Curiosity killed the Karkat
Part 13

Karkat

Après une semaine carrément crevante à reprendre les cours, à supporter les autres crétins d'élèves en classe, ces crétins de mots glissés dans mes affaires, toujours aussi charmants, entre les « tu nous fais vomir » ; « qu'est-ce que tu fous ici connard » ; « tu ferais mieux de crever la gueule ouverte » et autres joyeusetés, et enfin avec mon crétin personnel que je suis obligé de forcer au travail à coups de bouquin en travers de la tronche, on arrive finalement au week-end.
Et oui, je sais que cette phrase était longue. Au moins aussi longue que cette foutue semaine.

J'aurais aimé travailler vendredi après-midi pour aborder le week-end un peu plus sereinement, avec les révisions des prochaines épreuves – dans à peine trois semaines –, mais bon, ce débile fini d'Egbert a réussi à me trainer en ville pour qu'on fasse je sais pas quelle débilité. Je passe ensuite la soirée à travailler déjà un peu de mon côté certaines fiches de lectures pour quelques livres que j'ai lus afin d'approfondir certaines matières.

J'ai aussi une envie qui me démange furieusement de commencer à faire mes devoirs tout seul, puisque là je peux mettre mes lunettes et pas me bousiller les yeux et le cerveau, mais je sens que si je le fais, ça va être un peu délicat ensuite de faire bosser l'abruti demain, puisqu'il m'a juré qu'il viendrait ici pour travailler.

Enfin bon.
C'est donc avec un grognement vaguement appréciatif que je l'accueille le lendemain dans ma chambre et qu'on se met à bosser – à mon grand plaisir, sans entendre de claquement de dents ; il semblerait que ma piaule soit plus chaude que la sienne. On passe à peine quelques heures à travailler, le temps de finir à peine tous les devoirs que les profs nous avaient donnés pour la semaine. Dès ceci fini, ce crétin semble décider qu'il a bien assez travaillé et décide d'aller squatter… mon lit.
Putain.

Il peut vraiment pas se foutre autre part, non ?! Il le fait exprès bordel !
Je lui grogne dessus sur le fait qu'il se gêne pas pour balancer ses miches dans les endroits personnels, ou sur le fait qu'il nous reste encore largement des tas de révisions pour les cours et aussi pour les prochaines épreuves, mais il me rembarre carrément d'un soupir avant de me lancer, nonchalant :

« C'est bon, on peut le faire demain, ça… »

Un nouveau grognement, un soupir, tandis que je le regarde prendre tout à fait possession de mon lit en se calant contre le mur, les genoux contre la poitrine.

« Comme si t'allais le faire demain. Si je suis pas là pour te pousser, tu fous rien jusqu'à la veille de l'exam.
- Et si je suis pas là pour t'arrêter, tu passes ta vie à réviser. Tu vois ? On se complète. Allez, t'as pas un film qu'on puisse regarder ? »

Je suis sur le point de lui répondre une longue, très longue série d'insultes avec des cris et hurlements en sus, mais finis par me dire que ça ne servirait à rien, et referme la bouche. Je me lève et vais sortir un dvd de mon armoire, qu'il s'empresse au passage de critiquer, avant de se la fermer quand je lui réplique méchamment qu'il n'a qu'à se barrer s'il est pas content.

Ouf. J'préfère de loin qu'il reste. Même si j'aimerais mieux qu'on m'arrache la langue que de le dire.

Une fois le film lancé et mes fesses posées sur mon lit, j'espère que l'autre me foutra un peu la paix pour les deux prochaines heures à peu près. Peine perdue. Sitôt confortablement installé et dans le film, il se met à grelotter à côté de moi. Il me faut au moins un profond soupir pour avoir le courage de me relever et d'aller chercher dans mon armoire la couverture que je lui avais déjà plus ou moins prêtée quand il s'était endormi dans mon lit, la première fois. Je la lui balance à la figure avant de regrimper sur le lit pour me réinstaller. Il me surprend un peu en se collant littéralement à moi pour étaler la moitié de la couverture sur mes jambes, puis reste comme ça, son épaule contre la mienne.

…Ouais, bon. Concentrons-nous sur le film, hein ?

Chose qui sera peu aisée puisque ce crétin ne cessera de me poser des questions à tort et à travers sur ce film pourtant oh combien intéressant – que dis-je, captivant – et qui lui, AU MOINS, a un scénario.

Non, je ne pense pas du tout à ses films débiles, non. À peine.

Je l'entends pousser un soupir à la fin d'une de nos répliques. J'ai l'espoir, qu'un instant, il ait décidé de se taire et de me foutre la paix pour le reste du film, mais j'en oublie qu'il ne sait pas ce que tout ça – se taire, laisser les autres en paix pour faire ce qu'ils aiment – signifie.
Et donc il s'attaque au truc le plus proche qui soit de lui.
Mon crabe en peluche. (Et moi, accessoirement, mais c'est un détail).

Et merde.

Je le regarde attraper mon crabe – eh, un peu de douceur oh, espèce de brute ! – pour la retourner dans tous les sens en la fixant, attentif.
Qu'est-ce qu'il va encore inventer, cet abru…

« Tu la gardes toujours sur ton lit ? Tu dors avec ou quoi ? »

EEEEEEH ?
C'est quoi ces questions ? C'est quoi ce sourire de crétin putain ? C'est… c'est…
Mais putain, TA GUEULE ! ET NON JE DORS PAS AVEC, PAS DU TOUT, JAMAIS, ABSOLUMENT PAS TOUS LES SOIRS EN LUI FAISANT DES CALINS ET…
RAAAAHHHH !

Il me faut toute ma force mentale pour ne pas lui hurler dessus et lui répondre – presque – calmement :

« - B-Bien sûr que non, crétin, qu'est-ce que tu vas imaginer ?!
- Quoi, pourquoi t'es gêné ? J'ai deviné juste ?
- Pas du tout !
- J'suis sûr que tu dors avec !
- Pourquoi je dormirais avec ce truc débile ?! Ferme-la un peu, j'essaie d'écouter ce putain de film ! »

Oui enfin non je suis plus du tout le film là.
Plus du tout.
J'crois que j'ai lâché l'affaire au moment où il a commencé à tripoter ma peluche, mais dès le début je savais que c'était peine perdue.
Enfin…

Je roule des yeux à sa nouvelle connerie, tandis qu'il tente d'attribuer divers noms à cette pauvre peluche. Je lui réponds avec plus ou moins de légèreté – comprenez par là que je l'envoie chier les trois quarts du temps – jusqu'à ce que d'un air vexé, il me menace de la reprendre et fait mine de se lever.
Il me faut moins d'une demi-seconde pour lui prendre la peluche des mains. Après ça, je suis debout et près de mon armoire en 3 secondes top chrono montre en main. Fais mieux que ça pour voir, Egbert.
Et touche pas à mon crabe. Bordel.

Je sais pas pourquoi, mais le regard faussement haineux – mais quand même un peu sérieux – que je lui lance a pas le moindre effet voulu et ne fait que le faire exploser de rire comme le débile qu'il est. C'est avec un soupir et des insultes à la bouche que je retourne près de mon ordi pour sortir le film et le ranger dans sa boite, avant d'attraper mon cahier d'histoire et d'aller me rasseoir sur le lit, avec la ferme intention d'au moins réviser.

« Puisque tu veux plus voir de films, on peut se remettre à réviser, je lui lance.
- Oh, allez, te vexe pas ! Je plaisantais pour la peluche.
- Rien à foutre. Si tu veux pas bosser, au moins ferme-la. »

Et je décide donc de me concentrer sur ce foutu cahier, même si je suis putain d'obligé de froncer les yeux pour réussir à déchiffrer correctement ce que je lis. Ça serait tellement plus simple si je pouvais attraper mes lunettes. Mais pas tant qu'il est là. J'ai pas envie qu'il se foute de ma tronche pour ça. Certainement pas, non.

Je mordille ma lèvre sans y penser, tandis que je réfléchis à la probable réaction qu'il aurait si jamais il découvrait qu'en réalité je suis censé porter des lunettes quasiment tout le temps à cause de cette saloperie de vue qui fait chier son monde. J'en suis encore à me demander s'il partirait en hurlant ou s'il exploserait de rire devant moi quand je vois un mouvement à côté de moi. Qu'est-ce qu'il fout encore, ce cré…
OH BORDEL ! CA VA PAS RECOMMENCER !

« Putain John ! Je sursaute en lui gueulant dessus. Qu'est-ce que tu f- ! »

Il n'écoute même pas le pseudo hurlement que je m'apprête à hurler. J'ai même pas le temps de finir ma phrase qu'il a déjà bougé, ignorant le rouge écrevisse qui colore sans aucun doute mes joues tant je les sens brûler.
Et brûler encore plus lorsque quelque chose d'humide – ne me dites pas que c'est sa langue, putaiiiin… - effleure ma corne droite de la base jusqu'au sommet.
Sa race de putain de bordel de connerie de saloperie de sa mère la catin.

J'ai même pas conscience de mes mains qui s'ouvrent, inutiles, et laissent mon cahier s'écraser sur le sol dans un bruit de pages froissées. Tout ce que ma saloperie de cerveau bien trop limité est en mesure de comprendre, c'est que John est actuellement en train de promener sa langue sur la surface d'une de mes cornes – et qu'il tripote allègrement l'autre !

Il ne parvient, au bout de quelques moments, qu'à me rappeler qu'il faudrait peut-être que je pense à respirer si je veux continuer à vivre et ne pas tomber lamentablement dans les pommes. Mais au lieu d'un simple souffle d'air, c'est un gémissement bruyant qui sort de ma bouche.

Gémissement qui a l'air de carrément lui faire péter un plomb. Il l'a à peine entendu que je sens sa respiration – contre ma corne… - s'accélérer. Il ne lui faut qu'une ou deux secondes pour passer une de ses jambes par-dessus les miennes et venir totalement se coller à moi, torse contre torse, la peau de son cou dangereusement proche de ma bouche, la sienne un peu trop près de mes-hnnnn !
Bordel de sa mère la catin !

Il..je… je…. Il… a… je… …

Jkflaéjfeioaéj jéfjlejléjoifej fjajfé-jélwjlféj ojfoeiowjeoiruopqoe mlmcaemlcekiew…

Je… est-ce qu'il serait en train de…

Oui, je crois qu'il est en train de sucer une de mes cornes.
Il me faut encore trois ou quatre bonnes minutes pour parvenir à faire comprendre à mon cerveau qu'il faudrait peut-être qu'il se rallume pour me permettre de respirer.
Mais au lieu de ça, il ne fait qu'embraser le désir déjà pas mal allumé par John. Et c'est peu de le dire.
Trois choses se passent alors simultanément ou presque.

Un gémissement rauque s'échappe de mes lèvres sans que je ne parvienne à le rattraper.
John se fige un instant – trop tard.
Et je comprends à quel point ce qu'il me fait est bon – trop bon.

Reprenant le contrôle de mon corps – à défaut de mon cerveau – je résiste à l'envie de planter mes crocs dans la peau de son cou, et cela seulement parce que je sais qu'il y a quelque chose d'encore bien meilleur, à peine plus haut. Ce sont donc mes griffes qui viennent se planter dans son épaule pour le faire basculer sur le lit, et merde, merde aux conséquences.
J'écrase mes lèvres contre les siennes avec l'envie lancinante de le dévorer vivant, le ventre en feu. Je les lui mordille sans ménagement, le forçant presque à ouvrir la bouche pour y engouffrer ma langue à la recherche de sa jumelle. Mais cela n'a pas l'air de le déranger, puisqu'il agrippe sa main sur ma nuque comme un désespéré. La seconde vient caresser une de mes cornes à peine quelques instants plus tard, et je ne peux retenir un gémissement qui se perd entre nos lèvres scellées – gémissement qui a l'air de le mettre dans tous ses états, à ce que je peux sentir – tandis que je glisse mes mains avides de sa chaleur sous son pull, contre la peau brûlante de son torse.

Je le sens se presser encore plus contre moi, ses mains s'agiter presque convulsivement contre mon dos. Le grognement qu'il lâche quelques instants plus tard me donne envie de le violer sur place, sans aucun préavis. Par contre, sa tentative de me repousser du plat de la main, pas du tout. Il ne parvient d'ailleurs pas à grand-chose, puisque je le repousse contre le lit et viens mordre sa lèvre un peu plus fort histoire de lui faire comprendre qu'il n'échappera plus à rien, là.

Ce n'est que plusieurs bonnes minutes plus tard – quoi que, j'ai perdu la notion du temps, des heures auraient pu passer – que je m'autorise à me séparer un très bref instant de ses lèvres au goût de paradis. Je m'assieds presque sur son estomac et attrape le bas de mes deux pulls superposés pour les enlever prestement. Je vois John ouvrir la bouche, mais il n'a pas le temps de dire quoi que ce soit que mes mains sont déjà glissées sous ses vêtements à lui. Il se soulève un peu pour m'aider à les lui retirer, et je me fige en (re)découvrant sa peau blanche et laiteuse, si différente de la mienne.

Je le fixe un instant droit dans les yeux et mords une de mes lèvres. OK, il m'a allumé comme c'est pas permis d'allumer quelqu'un, mais est-ce que je ne devrais pas d'abord lui demander, avant de…
Enfin, c'est-à-dire, même si on est pas de la même espèce, j'imagine que ça doit être aussi important pour eux que ça l'est pour nous, non… ?
Je déglutis.

« John… »

Est-ce que tu veux vraiment faire ça ?
C'est ce que j'ai envie de lui demander, mais il ne me laisse même pas le temps. Il me fait taire en me plaquant sa main sur la bouche – très élégant – avant de me faire un de ses foutus sourires maladroits qui font chavirer mon cœur sans aucune foutue raison. Je sens sa main glisser sur ma joue tandis qu'il se rapproche jusqu'à appuyer ses lèvres sur les miennes. Prenant ça pour une invitation, je ferme les yeux, laisse mes lèvres s'entrouvrir pour goûter à nouveau au miel des siennes, et le rallonge doucement sur le lit, collant ma peau contre la sienne.

Je sens ses mains descendre doucement le long de mon dos, hésiter, s'égarer, remonter pour caresser les cicatrices sur mes flancs… Bon sang. L'idée que j'avais de le dévorer vivant est revenue dans ma tête, encore plus lancinante. J'abandonne ses lèvres sans remords pour descendre m'attaquer à la peau de son cou, mordillant délicatement l'épiderme juste sous son oreille. Un sourire machiavélique orne mes lèvres lorsque le premier gémissement franchit ses lèvres, tandis que je lèche sa peau délicatement.

J'ai eu le temps de tracer toute sa jugulaire de morsures et de suçons quand je le sens lever la tête. J'ai juste le temps de me demander ce qu'il cherche à faire lorsque je sens sa langue revenir frôler l'une de mes cornes. Un gigantesque frisson parcourt toute ma colonne vertébrale, me laissant complètement pantelant, allongé sur sa poitrine. J'ai juste la force de gémir quelques mots, le cœur cognant dans ma poitrine comme un boxeur fou.

« Arrête… ça… !
- Nnng… Pourquoi ? »

Parce que sinon je vais vraiment te violer sans aucun préavis, sans même que tu comprennes ce qu'il t'arrive, crétin !
Nnnnnnnnhhhhh ! Mais le pire c'est qu'il a envie que je le fasse je crois, il vient de recommencer ! J'étouffe un autre gémissement tandis qu'il attrape ma nuque pour assurer sa prise sur une de mes cornes, son autre main griffant légèrement la peau de mon dos. Puisqu'il a décidé de jouer à ça…

Rebaissant la tête, je retourne m'attaquer à la peau de son cou, la mordant un peu plus fort pour tenter de retenir les gémissements qu'il me fait pousser sans aucun problème. Peine perdue.

Par contre… bordel il a la peau fragile, j'ai un goût métallique dans la bouche. Je crois bien que je l'ai mordu jusqu'au sang. Je sens que ça risque d'être très beau demain. J'en suis à doucement laper le liquide rouge qui sort de la blessure quand je sens sa main appuyer plus fermement sur ma nuque pour me ramener près de son visage. Je réponds bien volontiers au baiser qu'il me donne, laissant courir mes mains contre sa peau jusqu'à rencontrer le cognement de son cœur, aussi effréné que le mien. Je m'arrête un instant pour croiser son regard, que je découvre si plein d'amour – de désir – que j'ai l'impression que mon organe vital va s'arrêter de battre, un instant. Je sens à peine un sourire effleurer mes lèvres que je retourne effleurer les siennes, avec l'envie lancinante de lui hurler à la figure – ou de lui murmurer, je ne sais plus – à quel point je l'aime.

Sous une impulsion de mes hanches, je nous retourne, me retrouvant sur le dos, John allongé sur moi. Je ne lui laisse pas le temps de s'étonner que je suis déjà en train d'attaquer la peau de son cou de mes dents – encore, mais elle a un goût si délicieux. Je ne résiste pas aux doux gémissements qu'il m'offre tandis que je remonte ma langue le long de sa nuque. J'en suis à me demander s'il respire encore quand je sens que…
Oh bon sang…

C'est à mon tour de lâcher un long gémissement, les ongles plantés dans sa peau. J'essaye de dire quelque chose, mais la sensation de sa langue contre ma corne ne réussit qu'à me faire arquer le dos pour me rapprocher encore plus près de lui. Je sens son rire chaud contre mon appendice quand je grogne doucement son nom.

« John… tu ferais mieux d'arrêter ça…
- Pourquoi ? Ça a l'air de te plaire, non ? »

Il me faut quelques autres instants – heures ? – pour réussir à lui répondre, entre deux gémissements.

« Parce que sinon… je vais te… violer. Vraiment. »

Je le sens lâcher ma corne avec un dernier coup de langue – hnnnnn ! – pour se reculer et plonger ses pupilles dans les miennes. Je sens un long frisson remonter ma colonne tandis qu'il me sourit.

« Ça me va.»

Il n'a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive que mes lèvres sont à nouveau soudées aux siennes, sa peau chaude réchauffant la mienne, mes mains courant sur son dos. Une nouvelle impulsion et je suis à nouveau au-dessus, envoyant bouler les conséquences loin, très loin, jusqu'au matin prochain, tandis que mes mains descendent pour aller s'attaquer à la boucle de la ceinture.

Pourvu que cette nuit ne s'arrête jamais.

Il doit pas être loin de onze heures quand j'ouvre un œil au radar, ébloui par un audacieux rayon de soleil. J'ai du mal à remettre ma tête en place, grognant sur le poids lourd qui écrase à moitié ma poitrine.
Jusqu'à ce que j'ouvre les deux yeux, les remette en face des trous et me rende compte de ce qu'est exactement ce poids sur ma poitrine.

John.
Endormi. Contre moi.

Oh mon Dieu.

Il ne me faut que quelques secondes pour que la nuit entière me revienne en mémoire – tout comme le rouge revient à mes joues.
Bon sang.
Je me mords la lèvre, hésitant entre le serrer de toutes mes forces contre moi ou mourir de peur à l'idée qu'il se réveille et regrette ce qu'il s'est passé.
Ah, merde. Il est en train de se réveiller.


Foutu pour foutu, hein.

Je profite qu'il soit encore un peu dans les vapes pour le serrer contre moi aussi fort que je peux tout en essayant de ne pas l'étrangler – chose peu aisée. Mais ça n'a pas l'air de tant le déranger, puisqu'il me rend mon étreinte avec ce que je devine être un soupir heureux.
Bon… jusque-là il n'a pas l'air d'être inquiet, bouffé de remords ou quoi que ce soit. C'est un bon début, je crois.
Un souffle chatouille mon cou lorsqu'il se met à parler.

« Karkat… ?
- Ouais ? Je grogne – pour la forme.
- C'est… un suçon, sur ton cou ? »

Je ne peux m'empêcher de ricaner tandis que je le sens s'éloigner un peu de moi et vois ses yeux s'élargir de plus en plus tandis qu'il compte.

« Non, je réponds sarcastique. C'est sept suçons. »

Il a à peine le temps d'adopter un air « mon-dieu-je-suis-sur-le-point-de-me-morfondre-en-e xcuses » que je reprends, un sourire machiavélique sur les crocs :

« Pas la peine de t'excuser. C'était plus qu'agréable. Et je t'ai battu. »

Il me fixe un instant sans comprendre.
Et là, je vois très clairement son cerveau se rallumer, la lumière se faire dans sa tête. Il ne lui faut que trois millisecondes pour bondir hors du lit et se précipiter devant la glace qui orne une des portes de mon armoire. Puis pour pousser une sorte de gémissement-hurlement un peu bizarre et de se tourner vers moi.
Désolé, je ne parviens pas à virer ce sourire de ma tronche. Même s'il doit être hautement débile. Mais c'est trop drôle à voir.

« E-Est-ce que… c'est…
- Quatorze suçons. Et cinq morsures. Oui. Je t'avais dit qu'il fallait pas que tu touches mes cornes. Tu l'as cherché, viens pas te plaindre. »

Il vient se rasseoir à côté de moi, l'air presque… démoralisé. Mais je goûte avec satisfaction qu'il ne semble pas regretter ce qu'il s'est passé, ce qui me rassure un peu.
Il pousse un soupir.

« Et maintenant on fait quoi ?
- On se rhabille, je réponds, observant sa peau se granuler sous l'effet du froid. On se rhabille, et on bosse. »

Il me lance un regard étonné tandis que je me lève à mon tour, traversant la pièce pour aller me chercher un pantalon et un sweat. Je soupire en voyant qu'il ne bouge pas, et lui balance ses affaires à la figure.

« Grouille ! Ou je rajoute encore des marques ! »

Étrangement, il est encore plus rapide que moi pour se rhabiller. Bizarre, il avait l'air d'apprécier ça pourtant hier soir. Enfin bon. On quitte la chambre sitôt rhabillés histoire d'aller prendre de quoi déjeuner, puisque l'on meurt tous les deux de faim et que je n'ai pas tellement envie de taper dans les réserves dans mon armoire. Par chance, on ne croise quasiment personne à la cafèt – juste Terezi qui a à peine le temps de renifler l'air près de nous et de partir en fou-rire que je l'ai déjà à moitié assommée.

Rien à foutre que ce soit une fille.
Bordel.

Une trentaine de minutes plus tard, nous sommes de retour dans ma chambre pour nous remettre à bosser – chose assez difficile quand des images de la nuit dernière ne cessent de remonter dans mes souvenirs à chaque fois que je l'aperçois. Ce qui arrive assez souvent. Enfin bref.
On arrive quand même à passer l'aprem sur les diverses préparations des futurs cours et révisions des épreuves prochaines, ce qui est pour moi une grande victoire – et pour John un siphonage intégral de son pauvre cerveau, si j'en crois cette mine complètement désincarnée qu'il me tire à la fin de notre séance. Petit joueur.

Je pousse un soupir en me massant les tempes, les yeux défoncés d'avoir passé trop de temps à réfléchir et à lire sans mes lunettes. Ça a l'air de faire tiquer John, qui se relève de mon bureau pour rapprocher sa chaise de la mienne. Je le regarde faire avec un œil suspicieux, jusqu'à ce qu'il lève les mains pour les poser sur les côtés de ma tête.
Je pousse un délicieux soupir.
Il a les mains congelées. Bon sang que c'est bon.

Je ferme les yeux et me laisse un peu aller contre le dossier de ma chaise tandis qu'il masse un peu mes tempes – et ouvre la bouche.

« T'as mal à la tête ?
- Non, c'est juste un plaisir secret qu'on me pose des choses froides sur les tempes, de temps en temps… évidemment crétin. T'as fini avec tes questions débiles ?
- Je prends ça pour un oui, répond-il en riant doucement. T'as jamais pensé à faire un contrôle pour mettre des lunettes ? »

Je me contente de grogner comme réponse, goûtant à la merveilleuse froideur des mains de mon humain préféré. Le silence a l'air enclin à s'installer dans la pièce et à même prendre toutes ses aises, mais John le vire à grand coups de pied au cul sans aucun remords.

« Karkat ?
- Mmmh ? je réponds sans ouvrir les yeux.
- Je t'aime. »

OK. Là j'ouvre les yeux.
Et croise les siens, toujours aussi bleus, aussi brillants, aussi beaux.
Je pousse un soupir et me rapproche jusqu'à poser mon front contre le sien, mes mains sur les siennes pour qu'il ne les bouge pas. Je finis par murmurer :

« Tant que tu laisses tes mains sur ma tête, je te suivrai jusqu'au bout du monde.
- C'est censé être un « je t'aime aussi ? »
- Si t'es pas content, tu peux aussi te barrer. Mais tu laisses tes mains ici.
- Mais… je peux pas partir sans mes mains !
- Alors tu restes ici. »

Je le sens sourire près de moi, poser un baiser sur le bout de mon nez.
Il a des drôles d'idées quand même. Mais tant pis. J'aime aussi, quand il fait ça. Ces petites choses débiles, mais qui font battre mon cœur un peu plus vite, sans que je comprenne pourquoi.
Quelque part, je me demande si c'est pas ça, le bonheur.

En tout cas, je sais ce qui n'est pas le bonheur.
Comme dormir tout seul dans mon lit, au milieu des draps froids, la nuit dernière. Ou bien me lever et me faire sauter dessus et remplir de bave gluante par Pyrope au saut du lit parce qu'elle rêvait de me demander pourquoi j'avais l'odeur de John partout sur moi, hier. Et de la faire taire en essayant de l'assommer, pour ensuite me rendre compte que si je la prends pas de vitesse, elle est beaucoup plus forte que moi. Chier.

Il y a aussi le fait de voir John, mais de ne rien pouvoir faire, comme aller près de lui, lui parler ou même le prendre dans mes bras, tant que l'on est pas seuls. Parce que sinon on aurait des emmerdes, je le sens. Des grosses emmerdes.
Ou bien encore, même… ces foutus papier que je continue de recevoir. Ce matin, j'ai même eu droit à un très charmant « Tu vas crever, connard ! » dans mon casier.

Alléluia.
Tous des tarés.

Enfin, tant pis.
Tant que j'ai droit à un sourire de John, devant son bol de céréales, au petit matin, ça devrait aller.
Tout comme la vision si réjouissante du fait qu'il se force à porter un gros col roulé – qu'il a été obligé de me demander hier soir, vu qu'il n'en a pas – pour cacher les belles traces rouges que j'ai laissées dans son cou. Je sais pas pourquoi, mais quelque part, ça me fait bien marrer.

Enfin bon.
Là, on vient de terminer notre journée. Lundi, et j'en ai déjà marre. Je me suis arrêté pour attendre John à la porte de la classe – il met toujours une putain de plombe à ranger ses affaires, bordel ! – et j'en suis à ressasser ces petits mots dans ma tête. C'est quand même dingue un acharnement pareil, j'ai insulté qui pour qu'il m'en veuille à ce point… ?
Boh… je le saurai bien un jour ou l'autre, tant pis.

Je jette un regard glacé à John lorsqu'il arrive enfin devant moi, un petit air d'excuse penaud sur la figure. Je grogne.

« Tu pourrais te grouiller un peu quand même, bordel ! Bon, bibliothèque ?
- Hu… si je te dis non tu ne m'écouteras pas, n'est-ce pas ?
- Tout juste. Mais tu peux aussi ne pas venir si t'as pas envie, personne te force. »

Il me fait une petite grimace, du genre « c'est ça, de toute façon tu me forcerais à venir en me tirant par les oreilles », mais je ne la regarde que trois secondes top chrono avant de me mettre en route pour rejoindre la bibliothèque.
Pour une fois on marche côte à côte, lui tentant de me parler de son film préféré, moi le taclant, comme d'habitude.

Eh, quoi ? C'est pas parce que je l'aime que je vais cautionner son goût désastreux pour les films, j'ai bien l'intention de lui faire comprendre à quel point la filmographie trolle est géniale, oh !
Enfin bon. C'est pas le sujet.

On est en train de traverser le hall, quand ce dernier, en essayant de remettre en place la sangle sur son épaule – qui doit lui traverser la chair, au passage, vu le poids de son sac en bandoulière – la fait glisser et tomber par terre.
Crétin.

Je me retourne pour l'invectiver, tandis qu'il tente de ramasser le plus vite possible le fouillis de feuilles de cours qui s'est étalé à nos pieds pour les remettre dans son sac, quand un mouvement étrange sur notre gauche – en direction de l'entrée – capte mon attention.

Bordel, qu'est-ce que ce mec fout avec un cout…

« JOHN ! »

Je crois que c'est moi qui viens de crier.

...

...

...

Je relève la tête, quelques instants plus tard.
J'ai pas compris tout ce qui s'est passé. Tout ce que je sais, c'est que j'ai vu ce couteau, dans la main de ce troll qui m'a visiblement l'air timbré. Tout ce que je sais, c'est que ce couteau me paraissait dirigé vers John.
Tout ce que je sais, c'est que mon corps a réagi plus vite que mon esprit, parce que je ne peux pas vivre sans lui.

Je baisse doucement les yeux, la tête toujours appuyée contre celle de John, que je serre à l'en étouffer dans mes bras.
Il n'est pas blessé.

J'observe sans ciller le sang rouge qui colore le sol d'une tâche sombre, gouttant d'une profonde lacération sur mon bras.
Mon souffle se coupe tandis qu'un grand froid envahit ma poitrine, gelant mon sang sur le coup.
Il n'est pas blessé.

Moi si.


John

Au début, je n'ai pas vraiment réalisé ce qui s'était passé. Juste que Karkat avait crié mon prénom, et l'instant d'après il était sur moi, me serrait dans ses bras.

Puis j'ai vu le sang. Et j'ai vu le bras de Karkat, l'entaille sur sa peau, profonde. J'ai même pas regardé l'ombre qui s'éloignait déjà en courant, et en y repensant j'aurais dû, car c'était le type qui venait de nous foncer dessus avec un couteau, qui venait de frapper Karkat avec lorsque ce dernier s'était mis devant moi pour me protéger. Mais à ce moment-là, j'avais le regard rivé sur tout ce sang, sur ces gouttelettes rouges vives qui glissaient le long de son bras pour s'écraser sans bruit au sol. J'arrivais pas à comprendre, j'étais juste paralysé, et je pouvais pas quitter ce rouge du regard.

Je reviens à moi soudain, et d'un coup le monde recommence à bouger. Et à être bruyant. Je pense que mon cerveau a dû planter à un moment donné, car à présent le hall est empli de bruit, de tellement de bruit que c'est pas possible que tout ait été si silencieux il y a une seconde à peine. Je manque de m'effondrer, soudain pris de nausée et assommé par cette avalanche sonore.
Je me tourne vers Karkat, et je me souviens alors qu'il saigne, qu'il est blessé, que c'est profond, et je panique. Je lève la tête, cherche parmi la foule quelqu'un qui pourrait nous aider, mais encore une fois les mots refusent de sortir de ma bouche. Pourquoi personne ne fait rien ? Pourquoi personne ne bouge ?!

C'est en regardant autour de moi et en découvrant tous les visages choqués, les doigts pointés vers nous, les airs offusqués, les chuchotements peu discrets, les cris même… et enfin, en croisant le regard complètement tétanisé de Karkat, que je réalise – bien trop tard – la situation. Le problème n'est pas que Karkat soit blessé. Le problème est qu'il saigne. L'histoire racontée par Karkat me revient d'un coup à la tronche – l'importance de la couleur du sang pour les trolls, l'intolérance envers la différence… le sort réservé aux mutants.

Le bruit s'intensifie, de plus en plus de curieux viennent nous observer. Je crois voir un professeur parmi la foule, un troll, tout aussi choqué que les autres. Il faut que j'agisse. Il faut que je bouge. Que je fasse quelque chose. Vite.
J'attrape Karkat par son bras indemne, tire un peu brusquement sur sa manche. J'appelle son nom, mais ma voix est étouffée par le bruit. Il ne réagit pas. Bordel.

Comprenant que personne ne fera rien, je me relève d'un bond et tire Karkat par le bras que je tiens toujours pour le faire se lever. Il s'exécute par automatisme, et je resserre fermement ma prise sur son poignet, passant mon autre bras autour de sa taille pour le maintenir debout. Je l'entraîne alors avec moi, poussant les élèves agroupés autour de nous pour nous frayer un chemin, ignorant totalement les plaintes de certains – comme si j'en avais quelque chose à FOUTRE de les bousculer, ils voient pas que Karkat est BLESSÉ, PUTAIN ?!

J'arrive à nous faire quitter le hall, et une fois dans le couloir, je m'arrête pour regarder le bras blessé de Karkat. À la vue de l'entaille, je manque à nouveau de m'effondrer, appuie mes deux pieds fermement contre le sol pour maintenir mes jambes. C'est vraiment profond, et ça s'arrête pas de saigner ! J'avance une main vers la blessure, me ravise, tente de rassembler mes pensées pour trouver quoi faire, mais je sais pas ! Je sais pas ce qu'il faut faire, je… !

Je ferme les yeux. J'ai la tête lourde, c'est affreux, mais faut que je tienne, parce que là Karkat a pas du tout l'air d'être en état de faire quoi que ce soit ! Je croise son regard, toujours perdu dans le vide, et le nœud dans mon ventre se resserre encore plus. Je prends une grande inspiration. L'infirmerie. Déjà, s'occuper de soigner ça. On verra ensuite pour le reste. Le plus important, c'est de soigner ça.

Je l'entraîne avec moi à travers le couloir, tente d'ignorer les regards et les exclamations de surprise des élèves que nous croisons. J'ai l'impression que les couloirs sont dix fois plus longs que d'habitude, pourquoi est-ce que l'infirmerie est si loin ?!
Quand enfin nous arrivons, je pousse la porte sans frapper, et amène Karkat jusqu'à un des lits où je le fais s'asseoir avant de diriger mon regard vers l'infirmier troll qui nous fixe avec un air aussi choqué que les autres. Mon sang ne fait qu'un tour.

« VOUS ALLEZ RESTER LÀ À FIXER SON SANG JUSQU'À CE QU'IL SE VIDE, OU VOUS ALLEZ VOUS DÉCIDER À LE SOIGNER ?! »

Mes cris ont l'air de le réveiller, car aussitôt il se dirige vers le placard à côté d'où il sort divers produits et bandages avant d'accourir vers Karkat, non sans effacer le vague air de dégoût sur son visage. Je me laisse tomber sur une chaise à côté, prenant mon visage dans mes mains. Comment est-ce que ça a pu arriver ? Comment est-ce qu'en quelques minutes à peine les choses ont pu tourner ainsi ?

Je suis sorti brutalement de mes pensées en entendant Karkat se mettre à crier, visiblement revenu à lui, et hurlant à présent sur l'infirmier, sa main plaquée sur son bras blessé comme pour tenter de cacher la plaie.

« Me touchez pas, ME TOUCHEZ PAS, PUTAIN ! »

Je me relève et me précipite vers lui, le saisissant par l'épaule.

« Karkat, Karkat ! Calme-toi ! Laisse-le faire, faut qu'il te soigne, tu…
- NON PUTAIN, NON ! CASSEZ-VOUS, ME REGARDEZ PAS, ME… !
- KARKAT ! »

Il se tait sur le coup, me fixe avec de grands yeux totalement perdus. Je soutiens son regard, maintenant ma prise sur son épaule jusqu'à ce qu'il se calme et revienne totalement à lui. Lorsque je suis sûr qu'il a recouvert ses esprits, je le lâche, laissant l'infirmier prendre ma place et commencer à nettoyer la blessure. Je vois ce dernier grimacer en observant les tâches rouges laissées par le sang sur les draps du lit, et si c'était possible de tuer quelqu'un par la pensée, je crois bien que je l'aurais fait.

J'observe Karkat et son bras à tour de rôle tandis que l'infirmier s'occupe de désinfecter la plaie. Je crois que mon cerveau a dû s'endommager ou quoi, parce que je n'arrive pas à formuler la moindre phrase cohérente en pensée. Soudain, l'adulte me tire de ma torpeur en me jetant un regard hésitant.

« Je vais devoir le recoudre. Vous devriez peut-être sortir… »

Je cherche à comprendre ce qu'il me raconte. Recoudre ? Et pourquoi je voudrais… ?

Soudain, j'aperçois l'aiguille que tient l'infirmier, et mon estomac se noue. Effectivement, je suis pas tout à fait sûr de vouloir assister à ça. Je regarde Karkat, qui hoche légèrement la tête, l'air de dire qu'il va bien à présent. Je lui réponds par le même geste, avant de sortir de la pièce, lui jetant un dernier regard inquiet accompagné d'un demi-sourire à la base destiné à le rassurer, mais qui ne dois pas être bien réussi.

Je m'adosse au mur dans le couloir, toujours pas remis du choc de tout à l'heure. Je ne sais pas combien de temps je reste là à essayer de comprendre ce qui s'est passé, et comment ça a pu se passer, quand soudain j'entends qu'on appelle mon nom. Je tourne la tête pour voir Jade se précipiter jusqu'à moi. Dave et Rose sont à sa suite, suivis un peu plus loin par Kanaya et Terezi.

« John, enfin je te trouve ! Hurle ma sœur dans mes oreilles. On était à côté, et on a entendu des élèves de la classe dire qu'ils t'avaient vu, et… Oh mon Dieu, c'est du sang sur tes mains ?! »

Je baisse mon regard, réalisant seulement que mes mains et une bonne partie de mon t-shirt sont tâchés de rouge. J'ai un léger haut-le-cœur, et dois faire un effort pour retenir l'envie de vomir qui me prend d'un coup.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? Demande Dave – son ton est calme, comme toujours, mais je crois y détecter comme une infime pointe d'inquiétude.
- Je… On… Y'a un type, un troll qui nous a sauté dessus, et… Il avait un couteau, et Karkat… »

Je m'arrête de parler au moment où je réalise que, si je prononce un mot de plus, je vais fondre en larmes. Vraiment.
Dave pose une main sur mon épaule, et je le vois taper quelque chose sur son iPhone de l'autre. Terezi et Kanaya sont à présent à côté de nous, la première grimaçant, un air inhabituellement grave sur sa figure. Kanaya, elle, fixe un moment mon t-shirt joliment coloré, avant de remonter son regard vers mon visage. Vu la tête qu'elle tire, j'imagine que je dois pas être beau à voir.

Personne ne parle jusqu'à ce que la porte de l'infirmerie s'ouvre à nouveau, l'infirmier nous faisant signe d'entrer. Je me précipite le premier dans la pièce, ne m'arrêtant qu'une fois face à Karkat. Son bras est recouvert de bandages, et mes épaules se détendent un peu. Apparemment, sa blessure n'était pas aussi grave qu'elle en avait eu l'air, m'apprends l'infirmier avant de disparaître quelque part.

Karkat lève la tête, et lorsque je croise son regard désolé, les larmes que je retenais se mettent à dévaler le long de mes joues. Mon corps bouge tout seul je crois, car l'instant d'après je suis à genoux à côté du lit, mes bras serrés autour de sa taille, ma tête enfouie dans son t-shirt.

« Karkat, tu... Tu vas bien ? Je sanglote.
- Évidemment que je vais bien, j'suis un troll, il en faut plus pour me blesser... crétin... »

Malgré ses paroles, ses mains qui me serrent un peu plus contre lui sont tremblantes. J'entends Dave et les autres entrer dans la pièce, mais je ne bouge pas. Tant pis si j'ai l'air pathétique ou quoi, j'ai pas envie de lâcher Karkat pour l'instant.

Aussitôt entrée, Jade se met à crier.

« Je n'arrive pas à croire que quelqu'un ait pu... ! Qui peut être assez horrible pour faire une chose pareille ?! Karkat, tu as pu voir son visage ?
- Ouais, mais je le connaissais pas... Sûrement un mec d'une autre classe, peu importe.
- Une idée de pourquoi il t'a attaqué ? Demande Dave. »

La main gauche de Karkat quitte mon épaule pour se poser sur son bras blessé. Je me relève, essuyant rapidement mes joues humides avant de m'asseoir à côté de lui.

« Je crois que c'est moi qu'il visait.
- Quoi ?! S'écrie Jade. Mais pourquoi, qu'est-ce que tu... ?
- Non, la coupe Karkat. C'est... Je suis presque sûr que c'est à cause de moi. Ils ont dû se douter que je me défendrais s'ils m'attaquaient de face. Mais en s'en prenant à John...
- Des lâches ! Peste Terezi. Ils ne méritent même pas qu'on leur accorde un procès équitable ! Ils devraient être exécutés sur-le-champ ! Quand je les aurai retrouvés... !
- Du calme, fait Kanaya. Ce n'est pas comme nos anciens lycées, ici. Les représailles sont sanctionnées, tu pourrais te faire renvoyer pour ça. »

Terezi grogne quelque chose d'incompréhensible, mais se calme un peu.

« De toute façon, reprend Jade, Karkat a dit qu'il l'avait vu. On pourra aller le dénoncer plus tard... Et puis l'important c'est que maintenant tout va bien, pas vrai ? »

Personne ne répond. Jade passe son regard de Kanaya à Terezi, puis de Terezi à moi. Je baisse les yeux, mordant ma lèvre sans m'en rendre compte.

« Pas vrai ? Répète-t-elle, sa voix hésitante.
- Jade, trésor, dit Kanaya d'une voix douce. Karkat est dans un cas un peu spécial, il... Il ne tenait pas vraiment à ce que la couleur de son sang soit révélée. »

Un petit moment de flottement, puis Jade ouvre la bouche, comme prise d'une illumination.

« T'étais au courant ? Fait Karkat, surpris.
- Karkat, on se doutait tous qu'il y avait une raison pour que tu caches la couleur de ton sang comme ça. À présent je comprends pourquoi, mais cela ne change rien à notre amitié. »

Karkat hoche timidement la tête, et je prends sa main dans la mienne, un petit sourire sur le visage.

« Mais, euh... Reprends Jade. J'ai du mal à comprendre. Est-ce que c'est si grave que ça que les autres le sachent ?
- La plupart des trolls accordent beaucoup d'importance à l'hémospectre, poursuis Kanaya. Dans le pire des cas...
- Il pourrait être renvoyé, termine Terezi.
- Quoi ?! Je m'écrie. Ils... Ils peuvent pas faire ça !
- Ils peuvent, me coupe Karkat. Ça m'est déjà arrivé, dans mon ancien lycée. C'est pour ça que je suis venu ici, alors que j'habite loin. Ici, personne était au courant... Enfin, jusqu'à aujourd'hui. »

Sa main se met à trembler un peu plus fort dans la mienne, et je resserre mon emprise jusqu'à ce qu'il se calme à nouveau.

« Mais c'est stupide ! Je poursuis. T'as rien fait de mal, ils peuvent pas te renvoyer comme ça !
- Malheureusement, reprends Kanaya, même si avec l'alliance avec les humains les choses commencent à évoluer, l'influence des sangs nobles dans la société reste grande. Il y a quelques années encore, un membre de la royauté pouvait faire arrêter voire condamner à mort un sang inférieur par pur caprice.
- C'est totalement injuste ! S'écrie Jade.
- Du point de vue d'un humain, peut-être. Mais nous avons toujours vécu selon ces lois. On ne peut pas changer tout un système du jour au lendemain, peu importe combien il peut sembler absurde. »

Je fixe mon t-shirt, et les tâches de sang séché dessus. Si Karkat était renvoyé... Est-ce que ça voudrait dire qu'il partirait loin ? Que je ne le verrai plus tous les jours ? Qu'on ne sera plus en cours ensemble ? Qu'on ne révisera plus ensemble le soir ?
Non, non, c'est hors de question. Pas question qu'on soit séparés pour une raison aussi injuste !

Mais si jamais il était vraiment renvoyé, qu'est-ce que je pourrais faire ? Moi, John Egbert, contre tout le lycée ? Comme si je pouvais dire quoi que ce soit !

J'en suis à passer ma main qui ne tient pas celle de Karkat sur mon front quand soudain la porte de l'infirmerie s'ouvre en grand. Je sursaute, levant les yeux et ne recommençant à respirer qu'une fois la silhouette entrant dans la pièce identifiée. Un instant, j'ai cru que des professeurs allaient entrer. Entrer, et emmener Karkat. Je pousse un soupir de soulagement. Faut que je me reprenne, il est trop tôt pour paniquer.

Gamzee referme doucement la porte derrière lui. Il est différent de d'habitude, et il me faut une bonne dizaine de secondes pour voir ce qui cloche : il ne sourit pas. Son regard est rivé sur Karkat, semblant ne pas remarquer les autres personnes dans la pièce tandis qu'il avance vers lui et attrape son bras avec délicatesse, le soulevant légèrement pour mieux observer les bandages. Il se met à parler, d'une voix si calme et douce que l'espace d'un moment je me demande si c'est bien Gamzee que j'ai en face de moi.

« Quel fils de pute t'a fait ça, bro ?
- Juste un type, répond Karkat. Mais c'est rien, juste une égratignure. »

Je vois les sourcils de Gamzee se froncer presque imperceptiblement. Il s'assoit sur le lit, de l'autre côté de Karkat, et passe un bras autour de ses épaules, attirant Karkat à lui jusqu'à ce que sa tête soit posée sur son épaule large. Ce dernier se laisse faire, sans toutefois lâcher ma main, et ferme ses paupières. Je pense que j'aurais été jaloux si ça avait été n'importe qui d'autre, mais devant une scène aussi pleine de tendresse, je ne peux que sourire bêtement. Je pense que je l'aurais compris même si je n'avais pas su qu'ils étaient moirails. C'est un peu le même genre d'amitié que j'ai avec Dave, dans le fond.

« Gamzee... Dit doucement Karkat. Je sais pas quoi faire...
- T'inquiète pas. Il arrivera rien à mon fils de pute de meilleur ami tant que je serai là.
- Hm... »

Karkat resserre un peu plus sa main sur la mienne, peut-être pour ne pas que je me sente mis à l'écart ? Je souris en enlaçant ses doigts dans les miens.

...

C'est avec Karkat toujours entre moi, qui lui tiens la main, et Gamzee un bras autour de son épaule, que nous traversons les couloirs jusqu'aux dortoirs. À un moment, j'ai fait mine de le lâcher pour lui faire comprendre qu'il pouvait rester avec juste Gamzee, que ça ne me dérangeait pas, mais il a juste resserré son emprise sur ma main. D'un côté, ça m'a rendu un peu heureux.

Finalement, quelques minutes après que Gamzee ait fait irruption dans l'infirmerie, deux professeurs – humains – avaient suivi. Ils nous ont demandé de leur expliquer la situation, ce que nous avons fait, puis ils nous ont ordonné de retourner dans nos chambres respectives le temps que les choses se calment. Dave et les autres ont insisté pour rester avec nous, mais je leur ai affirmé que ça allait, qu'ils pouvaient nous laisser. Les deux filles troll avaient l'air de ne pas trop s'en faire pour Karkat maintenant que son moirail était là, mais Dave et Jade avaient l'air hésitants en partant – probablement plus inquiets pour moi qu'autre chose. On a beau se connaître depuis des années, ça me fait toujours quelque chose de savoir que j'ai des amis comme ça, qui tiennent autant à moi.

Le trajet jusqu'aux dortoirs semble durer une éternité, et tous les regards sont rivés sur nous. Le silence est juste brisé par quelques chuchotements, mais Gamzee fait taire d'un regard tous ceux qui élèvent un peu trop la voix. Karkat garde un visage plus ou moins impassible, mais je sens qu'il a du mal à avancer, et sa main tremble par moments dans la mienne. J'ai envie de hurler, de frapper tous ceux qui le regardent comme ça. De temps en temps, je jette un coup d'œil vers Gamzee. Il ne sourit toujours pas, son visage totalement neutre, mais la lueur que je crois voir dans son regard me fait légèrement froid dans le dos, et me laisse à penser qu'il se retient autant voire plus encore que moi.

Une fois tous trois dans la chambre de Karkat, je sens ce dernier se remettre à respirer normalement. Gamzee donne une petite tape amicale dans son dos avant de se diriger vers son placard pour en sortir un paquet de barres de céréales qu'il tend à son ami.

« T'as perdu du sang, faut que tu manges pour reprendre des putains de forces, dit-il simplement. »

Karkat attrape le paquet et hoche doucement la tête, puis se tournant vers moi :

« Tu devrais peut-être retourner dans ta chambre, tu vas avoir des ennuis si...
- Je m'en fous. »

Il s'apprête à répondre, mais mon regard sérieux doit le dissuader en plus de teinter ses joues de rouge. J'hésite un moment, puis m'approche finalement pour embrasser brièvement ses lèvres. Il cligne des yeux quand je me recule, et je lui adresse un petit sourire.

« Allez, fait Gamzee, je vous laisse entre vous. Je bouge pas de ma piaule si jamais un fils de pute a besoin de son moirail.
- Ouais... Merci, Gamzee. »

Son sourire habituel revenu, le troll clown nous salue vaguement de la main avant de sortir. Karkat s'installe sur son lit, déballant une barre de céréales avant de croquer dedans sans grand enthousiasme. Il me tend le paquet, mais je refuse poliment. J'hésite à aller m'asseoir à côté de lui, mais avant j'aimerais faire quelque chose pour le sang séché sur mon t-shirt et mes mains.

« Ça te dérange si je prends une douche ? Je demande. Et si tu pouvais me prêter des fringues, aussi...
- Oh. Euh, ouais, bien sûr. »

Je le remercie d'un sourire et vais chercher de quoi me changer dans son armoire. Je me dirige ensuite vers la partie salle de bain de la chambre, non sans vérifier avant que Karkat n'a besoin de rien d'autre.

...

Une fois tous deux douchés et mis en pyjama, la nuit a déjà eu le temps de tomber. Karkat vient s'asseoir à côté de moi sur le lit, ses cheveux encore mouillés gouttant sur son sweat-shirt. Je le fixe un moment avant de me décider à parler.

« Dis... Tu m'as toujours pas dit, mais... Tu sais pourquoi ce type nous a attaqués, je me trompe ? »

Il reste silencieux un instant, détourne le regard avant de finalement me répondre.

« Je pense que quelqu'un a su pour la couleur de mon sang. On m'a peut-être vu quand ta frangine m'a boxé à l'hôpital, ou alors la rumeur s'est propagée depuis chez moi, peu importe. Le type a probablement voulu me faire peur. Il serait pas venu seul sinon. C'était plus une menace... pour me dire de dégager, quoi.
- Comment tu peux en être aussi sûr ?
- Je... Possible qu'ils m'aient vaguement averti ces derniers jours. »

Je cligne des yeux, réfléchissant à ses paroles avant d'ouvrir la bouche.

« Attends, me dis pas... Les papiers que tu recevais dans ton casier... »

Il hoche la tête, détournant de nouveau le regard.

« Bon sang, Karkat ! Pourquoi tu me l'as pas dit ?!
- Je pensais pas que c'était important ! Et si je te l'avais dit, t'aurais fait toute une putain d'histoire, je voulais pas t'inquiéter pour rien !
- Mais... Mais je veux m'inquiéter ! Comment je peux t'aider si tu ne me dis rien ?
- Je veux pas te mêler à ça, d'accord ? Crie-t-il. Tout ça c'est mon putain de problème ! T'as déjà failli être blessé à cause de moi, j'ai pas envie que tu...
- Oh, Karkat, je suis pas si fragile ! OK, je suis pas très fort, et je suis pas un troll, mais j'ai pas non plus besoin d'être surprotégé ! Et je suis assez grand pour décider moi-même ce que je veux faire, et je veux rester avec toi. C'est mon choix et j'en assumerai les conséquences, alors quoi qu'il puisse arriver, viens pas me dire que c'est de ta faute. C'est clair ? »

Ha, je crois que je l'ai fait bugguer. En tout cas, il bouge plus, et me fixe comme si j'étais un extraterrestre qui lui parlait une langue inconnue. Je roule des yeux et passe ma main derrière sa nuque pour l'attirer un peu à moi et l'embrasser tendrement. Il se réveille de sa stupeur quelques secondes plus tard et me rends mon baiser, et je dois me retenir de rire parce qu'il a l'air d'un petit garçon qui essaie de se rattraper après avoir fait une bêtise, et qu'il est carrément adorable, et que je l'aime, et que je sens que j'aurai moins d'occasions d'être heureux comme ça dans les jours à venir, alors j'essaie d'en profiter pour l'instant.

On finira par s'endormir de bonne heure ce soir-là, serrés l'un contre l'autre et main dans la main, trop crevés pour nous inquiéter de quoi que ce soit.

...

L'inquiétude, elle arrive dès le lendemain matin, au moment de quitter la chambre pour aller en cours. On a fini par sauter le petit-déjeuner au réfectoire, puisant dans les stocks de biscuits de Karkat – un peu trop sucrés à mon goût, mais j'ai fait avec, surtout qu'on n'avait rien mangé hier soir – pour ne pas avoir à croiser le regard des autres. Pour les cours, par contre, pas vraiment d'échappatoire. J'ai proposé à Karkat de sécher, et je sentais que l'idée le tentait, mais il m'a dit que ce n'était pas vraiment le moment de se faire mal voir par les profs. Et que de toute façon, il ne pourrait pas fuir éternellement.

En ouvrant la porte de la chambre, on tombe sur Gamzee, assis par terre, tapant sur les touches d'un téléphone portable avec une lenteur incroyable. En nous voyant, il redresse la tête et nous sers son meilleur sourire défoncé au Faygo.

« Oh, ouah, Gamzee, t'étais pas obligé de nous attendre là, t'aurais pu entrer ! Je dis en tendant une main pour l'aider à se relever – mauvaise idée, j'ai cru qu'il allait m'arracher le bras avec sa force de malade.
- T'inquiète, répond-il, j'étais occupé à écrire avec cet appareil miraculeux.
- Oh. T'écris à qui ?
- Aaah, juste à un fils de pute qui s'inquiète pour son meilleur ami et qui veut être sûr que je l'escorte bien jusqu'à la classe.
- Qui ça, Dave ? Dave a dit qu'il s'inquiétait ?
- Nan, il le dit pas, mais faut pas être un putain de messie pour comprendre les miracles dans son cœur.
- Haha, ouais, il cache tout derrière ses lunettes de mec cool, mais au fond il tient aux gens. Merci en tout cas, même si je suis pas sûr qu'on ait vraiment besoin d'une escorte juste pour aller en classe ! »

Comme je le pensais, on ne croise pas tant de monde que ça sur le chemin. Une fois dans la salle de classe, Karkat rentre en même temps que moi pour une fois, s'installant à sa place au lieu de rester dans le couloir avec les autres trolls. Gamzee, du coup, fait de même, et Kanaya, Sollux et Aradia, qui nous ont vus entrer, nous rejoignent également. Je les vois discuter avec Karkat, mais je suis trop occupé à faire dédramatiser Jade et à rassurer Rose et Dave de mon côté pour écouter ce qu'ils racontent.

J'essaie aussi d'ignorer les regards des trolls qui espionnent depuis la porte d'entrée, chuchotant entre eux. Il reste encore une bonne dizaine de minutes avant le début des cours quand un « Poussez-vous, bande de larves dévoreuses de ragots infâmes ! » annonce l'arrivée de Terezi dans la salle de classe. La demoiselle troll se précipite vers Karkat, et nous nous réunissons tous autour de son siège pour écouter ce qu'elle a à dire.

« Bon, mes petits, je reviens de la salle des profs, alors débouchez bien vos oreilles que je vous dise ce que j'ai senti là-bas.
- On t'écoute, Terezi, dit Kanaya.
- Bien ! Alors, apparemment, certains profs voulaient renvoyer Karkat sans attendre, parce que ce serait une mauvaise influence pour les autres, et cetera, et cetera. MAIS, la bonne nouvelle, c'est qu'ils ne peuvent rien faire sans la signature de notre directrice adorée. Et devinez qui est en voyage d'affaires touuuute la semaine ? Exactement ! Donc tant que Snowman ne sera pas rentrée au bercail, on peut dire qu'on est tranquilles. Le souci, c'est que si Karkat leur donne une bonne raison de le renvoyer, ils pourront toujours se débrouiller pour passer outre.
- Mais tant qu'il ne fait rien qui va contre les règles, ils ne peuvent rien contre lui ! Je dis, un léger sourire aux lèvres.
- Pas sûr que ce soit si facile, dit alors Sollux. Nos connards de profs pourraient bien s'arranger pour le faire briser quelques règles.
- Tu penses qu'ils iraient jusqu'à s'acharner contre lui ? Demande Rose.
- On verra bien. Mais je me réjouirais pas trop vite si j'étais vous. J'ai entendu dire que certains profs de sang supérieur étaient très remontés à cause de cette histoire. Sans oublier que t'auras la plupart des élèves contre toi. »

Nous continuons de discuter jusqu'à l'arrivée du professeur. Le premier cours de la matinée est un cours d'anglais, et notre professeur est une humaine, mais vu son air légèrement stressé en entrant dans la salle et en cherchant Karkat du regard, je devine que l'affaire a dû faire pas mal de bruit dans la salle des profs. Je pousse un long soupir, et tente de faire le tri dans mes pensées, ignorant totalement le cours. D'après Terezi, on a encore une semaine de répit avant de savoir si la situation est vraiment grave ou non... Mais et si la directrice décidait d'écouter les professeurs et de renvoyer Karkat ? J'ai absolument aucune idée de ce qui peut se passer dans la tête de Snowman, et je ne tiens pas à le savoir, mais je ne suis pas rassuré.

Et si jamais Sollux a raison au sujet des professeurs... Alors la semaine risque d'être dure. Très dure.

Je prends ma tête dans mes mains, et passe le reste de l'heure ainsi, jetant seulement un coup d'œil vers Karkat de temps en temps.

...

...


Note de Plume d'Eau : Voilà, à partir de là la mise à jour est en mode « à retard très très possible » jusqu'au 7 juin, voire peut-être un peu plus (bah ouais faut bien me laisser le temps d'écrire quoi !). Désolée pour l'attente, et à très bientôt ! :)

Note d'Aku' : Je passe aussi pour préciser que j'ai posté tous les chapitres de la fic sur Archive of Our Own, et à partir de maintenant les chapitres seront postés aux deux endroits en même temps, si jamais ça en intéresse quelques-uns d'aller les lire là-bas ! (Au moins sur Archive je peux mettre mes pesterlogs en couleur.)