La porte d'entrée se referma en un bruit léger et Carlos se rallongea confortablement sur le lit, les bras passés en-dessous de sa tête, souriant comme un bienheureux, exactement comme il le faisait à chacune de ses matinées de repos depuis six mois, ce jour où TK était revenu au loft pour de bon.
Ce jour-là, à quoi bon s'en cacher il avait vraiment eu peur que son homme panique à nouveau en voyant que Carlos avait ramené toutes ses affaires au loft sans son accord mais non.
Après une inspection du logement en détail, TK n'avait pas pu retenir ses larmes en voyant comment son amant avait transformé son- non leur loft- pour qu'il se sente tout de suite chez lui. La réaction du jeune homme avait été au-delà de toutes ses espérances. Il avait attendu ce moment depuis bien longtemps.
Quand le secouriste s'était réveillé contre toute attente- pour les médecins du moins- de son coma, Carlos avait été tellement soulagé et heureux qu'il en avait oublié une grosse partie de sa colère et la raison pour laquelle ils avaient rompu. TK s'était réveillé, n'avait pensé qu'au bien-être respiratoire de son policier alors que quelques minutes auparavant, il était encore sous respirateur artificiel.
Il l'avait appelé bébé, ce surnom que Carlos n'avait pas entendu depuis des mois, comme si rien n'avait été brisé entre eux.
TK l'avait toujours aimé et il ne s'était donc plus privé de faire comme il l'avait dit quelques minutes avant: tenir sa main, passer l'autre dans ses cheveux et embrasser son visage, les larmes coulant en abondance sur le sien avant de le prendre dans ses bras pour une étreinte bien méritée.
Les jours qui avaient suivi, Carlos avait enfin pu respirer librement, quittant le chevet de son amant pour rattraper le sommeil perdu. Il s'était arrangé pour obtenir une semaine de repos supplémentaire afin d'organiser la sortie du jeune homme de l'hôpital.
Ils avaient très longuement discuté tous les deux, dès que TK fut en état de le faire car à son réveil, il avait eu bien du mal à garder les yeux ouverts plus de trente secondes et sa respiration était encore laborieuse mais ils avaient ce besoin de parler. Mettre les choses sur table afin de ne pas recommencer les mêmes erreurs qui les avaient séparé.
TK avait reconnu être plus que tout heureux de ce geste incroyablement désintéressé de son homme, mais qu'il avait pris peur car tout lui semblait trop parfait à ses yeux. Tellement parfait qu'il avait pris la fuite avant que Carlos réalise que leur relation ne valait pas un tel investissement, comme TK s'était totalement investi avec Alex pour finir le cœur brisé et une overdose de plus.
Le policier avait admis être un dingue du contrôle, même si en achetant ce loft il n'avait pensé qu'à bien, n'envisageant pas une seconde sa vie sans TK. Il aurait dû lui en parler avant oui, connaissant son passé avec les substances et sa précédente relation ayant failli lui coûter la vie, mais TK était l'homme de sa vie et il avait voulu lui prouver par ce geste.
Une fois ces sujets abordés, ils avaient décidé de reprendre leur relation comme avant, ne voulant plus gâcher une seconde après cette expérience qui avait failli tant leur coûter. Le New-yorkais d'origine n'avait même pas semblé hésiter en disant qu'il voulait revenir chez eux et cette fois pour de bon. Comment Carlos aurait pu refuser ça? Il n'avait demandé que ça.
Alors durant son hospitalisation, grâce à Matéo, il avait récupéré les affaires de son amant pour les ramener chez eux afin qu'il se sente chez lui immédiatement. Ça avait marché!
Depuis le couple était plus proche, plus soudé et amoureux que jamais. Pas un seul jour ne s'écoulait sans qu'ils ne se disent Je t'aime- pour Carlos c'était un changement, lui l'homme d'action ayant du mal à exprimer ses sentiments, ne s'en privait plus maintenant- pas un seul jour sans échanger un baiser, un câlin ou juste un frôlement quand ils ne faisaient que se croiser en service. Le couple était définitivement sur la bonne pente, ils savaient que plus rien ne viendrait entre eux, pas même le passé d'addict de TK et encore moins la mort de Gwen. Cette femme qui l'avait accepté tout de suite dans leur famille et partie bien trop tôt dans un accident de la circulation, sauvant de justesse la vie de son fils Jonah.
Cette dernière épreuve n'avait fait que les rapprocher encore plus si c'était possible, surtout après l'accident d'avion qui avait bien failli coûter la vie à TK et Owen, ainsi que des centaines d'autres personnes.
L'addiction avait été un sujet plus délicat à aborder, surtout après que TK eut avoué qu'il avait menti sur sa véritable venue au 126. TK avait bien failli replonger dans la drogue, voulant oublier son chagrin insurmontable l'espace de quelques heures. Heureusement, il ne l'avait pas fait, songeant à la déception qu'aurait ressentie Gwen ou même ce que ça aurait impliqué pour son couple.
«Merci de me l'avoir avoué et dis-toi que ta mère et moi sommes encore plus fiers de toi maintenant!» Lui avait-il dit ce jour-là.
Ils avaient donc mis en place une nouvelle routine: à chaque fois qu'il s'était senti sur le point de craquer, il appelait ou envoyait un texto et Carlos répondait aussitôt pour le calmer ou le soutenir.
Au début c'était arrivé souvent, presque tous les jours, mais aujourd'hui cela était de plus en plus rare et les textos reçus étaient devenus soit mignons, soit très sexy. Une routine qui plaisait vraiment au latino.
Maintenant cela faisait trois mois que Gwen était partie et six depuis leur retour ensemble et malgré des bas, les deux hommes recommençaient à parler avenir.
Bien sûr l'achat du loft avait été une étape primordiale mais Carlos songeait de plus en plus à une autre. Cela faisait un moment déjà s'il était honnête avec lui-même.
Avant leur rupture, il avait même commencé à faire le tour de certaines boutiques, mais n'avait jamais rien acheté. Aujourd'hui, il était content de ne pas l'avoir fait à ce moment-là, il n'aurait pas supporté un Non du jeune homme. Vue sa réaction à l'achat du loft il aurait clairement eue la même en mettant à exécution son autre plan.
Maintenant tout était différent! Leur couple était plus solide que jamais, ils avaient parlé plus d'une fois de ce qu'ils envisageaient tous les deux pour l'avenir et malgré l'échec avec Alex, Carlos avait su prouver à TK que rien ni personne ne l'empêcherait de finir sa vie avec lui. Mariage ou pas, non absolument rienet à présent il était prêt à franchir le pas.
La bague dans la poche de son uniforme, il se tenait devant la porte du bureau d'Owen.
Il s'était assuré auparavant que TK n'était pas à la caserne et que leurs plus proches amis n'étaient pas aux alentours avant d'oser frapper à la porte, plus nerveux que jamais.
«Entre Carlos!»
Le chef des pompiers du 126 était assis derrière son bureau en train de parcourir des dossiers. Il releva les yeux quand il vit le jeune homme entrer lentement, d'un air stressé.
«TK n'est pas là si tu le cherches!»
«Oui, oui je sais, je…»
À cette phrase, Owen ne put s'empêcher de sourire. Il avait bien une idée sur la venue du policier ici mais il décida de le laisser parler pour une fois.
«En quoi puis-je t'aider Carlos?»
«Je…» Le jeune homme se tordait nerveusement les mains. Il ne pensait pas avoir une réponse négative mais ça ne l'empêchait pas de ressentir une certaine appréhension. «Capitaine Strand…»
«Carlos…» Commença l'aîné d'un air faussement contrarié. Ses doutes se confirmaient. «Combien de fois je t'ai déjà dit de m'appeler Owen?Je croyais qu'on avait dépassé ça maintenant!»
«Oui mais… enfin aujourd'hui je… c'est… c'est différent!»
«Ok je t'écoute!» Demanda Owen avec un air amusé, en voyant les joues du policier rosir.
«Je… jevoulaisvousdemanderl'autorisationpourepouserTK.» Débita le latino d'une traite, sans pouvoir se retenir.
«Hum… tu peux me répéter ça s'il te plaît?» Demanda Owen en fronçant les sourcils mais ne laissant aucune place au doute.
«Je… je veux demander à TK de m'épouser et… et il me faudrait votre… votre accord pour ça!»
Owen sourit un peu plus et sans prononcer un mot de plus, se leva et prit son cadet dans les bras.
«Eh bah il était temps!»
«Je… quoi?»
Carlos ouvrit grand les yeux d'étonnement. Owen avait été témoin en première ligne de leur histoire, il devrait savoir que le moment était mal choisi auparavant.
Devant l'air sceptique du jeune homme, il s'empressa de poursuivre sa pensée en s'écartant de lui.
«Avant votre rupture, je t'ai vu passer devant différentes bijouteries, ce n'était plus qu'une question de temps. Puis je n'ai jamais eu aucun doute sur le fait que vous êtes faits l'un pour l'autre. Tu as été à ses côtés quand je n'étais pas là!» Dit-il, faisant référence au coma de TK en début d'année. «Et vous n'étiez même plus ensemble. C'est une preuve suffisante pour moi de ton amour pour lui! Et TK t'aime tout autant, ça ne fait aucun doute! Quoi qu'il se soit passé, vous avez toujours été là l'un pour l'autre et je n'ai jamais vu mon fils aussi heureux qu'avec toi donc évidemment Carlos… évidemment que tu as mon accord!»
«M… merci Capitaine Strand!»
«Par contre si tu m'appelles encore comme ça, je vais peut-être revoir ma décision!» Dit-il en tentant de rester sérieux mais impossible, surtout face à l'air interloqué du latino.
«Tu fais partie de la famille déjà mais sérieusement… Owen c'est pas si difficile que ça à dire?»
«Non c'est vrai… Owen!» Affirma Carlos avec un sourire un peu plus franc. Quand il avait dit au détective Washington qu'Owen était plus ou moins son beau-père, il n'avait pas menti. Officiellement ou non, il l'avait toujours considéré comme tel, d'où la difficulté pour lui de l'appeler par son prénom. Maintenant il était temps de rendre ça officiel. Enfin…
«Il faut encore qu'il dise oui!»
«Oh je n'ai pratiquement aucun doute sur sa réponse!» Répondit l'aîné avec un clin d'œil, ce qui rassura un peu plus Carlos. Maintenant c'était à lui de jouer et de trouver la meilleure façon et le meilleur endroit pour faire sa demande.
Tbc…
