Curiosity Killed the Karkat

Partie 9

...

John

Le voyage en train est passé assez vite, finalement.
Enfin, c'est surtout que j'ai dormi presque tout le long, bercé par les légères secousses du train et par la musique de Karkat.

Une fois en ville, je suis mon ami de près. Je n'aimerais pas me perdre dans une ville inconnue, mais surtout, j'ai le sentiment qu'il a besoin que je sois là avec lui. C'est peut-être juste moi qui me fais des idées, Karkat n'est pas si fragile… Quoique, des fois je me le demande. Hier soir, j'avais vraiment l'impression qu'il se briserait totalement si je le laissais seul. Il agit toujours comme s'il était fort, comme s'il n'avait besoin de personne, mais je crois qu'il a juste peur de faire confiance aux gens.

Oui… En y repensant, c'est peut-être ça que j'espérais en le serrant dans mes bras. Qu'il puisse me faire confiance, venir me voir quand ça va mal, me faire part de ses émotions et de ses doutes sans rien me cacher. S'il pouvait me voir comme ça, je pense que je serais vraiment heureux.

Et… C'est peut-être un peu égoïste, mais… Si je pouvais être spécial pour lui, être la personne sur qui il puisse compter le plus…

...

Nous arrivons enfin devant l'hôpital après quelques minutes de marche. Dès la porte d'entrée passée, je vois le dos de Karkat se crisper tandis qu'il s'immobilise. Aussitôt, j'attrape sa main et la serre dans la mienne, lui rappelant doucement qu'il n'est pas tout seul. Il me jette un regard mécontent, mais son entêtement ne tarde pas à se désagréger lorsqu'il comprend que je ne le lâcherai pas. Je lui souris tendrement, serrant un peu plus sa main tremblante dans la mienne.

Il reste tendu tout le long du trajet jusqu'à la chambre de son lusus, sa main toujours dans la mienne tandis que je le suis à travers les couloirs blancs de l'hôpital. Une fois devant la porte, je le sens hésiter, et essaye de lui donner un peu de courage en lui souriant.

Il finit par entrer, fait quelques pas vers son lusus avant de s'arrêter. Je le vois trembler d'ici à la vue de son gardien, et l'appeler d'une voix brisée, comme un enfant. J'observe la réunion familiale avec émotion, même si je me dois de faire une petite parenthèse.

Son
tuteur
est un
crabe
géant.

...

...

...

Parenthèse faite, je regarde Karkat s'agenouiller devant le lit où repose son lusus, et je me retiens d'accourir vers lui lorsqu'il se met à fondre en larmes. Ma poitrine se serre à m'en faire mal lorsqu'il s'excuse, ses mots imbibés des larmes rouges que je peux voir couler d'ici sur ses joues et qu'il essaye tant bien que mal d'essuyer. Mais rapidement, son tuteur lève sa pince blessée et la dépose délicatement sur l'épaule du garçon, qui s'arrête presque aussitôt de pleurer pour relever la tête vers lui.

C'est moi, à présent, qui risque de pleurer à chaudes larmes devant la petite scène de plus en plus émouvante : Karkat qui laisse couler ses larmes sur l'épaule – la carapace – de son lusus, et ce dernier qui le réconforte comme un père aimant. C'est au moins aussi beau que la fin de Con-Air. Je ne peux m'empêcher de sourire en les voyant ainsi tous les deux.

Après un moment, Karkat se tourne vers moi et me fait signe d'entrer pour me présenter à son « papa crabe » (au passage je sais pas si c'est un surnom ou pas, mais sorti de la bouche de Karkat c'est tout simplement a-do-rable). J'avance dans la pièce, soudain assez nerveux. Faut dire, outre le fait, je le précise à nouveau, que je suis en train de parler à un énorme crabe humanoïde plutôt effrayant, c'est aussi le tuteur de Karkat… J'sais pas, ça me met un peu mal à l'aise. J'ai l'impression d'être le petit ami qu'on présente à son père, et d'attendre le verdict sur son opinion de moi – et les pinces tranchantes ne sont pas là pour me rassurer.

Je prends une grande inspiration – calme-toi, John ! Et puis c'est quoi cette métaphore de petit ami ?! N'importe quoi ! – et bafouille quelques mots devant le lusus, qui me fixe un bon moment, avant de me répondre par une série de bruits de claquements de mâchoire et de pinces.

« Il te dit bonjour, traduit Karkat. Je crois qu'il est heureux de te rencontrer. »

Je pousse un petit soupir de soulagement en entendant ça, et réponds par un grand sourire.

Nous restons un long moment dans la chambre d'hôpital, et je ne peux pas m'empêcher de sourire en voyant Karkat s'occuper de son lusus, lui hurlant tantôt dessus pour le forcer à prendre ses médicaments (c'est qu'il a pas un caractère facile, le Papa Crab'… maintenant je vois d'où Karkat tient ça !), et se faisant tantôt consoler comme un petit garçon inquiet. On ne voit pas trop le temps passer et lorsque l'infirmière arrive pour nous faire partir à la fin de l'heure des visites (et je sais pas si vous avez déjà essayé de tenir tête à une infirmière troll, mais en tout cas moi j'en n'avais pas la moindre sorte d'envie, surtout qu'elle avait l'air encore pire que notre bibliothécaire au lycée, si c'est possible), je réalise que la nuit est tombée.

Et aussi, qu'on n'a pas du tout prévu quoi faire après.

« Euh… et maintenant ? Je demande timidement.
- On va chez moi.
- Ch-chez toi ? »

Mes joues se colorent alors que je fixe Karkat avec surprise. C'est vrai que… En fait, il doit habiter dans le coin. J'avais pas du tout pensé à ça, et je m'attendais certainement pas à visiter la maison de Karkat un jour – et encore moins aujourd'hui.

« Bah oui, chez moi, soupire Karkat. Qu'est-ce qui t'étonne ? Il est trop tard pour reprendre un train, donc on va passer la nuit chez moi. Un problème avec ça ?
- Non, non, c'est juste…
- Juste quoi ?
- Ben… je sais pas, me dire que je vais découvrir ta maison, là où tu as grandi… ça fait un peu bizarre. »

Je détourne un peu le regard, gêné. Je me demande à quoi elle ressemble, sa maison… J'ai jamais vu une maison de troll, en fait, quand j'y pense. Bon, ça doit pas être trop différent des nôtres. Quoique… Il vit quand même avec un crabe. Hahaha.

...

Au final, à part une architecture un peu douteuse, la maison de Karkat n'est pas si étrange. Un peu vide, peut-être, mais ça change de chez moi, avec tous ces clowns – je veux dire, ces arlequins – que mon père collectionne…
Karkat me fait rapidement visiter. Je passe en me retenant de rire devant son frigo où un dessin de son lusus est accroché. C'est mignon. Karkat me tuerait si je lui en faisais la remarque, mais c'est mignon.

Après nous être mis en pyjama et avoir installé un sac de couchage pour moi, on mange devant un film. Il est très bien ce film d'ailleurs, je comprends pas pourquoi Karkat l'avait rangé tout au fond de son étagère. La pizza terminée, je continue de regarder, pris dans l'histoire. C'est au bout d'un moment quand, voulant faire un commentaire sur une des scènes-clé du film, je me tourne vers Karkat, que je remarque que ce dernier était en train de me fixer moi au lieu de l'écran d'ordinateur. Je réalise surtout qu'il est tout près, vraiment très près, avec sa manie de ne jamais porter de haut de pyjama.

À peine son regard croisé, j'oublie immédiatement ce que j'avais voulu dire, oubliant jusqu'au film qui est pourtant toujours en train de tourner. Mon regard passe de son visage à son torse, ne sachant pas trop où l'arrêter, trop attiré par l'un et l'autre.

Je le vois avancer doucement une main vers moi, la suis du regard sans comprendre, jusqu'à ce qu'elle vienne se poser sur ma joue, sa chaleur provoquant sur ma peau comme un frémissement de plaisir. Il ouvre la bouche, et mon regard ne parvient pas à se détacher de ses lèvres qui remuent doucement tandis qu'il s'adresse à moi.

« Je… tu… Merci, d'avoir fait tout ça. Vraiment, merci. C'est… enfin, c'est plus que tu l'imagines, tu sais. »

Je sens ma respiration se faire plus lente, comme pour mieux percevoir chaque mot que Karkat chuchote. J'entends toujours le film derrière, mais c'est devenu un bruit de fond, je ne saurais même pas dire s'il s'agit de musique ou de paroles. Il me faut un moment pour comprendre que c'est à moi que Karkat s'adresse, et aussi ce qu'il me dit. Avant qu'il ne parle, j'avais cru qu'il allait…


Peu importe.

Je lui souris, sincèrement heureux à ses paroles. Je ne sais pas ce qui me réjouit le plus : avoir pu l'aider, ou ces mots de remerciement qu'il vient de m'adresser. Peut-être la combinaison des deux.

« De rien, Karkat, je lui réponds. Ça me fait plaisir que tu sois heureux. »

Il me sourit à son tour, un peu timidement, mais un sourire quand même, qui me réchauffe la poitrine. C'est vraiment étrange qu'un simple sourire puisse faire autant d'effet, quand on en voit pourtant des centaines d'autres tous les jours sans que ça ne nous fasse rien. Mais je comprends, maintenant. C'est parce que c'est Karkat. Parce que c'est lui, et qu'il me sourit à moi. Parce que c'est jamais pareil au final quand il s'agit de lui, et que je veux pas que ça soit pareil. Et ce sourire-là, il est rien que pour moi, et j'ai bien l'intention de le graver dans ma rétine pour ne jamais l'oublier.

Je ne cherche pas à bouger quand il se rapproche de mon visage ; en fait, je l'attends même avec impatience. Tous mes muscles se détendent à l'instant où ses lèvres atteignent enfin les miennes, à l'exception de ce crétin de cœur qui ne s'habituera jamais, et qui bat aussi fort que la première fois que Karkat m'a embrassé.

Mais ce baiser-là n'a rien à voir avec le premier. Je le sens à sa façon de caresser mes lèvres, de poser doucement ses crocs dessus sans chercher à me faire mal. Je pose une main sur son bras pour l'attirer un peu plus à moi, ouvre davantage la bouche pour l'inciter à approfondir le baiser, cherche sa langue de la mienne et la trouve aussitôt. Lui, laisse glisser sa main le long de ma joue, descendant jusqu'à mon épaule, s'attardant un peu sur mon cou alors que son autre main caresse les mèches de cheveux tombant sur le bas de ma nuque, m'arrachant un gémissement qui se perd dans sa bouche.

Je le surprends en posant ma main libre sur son épaule, le faisant basculer tout en douceur pour l'allonger sur le lit, au-dessus de moi. Je rouvre les yeux en faisant ça, jetant un bref coup d'œil vers l'écran d'ordinateur, qui affiche le générique du film. J'ai raté la fin. Peu importe. Je ne me souviens déjà plus de l'histoire.

Karkat lâche mes lèvres l'espace d'une seconde, pour respirer, ou me laisser respirer ; mais cette fois, c'est moi qui vais à leur encontre, peu disposé à les laisser s'éloigner des miennes plus longtemps. Je les mordille doucement à mon tour, forçant Karkat à rouvrir la bouche. Je m'arrête en touchant une de ses canines du bout de ma langue et frémis en en sentant le tranchant, mais ne peux m'empêcher de m'y attarder un moment.

Je ne sais pas combien de temps on reste là à s'embrasser. Pas assez longtemps, en tout cas. Pourtant, c'est moi qui interromps le baiser, saisissant Karkat par les épaules pour le faire se reculer. Il laisse échapper un grognement frustré, et je dois faire un grand effort pour résister à la tentation de le laisser se rapprocher. J'aimerais l'embrasser plus, sentir encore son corps contre moi, mais je sens qu'il faut que je l'arrête avant de ne plus en avoir la force. Avant qu'on aille trop loin… parce que je l'aurais laissé faire. Pas la peine de me le cacher à ce stade. Pas la peine non plus de me cacher le fait que j'en aie envie.

Mais pas là. Pas comme ça. Pas sans savoir, sans être sûr…

Et je le regrette déjà en voyant ses yeux qui commencent à s'éloigner, à regarder ailleurs, n'osant plus fixer les miens. Je sais qu'il saura pas quoi répondre, et on va finir la soirée gênés, sans oser se parler ou se regarder, et demain on saura probablement pas quoi se dire non plus, mais tant pis : je lui demande quand même.

« Pourquoi tu m'as embrassé ? »

J'avais raison de penser que ça le gênerait. Aussitôt ma question posée, il semble se figer sur place, avant de se reculer pour finir assis au bout du lit. Je me redresse aussi pour être à la même hauteur, et le regarde sérieusement tout en m'expliquant.

« Tu avais dit que tu me détestais… Tu penses toujours la même chose, maintenant ?
- Hein ? Qu'est-ce que tu… ? »

Je soupire, baissant les yeux. Mes joues brûlantes, je fixe les draps du lit, évitant le regard de Karkat, que j'imagine perdu. Je prends une grande inspiration pour essayer de me calmer avant de continuer :

« Je veux juste savoir ce que tu penses de moi. Et… Et sans ces histoires de kismesis, ou de moitiesprit, ou je ne sais quoi ! »

Je marque une petite pause, plus trop sûr de ce que je voulais dire. Je garde la tête baissée, n'osant pas croiser son regard, même si ça me tue de ne pas savoir quelle expression est affichée sur son visage en ce moment.

Je pige toujours pas totalement ces histoires de romance rouge ou romance noire, mais sincèrement je m'en fiche. Je veux pas de ça, c'est ça que j'essaie de dire à Karkat, même si je suis pas sûr qu'il me comprenne. Je veux pas d'un concept aussi basique, qu'on peut résumer à un seul de ces stupides quadrants.

« Moi, je… Karkat, je… »

Je m'arrête, incapable d'aller plus loin. Me relevant, je le laisse seul sur son lit, et vais me cacher sans attendre dans le sac de couchage installé par terre sans jeter un seul regard au jeune troll.

J'arrive pas à croire que j'ai dit ça.
Et que j'ai failli dire ça.

Je reste sans bouger, essayant sans m'en rendre compte de ne pas respirer trop fort, jusqu'à ce que j'entende finalement Karkat se mettre dans son lit après plusieurs minutes de silence. Une fois sûr qu'il n'a pas l'intention de se relever, je me détends un peu, fermant les yeux, même si je n'arriverai probablement pas à dormir avant un bon moment.

Je sais même pas à quoi je m'attendais, au juste. J'aurais peut-être dû me taire. Maintenant, je suis mort de trouille. Je sais même pas s'il voudra m'adresser la parole demain, ni si j'oserai lui parler de mon côté.

Mais bon, on pouvait pas vraiment rester comme ça de toute façon, si ? En tout cas, moi, je peux pas. Pour ça que je devais lui poser la question. Faut que je sache ce qu'il pense de moi… Même si je sais qu'il me répondra pas, en tout cas pas comme ça, il est trop fier pour ça. Et même si j'ai super peur d'entendre sa réponse.

Avec un peu de chance, il fera comme si de rien n'était demain. Comme si on n'avait rien dit, comme si on n'avait rien fait. Et ce sera pas plus mal. Pour l'instant, en tout cas…

...

Finalement, j'aurai quand même un peu dormi ; mais pas beaucoup.

J'ai l'impression que Karkat est dans le même cas, vu les cernes qu'il a sous les yeux – sous-entendu encore plus que d'habitude. Je n'ai pas osé lui parler, lâchant juste un petit « bonjour » en me levant, auquel il a répondu par un hochement de tête gêné. On a pas trop traîné chez Karkat, juste le temps de ranger un peu et de nous rhabiller, puis on est allés prendre notre petit déjeuner à la gare parce qu'il n'y avait rien à manger chez lui – rien, à part un frigo rempli d'œufs de poisson. J'vous ai dit que son tuteur était un crabe géant ? Même malgré les circonstances et la situation plus que gênante, je peux pas m'empêcher de rire intérieurement à chaque fois que j'y repense.

Bref, après ça on n'a pas eu beaucoup à attendre avant que notre train n'arrive. Cette fois, avant de partir, on a quand même fait un petit tour dans la presse de la gare. Je me suis acheté un magazine, et Karkat des grilles de mots croisés. Les premières heures de train s'écoulent dans un silence total. Je lis et relis ma revue sans trop d'intérêt. Faut dire que j'ai autre chose en tête, là. Je jette parfois des petits coups d'œil en direction de Karkat, mais n'ose pas lancer la conversation.

Finalement, je pose le magazine sur mes genoux et tourne ma tête vers la fenêtre, observant le paysage.

Il me faut deux bonnes minutes avant de réagir. Et d'ouvrir grand mes yeux et ma bouche d'émerveillement.

« Il neige ! »

Je me tourne vivement vers Karkat, oubliant totalement l'atmosphère tendue d'il y a quelques secondes, lui attrapant le bras en désignant la fenêtre pour le faire réagir.

« Karkat, regarde ! Il neige ! »

Il regarde à travers la vitre les flocons blancs tomber à foison, balancés par le vent, quelques-uns venant se déposer sur la fenêtre du train pour fondre aussitôt au contact du verre, laissant des petites gouttes d'eau sur elle.

« Ouais, c'est cool, dit-il simplement.
- Quoi, ça te fait rien de plus que ça ?!
- Je vois pas pourquoi je m'emballerais pour trois flocons qui tombent dehors.
- Oh, t'es pas drôle ! »

Je le laisse dans son coin, collant mes deux mains à la vitre pour observer le paysage. S'il continue de neiger comme ça, on pourrait même avoir de la neige pour Noël. On pourra faire des batailles de boules de neige, et tout !

Je frétille d'impatience à cette idée.

Les années passées, comme ça tombait toujours pendant les vacances, je n'avais jamais personne d'autre que Jade pour jouer avec moi dans la neige. On s'amusait bien, mais je regrettais toujours de pas avoir d'autres amis pour jouer avec moi. Dave et Rose habitaient tous les deux très loin – en fait, avant d'entrer au lycée, je les avais jamais rencontrés en vrai, on s'était seulement connus via pesterchum – et il n'y avait pas beaucoup d'autres enfants dans notre quartier.

Du coup, je suis vraiment content de m'être fait autant d'amis cette année.

Je pose mon front contre la vitre glacée en souriant. Ce Noël va être super. On va s'échanger des cadeaux, on fêtera le réveillon tous ensemble… Oh, on pourrait même se passer quelques films mythiques pendant la soirée ! Oui, vraiment, ce sera génial.

Je regarde discrètement le reflet de Karkat dans la vitre, mes joues prenant une teinte rosée. Je me demande si j'arriverai à lui dire, ce que j'ai voulu dire hier soir. Je me demande comment il réagirait, aussi.

Il me hurlerait peut-être dessus.

Ou alors il s'enfuirait.

Je sais pas, je veux pas trop y penser. J'ose pas y penser. J'attendrai que Noël soit passé, qu'on puisse fêter ça tous ensemble, sans penser à autre chose. Je veux pas gâcher le réveillon avec tout ça. Demain, j'irai acheter le cadeau de Karkat. J'ai déjà une petite idée de ce que je veux lui offrir, à présent.

Je passe le reste du voyage à rêvasser, le front collé à la vitre, regardant les flocons de neige défiler à toute vitesse. Je ne tarde pas à m'endormir, fatigué d'avoir si peu dormi la nuit passée.

J'ai hâte que Noël arrive…


Karkat

Je pensais que John se statufierait à ce baiser.

Je me suis trompé. C'est même plutôt moi qui suis surpris un instant, en le sentant répondre avec douceur, pressant ses lèvres contre les miennes. En le sentant s'abandonner doucement au baiser, cherchant lui-même à l'approfondir. Comprenant que ce genre de chose est un peu trop rare pour être gâché, j'obéis bien volontiers à sa demande et caresse sa langue de la mienne, tandis que mes mains partent jouer dans son cou, son dos et ses cheveux.


Il devrait éviter de gémir comme ça.
C'est bizarre, mais ça me fait presque… presque le même effet que quand il tripotait mes cornes, l'autre soir. Quand j'entends ce genre de son sortir de sa gorge, j'ai une envie irrépressible de lui sauter dessus sans préavis.
Il devrait aussi éviter de prendre tant d'initiatives, comme celle de sciemment me faire basculer au-dessus de lui.

Je suis tenté un instant de délaisser ses lèvres, histoire de lui demander s'il sait vraiment ce qu'il est en train de fabriquer là – ou, plus exactement, dans quoi il se lance –, mais il me fait taire de la plus douce des façons, ses lèvres à nouveau plaquées contre ma bouche, sa langue caressant une de mes lèvres. J'abandonne mon cerveau sur le bord du lit tandis que je sens ses dents me mordiller doucement. Un gémissement se perd entre ma gorge et ses lèvres quand je le sens caresser une de mes canines du bout de la langue.

Bon sang…

J'ignore combien de temps peut bien s'écouler, perdu sans mon cerveau, avec pour seul point de repère sa bouche contre la mienne, ses mains accrochées à mon dos. J'en suis à glisser mes mains sous son pull pour goûter à nouveau à la douceur de sa peau, quand je sens une des siennes appuyer contre mon épaule pour me repousser doucement.
Je lâche un grognement de frustration qui a l'air de faire vaciller sa détermination. Pas assez pour me laisser recommencer à l'embrasser, malheureusement.

Il fixe ses prunelles dans les miennes, et là, mon cerveau se reconnecte. Je sens mes joues brûler comme le putain de brasier qui habitait mon ventre à peine quelques secondes auparavant. Je détourne le regard, incapable de soutenir le sien. J'en suis à prier pour qu'il fasse comme l'autre matin et qu'il me dise qu'on n'a pas besoin d'en parler.

Loupé.

« Pourquoi tu m'as embrassé ? »

Je rentre encore plus la tête dans les épaules. Je m'y attendais, à celle-là. Enfin, plutôt… non, je ne m'y attendais pas, mais je la redoutais.
C'est pas très agréable là, j'ai l'impression que je vais me transformer en brasier vivant. Me mordant une lèvre, je prends conscience que je suis quand même à moitié étalé sur lui, et recule donc doucement pour aller m'asseoir au bord du lit, loin de lui, de sa peau douce, de ses yeux brillants et de ses lèvres…

RAAAHHH ! Arrête de penser à ça, débile !
Tu vas lui ressauter dessus sinon…
Je sens au froissement du lit qu'il s'est rassis pour être à la même hauteur que moi. Je l'en remercie en pensée, il ignorait certainement à quel point c'était tentant de faire bien des choses, en le voyant ainsi couché sur mon lit.
J'arrête immédiatement de le remercier, par contre, quand j'entends sa voix reprendre la phrase qu'il avait abandonnée quelques minutes auparavant.

« Tu avais dit que tu me détestais… Tu penses toujours la même chose, maintenant ?
- Hein ? Je réponds, abasourdi. Qu'est-ce que tu… ? »

Mais… pourquoi il soupire ? Qu'est-ce… qu'est-ce que j'ai fait ? Ou pas fait ? Ou mal fait ?

J'suis complètement paumé. C'est vraiment super dur à suivre, un humain, j'y crois pas. J'essaye d'imaginer une quelconque réponse, mais il ne m'en laisse pas le temps, inspirant à fond avant de continuer, la voix… tremblante ?

« Je veux juste savoir ce que tu penses de moi. Et… et sans ces histoires de kismesis, ou de moitiesprit, ou je ne sais quoi ! »

Je…
Comment ça, sans histoires de kismesis ou de moitiesprits ?
Je…. Mais il veut que j'explique quoi alors ? Je ne comprends pas. J'ai jamais… …

Je comprends pas. Genre, vraiment pas. Ça me fait complètement bugguer, son délire. Qu'est-ce qu'il veut, au juste ? Qu'est-ce qu'il attend, s'il ne veut pas de quadrants ?

« Moi, je… Karkat, je… »


Il quoi ?
Pourquoi il s'est arrêté ? Qu'est-ce qu'il a voulu dire, exactement ? Qu'est-ce…

Merde, voilà qu'il se couche. Chier. J'aurai vraiment gâché la soirée jusqu'au bout, pas de doutes. Je l'observe s'enfiler dans le sac de couchage dans lequel j'ai dormi pendant des années quand j'étais plus jeune, lorsque Papa Crab m'emmenait en camping. Heureusement qu'il est un peu plus petit que moi, sinon il aurait été trop grand pour le sac de couchage, j'imagine. Là, je ne vois que la masse de cheveux noirs coiffés avec un pétard qui dépasse de la couche, puisqu'il me tourne ostensiblement le dos.

Je reste un long moment à observer cette masse dans laquelle je glissais mes doigts quelques minutes avant, appréciant leur douceur sans pareil.
Qu'est-ce que je pense de lui ?
Pourquoi je l'ai embrassé ?

C'est des bonnes questions, je suis bien obligé de l'avouer. Le genre de questions qu'en général, j'évite de me poser. Parce que je ne sais pas quoi répondre, ou parce que la réponse est bien trop embarrassante.
Pourquoi je l'ai embrassé ?
Parce que j'en mourrais d'envie. Voilà tout. Parce que quelque chose au fin fond de mon cerveau de dégénéré a décidé de ne pas écouter la voix de la raison qui disait que ça ne se fait pas, pas comme ça, pas avec quelqu'un que l'on est censé détester ou au moins ne considérer que comme un ami.
Parce que ce quelque chose a décidé de prendre le pas sur tout le reste, en me criant que quelque part, je n'ai besoin que de ça. De ce regard bleu qui me dévisage avec tendresse, de ma main dans ses cheveux, de mon bras autour de sa taille.
De mes lèvres contre les siennes.
Parce qu'au fond…

Je pousse un profond soupir en comprenant où mon cerveau essaye de partir délirer, et me collant une ou deux baffes mentales pour le remettre à sa place, je me glisse dans les couvertures et pose la tête sur l'oreiller, mon regard toujours rivé sur la tête de cet abruti, qui dépasse du sac de couchage.
C'est horrible.

Mon oreiller a son odeur.
Comment je suis censé dormir, maintenant, hein ?!

Je pousse un second soupir, tandis que je détaille la courbe de sa nuque.
Visiblement, il ne dort pas encore. Mais je sais qu'il ne parlera pas. Et moi non plus. On est tous les deux, là, comme des cons, à ne pas savoir que dire, que faire pour réagir à ce qu'il vient de se passer.
Même si personnellement, je ne voudrais pour rien au monde qu'on efface ça.
Un de ses baisers vaut bien un siècle de gêne et d'embarras.

Je ne sais pas combien de temps je reste là, à l'observer sans bouger, presque sans oser respirer. Je n'arrive pas à trouver le sommeil. Ce que nous avons fait, et les questions qu'il m'a posées me tournent dans la tête sans que je puisse les en chasser.
Je comprends qu'il doit être vraiment tard lorsque, dans un mouvement de sommeil, je vois John se retourner vers moi. J'ai un instant de panique avant de me rendre compte qu'il est déjà profondément endormi, et qu'il ne s'est retourné que dans un pur mouvement aléatoire de son sommeil.

Je souris bêtement.
Il est plutôt mignon, comme ça. Enroulé dans un de mes pulls, le nez enfoncé dans les couvertures, l'air rêveur de ceux qui font assurément de beaux rêves.

Je pousse un soupir de résignation, et avançant jusqu'au bord du lit, je tends la main pour atteindre sa tête et glisser mes doigts dans ses cheveux, une dernière fois.

« Qu'est-ce que tu es pour moi, hein… ? » je murmure dans le silence de la nuit.

Mais n'ayant aucune réponse à offrir, à John ou à l'obscurité, je décide d'arrêter mes bêtises. Retirant à regret mes doigts de cette douce jungle de cheveux noirs, je me recale confortablement dans le lit, et faisant face au mur, je tente tant bien que mal de m'endormir.

...

Le lendemain, le réveil est difficile – autant pour le côté physique que pour le côté social. Je me souviens que John m'a dit bonjour et que je lui ai vaguement répondu, mais à part ça… Ouais, voilà quoi. Les brumes du sommeil, en gros.

Comme y a rien à bouffer chez moi – en même temps, c'est pas comme si Papa Crab s'attendait à me voir débarquer au milieu de l'année… - on part directement à la gare. Après un petit-déjeuner et un tour rapide pour acheter de quoi s'occuper – un magazine débile pour lui, des grilles de mots croisés pour moi – notre train arrive, et sitôt assis, le silence s'installe en même temps que nous ouvrons nos occupations respectives.

Les heures défilent sans vraiment que j'y fasse attention. C'est un peu pour ça que j'ai pris des mots croisés, ça a le mérite de me faire réfléchir et de me prendre suffisamment longtemps pour que je ne m'emmerde pas trop.
Lui de son côté, je le sens bien, a déjà fini de lire son journal et a visiblement plus envie de regarder dans ma direction que de lire. Bon, je ne peux pas dire que ce ne soit pas mon envie aussi, mais… Au moins, je reste discret, disons.

J'en suis à ma 14ème grille de mots croisés, sur une définition qui me donne du fil à retordre – pour vous, c'est quoi, quelque chose qui « qualifie une bête aux longues oreilles » ? J'ai bien essayé de mettre « John », mais le mot est plus long que ça… - quand j'entends cet abruti pousser un cri de joie.
Qu'est-ce que… ?

« Il neige ! »

J'ai même pas le temps de réagir qu'il me chope le bras et désigne la fenêtre du doigt, puis répète, comme si je n'avais pas compris à la première injonction :

« Karkat, regarde ! Il neige ! »

J'observe un instant les flocons qui tombent du ciel, formant déjà des petites taches blanches sur le sol, çà et là.
Bah… ouais. Il neige. Cool. On va encore plus se les peler.

Même si je dois avouer que c'est beau.

« Ouais, c'est cool, je lâche.
- Quoi, ça te fait rien de plus que ça ?!
- Je vois pas pourquoi je m'emballerais pour trois flocons qui tombent dehors.
- Oh, t'es pas drôle ! »

Il parait, oui.
Il lâche mon bras – pourquoi ? – et colle ses deux mains contre la vitre, les yeux plus brillants que des étoiles, le souffle formant un nuage de buée contre la plaque de verre.
Je me mords la lèvre, tentant de chasser certaines images de ma tête, tout comme le mot « mignon » qui se forme irrémédiablement dans mon esprit à cette vision.

Mignon.
À croquer, même.

Pendant les 30 minutes restantes, il ne bouge pas, le nez collé à la vitre, faisant de temps en temps des petits bruits excités, visiblement avec l'imagination qui déborde de sa tête sur ce qu'il va pouvoir faire avec toute cette neige.
Eh bah…

...

Finalement, après notre arrivée, on rentrera en vitesse à l'école – vaudrait mieux ne pas se faire choper, après tout on n'est pas vraiment censés se barrer comme ça, sans autorisation.
Et puis… Même si moi j'avais une très bonne raison de partir, John c'était pas le cas. Et je préfèrerais éviter que ce crétin s'attire des ennuis. Encore.

On se quitte à l'entrée des dortoirs, moi filant en direction de ma chambre, lui de la sienne. J'ai bien envie de m'enterrer sous une tonne de couvertures et de ne plus jamais bouger de là, malheureusement, la réalité n'en a pas fini avec moi.
Aussi, lorsque je rentre dans ma chambre, deux détails me frappent en pleine gueule. D'abord, je n'ai toujours pas acheté ce putain de cadeau pour l'échange, pour Aradia. Ensuite, j'ai des tonnes de boulot en retard, avec ce qui s'est passé récemment.

Poussant un soupir, je regarde l'heure – déjà passé 15h - et n'ayant pas le courage de ressortir aujourd'hui, décide de repousser une éventuelle sortie en ville pour trouver ce maudit cadeau. J'irai demain. Ou mercredi. Ça dépendra de mon courage et de la tonne de travail qu'il me restera à faire.

En parlant de tonne de travail, je soupire, pose mes fesses sur ma chaise, sors mes lunettes de mon tiroir et une fois ces dernières chaussées sur mon nez, me penche sur tous les cours que je n'ai pas encore travaillés.
Bordel.
Je sens que je vais y passer ma journée… et ma nuit.

...

Finalement, ça ne m'aura pris que le reste de la journée et les trois quarts de ma soirée. Je passerai le reste sur trollian avant d'aller me coucher, épuisé.
Et de mettre quatre plombes à m'endormir parce que j'ai des pensées bizarres dans la tête vis-à-vis de cette tête d'abruti qui m'a servi de binôme pour notre exposé d'Histoire. D'ailleurs je me demande toujours quelle note on peut bien avoir… C'est chiant de devoir attendre la rentrée pour savoir ça, bordel.

Et aujourd'hui - deux jours avant le réveillon, je précise… moi qui fait pourtant toujours tout en avance généralement – j'ai décidé de repousser ma flemme et d'aller chercher ce maudit cadeau.
J'en suis donc à déambuler dans les rues, en essayant tant bien que mal de me souvenir d'où peut bien se planquer la fichue librairie que j'avais vue une fois.

Je mets bien 20 minutes à tourner en rond avant de la trouver.
Et 20 autres putains de minutes à trouver un bouquin qui soit passable – et pas trop cher. Le vieil homme qui tient cette boutique me fait un sourire enchanteur en voyant le livre, auquel je réponds par un grognement quand il essaye d'entamer la conversation.
Pas envie de traîner.
Ça me fait déjà chier d'être là.

Je repars de la bibliothèque d'un pas un peu plus pressé, content d'en avoir fini avec cette foutue…

C'est…
C'est une salamandre ?
Je fais demi-tour pour me rapprocher de la vitrine de l'animalerie que je viens de dépasser, et fixe mes yeux sur le drôle de lézard jaune exposé tout devant, qui semble me faire comme un clin d'œil.
C'est une putain de salamandre, ça, non ?


Putain de curiosité qui me tuera un jour.
Je rentre dans la boutique, mon livre sous le bras, et interpelle le mec au comptoir.

« Eh… c'est une salamandre ? » je fais, en pointant la chose du doigt.

Le type me fixe un instant avec un magnifique regard de veau mort – deux de tension, bonjour – avant que son regard morne ne s'éclaire d'une petite lueur de compréhension.

Il se relève.

« Euh… oui, oui c'est une salamandre ! Pourquoi, vous seriez intéressé ? »


Moi pas.


Mais je connais quelqu'un qui…
…Eh, oh, je suis en train de penser quoi moi ? Non, mais, ça va pas dans ma tête non ?

Sérieux, j'y ai pas pensé hein ? J'viens pas d'avoir cette pensée débile, hein ?! C'est pas possible !

Mais en même temps…
En même temps je ne peux pas me sortir de la tête le regard émerveillé de ce gamin, qui découvrirait un...
Non…
Non pitié, cerveau, arrête. Arrête. Sérieux, il faut pas.

Après il va encore se faire des idées et…

Mais des idées de quoi, au juste ? Que je tiens à lui ? Que je me soucie de lui ? Qu'il est précieux pour moi ?
Est-ce qu'il ne sait pas déjà tout ça, avec ce qu'il s'est passé ces derniers jours… ?

« Monsieur ? Vous voulez l'acheter ? »

Je secoue la tête, m'arrachant à ces pensées.
Et alors que je prévois de répondre non, de tourner les talons, quitter le magasin et rentrer, je m'entends ouvrir la bouche et…

« Oui. On s'en occupe comment ? »

...

Finalement, je repars avec la bestiole dans un terrarium, de la nourriture en quantité pour bien un mois, ainsi que divers bouquins sur les meilleures façons de s'en occuper. Je sais toujours pas ce qui m'a pris, j'ai envie de me mettre des baffes.
Surtout qu'en plus, j'vais devoir m'en occuper pour au moins deux jours de cette putain de bestiole !

Mais bon… je dois bien avouer qu'elle est mignonne.
Et puis, imaginer la tronche de John quand…

Mouais, mieux vaut pas penser à ça.
Je passe la soirée entre trollian, encore une fois, et cette bestiole qui semble plus nocturne que diurne – ce que me confirmera un des bouquins un peu plus tard. J'espère juste que John saura en prendre soin, quand même. C'est que ça a l'air plutôt fragile comme animal…

Toute la journée du 23 et celle du 24, je ne bougerai pas tant que ça de ma chambre – la bibliothèque étant fermée pour les vacances. Les seuls moments où je sors de là sont pour aller manger, durant les trois repas, et, l'après-midi du 23, pour me prendre plusieurs boules de neige dans la tête parce qu'on m'a traîné de force dehors.
Et évidemment, comme je ne peux pas m'empêcher de répliquer…


N'empêche qu'enfoncer la tête de Gamzee dans la neige de force, c'était jouissif.

...

Le soir du 24, c'est Gamzee et Terezi qui viennent frapper à ma porte alors que je suis en train de surfer sur le net. Merde, s'ils étaient pas venus me chercher, j'aurais certainement encore oublié cette foutue soirée. Attrapant au vol le cadeau emballé d'Aradia, j'emporte un sweat avec moi – parce que putain il fait froid – et les suis docilement… jusqu'à la chambre de Jade et Rose.
Oh bon sang, ça rappelle des souvenirs.

J'en ai le ventre qui se noue…
Enfin bon.

Je remarque qu'il est encore tôt. Je me demande un instant si on ne va pas descendre manger, mais j'ai ma réponse en entrant dans la chambre : ils ont tous apporté plus ou moins quelque chose, à manger ou à boire. Merde, bah du coup j'suis comme un con là… enfin, personne me fait de remarque. C'est que ça doit aller.

Je m'assieds entre mon moirail et Sollux, John étant à quelques places de moi. On est peu à peu rejoints par d'autres personnes. Au final, on se retrouve à quatre humains – John, Jade, Rose et Dave, comme d'habitude – et huit trolls – c'est-à-dire Gamzee, Sollux, Aradia, Terezi, Kanaya, moi, Tavros et Nepeta. Les deux derniers s'étant rajoutés un peu à la va-vite, d'ailleurs.

La première partie de la soirée a une assez bonne ambiance. On rigole tous un peu, on grignote ce qu'il y a de posé sur la table basse autour de laquelle on est tous assis, il y a des discussions aussi étranges que cheloues… Bref, l'ambiance habituelle.


Jusqu'à ce que John lance l'idée qu'on ouvre les cadeaux.
Chier.

C'est lui-même qui commence, offrant son cadeau à Terezi – une sorte de dragon en peluche qui fait hurler la demoiselle et lui déposer un baiser BIEN dégoulinant, dégueulasse et baveux sur la joue.
Eurk.
Chais pas ce qui me retient de l'étrangler pour ça.
…Eh, une minute, pourquoi ça m'énerve tant ?

Enfin.
Terezi continue la ronde en offrant à son tour son cadeau à Dave - un truc incompréhensible qu'ils qualifient tous les deux de « cool », même si je ne vois pas en quoi ça l'est. Du tout.
Peu à peu, tout le monde offre son cadeau. Je grommelle quand Aradia, très contente visiblement du livre d'archéologie que j'ai pu dénicher, me pose un baiser sur la joue, et sens mon cœur rater un battement au regard à la fois empoisonné et mesquin que me jette Sollux.
Visiblement, il a pas aimé ce qu'a fait Aradia… et va me le faire payer. Bientôt.

Gloups.

Je manque de pousser une gueulante en découvrant le cadeau que cette tarée de Rose me fait.
Une espèce de machin bizarre rose qui a une texture cheloue. J'en suis à me demander ce que c'est quand cette dernière me balance d'un ton horriblement neutre :

« C'est une boule antistress, Karkat. Je me suis dit que ça t'aiderait, vu que tu sembles toujours en colère. »

J'ai donc l'occasion de la malaxer directement après l'avoir reçu.
Pratique.

L'échange se finit sur Sollux qui, visiblement, a fait exprès d'attendre pour être le dernier. Il se lève et se dirige vers John, tout sourire, pour lui tendre le cadeau qu'il a acheté. Au vu de la forme, c'est un DVD.
Mais alors pourquoi est-ce qu'il a une tête aussi satisfaite?

Qu'est-ce qu'il a bien pu foutre dans ce cadeau, bon sang ?

J'ai peur.


John

La soirée est déjà bien avancée lorsqu'enfin, ne tenant plus, je propose qu'on s'échange déjà les cadeaux. Le mien a d'ailleurs eu l'air de bien plaire à Terezi, qui s'est mise à sautiller partout un petit moment avant d'aller offrir son cadeau à Dave.

J'ai pas bien compris, pour le coup, mais ça a eu l'air de lui plaire, donc tant mieux. Les autres échanges se font, Nepeta et le dénommé Tavros (à qui je parlais pour la première fois bien qu'il soit aussi de notre classe) ayant apparemment été mis au courant et s'étant achetés un cadeau à s'offrir l'un à l'autre. Je vois Jade s'enthousiasmer devant le foulard offert par Kanaya, et vois ensuite Karkat se diriger vers Aradia, visiblement c'est son nom à elle qu'il a pioché.


Oh.
J'imagine qu'il a dû bien choisir son cadeau, puisqu'elle vient de l'embrasser sur la joue. Enfin, elle était obligée d'aller jusque-là ? Un « merci » aurait suffi, non ? Pourquoi est-ce qu'elle… ?!

Ça m'énerve.

Je me mets une petite claque mentale pour avoir osé penser ça. Calme-toi, John, elle a juste fait ça parce qu'elle est gentille, pour le remercier de son cadeau. En plus, c'est juste sur la joue. Moi j'ai eu droit à bien plus…

Je rougis et me retourne rapidement vers un bol de chips pour piocher dedans et en fourrer plein ma bouche, histoire de me changer les idées. Je ne tarde pas à être interrompu en voyant que je suis le dernier qui n'a pas encore eu son cadeau.

Sollux s'avance vers moi, et me tend un petit paquet que j'ouvre avec curiosité. Le papier cadeau retiré, je découvre un DVD d'un film d'action troll que je ne connaissais pas. Normal, je ne connais aucun film troll, en fait. Ils les passent pas à la télé sur nos chaines à nous.

« On m'a dit que t'aimais bien les films, dit Sollux.
- C'est le cas ! Merci beaucoup !
- Oh, et y'a quelque chose à l'intérieur de la boite, si jamais tu décides de le regarder avec Karkat… 2eul à 2eul, quoii. »

Je lui jette un regard interloqué, à quoi il me répond par un grand sourire. Karkat arrive et jette un coup d'œil, sourcils froncés, à la boite que j'ouvre sans me douter de ce que je vais y trouver.

Et de la couleur rouge brique que mes joues vont alors prendre.

C'est…
C'est des…

Oh bon sang.

Dites-moi qu'il a pas mis des capotes dans la boite.
Dites-moi que je rêve.
Pitié, dites quelque chose.

Je reste planté là, la boite grande ouverte entre les mains, mon cerveau allant se perdre quelque part entre le plafond et la fenêtre, loin, bien loin de Sollux qui a toujours son sourire sur les lèvres, de Rose et Kanaya qui jettent à mon corps inanimé des regards pleins de sous-entendus en riant dans leur coin, de Gamzee et de ses « honk » habituels, ou de Karkat qui a l'air de ne rien, mais alors rien comprendre à la situation.

Récupérant en vitesse mon cerveau avant que plus de curieux ne viennent observer la scène, je referme la boite et pars en courant hors de la pièce, bafouillant ce qui je l'espère ressemblait à un « je reviens ! » pour aller cacher le boitier dans ma chambre… Et en profiter pour me calmer les idées un peu.

Avant de partir, j'ai juste le temps d'apercevoir Dave poser une main sur l'épaule de Karkat – toujours aussi paumé – et de l'emmener à part, visiblement pour lui expliquer quelque chose en privé, mais sur le coup je ne me pose aucune question.

...

Je retourne dans la chambre de Jade et Rose une bonne dizaine de minutes plus tard. Nos chambres ne sont pas si éloignées – bon, il faut descendre un étage et traverser plusieurs couloirs certes, mais c'est l'affaire de cinq minutes, et puis les pions nous laissent veiller plus tard pendant les vacances donc je n'avais même pas à avancer en douce – seulement j'avais besoin de me passer un peu d'eau sur le visage. Et de trouver le courage de retourner là-bas, devant Sollux et les autres.

Mais finalement, en ne voyant presque personne réagir à mon retour dans la chambre – mis à part Karkat qui, curieusement, s'est mis à rougir comme un dingue en me voyant et m'a aussitôt tourné le dos – je me dis que je me suis inquiété pour rien. Il faut dire que, à douze ados dans une chambre à la base prévue pour deux personnes, on est trop occupés et serrés pour remarquer qu'il manque quelqu'un.

Je m'installe sur le tapis, à la petite table basse sur laquelle les bols de chips, toasts, et les bouteilles de sodas sont déjà bien entamés. J'attrape un gobelet en plastique et me sers un verre de coca, manquant de tout renverser en me faisant bousculer par accident par Terezi qui voulait atteindre quelque chose sur la table, mais n'a pas bien calculé son coup. J'ai jamais compris comment elle faisait pour voir les choses en étant aveugle, mais visiblement ce soir elle a plus de mal que d'habitude.

J'observe un peu tous les invités en buvant mon verre. Dave, Rose, Kanaya et Gamzee jouent aux cartes sur un des lits ; visiblement, Dave semble avoir un peu de mal face aux deux filles, et Kanaya doit rappeler à chaque tour à Gamzee de jouer au lieu de fixer les cartes, lui assurant maintes et maintes fois que ça n'a rien d'un miracle que les petits cœurs dessinés sur sa carte soient du même nombre que le chiffre écrit sur le coin de celle-ci.

Sur l'autre lit, Sollux, Aradia, Jade et Tavros discutent un peu plus calmement. Je vois Sollux rougir légèrement lorsque sa copine se rapproche un peu plus de lui et prends sa main dans la sienne, sous le regard un peu fuyant de Tavros qui n'a pas l'air très à l'aise avec la situation, mais que Jade fait rapidement reprendre confiance en lui tapant joyeusement dans le dos, riant aux éclats. Elle m'a l'air plus excitée que d'habitude, mais je mets ça sur le coup de l'ambiance festive.

Quant aux autres, ils sont assis autour de la table basse à mes côtés. Terezi et Nepeta ont l'air de s'amuser à embêter Karkat, qui leur hurle dessus comme à son habitude. Parfois, je croise son regard, mais il détourne toujours les yeux alors.

Mon verre de soda terminé, je m'avance pour m'en remplir un autre. Ce coca a un goût un peu bizarre… Qui c'est qui a amené les boissons, déjà ? Terezi et Gamzee ? Oh, peu importe.

Je vois Dave abandonner la partie de cartes – trop cool pour s'intéresser à ce genre de jeu plus de dix minutes, j'imagine – et venir s'installer à côté de moi.

« Alors, pas trop gêné de t'être fait battre par des filles ? Je demande en souriant.
- Arrête, bro, elles se sont liguées contre moi. Cette Kanaya on dirait Rose version troll, comme si j'avais déjà pas assez d'une seule sœur qui cherche sans arrêt à analyser mon inconscient.
- Haha, ouais, elles se sont bien trouvées ces deux-là.
- J'te jure, elles sont tout le temps après moi. L'autre jour, elles se sont ramenées dans ma chambre, comme ça, et se sont mis à fouiller dans ma putain d'armoire pour voir si elles pouvaient pas refaire ma garde-robe. J'les ai virées, mais elles ont réussi à me refourguer deux-trois machins bizarres. Juste quand j'avais réussi à me débarrasser de toutes ces putain de peluches chelou de mon frère… »

Je rigole à la mention des peluches, me remémorant la farce gigantesque que j'avais préparée pour Karkat.

« Sinon, je demande après un moment, tu penses quoi des autres trolls, toi ? Tu t'entends bien avec Terezi, non ?
- Ouais, elle est plutôt cool. Ironiquement marrante, même.
- Je sais pas, elle m'a quand même bourré au faygo l'autre fois.
- Ouais, c'est moi qui lui avait conseillé.
- Hein ?! Bon sang, Dave ! Tu sais ce qui m'est arrivé à cause de ça ?!
- Quoi ?
- Je… J'ai… ! »

Je m'arrête, réalisant que je peux pas vraiment raconter cette soirée à Dave. D'ailleurs, vu son petit sourire ironique, sa question n'en était pas vraiment une. Je me contente de soupirer, reprenant un verre de coca.

« Peu importe. Sinon, je t'ai pas demandé, mais… Ça avait été ton exposé à toi ?
- Tranquille.
- Oh, tant mieux alors. Avec Gamzee, ça a été ?
- J'pourrais te raconter, bro, mais si je te demandais plutôt comment ça va pour toi, avec ton cher Karkat ? C'est moi ou vous vous êtes pas parlé de la soirée ?
- Q-Quoi ? Comment ça ? Pourquoi tu me demandes ça ?
- Allez, raconte. Il s'est passé un truc entre vous, ou quoi ? Avant vous étiez collés l'un à l'autre comme les peluches aimantées de ta sœur, là, putain j'ai jamais réussi à savoir ce que c'était censé être, ces conneries, si c'étaient des poulpes ou…
- Il s'est rien passé ! Je l'interromps, le rouge aux joues. Et on n'était pas collés l'un à l'autre ! Pourquoi est-ce que tout le monde sous-entend tout le temps qu'il y a quelque chose entre moi et Karkat !
- Ben c'est le cas, non ?
- …Non ! Enfin… Pas… Pas vraiment.
- Mais t'aimerais bien.
- Je… »

Je m'arrête, les joues toujours aussi brûlantes. Ouais, j'aimerais bien. J'en meurs d'envie, en fait. Mais Karkat pense pas la même chose. Il me voit que comme un kismesis, quoi que ce terme veuille dire. Comme un ami, à la limite, juste un ami qu'on pourrait embrasser quand on en a envie.

Non, c'est stupide.

En fait, j'ai aucune idée de ce qu'il pense de moi. J'hésite toujours entre savoir s'il m'aime bien ou s'il me déteste carrément. Dernièrement, j'avais l'impression qu'il était plus sympa avec moi, mais…

Je secoue ma tête pour la vider de toutes ces pensées. J'ai l'impression qu'il fait super chaud, en fait, depuis que je suis revenu. C'est peut-être parce qu'on est tous serrés dans une toute petite chambre. Mais… J'sais pas, je me sens un peu bizarre, quand même.

Je jette un petit coup d'œil à Karkat, toujours en pleine dispute avec Terezi.

J'ai pas apporté son cadeau. Comme ceux de mes amis d'enfance, je lui offrirai demain. J'espère que ça lui plaira.

...

J'émerge doucement d'un long et profond sommeil, et me redresse encore à moitié endormi. Je mets mes lunettes et jette un petit coup d'œil à mon réveil, mais il me faut une bonne trentaine de secondes avant que mes yeux n'arrivent à déchiffrer l'heure affichée. Quatorze heures quinze. Ouah… J'ai vraiment dormi longtemps…

Je…

Je suis allé me coucher quand, déjà ? J'arrive plus à me souvenir de la fin de la soirée… Je me rappelle avoir parlé avec Dave, puis avoir regardé des vidéos débiles sur l'ordinateur portable de Jade avec quelques trolls, puis… Euh… Je crois qu'à un moment, Aradia a grondé Terezi pour avoir fait quelque chose, mais je sais plus quoi.

Oh, peu importe. Je me rappelle avoir bien rigolé, donc la soirée a dû pas trop mal se terminer. En plus, j'ai réussi à retourner dans ma chambre apparemment.

Pourquoi mes souvenirs sont flous, ça par contre, c'est un mystère.

Lentement, je me lève pour aller vers ma petite salle de bain, me passant une bonne quantité d'eau sur le visage pour me réveiller. Je me coiffe rapidement, me brosse les dents pour m'enlever le goût désagréable dans ma bouche, et une fois tout ça terminé, je retourne pour ouvrir enfin mes volets, laissant la lumière du jour entrer dans la pièce. Je suis encore un peu fatigué malgré tout, et j'hésite un moment à aller me recoucher, avant de m'arrêter net en apercevant un objet que je ne reconnais pas, posé sur mon bureau. Une sorte d'aquarium, mais sans eau. Je m'approche un peu, plisse mes yeux encore aveuglés par les rayons de soleil, et soudain pousse une exclamation de surprise devant le petit animal jaune qui me fixe curieusement, installé sur une pierre à l'intérieur.

Mais…
Mais…
Mais… !

C'est une salamandre ! J'y crois pas ! Elle est adorable !

J'accours vers le terrarium et plaque mes mains contre la vitre, observant le reptile de plus près. Oui, c'est bien une salamandre, pas de doute. Elle est trop mignonne.

J'approche doucement ma main de la bestiole, sans la toucher. Elle lève un peu la tête pour observer ce doigt immense qui s'approche d'elle. Une fois qu'elle a l'air habituée, je lui caresse alors la tête, l'effleurant à peine pour ne pas la blesser.

Elle est trop cool.
Je l'adore.
Je vais l'appeler Casey, comme la petite fille dans Con Air.

Je prends dix secondes pour me demander si c'est vraiment une femelle, avant de hausser les épaules en me disant que ce n'est pas vraiment important, après tout. En parlant de ce qui est important… Elle sort d'où, en fait, cette salamandre ?

Au moment où je me posais la question, je remarque une pile de livres qui ne sont pas à moi posés à côté du terrarium, ainsi que deux trois autres bricoles, dont un bocal de nourriture. Sur les livres, une petite feuille de papier et posée. Je l'attrape et la lève jusqu'à ce qu'elle soit dans la lumière pour pouvoir mieux lire les mots inscrits à la main, d'une jolie écriture que je commence à bien connaître.

« Joyeux Noël, enculé. »

Mon cœur me lâche.
Je plaque ma main libre sur ma poitrine, serrant mon t-shirt de toutes mes forces, comme pour vérifier qu'il bat toujours.
Je relis la note, une fois, dix fois, vingt fois, jusqu'à ce que mes yeux s'emplissent de larmes, m'empêchant de continuer. Je la repose doucement sur la table et recommence alors à respirer – et me mets à rire.

Karkat.
C'est Karkat.

Je…
Je suis trop heureux. Vraiment. Je pensais pas que je pourrais être aussi heureux un jour. Karkat m'a fait un cadeau, à moi. Il…


Je veux le voir.

J'ouvre mon armoire et attrape les premiers habits qui me tombent sous la main, les enfilant en vitesse, manquant de m'étaler en mettant mon pantalon. J'enfile mes chaussures, attrape un petit paquet caché tout en haut de l'armoire et que j'ai failli oublier, puis je quitte la chambre sans m'attarder davantage, n'ayant qu'une idée en tête : traverser ces stupides couloirs interminables et rejoindre la chambre de Karkat.

Je ne me pose même pas la question de savoir s'il est là ou pas ; une fois arrivé, j'ouvre sa porte en grand. Heureusement, il est bel et bien là, assis sur sa chaise, et en me voyant arriver, il se relève, me fixant avec de grands yeux surpris.

Il s'apprête aussi à dire quelque chose, mais je ne lui en laisse pas vraiment le temps. Car dès l'instant où j'ai refermé la porte derrière moi, je me jette dans ses bras, et le serre de toutes mes forces.

Il recule d'un pas sous le choc, se rattrape de justesse à son bureau pour qu'on ne s'étale pas par terre tous les deux.

« Whoa, quoi ? Tu fous quoi, là ?!
- Karkat ! Je… Je suis trop content ! La salamandre… Je l'adore, elle est super ! Merci, merci ! »

Je le serre encore un peu contre moi sans qu'il ne réponde rien, et le lâche finalement, m'essuyant les yeux où des larmes de joie commençaient à perler à nouveau, pour lui tendre le petit paquet que j'avais pris avec moi en sortant. Il le prend dans ses mains, et me jette un regard confus, auquel je réponds avec un sourire :

« Moi aussi j'avais un cadeau pour toi. »

Je ne saisis pas tout à fait ce qu'il y a dans ses yeux alors. L'espace d'une fraction de seconde, j'ai presque cru voir une sorte d'émerveillement, mais qui s'évanouit aussitôt. Il observe quelques secondes l'emballage, cherchant l'endroit le plus approprié où déchirer le papier cadeau sans trop l'abîmer. Finalement, il l'ouvre et fixe curieusement la peluche à l'intérieur – un crabe orange d'une vingtaine de centimètres qui affiche un air fâché.

« Je trouvais qu'elle te ressemblait… Héhé… »

Il tourne vers son regard vers moi, puis vers la peluche, et vers moi à nouveau, passant de l'un à l'autre sans savoir comment réagir. J'ai l'impression qu'il hésite entre se mettre en colère et être content. Je retiens un petit rire. On dirait un enfant qui n'ose pas avouer qu'il est heureux de son cadeau. Ou alors c'est juste moi qui me fais des idées, mais tant pis.

« Karkat… »

Il ramène son regard vers moi, toujours silencieux, pour écouter ce que j'ai à dire. Mais je ne trouve rien, je crois que j'avais juste envie de dire son nom. Je rougis un peu et attrape sa main pour la tenir serrée dans la mienne. Je me rapproche un peu plus de lui, tout près. Ah, si, c'est vrai… Je me souviens de ce que je voulais dire.

« Joyeux Noël. »

Me rapprochant de son visage, je viens embrasser ses lèvres entrouvertes de surprise. Juste comme ça, tout doucement. Ma poitrine se réchauffe, et je pose ma main sur sa joue, comme il l'a fait avec moi l'autre jour, chez lui. Mais cette fois, je ne demande rien de plus. Je caresse juste sa joue du bout des doigts, une dizaine de secondes, même pas, puis je me recule.

Je dois être tout rouge encore une fois. Il me regarde sans trop comprendre. J'ai envie de baisser les yeux, mais je me force à fixer les siens. Ce n'est pas très difficile, j'aime vraiment ses yeux. Et j'aime aussi son regard, de même que j'aime sa voix.

Et bien sûr j'aime ses mains, toujours chaudes comme l'est la sienne en ce moment même, serrée dans la mienne.

Et aussi…

Aussi…

« Karkat. Je t'aime. »

Je ne quitte pas ses prunelles des yeux, même en les voyant s'élargir d'incompréhension.

« Je t'aime, vraiment. Pas juste comme un ami… Et, euh… »

Je commence à m'embrouiller, sens mes joues s'empourprer un peu plus, et baisse finalement les yeux. Je lâche sa main, regardant le sol.

J'arrive pas à croire que je viens de dire ça.
Et… maintenant, je suis totalement mort de trouille.

« T'es… T'es pas obligé de me répondre tout de suite, hein ! Je bafouille. Tu peux… Je veux dire… »

Mort de trouille n'était pas un terme assez fort, je crois. Parce que là, je commence vraiment à paniquer. Je lui tourne le dos et m'enfuit, quittant la chambre sans même oser le regarder, traversant le couloir en courant pour aller me réfugier dans ma chambre.

Je…

J'arrive pas à le croire !
J'ai vraiment dit ça, je lui ai vraiment dit… !

...

...


Note d'Aku : Hm. Bon, vous avez dû vous en rendre compte, mais il n'y aura eu qu'un chapitre cette semaine. Avec Plume on a moins le temps d'écrire avec les exams qui approchent et tout, donc pour garder un peu d'avance on va très certainement réduire à un chapitre posté par semaine. Voilà, désolée pour ça, et à la semaine prochaine pour le chapitre suivant. :)