Curiosity Killed the Karkat

Partie 7

...

Karkat

Je pousse un soupir tandis que je déambule entre les rues.
Aradia.
Bon sang mais qu'est-ce qu'on peut bien offrir qui puisse faire plaisir à cette fille ?! Tout ce que je sais d'elle, c'est qu'elle aime Sollux, qu'elle sort avec lui et qu'elle ne le quitte jamais. Faut dire qu'en même temps, à part quand ils font des apparitions avec Sollux, on ne la voit quasiment pas…

Cela doit bien faire une éternité que je marche dans la ville à la recherche d'un magasin qui contiendrait quelque chose pouvant faire plaisir à la trolle.
Un coup d'œil à ma montre me détrompe méchamment.
Ça fait à peine 30 minutes.

Ouais m'enfin n'empêche que…

« Eh, Karkat ! »

Je tourne les yeux à l'entente de mon nom pour découvrir mon ami aux lunettes 3D – oui, on lui a fait la blague des dizaines de fois – qui court pour me rattraper.
Je grogne – désolé, déformation professionnelle.

« Qu'est-ce que tu fous là ?
- Wah, quel accueil ! À ton avis, idiot, comme toi. Je cherche un cadeau à offrir.
- Pour l'échange ?
- Ouaip. »

Je fais une grimace.
Je me demande bien sur qui il est tombé lui. Enfin.
Maintenant que je l'ai sous la patte, je me demande si…

« Eh, dis, Sollux ?
- Ouais ?
- …Tu offrirais quoi, à Aradia, toi ? »

Il me lance un regard suspicieux, à la « eh-pourquoi-tu-me-demande-ça-tu-tournes-autour-de- qui-toi ?! ». Je roule des yeux.

« Arrête ça, crétin. C'est moi qui ai tiré le nom de ta copine dans ce putain d'échange de cadeaux à la con.
- Eheh. Ça tombe bien, moi j'ai tiré celui de ton cher humain ! »

Je lui jette un méchant regard qui ne fait qu'agrandir son sourire.
Putain je sens qu'il a intérêt d'arrêter de se marrer très vite, s'il ne veut pas se retrouver avec la couleur de ses yeux inversée. Sérieux.
Il finit par arrêter de sourire – pourquoi j'ai l'impression que c'est pas mes regards meurtriers qui y sont arrivés ? – et me lance d'un ton joyeux :

« Eh, tu sais quoi ? Je galère aussi. Alors on fait un truc. Je te donne des idées pour Aradia, tu m'en donnes pour ton humain. OK ?
- C'est pas « mon » humain. Mais ouais. Alors ?
- Mmmh… »

Il continue à marcher tandis qu'il réfléchit. Bien obligé si je veux l'écouter, je lui emboite le pas, réfléchissant moi-même à ce dont Egbert pourrait bien avoir envie.
Pas facile.
Quoi que peut-être… il parlait pas de films, l'autre jour ?

« Ah, je sais ! lance soudain mon compagnon.
- Je t'écoute… ?
- Elle aime bien l'archéologie. Tu pourrais lui offrir quelque chose qui parle de ça. Genre un bouquin ou un truc du genre !
- Ouais, OK… »

Il me fixe sans mot dire.
Uh ?

« Quoi ?
- Et donc ? Pour Egbert ?
- Oh… euh… je sais qu'il aime beaucoup les films… d'action je crois. »

J'ai droit à un rictus méprisant.
Quoi, qu'est-ce que j'ai dit, encore ?

« Les films d'action. Ça va, t'as rien trouvé de plus vague, encore ?
- Eh, oh, j'y peux quoi moi s'il a des goûts de merde ?!
- Mouais… Qu'est-ce qui me dit que c'est pas plutôt parce que tu veux lui offrir un cadeau toi, et que tu préfères que le tien soit mieux ?! »


UH ?
MAIS IL A ÉTÉ CHERCHER ÇA OÙ, BON SANG ?!

Non mais sérieux, quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi je suis CONSTAMMENT entouré par des crétins débiles congénitaux ?!
Je pousse un gros soupir.

« T'en as beaucoup, des comme ça ? »

Peu convaincu par mon soupir d'exaspération et ma question rhétorique, il se contente de hausser les sourcils d'un air très suggestif.

« C'est pas grave. Je trouverai bien quelque chose… qui vous servira à tous les deux, hein ! »

Et sur un clin d'œil très, très suggestif, il tourne les talons et s'en va presque en sautillant, visiblement très heureux de sa trouvaille.

...
S'il ose faire ce que je crois qu'il veut faire, je vais le tuer.

Sérieux, je vais le tuer.

...

« Bon sang Egbert, grouille-toi !
- Mais t'es marrant, j'y peux rien moi !
- Si, t'y peux que tu bouges ton cul et plus vite que ça ! »

Raaaah ! J'arrive pas à y croire, putain. On avait un maximum d'avance, et nous voilà à rusher le dernier soir avant d'y rendre !
Bon en même temps, OK, c'est peut-être un peu de ma faute. Mais j'y peux rien si je suis à ce point tatillon… je veux qu'on ait la meilleure note possible, point barre !

Je plisse un peu les yeux sur l'écran de l'ordinateur.
J'aimerais bien mettre mes lunettes – surtout qu'elles sont à peine à un bras de moi, dans le tiroir de mon bureau fermé à clé – mais comme Egbert est à côté de moi, je peux pas.
Certainement pas envie qu'il se foute de ma gueule.
N'empêche que ça me fait pas mal chier… j'commence à avoir super mal à la tête là. Je déteste regarder un écran d'ordinateur sans mes lunettes, ça aggrave mon mal de crâne.

Je jette un coup d'œil au crétin-susnommé, assis sur mon lit avec son propre ordinateur, en train de taper à toute vitesse – c'est-à-dire aussi vite qu'un escargot asthmatique – le reste de la conclusion que nous avons fini d'écrire cet après-midi même.

Après ça et ma partie, il me suffira de corriger le tout et je pourrai imprimer tout ça.

J'ai bien envie de mettre un coup de bouquin à Egbert.
Sauf qu'il est un peu loin.
Et que mon livre commence à être usé. Je crois que si je lui remets un autre coup, il aura un trou… Le livre hein, pas Egbert. Lui il a la tête trop dure pour ça.

...

Finalement, on aura réussi à rendre le dossier à temps.
Le prof est en train de les corriger, là. Ça fait déjà quatre jours – on est vendredi – mais j'imagine qu'il va prendre un temps fou à le faire. En même temps, c'est pas un putain d'asocial pour rien, non plus.
Quoi, comment ça, ça a rien à voir ? Oh, vos gueules hein.

On est en fin de matinée, au milieu du cours de maths, quand la secrétaire de notre foutue directrice frappe discrètement à la porte.
Qui a bien pu encore faire une connerie, tiens ?
Je baisse la tête, essayant de me replonger dans l'exercice que nous étions en train de résoudre, quand j'entends la voix de celle qui vient d'entrer retentir.

« Est-ce que je peux vous emprunter monsieur Vantas ? Il y a un appel urgent pour lui. »

Qu…quoi ?
Je relève la tête, abasourdi.
Pourtant non, c'est pas une erreur. Elle me regarde bien, droit dans les yeux, une invitation dans son regard à me suivre. Le ventre noué par l'inquiétude – mais inquiétude de quoi ? – je me lève, envoie toutes mes affaires en vrac dans mon sac et me dirige vers la porte à la suite de la secrétaire.

Tout au long du chemin, j'ai le ventre qui se noue de plus en plus, à chaque pas. La boule d'inquiétude se resserre peu à peu, comme si elle voulait devenir une sorte de… de plomb fondu. J'avale difficilement ma salive tandis que l'on entre dans le bureau de la secrétaire.

Celle-ci m'indique un siège du doigt tandis qu'elle s'assied et compose un numéro sur son téléphone.
Quelques secondes d'attente plus tard, mes oreilles fines captent le déclic d'un combiné.

« Oui bonjour monsieur… C'est la secrétaire de l'établissement Midnight. Vous nous avez appelés tout à l'heure… oui voilà oui… oui il est en face de moi. Oui, je vous le passe. »

Elle me tend le téléphone d'un air grave, et je le prends en jurant silencieusement tandis que ma main tremble.
À l'instant même où je cale le combiné contre mon oreille, la secrétaire se lève et quitte la pièce, me convainquant du même coup que ce doit être quelque chose de très sérieux.

« Allo, monsieur Vantas ? Oui, ici l'hôpital St-Clothilde… »


Vraiment, vraiment très sérieux.

« Monsieur Vantas ?
- O-oui, je suis là.
- Oui… je vous appelle au sujet de votre lusus… Il a été admis ce matin aux soins intensifs… »

Ça y est.
La boule dans mon ventre s'est bel et bien changée en plomb. J'ai l'impression qu'elle va s'échapper de mon estomac pour venir percer le plancher, m'entraînant dans sa chute.
Je déglutis difficilement tandis que l'infirmière – si c'en est une – au bout du fil, continue.

« Nous ne savons pas exactement ce qu'il s'est passé… seulement qu'il aurait visiblement été grièvement blessé par un autre lusus. Sauriez-vous s'il y a une quelconque raison à ce…
- Non. »

Mon ton est aussi cassant que l'a été mon cœur un instant plus tôt.
Attaqué par un autre lusus.
Ça ne signifie qu'une chose.

« Je… très bien. Est-ce que vous pourrez me dire si vous pourrez bientôt…
- Je ne peux pas venir. Je suis dans un internat à plusieurs heures de train d'ici, mon lusus le sait.
- Oh… d'accord. Souhaiteriez-vous que l'on vous rappelle lorsqu'il reprendra connaissance ?
- Je… oui. Oui, s'il vous plait. »

Ma voix ne tient plus qu'à un fil tandis que je lui transmets mon numéro de portable. Je ne prends même pas le temps d'écouter ses remerciements et raccroche violemment.
J'ai à peine le temps de poser le téléphone sur la table que je sens une foutue putain de main conciliante – et sa putain de pitié mal placée – se poser sur mon épaule.
Putain de secrétaire.

« Mon petit, ça va ? Est-ce que tu v…
- Lâchez-moi, je suis pas un petit. Pas besoin de me materner putain, j'ai pas besoin de vous. LÂCHEZ-MOI J'AI DIT ! »

Je me défais brusquement – presque violemment – de sa sollicitude et, attrapant mon sac posé à mes pieds, je me relève et détourne mes pas jusqu'à la porte.
Foutue pitié.
Putains d'humains.
Connerie de monde.

Je marche à toute vitesse dans les couloirs, la main sur une partie de mon visage pour cacher le rouge qui coule sur mes joues.
J'attends d'être enfermé dans ma chambre pour me laisser tomber sur mon lit en position fœtale et éclater en de douloureux sanglots.

Les lusus ne se battent pas.
Pas ceux qui sont près de chez nous, en tout cas.
La seule raison pour laquelle tout cela a dû arriver… c'est à cause de moi.
À cause de mon sang.
Je sais que mon lusus avait pris des risques, il y a des années, en choisissant de m'élever malgré la couleur de mon sang. Mais je ne pensais pas qu'un jour, cela irait aussi loin.

Je n'aurais pas dû naître…


John

Je fais tourner nerveusement mon crayon dans ma main, les paroles du professeur traversant ma tête sans que je n'y prête plus la moindre sorte d'attention. Là, je n'ai qu'une seule chose en tête, ou plutôt qu'une seule personne : Karkat. Pourquoi a-t-il été appelé par la secrétaire ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour qu'on vienne le chercher en plein cours, comme ça ? Est-ce qu'il a fait quelque chose ? J'espère que rien de grave n'est arrivé…

Je n'arrive pas à calmer la boule qui s'est formée dans mon ventre depuis que le nom de mon ami troll a été prononcé. Je regarde l'horloge, pour la cinquantième fois ces quinze dernières minutes. Pourquoi ne revient-il toujours pas ?
J'essaie d'écouter un peu le cours pour pouvoir prendre des notes, mais les mots ont du mal à rentrer dans ma tête. Finalement, la sonnerie annonce la fin du cours, et Karkat n'est toujours pas revenu.

Au réfectoire, toujours aucune trace de lui. Je m'installe à table avec notre groupe habituel, mais l'absence de Karkat laisse un grand vide.

« Qu'est-ce qu'il a, à votre avis, Karkat ? Demande Jade au bout d'un moment.
- Aucune idée, répond Sollux.
- Il a dû faire quelque chose, et la directrice l'a convoqué ! Ricane Terezi.
- C'est pas possible, je réponds. J'étais avec lui tout le temps, il me l'aurait dit s'il avait des ennuis.
- Tu sais quelque chose, toi ? Demande Aradia à Gamzee. C'est ton moirail, après tout.
- Nan, ce fils de pute aime bien garder des secrets, mais s'il avait fait quelque chose de mal on l'aurait su. »

Personne ne répond pendant un instant, et Gamzee marque une longue pause avant de terminer, l'air grave :

« J'ai un putain de mauvais pressentiment. Ça sent pas du tout le miracle, cette histoire. »

Je sens le nœud dans mon estomac se resserrer un peu plus. Mon assiette laissée de côté, à peine entamée, je regarde avec amertume le dessert que j'avais pris pour Karkat. Finalement, je le dépose dans le plateau de Terezi à côté de moi, n'ayant pas du tout le cœur à le manger, et je me lève de la table.

« Tu vas où, John ? Demande ma sœur.
- Prendre l'air. »

En vérité, j'ai espoir de trouver Karkat dans un couloir ou à l'extérieur en m'y aventurant, même si je doute qu'il y ait des chances. Je marche un peu au hasard dehors, avant de finalement céder face au froid hivernal et me diriger vers la bibliothèque. Ça m'aurait étonné d'y trouver Karkat, mais je marche quand même machinalement vers l'endroit où on s'assoit toujours. Comme je le pensais, il n'y est pas. Pourquoi serait-il venu étudier sans même avoir mangé ou sans prévenir personne ? Ça n'a aucun sens. Faut que je me reprenne, moi.

Je ne fais pas grand-chose de mon après-midi, me contentant de traîner avec Dave et les autres, sans vraiment participer à la conversation. J'essaie de me dire que je m'inquiète sûrement pour rien – après tout c'est pas la première fois que Karkat fait son asocial et s'isole sans rien dire à personne – mais ne pas l'avoir vu depuis qu'il a été appelé en plein cours me pousse à croire malgré moi que quelque chose de grave est arrivé.

Quand un peu avant le repas du soir j'apprends de mes amis trolls que Karkat n'est toujours pas revenu, et que personne ne l'a vu depuis le cours de maths, je ne tiens plus. Quittant la file d'attente du réfectoire, je me dirige vers les dortoirs, seul endroit où je ne l'ai pas encore cherché.

...

« Karkat ? »

Je frappe doucement à la porte de sa chambre. Pas de réponse. J'insiste un peu, toquant plus fort, mais je n'entends toujours rien. Il n'est pas là non plus ?

« Karkat, t'es là ? Réponds, s'il te plaît ! »

J'attends un peu, et frappe à nouveau. S'il n'a pas quitté l'internat – et je ne pense pas qu'il l'aurait fait sans rien dire à personne, ne serait-ce qu'à Gamzee – il ne peut être qu'ici. Je cogne plus fort, me faisant un peu mal au poing, mais je n'ai toujours pas de réponse.

« Karkat ! Tout le monde s'inquiète pour toi, laisse-moi au moins savoir si tu vas bien ! Karkat ! »

Un bruit sourd – un coup sur le mur ? – me fait taire.

« BORDEL, FERME-LÀ ! »

Je sursaute en entendant la voix de mon ami. Elle est bizarre. Un peu comme si…

« Karkat ?! Je crie. Tu vas bien ?
- Fous-moi la paix, putain ! »

Il y a définitivement quelque chose de bizarre dans sa voix. Elle est brisée, plus faible que d'habitude. Comme quelqu'un qui serait en train de… pleurer ?
Mon cœur se resserre d'un coup, et j'en oublie une seconde de respirer. J'ouvre brusquement la porte et rentre dans la pièce sombre. Il fait déjà nuit à cette heure, et Karkat est totalement dans le noir. J'essaie d'habituer mes yeux à l'obscurité tout en refermant la porte derrière moi.

« Je t'ai dit de me foutre la paix ! Hurle Karkat. CASSE-TOI ! »

Ignorant ses cris, je m'avance pour alors l'apercevoir, allongé face au mur sur son lit, le visage caché dans ses mains. Je reste figé une bonne dizaine de secondes, ne sachant ni quoi faire, ni quoi dire, ni quoi penser.

« Karkat… ? Je murmure. »

Il ne me répond pas, se contentant de se replier un peu plus sur lui-même. J'approche doucement de son lit, approche doucement une main vers son épaule.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Il repousse vivement ma main et se redresse sur ses genoux, me jetant un regard furieux. Il a les yeux rouges. Ses cernes sont plus appuyées, aussi, et… Y'a comme des traces un peu rouges sur ses joues. Je m'arrête de respirer, soutenant son regard légèrement tremblant, trop choqué pour oser bouger.

Finalement, Karkat se calme un peu… Ou plutôt, j'ai l'impression qu'il n'a plus la force d'être en colère. Je tends une main vers sa joue, m'arrêtant juste avant de toucher les traces humides dessus. Il ne bouge pas, baissant juste le visage. Ravalant ma salive péniblement, la gorge nouée, je m'installe à genoux sur le lit, face à lui.

« Tu veux m'en parler ? »

Je le vois ouvrir la bouche et m'attends à un refus, mais finalement il a l'air de se raviser et d'hésiter. J'attends sans rien dire, tentant de rester le plus calme possible. J'attrape doucement la manche de son t-shirt par la main, au niveau de son poignet, posé sur le lit, pour l'encourager. Il doit bien s'écouler une minute ou deux avant qu'il ne rouvre finalement la bouche.

« Ils m'ont appelé pour me dire que… que mon lusus est à l'hôpital… »

Je sens une pointe de tristesse dans ses mots. J'avais entendu parler de ces « lusus », des monstres qui servent de gardiens aux jeunes trolls, les élevant depuis leur naissance. Comme leurs parents, en somme. Je sens mon cœur se resserrer davantage, si c'était encore possible.

« Oh non ! Comment il va ? C'est grave ?!
- Je… Je sais pas. Ils m'ont juste dit qu'il était gravement blessé, et… Qu'il avait été attaqué par un autre lusus, et… »

Il resserre ses mains sur le drap du lit, sa tête toujours baissée, son regard fuyant le mien. Je l'entends étouffer un sanglot.

« C'est ma faute, lâche-t-il d'un ton sec.
- Hein ?
- C'EST MA FAUTE, BORDEL ! »

Il relève son visage vers moi, deux larmes traversant chacune de ses joues. Des larmes translucides, mais légèrement rouges, probablement dû à la couleur de son sang. Il s'empresse de les essuyer de ses mains, avant de s'arrêter, à bout.

« C'est à cause de moi qu'il s'est fait attaquer ! Parce qu'il a recueilli un mutant comme moi ! Si j'étais pas né, il lui serait rien arrivé ! »

Sa voix se brise et il baisse à nouveau son visage, avant de dire, plus doucement mais d'un ton encore plus froid – plus froid que je ne l'ai jamais entendu :

« Il aurait dû me laisser crever au lieu de s'occuper de moi. »

Il me faut six secondes pour réagir. Deux pour comprendre ce qu'il vient de dire. Deux pour lever mon bras en l'air. Et deux dernières pour abattre ma main sur sa joue.

Le bruit de la claque retentit dans la chambre, suivie par un silence total. Karkat avance doucement sa main vers sa joue, comme s'il n'avait pas compris ce qu'il vient de se passer. Il me fixe ensuite, choqué au point d'en arrêter de pleurer. Je ne lui laisse pas le temps de s'en remettre, et passe mes bras autour de lui avant de le serrer contre moi. Le plus fort possible. En retenant mes propres larmes de couler.

« Ne… Ne dis jamais ça, tu m'entends ?! Je hurle. Je t'interdis de dire ça ! T'es pour rien dans ce qui arrive, et je suis sûr que ton lusus pense la même chose ! Et même si c'était le cas, personne ne voudrait que tu ne sois jamais né ! T'es… T'es notre ami à tous, et tout le monde s'inquiète pour toi, là ! Et moi… ! »

Je m'arrête, plus trop sûr de ce que je voulais dire.
Et moi… quoi ?
C'est quoi, Karkat, pour moi ?

Je termine, chuchotant presque :

« T'es… T'es important pour moi, d'accord ? Alors… Ne dis pas des trucs comme ça… »

Je le serre davantage contre moi, m'agrippant à lui comme s'il allait s'échapper. Mais au lieu de ça, il reste sans bouger, sans parler. Finalement, je sens ses mains se poser doucement dans mon dos, puis se refermer sur mon t-shirt, tandis que sa tête trouve sa place contre mon épaule.

Nous restons ainsi, en silence. Je sais que demain, il va probablement chercher des excuses pour ça, mettant ça sur le coup d'un moment de faiblesse passager. Je m'en fiche. Pour l'instant, je veux juste le garder tout près de moi, comme ça. Le serrer encore plus fort, jusqu'à étouffer complètement toute sa tristesse, même si ça peut sonner prétentieux de ma part. Je ne sais pas… Je ne supporte juste pas de le voir comme ça. Je veux qu'il s'énerve, qu'il hurle, qu'il envoie balader tous ceux qui disent du mal de lui. Mais je crois que j'ai compris maintenant… En fait, c'est envers lui-même qu'il est le plus en colère.

Et j'aime pas ça.

Doucement, je le fais s'allonger sur le lit, sans toutefois le lâcher, m'allongeant contre lui, posant son front contre ma poitrine. Je ferme les yeux, écoutant uniquement sa respiration apaisée. Au bout d'un moment, j'entends à son souffle qu'il s'est endormi, mais je ne bouge pas, le gardant dans mes bras jusqu'à m'endormir aussi.


Karkat

Je reste complètement abasourdi en sentant sa main s'abattre sur ma joue.
Il me faut bien dix secondes pour que mon cerveau se reconnecte et parvienne à me faire comprendre que oui, c'est bien Egbert, agenouillé devant moi, les yeux brillants de larmes, qui vient de me coller la plus belle BAFFE de toute ma vie.
Woah.

Mais j'ai même pas le temps de comprendre, de questionner, de réagir, qu'il me prend à nouveau par surprise en se collant à moi, les bras enroulés autour de mon cou pour me serrer contre lui.
Mais… qu'est-ce que ?
Euh, quelqu'un peut m'expliquer ? Je capte pas un broc là. Pourquoi est-ce qu'il me frappe… pour ensuite me faire un câlin ? Il a des tendances sado-maso ? Je…

J'arrête mes pensées quand deux choses en simultanées se produisent.
D'abord je sens son étreinte se resserrer encore plus fort autour de mon cou – si c'est possible – et ensuite, là, quelque part tout près de mon oreille, son souffle chaud chatouille mon cou tandis qu'il hurle à plein poumon dans mon tympan.
Aïe.

« Ne… Ne dis jamais ça, tu m'entends ?! Je t'interdis de dire ça ! T'es pour rien dans ce qui arrive, et je suis sûr que ton lusus pense la même chose ! Et même si c'était le cas, personne ne voudrait que tu ne sois jamais né ! T'es… T'es notre ami à tous, et tout le monde s'inquiète pour toi, là ! Et moi… ! »

Il s'arrête un instant, comme hésitant.
C'est vrai, ça, tiens. C'est une bonne question.
Et lui ?
Sa réponse se termine dans un murmure qui résonne pourtant dans l'obscurité de ma chambre, donnant un bon coup de fouet à mon crétin d'organe vital.

« T'es… T'es important pour moi, d'accord ? Alors… Ne dis pas des trucs comme ça… »

Je sens ses bras se resserrer encore plus autour de moi, me plaquer contre lui comme s'il ne voulait plus jamais me lâcher.
C'est étrange. C'est… je ne sais pas. C'est tellement différent de l'étreinte que nous avons partagé, il y a déjà quelques semaines. C'est… plus chaud. Il n'y a pas la passion qui embrasait alors nos mouvements, mais il y a une chaleur, certaine, tangible, différente. Une chaleur qui provient à la fois de ses bras, de son visage niché contre le mien, mais aussi du plus profond de mon ventre.

Personne ne m'avait jamais serré dans ses bras comme ça.
Personne n'en avait jamais eu l'occasion, en fait, tout simplement je pense. Je n'ai jamais craqué comme ça. Devant personne. Mais Egbert m'a surpris tout à l'heure. Je pensais qu'il s'enfuirait, tandis que je criais. Qu'il partirait, qu'il me laisserait seul, comme les autres.
Mais non. Il est là, toujours là. Il est comme un point insistant dans mon champ de vision, qui ne me quitte pas, reste près de moi, s'approche, de plus en plus, encore et encore. Quelque part, ça me fait un peu peur.

J'suis mort de trouille, en fait, ouais.
Mort de trouille parce que je me dis qu'à force qu'il reste près de moi, je risque de m'habituer à lui. Et si un jour il disparait, alors je ne m'en remettrai pas.
Il ne faut pas que je m'attache comme ça aux gens, c'est pas bon. Pas bon pour eux, pas bon pour moi. Je finis toujours par blesser ceux que j'aime.
Pourtant, pour une fois, je n'ai plus envie de penser à ça.

Rien qu'un soir, j'ai envie d'être Karkat, pas le mutant au sang rouge.
Juste Karkat.
Être un peu égoïste, en somme.

Je pousse un profond soupir tandis que je lève mes mains pour les poser dans son dos, sur ses omoplates. D'abord je le fais doucement, puis quand je sens la chaleur de sa peau à travers le t-shirt, je me laisse complètement aller et m'agrippe à lui comme un noyé le ferait à une bouée de sauvetage, nichant ma tête contre son épaule, les yeux crispés contre l'étoffe douce du vêtement.

Pendant longtemps – plusieurs minutes, plusieurs heures ? – aucun de nous ne bouge. Je ne veux pas qu'on bouge. Si on bouge, il va me lâcher, et je serai seul, à nouveau, encore.

Je suis habitué à être seul. Mais parfois, je n'en peux plus. J'aimerais pouvoir me reposer de temps en temps sur une épaule, comme maintenant.
C'est tellement rare que je n'ai plus envie que ce moment s'arrête.
Jamais.

Je frémis en sentant qu'il bouge. J'ai pas envie.
J'ouvre la bouche pour essayer de le convaincre de ne surtout pas me lâcher, que c'est essentiel – vital – mais me tais en comprenant son intention.
Il ne veut pas me lâcher, il veut qu'on s'allonge.
Pourquoi est-ce que… ?

Oh.
Il vient de poser sa main sur une de mes tempes.
Et là ma tête vient de se poser contre lui. Contre son torse, si j'ai bien suivi la manœuvre.

Qu'est-ce que…

Oh…
C'est son cœur, qui bat comme ça ?
C'est doux, comme son. Apaisant. On dirait… comme une musique, toute douce, qui fait écho aux cognements dans ma poitrine.
Je cale un peu mieux ma tête contre lui, l'oreille sur son cœur, les yeux fermés.
C'est agréable d'écouter le cœur de quelqu'un.

On dirait une sorte de berceuse…

...

Lorsque j'ouvre les yeux, je peine à comprendre ce que je fais là.
Enfin, par là, j'entends surtout, couché dans mon lit, avec la tête posée sur quelque chose de chaud, les jambes entremêlées dans d'autres jambes, le bras enroulé autour d'un torse.

Torse sur lequel ma tête est posée.

Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
J'hume à fond, le plus discrètement possible, l'odeur qui m'entoure.
Impossible de se tromper.

Je fronce les sourcils intérieurement.

Quelqu'un peut-il diable m'expliquer ce que je fabrique, allongé dans les bras d'Egbert ?!

Avant qu'une quelconque personne – qu'est-ce qu'elle foutrait là, de toute façon – ne puisse ouvrir une bouche pour expliquer, le centre névralgique de ma mémoire me fait signe élégamment et me balance sans aucune délicatesse tous mes souvenirs dans la gueule.

Aïe.
Je sens le rouge me monter aux joues en un éclair.
Putain.
De.
Bordel.
De.
Merde.

Je voudrais bouger, mais j'ose pas.
Genre, vraiment, vraiment pas.
Son cœur est encore totalement calme, en tout cas bien plus que le mien – qui actuellement doit tenter de battre des records de vitesse. Il est certainement encore endormi.

Je reste de très, très longues minutes sans bouger, à juste écouter sa respiration et le rythme tranquille des « bo-boum, bo-boum, bo-boum… », de peur de le réveiller.
Quand enfin je suis certain que je ne l'ai pas réveillé en bougeant et qu'il a bien le sommeil aussi lourd que je le pensais, je lève très, très lentement la tête.

La nuit est tombée, mais nous – je – n'avons pas dormi très longtemps. Mon réveil affiche à peine 23h.
Je pousse un soupir aussi silencieux que possible quand mon regard se pose sur le visage de mon crétin préféré – à ce stade, autant l'avouer. Il s'est encore endormi avec ses lunettes.
Dégageant très délicatement un de mes bras, je tends la main vers la monture, l'attrape du bout des doigts en faisant attention à ne pas trop les laisser trainer sur les verres et tire doucement. Lorsqu'elle est enfin en ma possession, faute de ne pouvoir vraiment bouger – en même temps, je suis un peu emmêlé dans ses bras, c'est qu'il me tient bien le bougre – je décide de la poser délicatement près de mon oreiller.

Après ça, satisfait, je repose la tête contre le cœur de mon compagnon.
Qui ne tarde pas à bouger à son tour.
Gloups.
Fermant les yeux aussi fort que je le peux, je m'immobilise presque, osant à peine respirer. Pourvu que ce soit pas moi qui l'ai réveillé, pourvu que ce soit pas moi qui l'ai réveillé… !

Les yeux fermés, les oreilles aux aguets, je suis à l'affut du moindre petit indice sur ce qu'il pourrait être en train de faire.
Je l'entends souffler un peu fort – la surprise de se retrouver là ? t'inquiète, je comprends – puis un deuxième souffle un peu après… cette fois-ci, un soupir.
Soupir de quoi, exactement ?
Rah, ça m'énerve de ne pas sav…


Pourquoi… pourquoi est-ce qu'il est en train de caresser mes cheveux ?
Non, mais je déconne pas hein. Il est en train de passer sa main dans mes cheveux avec… … douceur ?
Non, c'est plus que de la douceur.
De la tendresse.

Il arrête pourtant bien vite, et je comprends à ses battements de cœur qui s'accélèrent presque autant que les miens tout à l'heure qu'il doit être gêné.

Même bigrement gêné.

Pendant plusieurs minutes, aucun de nous ne bouge – lui certainement de peur de me réveiller, moi de peur de lui montrer que je le suis déjà.
Pourtant…
Pourtant il est en train de me lâcher doucement, je le sais. Il ne peut pas vraiment partir parce que je suis couché à moitié sur lui et que je sais me faire très lourd si j'en ai envie, mais… mais il pourrait décider de sacrifier quand même l'apparent sommeil dont je dispose pour s'en aller.

Et…
Et je veux pas.
Surtout pas.

Pas maintenant.
La sensation du noyé accroché à sa bouée que j'avais avant de m'endormir me revient en pleine figure, me frappant avec toute la force de la réalité qu'elle contient.
Je ne veux pas qu'il parte.
Il faut qu'il reste.
J'ai besoin qu'il reste.

Je serre lentement mon poing sur son t-shirt, enfonçant un peu mon nez contre son torse.

Je sens sa respiration se figer, puis reprendre, lentement, avec comme une lueur d'espoir dans la voix. Espoir de quoi ?

« Karkat… tu dors ? »

Je ferme les yeux, baisse encore un peu la tête, respire à fond.
Je n'arrive pas à croire que je vais dire ce que je vais dire.
J'arrive pas à le croire.
Vraiment.

« Je… »

Je resserre encore un peu ma poigne sur son t-shirt, me niche un peu plus contre lui, me concentre sur le bruit de son cœur tandis que je prononce des mots qui font brûler mes joues aussi sûrement que de la lave en fusion.

« John… pars pas. S'il te plait. »


John

Je me réveille en pleine nuit et il me faut quelques secondes pour me rappeler ce que je fiche ici, avec Karkat dans mes bras. Dès que mes souvenirs me reviennent, j'arrête de bouger, peu désireux de réveiller le troll. Je reste immobile quelques secondes avant de me remettre à respirer à peu près normalement.
Je ne peux retenir un petit sourire de se dessiner sur mes lèvres en voyant Karkat, agrippé contre moi comme un bébé koala. Je sais que je ne devrais pas penser ça, et encore moins maintenant, mais il est quand même assez mignon, là. Je laisse ma main se glisser entre les mèches de ses cheveux, caressant doucement sa tête, comme pour apaiser son sommeil. Un instant, je me dis que ce serait vraiment bien de pouvoir rester comme ça tous les soirs. Juste nous deux, dans les bras l'un de l'autre. Enfin, là mes vêtements me gênent, et Karkat m'écrase un peu en fait, mais…


Une seconde, je suis en train de faire quoi, là ?

Je retire rapidement ma main de ses cheveux, tandis que mes joues s'embrasent. Pourquoi… Mais pourquoi j'ai fait ça, moi ? Je dois pas être bien… Je dois vraiment pas être bien.

Et pourtant, avoir Karkat à côté de moi comme ça, pouvoir le serrer dans mes bras… Sentir son souffle chaud sur ma poitrine, ses mains sur mon dos… Je sais pas. J'aimerais le garder contre moi comme ça pour toujours, pouvoir le réconforter à chaque fois que ça ne va pas, être là quand il a besoin de moi. Bien sûr, ça vaut aussi pour mes autres amis, je veux pouvoir les aider s'il leur arrive un truc, mais… avec Karkat, c'est spécial.

C'est pas pareil. C'est plus fort.
J'ai encore un peu du mal à cerner ce que c'est, ce que j'avais voulu dire plus tôt mais qui m'avait échappé lorsque j'avais voulu mettre un nom sur ce sentiment.

Mais revenons au moment présent… Karkat n'a pas l'air de bouger, est-ce qu'il dort toujours ? J'ai le cœur qui cogne contre ma poitrine, et impossible de le calmer maintenant. Je n'ose pas bouger d'un millimètre, de peur de le réveiller, mais au bout d'un moment – bon sang, stupide cœur, tu vas finir par te calmer, oui ?! – je commence à avoir des fourmis dans mon bras, passé autour de lui. J'essaie de bouger le plus lentement possible, pour me dégager à peine un peu de son étreinte.

Mais soudain, les mains du troll dans mon dos se resserrent, ses bras m'attirent un peu plus vers lui. Oh non, je l'ai quand même pas réveillé, si ? Ou alors il bouge pendant son sommeil ?

Je me dis qu'en fait, s'il est conscient en faisant ça, ce serait peut-être mieux. Ça voudrait dire qu'il veut que je reste, qu'il a besoin de moi. Que j'ai réussi, ne serait-ce qu'un peu, à le réconforter, à prendre un peu de sa tristesse. Peut-être aussi, qu'il est heureux que je sois avec lui, autant que j'apprécie de l'avoir contre moi en ce moment, malgré les circonstances.

Je déglutis, n'ose pas trop parler, mais finalement je murmure, le plus bas possible :

« Karkat… tu dors ? »

Il me répond tout aussi doucement, se rapprochant encore plus de moi, appuyant doucement sa tête contre ma poitrine, son souffle traversant les fibres de mon t-shirt pour venir réchauffer ma peau. Je retiens ma respiration alors qu'il prononce ces mots qui semblent figer le temps – à moins que ce ne soit mon cœur qui se soit finalement arrêté de battre, ces quelques centièmes de seconde où je l'entends m'appeler, pour la première fois, par mon prénom.

« John… pars pas. S'il te plait. »

Le ton de sa voix me brise le cœur en même temps qu'il le réchauffe.
Karkat veut que je reste.
Ça veut dire qu'il va mal.
Qu'il va vraiment, vraiment mal.

Mais…
Pourquoi je peux pas empêcher une partie de moi d'être un peu – juste un tout petit peu – content ?

Je resserre mon étreinte, plus fort encore qu'avant.

« Je suis là, je murmure. Je m'en vais nulle part. »

Il reste un moment sans bouger, et finalement ses mains crispées sur mon t-shirt se relâchent, tandis que je l'entends pousser un long soupir – de soulagement ?
J'attends encore un peu qu'il se soit calmé pour ajouter, timidement :

« Mais ce serait pas très bien de dormir tout habillés. On se lève juste le moment de mettre un pyjama, d'accord ? »

Il hésite un peu puis hoche doucement la tête sans la relever vers moi, tandis qu'il desserre ses bras pour me laisser me relever. Me libérant quelques pénibles instants de sa chaleur, je me dirige vers son armoire pour tâtonner, dans le noir, à la recherche de ce qui pourrait ressembler à un pyjama. Je finis par trouver quelque chose, mais soupire doucement.

« Pourquoi je trouve que des bas de pyjama ? Tu les ranges où tes hauts ?
- J'en mets pas, répond-il tout doucement. Trop chaud sinon. »

Je soupire une nouvelle fois avant de déposer un pantalon en toile sur ses genoux, puis de me tourner et commencer à me changer, un peu gêné de faire ça avec Karkat juste derrière moi, même s'il fait sombre. Je retire rapidement mon t-shirt avant d'attraper un sweatshirt dans son armoire et de l'enfiler par-dessus ma peau nue. Je risque d'avoir un peu chaud avec ça, mais je serais trop gêné de dormir torse nu avec Karkat à côté… À nouveau.

Surtout que lui aussi est torse nu, du coup.
Je déglutis en revenant vers lui, les joues en feu. Il détourne le regard, apparemment tout aussi gêné que moi, mais ne fait rien pour me rejeter. C'est même plutôt le contraire, il semble attendre ma présence. Je ne le fais pas patienter plus longtemps et me rallonge en silence à côté de lui, passant un bras autour de sa taille. Il hésite un peu au début, puis finit par faire de même, et revient se nicher contre moi, sa joue posée contre ma poitrine.

Il faut une bonne dizaine de minutes au moins à mes joues pour refroidir et à mon cœur pour se calmer totalement, après quoi le sommeil ne tarde pas à m'envahir. Une fois qu'on est habitué, c'est vraiment apaisant d'être allongé comme ça, dans les bras de Karkat, à écouter sa respiration calme…


Pourvu que cette nuit ne finisse jamais.

...

...


Note d'Aku : Et voilà, juste quand les choses commencent à s'améliorer : coup de théâtre et revirement dramatique. On est méchantes, hein ? (Comment ça surtout moi ?) Ce chapitre est un peu plus court que les autres, mais bon, j'espère qu'il vous aura plu.
Une petite review ? :3