Bonjour !

Je suis sincèrement navrée pour le retard mais je n'ai pas eu le coeur à poster la veille de mon départ comme prévu. Rassurez-vous, nul étalage en plus si ce n'est que je dois vous avouer ne pas trop aimer ce chapitre, mais comme je ne peux guère faire sans, je l'ai laissé... ^^'

Je vous répondrai une prochaine fois, je suis encore une fois connectée en fraude ! Mais merci à janeandteresa, paffi, Totorsg, Jade212000, Castle38, alamanga, Pepe64, Karyanawel, Enjoy, Calypsoh, FewTime, lovejisbon, MissK369 et LouiseMentalist. Vos reviews me sont allées droit au coeur et ont remonté mon moral. =)


Chapitre 11 : If only :

Jane imaginait parfaitement désormais ce qu'il avait fait endurer à Lisbon lorsqu'il s'était exclu des activités la semaine précédente et il trouva que la punition avait été bien trop sévère. Certes, il n'avait pas à supporter des regards noirs de la part des autres binômes, tous ravis de faire équipe avec lui à tour de rôle, mais il aurait préféré se retrouver à faire ces jeux stupides en compagnie de Lisbon.

Il ne s'était pas attendu à la voir à midi, elle avait été bien trop en colère contre lui pour envisager de manger. Cependant, il avait espéré qu'elle réapparaîtrait dans la salle de sport dans l'après-midi pour lui épargner les exercices loufoques de Ben Jenkins. D'autant plus qu'il était allé trouver Gorby pour s'excuser de son comportement et avait été pardonné sans réticence.

Lisbon avait visiblement décidé qu'il faudrait plus que des excuses et un séminaire pour revenir.

-On dirait que votre partenaire a disparu, se moqua Musclor en passant près de lui.

-Ça fait encore des points en moins pour votre binôme, ajouta Godzilla.

-Vous êtes vraiment motivés pour perdre.

-A ce stade, ce n'est plus de la motivation, renchérit Martha en riant, c'est de l'acharnement.

-Ou peut-être que c'est un accident, continua Jack, d'un air conspirateur.

-Oui, peut-être qu'elle est… retenue.

Jane les dévisagea un moment, puis écarquilla les yeux, comprenant pourquoi les jumeaux s'acharnaient à le torturer.

-Où est Lisbon ? gronda-t-il soudain.

-Je ne saisis pas la question, ricana Martha-Godzilla.

-Où est-elle ? insista-t-il en faisant un pas de plus.

-Je crois qu'elle fait face à des esprits malicieux, répliqua Jack-Musclor, un sourire carnassier sur les lèvres.

-Je vous laisse trois secondes pour répondre.

-Ou quoi ? rirent-ils en chœur.

-Un, rétorqua Jane en les fusillant du regard alternativement.

Les jumeaux rirent pendant tout le décompte, ravis de pouvoir se venger. Lorsque Jane arriva à trois et qu'il les vit toujours rire, il bouscula Musclor. L'agent du FBI recula, ébahi, puis se reprit et sauta sur Jane pour le boxer. Le coach dut intervenir avant que Jane soit bon pour l'hôpital mais aussitôt debout, le blond attrapa le poignet de Martha pour l'entraîner avec lui à l'extérieur.

-Où est-elle ? gronda-t-il.

-Comme si j'allais le dire, se moqua-t-elle.

-Vous avez glissé des amphétamines dans la nourriture au réfectoire, le flacon ne sera pas difficile à lier à vous et votre frère. Vous tentez votre chance ?

Martha le dévisagea un moment, puis se renfrogna.

-L'armoire à côté du fenestron au grenier, marmotta-t-elle de mauvaise grâce.

Jane la bouscula pour retourner à l'intérieur et monta les escaliers quatre à quatre, ignorant la douleur foudroyante de son arcade sourcilière en sang. Les jumeaux n'étaient certes pas des meurtriers mais ils n'étaient pas tendres, et il n'osait imaginer dans quel état ils avaient laissé Lisbon.

Il fendit la foule d'objets et de cartons jusqu'à l'armoire qu'il déverrouilla avec la clef restée au sol. Il trouva Lisbon, assise, la tête contre le bois derrière elle. Il ne put que soupirer de soulagement et reprendre un rythme cardiaque décent.

-Jane ? s'étonna-t-elle en le dévisageant, alarmée par son état.

Elle sortit de l'armoire aussitôt, oubliant tout ressentiment qu'elle aurait eu envers lui.

-Comment vous vous êtes fait ça ? s'enquit-elle en désignant son arcade sourcilière.

-Ça ? répéta-t-il en pointant un doigt vers sa blessure. Je me suis pris pour vous.

Elle ne put s'empêcher de rire légèrement.

-Les jumeaux m'ont eu par surprise, expliqua-t-elle. C'est Jack qui vous a fait ça ?

-Appelez-le Musclor, c'était tout à fait justifié en fait, ironisa Jane.

-Ils se sont vengés de votre petit tour d'hier, déplora-t-elle. Je me demande comment ils ont su.

-Ils sont du FBI et ils ont gardé leurs portables. Ils ont dû relever les empreintes et les envoyer à leur labo pour nous identifier.

-Je crois qu'on a atteint un niveau ridicule. Ces jeux idiots doivent cesser.

-Ils n'arrêteront jamais, marmotta Jane. Et on va nous retirer des points.

-Pourquoi ? s'étonna-t-elle.

-J'ai déclenché les hostilités.

-Vous avez vraiment frappé quelqu'un ? rit-elle.

-Presque, grimaça-t-il. Vous étiez en danger, je me devais de le faire. C'était un cas d'extrême urgence.

-Ma vie n'était pas en jeu, se moqua-t-elle doucement, un sourire aux lèvres.

-N'en parlons plus et redescendons, j'ai besoin de cette trousse de soin qu'on a dans la salle de bain.

-Mon héros, s'amusa-t-elle en le suivant.

-Après, on s'occupera des jumeaux une bonne fois pour toute.

-Jane…

-Je veux parler de les faire expulser du séminaire en racontant ce qu'ils vous ont fait, précisa-t-il.

-Je préfère ça.

Ils rejoignirent le chalet numéro 16 sans rencontrer d'obstacle, et Jane ne put que se sentir soulagé de retrouver Lisbon sans cet air dégoûté qu'elle avait affiché plus tôt. Il avait évité une nouvelle crise et n'aurait finalement pas besoin de cette tirade qu'il avait tourné encore et encore dans sa tête dans l'espoir de se faire pardonner.

Elle le fit asseoir sur son lit avant de se diriger vers la salle de bain prendre la trousse de soin et un gant humide pour nettoyer le sang séché. Il se plaignit et s'attira des moqueries qu'il reçut avec toute sa mauvaise foi.

-Vous êtes une très mauvaise infirmière, conclut-il lorsqu'elle partit remettre la trousse à sa place.

-Et vous un très mauvais boxeur, rétorqua-t-elle malicieusement.

-Je vous ai sauvée de l'armoire, j'attends de votre part un peu de respect. Si j'avais su, je vous aurais laissée enfermée.

-Oh pitié, vous seriez venu me sauver même si vous aviez risqué de vous faire gifler.

-Ça, c'est de la confiance, sourit-il.

Elle se pinça les lèvres puis lui sourit, un peu hésitante.

-J'aurai fait la même chose pour vous, se justifia-t-elle.

-Je sais, affirma-t-il en se levant pour être à sa hauteur. Mais je n'ai jamais dit que je n'avais pas confiance en vous.

-Ah bon ?

-J'ai toujours eu confiance en vous Lisbon, je sais que c'est dur à croire…

-A qui le dîtes-vous ?

-Voulez-vous vous taire une minute femme ? Je suis en train de faire une confession.

Elle croisa les bras en roulant des yeux mais ne répondit pas, attendant la suite.

-Peut-être que la raison pour laquelle je me permets de provoquer des gens dangereux ou de me mettre à dos le monde entier c'est parce que je sais que vous serez là quoi qu'il arrive avec votre badge et vos armes horriblement nombreuses. Vous n'y avez jamais songé ?

-Donc, si j'arrête de vous protéger, vous arrêtez de vous attirer des plaintes ? plaisanta-t-elle.

-Vous êtes terriblement agaçante Lisbon, je ne vous ouvrirai plus jamais mon cœur, rétorqua-t-il, faussement bougon.

-Allez venez, on a des fesses de jumeaux à botter, l'interrompit-elle en souriant.

Il leva les yeux au plafond mais la suivit à l'extérieur.

-Merci d'être venu me chercher, glissa-t-elle sans le regarder. Et merci d'être allé vous excuser auprès de Gorby.

-Comment vous savez que je me suis excusé ?

-Musclor et Godzilla en parlaient quand ils m'ont enfermée, ils avaient peur que vous ressortiez de chez lui trop tôt.

-Ça veut dire que je suis pardonné ?

Elle acquiesça en se pinçant les lèvres puis profita du sourire charmant que Jane lui lança.

-Et est-ce que ça veut dire que nous allons cesser ces insupportables disputes ? reprit-il.

-Je crois, sourit-elle, hésitante.

-Enfin une bonne nouvelle, triompha-t-il.

-Mais ça dépendra de votre comportement, rectifia-t-elle.

-Mon comportement est toujours irréprochable.

-C'est cela, rit-elle.

-Je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire Lisbon.

-Vraiment ?

-Je suis outré par de telles insinuations, moi qui suis un modèle de vertu.

Il sut qu'il avait gagné à l'instant même où Lisbon lui envoya une réplique cinglante. Ils se chamaillèrent avec entrain jusqu'au bâtiment de l'administration, éclipsant que quelques heures plus tôt, une nouvelle crise avait menacé de les séparer encore, et espérant qu'elle soit la dernière.


Jour 10 :

Lisbon quitta la télévision du regard pour interroger Jane silencieusement lorsqu'elle le sentit une fois encore remonter son pull sur son épaule dénudée. Il semblait ne pas supporter cette tendance à s'exhiber qu'avait son épaule et c'était plutôt une énigme pour elle. Elle ne voyait pas ce qu'il y avait de dérangeant dans le fait que parfois son pull glissait de son épaule, mais apparemment, il y avait tout un monde pour Jane.

Elle haussa les épaules –faisant glisser le pull à nouveau au passage– puis reporta son attention sur les infos du soir.

Les journées précédentes avaient été épuisantes : séances de sport, enquête auprès de Gorby pour approfondir les nouvelles données, rapides déjeuners, cours de Parish sur « la confiance en toute circonstance »… Le plus dur avait été la soirée de la veille où leur attention avait été demandée de tous côtés, les autres étant curieux de savoir ce qui s'était passé avec les jumeaux.

Le seul point positif avait été l'absence de ces deux fauteurs de trouble. Matt Honing avait très peu apprécié tout ce qu'il avait entendu sur les mauvais tours des deux jeunes agents du FBI et il les avait expulsés du séminaire sans cérémonie, arguant qu'aucun mauvais joueur n'était admis. Lisbon n'approuvait pas le ton enfantin de la réprimande, mais tant que ça signifiait que Musclor et Godzilla ne pourraient plus l'enfermer dans une armoire, elle ne s'en plaignait pas.

Les infos avaient à peine pris fin qu'elle sentit la main de Jane sur son épaule, remontant le pull à sa place d'origine. Elle eut une moue exaspérée puis ramena ses jambes contre elle tout en zappant pour trouver quelque chose à regarder avant d'aller se coucher.

Elle ne put s'empêcher de songer qu'elle trouvait Jane étrange, et elle soupçonnait que cette tentative inattendue pour l'embrasser quelques jours plus tôt n'était pas à négliger.

Il avait changé depuis la mort de John LeRouge.

Oh bien sûr, il avait gardé bien des humeurs sombres et portaient toujours des blessures impossibles à cicatriser, mais il s'était montré plus léger, plus désinvolte. Avant, jamais Jane ne l'aurait appelé au milieu d'un week-end sans une excuse en béton, jamais il ne se serait servi d'elle pour éviter une séance chez un psychothérapeute, jamais il n'aurait cherché à l'inviter à manger hors du CBI tous les midis sans exception. Mais ce genre de détails ne l'avait pas alarmé, parce que Jane était Jane, et il se remettait d'une dépression sévère. Alors chaque chose lui permettant de garder un œil sur lui, aussi extravagante paraisse-t-elle, était bonne à prendre.

Cependant, depuis le début du séminaire, l'extravagance s'était accentuée. C'était comme s'il la regardait autrement, comme si vivre avec elle quelques jours l'avait amené à explorer de nouveaux horizons. Elle ne voyait pas d'autre explication au fait qu'il se soit montré si conscient de sa féminité.

Il avait commencé par remarquer les détails, telle que sa façon de s'habiller, puis elle l'avait vu l'observer en toute circonstance, beaucoup plus que d'habitude, et différemment de d'habitude.

Bien sûr, le maximum avait été atteint lors des rares fois où ils avaient été proches physiquement, par jeu ou par flirt. Il avait fini par tenter de l'embrasser, tentative qu'elle avait arrêtée à temps. Ça n'était pas rien venant de Jane. Il y avait quelque chose dans l'air qui avait dû détraquer l'esprit de son consultant et ami. Ça expliquait sans doute pourquoi il s'obstinait à remonter ce pull sur son épaule comme s'il s'agissait d'une excuse pour la toucher.

Elle chassa ses pensées ridicules en sentant son pull glisser. Elle le remonta d'elle-même aussitôt et vit Jane sourire du coin de l'œil.

-Quoi ?

-Rien, répondit-il, l'innocence incarnée.

-Jane…

-Vous entrez en concurrence avec moi, c'est à qui remontera votre pull le plus vite sur votre épaule… se moqua-t-il.

-C'est vous qui êtes obsédé par ce pull, il ne vous a rien fait.

-C'est facile à dire, c'est vous qui le portez, marmotta-t-il.

-Pardon ?

Il haussa les épaules et se fixa sur l'écran comme si soudain c'était le film le plus intéressant du monde. Il se détendit dès lors que Lisbon abandonna la partie, puis il sentit cette horrible tension revenir lorsque ce fichu pull glissa à nouveau. Il crispa ses doigts, les emprisonnant en croisant les bras. S'il s'écoutait, il y aurait longtemps que le pull aurait quitté les épaules de la brunette, mais étant donné que le jersey tombait tout autant que le pull, il jugeait rassurant que le pull reste en place, c'était toujours une barrière de plus entre lui et elle.

Dire qu'il était troublé sonnait comme une litote désuette désormais. Certes, il avait été déstabilisé par cette curieuse envie de l'embrasser, mais plus les jours passaient –et plus il cessait de se disputer sérieusement avec Lisbon– plus l'envie devenait ambitieuse, s'accompagnant de quelques fantasmes embarrassants. L'attirance physique devenait indéniable, et c'était un comble pour lui qui avait toujours songé que si un jour il s'intéressait de nouveau à une femme, son intérêt ne pourrait qu'être platonique. Avec le temps, la proximité imposée par le séminaire se rapprochait plus de l'enfer que de l'opportunité du début.

Elle occupait ses pensées à chaque instant, endormi ou éveillé, et ça devenait presque handicapant, l'empêchant de se concentrer. Il avait peur de connaître le remède à cette attirance silencieuse, tout comme il avait peur d'y céder.

- Il n'y a jamais rien le mercredi soir, déplora Lisbon en éteignant la télé après un dernier zapping.

Jane ne put qu'acquiescer étant donné qu'il estimait qu'il n'y avait jamais rien d'intéressant à la télévision. Il la regardait par ennui et solitude d'habitude, et ici, il la regardait parce que Lisbon le faisait.

Cette dernière se leva en décrétant qu'elle allait se brosser les dents, le laissant seul sur le canapé.

Il resta un moment songeur, décroisant enfin les bras. La porte ouverte de la salle de bain lui permettait de voir Lisbon de dos. Une fois ses dents lavées et sa brosse à dent en place, elle retira son pull et lorsqu'elle le jeta en direction du porte-manteau de la salle de bain, le mouvement découvrit quelques centimètres de peau en plus. Ce fut les centimètres de trop, et Jane quitta son canapé.

Lisbon ferma la salle de bain après avoir éteint la lumière puis faillit rentrer de plein fouet dans Jane.

-Wow, vous étiez si pressé que ça d'aller dans la salle de bain ? l'interrogea-t-elle, surprise.

En levant les yeux vers lui, elle vit qu'il n'osait pas la regarder, la tête à moitié détournée. Il semblait presque gêné, ce qui fit froncer les sourcils de la brunette.

-Jane ? appela-t-elle. Jane vous allez bien ?

Il sembla revenir sur terre et la regarda un moment avant de fermer les yeux brièvement. Il recula de deux pas, marmotta une excuse, puis disparut dans la salle de bain où il s'enferma en vrai héros.

Lisbon jeta un coup d'œil ébahi à la salle de bain, puis, troublée mais décidée à ne pas poser une question dont elle ne supporterait pas la réponse, elle se dirigea vers son lit et se glissa sous les couvertures.

Il passa une éternité avant que Jane ne se décide à sortir de la salle de bain. Il ne croisa pas le regard de Lisbon lorsqu'il lui souhaita bonne nuit, et éteignit la lumière sans tarder.

Il passa la première partie de sa nuit à se traiter de lâche et d'idiot, et la deuxième partie à rêver de ce qui aurait pu se passer si Lisbon ne l'avait pas déstabilisé alors même qu'il avait décidé d'agir.


Jour 11 :

Dans quatre jours, le séminaire était fini.

Ce fut la première pensée de Jane lorsqu'il ouvrit les yeux ce matin-là. Et elle s'accompagna d'un soupir empli de regret. Jamais il ne trouverait le courage de se battre pour ses fichus sentiments bizarres envers Lisbon en seulement quatre jours. Il avait déjà passé trop de temps à se battre contre eux.

Certes, une fois le séminaire fini, il verrait toujours Lisbon. Il l'appellerait toujours les week-ends pour tromper l'ennui, il l'embarquerait toujours chez ce psy idiot pour survivre à cette obligation, il passerait toujours ses soirées sur son canapé lorsqu'elle travaillerait tard, il l'emmènerait toujours manger dans des restaurants les midis, et il ferait toujours de son mieux pour être au centre de son monde. Mais s'il n'arrivait pas à mettre des mots sur ce qu'il ressentait pour elle, il avait la triste intuition que tous ces instants auparavant drôles et doux, deviendraient amers et douloureux.

S'il n'avait pas Lisbon dans les quatre jours à venir, il avait la sensation qu'il la perdrait à jamais… ou du moins qu'il perdrait cette proximité, cette opportunité. Une opportunité d'aller plus loin avec elle, mais aussi avec sa vie. Il commençait à le sentir, Lisbon avait un rôle à jouer dans l'avenir qu'il ne savait pas encore construire, faute d'oser. Il avait accepté récemment qu'il devait se chercher un nouveau but, une nouvelle raison de vivre, et, pourquoi pas ? aller de l'avant. Et il s'était surpris à penser ces onze derniers jours que peut-être, son avenir pouvait être lié à Lisbon.

Après tout, elle était celle qui avait toujours été là, elle l'avait aidé à atteindre son but, puis elle l'avait sorti de sa spirale d'autodestruction, lui avait rendu de quoi vivre dignement et non plus caché. Elle avait été là depuis le début, et il aimait à penser qu'elle serait toujours là. Peu importe comment, il était persuadé qu'elle devait faire partie de son futur d'une manière ou d'une autre... Comme si soudain il comprenait qu'il avait besoin d'elle plus humainement que prévu, et qu'il en avait toujours été ainsi.

John LeRouge était mort, enterré, et lui respirait, bien vivant. La plus belle revanche sur sa vie gâchée, c'était Lisbon, et un jour ou l'autre, il le lui dirait. D'ici là, il comptait bien ne plus reculer et trouver une garantie de la présence de Lisbon dans sa vie pour toutes les années à venir.

-Debout la marmotte, l'interrompit la voix de son obsession du moment.

-Programme du jour ? grommela-t-il en retirant l'oreiller de ses yeux.

-Randonnée, lui rappela-t-elle en fouillant son armoire à la recherche des chaussures adaptées.

-Oh, vous avez à nouveau des jambes, plaisanta-t-il en jetant un coup d'œil à son short.

-Comme si vous n'aviez pas passé la soirée d'hier à les observer, ironisa-t-elle.

-Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, marmotta-t-il en quittant son lit pour aller s'enfermer dans la salle de bain.

Lisbon leva les yeux au ciel, amusée, puis trouva enfin ses chaussures et les enfila avant de chercher son sac pour y mettre une bouteille d'eau et le pique-nique déposé devant leur porte, comme convenu la veille.

Elle n'avait aucun problème avec l'idée de faire une journée randonnée. Certes, au bout de cinq heures, elle changerait sûrement d'avis, mais d'ici là, elle comptait profiter de l'air frais loin de ce fichu village. En revanche, elle doutait de l'enthousiasme de Jane, il n'avait pas les chaussures adaptées, ni même les habits pour. La randonnée promettait d'être une fois encore plutôt brouillon et elle vérifia qu'elle avait bien paqueté la corde.

Elle fut surprise de voir Jane sortir sans veston ni veste mais ne fit aucun commentaire.

-A votre avis, qui va avoir la carte ? lança Jane non sans amusement au souvenir du désespoir de Lisbon le premier jour.

-Peu importe, répondit-elle en haussant les épaules, un léger sourire aux coins des lèvres.

Le visage de Jane s'illumina et il dut se réfréner physiquement pour ne pas envoyer valser la randonnée et travailler à explorer ses sentiments.


Jane se laissa tomber au pied de l'estrade où les premiers à avoir fini la randonnée s'étaient rassemblés. Lisbon termina de plier la carte avant de lui adresser un regard moqueur. Certes, la journée de marche l'avait fatiguée, mais de là à s'écraser comme Jane venait de le faire…

-Je ne suis pas sûr de remarcher un jour, se plaignit-il lorsqu'elle s'assit en tailleur à côté de lui.

-Estimez-vous heureux, au moins cette fois nous avons évité les crevasses, répondit-elle.

-Certes, reconnut-il, mais si j'avais su qu'on aurait à marcher si longtemps, je me serai contenté de contourner la carrière et de me cacher jusqu'à l'arrivée des premiers. Faire semblant m'aurait fait gagner quelques années de vie.

-Vous n'allez pas en mourir Jane, rit-elle.

-Vous ne rirez plus autant lorsque j'aurai rendu mon dernier soupir.

-Eh bien économisez-le, taisez-vous.

-Il me faut une douche, conclut-il comme si elle n'avait pas parlé.

-Vous devez attendre que Matt nous autorise à rejoindre les chalets.

-J'avais oublié à quel point votre obéissance aux règles pouvait être agaçante, déplora-t-il dans une grimace.

-Vous prendriez le risque de quitter le top 5 ? se moqua-t-elle.

Il accentua sa grimace puis fit signe que non avant de s'appuyer contre le bois de l'estrade. Il ferma les yeux, comme pour chercher le sommeil, et fit de son mieux pour paraître à l'agonie.

-C'était si terrible que ça ? s'enquit Lisbon au bout d'un temps de silence.

-Non, reconnut-il avec le début d'un sourire aux coins des lèvres. Vous avez rendu l'expérience bien moins traumatisante qu'elle ne l'était.

Elle rit doucement en s'appuyant à son tour contre l'estrade à côté de lui.

-Il nous reste peu de temps pour découvrir qui a tué Elly, dit-elle soudain.

-J'ai mon idée, répondit Jane.

-Vous dîtes ça depuis le début, lui reprocha-t-elle.

-Parce que j'ai mon idée depuis le début, rétorqua-t-il.

-Alors pourquoi vous ne mettez pas l'un de vos plans en action pour arrêter le tueur ?

-J'attends le dernier moment.

-Et pourquoi ça ?

-Parce que si j'avais tout révélé la semaine dernière, vous auriez fichu le camp avec Cho et Rigsby dès qu'ils seraient venus ici pour arrêter le tueur, répondit-il avec tout le naturel du monde.

-Pardon ?

-Si le tueur avait été démasqué trop tôt, il n'y aurait pas eu de séminaire, vous seriez rentrée parce qu'on vous aurait fait grâce du reste, pour vous remercier.

-Et ça vous avance à quoi d'être coincé ici avec moi ? Vous imaginez que vous laissez le pauvre Gorby remuer d'affreux souvenirs ?

-Pitié, ne jouez pas l'horrifiée, vous savez très bien comment je fonctionne.

-Oui, vous ne fonctionnez que par intérêt et par égoïsme, et c'est exactement pour ça que vous êtes indigne de toute confiance, bougonna-t-elle en se relevant.

-Lisbon…

-Oh la ferme, l'interrompit-elle. J'en ai marre que vous jouiez avec mes nerfs et ceux du monde entier. Je ne suis pas votre jouet, Gorby n'est pas votre jouet.

Elle tourna les talons pour rejoindre le chalet, oubliant Matt et sa fichue autorisation, et envoyant au diable la fichue faiblesse qui lui avait laissé penser que peut-être Jane n'était pas si inaccessible qu'elle l'avait toujours pensé.


Je sais, la fin fait un peu cercle vicieux, mais qui sait ? Peut-être que cette fois Jane saura présenter des excuses..? =)

A défaut d'un passage significatif, voici un petit aperçu du chapitre 12 (que j'ai adoré écrire soit dit en passant):

"-ça ne veut pas dire que je suis de meilleure humeur, marmonna Lisbon.

-Ni que vous avez à nouveau confiance, je me trompe ? déplora Jane.

-Arrêtez avec ce mot, ce n'est pas parce qu'on est de corvée de séminaire que vous devez soudain en faire une nouvelle obsession.

-Vous ne m'avez toujours pas dit quel fut le plus beau jour de votre vie, coupa-t-il.

-Et ne comptez pas sur moi pour vous le dire."