Curiosity Killed the Karkat

Partie 6

...

John

J'ouvre les yeux en grommelant, encore à moitié endormi.

Je suis complètement assommé. Je sors de mon lit et me dirige machinalement vers la porte avant de traverser le couloir pour aller assouvir l'envie pressante qui m'a réveillé de mon sommeil de plomb.

C'est une fois de retour dans ma chambre, essuyant mes mains trempées sur mon jean car trop épuisé pour chercher de quoi les sécher après me les être lavées, que je réalise que je me suis endormi tout habillé. Enfin, à moitié habillé, plutôt...

Rho, je réfléchirai demain.

Je retire mon jean, et me frotte un peu les yeux pour pouvoir trouver un pyjama dans mon armoire. Je sais pas ce qu'il m'a pris de m'endormir torse nu, on se les pèle dans cette chambre !

Arg.

J'suis mort.

Mon pyjama enfilé, je me laisse tomber dans mon lit, m'endormant sur le coup, ne réagissant nullement à la présence étrangère dans celui-ci, si ce n'est pour me coller contre celle-ci pour me réchauffer un peu, complètement frigorifié.

...

Je me fais réveiller par un rayon de soleil audacieux venu chatouiller mes paupières. Poussant un petit gémissement mécontent, je tire la couverture sur mon visage pour m'en cacher, avant d'enrouler de nouveau mes bras autour du corps chaud qui me sert de bouillotte. Voilà, c'est parfait…

Attendez…
QUOI ?

Je me redresse d'un bond, virant la couverture au bout du lit, tirant un grognement à Karkat qui se replie un peu sur lui-même sous le coup du froid.

Mais… Mais… !

Qu'est-ce que je fais dans le lit de Karkat ?! Attendez… Mais c'est mon lit ! Pourquoi y'a Karkat dans mon lit ?!

« Fait froid, putain ! Grogne Karkat.
- Oh, désolé... »

Je lui remets la couverture dessus, couvrant délicatement ses épaules nues. Je reste assis à côté de lui cinq secondes, jusqu'à ce qu'il rouvre les yeux d'un coup avant de sauter hors du lit.

« Putain mais tu fous quoi dans le même lit que moi ?! Hurle-t-il.
- Je te renvoie la question ! Qu'est-ce que tu fais dans mon lit ?!
- Ton... ? Oh bordel c'est vrai. Attends, mais non ! Je t'avais mis dans le pieu à côté !
- Hein ? Oh mince... J'ai dû me tromper quand je me suis levé pendant la nuit. Désolé, je t'ai accusé à tort.
- Ouais... Tant que t'as compris. »

Un petit silence gênant s'installe, le temps pour moi de réaliser un autre détail.

« Attends voir... Mais tu fous quoi dans ma chambre ? Et... Et pourquoi t'es torse nu ? Et... AAAAAAAAAAAAAH ! »

Je ne peux pas m'empêcher de hurler en apercevant les deux marques sous mon cou. C'est... C'est... C'est des suçons ?!

« Putain mais tu m'as fait quoi, là ?!
- Oh, ça va, tu t'en plaignais pas hier soir...
- Hein ? Qu'est-ce que tu rac... »

Oh mon Dieu.

Putain, il a raison. Je me souviens maintenant.

Moi et Karkat... Dans la chambre de Jade...

OH MON DIEU.

« Tu... Je bafouille. Toi et moi, on a vraiment... ?
- Ouais.
- Oh mon Dieu, oh mon Dieu, oh mon Dieu. »

J'essaie de collecter mes souvenirs encore un peu éparpillés. Je tente aussi de me lever, mais suis stoppé net par une douleur vive à la tête qui me fait me retomber assis sur mon lit. Karkat, en face de moi, se frotte vivement les bras.

« Bordel, il fait méga froid... Je te prends un t-shirt. »

Je ne réponds pas – c'était pas une question de toute façon – et l'observe, encore sonné, aller fouiller dans mon placard. Un détail sur sa peau me frappe.

« Mais... T'as un suçon aussi ? »

Il se tourne vers moi et me fait un graaaand sourire moqueur.

« Ouais. T'es plutôt doué. »

Je sens mon visage s'enflammer avant de prendre ma tête dans mes mains en hurlant. J'y crois pas ! Comment est-ce que c'est arrivé ? Comment j'ai pu... AAARG !

Je tire la couverture jusqu'à moi pour me cacher totalement dessous, mort de honte. Les souvenirs de la nuit dernière me reviennent petit à petit, tourbillonnant dans ma tête encore alourdie par tous les trucs qu'ils m'ont forcé à avaler. Bon sang, Jade va me le payer !

Au bout d'un moment, je sors quand même la tête de la couette timidement. Karkat s'est assis sur le lit d'en face et me regarde curieusement, un sourcil levé.

« Euh... On...
- Quoi ? Grogne-t-il en détournant un peu le regard.
- On est allés jusqu'où... au juste... ? »

Il me fixe sans comprendre un instant, et soudain ses joues prennent une teinte rosée derrière le gris de sa peau.

« Tu me prends pour quel genre d'enfoiré qui abuse de quelqu'un de défoncé, là ?! J'suis p't'être un connard, mais pas à ce point !
- Oh... Oh ! »

Je pousse un soupir de soulagement, tandis que Karkat se rassoit, un peu plus calme. Je croise son regard une seconde, mais immédiatement je retourne me cacher sous ma couette.

« Je retourne dans ma piaule, fait le troll après un moment.
- Hmm.
- Et si tu vas raconter ce qui s'est passé à quelqu'un... !
- Tu crois vraiment que je vais aller raconter ça ?!
- Ouais, ben t'as plutôt intérêt à la fermer ouais ! Si on te demande, on n'a rien fait ! On a joué aux cartes, et on est partis ! Voilà ! »

Un petit moment de silence - que je ne suis pas assez bête pour interrompre en commentant sur son excuse un peu bidon - puis je l'entends quitter la pièce, fermant la porte derrière lui. Je ne bouge pas de mon lit même une fois Karkat parti, trop embarrassé pour oser sortir dehors.

En fait, je songe sérieusement à rester enfermé ici pour... disons, le restant de mes jours.

Je n'arrive pas à croire que j'ai pu faire ça ! Avec... Avec Karkat...

Aaaaaaarg !

J'essaie de faire partir les sensations qui me reviennent d'hier de ma tête, sans résultat. Le corps de Karkat contre le mien, sa peau si douce et lisse... Son odeur... Cette envie incessante de caresser sa peau, encore plus, toujours plus. D'en parcourir le moindre recoin du bout de mes doigts, d'y déposer mes lèvres, ma langue...

J'attrape mon oreiller, enfonce ma tête brûlante dedans.

Mais déjà, je repense à Karkat. J'ai l'impression de sentir encore le goût sucré de sa langue contre la mienne, la sensation de ses crocs mordillant doucement ma peau. Je me souviens avoir gémi, avoir aimé ça – en avoir redemandé. Même maintenant, je ne peux m'empêcher de me sentir bizarre en repensant aux endroits où il a passé sa langue, au plaisir que j'ai ressenti quand il a laissé ces suçons sur ma peau, au point que j'ai moi-même eu envie de lui en faire un.

Et puis... Oh putain j'ai dit ça aussi.
Et ça... Et... Bon sang. Mais ça allait pas bien dans ma tête !

Faut que je fasse quelque chose. Je peux pas rester couché dans mon lit comme ça, avec l'odeur de Karkat sur moi et tout. Sinon, je vais continuer à penser à des trucs bizarres.

Je devrais aller prendre une douche, et... Et puis...

Et puis non. Putain, non. J'ai encore la tête toute embrouillée de Faygo – et encore, pas sûr qu'il y ait eu QUE du Faygo là-dedans... – j'suis crevé, il est tôt, il fait super froid, et on est dimanche aujourd'hui. J'vais me recoucher, puis... Éviter de trop repenser à tout ça. Ou alors juste un petit peu.

JUSTE un peu, OK ?

Faut que je m'y retrouve, je sais plus quoi penser là... D'abord Karkat est désagréable avec moi, ensuite il dit qu'il me déteste, et qu'il me déteste même un peu trop si j'ai bien compris (je suis pas encore tout à fait à l'aise avec ces histoires de quadrants et de kismesis, mais peu importe). Et quand je commence à penser qu'on est de plus en plus amis, il me refait Dracula version troll, avec moi en Winona Ryder.

Et pour couronner le tout, voilà qu'il se passe ça hier soir.

Bon d'accord, là c'était peut-être pas la faute de Karkat. Enfin, j'ai l'impression qu'il en a quand même pas mal profité ! Je peux rien lui dire parce que j'ai le vague sentiment que c'est moi qui l'ai cherché... Pourquoi j'ai fait ça, aucune idée. J'avais pas les idées bien en place à ce moment-là... C'était quand même vachement agréable et tout, mais...

Hmm, euh... J'vais aller prendre cette douche finalement, je crois.

...

Après avoir passé une bonne demi-heure sous la douche – heureusement, j'ai ma propre cabine de douche, ça et un petit évier, dans une micro salle de bain collée à ma chambre – je décide de m'installer à mon bureau pour revoir un peu mes cours. Faut que je me tienne occupé pour ne pas trop réfléchir à ce qu'on a fait la nuit dernière. J'hésite un moment à allumer mon ordinateur, mais je me dis que ce serait un peu gênant si jamais Karkat se connectait.

Je sais qu'il faudra bien que je lui reparle demain, en cours, mais bon... Aujourd'hui, au moins, je préfère ne pas trop sortir de ma chambre.

Vidant le contenu de mon sac sur mon bureau, je m'emploie à trier un peu tout le fourbi que j'entasse dedans depuis le début de l'année. Je réunis ensemble les feuilles concernant l'exposé d'Histoire. Sur beaucoup d'elles, Karkat m'a corrigé plusieurs passages. Il est vraiment sympa de prendre le temps de tout m'expliquer, et tout... Quand j'y pense, il m'a même ramené jusqu'à ma chambre hier soir. Je me rappelle pas trop comment, je crois que j'ai décroché un peu avant... Mais je suis presque sûr qu'on était dans la chambre de Jade (aaarg !) et qu'il m'a ramené ici. Je me souviens d'ailleurs vaguement l'avoir embrassé quelque part qui semblait être sous un escalier, ou quelque chose du genre...

Raaah, j'ai dit que je pensais plus à ça !

Allez, les cours, les cours... On a des devoirs pour demain ? Je sais même plus ! Je note jamais ce genre de choses, de toute façon je ne comprends rien à la moitié des cours !

Je tire un cahier au hasard. C'est mes cours d'alternian, tiens. Ben voilà, pile ce que je disais. Voilà l'exemple parfait du genre de cours où je pige absolument que dalle. Quelle idée d'avoir une langue aussi compliquée, aussi ! Ils la parlent même plus de nos jours, alors pourquoi est-ce qu'on doit l'apprendre ?

En plus, on a une épreuve là-dessus dans deux semaines...

J'ouvre le cahier et me plonge dans le déchiffrage des lettres bizarres du langage troll. J'essaie le plus possible d'appliquer les méthodes que Karkat m'a données. Mine de rien, c'est vachement plus simple comme ça...

Ça me rappelle qu'il a promis de m'aider à réviser, tient. Je m'attendais pas à ce qu'il accepte, d'ailleurs. Il doit vraiment aimer les desserts. Je me demande combien il en avale tous les jours, pour que sa salive ait ce délicieux goût sucré...

J'ai dit que je pensais pas à ça, bon sang !

...

Finalement, c'est un gargouillis provenant directement de mon ventre qui me fait sortir de mes révisions. J'ai bossé des heures, mais n'ait pas vraiment avancé. Faut dire, qu'entre le temps que ça m'a pris de seulement réorganiser mes feuilles de cours et de m'y retrouver dans mes notes... sans compter le temps perdu à me mettre des baffes (mentales ou non) pour éviter toutes les cinq minutes de repenser à la nuit d'hier.

J'hésite à aller manger au réfectoire. Il n'y a jamais beaucoup de monde, le dimanche, je devrais être tranquille là-bas. Peut-être même que Dave et les autres y seront, à cette heure-ci. Ça me changerait bien les idées de discuter avec mes amis. Faudrait que je pense à m'expliquer avec Jade, aussi. Ce serait embêtant qu'elle me refasse le même coup qu'hier.

Suffisamment convaincu par mes arguments, je quitte ma chambre, attrapant simplement un blouson pour me tenir chaud. Une fois dehors, le vent froid vient m'accueillir en me fouettant sans vergogne le visage. Fichu mois de Novembre qui vous donne des envies d'aller vous recoucher dans votre lit bien chaud, collé à un troll sexy, torse nu et qui sent bon.

… Oubliez la dernière partie.

Bref, j'arrive au réfectoire et le choc thermique (pourquoi c'est le seul bâtiment à être bien chauffé quand on se les pèle tous les soirs dans nos chambres ?) me fait enlever mon blouson en vitesse. Il n'y a aucune file d'attente, chouette. J'attrape un plateau et vais me servir dans les plats proposés.

Comme je m'y attendais, ma sœur et mes deux meilleurs amis sont à table. Aucune trace de Karkat ou même des autres trolls de la classe je sais pas si je dois être déçu ou soulagé. Je vais m'installer à la table avec mes amis, m'asseyant le plus loin possible de Jade tout en lui jetant un regard mécontent. Elle me fait un petit sourire d'excuses.

Passés les classiques « hey », « sup », « ça va ? », « comme d'hab et toi ? », nous restons à table en silence, chacun concentré sur son assiette. Jusqu'à ce que Rose brise le silence.

« Au fait John, ça s'est bien passé avec Karkat dans ma chambre hier ? »

Je manque de m'étouffer avec ma salade, avant d'envoyer un regard assassin à Jade.

« Euh... Oui, oui. Enfin, on a rien fait de spécial... On a juste, joué un peu aux cartes, c'est tout.
- Ah. Je vois. Eh bien, tu pourras aller récupérer ton t-shirt quand tu voudras. »

Gros silence.

Je jette un regard paniqué à Jade, qui hausse les épaules d'un air de dire « j'y suis pour rien ». Oh mon Dieu. J'ai envie de m'enfoncer dans ma chaise et de me fondre avec elle pour disparaître totalement et fuir cette situation affreusement gênante.

Rose me fait son petit sourire habituel, à la fois gentil et moqueur, limite hautain.

Dave affiche à peu près le même genre de sourire façon « cool », les bras croisés.

Je veux mourir.

...

Le repas passé, j'ai dû faire un grand effort pour prendre sur moi et me diriger vers la bibliothèque au lieu de retourner me terrer dans mon lit. Faut que je bosse, c'est le seul truc que j'ai trouvé pour me changer les idées. Et puis, cet exposé va pas se faire tout seul, et j'ai pas envie de voir tous mes amis passer en classe supérieure sans moi. Sans oublier les deux épreuves qu'on doit passer début Décembre.

Je cherche une table tranquille pour m'installer – c'est jamais très bondé ici, mais bon – avant de me souvenir de l'endroit où je m'étais assis avec Karkat la dernière fois. J'attrape un des livres que j'avais remarqués la dernière fois pour travailler l'exposé et me dirige vers le petit coin isolé. Mais visiblement, je n'étais pas le seul à avoir eu cette idée.

Je fixe Karkat dans les yeux une dizaine de secondes, avant de me retourner tel un robot, prêt à m'éloigner l'air de rien.

« Hé. »

Je me fige et regarde timidement le troll qui fronce les sourcils, pas content d'être ignoré. Poussant un long soupir, je vais m'asseoir à ses côtés.

« Tu m'as pas filé mon dessert à midi, se plaint-il.
- T'étais pas là.
- Fallait le mettre dans ton sac et me le garder pour plus tard, abruti ! »

Je fais la moue. Il avait qu'à me le dire avant, ça...

« Bon, tu m'en devras deux ce soir.
- Tu vas pas tomber malade avec tout ce sucre ?
- Ta gueule. »

Je hausse les épaules et sors mes cours de mon sac. C'est un peu gênant d'être à côté de Karkat après... Après hier quoi.

« Puisque je suis là, tu vas quand même m'aider à réviser ou... ? Je demande timidement.
- Est-ce que j'ai le choix ? Grogne-t-il. J'te rappelle que la moitié de ma note d'Histoire dépend de toi. Et qu'on n'arrivera à rien tant que tu resteras un imbécile au cerveau déficient pas même capable d'avoir la moyenne.
- Euh...
- Quoi, euh ?
- Ça veut dire quoi, déficient ? »

Karkat se frappe le front du plat de sa main.

« Désolé, je dis.
- Ouais tu peux l'être. Bordel, pourquoi faut que je me tape le pire arriéré de la classe comme binôme ?
- Hé, pas la peine d'en rajouter ! En plus c'est pas si mal, on se serait peut-être jamais parlé sans ça... »

Il reste silencieux un moment, et je fais de même, tentant de diriger mon attention vers mon cahier avant de réaliser que je suis en train de relire la même phrase depuis cinq minutes – et qu'en plus je ne comprends même pas ce qu'elle veut dire. Karkat semble réaliser que je suis totalement perdu, et rapproche sa chaise pour être plus près de moi et pouvoir se pencher vers mon cahier.

« Quoi, tu buggues sur une phrase aussi basique ? T'as foutu quoi depuis la maternelle ?
- Hé, on n'avait pas de cours d'alternian avant ! J'en fais que depuis deux mois !
- T'en fais depuis deux mois et tu sais toujours pas lire « les pommes sont rouges », tu crois pas que c'est grave, abruti ?!
- Oh, c'est ça que ça veut dire ? ...Attends, vous avez des pommes chez vous ?
- BORDEL EGBERT ON S'EN FOUT DE ÇA ! Et pourquoi on n'aurait pas de pommes, d'abord ? Tu nous prends pour des putains d'extraterrestres ? Chier, concentre-toi un peu ! Tu veux réussir ce test dans deux semaines ou quoi ?! »

Je hoche vivement la tête avant de fixer sérieusement mon cahier, mettant toutes mes forces mentales dans le déchiffrage des lettres alternianes. Mais je ne peux pas m'empêcher de réagir en pensée à la façon dont il m'a appelé. C'est pas la première fois qu'il m'appelle par mon nom de famille ? En fait, c'est pas la première fois qu'il utilise un autre nom pour me désigner que « abruti » ou une de ses variantes ?

Je rougis, un peu content sans trop savoir pourquoi, avant de me replonger dans l'alternian, écoutant Karkat me donner toutes sortes de conseils, mais plus attentif au timbre de sa voix qu'aux mots qu'il me dit. C'est qu'il a une jolie voix quand il ne hurle pas... Même quand il hurle, en fait. Quand il gémit, aussi, c'est tellement adorable...

Un coup de dico sur la tête me réveille.

« Tu vas me faire répéter combien de fois avant de réagir, abruti ?!
- Ah ! Désolé, désolé ! J'écoute ! »

Je me masse la tête, les joues en feu. La douleur me permet de concentrer un peu plus mes idées sur mes cours, et je m'efforce de le rester jusqu'à la fin de la journée. Karkat n'a plus reparlé de la journée précédente, heureusement, et nous avons pu passer l'après-midi à réviser et discuter – accessoirement hurler de son côté – normalement.

En fait, après ce jour, les choses sont plus ou moins revenues à la normale – enfin, elles n'avaient jamais été vraiment normales avant, mais bon. Les trolls restent toujours dans le couloir avant le début des cours, mais maintenant il nous arrive de manger tous ensemble, moi, mes amis et nos partenaires d'exposé respectifs, parfois accompagnés par Sollux et Aradia. Au début, Karkat n'était pas vraiment d'accord, mais a fini par céder quand il a vu que c'était plus simple pour que je lui refile mon dessert sans devoir attirer l'attention de tout le monde en traversant tout le réfectoire pour arriver à sa table.

Quelques fois aussi, il m'est arrivé d'être seul avec Karkat pour manger, passant plus tôt au réfectoire pour pouvoir avoir un peu plus de temps ensuite à la pause de midi pour réviser. Au final, je n'ai pratiquement fait que ça, ces deux dernières semaines : réviser. Entre le travail pour l'exposé et les leçons particulières données par Karkat, mon pauvre cerveau en a pris un coup. Surtout que Karkat ne me ménageait pas, et n'hésitait pas à me frapper la tête avec le premier livre à portée dès que je décrochais un peu.
Parfois on s'arrêtait de travailler pour nous reposer les méninges, en profitant pour discuter un peu... Enfin, c'est surtout moi qui parlais et Karkat qui écoutait à moitié, ne réagissant vraiment que pour prendre la défense de ces films à l'eau de rose bidons dont il a l'air passionné, et que du coup je m'amusais à critiquer pour voir sa réaction.

Deux fois, j'ai réussi à le ramener au cinéma. Une fois avec tout le monde, une autre fois juste nous deux quand j'ai proposé de faire une pause après une matinée passée à réviser un week-end, enfin si on peut vraiment la compter, vu que Karkat est parti même pas quinze minutes après le début de la séance en gueulant qu'il ne viendrait plus jamais si c'était encore moi qui choisissais le film.

Tout ça pour dire que du temps a passé, et que c'est déjà la semaine où on passe nos deux épreuves. Avec l'aide de Karkat, j'ai bien remonté mon niveau en Maths et je suis plutôt confiant, au moins pour ce qui est d'avoir la moyenne (hé, faut pas s'attendre à un « MoThErFuCkInG mIrAcLe » non plus hein...). En Alternian j'ai un peu plus de réserves, mais si le sujet n'est pas trop difficile je devrais me débrouiller.

En tout cas j'ai intérêt. Vu tout le temps que Karkat a pris pour m'aider à réviser, il m'a bien fait comprendre que je voulais pas savoir ce qui m'arriverait si je réussissais pas.

Je pousse un long soupir en entrant dans la salle où se déroule la dernière épreuve. Allez, après ça, je pourrais enfin souffler un peu. Enfin, à part qu'il restera l'exposé à faire, mais ça, on s'en occupera plus tard.


Karkat

Lorsque la cloche sonne, nous rentrons tous – pour une fois, les humains ont dû rester avec nous dans le couloir, le temps que le professeur d'alternian mette en place toutes les copies. Il faut dire que c'est un peu compliqué, comme organisation.
En effet, étant donné que nous trolls, nous parlons l'alternian assez couramment depuis la naissance – en tout cas, nous l'apprenons plus vite que les humains – nous avons un niveau bien plus avancé qu'eux. Ça ne serait donc pas juste que l'on ait les mêmes épreuves. Il faut donc un peu d'organisation aux profs pour installer les différentes épreuves et faire les plans de classe.

Lorsque la foule s'est un peu éclaircie, autour du bureau où est placé le fameux plan de classe, je m'approche de ce dernier pour voir où je suis.
Mmmh.
Presque au fond de la classe, vers la fenêtre. Ça va, y a pire comme place. Par curiosité, je jette un coup d'œil sur le reste. Ah. Egbert est pas loin de moi, en plus. Un peu plus en avant sur la droite. J'espère qu'il s'en sortira.


Il a intérêt, en fait. Après tout le temps que j'ai passé à lui expliquer des trucs élémentaires, s'il récupère pas AU MOINS la moyenne, je lui démonte la tête et lui fait avaler ses feuilles d'épreuves. Sérieux.
Réajustant mon sac, je contourne le bureau et me dirige vers la place qui m'a été désignée. Au moment où je passe devant la table d'Egbert, ce dernier relève la tête. Nos regards se croisent un instant, et j'entends un « bonne chance ! » chuchoté tout bas.
Je roule des yeux en ralentissant un tout petit peu. Presque rien.

Juste le temps de tapoter son épaule.
C'est pas moi qui vais avoir besoin de chance, crétin. Plutôt toi.

Je m'assieds et observe la feuille blanche retournée, posée sur mon pupitre. Sortant ma trousse, je l'ouvre, prépare mes stylos, crayons, effaceurs et tout le reste, puis pose les mains sur la table, me cale au fond de ma chaise et respire à fond.
J'ai toujours besoin de ce genre de petit rituel avant une épreuve, sinon je sais que je stresserais à fond. Comme cet abruti là-bas, que je devine anxieux rien qu'à la façon dont il rentre la tête dans ses épaules. Quand il s'attend à prendre un coup de bouquin – qu'est-ce que j'ai pu lui en mettre, pendant ces deux semaines…! – il fait exactement la même chose.

Enfin, le professeur rentre, vérifie que nous sommes tous bien installés, puis donne le top départ.
Je retourne la feuille, examine cette dernière et pousse un grognement satisfait. Ça va, ils n'ont pas été trop salauds. Quelques exercices de grammaire, un texte à traduire et un autre à écrire sur un de leur foutus sujets bidons.
Un très rapide coup d'œil en direction de la feuille de mon voisin – un humain, on est toujours positionnés ainsi vu que nos copies sont différentes, comme ça, pas possible de tricher – m'indique que la leur, bien plus simple, ne m'a pas l'air bien ardue non plus.
La preuve, les épaules d'Egbert viennent de se détendre d'un coup.

Roulant des yeux en me rendant compte de ce que je peux bien être en train de penser – et de qui je me soucie, aussi… non mais sérieux – je prends un stylo, lis l'énoncé du premier exercice, et commence à répondre aux questions.

...

Nous finirons l'épreuve deux heures plus tard.
En fait, une heure et demie pour moi, mais je n'avais pas envie de sortir tout seul, ce qui fait qu'au lieu de rendre ma feuille, j'ai commencé à discrètement gribouiller des esquisses sur la feuille de brouillon que j'avais avec moi. Rien de bien folichon, mais au moins, ça occupe le temps.
Ce n'est que quand je vois Egbert se redresser, visiblement satisfait – en tout cas, le petit bout de son visage que j'aperçois a l'air satisfait – que je décide de rendre ma feuille. Empaquetant le reste des affaires que je n'avais pas déjà discrètement rangées, je charge mon sac sur mon épaule, vais rendre ma feuille, puis sors de la classe et commence à marcher.

Je ne fais que dix pas avant d'entendre trois sons en simultané.
La porte qui se ferme, un énorme soupir de soulagement qu'on lâche, et le bruit d'un corps qui s'effondre.
Qu'est-ce que… ?!

Je me retourne, un sourcil levé, à demi-intrigué et à demi-inquiet, pour découvrir cet abruti, quelques mètres derrière moi, étalé par terre comme une loque.
Mais il fout quoi encore ce crétin ?
Poussant un soupir d'exaspération, je vais à côté de lui et appuie mon pied contre ses côtes – doucement, par contre. Ça va eh, je suis pas un monstre, je tabasse pas quelqu'un couché par terre. Au lieu de la réaction que j'aurais attendue – je sais pas, qu'il me repousse, tout simplement ?! – le gamin se met à faire des bruits bizarres, puis roule sur le côté, libérant son visage… et son fou-rire.
Mais il se passe quoi dans sa tête ?!

« Pfffhahahaha ! Arrête ça, Karkahahahaat ! Ça chatououihihihiilleeuuh ! »


Oh. Je vois.
Haussant les yeux au ciel, je m'exécute, cesse de le chatouiller et, tournant les talons, reprends mon chemin en direction du réfectoire – c'est qu'il est bientôt midi, et j'ai faim, mine de rien.

« Eh, mais attends-moi !
- Alors grouille-toi… je grogne à l'adresse de ce crétin. »

Lorsqu'on arrive au réfectoire, ce dernier est quasiment vide. Normal, en fait, tout le monde est encore en examen – ou bien ils sont sortis plus tôt et sont retournés dans leurs chambres.
On passe dans la file d'attente avec nos plateaux, et je profite d'être devant Egbert pour attraper au vol un dessert troll qui se présente sous la forme d'un flanc un peu bizarre. Il est un peu étrange en apparence, mais je le sais particulièrement délicieux.
Je marche jusqu'à une table près des fenêtres, suivi par l'humain qui est obligé de trottiner rapidement pour suivre mon pas rapide. Une fois assis à la table, j'attaque sans attendre mon repas – une énorme assiette de lasagnes fumantes. Je ne jette pas un regard à Egbert durant toute l'opération d'avalage intempestif que constitue le déjeuner, bien trop concentré à engloutir tout ça.

Je ne porte mon attention sur lui qu'à la fin de mon plat, alors que lui a encore bien un quart de nourriture à avaler. Je ne dis rien, me contentant de me ré adosser contre la chaise nonchalamment, en portant mon regard sur l'environnement autour de nous – et parfois sur Egbert.
Qui, accessoirement… s'en met plein partout.
Je sais que c'est un peu tâchant, la sauce tomate et tout ça, mais il pourrait pas faire gaffe non ? J'observe sa joue un moment, avec une envie bien particulière, mais décide de détourner le regard avant que mon cerveau ne perde la main sur mon estomac.

À la fin du repas, je le vois pousser son dessert – un éclair au chocolat, miam ! – en direction de mon assiette. Je retiens un sourire tandis que je prends le dessert que j'ai attrapé avant et le pose sur son plateau à lui. À son regard plus qu'étonné – eh, oh, pourquoi on dirait qu'il vient de voir passer un ange jugé sur une soucoupe volante ?! – je hausse les épaules.

« Pour fêter ça. »

Je détourne le regard avec une vague chaleur aux joues tandis qu'il me remercie chaleureusement et plante sa cuillère dans la texture gélatineuse du flan. Il la porte à sa bouche, s'arrête un instant, puis enfourne le tout et mastique avec enthousiasme.
Je le vois passer par différentes expressions, avant qu'il ne finisse par avaler. Il me lance un regard interrogatif.

« C'est bon ! C'est quoi ?
- Un flan, crétin. »

Et je reprends une bouchée de mon éclair pour couper court à la discussion. On finit tous les deux le repas, et ce n'est que près des chariots où l'on pose nos plateaux qu'il reprend la parole.

« Mais euh… il y avait quoi dans le flan exactement ? »

Je lui fais un sourire machiavélique.

« Tu n'as pas envie de le savoir… »

Je le vois me tirer un regard paniqué, tandis que je reprends mon chemin. Il me rejoint quelques mètres plus loin, et me lance d'un ton joyeux.

« Et maintenant, on fait quoi ?
- On travaille.
- Encore ?! Mais on a fini les épreuves !
- Ouais, je grogne, mais pas les cours. Ni l'exposé. Alors tu fais ce que tu veux, mais moi je vais à la bibliothèque. »

Je l'entends pousser un soupir, mais il me suit tout de même.
Une fois installés là-bas, on passe presque toute l'après-midi à travailler, d'abord sur les différents cours de la semaine que l'on avait pas eu le temps de mettre au propre et revoir rapidement à cause de nos révisions, puis sur notre exposé, qui mine de rien avance bien. On a déjà récolté plus d'une dizaine de fiches de lecture chacun, on va bientôt pouvoir commencer à travailler sur la matière en elle-même !

Plusieurs fois, j'entends Egbert soupirer, regarder par la fenêtre près de notre table d'un œil rêveur. Je me demande à quoi il pense. Il a la même tête qu'il avait quand il était en train de préparer ma blague.
Ça m'inspire pas confiance.

Un coup de bouquin sur l'arrière de la tête plus tard, il me lance un regard interrogateur.

« Concentre-toi un peu, oh. T'es pas là pour rêvasser.
- Euh oui, désolé, s'excuse-t-il avec un sourire parfaitement niais. C'était juste, je me demandais… tu fais quelque chose, toi, pour Noël ? J'veux dire, tu rentres chez toi ?
- Nan.
- Oh… je vois. »

Mon ton polaire a dû le refroidir un peu.
Mais en même temps, on bosse là. Et puis, c'est pas ses oignons quoi !
Enfin bon… Il a l'air de se concentrer à nouveau sur son travail, c'est déjà ça. Mais je me demande quand même pourquoi il m'a posé cette question.

On finit notre travail tranquillement, et vers 18h, on ressort de là en ayant bien avancé pour les prochaines semaines. Ça fait du bien de prendre de l'avance comme ça, j'ai toujours préféré ça. Je rejoins ma chambre tandis qu'il rejoint la sienne, et profite d'être sur mon ordinateur pour régler quelques petits détails dont je voulais m'occuper depuis déjà plusieurs semaines. Avec tout ce chafouin depuis que le prof nous a mis en binôme, j'en n'avais pas eu le temps.

Quand j'arrive dans la cafète pour le repas du soir, Egbert est déjà là, assis à la table avec ses trois autres amis humains ainsi que quelques trolls – je dénombre Gamzee, Aradia et Sollux, Terezi et Kanaya. Ils ont l'air de bien rigoler, quelque part je sens mon ventre se nouer. Mais je fais comme si de rien n'était, et viens me mettre à la seule place libre, en face de ce crétin.
Le repas se passe tranquillement, même si j'ai cette impression bizarre encore une fois qu'on me cache des choses. Et pas juste l'humain, cette fois-ci même les trolls ont l'air de savoir quelque chose que je ne sais pas. Étrange.

...

Ce n'est que vendredi soir, après le repas, que je découvre enfin pourquoi j'avais ce sentiment qu'on me cachait un truc.
Parce qu'on me cachait réellement un truc.

À la fin du repas, je m'apprête à retourner dans ma chambre pour me connecter sur trollian et faire je ne sais pas quoi de parfaitement inutile, mais ils – et par là, j'entends les trolls et les humains réunis – ne semblent pas du tout d'accord. C'est ainsi que je me retrouve encore une fois entraîné contre mon gré dans une direction que je n'aurai pas préféré prendre… et qui nous mène droit à un endroit que je commence à un peu trop bien connaître : la chambre d'Egbert.

Gamzee me tient par un bras, Sollux par l'autre, je ne peux plus vraiment m'échapper. Je les suis donc en trainant encore les pieds, inquiet à l'idée de ce que je vais découvrir là-bas. Surtout que comme Egbert ne m'a pas accompagné à la bibliothèque cet après-midi – certainement pour préparer ce qu'il y a dans sa chambre – je commence à m'inquiéter.

Une fois entrés dans la pièce, je me rends compte que c'était peut-être moins pire que ce que je pensais. En fait, il n'y a rien de trop… extraordinaire. On est juste tous réunis, entassés dans la chambre d'Egbert – ses trois amis, ainsi que les trolls que j'avais vus à la table hier soir.

Mais au juste, pourquoi est-ce qu'on… ?
J'ai à peine le temps de m'asseoir entre Gamzee et la frangine de ce crétin – Jade, non ? – que ce dernier répond à la question que je me pose mentalement.

« Maintenant que tout le monde est arrivé, je peux vous donner l'idée que j'ai eue, et dont j'ai parlé à quelques-uns hier soir ! »

Oh, seigneur. Non.
Pas une idée. Pitié. Pas…

« À ce que j'ai compris, tous ceux réunis ici ne rentrent pas chez eux à Noël cette année, alors… »

Hein ?
Attends, attends, ça a quoi à voir ? J'veux dire, pourquoi il sait ça ? Comment il sait ça ? À quoi ça nous avance, exactement ?

« … Et si on faisait un échange de cadeaux ? »


De wut ?
Qu'est-ce… qu'est-ce qu'il raconte, là, exactement ?

« C'est quoi, ça, John ? Elle sent bizarre, ton idée ! lance Terezi dans toute sa splendeur.
- Héhé, t'es drôle Terezi. Je savais pas que les idées pouvaient sentir quelque chose. Un échange de cadeaux c'est… eh bien, c'est quand on échange des cadeaux ! »

...

Gros silence.

« Bravo l'asticot. T'en as beaucoup des comme ça ? » Je lance, sarcastique – avant de me prendre un coup de coude judicieusement placé dans les côtes. Ouille ! Putain mais elle vise bien, la frangine !

Egbert me lance une petite grimace.

« En fait en gros, on met tous nos noms dans un chapeau ou un carton, chacun tire un nom, et on doit offrir un cadeau à la personne qu'on a tirée. Vous aviez jamais fait ça ? »

Mouvement négatif général de la part des trolls de l'assemblée.
Il nous sort son meilleur sourire – autrement dit, son sourire le plus débile.

« Eh bah vous verrez, c'est génial ! »

Visiblement, il a pas envisagé l'idée d'essuyer un refus.

Visiblement, mes comparses trolls n'ont pas envisagé l'idée de refuser.
Pourquoi est-ce que je sens que je vais encore me faire embarquer dans une idée débile… ?

Parce que c'est le cas.
Assurément.

Quelques minutes plus tard, nous sommes tous réunis autour d'un petit carton dans lequel nos noms ont été soigneusement écrits sur des bouts de papiers ensuite pliés. On tire chacun notre tour, pour ensuite observer le nom discrètement – d'après Egbert, personne à part nous ne doit savoir à qui l'on offre un cadeau.
Je suis tombé sur Aradia. Pourquoi je sens que Sollux va pas être content ?

Enfin bon.
La suite de la soirée se déroule dans une ambiance plutôt bonne enfant. Je grogne un peu parce que j'aurais aimé pouvoir passer ma soirée tranquille, mais c'est plus pour la forme, parce que finalement c'est plutôt cool. Même si je ne l'avouerai jamais, pas même sous la torture.
La chambre se vide peu à peu de notre présence, chacun partant au bout d'un moment. D'abord Sollux et Aradia, qui semblent avoir envie de faire d'autres choses en étant un peu seuls – je ne veux surtout pas savoir quoi. Plus tard, voyant que Gamzee commence à ne plus pouvoir aligner deux mots correctement – ou en tout cas, encore moins correctement que d'habitude – Dave décide d'y aller, l'aidant à se relever puis le ramenant dans sa chambre.

Les quatre filles ne tardent pas non plus. Rose et Kanaya s'en vont les premières, bien décidées à aller disserter ailleurs de l'importance de l'alcool sur l'impact psychologique. Jade et Terezi, quant à elles, partent quelques minutes plus tard, deux grands sourires collés sur la tronche.

Je sens que si ces sourires ne disparaissent pas de ma vue très vite, je vais les démolir.

« Bon bah… on va vous laisser seuls, entre garçons, hein ! Lance Jade en ouvrant la porte.
- Oui, faites pas de bêtises. Hein, Karkat ! »


Je vais te tuer, Terezi. Je le jure.

Lorsque la porte se referme, je prends alors pleinement conscience que je suis seul avec Egbert.
Dans une chambre.
Encore.

Putain mais va falloir qu'on arrête de se retrouver seuls comme ça, on pourrait commencer à croire que c'est fait exprès.
Il y a un silence inconfortable pendant quelques minutes, puis enfin, j'entends la voix de mon partenaire de binôme s'élever, incertaine.

« Karkat… ?
- Ouais ? Je grogne.
- Je… je peux te poser une question ? »


Pourquoi est-ce que là, tout à coup, je crains un peu ?
Enfin, bon, autant qu'il la pose. Ça sera toujours moins chiant que ce silence, j'imagine.

« Vas-y toujours.
- Pourquoi… pourquoi c'est si grave, que t'ait le sang rouge ? »

...

...

Oh putain.
Je m'y attendais pas, à celle-là.
Je relève violemment la tête vers John, mais son regard un peu gêné me convainc de ne pas me mettre à hurler.
Simplement, je ne vois pas trop quoi lui répondre, là.
Je renverse la tête en arrière jusqu'à la poser sur le lit, et pousse un long soupir.

« Euh… si ça te gêne, ne me réponds pas hein ! C'était juste…
- C'est pas ça. Je sais juste pas comment t'expliquer ça.
- Oh. »

Je ferme les yeux, essayant de me concentrer.
Par quel point exactement je pourrais…

« Tu sais comment marche notre société à nous ?
- Euh… Vous avez une monarchie, non ? »

Je secoue la tête.

« Visiblement, cette branche aussi faudra que tu la revoies à fond. C'est à peu près ça, mais pas tout à fait. En fait, notre société est basée sur le sang.
- Le… le sang ?
- Ouais. Selon le sang avec lequel tu nais, tu es plus ou moins haut dans la société. Par exemple, Gamzee, qui a le sang violet, est quasiment un des plus haut.
- Woah… Et du coup toi…
- Moi je suis un mutant. Aradia aussi a le sang rouge, mais le sien est rouge foncé. Presque rouille. Personne n'a le sang de ma couleur.

Je fais une pause, respire à fond.

- Si quelqu'un l'apprenait, je pense que j'aurai certainement des problèmes.
- Mais… pourquoi ?
- Notre société n'aime pas tellement la différence. Elle la rejette. C'est déjà arrivé et…

Je m'arrête.
Je sais pas si j'ai vraiment envie de raconter cette histoire.
Mais le regard perdu d'Egbert, couplé au « et ? » qu'il me lance, me convainc qu'il ne me lâchera certainement pas avant que je lui ai tout raconté.
Je pousse un profond soupir, et me relève.

« Installons-nous mieux que ça s'il te plait. L'histoire est un peu longue et je commence à avoir mal au dos.
- Euh, OK. Tu veux te mettre sur mon lit ? »

Je reste un instant silencieux.


Oh allez, c'est pas comme l'autre soir, il n'aura pas de nouveau cette sale manie de balader ses mains.

« Ouais, OK. »

Je m'assois, attends qu'il m'ait rejoint en plaçant un oreiller derrière mon dos, avant de fermer les yeux et d'appuyer ma tête contre le mur. Je reprends alors la parole.

« Je ne sais pas comment il s'appelait. En fait, peu de personnes le savent, je crois. On l'appelait « The Sufferer ». Il avait le sang de la même couleur que le mien. Il était rejeté de tous, mais a trouvé des amis, une famille. Une troll a bien voulu s'occuper de lui comme si c'était son propre fils, une autre a partagé avec lui un amour plus fort que tout. Un troisième est devenu son moirail et l'a soutenu contre les brimades…

C'était quelqu'un de grand. À cause de sa différence, il a compris à quel point notre société était décadente, violente et injuste, et a voulu la changer. Il a traversé tous les territoires pour parler de ce qu'il pensait, pour exposer ses idées, ses rêves. Des rêves d'égalités, de paix, de liberté. Il rêvait juste de pouvoir offrir à tous ceux qu'il rencontrait l'amour et l'amitié qu'il avait pu partager avec ceux qui lui étaient proches.

Malheureusement… Les autres étaient trop effrayés à l'idée de changer, de perdre ce qu'ils étaient avant. Surtout les plus hauts sangs, qui savaient que ce serait la fin de leur règne. Ils l'ont capturé, lui, ainsi que tous ceux qui l'aimaient. Il a essayé de lancer une révolution, mais elle est morte, étouffée dans le rouge de son sang. Dans nos livres d'Histoire, on fait très peu mention de lui, son histoire a été étouffée par les sangs nobles.

Il a été torturé, tué, ainsi que tous les autres. La révolution a été terrassée. Depuis, rien n'a changé. Les plus hauts sangs règnent toujours autant. Notre société est toujours aussi injuste. Et les mutants comme moi qui naissent… n'ont pas beaucoup de chance d'être reconnus, si on découvre la couleur de leur sang. Alors je cache le mien. »

Je pousse un très long soupir, peu inspiré par l'idée de tourner la tête en direction de mon voisin, et découvrir un air de pitié collé dessus. À la place, je termine.

« Je ne suis qu'un lâche, tu sais. Je n'aurai jamais le courage d'agir comme il l'a fait. Alors, je me cache. Ce que j'espère, c'est que tous les efforts que je mets dans mes études paieront un jour, et qu'on ne regardera pas mon sang pour savoir si je suis quelqu'un digne d'effectuer le travail que je veux faire, mais plutôt mes aptitudes. »

Je me tais, cette fois pour de bon.

Et j'ose enfin glisser un regard en direction d'Egbert, que je n'ai presque même pas entendu respirer pendant toute ma tirade.


John

J'écoute l'histoire racontée par Karkat en silence, et baisse la tête en entendant la fin, une boule dans la gorge. J'avais déjà entendu des choses tristes dans notre Histoire à nous, mais c'est la première fois que ça me touche à ce point. Je ne savais pas du tout que c'était comme ça, chez les trolls. Dans les manuels, on parle surtout de la guerre entre nos peuples ou de la période d'avant-guerre, mais jamais rien sur leurs problèmes internes à eux.

Karkat se met alors à parler de lui, et je fronce les sourcils malgré moi en l'entendant. Lorsqu'il termine, je me tourne vivement vers lui. Je dois avoir les larmes aux yeux, mais je ne m'embête pas à les essuyer.

« T'es pas du tout lâche ! J'ai jamais vu personne bosser aussi dur que toi, tu fais plus d'efforts que n'importe qui… Et tu m'as même aidé moi, alors que t'étais pas obligé ! Je vois pas du tout en quoi c'est être lâche ! C'est les autres qui ont tort, pas toi ! »

Il me jette un drôle de regard, comme s'il ne s'attendait pas vraiment à ma réaction, tandis que je poursuis :

« En plus, c'est complètement absurde ces histoires de couleur de sang ! Pourquoi est-ce qu'on devrait se soucier de quelque chose qu'on ne peut même pas voir en temps normal ? J'veux dire… Chez nous aussi y'a toujours des gens qui tolèrent pas les autres selon leur couleur de peau ou de cheveux, mais… Mais c'est vraiment idiot, ça devrait même pas exister ! En fait, on ne devrait même pas faire de différences entre les humains et les trolls. Regarde-nous ! On arrive bien à s'entendre, non ?
- Ouais, enfin j'ai à peine essayé de te bouffer y'a deux semaines.
- C'est… C'était pas pareil ! Et puis c'était y'a un bout de temps, j'ai même plus de marque ! »

Je me prends la tête dans les mains. Pourquoi faut toujours que je m'embrouille et que je raconte n'importe quoi quand j'essaie d'être sérieux ?
Karkat n'a pas bougé depuis tout à l'heure. Je sens qu'il faudrait que je dise quelque chose, mais j'ai du mal à trouver les mots. Je ramène mes genoux jusqu'à moi, et le regarde timidement.

« Merci de m'avoir raconté. »

Je vois le troll rougir avant de détourner le regard en vitesse, bras croisés.

« Tu peux me remercier, ouais ! Tu m'as fait gaspiller ma précieuse salive ! T'as de la chance que j'ai été de bonne humeur, crétin !
- Ah bon, t'étais de bonne humeur ?
- Tu me cherches ?!
- Haha, désolé, désolé. »

On reste un petit moment comme ça, sans rien dire. Mon sourire est resté collé à mon visage. Je suis content que Karkat se soit confié à moi, j'ai l'impression d'avoir réussi à me rapprocher de lui, au moins un petit peu. J'espère qu'un jour il pourra s'ouvrir encore plus à moi, qu'on pourra tout se raconter comme de vrais amis.

« Tu sais…
- Quoi ?
- J'suis pas très intelligent, ni très fort, et y'a pas beaucoup de choses pour lesquelles je suis doué, alors… Je sais pas si je serais vraiment très utile et tout, mais… Enfin, ce que je veux dire, c'est que…
- Abrège, bon sang ! »

Je le regarde dans les yeux, tirant mon plus beau sourire.

« Je serai toujours là pour toi si t'as un souci ou quoi, alors si jamais t'as des problèmes ou que t'as besoin de discuter, hésite pas ! »

J'ai l'impression que Karkat bug un bon moment avant de trouver quoi dire, ses joues légèrement rosies.

« Que… Qu'est-ce qui te prends, de sortir ça d'un coup ?!
- Pourquoi ? C'est bizarre ? Je dis juste ce que je pense… »

Il ne me répond pas, se contentant de fixer mon visage comme si j'étais un alien venu d'une autre galaxie. J'ai dit quelque chose d'étrange, ou quoi ?
Je soutiens son regard, penchant légèrement ma tête sur le côté pour l'avoir bien en face de moi. C'est pas tous les jours que je peux l'observer d'aussi près, d'habitude j'ai l'impression qu'il maintient toujours une certaine distance entre nous. C'est comme ça depuis qu'il m'a mordu, deux semaines plus tôt… Enfin, ça fait plutôt trois semaines maintenant, non ? L'eau a largement eu le temps de couler sous les ponts, là.

Même si je dois avouer qu'il m'arrive assez souvent de repenser à cette nuit-là. Bon, c'est vrai, j'étais complètement shooté au Faygo et je savais plus ce que je faisais, mais… Je me suis plusieurs fois demandé si j'aurais vraiment fait pareil avec n'importe qui. Je pense pas que j'aurais agi comme ça avec un inconnu, ou avec un de mes potes. C'est peut-être parce que Karkat m'avait déjà embrassé avant. Je sais plus trop ce que je pensais ce soir-là dans la chambre de Jade, mais je me souviens m'être rappelé ce premier baiser justement, et c'est ça qui m'avait donné envie d'y re-goûter en voyant les lèvres de Karkat.

Un peu comme maintenant, d'ailleurs.

Mais cette pensée, je préfère la chasser de ma tête.

Ça doit commencer à faire assez longtemps que je le fixe, car Karkat détourne soudain le regard et se relève, me laissant seul sur le lit.

« Faut… Faudrait que j'y aille, bafouille-t-il. J'veux pas me faire choper par ces connards de surveillants après.
- Euh… Ouais, c'est vrai qu'il commence à être tard.
- Ouais.
- Hmm… Bonne nuit alors ? »

Il me répond par un vague grognement, refusant toujours de me regarder, et sort de la chambre sans rien ajouter. Je reste sans bouger quelques minutes, me repassant ma journée en tête.

J'étais vraiment vidé en sortant de la salle d'examen. Heureusement, l'épreuve n'était pas trop difficile, mais sans l'aide de Karkat ces derniers jours, je me serais royalement planté. Là, au final, j'ai peut-être même mieux réussi que les maths. J'ai pas pensé à demander à Karkat s'il avait réussi ou pas… Je sais que Jade est plutôt confiante mais aussi qu'elle aura probablement inversé les réponses à certaines questions par maladresse, que Rose aura comblé son manque d'intérêt pour les mathématiques par une note parfaite en alternian, et que Dave aura la moyenne sans avoir eu besoin de réviser, juste par sa coolitude innée, comme il dirait.

Je me remémore le repas de midi aussi, où Karkat m'a vraiment surpris en me donnant son dessert. J'essaye de ne pas trop penser à ce qu'il y avait dans ce flan, après tout tant que c'est bon, vaut mieux manger sans se poser trop de questions. Mais ça m'a quand même fait super plaisir venant de la part de Karkat. J'aurais jamais pensé qu'il m'offrirait quelque chose, même si c'était qu'un dessert.

Ça m'a rappelé justement mon idée d'échange de cadeaux que j'avais eue en début de semaine, quand Rose m'a dit que les trolls ne fêtaient pas Noël comme nous, et ne se faisaient même en général jamais de cadeaux entre eux, que c'était pas dans leur culture. Maintenant qu'on est tous amis, je trouvais ça dommage. Si j'avais pu, j'aurais fait un cadeau à tout le monde, mais même si mon père m'a envoyé un peu d'argent en avance pour Noël (avec une petite note disant « je suis si fier de toi, mon fils », que je ne sais pas encore trop comment prendre), j'aurais pas eu assez pour acheter un cadeau pour tout le monde.

Du coup, je me suis dit que ce serait sympa de faire un échange de cadeaux entre nous tous. Les autres ont tout de suite accepté avec enthousiasme – enfin, Jade était enthousiaste, Rose et Dave eux ont juste haussé les épaules avec un « ouais, pourquoi pas ». Quant aux trolls, ils ont été un peu surpris par l'idée, mais ont finalement accepté. Je savais pas trop à qui le proposer, alors je me suis contenté de notre petit groupe habituel – Gamzee, Terezi, Kanaya, Aradia et Sollux. Au final, j'ai pioché Terezi. J'ai pas vraiment d'idée de cadeau pour elle, j'ai du mal à cerner ce qui lui ferait plaisir. Je pense aller faire les magasins demain, j'espère trouver quelque chose. Au moins commencer à chercher.

Il faut aussi que j'achète les cadeaux pour Jade, Dave et Rose. Je prévois toujours mes cadeaux un peu à l'avance, pour être sûr de ne pas oublier après. J'ai déjà un peu trop traîné, et demain on sera déjà le 10 Décembre. Il reste du temps avant le 24, mais quand même.

Je pense aussi offrir quelque chose à Karkat. Pour le remercier de m'avoir aidé à réviser, et tout. Et puis, on est plus ou moins amis maintenant. Je saurais pas encore trop dire ce qu'il pense de moi – en fait j'évite d'y réfléchir, ça me met un peu mal à l'aise avec cette histoire de kismesis – mais je sais en tout cas que je me sens plus proche de lui que de mes autres amis trolls. Mais c'est pas vraiment comme avec mes amis d'enfance non plus. C'est bizarre, en fait.

Enfin bon, en tout cas il faudra que je commence à repérer si je trouve des trucs chouettes à acheter demain. Je me demande ce que je peux lui offrir, à lui… J'ai aucune idée de ce qui pourrait bien l'intéresser. Je connais pas grand-chose de ses goûts, à part qu'il aime les trucs sucrés et les mauvais films à l'eau de rose.

Mouais… Je verrai bien demain si j'ai une idée.

...

C'est le matin du dimanche, après une journée passée à parcourir les boutiques de la ville à la recherche d'idées de cadeaux (j'ai déjà pu trouver des trucs sympa, mais il faudra que j'y retourne pour le reste), que j'ai revu Karkat au moment du petit déjeuner. Allant m'installer joyeusement à côté de lui, je le gratifie de mon plus beau sourire matinal, à quoi il répond par un grognement agacé, style « me colle pas ta putain de bonne humeur dès le matin, tu me crèves ».
Nous ne sommes que tous les deux de notre groupe à cette heure matinale (le réfectoire ouvre à neuf heures le week-end, mais la plupart des élèves ne se réveillent généralement que bien plus tard), et il n'y a pas plus d'une dizaine de personnes dans toute la salle. D'habitude je ne fais pas non plus partie des lève-tôt, mais aujourd'hui nous avons prévu de travailler ensemble sur l'exposé. Après qu'il m'ait raconté pourquoi il travaillait si dur, je ne peux pas vraiment faire mon fainéant et laisser sa moyenne baisser par ma faute.

Notre petit déjeuner pris, nous nous installons donc à notre endroit habituel à la bibliothèque. Je sors mes notes et reprends l'analyse d'un document là où je m'étais arrêté la dernière fois. Karkat, lui, a attrapé un livre et en traduit les parties intéressantes. En fait, c'est une chance de faire l'exposé avec un troll, parce que j'ose même pas imaginer comment j'aurais fait pour trouver des infos dans les livres d'Histoire des trolls quand ils sont tous ou presque écrits en alternian.

Nous travaillons en silence pendant une bonne demi-heure, jusqu'à ce que, mon texte terminé, je fais une petite pause et regarde Karkat lire l'ouvrage dans lequel il est plongé avec attention. Il plisse un peu les yeux en lisant, c'est pas la première fois que je le remarque. Des fois je me demande s'il a pas du mal à se concentrer ou quoi…

Je cherche vaguement quoi dire pour lancer la conversation. Pas que les textes relatant toutes les façons dont les trolls chassaient les humains depuis l'Antiquité ne m'intéressent pas, mais au bout d'un moment mon cerveau commence à fatiguer.

« Dis… C'est quoi, ton animal préféré ? »

Karkat sort le nez de son bouquin et me fixe, un air blasé sur son visage.

« D'où tu sors cette question débile, d'un coup ?
- Rien, juste comme ça, pour discuter… »

Il pousse un long soupir et pose son livre sur la table en se massant les tempes, s'allongeant un peu plus sur sa chaise.

« T'as pas trouvé plus chiant comme sujet de conversation ? Et d'abord, pourquoi je m'intéresserais à ces putains d'animaux ? À part pour les avoir dans mon assiette, bien sûr.
- Oh, allez… Y'a bien un animal que tu trouves plus cool que les autres ! Moi par exemple, j'adore les reptiles ! Surtout les salamandres, elles sont super !
- Rien à foutre. »

Je tire une moue vexée. Il a l'air de réfléchir un moment, néanmoins, et finit par me répondre :

« Les crabes, c'est pas mal.
- Hein ? Pourquoi les crabes ?
- Quoi, pourquoi pas ?! Tu voulais que je réponde à ta putain de question, non ? Alors viens pas me faire chier avec ma réponse !
- Oh, ça va, pas la peine de t'énerver. Les crabes, alors ? C'est pas habituel.
- Tu peux causer.
- Héhé, pas faux. »

Je me balance un peu sur ma chaise, les yeux rivés au plafond. Je me demande si je peux m'aider de ça, pour son cadeau de Noël. J'ai eu beau chercher hier, j'ai rien vu qui pourrait l'intéresser. Pas facile de faire plaisir à quelqu'un qui n'aime presque rien… Surtout que pour moi les cadeaux c'est sacré, il faut que ça soit un truc qu'il adore.

« Bon, tu comptes rester là à rêvasser toute la journée, ou tu vas m'aider à avancer ce foutu exposé ?!
- Oh ! Désolé, j'avais la tête ailleurs.
- Ouais ben ramène-là ici, s'te plaît. Il nous reste plus qu'une semaine je te rappelle !
- Quoi, déjà ?! Mince ! Faut que je me dépêche !
- Il serait peut-être temps ouais ! J'ai presque fini ma partie, moi ! »

Je remets les feuilles devant moi en ordre avant de me concentrer à nouveau dessus. C'est que je suis loin d'avoir terminé ma partie, moi ! Comment il peut être plus avancé que moi alors qu'on travaille toujours ensemble ?

Je m'applique à mon travail, essayant d'accélérer un peu, et continue ainsi toute la matinée. Finalement, faire cet exposé m'aura appris pas mal de trucs. C'est pas mal intéressant d'avoir le point de vue de chaque côté, et pas seulement celui des humains.
Mais bon… Même si, du coup, j'ai lu plein d'histoires – dont certaines assez horribles, faut bien l'avouer – sur les trolls, tout ça me semble un peu étranger. J'ai du mal à les voir de la même façon que je vois Gamzee, Aradia, ou les autres. En fait, mis à part au début avec Karkat, je n'imagine pas du tout les trolls essayer de nous dévorer. Ça fait bizarre d'imaginer qu'à une période, c'était le cas. Bon, on a une culture différente et tout, et parfois on se comprend pas trop, mais on arrive bien à s'amuser et à discuter quand même…

Enfin bon, ça sert à rien de trop réfléchir à tout ça.