Disclaimer: L'histoire appartient à Domysticated et les personnages à Stephenie Meyer. Je ne suis que la traductrice de cette belle histoire.
Ooo
Le son strident de mon téléphone me réveille. Je mets ma tête sous mon oreiller, déterminé à l'ignorer, mais il ne renonce pas. Il sonne, sonne, sonne, chaque note creusant plus profondément dans mon crâne,battant en accord avec mes maux de tête.
Celui qui appelle sait que je suis endormi et n'en a rien à foutre. En fait, celui qui appelle en insistant autant veut me réveiller. Ce qui ne peut désigner qu'une seule personne. Après avoir compté vingts sonneries, je rejette à contre-cœur les couvertures et sort dans le couloir pour prendre le combiné.
«Emmett, connard.» Ma voix est rauque et maltraitée, douloureuse à mes oreilles.
«Bonjour à toi, soleil. Comment as-tu su que c'était moi?» Le salaud à l'indécence d'éclater de rire, et les bruits de son rire ouvrent une autre douleur lancinante dans mon crane.
«Quoi?»Abois-je dans le récepteur.
«Il est onze heures et demie et tu sais que si tu n'est pas ici dans 45 minutes, Leah va te couper les couilles et les miennes aussi, pour faire bonne mesure.» Sa voix est toujours amusée, mais je peux entendre la fatigue travaille deux fois plus en ce moment, et étudie durant son temps libre. Mon frère ne se repose jamais.
«Merde.» Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais dormi si longtemps et je sais qu'il a raison, Leah prends très mal le retard au repas du dimanche.
«Ouais, merde. Maintenant, va laver ton beau visage et amène ton cul ici.»
Il raccroche et je me dirige directement dans la douche. L'eau chaude me réveille et enlève les odeurs de la nuit dernière: de la cigarette et du parfum impétueux, des vapeurs d'alcool et du souffle éventé. Je reste dessous plus longtemps que nécessaire, laissant la chaleur détendre mes épaules tendues, mon dos, mes avant-bras. Et puis reste un moment de plus pour atténuer mon mal de tête.
J'arrive à la maison d'Emmett à exactement midi quinze, c'est juste au coin de la rue et je suis pris dans la familière, joyeuse confusion de leur endroit. La musique, sort de la cuisine un quelconque air de Latino horrible, une sorte de truc que Leah aime ainsi que des bibelots et des meubles partout et les manuels de mon frère sont étalés partout sur la table basse.
Je me permets d'entrer, la porte est entrebâillée, et m'avance dans la cuisine pour trouver Leah qui tranche méchamment quelque chose tandis qu'Emmett lave des plats. Je connais bien son amusement pour être si battu, n'ayant toujours pas oublié la façon sérieuse lorsqu'il m'a menacé après une plaisanterie de trop: « les américains aident à la maison, Edward.»
Mon frère est très sérieux au sujet de sa virilité, mais plus encore d'être américain.
Je me penche pour embrasser Leah sur la joue.
«Hé chica, tu sembles moins verte aujourd'hui.» Elle me donne un petit coup avec une peau d'oignon et répond sans manquer de me frapper. « On suppose que tu dis que je suis rougeoyante, tu sais!»
«Rougeoyante vert néon, oui.»Riant fort, je m'éloigne avant qu'elle puisse me rattraper. Je me dirige vers Emmett et lui tape dans le dos.
«Comment fais-tu, mec?»
Il hoche la tête, tourne le robinet, et marche avec moi jusqu'au salon. Il a l'air épuisé.
«Tu as l'air comme de la merde, Emmett.»
«Bien, merci, toi aussi, mec.»Il se laisse tomber sur le canapé en soupirant profondément, puis passe une main sur son visage, avant de se pencher en avant, les coudes sur les cuisses.
«Non, sérieusement, tu devrais comprendre facilement … ne pouvez pas vous disputer avant même que le bébé ne se montre, pas vrai?»
Emmett m'ignore et change de sujet.
«Alors quoi de neuf, Edward?»
Je suis penché en arrière sur ma chaise, feuilletant distraitement un vieux magazine.
«Tu sais, toujours pareil. L'école est bien, le club est bon. Beaucoup de minettes pour me garder heureux.»
Emmett renifle à cela, et j'entends Leah hurler de la cuisine: « j'ai entendu dire que tu es un perdant!»
Je ris. J'exagère toujours pour leur avantage, mais il est vrai qu'Emmett et par défaut Leah, désapprouvent mon style de vie. De temps en temps ça me dérange, mais pas assez pour faire quelque chose à ce sujet. Je suis sacrément heureux avec ma vie et les filles font partie de ce qui rend l'affaire si douce.
Nous nous asseyons pour déjeuner et il ne se passe pas longtemps avant que je ne remarque l'étrange ambiance, tendue entre Emmett et Leah. Elle continue de le regarder d'une façon chargée, significative et il continue à secouer la tête subrepticement; chuchotant là des mots, continuant un tableau entier d'instructions silencieuses. D'abord, je suppose que c'est quelque chose de privé, quelque chose à avoir avec l'argent. Je sais que Leah est très malade et a dû manquer des changements récemment et avec le bébé à venir, ça fait beaucoup dans leurs esprits, mais après quelque temps, ça commence à m'énerver. Je viens ici pour me détendre et me reconnecter avec ma famille, pas pour absorber leur combat intérieur.
«Qu'est-ce qui se passe?»Je demande soudainement, et tous deux, Emmett et Leah s'arrêtent,au milieu de leur bouchée, ressemblant au cerf attrapé dans les phares proverbiaux.
«Hum ...rien. Pourquoi?» Emmett est si merdiquement faux; ce serait comique si ce n'était pas si pathétique.
«Oh allez, les gars. C'est évident qu'il se passe quelque chose. Allez-vous me dire ce que c'est, ou dois-je commencer à deviner?»
Un silence pesant tombe sur la tablée. Leah est la première à parler.
«Tu dois juste lui dire.»
«Tais-toi», répond Emmett dans un chuchotement inhabituellement furieux . Je suis choqué, même si Leah semble imperturbable.
«Il a le droit de savoir.»
«Hé, c'est quoi ce bordel? Il est juste ici. Qu'ai-je le droit de savoir? Allez les gars, c'est quoi?»
Je suis agité maintenant, parce que Leah et Emmett ne se dispute jamais, ne sont jamais en désaccord, ainsi quoi que ce soit, cela doit être important. Et si ça m'implique …, eh bien, ça ne peut pas être bon.
Emmett regarde attentivement la nourriture dans son assiette et je peut presque le voir penser à quoi faire. Leah le regarde fixement en fronçant les sourcils, déterminé, que j'ai appris à connaître et craindre au cours des années. Elle place une main douce sur son bras et le serre d'une manière rassurante.
«C'est la bonne chose à faire, bébé.»
Encouragé par ses paroles, Emmett relève enfin la tête et me regarde, il secoue minutieusement la tête, pousse alors sa chaise et quitte la pièce.
Il revient quelques minutes plus tard, tenant quelque chose dans ses mains. Il se rassied et me regarde avec un visage sérieux.
«Tu sais, c'est ta vie, donc tu peux faire ce que tu veux avec cela. Et je sais que ça t'énerve quand je te dis quoi faire. Mais tu dois savoir ce que je pense de ce... tout ça c'est … est une mauvaise idée. Le passé devrait resté dans le passé.»
Son ton solennel me déconcerte. Emmett a seulement deux ans de plus que moi mais il s'est occupé de moi toute sa vie, d'une façon douce, modeste, sans jamais le faire paraître comme si c'était important. Il fait rarement des déclarations ou donne rarement des conseils, mais je déteste admettre que quand il le fait, il a généralement raison.
«C'est quoi ce bordel, Emmett? Craches-le déjà», dis-je, forçant les mots d'entre mes dents serrées.
Emmett étend lentement ses bras, et détourne le regard lorsqu'il me tend un petit morceau de papier. C'est une carte de visite. Au début, je suis soulagé: quel mal peut faire une carte de visite? La façon dont ils se sont comportés va vers ce sujet, on pourrait penser que c'était un colis de drogue ou quelque chose d'aussi explosif.
Je le prends, sans comprendre, et cherche en lui et Leah avant de me focaliser sur elle.
Je lis les mots: nom, titre, numéro de téléphone, email et rien ne signifie quelque chose au début. Je le relis, embarrassé, incrédule. Ça me prend une minute pour enregistrer ce que ça dit et ça ressemble d'abord à une énigme, comme une de ceux qui créent des anagrammes de lettres que vous devez analyser pendant un certain temps avant d'en saisir la signification desmots cachés derrière.
Isabella Swan Dr, PhD.
Isabella Swan … Bella Swan … Bella.
Bella.
Soudainement c'est comme si la pièce était devenue noire. Ma tête tourne, mon cœur commence à s'emballer de façon impossible dans ma poitrine et mon souffle est si rapide que je dois ouvrir la bouche pour prendre de l'air. Mes mains tremblent et les mots sur le petit papier commencent à danser et je me demande si j'ai une crise de panique.
Je suis vaguement conscient d'une main sur mon épaule et j'essaye de l'ignorer, mais alors c'est deux mains, deux mains chaudes, douces, douces traçant des cercles sur mon dos et j'entends la voix calmante de Leah dans la distance, murmurant des mots encourageants. J'essaye de m'accrocher à ces mots, essayer de lutter pour refaire surface de là où je me suis noyé. Je saisis sa main et me retourne pour la regarder - et dans ses yeux noirs profonds je trouve une ancre.
«Edward.»
J'essaye de détourner le regard, mais elle prend mon visage avec ses deux mains et me force à la regarder.
«Edward.»
Je hoche la tête.
«Quoi qu'il en soit … Je sais que tu peux le gérer. Emmett … il veut te protéger, il ne veut pas te voir souffrir. Tu le sais, non? Mais tu n'es plus un gamin, tu n'as pas besoin d'être protégé. Ceci est ta vie, et tout arrive pour une raison. Tu es un homme, Edward, un homme fort. Rien ne peux te blesser si mauvais que tu ne peux pas y faire face.
Je laisse ma belle-sœur m'étreindre comme j'enterre mon visage dans son estomac grandissant , me concentrant sur le fait que je suis éloigné de quelques simples centimètres de mon neveu ou ma nièce. La pensée est étrangement rassurante et je laisse ses bras forts me calmer, me rendant compte que cette jeune femme, qui est presque une sœur, est la plus proche d'une mère que je n'aurai jamais .
Nous restons comme ça pendant ce qui paraît des heures, mais c'est probablement seulement quelques minutes. Emmett n'est nul part en vue, et je suppose que c'est parce qu'il ne veut pas me voir faire une dépression. Je sais que nous ne parlerons jamais de cela. Nous ne sommes pas le genre de types à parler.
Je me ressaisis. Une dépression? Après tout ce temps? Non, bien sur que non. Je suis un homme différent. Je suis un homme. Leah est droite. C'est juste un nom, juste un souvenir. Je peux juste en faire abstraction. Oubliez ça.
Je me lève, câline Leah une dernière fois, crie mes adieux à Emmett et fuis précipitamment de leur soudain trop petit, étouffant logement. Je cours dans les escaliers jusqu'à ce que je sois à l'extérieur, et je respire dans l'air humide et épais, me forçant à compter chaque souffle, me forçant à respirer sur un rythme de respiration: un, deux, trois. Et encore. Un, deux, trois, respirer … jusqu'à ce que je sois de nouveau en contrôle.
Je commence à marcher dans la rue, les mains dans mes poches, mes doigts jouant avec le morceau de papier explosif que je serre toujours.
J'essaie de garder ma tête vide, afin d'éviter la tentation et d'être simplement replongé dans l'enfer que fut ma vie précédente. J'ai la liste des faits que je connais dans ma tête.
Je suis Edward Masen. Je suis un citoyen américain. J'enseigne la composition et la performance instrumentale au centre des arts du Collège libéral. Je joue du piano au Mike chaque week-end, les gens paient beaucoup d'argent pour m'écouter, je vais enregistrer mon premier CD. Je baise bien et veux faire les choses en grand, c'est juste une question de temps. J'ai un compte épargne avec plus d'un millier de dollars dessus. J'ai des filles, et des amis, et un bel appartement. J'ai un frère et une belle-sœur et je vais bientôt être l'oncle d'un bébé qui se penchera tout comme eux. J' ai de beaux vêtements et des chaussures de désigner et un réfrigérateur plein de nourriture.
C'est ma vie.
Et pourtant il a fallu quelques syllabes sur un morceau de papier pour me replonger en enfer.
Bella.
J'ai peur, je suis solitaire, un adolescent désespéré. J'ai froid, faim, je suis en colère. Je suis invisible. J'ai tout perdu. J'ai perdu tout le monde. Tout ce que mes mains ont touchées ou jouées avec, ou tenues sont des cigarettes et quelques pièces sales. Je n'ai pas de passeport, pas de perspectives, pas de nom. Je suis du bois flotté, je suis une ordure; je ne suis pas humain. Je ne suis rien.
Bella.
Je suis excité, j'ai faim, je suis perdu dans son toucher et son parfum. Je suce la vie de son âme perplexe, suce la chaleur de son corps disposé. Je prends son plaisir et en suis un cauchemar et elle ne le sait même pas. Je la veux, je la regrette, je rêve d'elle. Je vois son visage dans chaque femme qui passe, et c'est douloureux, pensant qu'elle ne reviendra pas vers moi encore une fois. Et quand elle le fait, je la dévore, je m'enfonce en elle, je me perds en elle. Je l'aime. Elle est tout.
Bella.
J'ai deux heures pour ranger. Je veux courir. J'essaie de courir. Des bras forts me maintiennent,une claque sur mon visage.«Remets-toi, c'est notre chance.»Je suis dans un bus, un train,dans un avion. Vers mon avenir, loin de l'enfer. Loin d' de moi des acclamations, et des prièresde remerciement,et le calme, pleurs reconnaissants. Nous avons de la chance, sommes si chanceux,les plus chanceux. Papiers, noms, passeports, et écoles et emplois.
Bella.
Je suis de nouveau seul. Je pensais que je ne pouvais plus perdre quoi que ce soit d'autre, quelqu'un d'autre, et j'ai tout perdu, encore une fois. Ma poitrine me fait mal, mon estomac me fait mal, mon âme me fait me réveille du cauchemar, ensommeillé, suant et vois son visage dans chaque femme qui passe, et chaque fois que ce n'est pas elle, mon cœur se durcit un peu plus. Je suis quelque chose, je suis quelqu'un. Je suis vide.
Bella.
J'ai choisis la vie. Je me suis choisis. Je dois vivre, pour me sauver. J'ai promis de vous trouver, mais ce n'était pas le vœu que j'ai fait. J'ai également promis que je lutterai, j'ai promis que je serais un homme. J'ai promis d'aimer mon nouveau pays, d'être courageux et libre. J'ai promis de jouer du piano. J'ai promis de rembourser mon frère. J'ai accomplis toutes ces promesses.
Bella.
J'ai promis de te trouver, et moi je t'ai raté.
Et maintenant, tu m'as trouvé. Encore une fois.
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Je marche pendant des heures, mon humeur devenant plus sombre et orageuse en côtoyant le temps. J'arrive à la maison après que la nuit soit tombée et tout semble plus sombre, plus triste. Je me prépare un sandwich pour le diner et m'assois sur le sofa avec une bière, regardant des séries stupides et des drames hospitaliers. J'essaye distraitement de travailler sur un nouveau morceau, mais réussi seulement à frapper des notes discordantes et des mélodies éculées.
Je vais me coucher, mais le sommeil m'échappe. Je remue et me tourne pendant des heures, essayant rageusement de garder les pensées à distance. Le petit morceau de papier dans la poche de mon manteau ressemble à un certain gigantesque, fort, clignotant explosif qui m' résiste à l'envie de le toucher du doigt jusqu'à ce que je le déchiquette, et je me bats avec tout mon sang-froid pour éloigner chaque pensée de ce que ce morceau de papier représente.
Je comprends pourquoi Emmett a voulu le garder loin de moi, et d'une certaine façon, j'aurais voulu qu'il ait fait. Cette partie de ma vie est finie, une porte fermée que je ne veux jamais rouvrir. Nous avons fait un pacte silencieux, mon frère et moi, ne jamais revoir, ne jamais céder, ne jamais avoir de regrets. Il sait, comme je sais, que si ce barrage s'ouvre, il inondera nos vies d'une manière chaotique et que nous risquons d'êtres détruits par les débris de notre passé. Nous avons perdu beaucoup, et ces douleurs , ont blessées certaines parties de notre âme qui ont été au mieux, amputées et cautérisées. Oubliées.
Nous vivons pour le présent, vivons pour l'avenir.
Il y a eu un temps ou j'aurai donné tout ce que j'avais pour retrouver Bella. Elle était la lumière dans l'obscurité, la beauté dans un monde de laideur, un pont entre mon passé et mon avenir. Je me suis accroché à elle et à son souvenir, comme un homme se noyant à un radeau. Mais plus le temps a passé et plus notre temps bref ensemble s'est éloigné et est devenu onirique, elle est devenue une obsession, une idée fixe, déformée, lorgnant le fruit de mon imagination.
J'avais l'habitude d'avoir des cauchemars, cruels et horribles, ou je l'ai trouvé sous la pluie, dans le brouillard, dans la neige, étendue pour elle, seulement pour qu'elle soit dissoute lorsque je l'ai touché; ou transformer en monstre, ou quelqu'un d'autre. Chaque fois que je me réveillais, c'était comme de l'avoir perdu à nouveau. Chaque fois que je me suis rendu compte que ce n'était pas vrai, j'ai eu mal parce que son image devenait de plus en plus flou, plus déformée, écrasée par ces torsions maladives de mon subconscient.
Au cours des années, les cauchemars ont faiblis et toutes les pensées de Bella ont été enfermées dans un coin sombre, non visité de mon esprit.
Je ne mens pas quand je dis que je n'avais pas tellement pensé à elle depuis des années.
Et maintenant … cela.
Je ne veux pas la voir. Je ne veux pas retourner au désir et au regret. Je ne veux pas me sentir perdu et désespéré de nouveau.
Je ne veux pas risquer de découvrir qu'elle est devenue grosse, ou laide, ou qu'elle est mariée avec des enfants. Ou qu'elle n'a jamais vraiment été jolie, jamais douce, jamais intelligente, mais qu'elle a toujours été une moyenne, fille bizarre, à aller s'encanailler. Peut-être qu'elle pense que je suis toujours un perdant et queje suis la proie idéale et c'est pourquoi elle essaye de se mettre en contact.
Bien, je ne suis pas un perdant, et je ne veux pas découvrir qui elle est, non plus.
Pourquoi l'aurais-je recherchée, seulement souffrir à nouveau ?
Ooo
Les jours passent puis les semaines. La petite carte de visite est toujours là, brûlant un trou dans ma poche, collectant la poussière sur ma table de nuit. Je me dis que je vais la jeter, mais ne peux pas me permettre de le faire réellement. Ça me ronge et je me hais pour cela. Malgré tous mes efforts pour l'ignorer, la pensée de Bella, Swan, vit,selon la carte de visite si près de moi, enfin à portée de mainpénètre ma conscience avec une régularité croissante.
Juste un regard.
Pas intéressé.
Un coup d'œil ne fait pas de mal.
Tu devrais savoir au sujet du mal.
Je n'ai pas à lui parler.
Sois un homme.
Quel con.
Et puis je ne peux plus lutter contre cela. C'est en fin de journée, un mercredi. Mes cours sont terminés car l'étudiant que j'ai en tutorat a annulé à la dernière minute. Je monte dans ma voiture, avec l'intention de rentrer chez moi, mais sans le remarquer, je commence à conduire dans la direction opposée, vers l'Université. J'ai mémorisé l'adresse de sa carte, et il ne pas fallu longtemps pour trouver le bâtiment PoliSci. J'éteins le moteur et attends dans la voiture.
Je ne sais pas ce que j'attends. Vais-je la voir? Ça semble absurde. Va t-elle me voir? Probablement pas. Vais-je la reconnaître? C'est insensé.Un souvenir en attente, la peur d'elle ne se présente pas, la crainte qu'elle est changée d'avis... tout me reviens et je suis de nouveau tenté de partiret de laisser tout le reste.
Les gens afflux hors du bâtiment dans un flot continu, et mon cœur bat la chamade et s'arrête à chaque fois qu'une jeune fille en sort. Mais ce n'est pas elle. Jamais elle. Je me sens comme si j'avais vécu ce moment un million de fois, et chaque fois je pense que je ne pas en supporter plus.
Et puis je la vois. Ça ne fait aucun doute que c'est elle, il ne pourrait jamais y avoir le moindre doute.
Elle sort du bâtiment seule, ses yeux sur le sol, distraits, n'observant pas vraiment quoi que ce soit ou quelqu'un autour d'elle. Elle dit au revoir à quelqu'un d'un signe de la main, et marche en avant avec des petits pas rapides. A cette distance, je ne peux pas vraiment discerner ses caractéristiques, mais je suis frappé comme petite et jeune, elle a l'air. Je dois me rappeler qu'elle doit avoir 26 ou 27 ans maintenant … elle est seulement légèrement plus jeune que moi, et pourtant elle ressemble toujours à une adolescente, comme une recrue au plus;vouée aux jeans, des bottines, une veste de style militaire et un sac à bandoulière passé en travers de son corps. Alors qu'elle marche à travers le parking, elle apporte une main à sa bouche et commence à mordre un doigt, distraitement; elle se redresse et j'attrape un aperçu rapide de son visage dans la lumière d'un réverbère voisin. Ce flash est suffisant pour me faire presque me courber en deux dans la douleur.
Elle est exactement comme je m'en souviens. Je ne rêve pas ces yeux, ces lèvres, ce nez trop petit. Je n'ai pas rêvé sa pâleur ou ses petites oreilles décollées. C'est comme si le temps s'était arrêté, comme si rien n'avait changé au cours de ces dix années. Les vannes ouvertes, les souvenirs se déversent violemment et avec colère, des mots et des rêves et des cauchemars brisent ma lutte pour me maitriser et me détruire.
Je monte dans ma voiture et pars sans regarder derrière moi.
ooo
Je reste à l'écart.
Je veux travailler et jouer et planifier et baiser et profiter de la vie. J'échoue.
Je pense à elle sans cesse.
Je suis en colère contre la façon dont je suis facilement distrait.
Je suis en colère.
Je veux qu'elle disparaisse. Je veux retourner à ma facile, bonne vie. Je ne veux rien du passé, rien de mon passé.
Je ne veux pas être cevulnérable, ce nécessiteux.
Je ne veux pas qu'elle soit réelle.
Je veux la revoir. Je la veux.
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Je l'attends dans la nuit sur le parking, je l'espionne, l'ai même suivi jusqu'à son domicile une fois. Je veux tout savoir sur elle, tout ce que je peux apprendre à partir de ses vêtements, ses cheveux, la façon dont elle marche et la voiture qu'elle conduit.
J'apprends qu'elle quitte le bureau en retard, presque chaque nuit, souvent les samedis et dimanches aussi. J'apprends qu'elle est presque toujours seule; qu'elle est fatiguée, triste et las, malgré son apparence d'adolescente. J'apprends qu'elle n'a aucune idée, ou peut-être pas d'intérêt, pour la mode et les choses comme une exubérante et épaisse coiffureet le maquillage. J'apprends qu'elle sourit rarement et me demande pourquoi.
J'apprends aussi que mon cœur se brise toujours pour elle, juste elle. Ça me met en colère que cette fille, cette fille que je négligerai dans une foule un million de fois, cette fille moins belle, moins imposante, moins charmante que n'importe laquelle des femmes que j'ai eu au cours des années, a tant de pouvoir sur moi.
Maintes fois je me promets que je m'éloignerai, ne reviendrai pas, que je la laisserai seule.
Maintes fois je me rappelle de quelle distance j'ai parcouru. Je n'ai pas besoin d'elle, n'ai pas besoin d'une petite fille à l'air triste de mon passé triste. Je veux être fort, pas faible et indigent.
Je l'ai vu, je sais. Elle est réelle, elle existe.
Je me suis éloigné d'elle une fois et peux m'éloigner d'elle de nouveau. Aucun lien, aucun bagage. J'ai assez de cela pour durer toute ma vie.
Mais il y a toutes les choses que je ne connais pas. Les choses comme celles dont je ne peux plus me souvenir, autant que j'essaie. Son parfum. Sa voix. Ce dont elle a envie quand je suis à l'intérieur d'elle. Ses doigts souples sur mon dos. Ceux me relaxant, ses mains sûres passant dans mes cheveux, me réchauffant, me donnant espoir. Ses lèvres, alternativement abandonnantes et demandantes.
Son courage, sa clarté. Comment elle m'a accepté et m'a cherché et m'a tiré en arrière, à maintes reprises, quand je n'avais rien, quand je n'étais rien.
Et je meurs d'envie de me rappeler, désespéré de vivre cela à nouveau. Désespéré de toucher ce que j'ai vu.
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Je sors de la voiture. Elle n'est pas encore dehors et c'est plus tard que d'habitude, ce soir. Je marche à pas mesurés, je marche, je pense un million de fois à repartir. Je souhaite, au-dessus de tout, avoir une cigarette. Finalement, je m'appuie contre un mur bas et c'est là que je la vois.
Elle est si absorbée, si distraite qu'elle ne me remarque pas avant qu'elle ne soit debout juste en face de moi. Elle lève la tête, me voit. Elle laisse tomber quelque chose, sa main se pose sur sa bouche, ses yeux s'agrandissent.
Sa voix: un chuchotement étranglé, rauque. Mon nom sur ses lèvres: une prière, un cri perçant, une chanson.
«Edward.»
ooo
