Curiosity Killed the Karkat

Partie 2

...

Karkat

Sitôt rentré dans ma chambre, je m'écroule sur mon lit.
C'est que piquer des colères, bon sang, ça fatigue. Mais c'est pas comme si c'était de ma faute, je ne fais que vivre, c'est leur faute à eux de toujours venir me faire chier.
Si seulement ils pouvaient… je sais pas. Ne pas parler. Ne pas me regarder.
Ne pas respirer trop fort.

Comment ça j'exagère ?
Oh, merde hein.

Enfonçant la tête dans mon oreiller, je repasse vaguement la journée dans ma tête. Saloperie de journée de mes… bref.
Déjà cet abruti de prof, et puis cette connasse de directrice. C'est quoi leur putain de délire à vouloir nous foutre avec des humains ? C'est déjà pas suffisant de devoir se farcir ces steaks sur pattes à longueur de journée, non, faut aussi qu'ils nous les collent dans les pattes quand on essaye un minimum d'être sérieux, et de bosser ?
Putain…

Et puis ce connard, là.
Ce Egbert.
Espèce de putain d'abruti de connerie de merde. Avec son foutu sourire de débile scotché sur sa grande gueule de con !

J'arrive toujours pas à croire qu'il a réussi à me coller toute cette putain de journée.
À bouffer avec moi.
À même nous faire renvoyer de cette putain de bibliothèque !

Si j'me chope une retenue, bon sang, il va morfler. Sévère.
Mais au moins, j'aurai réussi à le faire taire, même si ce n'était qu'un tout petit moment. La technique de lui balancer du Faygo à la tronche est une bonne chose, je devrais peut-être y penser plus souvent…

C'est sur cette pensée ma foi pas mal réjouissante que j'enfonce un peu plus mon nez dans l'oreiller et que je ferme les yeux, m'endormant un peu après.
Rien de tel qu'une bonne sieste pour se détendre les nerfs.

...

Je me réveille un bon moment plus tard, c'est-à-dire environ deux heures avant le repas du soir.
Repas auquel je sens que je ne vais pas aller. Pas envie, trop fatigué, ça me soûle grave. Au lieu de ça, je me relève et vais chercher dans mon sac les cours du jour pour effectuer le boulot que je dois faire chaque soir – c'est-à-dire revoir les cours, préparer ceux du lendemain, et faire les devoirs demandés.


Quoi, bordel de merde ?
C'est pas parce que je pique des crises de rage et que ma ponctuation n'est constituée que de gros mots que ça fait de moi un mauvais élève, bordel.
Plutôt crever que de doubler une seule année dans ce putain de lycée de merde.

Une fois assis à mon bureau – après avoir poussé de côté mon ordinateur portable – j'étale les feuilles du cours de civisme troll devant moi, ouvre mes cahiers de révision et chausse mes lunettes.


Quoi, ENCORE ?
QUELQU'UN ICI A UN PUTAIN DE PROBLÈME AVEC MES LUNETTES ? DITES-LE TOUT DE SUITE, J'VOUS LES FERAI BOUFFER VOUS ALLEZ VOIR BANDE DE MORUES PLEINES DE…

Fermez les yeux, détendez-vous… là… il n'y a pas de troll qui hurle des insanités sur votre écran… voilà…

Bref.
Je plonge alors dans les méandres de la royauté troll pour un bon moment.
Je n'en ressors que 40 minutes plus tard, physiquement épuisé. Bordel. Et dire qu'il faut encore que je fasse le cours de civisme humain. Eux ils sont encore pires, avec leur saleté de gouvernement. Nous au moins notre royauté est logique – même si carrément injuste avec ce système de caste – mais eux c'est… dix mille fois pire. Ça n'a aucun sens, aucune logique, faut juste retenir des noms, des dates, des décisions…

Chier.

Lorsqu'enfin j'en viens à bout et que je jette un regard sur mon cours d'Histoire, je pousse un soupir démoralisé.
C'est vrai que maintenant il va falloir que je regarde ce que je vais bien pouvoir faire pour cet exposé. Parce qu'il est hors de question que l'autre abruti m'aide. J'ai pas envie de l'avoir dans mes pattes toute la sainte journée pendant un mois.

Je m'apprête à attraper mon ordinateur pour me lancer dans une recherche quand quelqu'un frappe à ma porte. Retirant mes lunettes pour les ranger dans un de mes tiroirs, je me lève et vais jusqu'au panneau de bois, l'entrebâillant pour assassiner du regard celui qui ose me déranger.

À peine ai-je un peu ouvert la porte que Terezi, qui était planquée derrière comme une espèce de cafard répugnant, en profite pour me pousser – me foutant à moitié par terre, bordel ! – et entrer sans se gêner dans la chambre, suivie par Sollux, Kanaya, et Gamzee, qui ferme la marche avec son éternel air de défoncé.

Je n'ai même pas le temps de me relever et de fermer la porte qu'ils ont déjà tous pris position dans la pièce, soit assis sur le lit – Kanaya et Sollux -, soit assis par terre – Gamzee – soit en train de lécher goulûment ma fenêtre – Terezi. Bien sûr.
Lorsqu'elle m'entend refermer la porte, cette dernière se retourne d'ailleurs vers moi, son éternel air de débile profonde scotché sur la tronche.

« Eeeeehh Karkat, pourquoi tu nous as pas dit que t'avais des amis humaaaaaains ? »

Qu-

...

QUOOOOOOI ?

« HEIN ? DE QUOI ? QU'EST-CE QUE T'ES EN TRAIN DE ME CHIER ENCORE COMME DÉLIRE BORDEL DE MERDE ? »

Sans se démonter, elle commence à sautiller dans la pièce, en riant comme une cinglée en même temps.

« Mais rien du touuut ! C'est Gamzee qui nous l'a dit, tout à l'heure, quand ton ami est passé lui dire bonjour ! »

Je tourne un regard flamboyant vers mon putain de moirail et sa foutue gueule de con défoncé à l'opium. Celui-ci lève une main tranquille-pépère-pas-de-galère et me sers son pire sourire de taré.

« Baaaah ouais bro ! C'était John, il voulait juste …
- BRRRRAAAAHHHHHH PUTAIN DE SALOPERIE DE BORDEL DE MERDE ESPÈCE DE CONNERIE DE MOIRAIL À LA CON, MAIS T'ES COMPLÈTEMENT DÉBILE OU TU LE FAIS EXPRÈS ? »

Il ne se départit pas de son sourire, me donnant encore plus envie de le frapper. Je commence à bouillir littéralement de rage et ça doit se voir, parce que Kanaya se lève alors, me tapote gentiment l'épaule – elle ne doit qu'au fait d'être une fille de ne pas se faire ramasser la tête contre le mur – et me lance :

« Non mais tu sais, Karkat, on ne te juge pas hein. Tu fais ce que tu veux. On va te laisser tranquille, d'accord ? Allez, venez. »

Et elle s'en va, comme une fleur, avec sa putain de tranquillité, tirant Terezi par la manche, suivie par Sollux et Gamzee, toujours autant dans la lune.
Ce dernier me lâche un petit clin d'œil et un « honk ! », visiblement content de lui – mais pourquoi ? – avant de refermer doucement la porte.

Je m'assieds par terre, toujours pas remis de ce que je viens d'apprendre.
Non content de me faire chier, cet abruti me ruine ma réputation en plus. Putain, je vais tellement lui arracher la tête, demain…

Poussant un soupir, je me relève et vais m'asseoir à mon bureau. Tant pis pour l'Histoire, là je n'en peux plus. Je vais juste faire un tour rapide sur ma messagerie pour voir si je n'ai pas de mails d'un prof – ça leur arrive souvent de donner des détails des cours par mail, comme si on change de salle ou bien si on a un cours qui est annulé – et puis j'irai me coucher.
Visiblement, quelqu'un n'est pas d'accord, parce qu'en ouvrant mon trollian, je vois une fenêtre s'afficher.
Au nom de…


Non. Pas possible.
Il a pas osé…


Si. Je vais lui défoncer la tête.

[Pesterlog 01]

Hurlant un bon coup de frustration dans ma chambre – avant de me rendre compte de l'heure qu'il est et de baisser d'un ton, je n'ai pas envie de me faire défaire la tête par un des surveillants – j'éteins violemment mon ordi.
Pas le courage d'attendre quoi que ce soit là.

Il ne me faut qu'un instant ou deux pour me mettre au lit, toujours en rage, avec une envie furieuse de boxer quelque chose pour ne pas sortir et aller dans l'aile des humains pour tabasser cette tronche de débile gratiné.
Habituellement, ces putains d'humains ne m'intéressent pas, je me contente de les ignorer. Mais lui, j'ai vraiment, vraiment envie de le démolir jusqu'à ce qu'on ne puisse plus qualifier son visage autrement qu'avec le mot « bouillie ».

Il a intérêt à bien se tenir loin de moi demain, sinon je sens que ça risque d'arriver très vite…


John

Je me fais réveiller par un boucan infernal venant du réveil de la chambre d'à côté. Le genre de réveil à l'ancienne, le gros truc balèze avec deux cloches sur les côtés qui fait un bruit strident et insupportable. Tous les matins c'est pareil. Pourtant, les murs sont épais.

Baillant à m'en décrocher la mâchoire, je m'étire et sors de mes couettes bien chaudes à contrecœur. On n'est que mardi, et j'en ai déjà marre.

Je me prépare tranquillement, encore un peu dans les vapes. Le petit déjeuner se prend dans le réfectoire, en face de l'internat, donc il faut que je sois habillé avant d'y aller... À moins de vouloir traverser la cour extérieure en pyjama en plein mois de novembre. Et devant tout le monde. Dans son pyjama lapinou.

Bon, ça va.
Ça va j'ai dit !
Vous avez fini de vous moquer de mon pyjama, oui ? C'est bon ?

BIEN.
Donc, je disais ?

Le petit déjeuner, voilà. Une fois lavé, habillé, tout ça, je sors de ma chambre. Je suis tout seul dans cette chambre, bien qu'il y ait deux lits. Normalement, les élèves sont par deux, mais il ne restait plus personne pour partager la chambre avec moi.

Bien sûr, vous vous en doutez, humains et trolls sont séparés. Y'a rien dans le règlement qui l'interdit, et je pense qu'on pourrait être mélangés sur demande, mais ils ont préféré nous placer entre gens de la même espèce au début de l'année. Faut pas brusquer les choses non plus, histoire que personne ne finisse en hachis parmentier avant la moitié de l'année. Non, mais je dis ça, mais ça m'étonnerait quand même qu'un troll mange un humain de nos jours. C'est plus d'actualité depuis longtemps ! La preuve, c'est que nos parents ont accepté de nous laisser aller dans le même lycée que les trolls sans rien dire.

Au réfectoire, je suis le premier de mon petit groupe. Jade a encore dû oublier de mettre son réveil ce matin. C'est bizarre que Rose ne soit pas là, par contre. D'habitude, on mange tous les deux – avec Dave aussi, quand il est d'humeur à venir plus tôt. Il fait tout comme ça le chante, lui. Enfin bon. Mon plateau en mains, je cherche un visage familier dans la salle. Tiens, Karkat est là. Il est tout seul d'ailleurs. Je commence à aller vers lui, puis me ravise. Il avait pas parlé de me « tabasser si fort que les vers qui mangeront mon cadavre ne me reconnaîtront pas » ? Je sais pas si c'est une bonne idée que je le rejoigne maintenant...

Et puis zut, qui ne tente rien n'a rien. Et puis Karkat plaisantait hier... Je crois ?
De toute façon, y'a un surveillant juste à côté, alors...

« Hé, Karkat ! On se retrouve après les cours pour l'exposé ?
- Oh putain ça y est, il est encore en train de me parler.
- Qui ça ?
- TOI BORDEL, TOI ! TU... NON ARRÊTE, T'ASSIEDS PAS ! »

Sans prendre compte de ses hurlements, je m'installe en face de lui.

« Gamzee n'est pas avec toi cette fois ? Vous avez l'air vachement proches, je pensais que vous traîniez toujours ensemble. »

Je le vois pousser un long soupir, tandis qu'il se masse les tempes du bout des doigts. Il a des cernes sous les yeux – plus que d'habitude. Il a mal dormi ?

« C'est mon moirail, mais ça veut pas dire que je dois me le trimbaler partout où je vais.
- Ton quoi ?
- PUTAIN MAIS T'ES SOURD EN PLUS D'ÊTRE... »

Il s'arrête soudainement, les yeux rivés sur quelque chose en face de lui. Me retournant, j'aperçois une fille de notre classe, Terezi (elle se repère de loin, avec sa canne pour aveugle et ses lunettes de soleil rouges), en train de le pointer du doigt, morte de rire. Je regarde Karkat à nouveau, qui vient de pousser son plateau sur le côté pour laisser sa tête tomber sur la table.

« J'en ai marre, dit-il. J'en ai putain de marre. J'en ai tellement marre que je pourrais crever. Ouais, je vais me suicider, et je vais tous vous buter avec moi. Je vais faire exploser ce putain de lycée de merde. Ça va faire un beau feu d'artifice avec votre sang, et là, je serai satisfait.
- Y'a un problème ?
- Ouais. Toi.
- Hein ? Pourquoi ? »

Il relève la tête et me fixe, prêt à dire quelque chose... Mais est interrompu par une main s'abattant sur son dos brutalement, manquant de le faire se cogner la tête contre la table à nouveau. C'est Terezi justement, et elle pose son plateau à côté de lui avant de prendre place à notre table.

« Alooooors, Karkat ? Tu t'amuses bien avec ton ami humain ?
- La ferme. La. Ferme. Sérieusement, Terezi, pour une fois dans ta putain de vie, FERME-LA.
- Hahahahaha ! Mais je saiiiis, Karkat ! Je sais pourquoi tu aimes les humains ! Tu trouves qu'ils te ressemblent, c'est ça ? T3S POT3S HUM41NS ! H4H4H4H4H4 !
- Quoi ? Pourquoi tu dis ça ? »

Elle ne lui répond pas, se contentant de pouffer d'avantage. Je rigole à sa suite, même si je n'ai pas trop compris. Karkat, lui, grommelle quelque chose dans son coin.

Soudain, j'entends une voix familière et me retourne pour faire de grands signes à Rose et Dave qui viennent d'entrer, leur plateau en main. Ils s'avancent vers nous et s'installent à notre table, provoquant un autre grognement de Karkat qui laisse de nouveau sa tête se cogner contre la table. Terezi, elle, est toujours pliée de rire.

« Hey, fait Dave.
- Salut ! Je réponds.
- Tu t'assois avec les trolls, maintenant ? Demande Rose.
- Ouaip. Ils sont cool, en fait.
- Je suis d'accord, poursuis Rose. J'ai discuté un peu avec Kanaya, de notre classe. Son niveau intellectuel est plus élevé que je ne l'aurais cru venant d'un troll. Nous avons plus en commun que je l'aurais imaginé.
- Au fait, elle est avec qui pour l'exposé, Jade, déjà ? Je demande.
- Avec moiiiiiii ! Réponds Terezi.
- Oh. Euh... Ben, je sais pas trop quoi en penser. T'as pas l'air de trop aimer les humains.
- Non, je m'en fiche ! Je dis ça juste pour embêter Karkat !
- Ah. Ben, euh... C'est cool, alors, j'imagine ?
- Vous les humains vous avez un goût intéressaaaaaant !
- … »

Je ne sais pas trop quoi répondre à ça. J'ai du mal à savoir si je dois rire ou être terrifié. Finalement, c'est Dave qui détend l'atmosphère en s'adressant à moi.

« Ouah, euh mec ? T'as quoi dans ton assiette, là ?
- Hein ? Ah, euh... C'est une spécialité troll, je crois. Ils proposaient ça avec les autres plats.
- Je veux pas te faire peur, mais ça bouche ton truc.
- Oh. Ouais, on dirait. Je sais pas si je dois le manger, du coup.
- Sérieux, qu'est-ce qui t'a pris de prendre ça ?
- Aucune idée. Je trouvais ça plutôt cool, pas toi ?
- Si. C'est d'un putain de cool. Ironiquement cool. »

Nous continuons notre petit déjeuner en discutant. Gamzee nous rejoint, puis Jade. Avec tout ce monde, notre table finit par être pas mal animée. Seul Karkat reste en dehors de la discussion, lâchant juste de temps en temps des « mais qu'est-ce que je fous là bordel, qu'est-ce que je fous là ?... ».


Karkat

Mais bordel qu'est-ce que je fous là, qu'est-ce que je fous là... ?

J'ai l'impression que y'a comme une saloperie de brouillard dans ma tête. Sérieux. J'ai rien compris.
Depuis que je suis levé, je navigue comme en pilote automatique. Ok, je suis pas franchement du matin, mais y a des limites non ? J'ai l'impression d'être en mode zombie...

J'ai vaguement compris en me levant que j'avais réussi à m'habiller - sans foutre le mauvais pied dans le bon pantalon... ou le bon pied dans... bref, chier. Et puis j'ai pu aussi aller jusqu'à la cafet... et prendre à manger. Quasiment un exploit.
Je crois que je n'étais pas loin de m'endormir dans mon petit dèj - une espèce de bouillasse immonde... putain mais j'ai pris quoi à bouffer en fait, du porridge d'humain ? eurk – quand l'autre est arrivé.

Chier.
Adieu ma tranquillité.
J'aurais bien voulu l'envoyer chier mais à peine j'ai commencé à gueuler que j'ai senti plus ou moins mes forces m'abandonner. Chier. J'ai pas dû assez dormir, clairement.

Quant à Terezi et tout le reste...

Non j'en peux plus là... j'aurais bien aimé me refrapper la tête sur le bois de la table - ça ne sert à rien, mais quelque part ça me soulage... - mais avec tout le monde autour de nous, je ne peux plus pousser mon plateau.
Et mettre ma tête là-dedans, non, sérieux, ça ira.

Avec un loooooong soupir de désespoir, je me lève, et sans un mot quitte la joyeuse troupe.
Besoin de calme.
Vraiment.

Je suis déjà dans la petite cour qui relie nos différents dortoirs aux autres bâtiments quand j'entends une voix m'appeler. En me retournant, je pousse un autre soupir - exaspéré cette fois.
Ce crétin d'humain. Encore.

« Putain, dégage, je grogne.
- Hein ? Mais, pourquoiii ?
- J'ai pas envie de voir ta gueule. Envie de voir personne. Décarre de là, je te dis.
- Mais... t'es malade ? »

Raaah mais il me gonfle avec son regard presque inquiet là. J'ai envie de le frapper mais je sais même pas si j'aurais la force...

« Nan, crevé. Dégage maintenant, connard.
- Mais... pourquoi t'es fatigué... ? »

...
Je vais le buter.

« RAAAHHHH PUTAIN MAIS TU COMPRENDS PAS QUAND ON TE DIT DE DÉCARRER ? C'EST À CAUSE DE TOI CONNARD QUE JE SUIS CREVÉ, ALORS DÉGAGE OU... JE... »

Il me lance un regard interloqué tandis que je rabaisse le poing que j'avais levé dans le but évident de lui imprimer ses lunettes dans l'os de son front.
Je secoue la tête et détourne mes pas pour reprendre mon chemin.

« Pas le courage... »

...

Il me faudra en tout et pour tout bien une demi-heure pour parvenir à faire mon sac et à repartir en direction des classes pour aller cette fois-ci en salle d'Anglais.

...
C'est cool ça, l'anglais. En fait, je passe tellement de temps à lire mes bouquins en anglais - j'ai pas la patience d'attendre qu'ils soient traduits - que j'ai énormément d'avance sur la classe. En général, je n'écoute que d'une oreille en faisant autre chose de plus important, comme travailler mes autres cours en retard. Quand j'en ai.

Cette fois-ci, je n'en ai pas la force. Une fois la cloche sonnée - j'reste dans mon coin avant ça, je crois, je n'ai pas beaucoup de souvenirs, mon cerveau tourne au ralenti - je m'installe sur ma chaise et...

Et je crois que la prof n'a même pas le temps de lancer une première phrase que je suis déjà en train de dormir sur la table.

...

« Hey... Hey, Karkat... Karkat... ! »

Je grogne en sentant un doigt s'enfoncer avec insistance dans mon épaule, me tirant d'un sommeil doux et profond, réparateur, bienfaiteur... bref, parfait.
Putain.
Celui qui est en train de me réveiller a intérêt d'avoir une bonne raison.

Je grimace en reconnaissant ces pupilles océan qui me fixent de très - trop ? - près.
Une TRÈS bonne raison...


John

Karkat me regarde comme si je venais de le réveiller d'un profond et agréable sommeil. Ce qui est le cas. Mais je n'allais quand même pas le laisser là, tout seul !

« Les cours sont finis ! Tout le monde est déjà parti ! T'as dormi tout le long, tu devais vraiment être crevé ! »

Il me regarde d'une tête complètement à l'ouest, et il lui faut bien quelques secondes pour réaliser qu'il ne reste plus que nous deux dans la salle de classe.

« Hein, quoi ? Pour... Pourquoi personne m'a réveillé ?!
- Bah, t'avais l'air de bien dormir... Puis tu sais bien qu'on avait ectobiologie juste avant. La prof ne fait jamais attention aux élèves, elle a même pas dû voir que tu pionçais. »

Le cours d'ectobiologie... Je dois bien avouer que même après deux mois, j'ai toujours pas compris en quoi ça consistait.
Mais revenons à nos moutons. Ou plutôt à Karkat, qui fronce les sourcils en me fixant.

« OK. Mais dans ce cas, pourquoi tu m'as réveillé, là ?
- Hein ? Ben... Je voulais pas que tu te retrouves tout seul et que tu rates le repas de midi !
- Et en quoi ça te REGARDE ?
- Je voulais juste être sympa ! C'est pas la peine de me crier dessus !
- TU SAIS CE QUE TU PEUX EN FAIRE DE TA SYMPATHIE DE MERDE ? D'OÙ T'AS CRU QUE TU POUVAIS ME TIRER DE MES PUTAIN DE RÊVES COMME ÇA ?! TU TE PRENDS POUR QUI ? T'ES QU'UN PUTAIN D'HUMAIN DE FOUTRE DE MERDE ! T'AS PLUS INTÉRÊT À T'APPROCHER DE MOI PARCE QUE JE TE PRÉVIENS TU VAS LE REGRETTER GRAVE ! »

Je serre les dents. Bon, là, il commence à m'énerver. Moi qui ai eu la gentillesse de le réveiller pour qu'il soit pas tout seul en se levant, il pourrait me remercier au lieu de me traiter de tous les noms ! Je vais peut-être regretter de dire ça, mais...

« T'es vraiment ingrat, t'es au courant ?! Je hurle. Et puis quoi, tu vas me faire quoi ? Me bouffer ? »

Un silence s'installe, puis soudain ma théorie se confirme : je le regrette déjà. Karkat s'est relevé, me toisant de haut – j'avais jamais remarqué mais il est plus grand que moi, en fait. Je déglutis, veux instinctivement reculer, mais me cogne l'arrière des genoux contre la table derrière et manque de m'étaler, me rattrapant de justesse, faisant tomber une chaise au passage.

Karkat me fixe d'un regard... Complètement flippant en fait.
Non, vraiment. Je commence à avoir peur, là. Genre... Très peur.

Karkat fait un pas vers moi, me saisit fermement le poignet pour m'empêcher de fuir. J'ouvre la bouche, mais n'arrive pas à en faire sortir le moindre son. Mon cœur bat à dix mille à l'heure, là, je crois. Il pense quand même pas sérieusement à me bouffer, là... si ? J'avais dit ça pour rire, moi !

Oh putain, il se rapproche de moi.
Mon Dieu.
Je vais mourir.

Je sens sa respiration sur mon cou, imagine déjà ses crocs se planter dans ma chair... Et soudain une pression sur ma tête, et l'instant d'après je me retrouve par terre, cognant douloureusement les tables derrière moi dans un fracas pas possible.

Mais...
Mais...
Quoi ?

« Tu croyais pas sérieusement que j'allais salir mes putain de crocs sur ta peau répugnante de tas de merde d'humain ?! Bordel mais t'y as vraiment cru, hein ? T'es encore plus débile que je le pensais, abruti de dégénéré congénital ! VA T'ACHETER UN CERVEAU, CONNARD ! »

J'y crois pas.
Il vient de me pousser par terre. Je viens de me péter le dos contre cette table, là !
Et, plus important...

Il s'est foutu de moi ! Bon sang, j'ai eu la trouille de ma vie, là ! J'ai vraiment cru qu'il était sérieux, j'ai encore le cœur qui bat comme s'il allait exploser ! J'ai vu défiler toute ma vie devant moi, quoi !

Non, là vraiment, il a dépassé les bornes. Faut que je trouve un moyen de lui faire payer. Un truc tellement humiliant qu'il osera plus jamais se ficher de moi. Il va voir ce qui l'attend !

Il va voir ce qui arrive quand on cherche le PRANKING MASTER !
OUAIS !

Bon... Il est temps de réfléchir à mon plan diabolique.
Tiens, je sais. Je vais en discuter avec Dave après les cours. Il aura peut-être une idée.


-– ectoBiologist [EB] began pestering turntechGodhead [TG] at 16:05 -

EB: dave !
TG: oh bro
TG: ca va pas
TG: pourquoi tes pas en bleu la
TG: arrete tu me fous ironiquement la trouille
EB: héhé oups
TG: oh
TG: ca va mieux
TG: ca va sinon
TG: avec ton cher karkat
EB: hmmm...
TG: quoi
EB: pas vraiment en fait.
EB: d'ailleurs j'ai besoin de toi.
TG: ouais je tecoute
EB: il me faut un coup de main pour une vengeance !
TG: ok chuis ton homme


Karkat

Saloperie de chier de putain de bordel de merde !
Il me gonfle, sérieux. Le seul moment où je peux me permettre de pas voir sa sale gueule d'humain débile, c'est dans mes rêves, et même là il vient me faire chier ? J'vais lui éclater sa tronche, sérieux !

Le fait que je hurle semble le mettre en colère.
C'est bien la première fois que je le vois réagir comme ça à mes hurlements, et pas simplement sourire comme un débile. Pour le coup, j'en serais presque étonné.

« T'es vraiment ingrat, t'es au courant ?! Et puis quoi, tu vas me faire quoi ? Me bouffer ? »

Woah.
L'humain débile qui hurle.
P'tain c'est vraiment pas mal, ça, en fait.

Eh attends... Ce qu'il vient de me dire me donne une idée.
Et peut-être que cette fois-ci, ça lui flanquera suffisamment les jetons pour qu'il me foute définitivement la paix. Je sais, c'est bien beau de rêver, mais bon, l'espoir fait vivre, non ?

Posant les deux mains à plat sur la table, je me relève lentement, lui dardant mon pire regard de tueur - emprunté aux yeux que Gamzee me fait quand il n'a pas eu sa dose de slime et de Faygo journalière. Me redressant de toute ma hauteur, je savoure un instant le fait d'être plus grand que lui - c'est tellement rare !
Putain qu'est-ce que c'est jouissif de le voir reculer comme ça, mort de trouille. Ça fait vraiment, vraiment du bien aux nerfs. Mais je ne compte pas m'arrêter là. Loin de là...

En contournant lentement la table, j'avance d'un pas pour être presque collé à lui, attrapant un de ses poignets pour l'empêcher de fuir. Je le vois ouvrir la bouche mais n'entends rien. Putain, ça, ça fait du bien aussi. Bordel, j'ai enfin réussi à le faire taire quoi !
Je laisse un grognement propre à mon espèce sortir de ma gorge tandis que je me penche sur lui, bloquant son corps avec le mien contre le bureau, approchant mes crocs de sa peau. Je m'arrête à peine à un millimètre de son cou, mes dents le frôlant presque, mon souffle le caressant. J'en suis tellement près que je sens sa chaleur, son odeur. Une odeur chaude, agréable, presque... intoxicante.

Je me fous une gigantesque baffe mentale en me rendant compte de ce que j'allais faire. Décidant que le gamin avait suffisamment peur - il devait pas être loin de se pisser dessus là - j'attrape sa tête de ma main gauche et le pousse violemment jusqu'à ce qu'il s'explose la face par terre, entre les tables et les chaises.
Bon, j'ai peut-être poussé un peu fort, il a dû se faire mal. Mais le message n'en passera que mieux.

« Tu croyais pas sérieusement que j'allais salir mes putain de crocs sur ta peau répugnante de tas de merde d'humain ?! Bordel mais t'y as vraiment cru, hein ? T'es encore plus débile que je le pensais, abruti de dégénéré congénital ! VA T'ACHETER UN CERVEAU, CONNARD ! »

Et sur cette tirade dont je suis pas mal fier, j'attrape mes affaires de la main et me barre de la salle sans lui jeter un seul regard.
Putain, ça fait du bien.

...

Je n'entends plus parler de ce putain d'humain pendant toute la soirée - bordel de merde, une soirée complète pour être tranquille, pour bosser mes cours sans être dérangé sans cesse. Ça fait du bien, sérieux !
Le lendemain, à ma grande surprise - soulagement... ? - il m'ignore complètement. Je croise son regard... une seule fois, mais même là il ne semble pas réagir et détourne les yeux sans même réagir.
OK, d'accord, je suis tranquille... mais ça fait bizarre.
Très bizarre. Y'a comme une sorte de vide, sans cet abruti pour me tourner autour.

Enfin bon.
La matinée finie, je prends mon repas avec Gamzee et Sollux, qui nous a rejoints pour une fois. On discute tranquillement, au calme - tu m'étonnes, avec Sollux qu'est toujours super calme, et Gamzee qui est toujours autant défoncé... - et encore une fois, j'ai cette impression bizarre, face au calme ambiant, sans une tête d'abruti rose qui gueule tout le temps.
...

Comment ça, c'est moi qui hurle ?

À la fin du repas, je pars à la bibliothèque pour travailler le reste de mes cours afin d'être un peu en avance - j'en profite pour même faire quelques devoirs. C'est déjà plus agréable de travailler seul à la bibliothèque, au moins je suis sûr de ne pas me faire emmerder, et surtout comme ça je peux aller travailler sur la petite table, située au fin fond de la bibliothèque, derrière deux rayons, juste éclairée par une fenêtre judicieusement placée, et équipée d'une lampe pour les longues journées de révision l'hiver.
Le seul truc c'est qu'il faut veiller à ne pas dépasser l'heure parce que sinon parfois la bibliothécaire oublie ma présence, et manque de m'y enfermer. Heureusement que ça ne m'est jamais arrivé - même si ça a risqué, un jour.

En fin d'après-midi, quand j'ai tout fini - même de faire quelques vagues recherches sur ce foutu projet d'exposé d'Histoire, qui m'ont appris quelques petites choses intéressantes - je remballe mes affaires et sors de la bibliothèque.
Tandis que je prends le chemin de ma chambre, désireux d'y retourner avant que tout le monde ne soit dans les couloirs - ça me fait chier quand y a trop de monde dans les couloirs - je tique en apercevant une porte ouverte, dans un des couloirs qui mènent aux dortoirs.
Étrange.

J'ai jamais vu cette porte ouverte. Ça doit être une sorte de placard, ou de débarras, je sais pas... en tout cas il semble y avoir une tonne de trucs dans cette pièce, elle a l'air encombrée à mort.

...
Je ne devrais pas y aller.
Il faut que je résiste.

Surtout qu'après, je vais encore avoir droit à Terezi, et son putain d'accent anglais quand elle me balance en ricanant comme une débile : « Curioooosity killed the kaaaarkaaat ! »
Et si je l'entends encore une fois dire ça, de toute façon, je lui plante sa canne d'aveugle où je pense.
Vraiment.

Mais bon, en même temps, qu'est-ce que je risque exactement ?
Ouais, voilà. Rien. On est bien d'accord. Ça doit être une salle tout à fait banale, que le concierge a dû oublier de refermer. J'vais aller voir, par fucking curiosité, il va rien m'arriver, et puis je repartirai dans ma chambre. Voilà.

Je pénètre dans la pièce, jetant des regards furtifs autour de moi.
Ouais.
C'est le bordel.
Le gros, méga, giga, apocalyptica-bordel.
J'vois de tout, même une espèce de putain de balançoire verte pour les gamins, en forme de... bon sang c'est quoi ce truc ? Un cheval ? Un fantôme ?

Détournant les yeux de cette sorte de TRUC sans aucun sens, mon regard capte une petite feuille blanche scotchée sur une porte à côté de moi - certainement une armoire.

"NE PAS OUVRIR."

...

C'est malin. J'ai envie de l'ouvrir maintenant.
C'est un piège. Je suis sûr que c'est un piège. Mais j'arrive pas à empêcher de ma main de se tendre vers le bouton de l'armoire. Je le tourne lentement, entends le cliquetis de la fermeture de porte qui s'ouvre, et sens tout à coup une espèce de pression sur la porte.
Mon dieu.
Qu'est-ce que... ?

Avant même d'avoir pu comprendre ce qui m'arrivait, je me retrouve complètement enterré sous une MONSTRUEUSE PILE DE FESSES !
AAHHHHHHH !
MON DIEU MAIS C'EST QUOI CE DÉLIRE, C'EST QUOI CETTE ARMOIRE ? C'EST QUOI CES PUTAIN DE PELUCHES AVEC DES FESSES ET UN NEZ TROP CHELOU PARTOUT ET ET ET
AAAHHHHH !

Je recule précipitamment, trébuche sur une - ou plusieurs millions - de ces putains de peluches, bats des bras comme un moulin et m'étale de tout mon long sur le côté, finissant - enfin, plutôt, ma tête et une partie du haut de mon torse finissant - dans un GIGANTESQUE GÂTEAU.
Qui, d'ailleurs, à la suite du choc de la rencontre entre sa surface et mon auguste figure, explose purement et simplement, me couvrant à la fois de crème et de slime.

« DU SLIME ! C'EST UNE RIVIÈRE DE SLIIIIIIIIME ! »

Je tourne lentement la tête vers la voix qui vient de retentir, à ma droite.

Je vais le tuer.
Pourquoi je m'en suis pas douté, en voyant qu'il ne m'approchait pas ? Pourquoi je ne me suis pas douté que ce putain de bordel de connerie d'enculé d'humain était en train de préparer quelque chose ?

J'ouvre la bouche pour laisser jaillir un flot d'insultes à son égard, mais son regard extatique en direction du plafond m'invite à tourner mes yeux dans cette direction.
Juste à temps pour voir une espèce de MONSTRUEUSE BOMBE À EAU en train de tomber en direction de mon visage. Elle explose quatre dixièmes de seconde plus tard, me rinçant totalement de toute la crème et du slime qui étaient sur mon visage.
...

PUTAIN.
DE.
BORDEL.
DE.
MERDE.

DU FAYGO. UNE SALOPERIE DE BOMBE À EAU REMPLIE AU FAYGO. J'Y CROIS PAS, EN PLUS CETTE SALOPERIE COLLE À MORT, JE VAIS JAMAIS RÉUSSIR À RÉCUPÉRER MES VÊTEMENTS !

Je rebaisse les yeux en direction de l'humain, qui a l'air visiblement mort de rire.
Jusqu'à ce qu'il croise mon regard.
De tueur.
Si je rigolais, hier, quand je parlais de le bouffer, je rigole beaucoup moins, là.
Beaucoup, beaucoup, beaucoup moins.
Je vais le tuer.

« Cours. »

Un grognement de bête furieuse sort de ma gorge.

« Vite. »


John

Bon... Il est temps de réfléchir à mon plan diabolique.
Tiens, je sais. Je vais en discuter avec Dave après les cours. Il aura peut-être une idée.

Sitôt les cours de l'après-midi terminés (ce qui est bien dans ce lycée, c'est qu'on a toujours très peu de cours l'après-midi, et souvent passé quinze heures on a le reste de la journée pour nous), je me dirige en salle informatique et m'installe à un ordinateur. Il n'y a pas beaucoup de monde, généralement, à cette heure-ci. Je vais pouvoir réfléchir tranquillement à ma vengeance. Sans attendre, j'ouvre pesterchum. Dave, comme toujours, est connecté sur son iPhone.

Je commence à lui parler, avant de me rendre compte que j'ai oublié de changer la couleur, tiens. Faudra que je fasse plus gaffe la prochaine fois.


Quoi ?
Mais si c'est important, la couleur ! C'est mon identité ! C'est comme si... Comme si Dave se mettait à mettre des majuscules quand il écrit ! Ce serait plus du tout le même Dave !

Oh non, voilà que je me fais peur à moi-même. Je vais arrêter de penser à ça. En fait, j'ai bien plus important à penser, là. Il est temps d'élaborer mon plan diabolique


-– ectoBiologist [EB] began pestering turntechGodhead [TG] at 16:05 -

EB: dave !
TG: oh bro
TG: ca va pas
TG: pourquoi tes pas en bleu la
TG: arrete tu me fous ironiquement la trouille
EB: héhé oups
TG: oh
TG: ca va mieux
TG: ca va sinon
TG: avec ton cher karkat
EB: hmmm...
TG: quoi
EB: pas vraiment en fait.
EB: d'ailleurs j'ai besoin de toi.
TG: ouais je tecoute
EB: il me faut un coup de main pour une vengeance !
TG: ok chuis ton homme
EB: oui je savais que je pouvais compter sur toi !
TG: tas deja une idee ou pas
EB: hmmm...
EB: je pensais à quelque chose qui impliquerait renverser du soda sur lui... j'ai mes raisons.
TG: euh ok
TG: bah ya lautre tare de troll qui a tout le temps du soda sur lui non
EB: oui gamzee ! je pensais aller lui demander justement !
EB: pour le reste, j'ai pensé à toi, et euh...
EB: je me disais que tu aurais bien deux trois trucs ironiquement cool que ton bro t'a laissé ?
TG: mmmh
TG: ouais
TG: ses putains de poupees
TG: il a reussi je sais pas comment a en bourrer mes placards avant de se barrer la derniere fois
TG: jte les passe toutes
TG: ironiquement volontiers
EB: oh... j'ai jamais compris comment il pouvait aimer ces trucs. même ironiquement.
EB: mais ce sera parfait pour ça, oui !
TG: cool
TG: besoin dautre chose
EB: je pensais... tu crois que je pourrais trouver un gâteau quelque part ?
TG: mmmh chais pas
TG: quoi que attends
TG: le tare de troll avec qui je suis pour lhistoire la
TG: il a lair daimer faire les gateaux
TG: donc si tu veux on sen occupe
EB: ah ?
TG: ouais
EB: ok ben merci ça va être super ! j'imagine déjà la scène... héhéhéhéhé
TG: euh au fait bro
TG: pourquoi tu veux lui faire tout ca
TG: il ta fait quoi
EB: oh
EB: euh
EB: disons que... il m'a fait une assez mauvaise blague impliquant ses crocs et ma peau. :(
TG: woah
TG: pas cool
TG: mais euh
TG: tu vas bien au moins bro
EB: t'inquiète... ça ira bientôt beaucoup mieux ! :D
TG: jen doute pas
TG: pour quand tu veux le gateau au fait
EB: demain après les cours, ça ira ?
EB: si possible j'aimerais
EB: qu'il y ait le plus de monde possible au moment où ça arrivera !
TG: ouah tes vachement remonte contre lui mec
TG: ironiquement meme
TG: mais ok
TG: ca sera pret pour demain aprem alors
EB: merci !
TG: de rien bro

- ectoBiologist [EB] ceased pestering turntechGodhead [TG] at 16:19 -


Le lendemain, je fais de mon mieux pour éviter de croiser le regard de Karkat. C'est que je suis assez transparent, malgré mes efforts, et j'ai peur qu'en le voyant je ne puisse m'empêcher de sourire à l'idée de ce que je lui prépare.

Les cours de l'après-midi terminés, je regarde discrètement Karkat sortir de la classe. Finissant de ranger mes affaires en vitesse, je le suis dans le couloir. On dirait qu'il se dirige vers la bibliothèque. C'est parfait ! Pourvu qu'il y reste assez longtemps pour que j'aie le temps de tout mettre en place !

...

Une heure et quelques plus tard, je retrouve Dave et Gamzee qui me rejoignent sur les lieux du crime à venir. Le jeune troll pousse une sorte de caddie, couvert par un linge.

« Hey, fais Dave. On t'amène ton gâteau, bro.
- Oh, super ! je m'exclame avant de retirer le drap et d'observer ledit gâteau. Ouah, il est énorme ! Comment vous avez fait pour cuire un truc pareil ?
- On s'est débrouillés avec mon four miraculeux, dit Gamzee. Mais tu vas en faire quoi, de ce putain de gâteau, mec ?
- Oh... Tu lui as pas dit, Dave ? C'est pour, euh... Faire une petite blague à Karkat. J'espère que ça te dérange pas, vu que c'est ton pote et tout...
- T'inquiète, bro, continue le troll. Karkat va découvrir le goût du miracle. Ouaiiiis. Il va voir les putains d'étoiles miraculeuses, et elles l'illumineront vers la voie du miracle ultime. HoNk !
- Euh... OK, tant mieux alors... Je crois ? Enfin bref, vous avez mis quoi dedans au juste ?
- Crois-moi bro, dit alors Dave, crois-moi tu veux pas le savoir.
- Oh. D'accord. »

Sans poser plus de questions, j'installe avec l'aide de Gamzee le gâteau dans un coin, de façon à ce qu'il ne soit pas visible directement.

« OK, je dis ensuite, c'était le dernier truc donc je pense que ça va être bon ! Merci encore à tous les deux !
- De rien, bro, fais Dave. J'espère que tout va marcher comme tu veux.
- Oui, je te tiendrai au courant ! »

Il me salue d'un hochement de tête, et Gamzee d'un « HoNk ! » un peu étrange, et tous deux s'en vont. Tiens, ça me fait penser qu'ils sont ensemble pour l'exposé, ces deux-là. Je me demande si ça va aller pour eux... Je vois mal Dave se mettre sérieusement à quelque chose, et Gamzee est un peu... Enfin, voilà quoi.

...

Oh, ça devrait aller.

Bon, c'est bien tout ça, mais il serait peut-être temps que j'aille me cacher quelque part, moi ! Je veux pas que Karkat me voie quand il sortira de la bibliothèque, sans quoi il ne tombera pas dans mon piège parfait ! Mais bon, faut pas que je sois trop loin non plus. Pas question de rater ça !

Je m'installe donc dans un coin du débarras, et il ne me reste plus qu'à attendre.

Héhéhéhéhéhéhé...

...

C'est environ une demi-heure plus tard que j'entends des pas se diriger vers là où je suis. Je sais déjà qu'il s'agit de Karkat – j'ai demandé à Jade, à son poste à la bibliothèque, de me prévenir quand elle le verrait sortir, après quoi je suis allé ouvrir rapidement la porte avant de retourner me cacher. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il soit assez curieux pour aller voir ce qu'il y a dans ce débarras, mais de toute façon j'ai encore un plan secret en réserve au cas où.

Plan qui restera secret à jamais, puisque visiblement la curiosité a gagné mon ami troll.

Ça y est ! Il est là !
Je me retiens d'éclater de rire, c'est pas le moment de tout gâcher !

Allez, Karkat, ouvre ce placard ! Pas la peine de résister ! Personne ne résiste à une note aussi mystérieuse ! PERSONNE !

Et... Ça y est. Devant mes yeux ébahis, il se fait avoir en beauté par l'avalanche de peluches bizarres.

C'est juste... Mythique.
Absolument magnifique, y'a pas à dire.

Manque plus que... OUI ! Il est tombé en plein dedans !
Mais... Attends voir. Ils ont mis quoi dans ce gâteau au juste ?

Oh, bon sang...
C'est... Oui, pas de doute, c'est bien...

« DU SLIME ! C'EST UNE RIVIERE DE SLIIIIIIIIME ! »

Je n'ai pas pu m'empêcher de me relever et de hurler devant cette référence cultissime. Ça y est, là c'est clair, c'est la meilleure farce du monde. Vraiment. Je vois pas ce qui pourrait être mieux que ça.

Soudain, la bombe à Faygo – pour le coup j'avais totalement oublié ce détail – s'éclate sur Karkat, le trempant de la tête aux pieds de ce « LiQuIdE mIrAcUlEuX bRo ».


OK, je retire ce que je viens de dire.
LÀ, c'est la blague parfaite !

Bon sang, je suis tellement fier de moi ! Et la tête de Karkat... !
C'est encore mieux que Noël et mon anniversaire réunis ! Tellement mythique !

Je suis tellement heureux, que j'en oublie un léger détail.
Un détail avec des crocs.
Et des griffes.
Et deux jeux jaunes qui me fixent dangereusement.

« Cours. Vite. »

Oh putain.
Oh putain oh putain oh putain.

Ni une ni deux, je prends mes jambes à mon cou.
J'ai à peine le temps de faire quelques mètres que j'entends un grognement furieux derrière moi. Purée, j'ai pas intérêt à traîner, là ! Il va me faire la peau ! Il va me tuer, me déchiqueter, et bouffer mes restes jusqu'aux os ! S'il m'attrape maintenant, je suis mort !

Mais bon sang, ça en valait le coup !

Le cœur battant à cent à l'heure dans ma poitrine, je tourne et arrive dans le couloir menant aux salles de classe. Un bon nombre d'élèves le peuplent à cette heure-ci, mais je ne pense pas que ça arrêtera mon poursuivant. Et un nouveau grognement de rage dans mon dos m'en persuade. Nous passons donc sans nous arrêter devant Rose qui lève un sourcil curieux, Gamzee qui me gratifie d'un « honk, honk ! » dont je ne saisis pas bien le sens, Dave qui lève un pouce « bien joué, bro » dans ma direction, et Terezi qui se met à pouffer de rire à en faire tomber sa canne d'aveugle. Et une bonne vingtaine d'autres curieux.

Grimpant un escalier en vitesse, j'arrive à l'étage, tout de suite bien moins peuplé.
C'est qu'il se fatigue pas, le bougre ! Bon sang, à ce rythme il va bien finir par me rattraper !
Je commence à me dire que j'avais pas si bien calculé mon plan que ça. J'avais pas vraiment réfléchi à la possibilité pourtant à 100% évidente que Karkat voudrait se venger.
Note pour plus tard : toujours se tenir à une bonne dizaine de kilomètres la prochaine fois que je tendrai un piège humiliant à Karkat.

Enfin, si je suis pas mort avant. Ce qui est bien parti...

Je tourne à nouveau pour me retrouver dans un couloir totalement vide, tandis que je sens mes forces quitter mes jambes. Soudain, je suis stoppé par la main de mon poursuivant troll qui plante ses griffes dans mon poignet avant de me plaquer brutalement contre le mur.

Ça y est, tout est fini.
Adieu, monde cruel. C'était une belle vie. Un peu courte, mais si je peux mourir digne de mon titre autoproclamé de Pranking Master, alors je n'ai aucun regret.

J'essaie quand même de m'échapper, immédiatement bloqué par les deux mains de Karkat qui plaquent mes épaules contre le mur. Le souffle court après cette longue course-poursuite, je regarde avec terreur ses yeux me fixant comme un prédateur fixerait sa proie.

Je déglutis.
Dix secondes interminables s'écoulent, sans que je puisse quitter son visage du regard, trop effrayé pour regarder ailleurs. Il est juste à quelques centimètres, suffisamment près pour que je sente son souffle sur moi. Mon cœur cogne à m'en faire mal dans ma poitrine, déjà brûlante pour avoir tant couru. Ça commence à faire longtemps, là. C'est, euh... Un peu bizarre, même.

Je lui jette un regard interloqué, encore un peu tremblant.
Je le vois se rapprocher, lentement, très lentement. J'arrête de respirer, et ferme les yeux en serrant fort mes paupières, alors que je sens tout mon corps trembler, immobilisé par la peur plus que par ses mains.

Mais soudain, la pression sur mes épaules se relâche. Je rouvre les yeux, et regarde Karkat qui a un tout autre regard tout à coup. Les yeux écarquillés, il me fixe, choqué.

Euh...
Quoi ?

Je n'ai pas le temps de lui demander ce qui se passe que soudain, il me tourne le dos et s'enfuit dans le couloir.

J'ai, euh...
J'ai pas tout compris, là.
Posant une main sur mon cœur qui bat toujours la chamade, je sens mes jambes me lâcher et me laisse tomber assis contre le mur du couloir.

Que... Qu'est-ce qui vient de se passer ?

...

...


Note de Aku : Voilà, c'était le chapitre 2 ! La tension monte... Héhéhé.

Pour la rivière de slime, si vous avez trouvé la référence, bravo : vous avez officiellement atteint le niveau mental de John ! ;D (pour les vraiment curieux vous avez qu'à lire la fic sur Archive of Our Own, là où on a le droit de mettre des liens sans se faire censurer *PAN*)

Une petite review ? :3