Hello !

Tout d'abord: WOW ! Je vous suis éternellement reconnaissante pour toutes vos reviews ! Je suis d'une telle bonne humeur que je poste un peu en avance. =)
Ensuite, je vous laisse apprécier (ou pas?) le dernier chapitre avant l'épilogue.

Mille mercis à Totorsg, Castle38, Sweetylove30, paffi, Coronna, Jade212000, Karyanawel, alamanga, seirarah, Mina Vidoll, Allison26, MarshxMallow, Solealuna, LouiseMentalist et Marion-F. Vous avez illuminé mon week-end ! =)

janeandteresa: J'ai hésité longtemps sur cette confidence, je suis contente que ça t'ait plu. Merci !=)

MissK369: J'ai été très contente de lire que le 13 a un peu réconcilié nos visions, ça fait plaisir de lire que ça t'a plu. =) Merci !

00Selene00: Ton enthousiasme m'a fait plaisir, merci beaucoup [x2 :) ] !

Fewtime: Merci tout d'abord pour le soutien psychologique, c'était gentil. =) Ensuite je suis vraiment très contente d'avoir réussi à rendre ce chapitre pas trop mauvais, je l'avais dans la tête depuis le début. Pour l'anecdote Jane, je la tiens de mes vacances en cie de mes jeunes cousines, c'est ce qui est arrivé pour l'aînée. =) Le défi du lendemain, c'était resté dans le léger, ça me fait donc plaisir de lire que tu as pu en sourire. Merci une fois encore (même si ça ne sera jamais assez!).

Enjoy: Tu es officiellement ma 200ème reviews *jingle* Merci =D Je suis hyper contente que ça t'ait plu ! J'espère que tu me pardonneras de ne pas te répondre en détail, mais comme je ne suis pas inscrite sur le fo', je prends la liberté de te dire ici à quel point j'admire ce que tu as fait avec Affaire Classée. C'était sublime d'un bout à l'autre, merveilleusement bien écrit (quelle poésie dans ton choix des mots !), et tu es la seule à m'avoir fait pleurer pour de bon dans ce fandom. Tu es mon héroïne ! Merci !

Calypsoh: Je suis ravie de lire que les chapitres précédents t'ont également plu. =) Oh, et tant que j'y suis, ce qu'il y a de formidable dans tes reviews, c'est qu'elles arrivent toujours à me faire rire, alors qu'en même temps tu dis des choses hallucinantes (comme si tu lisais dans mon esprit) juste pour tes reviews : chapeau ! ^^ Ta façon de lire le perron m'a assise ! Je le voyais comme un élément neutre mais ma réflexion n'était pas poussée à ce point, tu m'épates. =) Et pour la conversation du lendemain, ce ne fut pas un exercice aisé, je voulais rester dans la légèreté (et hors cliché intense) tout en incluant la difficulté de ce qui se jouait, en bref, je suis ravie que ça t'ait plu! Merci pour tout, et pour ce qui est de ma prochaine fic, je devrai mettre une date d'ici la fin de la semaine prochaine. =) Merci encore !

JulietS: Ta review m'a collé un immense sourire aux lèvres et m'a fait un peu oublier le montant de mes frais d'inscription en fac, juste pour ça: MERCI ! ^^ Je suis ravie que les chapitres précédents t'aient plu (dis-toi que pour le pull, je me suis pourtant bridée ! lol) Et puis ça m'a fait plaisir de lire que j'ai réussi à restituer un peu d'humour, je n'étais pas sûre que ça fonctionne malgré le temps que j'y ai passé. =) Et puis les chamailleries... on se refait pas hein ? ^^' Ravie qu'elles t'aient plu ! Oh, et oui l'équipe manque cruellement, je crois que je ne m'aventurerai plus à une fiction sans eux. =) En tout cas, merci merci merci ... merci !


Chapitre 13 : To Breath Again :

Lorsque la projection prit fin, Lisbon était aussi tendue que Gorby. Elle se leva aussitôt qu'elle vit Cho, Rigsby et VanPelt faire leur entrée dans la salle, laissant Jane se diriger au devant des autres pour réclamer le calme et préparer l'annonce qu'il avait à faire.

-Boss, saluèrent les trois coéquipiers dans un léger sourire.

Lisbon présuma qu'ils avaient eu le temps de voir où et comment elle était assise quelques instants plus tôt.

-Alors, c'est comment ce séminaire ? s'enquit Rigsby, un sourire un peu moqueur mais doux aux lèvres.

-Un enfer total, déplora-t-elle, mais je vais en voir la fin bientôt, heureusement.

-Un enfer ? insista le brun.

Elle lui offrit un regard noir et il retrouva son professionnalisme immédiatement.

-Jane a dit qu'il y avait un type à arrêter dans le coin, lança Cho.

-Oui, c'est ce qu'il paraît, approuva Lisbon. Et pour éviter qu'il ne s'enfuie, j'aimerai que vous bloquiez les deux issues du bâtiment. Rigsby vous gardez cette porte et VanPelt vous prenez celle à l'arrière.

Les deux intéressés acquiescèrent et s'empressèrent de se poster alors que Lisbon se tournait vers Cho. Il lui tendit sa plaque et ses menottes, elle dut se réfréner de toutes ses forces afin de ne pas se jeter à son cou. Elle se contenta de prendre ses biens avec le regard d'une droguée en manque sous les yeux presque amusés de Cho.

-Je me suis dit que vous aimeriez procéder à l'arrestation, expliqua-t-il.

-Bonne initiative.

-Je vous laisse aussi le rapport ?

Lisbon hésita un moment, se mordant la lèvre, puis elle envoya toute retenue valser et offrit un sourire à son coéquipier.

-Avec plaisir… Mais ne le dis pas à Jane.

-De toute façon il le devinera, répondit Cho, fataliste.

-Et il y a une enquête en ce moment ? lança-t-elle l'air de rien.

-Oui.

-Ah… Elle avance ?

-Oui.

Lisbon maudit Cho et ses phrases lapidaires mais ne s'abaissa pas à en demander plus. Certes, elle était en manque, mais de là à ramper, il lui restait de la fierté.

Jane remarqua que tout le monde était en place, il monta donc sur la chaise qu'il avait apporté devant son public. Il attendit que le silence se fasse pour reprendre la parole.

-Vous ne l'ignorez sûrement pas: il y a un an, la femme de notre cher Gorby, Elly, est morte assassinée ici même à Trust Creek.

Des murmures traversèrent la salle puis les regards se tournèrent vers le vieil homme qui se tenait debout derrière Jane avec toute sa dignité entachée de douleur.

-Ce meurtre n'a pas été élucidé à l'époque, mais je viens aujourd'hui découvrir le vrai coupable et le faire arrêter. Car, chers participants, le meurtrier est parmi nous.

Cette fois, les murmures trahirent l'excitation qu'évoquait la résolution d'un meurtre en direct, « comme dans les dix petits nègres d'Agatha » chuchotèrent certains.

Lisbon leva les yeux au ciel. Jane était doué, mais sa propension à tout théâtraliser avait la fâcheuse conséquence de l'exaspérer.

-Il y a un an, Elly avait découvert un secret, continua Jane, un secret qu'elle voulait dévoiler et qui a provoqué sa mort. Ce secret est la clef de l'énigme… Ben ? Mary ?

Tout le monde se tourna vers les deux intéressés dans un même mouvement, et Lisbon ne put s'empêcher de faire de même, surprise que Jane ait opté pour ces deux-là en guise de coupables.

Cependant, le grand carton que portait Ben Jenkins et le livre que serrait Mary contre elle indiquèrent à Lisbon qu'ils servaient juste à la théâtralisation des révélations.

-Lors des premiers jours ici, reprit Jane, j'ai inspecté le grenier et mon regard a été attiré par ce carton méticuleusement dissimulé derrière une montagne de souvenirs. Le carton était vide, mais j'ai distingué clairement le symbole du corps des Marines et il ne m'a fallu que peu de temps pour faire le lien avec une vieille affaire de vol. Des M16 avaient été volés ainsi que des munitions, tout était revendu au marché noir et les coupables ont été vite retrouvés et chassés des Marines. Il y a cependant une cargaison qui n'a jamais été retrouvée, et elle était dans ce carton. Les deux voleurs n'ont pas osé rendre ces armes, alors ils les ont dissimulées dans le grenier, espérant les y oublier.

Lisbon vit Matt Honing et Ben Jenkins se faire soudain très petits et se demanda pourquoi Jane ne les dénonçait pas.

-Quelqu'un a découvert ce carton, et plutôt que de le faire savoir, il a préféré renflouer son salaire en revendant son contenu. En effet, il y a un an, Elly et notre ami Ary Gorby ont perdu beaucoup d'argent, et ont dû revoir à la baisse les salaires de leurs employés. La revente des armes à certains clients du séminaire a comblé ce petit manque d'argent, sauf qu'Elly a découvert le trafic et ça allait contre tous ses principes. Eprise de justice et de bien, elle a sûrement lancé un ultimatum : la fin du trafic ou elle dénonçait le coupable.

Gorby retenait son souffle, et soudain il ne semblait plus si fort, soudain la tristesse et la douleur pesaient sur sa forme courbée. Lisbon traversa la salle discrètement jusqu'à lui, pour venir poser une main sur son épaule et silencieusement lui promettre que tout irait bien, que c'était la dernière fois qu'il aurait à se souvenir de son Elly de cette manière-là. Bientôt, il reverrait son sourire lorsqu'il fermerait les yeux, et non plus son corps sans vie, baigné de sang.

-Le coupable, comme vous pouvez l'imaginer, a préféré l'argent, mais pour ce faire, il devait éviter d'être dénoncé. Il connaissait Elly, et il savait qu'en tant que femme de confiance, elle avait tenu sa parole de ne rien dire à personne. Il suffisait de l'éliminer, l'arme du crime était à portée de main et serait vendue peu après à un pensionnaire. De plus, la fenêtre du grenier donnait sur le chalet où Elly passait tant de temps, la tentation était trop forte.

Gorby ferma les yeux et agrippa la main de Lisbon de toutes ses forces, luttant contre ses émotions. Il savait pourquoi, mais qui ? Qui avait eu l'esprit assez froid pour mettre fin à la vie de son soleil ?

-Le carton parle de lui-même messieurs dames, reprit Jane en tendant le bras vers Ben Jenkins qui lui donna le carton. Le meurtrier a été assez malin pour inscrire son nom sur ce carton afin que personne n'y touche, ne pensant pas un seul instant qu'un jour ces quelques mots au marqueur le dénonceraient. S'ajoute à cela un cahier de comptes relatant tous les acheteurs.

Mary leva le livre de compte pour le montrer à l'assistance, alors que Jane retournait le carton et laissait voir les lettres noires à la foule.

Gorby sentit son cœur s'arrêter un instant et il manqua d'air tant le coup porté fut violent. Enfin, il savait. Et les lettres semblaient le narguer avec cruauté, lui rappelant à chaque seconde qu'il avait côtoyé au quotidien celui qui lui avait arraché sa joie de vivre.

-« Propriété de Joseph Parish », lut Jane à voix haute.

La salle entière se tourna vers le professeur Parish qui s'était décomposé sous les regards ébahis de tous. Puis, la première insulte fusa, suivie d'une autre, jusqu'à ce que les injures pleuvent sur lui. L'homme tenta de se défendre en bégayant, arguant qu'il n'avait pas eu le choix, mais déjà Lisbon s'était glissée derrière lui et le menottait sans douceur, lui récitant ses droits d'une voix sèche.

Elle le confia à Cho qui l'emmena à l'extérieur, vite suivi par la foule de curieux, et la salle se vida comme à la fin d'une pièce de théâtre. En l'occurrence, c'était une tragédie, celle de Gorby.

Lisbon vit Jane remettre ses preuves à VanPelt alors que Rigsby courait porter assistance à Cho, elle remarqua que Matt discutait ardemment avec Ben, Mary et le coach, puis elle vit Ary, assis sur la chaise où Jane s'était tenu un peu plus tôt, les épaules voûtées, la tête baissée. Son charisme si lumineux s'était éteint, le rendant petit et malheureux.

Elle se dirigea vers lui et s'accroupit en lui prenant les mains. Il releva la tête, lui offrant la vue de ses yeux mouillés de larmes, et un pâle sourire. Elle se leva et le força à en faire de même, comme pour lui prouver qu'il tenait encore debout.

-C'était bien le seul défaut d'Elly, dans le fond, dit-il non sans douleur, la voix brisée. La confiance, cette foutue confiance qu'elle chérissait tant, et qu'elle connaissait par cœur, il semblerait que l'ironie ait voulu qu'elle la trahisse.

-Elle a voulu faire ce qui était juste, et c'est vous qui aviez raison Ary : c'était quelqu'un de vraiment bien. Vous pouvez être fière d'elle, et de ce qu'elle a accompli. Et ce soir, vous pourrez dire à Noah que la vérité a fini par éclater et qu'enfin sa mère repose en paix.

Le vieil homme acquiesça, acceptant cette consolation comme tout ce qui lui restait désormais. On lui avait arraché son bien le plus précieux, cette confiance si solide qu'Elly lui avait offert venait de le quitter. La Justice n'était qu'une vague idée désormais, et il songea que peut-être, il aurait préféré ne jamais savoir.

Il exerça une légère pression sur les mains de Lisbon puis, dans un sourire abîmé, il s'éloigna pour quitter la salle.

Jane rejoignit Lisbon et glissa une main autour de sa taille, elle se raidit légèrement avant d'accepter ce contact nouveau.

-Affaire résolue, dit-il. Comment le prend-il ?

-Plutôt mal pour l'instant, avoua-t-elle dans un soupir. Je crois qu'il se sent abandonné, il a besoin de temps pour tout assimiler.

-VanPelt a dit qu'elle retrouverait les acheteurs de Parish. Au moins s'il ne tombe pas pour meurtre, il ira en prison pour trafic d'armes volées.

Lisbon acquiesça distraitement, plongée dans ses pensées. Jane ne put résister longtemps avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres :

-A quoi penses-tu ?

Elle se tourna vers lui avec un léger sourire.

-C'est toi l'enquêteur de choc, à toi de me le dire.

-Tu jubiles, n'est-ce pas ? rit-il doucement. La simple idée que je puisse ne pas te lire en cet instant te fait te sentir incroyablement puissante.

-Tu n'as pas idée, s'amusa-t-elle en se détachant de lui pour se diriger vers la sortie.

Il la rattrapa rapidement pour marcher à sa hauteur.

-Matt a dit qu'il annulait la fin du séminaire, annonça-t-il, il fera venir le car demain soir pour nous ramener chez nous.

-Au moins, on a une bonne nouvelle, soupira Lisbon avec soulagement. Rigsby, vous êtes prêts à partir ? continua-t-elle à l'intention du grand brun qui venait à leur rencontre.

-Le suspect est bouclé et la foule dissipée, rapporta-t-il. Cho vous fait savoir qu'il est désolé mais qu'avec Parish, on n'a plus assez de place pour vous ramener à Sacramento tous les deux.

Le regard moqueur de Rigsby démontrait tout sauf la désolation, ce qui amusa légèrement Jane, surtout lorsqu'il remarqua le regard noir de la brunette à côté de lui.

-On vous voit lundi patron ? s'inquiéta Grace en approchant.

-Si je ne suis pas morte d'exaspération d'ici là, bougonna Lisbon.

-Vous avez tenu une semaine et cinq jours, lui signala Rigsby.

-Et puis vous avez Jane, tenta la rousse avec un sourire hésitant.

Jane éclata de rire alors que Lisbon restait la bouche ouverte, sans savoir quoi répondre.

-Vous avez raison, se reprit-elle finalement. Si jamais j'en ai marre d'ici demain, je peux toujours me défouler sur lui, Hightower ne m'en voudra pas si je l'abîme un peu.

-Hey ! protesta l'intéressé en cessant de rire.

Rigsby et VanPelt échangèrent des regards amusés alors que Cho descendait la vitre de la voiture côté conducteur.

-On a des heures de route à faire, signala-t-il aux deux agents de sa voix égale. Et ce n'est qu'un au revoir, vous les reverrez lundi.

-Direct et sans ornement, commenta Jane. Tu m'as manqué Cho.

L'asiatique esquissa un très léger et discret sourire puis remonta sa vitre après un signe de tête à Lisbon. Rigsby et Grace les saluèrent avec de grands sourires, puis montèrent en voiture.

Jane et Lisbon se disputèrent pendant les quelques minutes qui suivirent en essayant de deviner qui de Grace ou de Rigsby avait réussi à convaincre Cho de klaxonner alors qu'ils prenaient la route du retour.


Gorby ne se montra pas au réfectoire dans la soirée, et en entendant le discours maladroit de Matt, Lisbon jugea que ce n'était pas plus mal.

En sortant, elle fit mine de se diriger vers son chalet, mais Jane la retint par la main.

-N'y vas pas, lui conseilla-t-il avec douceur. Il a encore besoin de solitude, crois-moi.

Lisbon acquiesça tristement, puis, refermant ses doigts sur ceux de Jane, elle se laissa guider jusqu'au chalet numéro 16 pour la dernière fois.

Le cœur lourd, elle avait du mal à imaginer que le matin même, elle avait été si joyeuse. Les mains de Jane lui semblaient un peu étrangères, et les souvenirs étaient soudain flous, comme si sa peine pour Gorby avait éclipsé tout ce qui l'avait rendue si légère.

Jane sentit sa mélancolie, il l'attira dans une étreinte et attendit qu'elle se laisse aller à l'idée de lui, à cette intimité nouvelle. Il fut remercié pour sa patience quelques secondes plus tard, lorsqu'elle entoura son cou de ses bras.

Ils restèrent un moment immobiles, silencieux, puis, espérant gagner la bataille contre cette atmosphère mélancolique, Jane glissa sa main sur la taille de la brunette avant d'esquisser un léger sourire en y rencontrant son badge.

-Je vois que l'agent Lisbon est de retour et n'a pas résisté au manque du travail, s'amusa-t-il.

-La faute à Cho, se défendit-elle, un peu honteuse.

-Et il t'a apporté la panoplie, constata-t-il en trouvant les menottes et une arme à sa ceinture.

-Je me sens en sécurité avec, argua-t-elle en se détachant de lui.

-Eh bien, il est temps de t'apprendre que tu peux très bien vivre sans, murmura-t-il en l'approchant à nouveau pour l'embrasser fugitivement.

Elle ne bougea pas lorsqu'il détacha le badge, les menottes, et l'arme pour les jeter sur le canapé. Mais lorsqu'il l'embrassa pour la deuxième fois, elle ne put s'empêcher de sourire et alors qu'il l'entraînait vers un lit prometteur, elle le laissa croire qu'il avait raison, qu'elle pouvait vivre sans son job, ne serait-ce que pour une nuit... Ne serait-ce que pour lui.


Jour 13 :

A midi, Gorby fut dérangé par des coups frappés timidement à sa porte. Il chassa le chat de ses genoux pour aller ouvrir, se déplaçant avec la lenteur du chagrin.

Matt Honing lui offrit un sourire déconfit, bafouillant un droit d'entrée que Gorby lui offrit sans un mot.

-L'équipe et moi avons beaucoup réfléchi hier, se lança maladroitement Matt. A vrai dire, Ben et moi nous en voulons terriblement pour ce qui s'est passé.

-Vas pas te plomber le cerveau avec ça gamin, marmotta Gorby. Tu pouvais pas savoir que tes erreurs de jeunesse causeraient tout ça. C'est pas toi qui as appuyé sur la détente.

Matt acquiesça, mal à l'aise bien qu'attaché à ce qu'il avait à dire.

-On pense que Trust Creek, ça sonne pas aussi bien que Gorby's Creek, dit-il d'une traite. Et je veux que tu signes un contrat de copropriété avec moi, ajouta-t-il dans la foulée. C'est le moins que je puisse faire. Il y aura quelques détails juridiquement parlant, mais ce n'est qu'un à côté, nous voulons retrouver Gorby's Creek et son âme d'antan.

Gorby ne sut quoi répondre, pris de court puis assailli par l'émotion, il eut la pensée rassurante qu'Elly veillait sur lui depuis là-haut pour qu'une telle chose arrive.

-Et aussi, reprit Matt avec encore plus d'hésitation, puisqu'il faut un nouvel enseignant… On a pensé à… Enfin… On s'est dit que peut-être… Noah ?

Gorby dut s'asseoir pour encaisser ce soudain réveil de Matt. Lorsqu'il inspira pour parler, il constata avec étonnement que respirer n'était plus si douloureux.

-T'es sûr que t'as pas bu gamin ?

-Certain, assura Matt dans un sourire hésitant. Tu vas y penser, hein ?

Matt eut tout le temps de craindre le pire dans l'attente de sa réponse, et lorsqu'il vit son vieil ami hocher la tête, il put enfin sourire de toutes ses dents.

-On s'organisera plus tard, je pensais fermer le séminaire une semaine après le départ d'aujourd'hui.

-Ça ne serait pas une mauvaise idée, confirma Gorby dans un sourire faible mais encourageant.

Matt lui tendit une main un peu tremblante, reste de sa nervosité, et Gorby la prit sans hésiter, encore surpris d'avoir retrouvé comment respirer.


Jane mit un certain temps à ouvrir les yeux, mais lorsqu'il réalisa que Lisbon n'était plus à côté de lui, il se sentit complètement réveillé.

Il se redressa dans le lit et vit qu'elle avait fait sa valise, elle l'avait déposée sur son lit impeccable. Elle était assise à côté, écrivant sans aucun doute les éléments de l'enquête pour un futur rapport. Il la trouva si exaspérante qu'il oublia un instant que cet empressement à tout boucler ne pouvait signifier qu'une chose.

Il se leva pour venir s'asseoir à côté d'elle sur le lit. Elle ne leva pas les yeux vers lui, et il sut qu'il l'avait bien lue.

-On n'est pas obligé de s'arrêter parce que le séminaire s'arrête, fit-il remarquer en haussant les épaules. Deux nuits et une journée, c'est plutôt court, tu ne crois pas ?

-Peut-être qu'on peut juste dire que ça n'a pas marché, suggéra-t-elle à mi-voix, comme si elle se l'était répété mille fois depuis son réveil, pour être sûre que ça sonne juste.

-J'aurai pourtant juré qu'on s'était plutôt bien débrouillé.

Lisbon posa les feuilles sur sa valise mais ne rencontra toujours pas son regard.

-Je peux comprendre que tu aies peur, insista-t-il, je ne suis pas la personne la plus facile à vivre, mais tu sais que je peux faire des efforts, je te l'ai prouvé, non ? Et puis, en deux semaines, tu as eu nombre d'occasions de me tuer, et je suis toujours en vie.

Elle ne put s'empêcher de sourire un peu.

-Je ne sais pas, avoua-t-elle. Je crois que c'est un peu trop récent, un peu trop rapide aussi.

-Tu doutes ?

-Pas toi ?

Il haussa les épaules, se détachant comme pour se protéger derrière la désinvolture.

-Je ne veux pas te blesser, souffla-t-elle, laisse-moi un peu de temps pour me faire à l'idée.

-Combien de temps ? demanda-t-il d'une voix bien mal maîtrisée pour un maître de la manipulation. Un jour, une semaine, un mois, un an ? Crois-tu que j'attendrai tout ce temps que tu fasses ton choix ?

-Si tu n'attends pas, alors peut-être que ça n'en valait pas la peine, répondit-elle aussitôt, blessée.

Il voulut lui jeter sa crainte du rejet à la figure sous forme de colère, mais il se retint, quittant le chalet en claquant la porte.


Il traversa le village de chalets pieds nus, sa chemise à moitié ouverte, les cheveux défaits, et ses pas le guidèrent malgré lui jusqu'à Gorby qui était assis sur le perron de son chalet.

-Des problèmes gamin ?

-Réveil raté, répondit-il en s'asseyant à côté de son ami. Vous tenez le coup ?

Gorby lui sourit doucement, puis lui raconta la visite de Matt dans la matinée, encore chamboulé par cette nouveauté.

-Je viens d'appeler Noah et de tout lui expliquer, termina-t-il. Il m'a dit qu'il allait y réfléchir. Comme aurait dit Elly : en langage Noah, ça veut dire oui, il ne l'a juste pas encore compris.

Jane ne se priva pas de sourire, content que son ami retrouve un cœur plus léger.

-J'ai passé des années à vivre avec des morts, à vivre pour eux, reprit Gorby. Mon Elly me manque tellement, et je crois qu'elle me manquera toujours un peu, mais désormais, je réapprends à vivre avec les vivants, et je crois que c'est une bonne chose, je crois qu'Elly aurait trouvé ça beau et plein d'espoir.

Jane hocha la tête, soudain songeur.

-Vous devriez essayer, sourit Ary en se tournant finalement vers lui. C'est un sentiment merveilleux.

-Que voulez-vous dire ?

-Qu'elle a besoin de temps, et que vous feriez mieux de lui en donner. Elle le mérite autant que vous, et elle est bien vivante.

Jane resta un moment silencieux, le temps de laisser l'idée faire son chemin, puis il laissa s'échapper un soupir avant d'offrir un léger sourire à son ami.

-Je crois que je peux faire ça, confia-t-il finalement.

Le sourire de Gorby lui confirma que c'était une bonne réponse, puis, voyant ce même sourire s'agrandir, il tourna la tête pour voir Lisbon les rejoindre, hésitante. Il lui offrit un sourire navré, elle comprit aussitôt et le remercia muettement avant de prendre des nouvelles de son vieil ami.

-Je vivrai, sourit-il avec douceur. Et je vous suis éternellement reconnaissant pour ce que vous avez fait tous les deux.

-Je crois que vous avez fait vous-même beaucoup, répondit-elle en s'asseyant à côté de lui. Après tout, nous étions des cas plutôt désespérés, Hightower ne savait plus quoi faire.

-Et tout le CBI commençait à parier sur qui tuerait l'autre le premier, ajouta Jane non sans humour.

-Merci Ary, souffla Lisbon en posant une main sur son bras, certaine qu'il comprendrait toutes les implications.

Le vieil homme lui sourit avec tendresse, lui offrant un dernier indice muet quant à la route à suivre avant de se tourner vers Jane.

-Prends soin d'elle gamin, ordonna-t-il d'un ton bouru. C'est tout ce que t'as à faire maintenant.

-Je sais, acquiesça Jane en levant les yeux vers Lisbon. Il ne me reste qu'elle.

Gorby fit aller son regard de Jane à Lisbon puis de Lisbon à Jane, leurs regards trahissaient à quel point ils venaient de se déconnecter de la réalité. Le vieil homme sourit, certain que sa dernière leçon ferait son chemin avec un peu de temps.

Ils passèrent le reste de la journée –leur première et dernière à Gorby's Creek– à parler tous les trois sur les marches, jusqu'à l'arrivée du bus qui devait les ramener à leur quotidien. Et la pensée rassurante d'un quotidien modifié, plus facile à vivre, rendit les adieux moins durs. La promesse de se revoir ne fut pas faite en l'air. Il y avait plus à apprendre d'un ami que d'un séminaire idiot.

Lorsque le bus s'éloigna, laissant Gorby à sa vie retrouvée, Lisbon ne put s'empêcher de penser à quel point il lui manquerait. Puis, dans un écho presque parfait au voyage d'aller, elle posa sa tête sur l'épaule de Jane et ferma les yeux. Sauf que cette fois, les doigts de Jane étaient liés aux siens, comme soudés par la force de leurs liens.

Il passa tout le trajet à espérer que ça suffirait à un choix en sa faveur.


Je ne mets pas d'extrait de l'épilogue, je n'en ai pas trouvé à mon goût. Il sera en ligne jeudi soir ou vendredi matin.
D'ici là, je n'ai rien contre l'expression de vos avis ! =)