Curiosity Killed the Karkat

Part 20

...

...

John

Il doit bien être dix ou onze heures du matin quand Karkat se réveille dans son (notre ?) lit. Assis à mon bureau, j'ai tout le loisir de l'observer émerger tout en douceur, clignant plusieurs fois des yeux et baillant longuement avant de finalement se redresser en position assise, et là encore il lui faut un moment pour ouvrir totalement les yeux. Il a les cheveux en bataille sur la tête, et les mèches de devant collées au front – par la fièvre ou par le gant humide qu'on lui avait posé dessus, au choix. Quand, enfin, il semble totalement réveillé, il tourne la tête vers moi.

« Il est quelle heure ? » Demande une voix endormie.

Je me tourne vers le radioréveil.

« Onze heures dix.
- … Pourquoi t'es pas encore couché ? »

Il me faut un temps pour comprendre.

« Onze heures du mat', Karkat.
- Euh… »

J'attends calmement que l'information remonte au cerveau, mais quand une minute s'est écoulée, je laisse tomber, et à la place demande :

« Tu te sens mieux ?
- Hm… Ouais ?
- OK, cool. »

À ces mots et devant son regard totalement confus, je me lève de ma chaise et me plante, debout, face à lui. Et prends une grande inspiration.

« T'es complètement débile ou tu le fais exprès ?!
- Euh… Hein ?
- Tu t'imagines à quel point on se faisait du souci pour toi ? Et puis d'abord, quel genre de personne tombe dans les pommes juste pour un rhume ?! T'es fait en quoi, en guimauve ?! »

Je crois que mes cris sont parvenus à lui faire reprendre au moins partiellement le contrôle sur son cerveau, car il regarde ses mains avant d'en passer une sur son front et de grimacer légèrement – probablement qu'il réalise seulement ce qui lui arrive.

« C'est Gamzee qui t'a porté jusqu'ici, au cas où tu te poserais la question. Il a veillé sur toi toute la soirée, il voulait dormir ici mais je lui ai dit que c'était pas la peine, et qu'il allait choper ton rhume.
- Je suis malade ? »

Sans blague, bravo Sherlock.

« Apparemment t'as attrapé le même truc que Terezi, sauf que ça a dû agir plus fort sur toi. En tout cas Terezi ne s'est pas évanouie. »

Je le vois qui fronce un peu les sourcils, comme s'il ne comprenait pas encore tout à fait la situation.

« T'es en colère, là ?
- Bien sûr que je suis en colère ! Espèce d'idiot, qu'est-ce qui t'a pris d'aller en cours alors que t'es malade ? Et sans rien nous dire ! T'aurais au moins pu m'en parler ! »

Karkat se masse un peu les tempes avant de répondre, l'air toujours dans les vapes :

« Euh… Je m'étais pas rendu compte…
- Forcément, t'es tout le temps à prendre sur toi quand tu te sens pas bien ! Apprends à compter un peu sur les autres, bon sang !
- T'étais… inquiet ?
- OUI ! »

Je hurle presque, mais il m'énerve aussi !

« Uh… Désolé. »

Je pousse un long soupir.

Comment vous voulez que je reste fâché plus de deux minutes contre ça ? Moi qui avais préparé tout un discours dans l'espoir de le faire réagir un peu…
Sans rien ajouter, je vais m'asseoir à côté de lui, et il se déplace un peu plus contre le mur pour me laisser plus de place.

« Tu te sens comment ? Je demande en posant une main sur son front – outch, chaud.
- Comme si je venais de passer les dernières heures dans une machine à laver, puis à me faire essorer violemment et accrocher à une corde à linge en acier trempé au-dessus du cratère d'un volcan en éruption.
- OK, pas bien, donc.
- Ouais, sans blague… »

Il soupire et je laisse glisser ma main le long de sa joue, dégageant quelques mèches de cheveux qui lui tombaient un peu trop sur le visage. Je crois voir ses pommettes prendre une teinte un peu plus foncée, mais ça pourrait tout aussi bien être sous le coup de la fièvre.

« Tu veux prendre une douche ?
- Je sais pas si j'arriverai à marcher jusque là-b—
- Je la prendrai avec toi.
- OK. »

Il répond tellement rapidement que je ne peux pas m'empêcher de rire. Je lui tiens le bras pour l'aider à se relever, mais à peine redressé sur ses genoux il s'effondre à nouveau et je dois le retenir pour ne pas qu'il se cogne la tête contre le mur.

« Ouah, attention ! Euh, tu devrais peut-être rester allongé un moment, hein ? »

Je l'aide à se recoucher et, pendant qu'il marmonne diverses insultes probablement destinées à toutes choses sur cette Terre, je vais jusqu'à la salle de bain pour mouiller un gant de toilette à l'eau tiède et avec lequel je reviens jusqu'à lui. Délicatement, je le passe sur son visage pour en essuyer la sueur. Il ferme les yeux, l'air détendu, mais quand j'ai terminé et que je laisse le gant sur son front, il me jette un regard un peu gêné.

« T'es pas obligé de t'occuper de moi, je vais survivre.
- Chut. T'es malade, alors tu te tais et tu me laisses faire.
- Quoi, parce que je suis malade j'ai plus le droit de donner mon avis ?
- C'est exactement ça, ce sont précisément les règles concernant les personnes malades. T'étais pas au courant ?
- Arrête de te foutre de moi.
- Je suis sérieux, Karkat, c'est la loi. »

Il essaye de me pousser avec sa main mais il n'a tellement pas de force qu'il n'arrive qu'à la poser délicatement sur mon épaule, et j'en rirais presque si ce n'était pas si pitoyable.

« Plus sérieusement, je m'occupe de toi parce que j'en ai envie, d'accord ? C'est pas une chose normale entre moitiesprits ? »

Karkat me regarde comme si je venais de dire quelque chose de bizarre.

« Quoi ?
- T'as réussi à prononcer ce mot sans l'écorcher, bravo. Ça fait un quadrant sur quatre, on va finir par y arriver.
- Hé ! Je connais les autres. Moirail, kismesis, et auspistie.
- Auspistice.
- … J'y étais presque.
- Ouais, bof. Ta prononciation est à revoir aussi. »

Je roule des yeux, et Karkat ferme les siens l'espace d'un instant. Je suis quand même content qu'il se soit réveillé – pour de vrai, je veux dire, pas juste marmonner des trucs incompréhensibles ou incohérents comme il l'a fait toute la nuit. Mais bon, je vais éviter de l'embêter avec ça, ou le fait que j'ai pratiquement pas fermé l'œil cette nuit. Pas envie non plus qu'il se sente coupable ; ça lui arrive déjà bien assez souvent.

Un instant, je me demande s'il ne s'est pas rendormi, mais quand mon portable vibre sur le bureau je le vois qui ouvre un œil. J'attrape mon téléphone et un petit sourire s'étire sur mes lèvres en lisant.

« C'est Kanaya, je dis tandis que Karkat lève un sourcil. Elle t'a préparé un truc à manger, elle sera là dans un peu moins d'une demi-heure.
- De quoi elle se mêle…
- Arrête de te plaindre, je sais qu'en fait t'es super content.
- Ta gueule. En plus j'ai pas faim.
- Ça c'est pas mon problème, haha. »

Il ouvre la bouche mais la referme rapidement, j'imagine trop fatigué pour réfléchir à quoi répondre. Il a l'air de trembler un peu, malgré qu'il soit brûlant, et je me pousse un moment du lit pour lui remettre les deux couvertures dessus – j'ai été chercher celle du lit d'à côté pendant la nuit, puisqu'il arrêtait pas de grelotter. J'en profite pour m'allonger un moment à côté de lui, passant mes bras autour de lui comme je le peux pour essayer de le réchauffer.

« Je vais te filer mon rhume.
- Dans ce cas ce sera à toi de t'occuper de moi, héhé. »

Il soupire, mais ne fait rien pour se dégager, se glissant juste un peu plus sous les couettes jusqu'à se cacher une partie du visage.

« Hm, je vais te laisser dormir encore un peu, hein ? Je te réveillerai quand Kanaya sera là. »

Je vais pour me lever mais il m'arrête d'un faible grognement.

« T'as pas intérêt à bouger de là.
- Je croyais que tu voulais pas me filer ton rhume !
- T'as dit que tu t'en foutais, alors t'assumes. Arrête de remuer et reste là, tu me tiens chaud.
- D'accord, d'accord, je dis en riant. Mais pas longtemps, Kanaya va pas tarder et faut que j'aille prendre une douche. »

Je l'entends qui grommelle quelque chose à ces mots et je ne peux pas m'empêcher de rire.

« Promis, dès que tu vas mieux, on la prendra cette douche ensemble.
- T'as pas intérêt à regretter tes paroles quand j'aurai éclaté la tronche à ce connard de virus.
- Haha, t'inquiète. »

Je ferme les yeux, juste quelques secondes pour les reposer un peu. De toute façon, je suis pas dans une position idéale pour m'endormir là, et puis au pire c'est pas si grave.

« Guéris vite, OK ? »

Un vague « mouais, ta gueule » moitié endormi, moitié gêné me répond et je me mords la lèvre pour ne pas rire une fois de plus.

...

...

Finalement, je suis pas tombé malade. Ça fait trois jours maintenant depuis qu'il s'est effondré ; on est lundi et j'ai dû le laisser tout seul pour aller en cours. Quand j'y pense, personne à part Karkat n'a attrapé le truc de Terezi. Même elle, à part avoir le nez bouché pendant deux jours, elle était pas si malade que ça. J'me demande si c'était pas que Karkat était déjà crevé avant de choper le virus. C'est vrai qu'il est arrivé tellement de trucs dernièrement, même moi je commence à être un peu épuisé.

Quand je pense que ma première année de lycée, il ne s'était quasiment rien passé du tout. On était dans un lycée pour humains, avec des profs qui donnaient des devoirs et les élèves qui traînaient ensemble après les cours, et… C'est tout ? Y'avait des fois quelques histoires, des jalousies entre filles ou des bagarres entre mecs, mais jamais rien n'allait jusqu'à faire tomber quelqu'un d'un toit ou s'acharner contre un élève.

En fait, c'est presque choquant le nombre de trucs qui nous est arrivé cette année. Le plus choquant du lot, ça doit quand même être que je tombe amoureux d'un troll, haha. C'est le genre de truc dont j'aurais plaisanté avec Dave à l'époque, pour rigoler, mais jamais j'aurais cru que ça m'arriverait vraiment. Oh, et ma moyenne qui a remonté, ça aussi, je crois que ça tient du miracle.

L'après-midi, Karkat a l'air d'aller un peu mieux et insiste pour me suivre en cours, et pour aller à la bibliothèque après pour rattraper les cours du matin. Vu qu'on n'a presque rien fait et que ça ne prendra pas plus d'une demi-heure, j'accepte à la condition qu'il me promette de me le dire s'il se sent mal. Il m'a répondu que c'était pas la peine que je m'inquiète parce que « je suis pas un humain faiblard à qui il faut une putain de semaine pour se remettre d'un virus débile », ce à quoi j'ai répondu que « moi au moins je suis jamais tombé dans les pommes pour un simple rhume », et la conversation s'est finie sur un « ta gueule » et un éclat de rire – et peut-être un baiser volé quand le couloir s'est vidé, mais ça je le garderai pour moi.

Mais après ça on sort de la bibliothèque et c'est là que les choses dégénèrent. Ou plutôt, quand on arrive dans le couloir qui mène aux dortoirs et qu'on se retrouve bloqués par une foule d'élèves agités. Je regarde Karkat qui secoue la tête négativement, aussi confus que moi visiblement, et je commence à pousser quelques élèves pour passer et voir ce qui a provoqué cet attroupement.

C'est quand on les dépasse que je réalise de quoi il s'agit : une bagarre, entre trois élèves apparemment. Deux sont par terre, des trolls plutôt costauds, l'un adossé au mur qui a l'air plutôt sonné, l'autre à genoux, retenu par le col par la troisième personne – humain. Ce dernier assène un dernier coup de poing au troll qui tombe alors au sol, et l'humain passe une main dans ses cheveux pour les dégager de son visage. Et il se retourne vers nous.

Et alors je réalise que je le connais.

« D- Dave ?! »

J'accours vers mon meilleur ami, Karkat derrière moi. Les vêtements de Dave sont froissés et un petit filet de sang coule du coin de sa lèvre, qu'il essuie avec une main vaguement tachée de sang violet.

« Yo.
- Comment ça, yo ?! Qu'est-ce qui s'est passé ?
- J'aimerais bien le savoir, bro, à moins que ce soit devenu un truc normal que deux mecs que j'ai jamais vus de ma vie se jettent sur moi comme des clébards après un morceau de viande. Je veux dire, hé, je sais que je suis sexy et que c'est parfois dur de ne pas être jaloux de ce corps de rêve, mais… »

Il s'arrête de parler quand Karkat attrape le col du type adossé au mur et le secoue un peu jusqu'à le réveiller totalement.

« Qui vous a envoyé ? Demande-t-il dans un grognement. Et tu ferais mieux de te répondre vite, connard, je suis pas de très bonne humeur, là.
- C- C'est bon, je vais parler ! C'est Ampora qui nous a payés, mais il a jamais précisé que cet humain serait aussi fort ! »

Karkat le lâche sans lui prêter plus aucune attention et essuie sa main sur son jean avant de revenir vers nous.

« Tu leur as fait quoi, au juste, pour qu'ils lâchent le morceau aussi facilement ? Demande-t-il à Dave, l'air déjà plus calme.
- J'pensais avoir retenu mes coups, répond le blond avec un pseudo-sourire.
- Je suis content que t'aies rien, je dis, mais cette fois Eridan a dépassé les bornes. »

Je serre mes poings. Cette fois c'est clair, ça peut plus continuer comme ça !

« Je veux dire, qu'est-ce qu'il compte faire, ensuite ? S'en prendre à Rose, ou Jade ? On peut pas le laisser continuer ! Maintenant on a la preuve que c'est lui !
- Je suis d'accord, dit Karkat. Cet enfoiré d'Ampora doit pas s'en tirer comme ça. »

Je m'apprête à répondre, mais la foule un peu dissipée maintenant que la bagarre est terminée, j'aperçois Terezi et Gamzee qui viennent visiblement juste d'arriver.

« Qu'est-ce qui s'est passé ici, je sens une odeur d'adrénaline et de framboise ! S'exclame Terezi. Karkat, je t'ai bien entendu prononcer le nom d'Ampora ?
- Eridan a payé deux types pour s'en prendre à Dave ! Je réponds.
- Comment ?! Cela ne restera pas impuni ! Au nom de la Justice, il paiera pour son crime !
- Gamzee ? »

Je me tourne vers Karkat qui vient de parler, puis vers l'interpellé, et c'est seulement là que je remarque que lui et Dave se fixent en silence, sans montrer aucune expression mais sans lâcher l'autre des yeux.

« Euh… ? »

Je n'ai pas le temps de demander ce qu'il se passe que Gamzee a déjà fait demi-tour. Je le regarde partir, confus, et jette un regard interrogatif à mon meilleur ami, qui se contente de croiser les bras en haussant légèrement les épaules, pas prêt de me répondre de toute évidence. Je regarde ensuite Karkat qui a un regard entre l'incompréhension et… de l'appréhension ?

« Karkat ? Qu'est-ce qui se passe ? »

Il a l'air surpris par ma voix mais aussitôt secoue la tête, même si son air préoccupé ne le quitte pas.

« Euh, rien. C'est rien. Je crois. »

Il semble réfléchir un instant avant de rajouter, plus pour lui-même j'ai l'impression :

« J'espère. »

Je les regarde, lui et Dave, et Terezi qui hume l'air comme un chien renifleur de drogue, mais rapidement deux professeurs et un surveillant arrivent et nous passons le reste de l'après-midi à devoir expliquer ce qui s'est passé.


Karkat

Au final, la soirée s'est plutôt bien finie. Enfin…
Je sais pas trop. Cette histoire de combat m'a un peu fait flipper. John a raison. Après Dave, à qui ce connard va-t-il encore s'attaquer ? Les filles ? Bon, de mon côté de la race ça serait pas bien inquiétant, Terezi fait peur quand elle s'énerve, pareil pour Nepeta avec ses griffes ou Aradia – il suffirait de demander à Sollux. Mais du côté de John… Rose et Jade m'ont l'air super fragiles quand même, et j'ai un peu peur de comment réagirait John s'il arrivait quelque chose à Lalonde ou à sa sœur…

Mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus. Loin de là.
Au contraire.
La chose la plus flippante est plutôt de notre côté du camp. J'ai croisé ses yeux cet après-midi et j'ai bien cru qu'il allait falloir que j'intervienne directement. Finalement ça n'a pas été le cas mais ça ne me rassure pas, il ne me semblait pas vraiment calmé, à peine… interloqué que je lui ai parlé à ce moment-là.

Après tout ce remue-ménage et le bordel créé par les profs, on a fini par aller tous manger un bout à la cafétéria – Strider et Gamzee n'étaient pas là, pour le coup, Jegus sait ce qu'ils peuvent bien foutre – et puis on est tous repartis chacun de notre côté dans nos chambres respectives. Et après ça, il a été question d'une douche et de beaucoup, beaucoup de temps passé dans notre lit. Bref, que du bonheur.

Là on est en maths. En fait, on est plus en train d'attendre la fin du cours de maths qu'autre chose, je dois bien l'avouer. Il faut dire qu'après tout ce qui s'est passé hier l'ambiance est encore très électrique, et je suis quelque part bien content que ce connard d'Ampora ne soit pas là, sinon je me demande bien ce qu'il aurait pu se passer.
Quelque chose impliquant du sang violet, au moins. Quelque chose qui ne me dit rien qui vaille. Mais pour l'instant, il n'est pas là et mon abruti de moirail a l'air de se tenir correctement, donc je m'autorise un peu à me détendre.

Juste un peu. Au cas où.
John, a côté de moi, a moins l'air d'un rat au cerveau desséché que d'habitude. Il a même l'air … presque aussi alerte que moi. Je me demande à quoi il pense. Probablement que ce qui s'est passé hier le touche autant que moi. Ça ne m'étonnerait pas, en tout cas.
Lorsque la sonnerie marquant la fin des cours résonne, il ne nous faut qu'à peu près 10 secondes top chrono pour tous empaqueter nos affaires et sortir de la classe, sous les yeux médusés du prof de math. Si ses cours étaient pas aussi chiant, j'aurais presque pitié de lui, tiens.

On se retrouve tous à la cafétéria pour manger un morceau, l'ambiance autour de nous toujours aussi électrique. Il faut dire que depuis plusieurs semaines, nous restons le dernier bastion, la dernière table ou les roses et les gris se mélangent, et ça dépote un peu au sein de notre cafétéria, qui semble transformée en véritable champ de bataille figé dans l'attente du moment où tout explosera.
Mais tout n'explosera pas.

Je suis vaguement interrompu dans mes pensées par Dave et Gamzee qui se relèvent et quittent silencieusement la table, leurs plateaux dans les mains, à peine entamés. Je mâchouille pensivement mon bout de steak en les regardant s'éloigner, et m'apprête à replonger silencieusement dans mes pensées tandis qu'ils quittent la pièce par les portes sur notre gauche.

Je n'ai même pas le temps de songer une minute qu'un boucan hors du commun qui nous parvient de l'endroit où ils viennent juste de disparaître nous fait tous sursauter.
Sourcils froncés et cœur battant, je mets une seconde à peine à me rendre compte que je me suis déjà extirpé de ma chaise et qu'à côté de moi, John a fait pareil. En deux temps, trois mouvements, nous sommes au moins cinq à nous expulser à toute vitesse du self pour atterrir dans le couloir, où l'on découvre une scène pour le moins… apocalyptique.

Bon, ok, j'exagère !
Mais c'est pas loin.
Je découvre mon moirail, quelques pas devants moi, tous ses muscles tendus par la rage, qui fixe sans mot dire cette saleté de face-de-thon, étalé contre un mur. J'ai pas trop compris, mais à ce que je peux en voir, il a dû le croiser en sortant du self et n'a pas résisté à l'envie… de lui dire bonjour.
À sa manière.

Dave n'est pas très loin de lui, avec un air de merlan frit pas frais peint sur le visage tellement il a l'air étonné de ce qu'il se passe. Je repère quelques têtes connues dans la foule, mais bien vite me concentre à nouveau sur mon moirail, qui vient de lâcher un grondement… pour le moins effrayant.
Vraiment effrayant.
Je sens mon sang se glacer à l'intérieur de mes veines tandis que je le vois faire un pas en direction de tronche de poiscaille. Là, c'est sûr, on est tous dans la merde. Cet épisode me rappelle quelque chose qui me fait un peu trop peur pour vouloir être sûr de le revivre, même en souvenirs.
J'aime pas ça. Vraiment.

Avant que quiconque n'ait pu faire un pas, Gamzee a déjà avancé de trois. J'ai l'impression qu'on va bientôt avoir droit à une peinture gratuite des murs en violet, et cette idée ne me réjouit pas beaucoup. J'esquisse un pas en direction de cet abruti de moirail quand un mouvement bleu et vert s'interpose entre mon crétin de meilleur ami et sa (future ?) victime.
Un mouvement qui feule.

Nepeta.
Qu'est-ce que… ?

« Gamzee ! Je te déconseille de fairrre un pas de plus ! »

Un instant de silence fige toute la scène – si bien qu'un peintre passant par-là pourrait aisément faire un tableau sans problème, vu comme on s'est tous transformés en statues. Un instant seulement, et puis je vois dans le regard de mon meilleur ami, légèrement tourné vers moi, une flamme s'allumer. Une étincelle qui fait frissonner de peur et mon échine, et celle de notre amie aux tendances félines.
Il tend une main vers elle, et je suis sûr, tout à coup, qu'au violet viendront se mêler des teintes olives, si rien ne s'interpose entre eux très vite.

« Dégage.
- Non. S'il y a quelqu'un ici qui peut lui casser les dents, ce n'est en tout cas pas toi ! »

J'aperçois le poing de Gamzee se refermer, se serrer au point que ses jointures blanchissent sur sa peau blanche. Je sais ce qu'il va se passer, et un sentiment d'horreur m'envahit. Le sentiment que quoi qu'il se passe, je ne serais pas assez rapide pour l'empêcher de faire quoi que ce soit. Je suis encore trop loin, il me manque un pas, deux, trois…
Avant d'avoir eu le temps de penser trois mots de plus, une seconde silhouette bouge.

Pardon, elle ne bouge pas.
Elle se jette littéralement sur mon moirail. Il ne me faut qu'un coup d'œil pour le reconnaître. Dave a tenté de le retenir. La suite se passe trop vite pour que je comprenne vraiment, mais j'en profite pour me déplacer en même temps. Tandis que j'avance et comble cet espace qui me sépare de cette grande carcasse pleine de débilité qu'est mon meilleur ami, ce dernier a achevé le geste destiné à Nepeta sur Dave, et lui a écrasé son poing en pleine figure.
Aïe. J'aurais pas aimé me prendre ça. Je n'entends aucun bruit d'os craquer, mais Dave finit par terre sans avoir le temps de dire ouf.

Mais je n'ai pas le temps de me soucier de lui. À peine Gamzee a-t-il eu le temps d'achever son coup qu'il se tourne pour continuer son œuvre de destruction, la lueur de folie brillant tout à fait maintenant au sein de ses yeux sombres.
Sauf qu'il rencontre mes yeux sur le chemin, mon corps placé désormais entre le sien et ceux de Nepeta et d'Eridan. Ça ne me plait pas de devoir défendre cet immonde connard, mais si je ne le fais pas, il y aura du sang. Beaucoup trop de sang.
Doucement, je lève la main pour la poser sur le bras de mon moirail. J'ai le cœur serré d'appréhension. Je sais que jusqu'ici, ça a toujours marché. Mais… et si cette fois non ? Si cette fois, tout se passait autrement ? Je ne donnerais pas cher de ma peau si c'était le cas…

Ignorant du mieux que je le peux les grognements de mon moirail, je laisse un doux chuchotis sortir de ma gorge, tapote doucement son bras, glisse ma seconde main dans sa foutue chevelure pleine de nœuds et gratte doucement son cuir chevelu.
Aujourd'hui encore, je ne peux m'empêcher de m'étonner de cette réaction qu'il a toujours. De cette surprise, cette incompréhension de voir quelqu'un réagir ainsi à ses accès de violence, ses cris de rage. Mais ça a pourtant toujours été comme ça. Comment pourrait-on répondre par la violence à un troll qui pourrait vous briser la nuque comme une brindille ? Il faudrait être fou pour essayer.

Et encore plus fou pour vouloir le calmer en chuchotant et en le câlinant.
Pourtant, c'est ce qui marche.
Au bout de quelques interminables minutes remplies de shooshpap – comme Aradia s'est plu à les appeler la première fois qu'elle a assisté à ça – de grognements et de tension, je sens enfin mon meilleur ami se calmer. J'ai fini par le prendre dans mes bras pour le calmer totalement, et je suis donc en train de lui faire un énorme câlin au beau milieu des couloirs sous des tonnes d'yeux abasourdis.
Ce crétin me payera ça. Très cher.

Quand je suis enfin sûr qu'il ne se remettra plus dans un tel état, je le lâche doucement. Il me fixe sans mot dire, son éternel air de drogué qui me rassure tant de nouveau scotché sur son visage. Je souris et lui tapote doucement la joue avant de m'éloigner et de jeter un regard à l'assemblée, puis à Nepeta – qui ne bouge plus – et Eridan – qui pour le coup ressemble vraiment à un poisson pané.
Je suis sûr le point de dire un truc – ouais, ok, de leur hurler tous sur la gueule. La ferme. – quand quelque chose d'à peu près aussi inattendu qu'un éléphant pouvant se glisser dans une canette survient.

Strider, sorti on ne sait pas d'où – il devait être resté assommé dans un coin, inutile comme il est, comme d'hab – surgit tout à coup, me dépasse et fonce comme un bolide sur Gamzee. Je n'ai même pas le temps d'ouvrir la bouche que je le vois fermer le poing, prendre de l'élan et l'abattre dans un formidable cri de rage sur mon moirail, qui n'a pas l'air de comprendre ce qui vient de lui tomber sur la tête.
Et, aussi vite qu'il est arrivé, il repart d'un pas visiblement furieux en direction des dortoirs sans rien dire. Je jette un coup d'œil à John, qui n'a pas bougé d'un iota depuis le début de tout ce bazar, et lui lance un regard circonspect, mais il ne peut qu'hausser les épaules dans un simulacre de « Désolé, j'ai pas compris non plus. »

Quelques instants après, mon moirail s'est à son tour enfoncé dans les couloirs menant aux dortoirs, nous abandonnant sur ce que Terezi appellerait très volontiers la « scène du crime ». J'observe tous les badauds qui se pressent en cercle assez large autour de nous avec des yeux curieux, et pousse un profond soupir agacé. Un léger tic nerveux de ma paupière plus tard, je suis en train de leur démontrer ma formidable capacité pulmonaire.

« NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE MAIS VOUS ALLEZ RESTER PLANTÉS LÀ LONGTEMPS OU VOUS VOULEZ BIEN DÉCAMPER ?! PUTAIN ALLEZ, DÉGAGEZ MERDE, Y A RIEN À VOIR ! À MOINS QUE VOUS VOULIEZ QUE JE FASSE DE L'ARC-EN-CIEL SUR LES MURS ?! NAN ?! ALORS DÉGAGEZ BANDES DE MOLLUSQUES À ROULETTES ! »

Quelques autres cris plus tard, il ne reste que les personnes qui sont concernées directement par cette affaire – à savoir John, Nepeta, Eridan, quelques autres de notre groupe et moi. Poussant un soupir, je me masse une tempe d'un doigt en me tournant vers l'homme-poisson, toujours à terre. Je lui hurlerais bien dessus pendant quelques heures, mais… bon sang, j'ai plus le courage là, c'est tellement chiant toute cette histoire.

« T'as compris ce qui t'attends si tu tentes encore de t'en prendre à nous ? Les humains ne sont pas faibles, putain, ils sont certainement bien plus forts que toi sur bien des plans, raclure de poiscaille. Et… »

Je le vois ouvrir la bouche, mais tend la main, les sourcils froncés.

« Bordel, ta gueule ! J'ai pas fini. Si t'as un problème, merde, tu peux pas simplement venir nous en parler au lieu d'engager la moitié de l'école pour tenter de nous écorcher vif ?! Merde, être civilisé, on t'a pas appris ?!
- Mais je…
- TA GUEULE J'AI DIS ! Sérieux la prochaine fois que tu tentes de t'en prendre à l'un d'entre nous je ne retiendrai pas Gamzee, compte sur moi pour ça. Alors bordel viens plutôt nous en parler au lieu de faire chier tout le monde, merde ! »

Je m'arrête un instant, prenant le temps de souffler un peu, sinon je sens que je vais faire une crise d'asthme à force de lui gueuler dessus. Non mais, c'est vrai quoi, il m'énerve ce con à faire des conneries juste sous prétexte qu'il a pas de putain de moirail. Nom de dieu !
Je vois Nepeta se diriger vers lui et lui attraper le bras sans douceur pour le relever. Tandis qu'il se met debout, je l'entends grogner sur lui – presque feuler.

« Putain t'es vraiment pas possible hein, espèce de thon sans cervelle !
- Ta gueule bordel, j'ai pas besoin de toi ! »

Il a craché la dernière phrase en se dégageant de la poigne de Nepeta, qui se contente de cracher quelques mots que je ne préfère pas répéter – bon, y a une limite à la grossièreté, quoi, quand même ! – avant de s'éloigner d'un pas vif.
Maintenant debout, Eridan semble vouloir s'en aller mais je lui bloque toute tentative d'échappatoire en me plaçant entre lui et la sortie. Il a l'air pas mal énervé mais je n'y prête pas attention et reprends la parole, sourcils froncés.

« De toute façon, je poursuis comme si je ne m'étais jamais arrêté, si t'avais vraiment voulu faire du mal ou faire dégager les humains, t'aurais fait bien pire, n'est-ce pas ? Alors bordel, arrête tes conneries maintenant, t'en as bien assez fait comme ça. Si t'es trop stressé, chais pas, pète un coup ou viens me voir, mais arrêtes tes conneries parce que sérieux ça soule tout le monde ! »

Je m'apprête à continuer pour encore un moment – il le mérite après tout, merde ! – mais il me coupe en levant la main, une grimace sur le visage.

« C'est bon putain, j'ai compris, la ferme ! C'est pas toi qui va me faire la morale à propos de faire des conneries, merde, hein ! T'es pas mon leader, connard. De toute façon vous êtes vraiment tous des cinglés, chais même pas pourquoi je me suis intéressé à vos putains de vies de minables. Surtout ce taré de clown et son putain de kismesis humain là, comme si un couple entre les deux races c'était pas assez zarbi… »

Il marmonne encore deux trois choses sans que j'arrive à les comprendre, puis tout à coup, relève fièrement le menton, attrape un bout de sa cape et le rabat théâtralement sur son épaule, nous lançant à moi et mon moitiesprit un regard hautain – absolument ridicule ! – et se retournant, il s'éloigne d'un pas digne et altier.
Bon ok, en marchant un peu de travers et c'est totalement ridicule. J'ai du mal à ne pas rire, et j'entends mon moitiesprit pouffer derrière moi, mais ne relève pas. Posant une main sur son épaule, je soupire et l'entraîne en direction des dortoirs près de notre chambre, avec l'espoir qu'on pourra y être un peu tranquille pour que je puisse y roupiller pendant deux siècles.

...

...

Au final, on ne sera pas retournés à notre chambre seuls. Je me suis plutôt rendu compte que la moitié de ce putain de lycée semblait avoir voulu tenir dans notre chambre – non, ok, juste au moins une dizaine de personne dont la frangine de John, Lalonde, Kanaya, Aradia, Sollux… bref, que du beau monde. Encore une fois.
Je sais pas comment on en est arrivés là, mais au moment où ils sont partis, on avait décidé de tous se rendre dans la chambre de Rose et Kanaya dans la soirée pour fêter le fait que tout ça soit réglé…

Et juste avant de partir, cette foutue Lalonde nous a lancé que comme Gamzee et Dave ne s'étaient pas joints à nous, faudrait qu'on aille les chercher.
D'ailleurs c'était vrai qu'on avait pas vu ces deux-là depuis le coup de poing échangé tout à l'heure, je me demandais bien ce qu'ils foutaient.

« Bon John, on y va ?! On va encore se faire traiter de larves si on se grouille pas un peu, putain… !
- Oui, oui, j'arrive ! »

Ouais tu parles, ça fait dix minutes qu'il dit ça…
Il m'entend certainement grogner car quand il sort enfin de la salle de bain, habillé et les cheveux encore un peu humides, il me gratifie d'un bisou sur la joue pour se faire pardonner.
Humpf. Comme si ça pouvait marcher.

Oui ok, ça marche. Vos gueules !

On prend donc le chemin de la chambre de Gamzee pour aller le chercher, puis retourner voir Strider avant de rejoindre la fête. Je me demande dans quel état il sera, celui-là…
Arrivés devant la porte, je toque doucement à cette dernière, m'attendant à une réponse de mon moirail. Pas un mot, pas un « yeeeah » de drogué comme j'en entends habituellement. Bizarre. Fronçant les sourcils, je tape une seconde fois.
Une troisième.

Hé, c'est quoi ce délire ?
Attrapant la poignée, je lance d'une voix un peu forte tandis que j'ouvre la porte – on sait jamais, il est peut-être sous la douche…

« Hey, Gamzee bordel, tu… »

Ok.
Euh.
Qu'est-ce que je regarde, là ?!
Mon esprit bloque totalement, mais le côté totalement pragmatique de mon cerveau se fait un plaisir de répondre à mes interrogations en utilisant mes yeux pour scruter la scène. Gamzee n'est pas seul dans sa chambre. Dave est là aussi, coincé entre mon moirail et un mur, ses mains en train de griffer son dos nu tandis que mon ami troll fait des… choses dans son cou.


Je referme délicatement la porte, poussant un soupir.
Tournant les yeux, je croise le regard choqué de John, et secoue la tête.

« Tu sais quoi ? J'ai rien vu. T'as rien vu. On a rien vu. Et on va les laisser tranquilles.
- Ça me va. Direction la fête ?
- Ouais. »

...

...

La fête sera assez… surprenante à bien des égards. Déjà, on a pas eu d'alcool, ce soir, c'est pour ainsi dire du progrès de ne pas avoir à supporter John ou sa putain de frangine quand ils sont bourrés et ont les mains baladeuses.
Ensuite, Nepeta était là avec son moirail, et miracle, certains gobelets n'avaient pas été réduis en bouillie ! Comme quoi, il peut parfois apprendre à gérer sa force… !

Enfin, invité surprise de la soirée, nous avons vu débarquer Tavros qui tirait légèrement par le bras une Vriska plus que réticente, qui ne cessait de répéter qu'on ne voudrait jamais la voir ici.
À son grand étonnement, si, en fait. Enfin perso je lui ai pas parlé, mais personne ne lui a craché à la figure, et mis à part un léger moment de flottement avec Kanaya avant que celle-ci ne lui propose avec toute la classe qui la caractérise un verre de thé froid au citron, tout a été parfaitement sur des roulettes, sans anicroches.

Le dos appuyé contre le mur, John assis à mes côtés, j'observe sereinement tous mes potes réunis dans cette petite chambre, qu'ils soient trolls ou humains – enfin, presque. On oubliera les deux planqués dans leur chambre. Comment j'ai pas pu voir ça, sérieux ?! Enfin bref. Sollux et Aradia sont en train de rire avec Jade de je ne sais quelle histoire. Nepeta et Equius partagent une discussion animée avec Terezi. Un peu plus loin, je vois Kanaya, Vriska et Rose en train de rigoler doucement. Ça me fait bizarre de les voir s'entendre à nouveau.

De visage en visage, mon regard migre jusqu'à enfin atterrir dans l'océan bleu qui caractérise les yeux de mon moitiesprit. Celui-ci me sourit doucement.

« À quoi tu penses, dis ? T'as l'air pensif.
- Rien… je suis juste content que cette putain d'histoire soit finie. On va enfin pouvoir se concentrer sur des choses un peu plus importantes.
- Comme… ? »

Il a un regard plein d'espoir. Que je me fais un plaisir d'écorcher.

« Comme cette épreuve d'alternian qui nous attend dans deux semaines. »

Un instant de déception dans ses yeux, un sourire carnassier sur mes lèvres – puis un rire qui danse dans sa voix.

« Tu es un vrai bourreau de travail, Karkat ! Tu ne t'arrêtes jamais ?
- Jamais. Il faut bien que l'un de nous deux s'assure que tu réussisses à faire ce que tu veux dans la vie.
- Ce que je veux dans la vie hein… oui tu n'as pas tort.
- D'ailleurs, tu veux faire quoi en fait ?
- Euh, c'est une bonne question… »

Il se tait un instant, semble réfléchir, pose la tête contre mon épaule pour mieux s'installer. Je l'entends marmonner un peu, reprendre la parole…

« Ce que je veux faire… »

Il ne termine pas sa phrase, marmonne encore un peu, puis redevient silencieux. Je finis par baisser les yeux quand je me rends compte qu'il ne parle plus depuis un peu trop longtemps, et soupire.
Évidemment. Il s'est endormi.

Grand crétin.
Posant ma joue contre le haut de son crâne, je laisse un vague sourire courir sur mes lèvres.
Bah, si ça n'était pas un crétin, ce ne serait pas pareil.
Respirant sereinement, je ferme à mon tour les yeux.

Le lendemain matin, ni Karkat ni John ne purent se rappeler comment ils avaient rejoint leur lit. À vrai dire, même des années après, Karkat n'ose toujours pas y penser.


...

...

Aku : Yeah, voilà pour le dernier chapitre ! Enfin presque. Il reste l'épilogue, en fait /o/

Il arrivera... Probablement bientôt. Je pense. On verra. Mais en attendant, merci à tous ceux qui nous ont lu et surtout à ceux qui ont laissé des reviews ! Cette fic est loin d'être parfaite mais j'espère qu'elle vous aura plu quand même. N'hésitez pas à jeter un coup d'œil à mes autres fics (sur AO3) et celles de Plume si vous êtes encore en manque de Johnkat, haha.

Plumy : ET JOYEUX NOEEEEEL \o/ à dans quatre ans pour l'épilogue ! *évite une armée d'armes diverses* mais non je rigole ! ;;