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Oui, ça fait totalement partie des ajouts de la fic de base ;)
Chapitre n°9 :
Leçons particulières
Le réfectoire était un endroit très fréquenté et bruyant. Les tables étaient éraflées et, bien qu'elles soient méticuleusement nettoyées après chaque repas, elles étaient encore tachées par les éclaboussures de café et les monstruosités bouillies que le Camp Lehigh jugeait bon de servir le mardi.
Steve était en train de fouiller dans cette mystérieuse casserole lorsqu'une secrétaire inconnue vint le chercher, ce qui fit que tout le monde dans le hall se leva et le remarqua alors qu'il était conduit hors du mess, perplexe. Il n'avait rien fait pour mériter une réprimande officielle, il s'était même montré plus prévenant qu'il ne l'aurait jamais cru possible, et chaque fois que lui et Hodge s'étaient disputés, tous deux étaient prompts à s'arrêter avant que Duffy ou Phillips n'aient à s'en mêler. Hodge aimait repousser les limites de la patience de Steve et des règles du camp, mais il ne désobéissait jamais ouvertement à un ordre et prenait soin de ne pas paraître insubordonné en public. En privé, le petit espace de Steve dans les baraquements fut modifié plus d'une fois. Rien d'important, juste un drap défait, ou ses bottes non lacées et jetées au hasard sous le lit. Steve ne réagissait pas extérieurement, mais à l'intérieur, il bouillonnait. Bucky serait fier de sa retenue.
Mais au lieu d'être conduit au bureau de Phillips une fois qu'ils furent entrés dans l'immeuble, la secrétaire se dirigea vers une autre porte et frappa deux fois. À la grande surprise de Steve, ce fut l'agent Carter qui apparut pour remercier la secrétaire avant de faire signe à Steve d'entrer.
Son bureau était une petite pièce partagées avec quatre bureaux serrés au centre pour permettre un accès aussi large que possible aux murs. Des tableaux en liège débordants étaient accrochés sur les moitiés supérieures des murs, tandis que des armoires à dossier obscurcissaient les moitiés inférieures. Des odeurs agréables d'encre de machine à écrire, de papier et de café flottaient dans l'air.
Steve se mit en position d'attente, réprimant l'envie de saluer tout en sachant que ce ne serait pas correct. Il y avait quelque chose chez Carter qui donnait l'impression qu'elle le surpassait par sa seule personnalité, et donc, le repos de parade semblait le plus sûr.
Carter le regardait, mais quelles qu'étaient les conclusions qu'elle tirait, elle les garda pour elle, sans rien montrer sur son visage. C'était une sensation curieuse, d'être jugé et pourtant tenu en haleine. D'habitude, les gens étaient impatients de montrer à quel point ils le trouvaient nul. Est-ce qu'elle attendait qu'il fasse quelque chose ? Il n'avait jamais été invité à rejoindre une femme seule auparavant. Y avait-il trop de contact visuel ? Quelle était la bonne quantité de contact visuel ?
- Avez-vous déjà eu un entraînement formel au corps à corps ? demanda-t-elle enfin.
- Non, m'dame.
- Informel, alors ?
- Un peu, m'dame. Un ami a essayé de m'apprendre la boxe, mais il n'avait pas de formation formelle non plus.
- Un ami ?
- Il est sergent maintenant, m'dame. Il a été envoyé en mission.
Carter hocha la tête, comme pour elle-même.
- Ça explique beaucoup de choses.
- Je vous demande pardon, madame ?
- Vous essayez de vous battre comme un homme qui fait deux fois votre taille, dit-elle sans ambages, le regard direct. Comme quelqu'un qui ne compte que sur sa force. Ça ne vous rend pas service, et les recrues le savent toutes.
Donc, il était ici pour un savon et il avait été jugé insuffisant. Il devrait y être habitué, mais ça piquait quand même, surtout de la part de Carter qui avait supervisé une partie de leur entraînement et qui n'hésitait jamais à faire claquer le fouet métaphorique lorsqu'elle n'était pas satisfaite de leurs efforts. Curieusement, elle n'avait jamais abordé ces questions directement avec Steve auparavant, ce qui rendait la question encore plus inconfortable. Était-il si mauvais qu'il devait être réprimandé en privé ?
- Je vais faire au mieux, madame.
Que pouvait-il dire d'autre ? Je vais grandir de dix centimètres et prendre vingt kilos pour mettre du poids derrière mes coups de poing ? Un peu plus de rembourrage pourrait rendre les coups plus faciles à encaisser, maintenant qu'il y pensait.
- En effet, dit Carter, parce que je vais être en charge de votre entraînement supplémentaire à partir de maintenant.
Pendant un instant, Steve fut presque sûr d'avoir mal compris. C'était déjà arrivé. Sa mauvaise oreille déformait les mots prononcés, son cerveau les traduisait en quelque chose de complètement différent. Ses manières l'abandonnèrent et il bafouilla des syllabes sans signification, sans former de mots corrects.
L'agent Carter le regardait fixement, un défi dans les yeux.
- Le sergent Duffy est un bon officier qui sait comment tirer le meilleur de ses hommes. Mais il n'a jamais entraîné quelqu'un comme vous auparavant. Moi non plus, mais je suis familière avec le type de combat qui ne repose pas uniquement sur les muscles.
Steve resta bouche bée comme un poisson hors de l'eau. Une ombre passa sur le visage de Carter, pas tout à fait de l'agacement mais quelque chose d'approchant. Elle semblait prête à se battre avec Steve pour lui montrer à quel point elle était capable.
Il n'y avait qu'une seule réponse à donner.
- Oui, madame.
Elle se détendit légèrement, satisfaite de sa réponse. Steve n'arrivait pas à la regarder dans les yeux. Après lui avoir dit de garder leur accord pour lui et où la retrouver, elle le renvoya.
