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Chapitre n°4 :

Retour à l'instinct primaire


La chaleur rayonnante de l'étoile de Bal'demnic tapait sur sa peau, et un vent du large persistant tendait sa tunique. À l'ouest et au sud, aussi loin que portait son regard, il ne voyait qu'une vaste étendue d'océan azur, parsemée d'écume blanche là où la mer frappait les côtes. Des collines accidentées et dénudées disparaissaient dans la brume de l'océan. Plagueis imaginait l'époque où la forêt recouvrait le paysage, avant que les indigènes – les Kon'me – n'abattent les arbres pour se procurer du matériau de construction et du bois de chauffage. À présent, la végétation qui avait survécu se limitait aux gorges escarpées qui séparaient les collines marron. Une beauté sombre.

Cette planète a peut-être plus à offrir que des minerais de cortosis, songea-t-il.

Plagueis, qui avait résidé pendant presque toute son existence sur Muunilinst, connaissait les mondes océaniques. Mais contrairement à la plupart des Muuns, il était également habitué aux planètes éloignées et technologiquement primitives, car il avait passé son enfance et son adolescence sur plusieurs planètes et lunes pareilles à celle-ci.

À mesure que cet hémisphère de Bal'demnic plongeait rapidement dans la nuit, le vent augmentait en puissance et la température baissait. D'après la carte du comlink, le spatioport principal de la planète n'était qu'à quelques centaines de kilomètres au sud. Tenebrous avait volontairement contourné le port lors de leur approche, préférant survoler la calotte glaciaire au nord plutôt que la mer. Plagueis calcula qu'il pouvait atteindre le spatioport le lendemain soir, ce qui lui laisserait encore une semaine standard complète pour rejoindre Muunilinst afin d'organiser la Réunion sur Sojourn. Mais il savait aussi qu'il allait devoir traverser des régions habitées à la fois par l'élite et la plèbe kon'me. Il décida donc de voyager de nuit pour éviter tout contact avec ces reptiliens particulièrement répugnants et xénophobes.

Il était inutile de laisser des cadavres sur son passage.

Il resserra la ceinture de sa tunique et se mit en route, lentement d'abord, puis il prit de la vitesse jusqu'à devenir, aux yeux d'un observateur, une image floue et fulgurante, un tourbillon de poussière poursuivant sa course à travers le terrain dégagé. Il n'avait pas encore couru très loin lorsqu'il tomba par hasard sur un sentier rudimentaire, portant par endroits des traces de pas d'indigènes. Il s'arrêta pour les examiner. Ces empreintes appartenaient à des Kon'me de classe inférieure qui évoluaient pieds nus. Il s'agissait probablement des pêcheurs dont les habitations aux toits de chaume parsemaient la côte. Plagueis évalua la taille et le poids des reptiles à qui appartenaient ces traces, et estima le temps qui s'était écoulé depuis leur passage. Il se releva, examina les collines ocre, puis renifla le vent en regrettant de ne pas posséder ne fût-ce qu'une once de l'acuité olfactive de Tenebrous. Plus loin, il allait inévitablement rencontrer l'élite Kon'me, ou à tout le moins leurs maisons en forme de dôme accrochées à flanc de falaise.

La nuit tomba alors qu'il reprenait son rythme. L'océan brillait de reflets argentés sous la lumière des étoiles, et les plantes à floraison nocturne chargeaient l'air humide de leurs effluves entêtants. Les prédateurs de toutes tailles avaient été chassés jusqu'à leur extinction sur les îles-continents du nord, mais les gorges profondes abritaient encore d'innombrables variétés d'insectes voraces qui se jetaient sur Plagueis tandis qu'il traversait les taillis épais. Il abaissa sa température corporelle et ralentit sa respiration pour modifier le mélange des gaz dans ses expirations, mais cela ne suffit pas à dissuader les insectes. Au bout d'un moment, il cessa donc toute tentative de les éloigner et capitula face à leur soif de sang. Ils purent ainsi sucer et mordre librement son visage, son cou et ses mains.

Qu'ils dévorent l'ancien Plagueis, pensa-t-il.

Dans la forêt sombre de cette planète lointaine, alors que le vent salé sifflait entre les arbres et que les vagues se fracassaient au loin comme un tambour au rythme incessant, il fuirait cet enfer dans lequel les Sith étaient embourbés. Enfin réveillé après un millénaire entier de léthargie, le pouvoir du Côté Obscur renaîtrait et Plagueis accomplirait le plan élaboré de longue date.

Il courut dans la nuit et se mit à l'abri dans une grotte étroite, tandis que la brume matinale se dissipait des cavités. Il était encore tôt, mais les indigènes aux écailles bleues s'activaient déjà. Ils sortaient de leurs huttes pour jeter leurs filets dans les vagues déferlantes, ou pour pagayer sur leurs bateaux vers des étendues de récifs et des îlots tout proches. Le meilleur de leur pêche serait emporté dans les montagnes pour remplir l'estomac des riches, qui avaient la responsabilité de l'avenir politique et économique de Bal'demnic. Leurs voix gutturales parvenaient jusqu'à la grotte, qui encerclait Plagueis comme les murs d'un tombeau. Il comprenait certains des mots qu'ils échangeaient.

Il essaya de s'endormir, sans succès, et il regretta d'avoir encore besoin de sommeil. Tenebrous ne dormait jamais, comme la plupart des Bith. Éveillé, dans la chaleur oppressante, il se rejoua les événements de la veille, encore un peu stupéfait de ce qu'il avait fait. La Force lui avait murmuré : Ton heure est arrivée. Exige ta part au Côté Obscur. Agis maintenant et que tout soit terminé. Mais la Force n'avait fait que le conseiller. Elle ne lui avait pas dicté ses actions, elle n'avait pas guidé sa main. C'était lui seul qui avait agi. Il savait, grâce à ses voyages avec et sans Tenebrous, qu'il n'était pas le seul adepte du Côté Obscur dans la galaxie – ni le seul Sith, d'ailleurs, car les prétendants étaient nombreux dans la galaxie –, mais il était désormais le seul Seigneur Sith descendant de la lignée de Bane. Un véritable Sith. Cette prise de conscience éveilla le pouvoir brut enfoui en lui.

Et pourtant...

Lorsqu'il entrait en contact avec la Force, il sentait la présence de quelque chose ou de quelqu'un dont le pouvoir était presque égal au sien. Était-ce le Côté Obscur lui-même, ou simplement la matérialisation de ses doutes ? Il avait lu les légendes sur Bane. Comment il avait été traqué par le spectre de tous ceux qu'il avait vaincus pour débarrasser l'Ordre Sith des conflits internes, et rétablir une véritable hégémonie, la Règle des Deux : un Maître pour incarner le pouvoir, un Apprenti pour le convoiter. D'après la légende, Bane avait même été hanté par les esprits des Seigneurs Sith morts depuis des générations, dont il avait profané les tombeaux et les habitations au cours de ses recherches effrénées pour rassembler des Holocrons et d'autres anciens artefacts offrant sagesse et conseil.

L'esprit de Tenebrous était-il à l'origine du pouvoir qu'il sentait ? Y avait-il une brève période de survie après la mort, au cours de laquelle un véritable Sith pouvait continuer à influencer le monde des vivants ?

On aurait dit que la masse de la galaxie s'était abattue sur Plagueis. Un être inférieur aurait peut-être accusé le coup, mais lui, tapis dans son tombeau clandestin, se sentait aussi léger que s'il avait été dans l'espace.

Il survivrait à quiconque le défierait.