Curiosity Killed the Karkat
Partie 5
...
Karkat
J'arrive pas à comprendre ce qu'il vient de se passer.
John vient de se barrer, en courant, la main sur la nuque, une marque évidente de morsure cachée sous sa main.
Assis par terre, je me prends la tête dans la main, secouant cette dernière comme si ça allait aider à me remettre les idées en place dans la tronche.
Peine perdue.
J'essaye de revenir sur ce qui s'est passé, pour peut-être au moins comprendre ce qui a bien pu se passer, BORDEL.
Je me souviens clairement avoir eu le flacon de désinfectant et une compresse entre les mains, penché sur le bras de ce crétin pour observer son éraflure. Pas très grave, mais qui nécessitait quand même au moins d'être désinfecté – on peut pas savoir ce qui traîne dans cette foutue école de tarés.
Je me souviens aussi avoir suivi des yeux une goutte de sang qui courait le long de la peau blanche – et douce… - de mon binôme. Je me souviens de sa voix, qui tentait de me ramener à la réalité tandis que je scrutais cette goutte.
« Karkat ? »
Je sais que j'ai dû répondre – mais quoi ? Aucune idée… - parce qu'il a repris, un instant plus tard :
« Qu'est-ce que tu… fais ? »
Je l'ai même vaguement entendu prononcer mon nom encore une fois. J'ai juste le temps de me demander si ce que racontaient les bouquins à propos de la fascination des trolls pour le sang humain était vrai.
Après, la partie qui se charge de réfléchir de mon cerveau s'est fait foutre un coup de pied au cul par mes instincts, et tout le reste de mes souvenirs est surtout fait de sensations – aussi électrisantes, peut-être même plus, que ce qui s'est passé ces derniers jours.
Je me souviens du rouge hypnotique de ce liquide qui coulait sur son bras. De l'odeur presque intoxicante qui provient de ce dernier, qui monte jusqu'à mes narines comme pour m'envoûter.
Je me souviens m'être baissé, puis après, la sensation de ma langue sur sa peau si douce, le goût salé et si intense de la perle rouge recueillie dans ma bouche…
Si intense que je repasse plusieurs fois ma langue sur la blessure, dans l'espoir d'en recueillir encore un peu…
Quand mon cerveau – instinct, plutôt – comprend qu'il ne parviendra pas à en sortir plus, je me relève lentement. Je croise à peine son regard – apeuré, me redira mon cerveau plus tard, quand il se sera reconnecté – tandis que toute mon attention se fixe sur la peau tendre et fine de son cou, sous laquelle je devine les veines qui palpitent.
Attrapant ses épaules, je l'allonge sans aucune douceur sur le lit, avançant contre lui jusqu'à bloquer son corps du mien, ma force verrouillée sur ses poignets pour l'empêcher de bouger.
Je suis complètement sourd à ses cris de protestation tandis que j'approche ma langue de son cou, expirant doucement sur sa peau. Je ferme les yeux tandis que ma langue laisse une marque humide le long de sa jugulaire. Je le sens se figer tandis qu'un long frisson remonte le long de sa colonne vertébrale. Un vague sourire carnassier orne mes lèvres avant que je n'ouvre la bouche, attrapant délicatement sa peau entre mes crocs, la mordillant en me retenant de gémir.
Sa peau a un goût addictif, je pourrais bien faire ça pendant des centaines d'heures sans aucun problème. Mais ce n'est pas assez. Il manque le goût qui m'hypnotisait avant, que je veux goûter encore…
Léchant à nouveau la peau, je descends jusqu'à la liaison entre le cou et l'épaule, et ouvrant la bouche, je plante sans hésitation mes crocs dans la chair tendre, goûtant avec un vague grognement de plaisir le goût du sang qui envahit à nouveau ma bouche.
Pas très longtemps, cependant.
À peine une demi-seconde après que j'aie pu goûter à nouveau ce merveilleux liquide rouge, un cri perce les brumes de mon cerveau embué par le désir, tandis que je me sens repoussé et que je m'écrase par terre sans aucune douceur.
Aïe… quoi ?
Qu'est-ce que… ?
J'observe le crétin qui vient de me foutre à terre sans quasiment aucun problème se diriger en criant vers le lavabo pour observer l'arrière de sa nuque – où du sang coule déjà.
« Q-Quoi ? Je bégaie, complètement perdu. Qu'est-ce qui s'est… ?
- Comment ça quoi, beugle-t-il. Tu m'as fait super mal !
- Hein ? »
Je…
Je ne comprends pas.
Qu'est-ce qui vient de se passer au juste ?
Je ne bouge pas tandis qu'il prend littéralement la fuite en courant. Mon regard se fixe sur l'arrière de sa nuque tandis qu'il quitte l'infirmerie, une marque de morsure tout à fait visible.
Ma morsure.
Oh putain.
Je gémis tandis que mon cerveau se remet plus ou moins en place sous le flot de souvenirs – de sensations qui reprennent leurs droits.
M'appuyant contre un des lits de l'infirmerie, je reste planté là pendant un moment.
J'ai mordu John.
Ou plus exactement, j'ai léché, mordillé et mordu sa peau.
Et j'ai aimé ça.
En fait, pire que ça… je crois que ça ne me déplairait pas de recommencer.
Un bruit de gifle retentit dans l'infirmerie. Celle que je viens de me coller, histoire de peut-être me remettre le cerveau en place. Bordel, mais c'est vraiment pas le putain de moment de penser à ça !
De toute façon j'imagine qu'il ne voudra plus du tout voir ma tronche maintenant…
Poussant un profond soupir, je me relève et attrape les flacons pour les ranger. Je tire un peu sur le drap du lit ou j'ai manqué de le violer sans aucun scrupule, et une fois sûr que personne ne pourrait deviner que nous sommes passés là – à part en lisant dans nos souvenirs – je quitte l'infirmerie d'un pas lourd.
Je rejoins ma chambre en quelques minutes, et me laisse m'écrouler sur mon lit sans bouger.
Ces temps-ci j'ai vraiment l'impression que ma vie se résume à voir cet abruti – faire quelque chose de bizarre – puis revenir dans ma chambre et déprimer sur mon oreiller en songeant à ma vie sociale complètement foutue.
Je m'endors certainement un moment, car quand je me réveille, toute la chambre est plongée dans l'obscurité la plus totale – même si avec mes yeux de trolls, j'y vois sans trop de problèmes.
Poussant un soupir quand je comprends que je ne pourrais plus me rendormir, je me lève et, allumant la lumière au passage, vais en direction de mon ordi.
Il ne me faut qu'à peine quelques secondes après l'allumage de Trollian pour me faire sauter dessus par une illustre inconnue visiblement très mécontente.
C'est quoi ce bordel ?
...
- gardenGnostic [GG] began pestering carcinoGeneticist [CG] at 20:28 -
GG: karkat vantas !
GG: quest-ce que tu fiches !
GG: quest-ce que tu fais là sur ton ordi
GG: au lieu daller texcuser devant john !
GG: tu trouves ça marrant ?
GG: TU TAMUSES BIEN LÀ ?
CG: WOW WOW WOW
CG: TU ES QUI TOI EXACTEMENT POUR ME CAUSER COMME ÇA, HEIN ?
GG: oh
GG: héhéhé, désolée :D
GG: je suis jade, la soeur de john.
GG: enchantée !
CG: MOI PAS
CG: CASSE-TOI
GG: oh non, je nen ai pas fini avec vous monsieur !
GG: pourquoi tu as fait ça à john ? :(
CG: FAIS QUOI
CG: MAIS DE QUOI TU PARLES BORDEL
GG: tu timagines ce que ça ma fait ?
GG: de rentrer dans sa chambre et de le voir tout mordu comme ça ?
GG: tu las pris pour un steak ? D:
GG: RÉPONDS-MOI !
CG: EH OH
CG: TU VEUX BIEN TE CALMER OUI !
CG: C'EST BON J'AVAIS UN PEU PERDU LES PÉDALES, DÉSOLÉ OKAY
CG: ET BON, TOUT MORDU, EXAGÈRE PAS NON PLUS JE NE L'AI FAIT QU'UNE FOIS ! C'EST PAS LA MORT NON PLUS
GG: perdu les pédales ?
GG: PERDU LES PÉDALES ?
CG: OUAIS PERDU LES PÉDALES OUAIS
CG: ÇA TE DÉRANGE ?
CG: ÇA ARRIVE À TOUT LE MONDE BORDEL DE MERDE !
GG: mais pourquoi au juste ? :o
CG: COMMENT ÇA POURQUOI ?
GG: pourquoi tas eu envie de le mordre ?
CG: OH
CG: EUH...
CG: C'EST À DIRE QUE...
GG: quoi ?
CG: JE SAIS PAS TRÈS BIEN.
CG: J'ÉTAIS EN TRAIN DE SOIGNER SON BRAS, ET TOUT À COUP J'AI...
CG: CHAIS PAS, ÇA SENTAIT BON
CG: ET QUAND J'AI COMPRIS CE QUE JE FAISAIS, IL M'AVAIT DÉJÀ FOUTU PAR TERRE
GG: :o
CG: T'ES PAS OBLIGÉE DE PARLER DE LA DERNIÈRE PARTIE, OK ?
CG: C'EST DÉJÀ SUFFISAMENT LA HONTE COMME ÇA, BORDEL.
GG: john ta foutu par terre ?
GG: PFFFF- hahahahaha ! :D
CG: TA GUEULE, EN PARLE PAS J'AI DIT.
CG: TA GUEULE PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !
CG: RAH MAIS T'ES ENCORE PIRE QUE TON PUTAIN DE FRANGIN À LA CON
CG: QUI M'A FOUTU UNE FAMILLE PAREILLE PUTAIN !
GG: daccord, daccord, jai compris.
GG: donc, en gros...
GG: tas trouvé que mon frère sentait bon
GG: tas pas pu résister
GG: et tu lui a sauté à la gorge à cause de ça... cest ça ?
CG: OUAIS, C'EST À PEU PRÈS ÇA OUAIS.
GG: karkat... :o
CG: QUOI ?
GG: est-ce que tu aurais le béguin pour john ? :D
CG: ...
CG: QUUUUOIIIIIII ?!
CG: NON MAIS ÇA VA PAS BIEN DANS TA TÊTE, T'ES AUSSI SONNÉE QUE CET ABRUTI QUI TE SERS DE FRÈRE C'EST PAS POSSIBLE !
CG: QUI T'A FOUTU CETTE PUTAIN D'IDÉE DANS LA TÊTE, HEIN ?
GG: oh, jai deviné juste ? :D
CG: JGÉJEAOIGEJA RAAAAHHHHHHHH !
GG: ouah, karkat je pensais pas que tu ressentais ça pour john !
CG: RAAAHHHH MAIS... MAIS TA GUEULE PUTAIN !
GG: alleeeeeeez, pas la peine de le cacher !
GG: je vais parler avec john !
GG: et je lui demanderai ce quil pense de toi !
GG: :D
CG: NON
CG: NON FAIS PAS ÇA, PUTAIN !
CG: DÉCONNE PAS !
GG: pourquoi pas ?
CG: JE
CG: PUTAIN
CG: PARCE QUE J'AI PAS BESOIN QUE TOI AUSSI TU TE MÊLES DE MA VIE PRIVÉE PEUT-ÊTRE ?!
CG: ON A DÉJÀ LA MOITIÉ DES TROLLS QUI LE FONT ÇA SUFFIT TU CROIS PAS !
CG: ET PUIS ET PUIS
CG: JUSTE
CG: ...
CG: NON !
GG: oh... bon, daccord, si tu insistes je lui dirai rien :)
GG: par contre... tu devrais vraiment aller le voir et texcuser je pense !
CG: PAS SÛR QU'IL VEUILLE VOIR MA GUEULE.
GG: oh mais si voyons ! :D
GG: cest mon frère, je le connais !
GG: je suis sûre quil ten veut pas !
GG: ;)
CG: NAN J'IRAI PAS LE VOIR BORDEL DE TOUTE FAÇON JE SAURAI MÊME PAS QUOI LUI DIRE PUTAIN DE SALOPERIE DE CONNERIE DE MERDE !
GG: hmmmm... compris ! laisse-moi faire, je vais moccuper de tout ! :D
GG: je vais trouver un endroit où vous puissiez parler au calme !
GG: comme ça vous pourrez faire la paix :)
CG: QUOI
CG: NON
CG: NON
CG: PUTAIN NON
CG: ARRÊTE FAIS PAS ÇA PUTAIN
GG: je te recontacte quand cest bon ! :D
GG: à tout de suite !
- gardenGnostic [GG] ceased pestering carcinoGeneticist [CG] at 20:49 -
CG: NON MAIS
CG: PUTAIN
CG: NON
CG: RAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHH
CG: BORDEL DE SALOPERIE DE CONNERIE DE MERDE !
...
Putain de saloperie de connerie de BORDEL DE MERDE !
Mais c'est pas possible, c'est un putain de truc de famille d'essayer de constamment démolir ma vie sociale, ma réputation, voire ma vie tout court ?!
Je grogne de désespoir entre les quatre murs de ma chambre, et décide d'aller me coucher – ouais, la soirée vient à peine de commencer, je sais, et alors ?! Foutez-moi la paix, bordel ! Je fais encore ce que je veux à ce que je sache !
De toute façon avec ce qu'il s'est passé juste avant, j'ai pas faim, et je me vois pas passer ma soirée à ruminer. Autant essayer de dormir, au moins ça me reposera de cette journée de dingue – j'ai l'impression que mon cerveau me coule par les oreilles tellement je suis crevé.
Le temps donc d'enfiler ce qui me sert de pyjama – un vague pantalon de toile que je porte pour éviter de dormir complètement à poil, au cas où il y aurait une alarme incendie – et je m'allonge confortablement dans mon lit, bien décidé à quitter cette réalité pour celle des rêves, bien moins compliquée, au moins pour un tout petit moment.
...
Malheureusement, c'est plus ou moins sans compter cette bande de tarés, dont certains font partie malheureusement de mon cercle d'amis.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis endormi – pas bien longtemps, je n'ai même pas encore commencé à rêver – quand l'apocalypse débarque dans ma chambre.
Et par apocalypse, j'entends Terezi qui ouvre ma porte à la volée et commence à gueuler comme une folle qui serait dans un commando militaire en mission.
En beaucoup plus bruyant.
« 4LL3Z GO GO GO GO GO ! GROU1LLE-TO1 4V4NT QU'1L NOUS 3CH4PP3 4H4H4H !
- T'inquiète sis'… »
J'ai même pas le temps d'être surpris, de me retourner, de beugler sur le bordel qu'ils font – dans MA chambre, ai-je besoin de le préciser ? – que je sens deux bras puissants qui attrapent ma taille et me chargent sur une épaule recouverte d'un t-shirt noir et violet que je reconnaîtrais entre mille.
PUTAIN DE BORDEL DE…
« GAMZEE ! GAMZEE BORDEL TU FOUS QUOI ! PUTAIN DE MOIRAIL À LA CON, LACHE-MOI OU J'TE DÉMONTE ! LACHE-MOI J'TE DIS BORDEL DE SALOPERIE DE CONNERIE DE MEEEEEERDE !
- J'peux pas bro, j'dois t'amener quelque part… honk, honk ! »
M…
M'amener quelque part ?
Mais où est-ce que…
...
Ah non !
NON ! ÇA NON ! JAMAIS ! HORS DE QUESTION PAS D'ACCORD PAS D'ACCORD PAS D'ACCORD BORDEL DE NOM DE DIEU MAIS IL VA ME POSER OUAAAAIIIIS !
Malheureusement, non.
Peu importe la force que je mets à me débattre, ça ne suffit pas. Il faut dire que Gamzee fait une tête de plus que moi – bon d'accord… peut-être un peu plus. Vos gueules. – et qu'il a beaucoup, beaucoup plus de force.
Même s'il est toujours défoncé.
Je suis toujours en train de m'égosiller quand il s'arrête enfin dans un des couloirs, face à une porte que je ne vois pas, évidemment, puisque j'ai personnellement une vue imprenable sur ce qui se passe derrière lui.
Chier.
Malgré ça, je n'ai pas de problèmes pour savoir où exactement il m'a emmené.
Il n'y a qu'une personne qui aurait pu faire débarquer Terezi comme ça dans ma chambre pour me tirer ailleurs contre mon gré – je ne doute pas que sur ce point, c'est Terezi qui a demandé de l'aide à Gamzee, sans aucun doute. Quoique peut-être qu'elle aurait pu me soulever… en fait je préfère ne pas y penser, je pense que mon amour-propre en prendrait un coup.
Bref, y a qu'une personne qui peut être à l'origine de ça.
Cette foutue Jade.
Lorsque je sens enfin Gamzee me poser par terre – mais pas grâce à mes coups de poing répétés dans son dos – mon hypothèse se confirme.
En face de moi se tient cet abruti de John, visiblement un peu étonné par mon arrivée, même si avec mes hurlements, il a dû nous entendre à deux kilomètres. À côté de lui, assise sur le lit, se tient Jade, tout sourire, qui lui tapote gentiment l'épaule intacte.
« Bon, alors on va vous laisser discuter hein ! Vous inquiétez pas, j'ai demandé à Rose de ne pas rentrer trop vite. À plus tard ! Tu viens Gamzee ?
- Ouais… à toute, bro ! »
Je leur lâche un grognement sinistre tandis qu'ils s'en vont – Jade en sautillant, Gamzee la suivant de son pas de junkie dégénéré, comme toujours.
Sitôt la porte fermée, mon regard revient se fixer sur la seule autre présence dans la pièce, assis près de la table basse – John.
Qui déglutit.
Je suis assis pour ma part près du deuxième lit de la pièce – qui doit être celui de cette « Rose ». La chambre est construite exactement de la même manière que celle de John – sauf qu'on voit ici que les deux parties de la chambre sont utilisées.
En poussant un soupir, je regarde à nouveau mon partenaire de binôme, qui me lance sans cesse des regards en coin, rouge comme une brique – j'avoue que je dois pas en mener bien large, en fait…
Je fais la moue quand j'aperçois le bout du pansement qui dépasse de son t-shirt, masquant sans aucun doute la morsure que je lui ai faite tout à l'heure.
« Ça fait mal ? Je lance, détournant les yeux.
- Hein ? »
Un instant de silence, le temps pour moi de le voir me lancer un coup d'œil interrogatif.
Je soupire en tapotant du doigt ma propre épaule pour lui faire comprendre.
« Oh ! Euh… non, non, ça va. »
Un autre silence.
Tendu. Désagréable. J'aime pas quand il parle pas, comme ça. Ça me fait toujours bizarre, comme si un truc était… pas normal. Je suis tellement habituée à ce qu'il me raconte sa vie à longueur de journée que c'est devenu un peu comme une sorte de bruit de fond, ça me perturbe qu'il n'y ait plus rien.
Je finis par pousser un profond soupir. Je suppose que de toute façon, on n'échappera pas à cette conversation gênante.
« Mmmh… Désolé, pour ça. Je voulais pas. Enfin… si, mais je veux dire… je… enfin euh… je me rendais pas compte de ce que je faisais ? Enfin… non mais … raaah ! »
Je passe une main dans mes cheveux, les frottant en détournant le regard.
« Bref, j'aurai pas du quoi… désolé ? »
Il a l'air totalement abasourdi.
Bah quoi, qu'est-ce que j'ai dit ?
Au final, il ouvre la bouche, mais ce qui en sort n'a carrément RIEN à voir avec ce que je viens de lui dire – à tel point que ça me statufie de stupéfaction.
« Pourquoi tu es torse nu ? »
...
...
Quoi ?
Attends, il vient de dire QUOI là ?
« … Hein ?
- Bah… quoi ? C'est bizarre comme question ? »
…
MAIS OUI C'EST BIZARRE, PUTAIN !
ÉVIDEMMENT QUE C'EST BIZARRE, TRONCHE DE CAKE, ÇA VA PAS DE POSER DES QUESTIONS PAREILLES !
En rougissant, je tourne la tête, et remonte mes jambes contre ma poitrine nue pour la cacher au moins un minimum.
J'aime pas qu'on me voie sans mes vêtements. J'ai même tendance à détester ça même. Mais sur le coup c'est pas comme si j'avais vraiment eu la possibilité de faire quoi que ce soit avant de me faire sauvagement kidnapper.
« Gamzee m'a réveillé et n'a pas vraiment voulu me laisser le temps de mettre quelque chose pour me couvrir, voilà tout… »
J'enfonce un peu le visage dans le repli fait par mon coude, bien décidé à ne plus regarder cet abruti en face.
Sinon je risque encore de virer au rouge vif…
John
Après être revenu de l'infirmerie, j'ai bien dû rester une bonne quinzaine de minutes assis contre ma porte sans rien faire, mon cerveau trop grillé pour fonctionner correctement. Au bout d'un moment, je me rends quand même compte que je suis toujours en train de saigner là où Karkat m'a mordu, que j'en ai plein le haut du t-shirt (il est bon pour la poubelle celui-là maintenant...), et je me dis qu'il serait peut-être légèrement temps de faire quelque chose pour ça. Pas que ça soit si profond comme morsure, mais bon.
Je me suis donc levé et j'ai fait quelques pas vers mon lit avant d'enlever mon t-shirt et de le poser délicatement par terre pour ne pas salir le sol bêtement. Je n'ai même pas eu le temps d'ouvrir mon placard à la recherche d'une serviette de bain ou quoi que ma porte s'est ouverte en grand. Me retournant en vitesse, je suis alors tombé nez à nez avec Jade qui s'est mise à me fixer curieusement, bouche ouverte – sûrement qu'elle s'apprêtait à dire quelque chose avant d'avoir un aperçu direct sur cette jolie morsure de troll.
Heureusement, je connais bien ma sœur, alors j'ai le temps de plaquer mes mains contre mes oreilles avant qu'elle ne se mette à hurler.
« AAAAAAAAAH ! Mais, mais... Mais qu'est-ce qui t'es arrivé ?! »
Elle accourt vers moi, me faisant me retourner en me tirant par le bras pour observer la marque dans ma nuque de plus près.
« C'est horrible ! Qui t'a fait ça ? Tu veux qu'on aille se plaindre ? Allez, on va aller tout de suite...
- Jade, JADE ! Je hausse le ton pour la faire taire. Calme-toi ! C'est bon, d'accord ? C'est rien, t'inquiètes ! C'est juste... un petit accident.
- Un accident ? John, c'est le pire mensonge que j'aie jamais entendu ! Comment une marque de dents peut être un accident ? Tu vas me dire que quelqu'un t'es tombé dessus juste au moment où il allait croquer dans un sandwich, sauf qu'à la place il a croqué dans ta peau ?
- ...Quoi ? C'est possible, ça ?
- Bon sang John, on s'en fiche !
- Oh, d'accord, d'accord ! C'est peut-être pas totalement arrivé par accident. Mais c'est pas grave, je t'assure ! Ça me fait même plus mal !
- Si tu veux pas me raconter comment c'est arrivé, dis-moi au moins qui t'a fait ça !
- Je... Je peux pas.
- PARLE, JOHN !
- Aaaah ! Bon, d'accord, c'est... C'est Karkat, voilà. Mais c'était pas sa fau... »
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que Jade est déjà partie comme une fusée. Oh bon sang. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle débarque dans ma chambre juste à ce moment-là ? En plus, elle aurait au moins pu m'aider à me mettre un pansement ou quoi...
Enfin bon.
Seul à nouveau, je réfléchis un instant à comment je vais me débrouiller avec ma morsure encore pleine de sang – bon, j'exagère, ça saigne qu'un tout petit peu, et le plus gros est parti sur mon t-shirt. Mais pour le coup, c'était un peu bête d'avoir quitté l'infirmerie sans même prendre de quoi me soigner avant. Sur le moment, j'avais juste eu besoin de m'éloigner de Karkat le plus vite possible.
En fait, en y repensant après, je m'en veux un peu de l'avoir planté là. Il va probablement croire que j'étais fâché... Bon, je lui en veux un peu, c'est vrai. Il m'a quand même fait mal, quoi. Mais d'un autre côté, c'était pas si...
Hmm...
On va laisser ça de côté pour l'instant, hein ?
Oui, donc, finalement je réussis à me débrouiller en puisant dans une armoire à pharmacie, à la disposition des élèves dans le couloir. Une fois ma morsure – et au passage la coupure sur mon bras – nettoyées et cachées par des pansements, je me suis rassieds sur mon lit en me demandant quoi faire. Mais il ne faut que quelques minutes avant que Jade ne revienne, tout aussi agitée que la première fois, mais pas pour les mêmes raisons.
« John ! S'écrie-t-elle. J'ai tout compris !
- Vraiment ? Je demande, pas trop convaincu.
- Mais oui ! Et d'ailleurs, tu aurais pu me le dire avant, que c'était un malentendu, ça m'aurait évité d'aller crier sur ce pauvre Karkat !
- Tu m'en as pas laissé le temps ! Mais... Attends, t'as été crier sur Karkat ?!
- Oh, façon de parler... Mais c'est bon, il m'a tout expliqué !
- Oh... D'accord, alors.
- Bon allez, tu viens ?
- Quoi ? Où ça ?
- Dans ma chambre !
- Hein ? Pourquoi ?
- Vieeeeens, je te dis ! »
Elle m'entraîne ensuite dans sa chambre sans plus de cérémonie. Arrivés dans la pièce – un peu gêné d'être dans une chambre de filles, même si l'une de ces deux filles est ma sœur et l'autre une de mes meilleures amies – elle me fait asseoir par terre avant de s'installer à côté de moi.
« Tu peux me dire ce qui se passe, maintenant ? Je lui demande.
- Chuuuut, tu verras ! Plus important, qu'est-ce que tu penses de Karkat ? »
Il me faut vingt bonnes secondes pour comprendre sa question.
« Euh... Il est sympa. Il hurle beaucoup et tout, mais au fond il pense aux autres, et...
- Bon, bon, mais c'est quoi pour toi au juste ?
- Hein ? Ben... On est amis ?
- Juuuuste amis ? Demande-t-elle, la voix pleine de sous-entendus.
- Q-QUOI ? De... De quoi tu parles ? Et puis d'abord, ça te regarde pas !
- Oh, ça va, ça va... Bon, de toute façon, faut que je t'avoue un truc. En fait, je t'ai un petit peu amené ici pour que tu puisses t'expliquer avec Karkat. Je me doute que tu veuilles pas le voir tout de suite, mais je pense qu'il faut lui laisser une chance de se faire pardonner.
- Tu... TU AS FAIT QUOI ?! »
Je me relève d'un bond, prêt à retourner dans ma chambre, mais en ouvrant la porte je tombe nez à nez avec Terezi, talonnée par Gamzee. Je me fige tel un animal paralysé devant un terrifiant danger, tandis que la folle aux lunettes rouges lève devant moi ses mains griffues.
« Où est-ce que tu comptes aller comme çaaaaa ? »
Je déglutis quand soudain elle me saisit fermement par les épaules avant de me pousser vers le milieu de la pièce où je tombe à nouveau assis.
« Oh, John ! S'écrie Jade. Je ne voulais vraiment pas en arriver là, mais tu ne me laisses pas le choix !
- Quoi ? Ça veut dire quoi, ça ?
- Terezi ! Gamzee ! On passe au plan F !
- Jade ? J'appelle. C'est quoi le plan F ? Qu'est-ce que vous allez me faire ?
- Désolée, John ! C'est pour ton bien qu'on fait ça ! »
Gamzee tend soudain deux bouteilles à l'étiquette rouge et au contenu douteux, que je reconnais avec terreur. Je tente de reculer, mais mes mains dérapent sur le sol, rendues maladroites par la peur.
Terezi saisit une bouteille et l'ouvre, un sourire machiavélique sur ses lèvres noires.
« T'inquiètes paaaaas ! Ricane Terezi. Ça va durer qu'un petit moment !
- Allez, activez le plan F ! Commande Jade.
- T'en fais pas, bro ! Fais Gamzee. Tu vas voir des putains de miracles ! »
Mon hurlement retentit dans les dortoirs.
...
Je reviens à mes esprits pour découvrir Karkat, porté comme un sac à patates, être jeté sans retenue à terre. Il s'écrase contre le sol sous mes yeux ébahis.
Oh.
Ouah.
Qu'est-ce qu'il fait là ? Et pourquoi il a pas de t-shirt ?
Je détourne rapidement le regard, les joues en feu. Mais, mais... Mais pourquoi il est torse nu ?! Je jette des petits coups d'œil furtifs vers lui, n'osant pas le regarder en face.
Un petit silence s'installe, mais il est rapidement brisé par Karkat.
« Ça fait mal ? »
Il me faut quelques secondes pour réagir, et répondre d'un simple « Hein ? », faisant soupirer le jeune troll. Désolé, j'ai du mal à réfléchir comme il faut là... il est au courant qu'il porte pas de t-shirt ?!
Je comprends finalement de quoi il me parle et bredouille quelque chose pour lui répondre. J'arrive pas à me concentrer... Pourquoi il fait si chaud, dans cette chambre ?
Karkat se met soudain à raconter tout un charabia sans aucun sens. J'essaie de comprendre ce qu'il me dit, mais j'ai la tête qui tourne. J'essaie de me tenir éveillé pour pouvoir au moins entendre la dernière phrase :
« Bref, j'aurai pas du quoi… désolé ? »
Oh... Il est tout gêné.
Il est mignon !
Je regarde avec surprise ce nouveau visage de Karkat, avant de baisser mon regard vers la peau grise et lisse de son torse.
« Pourquoi tu es torse nu ? »
Un petit moment de flottement suit ma question, tandis que je fixe toujours les lignes un peu floues de ses bras. Il est trop loin, j'aimerais bien m'approcher un peu plus pour mieux le voir...
« … Hein ?
- Bah… quoi ? C'est bizarre comme question ? Je demande l'air de rien. »
Pendant qu'il bredouille quelque chose que je n'écoute qu'à moitié, je commence à me rapprocher à quatre pattes. Il relève la tête en me voyant.
« Whoa, tu... tu fous quoi, là ?! »
J'arrive à côté de lui et commence à le scruter du regard.
« Ouah, t'as pas de nombril ! Je m'exclame. »
Je me rapproche un peu plus de son ventre pour chercher, des fois que son nombril se serait caché quelque part. Lorsque finalement je laisse tomber, je m'intéresse aux drôles de marques qu'il a sur les deux côtés, les observant avec sérieux.
« Qu'est-ce que tu racontes comme conneries encore ?! Hurle Karkat. »
Ouaaah, il me fait mal aux oreilles !
« Crie pas comme ça ! Il fait déjà assez chaud !
- Quoi, chaud ? On se les pèle ici ! »
J'entreprends de retirer mon propre t-shirt pour tenter d'échapper à la chaleur, rapidement stoppé par Karkat.
« BORDEL TU FOUS QUOI, LÀ ?! T'ES PAS BIEN ? »
Je me dégage de ses bras pour essayer à nouveau de retirer ce fichu t-shirt, mais me retrouve juste emmêlé dedans. Coincé, j'explose de rire. Karkat me fixe avec de grands yeux.
« Putain, mais... Mais t'es complètement défoncé en fait !
- Mais noooooon ! T'es bête ! »
Je parviens enfin à me libérer et passe ma tête hors du t-shirt d'un coup, le choc me propulsant directement sur Karkat. Je me redresse à l'aide de mes bras avant de retomber lourdement sur lui, plié de rire.
« Putain, mais t'as fini de te marrer comme un débile ? CASSE-TOI !
- Pff, tu dis ça mais en fait tu veux que je reste. »
Je sais pas bien pourquoi j'ai dit ça. Sûrement l'effet du faygo. Ouais, ça doit être ça. Ça doit être pour ça aussi que je suis en train de caresser doucement le ventre de Karkat du bout de mes doigts. Y'a pas d'autre explication.
J'ai dû le calmer en disant ça, parce qu'il ne dit plus rien du tout. Je me redresse un peu, me retrouvant à quatre pattes au-dessus de lui pour pouvoir mieux l'observer, lui et sa belle couleur grise. Je passe avec mes doigts là où devrait se trouver son nombril, caressant sa peau délicieusement lisse un moment. Je glisse ensuite ma main vers ses côtes, jusqu'à atteindre les marques étranges s'y trouvant.
Soudain, Karkat m'attrape la main fermement. Je laisse échapper une longue plainte non contenue, mais le troll n'en tient pas compte.
« Dégage. Maintenant. C'est ta dernière chance. »
Je fixe le garçon dans les yeux, mon visage juste au-dessus du sien, à quelques centimètres. Il a le même regard que tout à l'heure, à l'infirmerie. Je déglutis. Le peu de bon sens qu'il me reste me hurle de me reculer, mais pas assez fort pour que je l'écoute, totalement absorbé comme je suis dans la contemplation du visage de Karkat. Mon regard s'arrête sur ses lèvres noires, légèrement entrouvertes.
« Et si j'ai pas envie ? »
Karkat
J'en suis encore à essayer de ne pas croiser son regard – donc à tenter de ne pas le regarder – quand je remarque du coin de l'œil des mouvements … suspects. Il est en train de bouger. À quatre pattes… Vers moi.
Wow, wow, wow… c'est quoi exactement son délire ? Je viens de m'excuser, chuis à moitié torse nu, on est seuls dans une piaule et je l'ai mordu y a même pas quelques heures, il trouve pas que la situation est peut-être déjà ASSEZ embarrassante comme ça, non ?!
« Woah, tu… tu fous quoi, là ?! » je lui lance, dans l'espoir que ça le fasse un peu réfléchir – même si j'ai comme l'impression que ce mot-là est carrément inconnu de son vocabulaire… surtout en ce moment.
Et comme je m'y attendais, il m'ignore. Complètement.
Pire que ça, il se poste à côté – dangereusement proche… - de moi et commence à me reluquer.
Comme ça. Tranquille, pas de problème. Lui quand il voit un troll torse nu, pas la peine d'être gêné, il s'emmerde pas pour venir se rincer l'œil. Non mais, ça va pas la tronche oui ?!
« Ouah, t'as pas de nombril ! »
...
J'ai pas… j'ai pas de quoi ?
Eh eh eh, pourquoi il se rapproche encore plus ! Non mais, c'est pas bientôt fini oui ?! Je vais lui remettre les idées en place moi ! Je beugle un bon coup, histoire de faire bonne mesure.
« Qu'est-ce que tu racontes comme conneries encore ?!
- Crie pas comme ça ! Il fait déjà assez chaud ! »
…
HEIN ?
MAIS DE QUOI ? MAIS IL A PERDU L'ESPRIT C'EST PAS POSSIBLE !
« Quoi, chaud ? On se les pèle ici ! »
Oui d'ailleurs ça commence à être chiant là, je suis pas loin de frissonner putain.
...
MAIS… MAIS NOM DE DIEU DE PUTAIN DE BORDEL DE MERDE, IL FOUT QUOI LÀ ? POURQUOI EST-CE QU'IL EST EN TRAIN DE SE DÉSAPER ?!
Je tends un bras pour attraper l'un des siens, très décidé à ne surtout pas le laisser faire. Hors de question. Sinon je n'ose pas imaginer comment ça va finir. Vraiment.
Je hurle même encore un coup. Histoire de faire bonne mesure. Encore.
« BORDEL TU FOUS QUOI, LÀ ?! T'ES PAS BIEN ? »
Je le sens faire un petit écart maladroit pour que je le lâche, chose que je fais, complètement abasourdi. Y a un truc qui va pas là, pourquoi il… ?
Je commence à comprendre lorsque je le vois s'emmêler tout seul dans son propre t-shirt, tenter de se libérer, ne pas y arriver, et exploser de rire. Comme ça. Tranquille pépère. Pas de…
...
J'ouvre des yeux comme des soucoupes.
Genre, dilatation orbites maximales.
La seule fois où j'ai vu quelqu'un faire ce genre de chose, c'est quand Gamzee avait pris quelque chose de trop fort pour lui et qu'il était vraiment dans un état chelou.
Me dites pas que…
« Putain, mais… Mais t'es complètement défoncé en fait !
- Mais noooooon ! T'es bête ! »
Me répond une voix provenant du t-shirt, toujours aussi emberlificoté autour de son propriétaire. Si la situation n'était pas un poil embêtante, elle en serait presque – presque – drôle.
Merde, il vient de réussir à enlever son foutu t-shirt et… Putain ! Mais il est vachement bien foutu en fait ! Bon, super maigrichon, mais ça n'empêche pas que…
Je me colle une ou deux baffes mentales, histoire de me remettre les idées en place. C'est vraiment pas le putain de bon moment pour penser à ce genre de truc. Sérieux. Faut que je me ressaisisse. Vraiment.
...
Sauf que c'est un peu dur quand on est torse nu, que la personne à qui on aimerait bien faire des choses l'est aussi… et qu'elle vous tombe littéralement dessus.
Je grogne pour cacher ma gêne et mes joues plus rouges qu'une cerise bien mûre.
« Putain, mais t'as fini de te marrer comme un débile ? CASSE-TOI !
- Pff, tu dis ça mais en fait tu veux que je reste. »
…
Aïe, touché.
Je me mords une lèvre, bien conscient que ce qu'il dit n'est pas faux du tout. En fait, c'est plutôt agréable qu'il soit là. Qu'on soit là. Sa peau est toute chaude contre la mienne, j'ai beaucoup moins froid maintenant.
Le seul truc c'est qu…
Wooaaah, eh, il fout quoi là ?! Pourquoi il est en train de promener ses mains sur mon ventre ?!
Je le suis du regard tandis qu'il s'arrache à moi, de quelques centimètres seulement. Il se met à quatre pattes au-dessus de ma personne, certainement dans le but de pouvoir continuer ce qu'il faisait avec sa main. Parce que cette dernière n'a pas du tout quitté ma peau. Je la sens glisser sur mon ventre vierge de la marque que lui porte au même niveau – c'est ça, leur « nombril » ? – puis remonter le long de mon torse jusqu'à atteindre les cicatrices sur mes côtes.
OK, il faut que je l'arrête. Maintenant. Tout de suite.
Ma main vole, attrape la sienne pour l'arrêter dans un mouvement qui, je le sais, même s'il n'est pas bien grand, pourrait bien me faire perdre la tête.
Je l'entends faire un bruit hautement inquiétant pour ma tension cardiaque – comme une sorte de gémissement plaintif… putain ! – et essaye de passer outre.
« Dégage. Maintenant. C'est ta dernière chance. »
Parce qu'après, je ne pourrai plus m'arrêter.
Voilà ce que je cherche à lui dire, mais je ne parviens pas à formuler la dernière phrase. Tant pis, il a intérêt de comprendre avec la précédente.
Je frissonne lorsque mes pupilles plongent dans l'océan infini des siennes, stoppées à quelques centimètres à peine de moi. Il suffirait que je lève la tête pour que…
Ses yeux ont bougé. Je les vois descendre, détailler mon visage, s'arrêter sur un point que je devine aisément. Il… il va pas bien dans sa tête, hein… ? C'est la seule explication.
Un terrible frisson remonte le long de ma colonne vertébrale lorsque je l'entends chuchoter, son souffle chaud caressant ma peau.
« Et si j'ai pas envie ? »
Je…
J'aurais aimé répondre quelque chose.
Il ne m'en laisse pas le temps.
Ma bouche n'a même pas eu le temps de formuler un seul mot qu'il la fait taire d'une pression.
C'est… c'est doux. Comme une plume qui caresserait vos lèvres avec la légèreté d'un rêve. Ça ne dure qu'un bref instant, mais ça a le goût de paradis. Et ça fait accélérer le cœur comme une sorte de putain de carburant trafiqué à l'opium.
J'ai à peine le temps d'y goûter qu'il s'est déjà relevé, m'arrachant une plainte sourde. Pas très longtemps, heureusement. À peine une demi-seconde plus tard, je sens à nouveau ses lèvres contre les miennes, appuyées d'une pression plus ferme, plus intense.
Alors, mon cerveau me lâche.
Abandonnant toute la logique qui m'a plus ou moins retenu jusqu'ici – eh, j'ai des limites, quand même ! – je ferme les yeux, penche un peu la tête sur le côté et laisse une main remonter le long de son bras jusqu'à atteindre sa nuque, lui faisant comprendre d'une pression sur cette dernière de ne surtout, surtout pas s'arrêter.
Peu importent ces foutues conséquences.
Ce baiser-là est infiniment plus doux que celui que nous avons partagé il y a quelques jours, c'est étrange. Il y a comme une sorte de chaleur qui se diffuse dans mon ventre, tandis que je sens ses lèvres câliner les miennes avec curiosité. Je ne peux m'empêcher d'ouvrir un peu la bouche pour venir lécher tendrement une de ses lèvres, et souris en entendant un vague gémissement se perdre entre sa gorge et nos bouches mêlées.
À moins que ce soit moi qui ai gémi, lorsque sa langue a touché la mienne ?
Aucune foutue idée.
Tout ce que je sais, c'est que là pour le coup on est en train de s'embrasser, torses nus, dans une chambre de fille, en envoyant littéralement chier les conséquences… et que c'est absolument, carrément, infiniment dément.
Et surtout, pour le coup… que je pourrais bien faire ça des dizaines – des centaines – d'années. Sans m'arrêter.
Mes mains profitent de mon cerveau bien trop occupé par le baiser pour échapper à mon contrôle et venir caresser, çà et là, la peau si douce de son dos. Bon sang… ça devrait être interdit, d'être aussi attirant. Comment il fait pour ne pas se faire violer dans les couloirs au moindre pas qu'il fait dehors… ?
Je laisse mes mains peser un peu sur lui pour qu'il s'allonge tout à fait, venant réchauffer mon abdomen avec le sien. C'est vrai qu'il est brûlant en fait.
Un vague sourire fleurit sur mes lèvres toujours scellées des siennes quand je l'entends gémir à ce contact. Je pourrais bien m'habituer très vite à ce genre de chose…
Tout comme je pourrais bien m'habituer au contact de ses lèvres chaudes contre les miennes, de sa langue qui danse contre sa jumelle, de nos cœurs qui battent aussi vite l'un que l'autre – d'autant que je puisse le sentir.
C'est à mon tour de gémir lorsque je sens une de ses mains repartir à l'assaut de mon torse pour y caresser ma peau avec douceur. Avec une impulsion du bassin, je le renverse, me retrouvant au-dessus, un sourire moqueur aux lèvres. Il me lance un regard… comme un drogué qui aurait besoin d'une dose.
Pas très dur de deviner laquelle.
Mais je décide de le faire languir un peu et pose à la place plusieurs baisers sur différentes zones de son visage, jusqu'à sentir son impatience prendre le dessus, sous la forme d'une main fermement serrée autour de ma nuque qui me guide à nouveau vers sa bouche.
Inutile de dire que je ne résiste pas très longtemps à l'appel tellement c'est bon.
Mais je m'arrache à nouveau à ses lèvres quelques instants – minutes ? heures ? – plus tard pour partir à l'assaut de la peau fragile de son cou que j'ai pu goûter quelques heures auparavant.
Cette fois-ci, je fais attention de ne pas y planter mes crocs, peu désireux de me prendre une nouvelle volée. À la place, je décide de jouer un peu avec la peau, mordillant délicatement la zone sensible qui court le long de la jugulaire.
…
OK, au vu du bruit qu'il vient de faire, je crois que j'ai mis le doigt – la dent ? – sur une zone particulièrement sensible. Chouette !
Je me gêne pas pour recommencer, très réceptif à ce genre de bruit. Enfin il faudra quand même qu'il fasse attention, j'ai encore de la retenue, mais j'ignore pour combien de temps…
Désireux de le laisser respirer, je descends un peu plus bas, presque à la jonction entre le cou et l'épaule, et attrapant un peu de peau entre mes crocs, je la suçote doucement. Ses bruits sont un peu plus étouffés, mais pas de doute, il aime ça autant que moi…
Tellement que je le sens relever la tête, appuyant en même temps sur mon cou pour me faire pencher un peu la tête. Qu'est-ce que…
Oh.
...
Oooh… Oh. Oh…
Visiblement, je suis aussi sensible du cou qu'il l'est.
Et on me l'avait jamais fait – en tout cas pas un humain – mais s'il est bel et bien en train de m'en faire un… les suçons, c'est carrément cool.
Un gémissement s'échappe de mes lèvres tandis que je plaque une main sur sa nuque pour le convaincre – s'il en est seulement besoin – de ne surtout pas s'arrêter.
Ça semble au contraire même l'encourager à aller plus loin, puisque je sens ses mains remonter dans mon dos, frôler la peau de mes bras, de ma nuque, plonger dans mes cheveux, et se rapproche des…
...
Oh, putain…
Quand on est surpris c'est quelque chose, mais quand on s'y attend plus ou moins, c'est encore plus…
J'attrape une des deux mains en train de frotter délicatement mes cornes et la ramène près de son corps. Il lâche un vague grognement de frustration lorsque je force sa jumelle à rejoindre la première, et me lance un regard de reproche.
Je soupire tandis que mon front se pose contre le sien.
« Il faut qu'on s'arrête. Vraiment.
- Mmmh… t'en as autant envie que moi, avoue… »
Oui, carrément.
Il pourrait faire ça toute la nuit que ça me dérangerait pas.
Mais ma raison est très insistante, et je ne parviens pas à oublier ce qu'elle me rappelle sans cesse. Déjà, que nous sommes dans la chambre de quelqu'un d'autre, qui peut rentrer à tout moment et nous arrêter.
Ensuite, que s'il continue à toucher mes cornes, je vais le violer sans aucun préavis.
Et enfin, qu'il est complètement défoncé à je ne sais quelle substance et que je préfèrerais de loin qu'il soit conscient de ce qu'il fait. Déjà là, on a peut-être bien été trop loin…
Je pousse un soupir et repousse à contrecœur cette bouche qui avait déjà décidé de s'attaquer de nouveau à mon cou, et encerclant sa taille de mes bras, je me relève en l'entraînant avec moi. Il est super chancelant – pour ne pas dire qu'il se casse la gueule à moitié tous les deux pas – mais ça a l'air de tenir le coup.
Je devrais pouvoir le ramener dans sa chambre sans trop de casse.
Oui enfin…
Le réveil qui affiche en toute goguenardise l'heure me nargue.
Il est passé 23h. Aucun doute, les surveillants doivent certainement être en train de faire leurs fichues rondes dans les couloirs. Ils sont pas beaucoup – cinq pour tout le dortoir, humain et troll confondu, mais… Eh bien, tout seul, rapidement, habillé, ça ne poserait pas de problème.
Mais là, je suis torse nu, avec un mec à moitié défoncé dans le même état, qui semble très désireux de se faire violer. Et qui sait à peine aligner un pas devant l'autre. Accessoirement.
Je sens que ça va plus frôler le « mission impossible, le retour » que le « tranquille-t'inquiète-pépère-je-gère »…
Fermant les yeux, j'inspire un grand coup, raffermis ma prise sur la taille de John qui se tient mollement à moi, et ouvre la porte.
Passant la tête dans l'encadrement, je jette un coup d'œil à droite et à gauche.
La voie est libre.
Go !
Trainant cet abruti derrière moi, je sors de la chambre furtivement, referme la porte derrière lui, vire une de ses foutues mains baladeuses et avance en direction du couloir de droite.
OK.
Donc là pour l'itinéraire, il va nous falloir traverser deux couloirs, descendre un escalier puis encore deux couloirs. Pourquoi, non de dieu, POURQUOI a-t-il fallu qu'ils soient si loin ?! C'est un truc de fou…
Forçant l'autre crétin à adopter mon pas – même s'il se calamboche la tronche par terre une fois sur deux, me forçant à le retenir pour pas qu'il ne mange les pavés – je traverse en vitesse un couloir et jette un coup d'œil à droite et à gauche pour voir si un surveillant se balade par-là. MERDE !
Je retire ma tête une demi-seconde avant qu'il ne tourne la sienne, plaque John contre le mur et l'empêche de bouger en appuyant le poids de mon corps contre lui.
...
Oups, mauvaise idée, j'avais oublié que ce con était toujours défoncé et qu'il avait les mains très baladeuses. Bon bah ma faute.
Et un peu la sienne.
C'est pour ça que je n'hésite pas à occuper ma bouche avec un bout de son cou – sans mordre, je tiens pas à ce qu'il crie – pour ne pas gémir.
...
Et à recouvrir sa bouche à lui de ma main pour qu'il ne fasse pas de bruit non plus.
Non mais à quoi on doit ressembler, j'vous jure…
Heureusement, étant donné que l'on est dans un coin un peu sombre, le surveillant ne nous remarque pas lorsqu'il passe à côté de nous – merci à ma peau grise – et continue dans le couloir tout droit que j'avais failli prendre.
Une fois certain que le mec s'est suffisamment éloigné, je relâche John, attrape sa main et le tire avec moi dans le couloir que l'autre vient de quitter. Ouf, les escaliers sont pas très loin devant nous, et personne en vue. J'attrape à nouveau ce crétin par la taille, accélère le pas, et passe les escaliers presque en les sautant tant je suis pressé par l'adrénaline qui coule dans mes veines.
Deux marches avant la fin des escaliers, je me permets un autre regard furtif dans les deux couloirs qui partent de chaque côté, et manque de faire un second arrêt cardiaque.
Un surveillant est planté au bout du couloir, dos tourné. Visiblement il va pas tarder à faire demi-tour pour faire tout le couloir en longueur. Bordel, faut se grouiller.
Je chope John et le tire derrière moi aussi vite que possible sans le cogner partout – pas facile – jusqu'à réussir à nous planquer tous les deux sous les escaliers en eux-mêmes, dans l'obscurité profonde que le recoin crée.
Je force cet abruti à s'accroupir près de moi pour qu'on nous remarque pas, et prie.
Très fort.
Autant pour que le surveillant ne nous voie pas en passant que pour que…
PUTAAAAINNN
« Oh ! » je siffle en chuchotant le plus bas possible. « Arrête ça putain ! »
Un « mmmgmgmffoui… » étouffé me parvient près de mon oreille qu'il est en train de délicatement mordiller. Je vais le violer.
Sérieux, merde pour le surveillant, je vais le violer, là, tout de suite, maintenant.
« Putaaaiiiiin… » murmuré encore plus bas, même si je n'en pense pas moins. Il a décidé qu'il avait envie de jouer avec mes nerfs ce soir, c'est pas possible.
Visiblement, je ne le calmerai pas avec des menaces. Entendant l'autre pion se rapprocher et certain que je vais finir par gémir si cet abruti continue, je lève un bras pour attraper le bas de sa nuque, et redirige sa bouche sur la mienne.
Le pion a certainement dû faire deux ou trois aller-retour quand je relâche enfin mon partenaire de binôme, à bout de souffle. Étonnant qu'il ne nous ait pas entendus, putain.
Je jette un coup d'œil par les trous formés entre les différentes marches, et vois le surveillant s'éloigner d'un pas tranquille en direction du couloir opposé.
Génial !
Je me relève quasiment d'un bond, sors du cagibi où l'on était planqués et tire sur la main de John pour qu'il me suive.
Le « BOONG ! » qui retentit alors m'indique que ce n'était pas du tout une bonne idée.
… Oups.
Baissant un peu le regard, je vois ce crétin à moitié étalé par terre, des petits marteaux voletant au-dessus de sa tête en rond. Merde, il s'est pas loupé ce con ! Je crois pas qu'il va encore être en état de marcher là…
Soupirant, je tire à nouveau sur sa main pour ramener son corps près de moi, attrape sa taille, la charge sur mon épaule me relève, un peu chancelant.
Eh, quoi, j'ai pas autant de force que Gamzee moi !
Ça va être encore plus compliqué comme ça, je le sens.
J'avance pas à pas – un peu lourds, les pas – en direction du prochain couloir, penche la tête pour voir si celui-ci est vide, et m'y précipite lorsque je m'aperçois que c'est le cas. Plus de temps à perdre, là il faut mettre le turbo, je suis certain qu'un autre surveillant doit pas être loin.
Finalement, j'arriverai devant la porte de John à peu près deux secondes après qu'un des pions ne paraisse dans le couloir. Au pire il a dû entendre la porte se fermer.
Pfffouuuuuuuuuh.
Bon sang de putain de connerie de saloperie de bordel de merde !
Plus jamais ça. Si un jour cet abruti doit me sauter à nouveau dessus, il a intérêt à le faire dans endroit tranquille, sinon bordel je le démonte !
Il me revaudra ça, il peut en être certain.
Même si dans un sens…
...
Non, bref.
Resserrant ma prise sur la taille de cet abruti, je m'approche d'un des deux lits – merde, c'est lequel déjà le sien… … ouais ça doit être celui-là je crois – et l'étale dessus.
...
Ok, il a la tête contre le mur, il est tordu super bizarrement et il a une des jambes qui sors du lit. Je crois qu'il est pas super bien mis.
Soupir.
Je m'approche d'une des jambes pour la replacer correctement sous la couverture, et me retrouve bientôt obligé de grimper sur le lit au-dessus de lui pour pouvoir replacer le haut de son corps correctement et retirer la couverture en dessous de lui.
Ce n'est que lorsqu'il est entièrement couvert et déchaussé de ses lunettes que je m'estime satisfait. Je m'apprête à redescendre – je suis quand même à moitié assis sur ses jambes là – quand je sens une main attraper mon poignet.
Putain, mais il est encore…
« Mmmffmfmffffffhhhh… t'vas pas… »
Je hausse un sourcil.
Il dort.
Il dort, et il arrive encore à m'allumer.
Il est fort le con.
Je soupire et desserre délicatement la main qui tient mon poignet pour la reposer sur sa poitrine, mais il m'arrête avec une grimace et un gémissement au sein de son sommeil. OK, visiblement il a pas du tout l'air content que je m'en aille.
Quelque part, ça fait comme une boule dans mon ventre.
Je ne peux pas empêcher un sourire d'orner mes lèvres tandis que je caresse sa joue d'une main et le sens se blottir contre cette dernière, comme la fois dernière.
Avec un léger soupir, je me penche à mon tour et pose mes lèvres sur les siennes, l'embrassant avec délicatesse, de peur de le réveiller.
Parce que s'il se réveille… soit je sais que je ne m'arrêterai plus, s'il me saute à nouveau dessus… soit il ne me sautera pas dessus, et là je pense que je serais bon pour me jeter par une fenêtre. Vraiment.
Après quelques instants – heures ? – je passe un dernier coup de langue sur ses lèvres en souriant de le voir frémir et m'arrache à son lit à regret.
Bon, faut que je rentre.
Faut sérieusement que je rentre.
…
Ce foutu lit là-bas me fait de l'œil.
C'est pas une bonne idée. Vraiment, vraiment pas une bonne idée. Sérieusement. Si je fais ça, je ne vais plus me relever. Du tout.
Et demain, ça va être horrible.
…
Oui mais…
Mais je suis crevé, j'ai pas envie de rejouer à mission impossible, de devoir expliquer ma présence dans les couloirs à cette heure et dans cette tenue, de…
...
Oh, tant pis.
Une dernière fois dans la soirée, je fous un coup de pied au cul à ces foutues conséquences, m'approche du second lit dans la pièce, le défait légèrement et me glisse entre les draps avec délice.
Ça sent ce crétin partout autour de moi. Mais c'est pas désagréable. En fait, son odeur est même plutôt… chouette. Pas envahissante, discrète, juste ce qu'il faut de présence pour vous faire sourire, sans empêcher tant que ça de dormir.
Ça doit être parce qu'il s'est collé à moi toute la soirée.
Oui, c'est forcément ça.
Je souris en songeant qu'en fait, ça ne me dérangerait pas du tout qu'il recommence tous les soirs s'il avait envie.
Ça fait bizarre. Dire qu'il y a même pas une semaine, je pouvais pas voir sa tronche en peinture, et maintenant…
Maintenant…
Ce n'est que lorsque je suis à la limite de franchir la frontière des limbes qu'un horrible petit détail me revient à l'esprit, monstrueusement dérangeant, mais pas assez important – en tout cas pour mon cerveau embrumé de fatigue – pour que cela me réveille complètement.
Le t-shirt de John.
Il est resté dans la chambre des filles.
Chier.
...
...
Aku & Plume en cœur : ... review ? %)
