yeux pour se déposer furtivement sur ses lèvres avant de revenir aussi vite dans le vert de ses yeux, priant sans doute pour que l'instant de faiblesse n'ait pas existé.
Elle en fut totalement déstabilisée, mais il remarqua qu'elle était consciente de ce qu'il avait fait, alors il se détourna brusquement, comme brûlé, et retrouva le dossier de sa chaise. Il croisa les bras et se focalisa sur le bureau devant lui, l'air fermé.
Lisbon resta un instant immobile, éberluée par ce qui venait de se passer, puis elle se força à se reprendre et se réinstalla correctement.
Lorsque Parish les lâcha un peu plus tard et qu'elle sortit silencieusement en compagnie de Jane, elle n'arrivait toujours pas à croire que Jane ait envisagé de l'embrasser.
Dire que Jane était perturbé était un bien faible résumé de la situation. Il s'était éclipsé à l'heure du repas, laissant Lisbon à sa table habituelle pour aller faire un tour, se changer les idées. Il n'osait croire ce qui s'était passé. Lui, Patrick Jane, avait eu envie d'embrasser une femme autre que la sienne. Et pas n'importe laquelle : Lisbon.
Il admettait qu'elle avait des atouts, et de jolies jambes, mais de là à envisager –même pendant une milliseconde– de l'embrasser, il y avait tout un monde qui lui échappait. Il pouvait blâmer la proximité physique, mais il n'avait jamais eu de problèmes à ce sujet auparavant –si on exceptait ce stupide jeu du pendu. Il pouvait également blâmer la soirée qu'ils avaient passée comme s'ils avaient été deux vieux amis, mais il avait déjà vu Lisbon baisser sa garde auparavant, et bien qu'il ait déjà été pris de l'irrésistible besoin de la rassurer, jamais ça ne s'était accompagné d'une attirance physique.
Il se flagella mentalement pour sa réaction idiote. Il était Patrick Jane, veuf depuis près de dix ans, et l'alliance à son annulaire valait toutes les bagues de chasteté… N'est-ce pas ?
Lisbon vit Gorby arriver vers elle et lui offrit un sourire. Le vieil homme parut ravi de l'accueil, lui qui l'avait vue si sombre dernièrement, et s'assit à côté d'elle.
-Votre chat a trouvé refuge chez nous, lança Lisbon.
-J'espérais qu'il ait trouvé un abri à la pluie de la nuit dernière, me voilà rassuré.
-Je vous le ramènerai ce soir s'il ne rentre pas de lui-même chez vous, lui sourit-elle gentiment avant de boire un peu d'eau.
-Alors, où est monsieur Jane aujourd'hui ? s'enquit Gorby en balayant la pièce du regard.
-Aucune idée, répondit Lisbon en haussant les épaules, reposant son verre du même fait.
-J'aurai pourtant juré en vous apercevant aller au cours de Parish ce matin que vous étiez réconciliés.
Lisbon nota l'insistance sur le mot cours, teintée de mépris. Elle se sentit solidaire.
-Nous sommes réconciliés, comme vous dîtes, le rassura-t-elle. Mais pour une raison qui m'échappe, il a… fui, avoua-t-elle, encore perplexe.
D'accord, elle devait l'avouer, la raison ne lui échappait pas tant que ça. Elle se doutait que pour un célibataire endurci tel que Jane, portant encore le deuil de la seule femme qu'il ait jamais aimé, envisager d'embrasser une toute autre femme devait être déstabilisant. Mais tout de même, elle ne l'avait forcé à rien, elle n'avait pas pensé une seule seconde à l'embrasser –du moins cette fois-là.
-Mary parait déçue, lui fit remarquer Gorby.
Lisbon leva les yeux pour observer la cuisinière derrière son buffet du jour, l'air maussade. Elle haussa les épaules, indifférente.
-Certains disent qu'elle est amoureuse de votre Jane, lui confia le vieil homme.
-Ce n'est pas mon Jane, rectifia-t-elle non sans amusement.
-Oh, mais certains disent que si, assura-t-il.
-J'ai appris de par mon métier qu'écouter les certains n'est pas une bonne idée.
-L'apprenti cuisinier dit que Mary a de grands projets concernant monsieur Jane, insista Gorby.
-Eh bien plutôt que de l'espionner, l'apprenti cuisinier devrait l'inviter à dîner. Elle perd son temps et son énergie avec Jane.
-Il l'a invitée à dîner, mais elle a répondu qu'elle préférait passer la soirée avec monsieur Jane, déplora-t-il.
-Pauvre elle.
Gorby l'observa un moment, apparemment amusé par le peu de considération de son amie pour Mary.
-Son sort ne vous inspire donc rien ?
-J'ai vu plusieurs femmes dans le genre de Mary, répondit-elle d'un ton égal. Jane n'est pas un cœur à prendre, à vendre, ni même à louer.
-Pourtant il vous porte dans ce cœur, sourit Gorby.
-C'est l'apprenti cuisinier qui vous l'a dit ? ironisa Lisbon en repoussant son assiette vide.
-Non, il me l'a dit lui-même.
Lisbon se tourna vers lui en fronçant les sourcils. Il était de notoriété commune que Jane et elle s'appréciaient plus qu'ils ne se toléraient après tant d'années de cohabitation, mais elle n'en était pas à parler de grands sentiments.
-Il était vraiment très en colère que vous ne vouliez pas avoir confiance en lui, et la colère cachait beaucoup de tristesse. Votre confiance lui importe, parce qu'il sait qu'il a besoin de la confiance pour qu'un échange soit possible entre vous.
-On se parle tous les jours, et il y a rarement un week-end où il n'a pas une excuse idiote pour me téléphoner et m'agacer fortement jusqu'à ce que je lui raccroche au nez. Question échange avec Jane, croyez-moi, je suis à mon maximum de tolérance. Un peu plus, et l'un de nous deux finit à la morgue.
Gorby ne put s'empêcher de rire. Cette Lisbon lui plaisait définitivement, et ça faisait longtemps qu'une pensionnaire du camp n'avait pas éveillé cette lueur de vie dans ses yeux. Elly l'aurait adorée, elle, et Jane également. Et elle aurait su leur montrer le chemin vers la confiance et toutes leurs possibilités manquées.
-Vous êtes son amie, non ? s'enquit Gorby.
-Quand je suis de bonne humeur, concéda Lisbon.
-Teresa..?
-Bon d'accord, soupira-t-elle. Oui, nous sommes amis. Ça vous va ?
-Des amis ont confiance l'un en l'autre.
-Eh bien pas moi et Jane, répondit-elle en haussant les épaules. C'est un manipulateur et un menteur, et malgré toute l'affection que je lui porte, je ne peux pas m'empêcher d'analyser chacune de ses phrases en me demandant s'il y a un mot de vrai quelque part.
-Mais vous reconnaissez votre affection, nota le vieil homme.
-Je travaille avec lui depuis des années, Ary. Il est agaçant, menteur, manipulateur, cachottier, égocentrique quand ce n'est pas égoïste, plein de haine, et je sais que cette haine peut exploser à nouveau sans prévenir, mais toutes ces années, j'ai aussi vu les bons côtés. Il sait être généreux et sincèrement charmant, il est attentionné quand il s'en donne la peine, et plutôt drôle les trois quarts du temps. Tous les mauvais points qu'il a amassés ne changent rien au fait qu'il me manquerait vraiment s'il n'était plus là… Mais même si je le souhaite sincèrement, je ne peux pas croire tout ce qu'il dit.
-Je crois qu'on appelle ça une déclaration d'amour ma chère Teresa, lui sourit doucement Gorby.
Lisbon parut légèrement déstabilisée et rougit aussitôt.
-N'exagérons rien, il s'agit de Jane, se reprit-elle. Ça serait idiot de ma part.
-Moins idiot que Mary, notifia son ami.
-Et en quoi ?
-Vous l'intéressez.
-Quand il est de bonne humeur.
-Teresa..?
-N'espérez pas une concession sur ce coup-là, je ne suis pas dans la tête de Jane, Dieu merci.
-Vous êtes têtue, déplora Gorby.
Lisbon sourit en acquiesçant, contente de gagner la bataille.
-Vous savez quel film ils nous obligent à supporter cet après-midi ? s'enquit-elle pour changer de sujet.
-Je suppose que ça sera aussi intéressant que l'autre, soupira Gorby.
-Elly faisait regarder des films ?
-Non, Elly faisait danser, sourit-il, rêveur.
-Et c'est au programme ? demanda la voix de Jane dans leurs dos.
Lisbon sursauta alors que Gorby saluait Jane avec enthousiasme, l'invitant à s'asseoir. Jane prit place en face d'eux, en évitant soigneusement de croiser le regard de la brunette.
-Hélas, à part pour leurs stupides bals du week-end, il n'y a plus de danse au programme, répondit finalement Gorby.
-Bal du week-end ? releva Jane.
-Ils vous laissent le dimanche libre, alors du samedi midi au samedi soir, c'est la fête.
-Génial, marmotta Lisbon.
-Vous n'avez rien à vous mettre Lisbon ? se moqua Jane en lui jetant finalement un coup d'œil.
-Je demanderai un tablier à Mary, ironisa-t-elle.
-Vous avez vraiment un problème avec cette pauvre Mary, déplora-t-il.
Gorby ne put qu'acquiescer en souriant, enthousiasmé par la répartie de ses deux nouveaux amis.
-Je n'ai rien contre Mary, protesta Lisbon.
-Pourtant elle revient souvent dans nos conversations… jalouse ? suggéra-t-il.
-Jalouse de quoi ? De la façon dont elle bat des cils à trois cent kilomètres à l'heure quand vous êtes dans les parages ? Non merci, je ne tiens pas à me crever un œil pour vous. Aucun intérêt.
-Menteuse.
-Moi, menteuse ?
-Oui, vous. Ça vous déplait que je passe du temps avec elle plutôt qu'avec vous.
-Au contraire, plus vous passez de temps avec elle, moins je vous vois.
-Votre déni de l'évidence me chagrine Lisbon.
-Vous voulez un mouchoir peut-être ?
Lorsque Gorby les laissa rejoindre leur activité de l'après-midi, ils se chamaillaient encore, et il était certain que de là-haut, Elly riait autant que lui.
Le film fut diffusé dans la salle de sport, leur laissant pour seuls sièges les tatamis qui recouvraient le sol. Lisbon choisit la même place que la première fois : au fond, tout au fond, derrière tout le monde. Au moins, si elle s'endormait, personne ne le verrait.
Quelques idiots demandèrent du pop corn alors qu'elle s'installait, et elle repéra Jane en train de discuter avec le guide joyeux, Ben Jenkins. Elle s'assit en tailleur, les coudes sur les genoux, le menton dans les mains, et attendit que son coéquipier daigne finir son numéro de charme pour la rejoindre.
-Je lui demandais si la sanction était grande si on s'endormait, s'excusa-t-il lorsqu'il s'assit enfin.
-Et la vraie raison ? soupira Lisbon en lui jetant un regard exaspéré.
Jane sourit mystérieusement, ce qui eut le don de l'agacer. Elle était prête à se laisser aller à quelques jurons lorsque Jane la coupa :
-Je lui ai demandé depuis combien de temps il travaillait au camp.
-Et ?
-Il est arrivé il y a un an et demi, c'est Elly Gorby qui l'avait embauché, l'informa Jane.
-Vous le trouvez suspect ? s'étonna Lisbon alors que la salle était plongée dans le noir.
-Je me méfie toujours des gens qui sourient, répondit-il en haussant les épaules.
-Vous avez raison, reconnut-elle. C'est exactement pour ça que je me méfie de vous.
-Ahah, très drôle, ironisa-t-il. Moi au moins, je sais ce que ça fait de sourire.
-Oh mais moi aussi, figurez-vous que ça m'arrive tout le temps.
-J'aimerai bien voir ça, se moqua-t-il en lui adressant un haussement de sourcils sceptique –et un peu hautain, il devait l'avouer.
-Oh mais vous ne pouvez pas le voir, sourit-elle. Ça m'arrive tout le temps, quand vous n'êtes pas là.
-Ouch, celui-là faisait mal, se plaignit-il en mimant une blessure à la poitrine.
-Arrêtez de faire le malin et surveillez le guide, j'ai des heures de sommeil à récupérer et cette idiotie de film ne m'intéresse pas le moins du monde.
Jane ne put s'empêcher de rire silencieusement en l'observant s'allonger sur le tatami pour chercher une position confortable. Finalement, elle abandonna toute tentative, se recroquevilla et ferma les yeux.
-Arrêtez de me regarder dormir, c'est flippant, marmotta-t-elle sans rouvrir les yeux.
Il sourit en levant les yeux au plafond puis se tourna vers l'écran géant qui fascinait le reste de la salle. Il observa un moment le guide, Jenkins, mais ce dernier était tellement absorbé par le film, au premier rang, que Jane le jugea inoffensif.
Il laissa quelques minutes passer, jetant des coups d'œil furtif à Lisbon. Lorsqu'il fut sûr qu'elle dormait vraiment, il s'allongea à côté d'elle, les mains derrière la tête, et ferma les yeux pour son rituel préféré : la sieste. C'était sûrement plus sage, étant donné que regarder Lisbon devenait une activité de plus en plus fréquente et de moins en moins innocente. Il préférait encore dormir.
Lisbon ouvrit brièvement les yeux et remarqua que Jane avait fermé les yeux, couché à côté d'elle. Elle sourit et se repositionna légèrement avant de chercher à nouveau le sommeil qui lui avait fait défaut la nuit précédente. Avant de sombrer dans l'inconscience, elle songea qu'elle avait vu juste : Jane baissait sa garde.
Et voilà ! J'espère que l'annonce de début ne vous a pas trop refroidies !
Sinon, avis, réclamations, insultes, plaintes, c'est juste en dessous en attendant le prochain chapitre, normalement en ligne vendredi en fin de soirée ! =)
