Curiosity Killed the Karkat
Part 12
...
John
Pour la première fois depuis un bout de temps, je me réveille dans les bras de Karkat. Je sais pas comment j'y ai atterri, mais j'ai certainement pas l'intention de m'en plaindre. Je retourne fourrer ma tête dans son cou, me rapprochant de sa peau si chaude. La main du troll vient caresser ma tête tandis que je marmonne un petit « bonjour » joyeusement, auquel il me répond sur un ton similaire.
Je ris en me rapprochant de lui, l'enlaçant de mes deux bras – tant bien que mal, il faut avouer que c'est pas si facile que ça dans cette position – le serrant contre moi. J'entends son cœur battre doucement, comme une mélodie finissant de me réveiller de la plus agréable des manières. Je suis tellement bien, là. Il fait froid dans la chambre, mais le corps de Karkat me réchauffe juste ce qu'il faut. J'ai plus envie de bouger – jamais.
Je caresse doucement le dos de Karkat de mes mains, avant de le gratouiller doucement du bout des ongles. Sa peau est tellement douce, tellement chaude, je pense que je pourrais faire ça des jours durant. Surtout que ça n'a pas l'air de déplaire à Karkat, qui…
…
Oh mon dieu, est-ce qu'il est en train de…
« Karkat… Tu… ronronnes ?
- …Et si c'était le cas ? »
Je suis tenté – même fortement tenté – de lui faire une blague là-dessus (et y'aurait à faire ! Rien qu'avec le « cat » dans son prénom… héhéhé…), mais je ne dis rien pour une fois, non sans laisser cependant échapper un petit rire avant de me taire. Un troll qui ronronne. Karkat qui ronronne. Mon. Dieu. C'est totalement, absolument, excessivement adorable.
Je laisse mes mains descendre jusqu'au creux de son dos, et sens Karkat se cambrer légèrement, collant un peu plus sa poitrine contre la mienne dans le même mouvement. Fermant les yeux, je plaque un peu plus mon oreille contre son cou pour mieux sentir les douces vibrations de son ronronnement, me laissant bercer par ce son.
Mes doigts s'engourdissent assez vite, et je dois lutter contre le sommeil qui commence à me gagner à nouveau. Je ralentis cependant, pour finir par juste laisser mes mains reposer sur la peau chaude de son dos. Quelques secondes à peine après, je sens le ronronnement de Karkat diminuer de volume, jusqu'à totalement s'éteindre. Le troll ne bouge pas, peut-être pour ne pas me déranger, et je reste ainsi… Je ne sais pas combien de temps, à moitié endormi sans toutefois l'être, seulement conscient de la présence de Karkat contre moi.
Finalement, je finis par me redresser, frottant mes yeux fatigués.
« Mince… Je me suis rendormi ? Depuis combien de temps ?
- Dix minutes, par là.
- Ah… Désolé. C'est juste… »
Euh… juste quoi ? Juste que j'étais tellement bien, et que c'était tellement apaisant d'entendre Karkat ronronner ? Je peux pas lui dire ça !
« Hm… On devrait peut-être se lever, non ? »
Karkat me répond d'un « hm » peu enthousiaste et me libère de l'étreinte de ses bras, me permettant de m'assoir totalement sur le lit.
« J'ai l'impression que je dors souvent ici, en ce moment…
- C'est pas qu'une impression, grogne Karkat.
- Ouah, quoi ? On dirait que ça te dérange !
- Ça me dérange, ouais ! Y'a ton odeur partout sur mon lit après, comment tu veux que je dorme moi ?!
- Euh… »
Je sens le rouge me monter aux joues. Mon odeur ? Comment je suis censé prendre ça, moi ? Est-ce qu'il insinue que je sens mauvais ?
« J'ai pris une douche avant de venir à la fête, je me défends.
- C'est… pas ce que j'ai voulu dire, mais… Merde, laisse tomber ! »
Je fronce un peu les sourcils, vexé.
« Bon, bon, j'insiste pas… Par contre, du coup, pourquoi est-ce que je suis dans ton lit, en fait ?
- Tu t'étais endormi, et j'avais pas tes clés.
- Oh… Mais y'avait un lit de libre dans la chambre de Dave. T'aurais pu…
- Rah, mais la ferme ! J'y avais pas pensé, d'accord ? J'ai pas réfléchi ! Il était tard, j'étais fatigué, tu préférais quoi, que je te foute un coup de poing pour te réveiller ?!
- Ouah, calme-toi, c'est bon. C'est pas si important, juste que… Ça me fait un peu bizarre d'être dans ta chambre après que… tu sais.
- Après que tu m'aies sauté dessus avant de finalement me planter pour aller à une stupide fête ? Si c'est que ça, t'inquiète, je commence à être habitué. »
Il prononce la dernière phrase avec une bonne dose de sarcasme, et je lui sers un petit regard désolé couplé avec une certaine dose d'embarras au souvenir de la soirée d'hier.
« Bon, on peut changer de sujet ? Reprends Karkat. Ou tu veux me faire la liste de tous les endroits où John Egbert préfèrerait dormir plutôt que dans mon putain de lit ?
- J'ai dit que ça faisait bizarre ! Pas que j'aimais pas ! C'est… même plutôt bien, surtout que d'habitude je suis tout seul dans ma chambre… »
Un petit silence gêné suit ma dernière remarque. Karkat finit par sortir du lit, me laissant seul assis sur ce dernier, pour se diriger vers son armoire et attraper un t-shirt et un pull en laine qu'il enfile l'un après l'autre. C'est vrai qu'il fait froid, quand on n'a plus l'autre pour nous réchauffer… Je repère d'ailleurs mon sweat, posé sur le bureau à côté, et tend un bras pour l'attraper. Ça me rappelle que je suis en pyjama sans me souvenir de m'être changé hier, celui de Karkat en plus j'imagine… J'hésite à lui poser une question là-dessus mais me ravise ; ce serait gênant plus qu'autre chose, et puis c'est pas comme si je faisais pas confiance à Karkat.
« Au fait, je reprends, tu m'as jamais dit pourquoi tu étais tout seul dans ta chambre. Gamzee m'a dit que vous, les trolls je veux dire, on vous mettait tout seul dans les cas spéciaux, mais il m'a rien dit de plus… »
Karkat ouvre la bouche, et je m'attends à un « ça te regarde pas » ou « occupe-toi de tes affaires » (et la dose habituel de grossièreté qui va avec), mais finalement c'est juste un soupir qui me répond, et le troll vient s'asseoir à côté de moi sur le lit, passant une main dans ses cheveux, un peu gêné apparemment.
« T'attends pas à une super histoire, c'est vraiment un truc débile.
- Dis toujours.
- OK, mais t'as pas intérêt à m'interrompre. Au début, ils m'avaient foutu dans une chambre avec cette dégénérée de limace baveuse de Pyrope.
- Ouah, avec Terezi ?
- Putain John, je viens de dire quoi ?! Qu'est-ce que tu comprends pas dans 'm'interromps pas' ? Faut te le dire en quoi, en alternian ?!
- Oh, désolé, désolé. Vas-y, continue, je me tais.
- Bon. Donc je disais, ils m'avaient foutu avec Pyrope, et… Bah cette cinglée a rien trouvé de plus amusant à faire que de venir me renifler d'un peu trop près pendant que je dormais pour savoir de quelle couleur était mon sang. J'me suis réveillé, je lui ai fait payer, ça a fait venir les pions dans notre chambre et ils m'ont mis tout seul après ça. Fin de l'histoire.
- Euh… Mais du coup, elle sait pour… ?
- Ouais. Mais je sais pas pourquoi, elle l'a dit à personne. Va savoir ce qui lui passe par la tête, à cette tarée d'aveugle. À croire qu'elle a perdu son cerveau en même temps que sa vue.
- J'sais pas, ça me semble normal de garder un secret quand ça concerne un ami. »
Karkat reste silencieux un moment, et je reprends :
« Mais, euh… Y'a juste un truc que je comprends pas.
- Quoi ?
- Ils vous avaient mis dans la même chambre, alors que c'est une fille ?
- Et alors ?
- Mais c'est pas normal ! Ils peuvent pas mettre les garçons et les filles comme ça, c'est… !
- Ça change quoi ?
- Euh, j'sais pas, tout ? Ils ont pas peur que… qu'il se passe des trucs, après ?
- Je vois pas où tu veux en venir. C'est un risque ouais, mais ils pouvaient pas nous mettre tous dans des chambres simples. En plus c'est pareil pour vous, vous êtes par deux, non ?
- Mais pas filles et garçons mélangés ! »
Karkat me jette un regard plus que confus. J'ai l'impression qu'on ne parle plus du tout la même langue, d'un coup. Le troll pousse un long soupir, se massant rapidement les tempes avant de reprendre :
« J'ai l'impression que ton cerveau sous-développé essaie d'entrer en communication avec le mien, alors je vais essayer de rester calme et d'écouter ce qu'il a à me dire comme connerie. Vas-y, John, parle. Explique-moi en quoi c'est grave qu'une fille et un garçon partagent la même putain de piaule, alors que deux garçons ou deux filles, ça l'est pas.
- C'est moi qui te comprends pas, Karkat. C'est sûr, ça… ça peut arriver que deux garçons… enfin, voilà, mais c'est quand même plus rare, et puis… Et puis je sais pas, c'est juste pas du tout normal de mettre deux personnes de sexe opposé dans la même chambre, c'est…
- Hein ?
- Quoi, hein ?
- De… opposé ? De quoi tu… Attends, tu sais quoi ? Ça nous mène à rien, tout ça. J'vais aller demander à quelqu'un. À Kanaya, tiens, puisqu'elle a l'air de s'intéresser tant à votre espèce. Bouge pas. »
Je vois Karkat se lever, marcher vers la porte. Il hésite un instant avant de se diriger vers son armoire, attrapant un pantalon. Bah oui, ce serait bête de sortir en pyjama, surtout qu'on a pas mal dormi et qu'il est déjà presque onze heures. Je tourne le visage quand il se change, les joues virant presque automatiquement au rouge, et n'ose relever la tête que lorsque j'entends la porte claquer.
…
Il doit bien se passer dix minutes avant que le troll ne revienne dans sa chambre, ses joues légèrement rosies et son regard un peu confus. J'attends qu'il ait fermé la porte et qu'il se soit laissé tomber sur sa chaise en face pour demander ce qu'il en est.
« Alors ?
- Putain. De bordel. De merde.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je… Rappelle-moi de jamais aller poser de question à Kanaya à l'avenir, déjà. Cette fille rentre trop dans les détails. Déjà que j'en avais déjà entendu plus que j'aurais voulu de cet enfoiré de Strider… Comme si j'avais demandé à ce qu'elle me fasse en plus un putain de schém… Non, je veux plus penser à ça. Bordel.
- Quoi ? Dave ? Un schéma ? De quoi tu…
- Laisse tomber. L'important c'est que… Putain mais j'y pense, comment ça se fait que personne ne nous ait jamais rien dit sur ça ? C'est quand même une putain de chose à savoir, non ? Ça fait quoi, bien cinquante ans que les trolls et les humains vivent ensemble, ils auraient pu au moins, j'sais pas, nous faire un petit cours là-dessus ?
- C'est vrai qu'on sait rien de vous, nous non plus. Comme ces trucs de couleur de sang.
- Ouais… En tout cas je viens de passer les pires dix minutes de toute ma putain de vie, et je veux pas en parler. Juste pour ton information, les trolls ne… fonctionnent pas vraiment pareil que vous.
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire qu'il y a pas de différence entre un garçon ou une fille au niveau de... Enfin… pour la reproduction, quoi.
- Ouah, attends, quoi ? Tu veux dire que deux filles peuvent avoir un bébé ensemble ?
- Y'a pas de bébés, crétin !
- Oui, bon, une larve, si tu préfères.
- C'est pas une question de préférer ou pas ! C'est… Non, tu sais quoi ? Oublie. On peut passer à un sujet de conversation qui ne me donne pas envie d'aller me jeter au fond d'un puis ? Et putain John, si tu me ressors une question du style 'c'est quoi ton fruit préféré', je te jure que je t'étripe. »
Je pousse un soupir déçu. J'ai pas tout bien compris, mais… d'un autre côté, je suis pas sûr de vouloir entendre tous les détails non plus. Je suis déjà pas trop à l'aise avec ces histoires de larves dont Rose m'avait parlé quand je lui ai demandé pourquoi les trolls étaient élevés par des lusus…
Je réfléchis quelques secondes. Pourquoi c'est toujours au moment où on veut changer de sujet qu'on ne trouve rien à dire ?
« Euh… Je sais pas…
- J'aurais dû m'y attendre, soupire Karkat. J'en sais rien, on peut parler de… Tiens, t'as fait tes devoirs de vacances ? Je parie que t'y as pas touché.
- Hein ? Mais si ! J'ai déjà fait la moitié !
- Vraiment ? »
Il me regarde avec de grands yeux.
« Mais oui ! Je réponds, un peu vexé. J'avais pas grand-chose d'autre à faire, tu voulais plus me parler ! »
Un silence à nouveau.
« Tu veux qu'on fasse le reste des devoirs ensemble ? Je demande. Tu pourrais m'aider pour l'alternian, comme ça…
- Ouais, pourquoi pas.
- J'imagine qu'il faudra que je me passe de dessert à nouveau ?
- Tu devines bien.
- Héhé. »
Karkat pousse un long soupir tandis que je me relève. J'ai déjà eu le temps de me rhabiller en l'attendant tout à l'heure.
« Tu veux qu'on s'y mette maintenant, du coup ? Je demande.
- Tant qu'à faire, ouais.
- OK, je vais chercher mes affaires. »
Je me diriger vers la porte, mais m'arrête avant de saisir la poignée. J'hésite quelques secondes, mon regard tourné vers le troll qui n'a pas quitté sa chaise. Mes joues se colorent. Je peux peut-être…
Et puis zut. Qu'est-ce que je risque ?
Retournant vers Karkat, je m'arrête devant lui et me baisse jusqu'à atteindre son visage avant de déposer un bref baiser sur sa joue. Je recule ensuite, regardant quelques secondes le garçon que j'ai figé sur place apparemment, et esquisse un petit sourire.
« À… À tout de suite. »
Je me retourne et quitte la chambre, courant presque.
Je suis grave. Je l'ai juste embrassé sur la joue, et mon cœur bat à cent à l'heure. Je suis quoi, une petite fille qui vient d'embrasser son amoureux secret à l'école ? Je fais vraiment n'importe quoi ces jours-ci !
Je traverse les longs couloirs jusqu'à ma chambre, incapable de faire disparaître le grand sourire qui s'étend sur mon visage.
…
J'avais presque oublié à quel point Karkat était sévère quand ça touchait les études. Ma pauvre tête en a rapidement payé les frais, tout comme le livre de Karkat qui commence à être légèrement corné à force d'entrer en collision avec elle. Mais au moins, ça nous a permis de nous concentrer pleinement sur nos devoirs, et pas sur toute autre pensée que deux garçons qui se seraient fait part de leurs sentiments réciproques et auraient récemment failli faire pas mal de choses sur le lit à vingt centimètres à côté pourraient avoir.
Même si depuis une bonne dizaine de minutes, je vous avouerai que j'ai un peu de mal à ne pas fixer ses cornes et à résister à une pulsion incroyablement stupide qui serait d'y toucher. J'y peux rien, j'ai laissé mes pensées dériver quelques minutes pendant que Karkat réfléchissait à un exercice de maths assez tordu, et je me suis rappelé ce que Kanaya m'avait dit l'autre fois, comme quoi les cornes des trolls étaient particulièrement sensibles.
Faudra que je teste ça un jour. Ne serait-ce que pour voir la tête que Karkat ferait.
Mais pas aujourd'hui.
Karkat vient d'ailleurs me remettre les idées en place avec un nouveau coup sur la tête. Haha, s'il savait seulement ce à quoi j'étais en train de penser, il aurait peut-être choisi un livre plus épais.
« Concentre-toi ! Grogne le troll.
- Oh, on peut peut-être faire une pause, non ? Ça fait au moins six heures qu'on travaille !
- Ça fait même pas deux heures, tête de limace.
- Mais j'en peux plus ! J'arrive plus à me concentrer, ma tête va exploser ! »
Karkat pousse un long soupir exaspéré.
« Très bien, j'ai compris. On fait une pause, puisque ton petit cerveau n'est pas capable de rester allumé plus de cinq minutes de suite.
- C'était pas très sympa dit comme ça, mais… Merci, j'imagine ?
- De rien, abruti.
- Oh, dis, tu veux pas qu'on regarde un film, si t'as rien d'autre à faire ? »
Le troll reste pensif quelques secondes, considérant ma proposition.
« Hm, ouais, pourquoi pas.
- Super ! Euh, tu veux qu'on aille dans ma chambre ? J'ai ramené quelques dvd de chez moi. Ah, j'ai aussi le film que Sollux m'a off… »
Je m'interromps soudain, bouche toujours ouverte, au souvenir de l'autre cadeau que mon ami troll aux lunettes 3D m'a offert à Noël.
« Euuuh, enfin, je… Je veux dire, juste le film, pas…
- J- J'avais compris, crétin !
- Ah… Ahahahah… Euh… »
Finalement, après quelques secondes de silence gênant, Karkat se lève et va fouiller dans son armoire, d'où il sort une petite pile de boites de films qu'il dépose sur le bureau. Je regarde rapidement les boitiers un par un.
« J'en connais aucun…
- Normal, c'est des films trolls. C'est tous des classiques, alors ça va t'aider à augmenter un peu ta culture.
- Oh, d'accord. Dans ce cas, la prochaine fois, je te montrerai des films cultes humains !
- Ouais, ouais, comme tu veux.
- Haha, maintenant que t'as dit oui, tu peux plus changer d'avis ! Je préparerai une liste !
- Fait chier, pourquoi je regrette déjà d'avoir accepté ? »
Je choisis un dvd un peu au hasard, et Karkat sors le cd pour l'insérer dans son ordinateur. Il tourne l'écran vers le lit où nous nous asseyons tous deux, après que le troll ait été sortir un paquet de bonbons de son tiroir. Il aime vraiment le sucre, c'est pas possible ! Hahaha.
Nous regardons le film en silence. C'est une comédie romantique apparemment, où le personnage principal tombe fou amoureux d'une jeune troll et veut en faire sa moitiesprit, mais cette dernière a un moirail surprotecteur qui refuse qu'elle soit mêlée avec un troll de sang inférieur. Enfin, si j'ai bien compris. J'ai un peu de mal à suivre toute l'histoire, et passe mon temps à demander à Karkat de m'expliquer ce qu'il se passe, jusqu'à ce que celui-ci, énervé, finisse par me hurler de me taire, parce que je risquais pas de comprendre si je passais mon temps à lui parler au lieu d'écouter.
Je finis par me taire après avoir marmonné quelques protestations, et croise les bras, regardant le film en silence. Mais comme il ne se passe pas grand-chose dans ce film, je ne mets pas beaucoup de temps avant de sentir mes paupières se fermer d'elles-mêmes. Je résiste un peu, jette un petit coup d'œil à Karkat qui a l'air captivé par l'intrigue (inexistante !) de son film, ses lèvres bougeant légèrement lorsque le héros parle, comme s'il connaissait par cœur chaque réplique. J'esquisse un petit sourire et ferme finalement les yeux, laissant ma tête tomber doucement vers l'épaule du garçon.
…
…
Karkat
Travailler.
C'est une superbe idée, quand j'y repense. Au moins, on fait quelque chose de constructif, et grâce à ça je peux l'avoir près de moi sans me soucier du fait que je meurs constamment d'envie de lui sauter dessus pour faire des choses pas très catholiques.
Enfin, quelque part, travailler ne m'empêche pas d'avoir ce genre de pensées, mais au moins je suis suffisamment concentré pour m'empêcher de le faire réellement.
Et puis, quelque part, c'est toujours aussi cool de lui mettre des coups de bouquin derrière la tête quand il n'écoute pas. Ça soulage les nerfs. Vraiment.
Surtout quand on sait ce qu'il a failli me faire faire pour finalement me couper au beau milieu, comme ça.
Nan, je suis pas frustré, bordel ! Vos gueules !
Là on – je ? – en est à déchiffrer un putain de problème de maths que le prof a dû nous donner en souriant intérieurement de son sadisme tellement il nous fait bugger. Sérieux c'est quoi ces idées de tordu, hein ?!
Mais je crois bien que je suis le seul à bosser parce que cette tête d'autruche à côté de moi ne fais rien à part rêvasser, les yeux dans le vide, perdus dans une certaine direction, et…
… Non mais, je rêve où il est en train de baver, là ?
Je le ramène à la réalité avec un vigoureux coup de livre sur le crâne et grogne férocement.
« Concentre-toi !
- Oh, on peut peut-être faire une pause, non ? Ça fait au moins six heures qu'on travaille ! »
…
Mais bien sûr.
Il n'exagèrerait pas un peu, non ?
Je roule des yeux tandis que je lui réponds.
« Ça fait même pas deux heures, tête de limace.
- Mais j'en peux plus ! J'arrive plus à me concentrer, ma tête va exploser ! »
Pfin. Comme si ça m'étonnait, ça, tiens.
Je pousse un long soupir exaspéré, secoue la tête et finit par abandonner.
« Très bien, j'ai compris. On fait une pause, puisque ton petit cerveau n'est pas capable de rester allumé plus de cinq minutes de suite.
- C'était pas très sympa dit comme ça, mais… Merci, j'imagine ?
- De rien, abruti.
- Oh, dis, tu veux pas qu'on regarde un film, si t'as rien d'autre à faire ? »
…
Un film ?
C'est un peu plus qu'une « petite pause », ça, non ?!
…Ouais enfin j'sens que si je ne lui laisse que cinq minutes de pause, il risque de me faire une autre crise dans vingt minutes, donc autant céder à son caprice, on travaillera certainement mieux après.
Même si j'ai quand même de petits doutes…
« Hm, ouais, pourquoi pas.
- Super ! Euh, tu veux qu'on aille dans ma chambre ? J'ai ramené quelques dvd de chez moi. Ah, j'ai aussi le film que Sollux m'a off… »
Je le vois s'interrompre et virer au rouge cerise profond.
Qu'est-ce qu'il…
Oh. Le film de Sollux. Non mais, j'y crois pas, il me croit demeuré à ce point ? Ou bien si obsédé ? Bon OK j'ai envie de le violer constamment, mais c'est pas une raison pour… !
« Euuuh, enfin, je… Je veux dire, juste le film, pas…
- J- J'avais compris, crétin !
- Ah… Ahahahah… Euh… »
Il y a un grand silence – rempli dans ma tête par des soupirs exaspérés à répétition. Quand je me rends compte qu'il n'a pas l'air décidé à débugger, je finis par me lever et vais fouiller dans mon armoire, où je garde certains des meilleurs DVD que j'ai, et que je visionne parfois quand j'ai rien à faire le soir.
Une fois la pile posée sous son nez, j'attends patiemment – enfin, il pourrait quand même se grouiller ce crétin – qu'il en choisisse un. Il finit par me lancer d'une voix désespérée :
« J'en connais aucun…
- Normal, c'est des films trolls. C'est tous des classiques, alors ça va t'aider à augmenter un peu ta culture.
- Oh, d'accord. Dans ce cas, la prochaine fois, je te montrerai des films cultes humains !
- Ouais, ouais, comme tu veux.
- Haha, maintenant que t'as dit oui, tu peux plus changer d'avis ! Je préparerai une liste !
- Fait chier, pourquoi je regrette déjà d'avoir accepté ? »
Parce qu'au souvenir que j'en garde, il a l'air passionné par les films à chier.
Suffit pour ça de penser à son truc là, Con-Air. Il m'en avait fait un exposé complet – si seulement il pouvait bosser ses devoirs comme il se passionne pour ses films à la con… - et malgré ça, j'ai toujours l'impression que c'est du caca en boite.
Bon, peut-être pas à ce point-là mais…
Disons que ça ne vaudrait pas mes comédies, j'en suis sûr.
Il finit par me tendre Amour Interdit que je vais lancer sur l'ordinateur sur mon bureau, poussant un peu notre bordel de devoirs et révisions pour que l'écran ne soit pas caché, et tire ce dernier dans notre direction. John s'est déjà installé sur mon lit – humpf… - quand je le rejoins, un paquet de fraises tagada dans la main.
QUOI, ENCORE ?!
Le début du film se déroule en silence, et je suis déjà totalement à fond avec le héros qui poursuit sa belle dulcinée, ainsi que son foutu moirail que je ne peux pas m'empêcher d'apprécier pour ce respect parfait de cette si belle relation, quand John ouvre pour la première fois la bouche.
Visiblement il y capte rien.
RAAAAAAH ! Mais qui m'a foutu un débile pareil, sérieux ?!
Je lui explique les trois premières fois quand il ne comprend pas les magnifiques détails qui font toute la superbité de cette histoire.
La quatrième fois, je pousse un hurlement pour lui faire comprendre que ce film se comprend en SILENCE et qu'il faut qu'il ferme son maudit clapet avant que je ne m'en charge.
Euh.
Oubliez ce que je viens de dire.
Il se tait finalement et me laisse profiter du film, même si je l'entends protester dans sa barbe. Mais oh, il pourrait un peu plus se concentrer sur le film pour comprendre, non ?! Nan mais j'vous jure…
Je suis profondément absorbé par la plus belle scène du film – quand le héros fait enfin face au moirail de sa belle pour défendre l'amour qu'il lui porte – quand je sens un poids de plus en plus familier se poser contre mon épaule.
J'ai besoin de toute ma concentration pour ne pas lui hurler dessus à plein poumons.
Bon, en fait, peut-être que le fait de le voir si mignon, endormi contre moi, aide un peu aussi.
C'est donc finalement un soupir exaspéré qui remplace mon hurlement, tandis que je me tourne vers le film pour en observer la fin – qui arrivera dans une petite dizaine de minutes.
Quand le générique commence à défiler, je me penche pour attraper le clavier que j'avais pris avec moi au cas où – on est jamais à l'abri de devoir mettre pause, et c'est plus pratique si on peut le faire de loin. Je ferme rapidement la fenêtre, et coupe le son. Une fois le clavier posé plus ou moins habilement au pied de mon lit, je tourne à nouveau le regard vers cette tête de limace qui roupille contre moi.
Et maintenant, je fais quoi, hein ?!
À le regarder comme ça, si calme et tranquille, je peux pas m'empêcher de repenser à tout à l'heure, quand il m'a fait un bisou.
OK, sur la joue, mais je sais pas pourquoi, ça a fait partir mon cœur dans une espèce de course de dératé en folie, ce truc de dingue quoi. Comment un simple baiser sur la joue peut faire cet effet-là, c'est pas possible !
Mais du coup là… j'ai presque envie de…
Non.
Non non non non non !
Sors-toi ces conneries du cerveau espèce de débile dégénéré, c'est pas le moment. En plus il dort, tu voudrais faire quoi avec ça, hein ?! Bon je pourrais le réveiller mais…
Deux baffes mentales et une réelle plus tard, je décide qu'il vaut mieux éviter de penser à ce genre de chose, sinon je vais perdre mon sang froid.
Ce qui ne m'empêche pas de m'inquiéter un peu pour cet abruti toujours endormi contre moi, et qui va définitivement se déboiter la nuque, vu comment il est posé.
C'est donc avec un soupir que je me résigne à entasser deux trois coussins dans mon dos, contre le mur. Ceci fait, j'attrape délicatement ses deux jambes pour les passer sur les miennes, le faisant pivoter sur le coup. Il ne reste plus qu'à laisser sa tête venir se nicher dans mon cou – putain, pourquoi j'ai toujours l'impression que sa caboche est faite pour venir se poser là ?! – et je me sens enfin tranquille vis-à-vis de ses douleurs musculaires et dorsales.
Même si en y réfléchissant, je ne vois vraiment pas pourquoi je me prends le chou à ce point-là.
Enfin vaut mieux ne pas y penser.
...
Je ne sais pas combien de temps passe tandis que John me dort – littéralement – dessus. J'ai quand même l'occasion pendant ce moment de me dire que, déjà, on a tendance à beaucoup trop dormir en dehors de nos heures de sommeil, et que c'est pas bon.
Et accessoirement, je passe aussi beaucoup de temps à remarquer certains détails débiles sur John. Déjà, qu'il s'endort tout le temps avec ses lunettes, et que du coup je suis toujours obligé de les lui retirer délicatement. Je vais finir par devenir un expert à ça.
Et puis, y a aussi le fait que quand il dort, son nez frémit. Nan, sérieux. Il bouge un peu, c'est carrément trop bizarre. Et trop mignon.
Outre ça, y a peut-être aussi le fait qu'il a la peau douce. Vraiment, incroyablement douce. Tellement douce que ma main est rarement prompte à répondre à son appel, et je ne résiste donc pas vraiment à l'envie de venir doucement caresser du bout des doigts la peau offerte de sa nuque, ou celle, ronde et un peu rose, de ses joues.
Et puis y a ses cheveux, aussi. C'est fou comme j'aime passer la main dedans. Ok, c'est étrange parce qu'il n'a pas de cornes ni rien, mais… je sais pas, c'est marrant. Parfois, je me demande s'ils ont un équivalent à nos cornes. Sachant qu'il a tripoté les miennes, j'aimerais bien pouvoir me venger, quand même.
Euh. Oubliez ce que je viens de penser.
Non mais bref. Ses cheveux sont cools. Voilà. C'est bon, c'est retenu ?
Cool, alors je peux retourner passer ma main dedans.
Je crois que j'en suis encore à ça, à caresser doucement sa tête, lorsque je le sens doucement bouger contre moi pour un peu plus se nicher contre mon torse.
Putain, mais il veut se faire violer, ou quoi ?
Je pousse un soupir en regardant l'heure, le laissant se réveiller en douceur, ma main toujours dans ses cheveux. Ouais, on va plus vraiment pouvoir bosser là, dans 10 minutes c'est l'heure de bouffer, et je sens que le soir il doit être encore moins productif.
Je finis par sourire discrètement en l'entendant bailler un peu.
« Bien dormi, abruti ? »
Je le sens se tendre un instant, peut-être de peur de se prendre un coup. Puis voyant qu'il ne s'en prend pas, il relâche ses muscles et rit un peu – son souffle dans mon cou envoie comme une onde électrique sur toute ma colonne vertébrale.
« Héhé, euh… désolé ?
- Tu peux l'être, ouais ! Je grogne. Je te fais regarder un des meilleurs films trolls, et toi tu t'endors comme une merde ! Chais pas ce qui m'retient de te foutre par terre !
- Oh… euh… Pardon. Tu … tu vas pas le faire, hein ? »
Je laisse un soupir s'échapper de ma poitrine, vidant toute mes réserves d'oxygène. Finalement, je pose mon menton contre le haut de sa tête – c'est pratique d'être plus grand que lui – et marmonne :
« Nan. Après tu vas crier et ça va me faire chier. »
Je l'entends rire encore une fois – c'est marrant, je crois qu'il a pas été convaincu – avant de reposer la tête contre mon torse sans rien dire. J'ai peur qu'un instant il ne se rendorme, mais je finis par l'entendre me sortir d'une petite voix :
« C'est marrant, ton cœur, comme il bat…
- Quoi ? Il fait des maracas ? »
Un autre petit rire – quoi, j'ai tant d'humour que ça ? – avant qu'il ne continue.
« Non, mais on dirait… qu'il bat tout vite. T'es gêné ? »
J'ai la bouche ouverte sur du vide. Je vois pas trop comment lui répondre, là. « Non crétin, t'es couché sur moi, on est sur mon lit, seuls, et je meurs d'envie de te violer. » Je pense pas que ça serait une réponse des plus adéquates.
J'en suis encore à chercher une quelconque réponse à lui donner quand j'entends un long gargouillement provenir de son ventre – à moins que ce soit du mien.
Je soupire.
« Ouais, euh, il va être l'heure de bouffer, là. Tu veux pas ramener tes affaires chez toi ?
- …Hein ?
- Bah quoi, tu comptes revenir bosser ici ce soir ? Je ne te savais pas si studieux. »
Je le vois légèrement rougir à ma sentence – c'est pratique, les yeux qui voient dans l'obscurité – mais il ne répond rien, et finit par se lever. Je le suis et range mon DVD dans son boitier tandis qu'il réunit ses feuilles, ses cours et ses stylos. J'ai très envie de faire quelque chose mais je me demande si…
Naaan, ça serait une mauvaise idée, non ?
Quand même pas, quoi.
J'en suis à me convaincre qu'il ne faut pas lorsque John, qui a la main sur la poignée de la porte, me lance un petit regard un peu triste – bon sang c'est quoi ce regard qui me retourne littéralement les tripes ?! – et ouvre la porte.
Il est sur le point de la refermer lorsque je me rends compte que j'ai déjà traversé ma chambre pour le rejoindre devant la porte et ai attrapé la poignée mon tour.
Son regard est totalement abasourdi lorsqu'il me voit rouvrir la porte. Je ne lui laisse pas le temps de s'étonner ni rien. Après un bref regard pour m'assurer que le couloir est vide – ce qu'il est – je l'attrape par la nuque et l'approche de moi sans douceur.
La douceur ne vient que lorsque je sens sa bouche contre la mienne. Là, je me permets d'y goûter avec un mélange de tendresse et de passion. J'ai la pensée un instant que son cerveau à buggé, jusqu'à ce qu'il réponde à mon baiser.
Ce qui manque de me faire littéralement péter un plomb.
Il me faut beaucoup, beaucoup de self-control pour ne pas l'attirer à nouveau dans ma chambre tandis que je sens ses dents mordiller doucement une de mes lèvres, puis sa langue venir se mêler à la mienne. Il m'en faut encore plus pour ne pas gémir quand il fait ça.
Il me faut, enfin, le sommet de tout mon self-control pour parvenir à finalement rompre notre baiser et le repousser doucement, les joues rouges, le souffle court.
Je ne m'embarrasse alors pas de détails et lui lance un bref :
« À tout de suite à la cafète. »
Avant de purement et simplement lui fermer la porte au nez pour m'adosser contre cette dernière et glisser jusqu'au sol, le souffle toujours aussi erratique.
C'était bon.
C'était même… putain de sa race délicieux, de faire ça.
Mais faut pas que je le fasse trop souvent. Sinon je pense que ma tension cardiaque – ou la sienne, vu sa tête – n'y survivra pas.
...
Finalement la fin de la soirée se sera bien passée. Le repas a été un peu maladroit, surtout vu que John était assis en face de moi et ne cessait de rougir à chaque fois qu'il croisait mon regard. Remarquez que je ne devais pas être bien mieux.
Quant à la fin de la soirée, elle s'est passée sur trollian et le net, à ne pas faire grand-chose d'intéressant. J'ai été me coucher sur la seule pensée qu'on n'avait finalement pas fini cette saloperie de devoirs de vacances et qu'il faudrait que je pense à faire travailler John demain.
...
Le lendemain, c'est après une matinée tranquille – oh, je suis pas un monstre non plus, autant le laisser dormir – et un bon repas à la cafète que je décide de passer à l'action.
Décidant qu'il sera certainement plus enclin à avoir toutes ses affaires si l'on reste chez lui, c'est moi qui empaquète les miennes, prenant mes cours et mon cahier de texte pour vérifier tout ce qu'il nous reste à faire, ainsi qu'une trousse.
Et c'est ainsi à 13h tapantes que je me retrouve planté devant sa porte à tambouriner sans beaucoup de patience.
Je soupire en voyant ses yeux s'agrandir lorsqu'il m'ouvre et reconnait ma tronche. Et je roule des yeux en l'entendant parler.
« Karkat ? Mais…
- Quoi ? On n'avait pas fini notre boulot hier à cause de toi. Alors on le finit maintenant, vu ? Allez, bouge. »
Quoi, qu'est-ce qu'elles ont, mes méthodes d'approche ?
Vos gueules, rah !
Je vais m'asseoir à sa petite table tandis qu'il me rejoint.
Putain, c'est moi ou il fait méga froid ici ?! Mais il a quoi comme isolation, une encore plus pourrie que moi ou quoi ? Heureusement que j'ai pensé à mettre un sweat et que j'ai naturellement chaud, bordel…
Il s'assied à côté de moi et nous ressortons nos exercices de maths non finis la veille. À part ça et l'anglais, dont le prof nous avait demandé plusieurs pages de vocabulaire à apprendre par cœur, on aura fini. C'est déjà ça, remarquez.
La partie des maths passe en difficulté – c'est vraiment que des putains d'exos de tordus – mais plutôt vite, finalement. Il nous faudra qu'une heure et quelques.
Pour l'anglais, c'est déjà plus dur.
Pour moi, ça va, je retiens sans problème l'anglais et je connais déjà à peu près tous les mots qu'il nous faut retenir, il n'y en a qu'une petite vingtaine qu'il faut que je retienne. Pour John… c'est la galère. Carrément. Je sais pas s'il est vraiment nul en anglais, en tout cas il n'a pas l'air de s'entraîner très souvent, mais en tout cas pour ce qui est de retenir le vocabulaire, c'est une daube. Vraiment.
Et puis en plus…
« RAAAAHHH ! Je finis par gueuler. MAIS TU VAS ARRÊTER DE CLAQUER DES DENTS OUAIS ?! »
Il se ratatine littéralement sur place à mon cri et me lance un regard mi apeuré, mi vexé, tandis qu'il répond en grelottant :
« M-mais j'y p-p-peux rien si j'ai froid p-p-purée ! Il fait b-b-beaucoup trop f-f-froid ici ! »
…
Il est pas censé avoir un pull trois fois plus gros que le mien, en fait ?
C'est quoi ce délire exactement ?
Je pousse un soupir et scanne sa chambre du regard. Il ne semble pas avoir de couvertures supplémentaires – je crois que je suis un des seuls qui ait pensé à en emporter une ; au moins je suis prévoyant – et lui foutre son duvet sur les épaules, non merci. Ça va être impossible pour lui de bosser ensuite, j'en suis certain.
…
Ouais, en attendant, je fais comment moi ?
Je passe un petit moment à réfléchir dans le quasi silence, ce dernier juste brisé par mon abruti préféré qui claque des dents en tentant tant bien que mal de retenir ces fichus mots de vocabulaire.
Bon. Pas le choix. De toute façon on est en train de bosser, donc il ne va rien arriver, n'est-ce pas ? Et puis, au pire, ça sera l'occasion de… m'amuser un peu.
Je me lève sans mot dire et me rapproche de John, toujours assis à la table, les pieds allongés sous cette dernière. Je fais la sourde oreille à ses protestations tandis que je m'assois tranquillement derrière lui, mon torse collé contre son dos, une jambe de chaque côté. Je pousse un soupir tandis que j'enroule sa taille de mes bras, partageant ma chaleur avec lui.
« Eeeeeeeh mais t-tu fais quoi là ?! Je l'entends quand même crier.
- Ta gueule, je soupire. T'as froid, non ? Bah j'te réchauffe. Concentre-toi, maintenant. »
Tendant une main, je retourne la feuille qu'il était en train de regarder, et sourd à ses protestations, je pose ma tête sur son épaule et lui lance :
« Déclaration ? »
Un instant de silence, tandis que j'attends qu'il me réponde.
Au bout d'un moment, captant qu'il n'a en fait pas compris ce que j'attendais de lui, je tape sur l'arrière de sa tête avec ma main.
« Donne-moi la traduction anglaise, crétin !
- Oh… euh… Statement ?
- Correct. Baril ?
- Euh… euhm… Barrel ? »
J'acquiesce et continue à lui sortir les mots de vocabulaire dont je me souviens. De temps en temps, je suis obligé de retourner un instant la feuille – que j'ai finalement posée près de ma jambe pour qu'il ne la regarde pas – pour me souvenir des mots que je suis censé lui demander.
Tout se passe bien jusqu'à ce qu'il fasse sa première faute : « Black wide » au lieu de « Black tide » pour marée noire. Décidant qu'un coup de bouquin finirait par lui faire mal au rythme où j'imagine les fautes qu'il va y avoir, je décide d'adopter une autre méthode, plus vicieuse.
Et plus agréable pour moi que de constamment lui taper dessus.
Resserrant un peu mon étreinte je me rapproche de son cou et mordille doucement la peau ainsi offerte. Je souris malicieusement en entendant un petit bruit étouffé provenant de sa gorge tandis qu'il sursaute.
« K-Karkat ! Tu fais quoi, enfin ?! Couine-t-il, à mon plus grand bonheur.
- Eh bien, je marmonne dans son cou. À chaque fois que tu feras une faute, je ferai ça. C'est mieux que de te frapper, non ? Hmmm… ?
- Q-quoi mais… mais non, comment tu veux que j'arrive à me concentrer ensuite, si tu f-fais ça ?! »
Un sourire plus que mesquin s'étire sur mes lèvres tandis que je repose ma tête sur son épaule.
« Ca, c'est pas mon problème. Allez, focus, John. Et n'oublie pas que si je fais trop ça, tu risques d'avoir un suçon… »
Le reste de l'après-midi se déroule donc ainsi. Lui à désespérément tenter de se souvenir des mots que je lui demande, moi à mordiller doucement son cou lorsqu'il se trompe. Et je dois bien avouer que c'est pas mal appréciable de réviser comme ça. J'ai bien envie de faire ça avec toutes les matières, quelles qu'elles soient.
Surtout que la peau de son cou a un goût délicieux.
Hum, oubliez ce que je viens de penser, OK ?
Malheureusement donc, les bonnes choses ont une fin, ou dans ce cas ici une faim et un fin, puisque le moment tant redouté où John finit par se souvenir de tout son vocabulaire est aussi sonné par un pantagruélique grognement provenant de son ventre, qui nous annonce donc que le repas du soir ne doit pas être bien loin.
C'est donc avec regret que je finis par le relâcher de mon étreinte et de mes tortures – même si je ne suis pas sûr qu'il les appellerait comme ça – pour empaqueter mes affaires et retourner à mon tour dans ma chambre.
Ah… et dire que demain, c'est la rentrée.
Ça risque d'être dur de pouvoir de nouveau faire ce genre de chose…
...
...
Finalement, la rentrée s'est bien passée.
Là, on est de nouveau posés dans ma chambre, sur mon bureau. On a passé la journée aux cours, à se faire assommer par les corrections des profs, les prochaines épreuves qu'ils ont préparées pour nous – on va en baver… - et les devoirs qu'ils nous donnent.
Ça fait bizarre de devoir rester à côté de John sans rien pouvoir faire.
Encore pire, de ne pas s'approcher de lui à moins de trois mètres en classe pour ne pas trop éveiller de soupçons. Les seuls moments où on se rapproche, c'est pendant les repas, et maintenant, c'est-à-dire après les cours, vu qu'on a décidé qu'on travaillerait ensemble – surtout pour l'aider lui, en fait.
Il n'a pas paru embêté par le fait que je ne m'approche pas de lui en classe… Enfin j'espère qu'il ne se fait pas des idées ni rien. Il en serait bien capable quand j'y pense.
Enfin bon, travaillons. C'est le meilleur truc à faire là.
Attrapant mon sac, je sors mon cahier de texte et les classeurs des matières que l'on a eues aujourd'hui. Il me faut quelques instants à fouiller au fond de mon sac pour y déterrer ma trousse. C'est là que je remarque un petit bout de papier que je n'avais pas vu auparavant.
Qu'est-ce que… ?
L'attrapant, je repose mon sac sur le sol et le déplie sous les yeux interrogatifs de John.
Je fronce les sourcils en déchiffrant l'écriture penchée, écrite dessus à l'encre noire.
« Dégage de cette école, sale connard, t'as rien à faire ici ! »
Oh.
Sympathique.
Ça faisait longtemps que je n'en avais pas reçu, des comme ça.
À vrai dire, pas depuis… Non, bref.
Poussant un soupir, je déchire le petit bout de papier sous le regard rempli d'incompréhension de John avant de le jeter à la poubelle. Je m'apprête à me lancer dans la mise au propre de mes notes de la journée quand sa voix douce m'interpelle.
« Karkat… c'était quoi ? »
Woah, pourquoi il a ce regard un peu inquiet ? Chelou.
Je tente de le rassurer d'un soupir un peu blasé, suivi d'un sourire qui se veut vaguement réconfortant – oh, eh, qu'il oublie pas qu'on est ici pour bosser !
« T'inquiète, c'est rien. Des conneries. »
John
Je pousse un long, long soupir. Mon énième de la journée. Casey, en face de moi, m'observe avec de grands yeux ronds. Elle semble me demander ce qui ne va pas. En fait, c'est ce que j'aimerais croire qu'elle pense, mais faut se l'avouer : elle a toujours la même tête quoi qu'il arrive. Mais ça fait rien, parce qu'elle est adorable.
Pour ce qui est de ce qui me fait soupirer, la raison est simple : demain, c'est la rentrée. Ça veut dire la fin des vacances, la reprise des cours, des devoirs, de la pression des examens, et tout le reste. Ça veut dire aussi que je ne pourrai plus passer mes journées avec Karkat, parce que même si on est dans la même classe, ce sera pas pareil que de pouvoir discuter avec lui, ou quoi. On n'est même pas assis à côté en classe. Et puis les trolls ne traînent jamais avec nous en dehors de la pause de midi.
C'est pas juste, dire qu'on a passé les trois quarts des vacances à s'éviter, et maintenant elles sont finies ! Et puis d'abord, il fait bien trop froid là ! Ils pourraient nous installer des radiateurs dans nos chambres, tout de même ! Ça fait depuis que je suis rentré du réfectoire que je grelotte !
Je soupire à nouveau, quand j'entends frapper à ma porte – enfin, cogner serait plus juste. Je me lève en vitesse de ma chaise pour aller ouvrir, et me retrouve face à face avec…
« Karkat ? Mais… »
Le troll entre dans ma chambre en grognant.
« Quoi ? On n'avait pas fini notre boulot hier à cause de toi. Alors on le finit maintenant, vu ? Allez, bouge. »
Je le laisse s'installer à la table basse sans rien dire, partagé entre être surpris et heureux de son arrivée. Je finis par simplement aller m'asseoir à côté de lui après avoir attrapé mon sac, en vidant le contenu sur la table.
C'est toujours assez spécial, ces moments de révision avec Karkat. D'habitude, tout ce qui touche au travail scolaire m'ennuie. Je comprends rien, j'ai pas envie de réfléchir, et je laisse généralement tomber avant de m'y être réellement mis. Mais là, avec lui, j'arrive à tout faire ! Bon, y'a toujours plein de trucs que je comprends pas, mais il m'explique (après m'avoir crié un bon coup dessus et m'avoir assommé avec un bouquin, certes, mais il m'explique quand même), et puis ça me motive d'avoir quelqu'un avec moi.
Même si dernièrement, j'ai de plus en plus de mal à me concentrer avec lui. Là encore, il ne me faut que quelques minutes pour décrocher, laissant mon cerveau vagabonder un peu, mes pensées s'arrêtant sur plusieurs sujets… mais principalement sur Karkat.
Du moins, quand mon cerveau n'est pas trop gelé. Et là, avec le froid qu'il fait, j'ai du mal à penser à quoi que ce soit, en fait.
On continue à travailler – enfin, Karkat fait le gros du travail, et je me contente de regarder les exercices des yeux pendant plusieurs minutes avant de finalement me décider à essayer de déchiffrer toutes ces suites de chiffres et de lettres – et finalement, on finit par venir à bout de ces devoirs de maths. Plus que l'anglais…
Je commence à regarder la liste des mots à apprendre en silence, grelottant. J'aimerais bien me glisser sous ma couette, là… Pas sûr que Karkat le prendrait bien par contre. Il est plutôt dur quand il s'agit du travail scolaire. Enfin, visiblement, il aura trouvé raison d'être énervé quand même :
« RAAAAHHH ! Hurle-t-il. MAIS TU VAS ARRÊTER DE CLAQUER DES DENTS OUAIS ?! »
Je sursaute, manquant de me mordre la langue au passage. Je fronce les sourcils, vexé, tout en me reculant un peu sous l'effet de son cri.
« M-mais j'y p-p-peux rien si j'ai froid p-p-purée ! Il fait b-b-beaucoup trop f-f-froid ici ! »
Karkat lâche un soupir désespéré et se met à fouiller ma chambre du regard. Je le suis des yeux, pas trop sûr de comment je doive réagir et tentant sans résultat de calmer mes dents qui claquent. Au bout d'un moment, voyant qu'il ne dit toujours rien, je me rabats sur mes mots de vocabulaire, les lisant et relisant encore pour les faire rentrer dans mon cerveau têtu.
Quand soudain, je vois Karkat se lever. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qui se passe que je sens se glisser derrière moi, collant sa poitrine contre mon dos et serrant ses bras autour de moi.
« Eeeeeeeh mais t-tu fais quoi là ?!
- Ta gueule. T'as froid, non ? Bah j'te réchauffe. Concentre-toi, maintenant. »
Que je…
QUOI ?
Comment il veut que je me concentre, là ?!
Je bafouille toutes sortes de protestations, pas bien sûr moi-même de ce que je raconte, mais le troll m'ignore royalement, et à la place m'interrompt d'une voix ferme.
« Déclaration ? »
Euh… Hein ? Déclaration ?
De quoi il me parle ?
Arg, j'arrive pas à me concentrer avec lui derrière-moi ! Même si… C'est vrai que j'ai moins froid, d'un coup. Je sens la chaleur de Karkat parvenir jusqu'à moi à travers mon pull. Comment il fait pour toujours avoir la peau aussi chaude ? Est-ce que tous les trolls sont comme ça, ou c'est juste lui ?
Perdu dans mes pensées, je sursaute lorsque Karkat reprend la parole en soupirant :
« Donne-moi la traduction anglaise, crétin !
- Oh… euh… Statement ?
- Correct. Baril ?
- Euh… euhm… Barrel ? »
Je sens mon corps se réchauffer peu à peu tandis que Karkat continue de me demander du vocabulaire. J'ai un peu de mal à réfléchir tout en sachant le troll juste derrière moi, sa tête appuyée contre mon épaule, de manière à ce que son souffle vienne caresser mon cou à chaque nouveau mot qu'il prononce.
C'est plutôt agréable d'être comme ça… Qu'est-ce que je raconte ? C'est carrément le paradis, en fait. Enfin, ce le serait encore plus sans ces stupides mots de vocabulaire à retenir.
Rapidement, Karkat me demande un mot dont je ne suis pas trop sûr de la traduction. Je bafouille quelque chose qui me semble faux dès le moment où je le prononce, mais le troll ne me laisse pas le temps de me rattraper. Je sens ses bras se resserrer autour de ma taille, et mon ventre faire un salto arrière par la même occasion. Si j'avais encore un peu froid la seconde d'avant, ce n'est plus du tout le cas à présent. Surtout que…
Je sursaute, un cri mêlé à un gémissement manquant de traverser mes lèvres au moment où les crocs de Karkat viennent jouer avec la peau de mon cou.
Je…
Ouaaah !
A-Attends, il plaisante, là ? Comment… Comment est-ce qu'il veut que je réfléchisse correctement s'il… !
« K-Karkat ! Tu fais quoi, enfin ?!
- Eh bien, souffle-t-il en me lâchant. À chaque fois que tu feras une faute, je ferais ça. C'est mieux que de te frapper, non ? Hmmm… ?
- Q-quoi mais… mais non, comment tu veux que j'arrive à me concentrer ensuite, si tu f-fais ça ?! »
Je ferme mes yeux, tentant de me remémorer la sensation trop vite évanouie des dents de Karkat sur mon cou. Mon cœur doit probablement battre des records de vitesse, là. En tout cas, il cogne dans ma poitrine, et j'ai du mal à reprendre un rythme de respiration régulier. Je dois être super sensible du cou c'est pas possible que ça me fasse un tel effet juste parce qu'il mordille doucement ma peau… !
J'essaie de retrouver ma concentration, luttant avec moi-même pour écouter ce que Karkat me dit au lieu de me retourner et de goûter un peu plus à ses lèvres qui sourient malicieusement.
« Ça, c'est pas mon problème. Allez, focus, John. Et n'oublie pas que si je fais trop ça, tu risques d'avoir un suçon… »
Ah ! C'est vrai, j'avais pas pensé à ça… Ce serait mauvais, j'ai déjà eu assez de la fête du nouvel an, je veux pas en plus que tout le lycée soit au courant ! Surtout que demain c'est la rentrée, et je suis pas sûr d'avoir un pull à col roulé dans mes affaires…
Je fais de mon mieux pour me concentrer, mon cerveau tournant à une vitesse record pour me rappeler des mots de vocabulaire que je traduis sans même réfléchir à leur sens. Je fais quelques erreurs, et Karkat ne manque pas d'en profiter, jouant à chaque fois un peu plus longtemps avec ma peau, passant parfois sa langue brièvement dessus – et manquant de me faire perdre complètement la tête, inutile de le préciser.
Je ne sais pas si la technique de Karkat marche vraiment, mais je finis par retenir tout ce maudit vocabulaire, et un gargouillis venant de mon estomac vient me rappeler à l'ordre. Karkat se lève alors, me laissant avec un arrière-goût insatisfait. Je dois faire un grand effort pour prendre sur moi et le laisser partir, pour me diriger moi-même vers le réfectoire après avoir rapidement vérifié l'état de mon cou – ma peau est un peu rouge, mais rien de bien flagrant à moins d'y regarder de trop près.
J'ai beau me dire que ce serait pas raisonnable de rester plus longtemps, surtout que la rentrée est demain et qu'il va falloir se lever tôt pour la première fois depuis un bout de temps, je n'arrive pas à faire taire totalement cette partie de moi qui ne veut qu'une chose : retourner dans les bras de Karkat.
...
Ce soir-là, je ne m'attarde pas trop au réfectoire et retourne dans ma chambre aussitôt le repas terminé, enfilant mon pyjama en vitesse, mettant à manger à Casey et me brossant les dents machinalement avant de finalement me laisser tomber lourdement sur mon lit avec la ferme intention de ne plus en bouger avant demain matin. J'ai pas sommeil, loin de là, mais j'ai plus envie de rien faire.
Enfin, si, j'ai envie de sortir de là et de filer droit vers la chambre de Karkat, mais ce serait pas vraiment recommandé, hein.
C'est de sa faute, aussi… Il s'amuse avec moi, et au final me laisse planté comme un crétin. Quoique, je lui ai déjà fait la même chose, en fait. Plus d'une fois, même. Maintenant je comprends ce que ça fait…
Je m'allonge sur le dos, passant mon bras devant mes yeux pour cacher la lumière de la lune qui filtre à travers ma fenêtre. Est-ce que Karkat pense à moi, lui aussi, en ce moment ? Ça fait combien de temps, une semaine depuis qu'il m'a dit qu'il m'aimait, à l'hôpital ? Je sais pas si on peut vraiment dire qu'on « sort ensemble », en fait… J'ai jamais été avec personne, encore moins un garçon, et encore moins un troll. On est censé faire quoi, dans ces cas-là ? Se donner rendez-vous au ciné, passer du temps ensemble ?…
Et puis… S'embrasser, et…
Je me retourne sur le ventre, cachant ma tête dans mon oreiller, rougissant dans le vide. Je… Je peux pas dire que j'ai jamais pensé à faire ce genre de choses avec Karkat, même avant que je lui dise que je l'aime… Mais c'était juste des pensées comme ça, rien d'inhabituel pour un garçon en pleine adolescence, je pensais pas qu'à un moment ça pourrait réellement arriver…
J'arrête pas de repenser au soir du nouvel an. Si on n'avait pas dû aller à la fête, si j'avais pas demandé à Karkat de s'arrêter… Est-ce qu'on serait allés jusqu'au bout ? Je sais même pas comment on est supposés faire ça entre garçons ! Et surtout, on n'est pas de la même espèce, techniquement… Est-ce que c'est seulement possible de faire ça entre humain et troll ? Je sais même pas comment ils sont foutus exactement en dessous de la ceinture ! Rose avait plus ou moins commencé à m'expliquer, peut-être que si j'avais pas fait mon gamin et bouché mes oreilles… !
Oh bon sang, mais à quoi j'suis en train de penser, moi ? Fichues hormones ! Comment je suis censé dormir, moi, si je pense à ça ?! C'est la rentrée demain, c'est tout ce qui doit me préoccuper, là !
Je me donne tape le front du poing pour me ramener à mes esprits et tire la couette jusqu'au haut de ma tête, me repliant un peu sur moi-même pour tenter de me réchauffer un peu. Ce qu'on se les gèle ici, quand même… Je résiste à nouveau à une pulsion qui me dit de filer jusqu'à la chambre de Karkat. C'est un peu trop devenu une habitude ces derniers temps, de dormir collé à lui, au point que j'ai du mal à trouver le sommeil tout seul maintenant. C'est fou ce que mon lit a l'air vide, sans lui…
...
Après avoir passé des heures à me prendre la tête pour des questions débiles et/ou embarrassantes, c'est complètement épuisé que j'arrive en classe le lendemain matin, après avoir raté le petit déjeuner pour m'être réveillé trop tard et avoir dû me contenter de quelques biscuits avalés en vitesse. Je salue rapidement Dave et les autres avant de me laisser tomber sur ma chaise, croisant mes bras sur mon bureau pour y caler ma tête. Lorsque le professeur arrive, je lève les yeux pour regarder les trolls entrer, ne m'arrêtant que lorsque j'aperçois Karkat, en pleine discussion avec Gamzee – qui a l'air toujours aussi assommé au passage. Nos regards se croisent un instant puis se détournent.
À la pause de dix heures, je ne vais pas lui parler non plus. Même si on mange tous ensemble avec les trolls à midi à présent, on a gardé l'habitude de rester en deux groupes distincts pendant le reste de la journée. En fait, à part dans notre petit cercle d'amis, peu de trolls traînent avec des humains même à midi. Dernièrement, il pouvait arriver qu'on voit des élèves trolls et humains ensemble à la bibliothèque ou quoi, mais depuis que l'exposé est terminé, ça recommence à devenir assez rare. Et bien sûr, il y a toujours autant d'incidents concernant des bagarres entre les deux espèces.
Et puis, je sais pas si c'est moi qui me fais des idées, mais j'ai l'impression que les autres élèves humains (de notre classe ou non) nous évitent un peu, moi, Jade et les deux autres. Pas qu'on se parlait beaucoup déjà avant, mais bon… Enfin, c'est peut-être juste mon imagination. Pas de quoi se prendre la tête.
...
Les jours se passent tranquillement, sans rien pour venir perturber l'ordinaire. J'ai pris l'habitude de retrouver Karkat tous les jours après les cours pour réviser, ou regarder des films lorsqu'on n'a plus de devoirs à faire. J'ai eu l'occasion de regarder plusieurs autres « chefs d'œuvre » de la cinématographie troll (enfin, c'est comme ça que Karkat les appelle, mais personnellement je ne vois pas ce qu'ils ont de si intéressants : il ne s'y passe rien !), et j'ai montré quelques classiques de ma propre collection de films d'action à Karkat, même si ce dernier n'est pas un très bon public et passe son temps à commenter chaque scène pour en relever tous les « défauts ». On a fini par voir le film offert par Sollux aussi, même s'il m'a fallu un bon moment avant de me résoudre à ouvrir la boite de nouveau pour la vider de son autre contenu.
On a aussi reçu nos notes pour les épreuves passées avant les vacances, et je me suis pas trop mal débrouillé ! J'ai eu un peu plus de la moyenne en maths, et une assez bonne note en alternian, ce qui va bien aider à remonter ma moyenne qui commençait à tomber un peu trop bas depuis le début de l'année. Karkat, pour me récompenser, m'a une fois de plus cédé son dessert en échange du mien à midi, ce qui a laissé naître un grand sourire sur mon visage qui ne m'a plus quitté de la journée après ça.
En revanche, toujours rien pour nos notes d'Histoire. J'imagine que ça doit prendre du temps de corriger tous ces exposés, à moins que ce ne soit juste le prof qui soit fainéant, je sais pas. En général je n'y pense pas trop, mais à chaque nouveau cours de cette matière je ne peux pas m'empêcher de stresser un peu. Il a dit que la note serait déterminante pour passer notre année, donc forcément ça m'inquiète, et je ne pense pas être le seul. Je ne m'en fais pas trop pour Rose et Kanaya, mais pour Jade ce n'est pas la même histoire. Elle m'a assuré qu'elle et Terezi étaient plutôt confiantes, mais le fait qu'elle ait refusé de me dire quel sujet elles avaient choisi – pour la « surprise », qu'elle me dit – n'aide pas à moins m'en faire. Quant à Dave et Gamzee… Eh bien, j'ai du mal à imaginer Dave travailler sérieusement sur quoi que ce soit, mais c'est vrai qu'il a passé pas mal de temps avec son binôme troll dernièrement, donc peut-être que je m'en fais pour rien ?
...
Le vendredi arrive enfin, et après une matinée mentalement éreintante, la sonnerie marquant la dernière heure de cours retentit enfin, et il ne me faut pas dix secondes pour fourrer toutes mes affaires dans mon sac et avancer jusqu'à Karkat. Ce dernier finit de ranger ses cahiers un peu plus tranquillement, et je le vois vaguement sortir une feuille de son casier, la lire rapidement et la froisser en boule sans plus s'y attarder.
« C'était quoi ? Je demande.
- Rien, t'occupe.
- T'es sûr ? C'est pas la première fois cette semaine que je te vois sortir des feuilles de ton casier ou quoi… Quelqu'un te fait une blague ?
- À toi de me le dire. C'est toi, le pranking master, non ? Dit-il avec un petit rire.
- Hé, c'est quoi ce ton ironique ? Je SUIS le pranking master, le maître incontesté des farces et des plaisanteries, et personne ne peut me contredire là-dessus !
- Ouais, c'est ça. Bon, tu te ramènes ? J'ai la dalle, là. »
Je roule des yeux mais le suis sans rien dire ; j'ai pas mal faim moi aussi, faut l'avouer.
Nous arrivons au réfectoire où nous retrouvons tous nos amis à table, ainsi que Tavros, qui se joint à nous de temps en temps lui aussi. Même si, depuis la soirée de Noël, l'ambiance est assez tendue entre lui et Jade, et généralement cette dernière fait tout pour s'asseoir le plus loin possible de lui à table. Je lui ai posé vaguement la question un jour, et elle m'a dit en soupirant que le jeune troll la collait un peu trop depuis ladite soirée, et qu'elle avait un peu de mal à lui faire comprendre qu'elle n'était pas intéressée. Je ne m'en suis pas mêlé davantage.
En tout cas, Tavros est plutôt sympa, même si un peu timide, et puis je suis toujours content de voir mon cercle d'amis s'agrandir. Il nous arrive aussi de discuter un peu avec Nepeta et Equius, mais ces deux derniers se joignent rarement à nous à midi. Peut-être parce qu'à nous tous, on occupe déjà une table entière au réfectoire – c'est même dur d'en trouver une assez grande de libre, et parfois on est obligés de se séparer en deux groupes car toutes les grandes tables sont déjà prises. Dans ces moments, c'est toujours un dilemme de savoir si je dois aller m'installer avec Karkat, ou rester plutôt avec Jade, Dave et Rose. Ces derniers m'épargnent généralement ce choix difficile en se séparant de manière à ce qu'on soit toujours deux humains à la même table, mais si j'avais un jour à devoir choisir entre mes amis d'enfance et Karkat, je sais honnêtement pas ce que je ferais. J'espère que j'aurai jamais à choisir.
...
Après manger, je parviens après une longue discussion à convaincre Karkat de remettre les devoirs du weekend à un autre jour et d'aller faire un tour en ville avec nos amis. Pour une fois, un petit rayon de soleil est venu pointer le bout de son nez, et ça aurait été dommage de ne pas en profiter. Nous allons donc nous balader, nous arrêtant tantôt dans des magasins spécialisés dans les jeux vidéo ou les CDs, où Dave et Sollux passent pas mal de temps, tantôt dans des boutiques de vêtements où Kanaya semble toujours trouver beaucoup de plaisir à faire essayer diverses tenues à Jade ou Terezi. Moi et Karkat y avons aussi parfois droit lorsqu'elle trouve quelque chose qui « nous irait à merveille », et si je finis généralement par céder tant elle insiste et à acheter ce qu'elle me recommande tant que ce n'est pas trop cher, Karkat est un peu moins conciliant et on finit souvent par devoir sortir de la boutique pour ne pas gêner les autres clients avec ses cris.
Le beau temps ne dure malheureusement pas bien longtemps, et le ciel ne tarde pas à s'assombrir dangereusement, aussi nous ne tardons pas trop avant de retourner à l'internat en fin d'après-midi. Karkat passe tout le trajet du retour à se plaindre, mais au fond je sais qu'il s'est bien amusé lui aussi. Après qu'il m'ait demandé – enfin, « ordonner » serait plus juste – de le rejoindre le samedi pour faire nos devoirs ensemble, nous retournons dans nos chambres, et je passe le reste de la soirée à trainer sur l'ordinateur ou à jouer avec Casey.
...
Comme promis, je retrouve Karkat le samedi dans sa chambre, et comme promis, nous passons une bonne partie de l'après-midi à étudier. Nos devoirs finis, je me laisse tomber sur le lit du troll, sourd à ses protestations à la fois parce que je squatte son lit et parce que même si les devoirs sont faits, il reste encore à revoir les cours de la semaine.
« C'est bon, on peut le faire demain, ça… »
Je me cale le dos contre le mur, ramenant mes genoux vers moi dans l'espoir que ça me réchauffe un peu. Il fait moins froid dans la chambre de Karkat, j'ai l'impression. Peut-être parce qu'on est deux dans une petite pièce ?
« Comme si t'allais le faire demain, grogne Karkat. Si je suis pas là pour te pousser, tu fous rien jusqu'à la veille de l'exam.
- Et si je suis pas là pour t'arrêter, tu passes ta vie à réviser. Tu vois ? On se complète. Allez, t'as pas un film qu'on puisse regarder ? »
Il ouvre la bouche pour répliquer quelque chose mais se ravise, et à la place se dirige vers son armoire d'où il sort un dvd.
« J'espère que c'est pas encore une comédie romantique troll !
- Oh, si t'es pas content, tu peux te barrer !
- Bon, ça va, ça va… »
Je laisse Karkat lancer le film, tourner l'écran de son ordinateur vers nous, et s'asseoir à côté de moi, attrapant son oreiller au passage pour le caler derrière son dos. Le film est à peine commencé que je me remets à grelotter, et Karkat, poussant un long soupir, se lève jusqu'à son placard pour en sortir une couverture qu'il m'envoie sur les jambes avant de se rasseoir. Je le remercie en souriant, partageant équitablement la couverture entre nous deux, me rapprochant au maximum de lui jusqu'à ce que nos épaules se touchent.
Comme avec tous ses films, je ne comprends pas grand-chose à l'histoire, même si à force je commence à saisir de mieux en mieux les principes de la romance troll. Je ne manque pas de poser des questions à Karkat à chaque fois que je ne comprends pas quelque chose, et ce dernier me répond toujours en grommelant.
« Attends, attends… Pourquoi est-ce que la fille s'en va ? Je croyais qu'elle aimait le type !
- T'as rien compris, crétin d'abruti fini ! C'est lui qui a des sentiments rouges pour elle, mais elle ne cherche qu'une relation pâle ! En parallèle, elle commence à ressentir trop de sentiments noirs pour le type au sang vert, et son quadrant avec l'autre va se casser la gueule si personne ne leur sert d'aupistice, c'est pour ça qu'elle doit aller retrouver l'autre fille avant que le mec ne parte en guerre !
- Je comprends plus rien, là ! Je croyais qu'elle était morte, celle-là !
- Tu rigoles ? C'était pas elle, c'était son clone paradoxal créé par ectobiologie qui a disparu au moment où elle l'a remplacé dans le présent ! Bordel mais t'as rien suivi de l'histoire ou quoi ?! »
Je pousse un long soupir et décide de ne plus batailler : à ce stade-là, c'est mort, j'arriverai plus à rien suivre. De toute façon le film doit être bientôt fini, maintenant. Je cherche de quoi m'occuper, et attrape la peluche crabe que j'ai offerte à Karkat à Noël, posée à côté de son oreiller.
« Tu la gardes toujours sur ton lit ? Je demande en souriant. Tu dors avec ou quoi ?
- B- Bien sûr que non, crétin, qu'est-ce que tu vas imaginer ?!
- Quoi, pourquoi t'es gêné ? J'ai deviné juste ?
- Pas du tout !
- J'suis sûr que tu dors avec !
- Pourquoi je dormirais avec ce truc débile ?! Ferme-la un peu, j'essaie d'écouter ce putain de film ! »
Je prends un air théâtral, serrant dramatiquement la peluche contre moi, mes mains plaquées là où seraient situées ses oreilles si elle en avant.
« Comment tu peux dire ça devant lui ! C'est rien, Karcrabe, papa pensait pas ce qu'il disait, t'en fais pas…
- T'as fini de donner des surnoms débiles à cette peluche ?! J'ai l'impression d'entendre Peixes et ses putains de jeux de mots à la con !
- Tu préfères Crabekat ?
- Pourquoi il faut nécessairement qu'il y ait une partie de mon nom dedans ?
- Alors quoi, tu l'appelles comment, toi ?
- Je l'appelle pas, c'est qu'une putain de peluche !
- Oh, si t'en veux pas je la reprends, hein ! »
Je fais mine de me lever, mais Karkat est plus rapide, et en un éclair la peluche disparaît d'entre mes bras pour se retrouver dans ceux du troll, qui se dépêche d'aller la ranger dans son armoire. Il referme la porte de celle-ci et me jette un regard, un peu comme un chien qui protègerait son os, et je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire.
Karkat retourne vers l'ordinateur en grommelant toutes sortes d'insultes, quittant le film qui était de toute façon terminé, et rangeant le CD dans sa boite avant d'attraper un cahier sur son bureau et de se rasseoir sur le lit sans me regarder.
« Puisque tu veux plus voir de films, on peut se remettre à réviser.
- Oh, allez, te vexe pas ! Je plaisantais pour la peluche.
- Rien à foutre. Si tu veux pas bosser, au moins ferme-la. »
Je soupire en le regardant plonger son nez dans son cahier. L'après-midi est bientôt terminé, et les derniers rayons de soleil ne tarderont probablement pas à s'éteindre et à laisser la chambre dans la pénombre. J'observe un peu Karkat en silence. Il est quand même super beau quand il prend cet air sérieux qu'il a quand il révise. Il plisse un peu les yeux par moments, par contre, c'est pas la première fois que je le remarque.
Je déglutis en le voyant se mordre légèrement la lèvre inférieure. Je sais pas si c'est une bonne idée de faire ça, mais quand je le vois tout sérieux comme ça, je peux pas m'empêcher d'avoir envie de le taquiner. En plus, je ne me suis pas encore vengé pour la dernière fois, quand il me faisait réviser mes mots de vocabulaire.
Je fais taire la petite voix dans ma tête qui essaye de me rappeler que tout acte a ses conséquences, et laisse cette pulsion soudaine prendre le dessus. Sans lui laisser le temps de réagir ou de comprendre ce qui se passe, je me tourne vers Karkat et tends une main jusqu'au haut de sa tête, la posant sans préavis sur une de ses cornes. C'est le moment de voir si Kanaya a dit vrai.
Dès l'instant où mes doigts se posent sur la surface lisse de l'appendice, je sens Karkat sursauter.
« Putain John ! Qu'est-ce que tu f- ! »
Je ne le laisse pas finir sa phrase, et ait à peine le temps de voir son visage tourner au rouge vif que déjà je me rapproche de son autre corne jusqu'à effleurer sa base de ma langue, remontant lentement avec celle-ci jusqu'à son sommet arrondi.
Le cahier que tenait Karkat tombe de ses bras pour aller s'écraser au sol, brisant le silence du garçon qui semble s'être carrément arrêté de respirer. Je suis tenté de me reculer pour voir quelle tête il fait, mais le désir de continuer l'emporte sur ma curiosité. Je parcours toute la surface de sa corne de ma langue, plus que satisfait en découvrant à quel point elle est lisse et légèrement tiède. De ma main gauche, je caresse doucement sa jumelle, pressant légèrement mon pouce et mon index contre elle.
Un bref gémissement se faufilant hors des lèvres de Karkat me fait alors comprendre deux choses. La première, c'est que ce qu'on m'avait dit sur les cornes des trolls était vrai. La deuxième, c'est que je ne peux plus m'arrêter.
Je me soulève légèrement pour faire passer ma jambe gauche par-dessus celles de Karkat, m'installant à cheval sur lui, collant mon torse contre le sien, écartant de ma main libre ses deux bras qui sont restés comme paralysés après avoir lâché le cahier qu'ils tenaient. Sans arrêter les mouvements de ma main gauche, je prends son autre corne toute entière dans ma bouche, prenant bien soin de ne pas y poser mes dents, et laisse ma langue en explorer jusqu'aux moindres recoins. Je sens la respiration de Karkat sur mon cou reprendre peu à peu, son bruit vaguement masqué par celui de mon propre cœur battant à fond dans ma poitrine, résonnant dans ma tête.
Il doit bien se passer une minute ou deux avant qu'un nouveau gémissement mélangé à un râle de Karkat me fasse réaliser que je m'étais trompé sur un point.
Ce n'est pas que je ne peux plus m'arrêter.
C'est lui, que je ne peux plus arrêter.
Une main vient se plaquer contre mon épaule, ses griffes s'enfonçant légèrement dans ma peau à travers le tissu pourtant épais de mon sweat, et me pousse sans préavis pour me faire basculer allongé sur le lit. Je sens l'excitation me dévorer le ventre, et Karkat appuie sans douceur ses lèvres contre les miennes. Je sens ses crocs jouer avec, les mordiller doucement, à la manière de notre tout premier baiser. Mais je ne m'en plains pas, l'encourageant même à continuer en posant une main sur sa nuque pour le rapprocher, l'autre main retournant caresser la corne que, sous la surprise, j'avais lâchée. Karkat me répond par un gémissement étouffé dans ma bouche (putain, comment est-ce qu'un son peut m'allumer à ce point, c'est pas possible… !), et par une main qui se glisse sous mon t-shirt pour aller caresser mon ventre.
Je réponds à son baiser avec encore plus d'ardeur et cherche à baisser ma main jusqu'à son dos, mais me retrouve bloqué par ses vêtements. Poussant un grognement de frustration, j'essaie de faire reculer Karkat pour retirer tout ce tissu qui me sépare de sa peau si chaude, mais le troll n'a pas l'air décidé à libérer ma bouche de sitôt et mords ma lèvre inférieure un peu plus fort pour me le faire comprendre avant de retourner chercher ma langue. Je capitule, oubliant quelques instants ce que j'avais voulu faire plus tôt pour me perdre totalement, plus rien n'ayant d'importance que la langue de Karkat contre la mienne à présent.
Le besoin d'oxygène nous fait cependant nous séparer, un peu trop vite à mon goût, et je n'ai pas besoin de faire comprendre quoi que ce soit à Karkat qui retire de lui-même son sweat et son t-shirt d'un même geste avant de faire pareil avec les miens. Il reste un petit moment à me regarder, comme pour faire durer au maximum l'attente entre le moment où je pourrai enfin sentir sa peau contre la mienne. Une petite lueur dans ses yeux m'indique qu'il est quand même un peu plus conscient qu'il en avait l'air lorsqu'il m'a plaqué contre le lit, et je le sens hésiter un moment.
« John… »
Je plaque ma main contre sa bouche. Il a pas besoin de me prévenir. Il l'a assez fait, non ? C'est pas comme si je pouvais me mentir à moi-même plus longtemps. Je suis pas encore tout à fait sûr de ce que je fais, ni de ce que je veux, mais je crois que ça ne m'avancera à rien de me poser trop de questions.
J'esquisse un petit sourire avant de me redresser légèrement pour retourner l'embrasser, et le troll glisse sa main derrière ma tête avant de me rallonger doucement sans se séparer de mes lèvres. Ce baiser est plus doux que le précédent, à l'image de ceux que nous partageons de plus en plus souvent, récemment ; mais un brin de passion l'habite toujours. Je glisse mes bras dans son dos, laisse mes doigts descendre le long de sa colonne vertébrale, puis tourner pour atteindre les marques sur ses côtes, les caressant doucement avant de remonter jusqu'à son dos à nouveau. Karkat libère mes lèvres pour aller s'attaquer à la peau de mon cou, qu'il mordille tout doucement avant de passer sa langue sur les endroits précédemment mordus. Il a vraiment trouvé mon point faible… Putain !…
Je n'essaye plus de retenir les gémissements qui s'échappent de mes lèvres, et qui semblent faire plus que plaisir à Karkat, qui est en train de descendre de plus en plus bas. Je me préoccuperai plus tard des marques qu'il est probablement en train de me laisser partout, pour l'instant c'est trop bon pour que je puisse dire quoi que ce soit. Je profite qu'il soit un peu baissé pour retourner lécher une de ses cornes, le paralysant sur le coup pendant quelques secondes pour le laisser encore plus haletant qu'avant.
« Arrête… ça… ! Grogne-t-il entre deux gémissements.
- Nnng… Pourquoi ? »
Ignorant sa demande, je continue de plus belle, attrapant sa nuque pour ne pas retomber, mon autre main allant se perdre dans son dos. Je sens la respiration de Karkat s'intensifier, son souffle me réchauffant la peau, ses griffes venant se planter dans mes côtes et me faisant grimacer un instant, sans pour autant me faire arrêter. Je ne m'arrête pas non plus lorsqu'il se remet à mordre ma peau, un peu plus fort cette fois, probablement pour tenter de retenir un gémissement qu'il ne parvient à étouffer qu'à moitié. C'est là que je ne tiens plus ; je me recule pour aller chercher ses lèvres et l'embrasser de nouveau. Un léger goût métallique se répand dans ma bouche – probablement qu'il m'a mordu jusqu'au sang. Bon, je l'ai bien cherché… Mais j'ose même pas imaginer de quoi j'aurai l'air en me regardant dans la glace, demain.
Le baiser s'intensifie, dure quelques secondes, et lorsque Karkat se recule, je le regarde dans les yeux un long moment. Sa main est posée contre ma poitrine. Il doit sentir à quel point mon cœur bat vite, comme ça. Je n'arrive pas à formuler de phrase suffisamment cohérente dans ma tête, aussi j'essaye de lui faire comprendre tout ce que je ressens d'un regard – à quel point je l'aime, à quel point j'en ai envie.
Je sais pas si ça a marché, mais il retourne m'embrasser, et mon cerveau se déconnecte totalement. Je fous mentalement un coup de poing dans la face des conséquences, qui n'ont plus intérêt à venir m'embêter avant demain matin, et laisse ma conscience dériver totalement, se perdant entre les bras de Karkat, entre son corps chaud, son cœur qui bat aussi fort que le mien.
...
...
Note de Plume d'Eau : Hey les gens ! Je pique le micro à Aku deux secondes, j'ai des petites choses à vous dire. Déjà bon j'commencerai par le fait que c'est toujours un plaisir de savoir que vous nous lisez et que vous aimez ce qu'on fait. Ensuite, euh, désolée pour comment le chapitre se finit ; mais si jamais le bureau des réclamations, c'est vers Aku, c'est elle qui décide comment on coupe les chapitres ! *baltringue*
Enfin, il fallait que je vous communique des petites choses… En effet, vous savez sans doutes pour certaines que ce RP avait quelques chapitres d'avance sur les post que nous écrivons tour à tour, sur un forum. Eh bien cette avance a été grignotée, et à la fin du chapitre prochain, on va se retrouver devant un petit problème. C'est à mon tour de répondre au post, mais moi je suis coincée dans une situation un peu problématique qui tient en un seul mot : « examens ». Aku vient de finir les siens, mais les miens sont dans deux semaines (et dureront deux semaines), et actuellement, ma vie se résume à : « Réviser – Dormir – Réviser – Dormir ». Je crois que parfois je mange, mais c'est devenu assez rare en fait.
Donc voilà, le fait est que je profite de tapoter quelques lignes quand je fais des pauses ou que j'en ai le temps, mais cela reste très rare, et il me faudra donc du temps pour parvenir à faire le prochain post et donc à pouvoir constituer le prochain chapitre. Cela signifie donc qu'après le chapitre de la semaine prochaine, il vous faudra sans doute attendre un peu avant de pouvoir lire la suite des aventures de nos amoureux préférés.
Je suis vraiment désolée de ça. Mais promis dès le 7 juin – ou un peu avant si je trouve du temps ! – je me remets à Curiokat avec ferveur et je vous pondrai un post magnifique pour me faire pardonner.
En attendant, passez de bonnes semaines et pensez à moi qui galèrerai sur mes cours de psychologie de l'éducation ! :)
Et n'oubliez pas les reviews hein ? ;D *fuit sous la pluie de tomates*
