Deuxième chapitre ! Je vais répondre aux reviews

LJay Odair: Première review, merci ! (en plus, c'est assez original comme review, mais pourquoi pas...) Merci pour les compliments. La mort à la hache n'est pas prise au hasard, ça va avec l'histoire (vous allez comprendre).

Leorette: Oups... J'aurais du mieux chercher... C'est vraiment pas de chance de tomber sur l'une des quelques fanfictions françaises relatant une édition des Hunger Games (signe du destin ?). Je bouge à 58, là, je pense que c'est bon.


Il fait chaud.

Vraiment très chaud. Il a fait chaud toute la semaine, mais là, on atteint des sommets. Heureusement, il y a une légère brise qui souffle. Je respire le peu d'air frais que le vent transporte. Il est enduit des senteurs de forêts vertes et de la nature environnante. On a beau être sur la place centrale, on aperçoit quand même la cime des arbres. Où qu'on soit, on n'est jamais loin de la forêt dans le District 7.

Je suis assis sur une chaise en bois, sur l'estrade de la place centrale du district, devant la mairie. Je suis assis là depuis presque une heure. Normalement, je suis censé monter sur l'estrade au moment où on m'appelle, et la foule est censée m'applaudir à ce moment. Mais je n'aime pas être sous les feux des projecteurs, je n'aime pas qu'on m'applaudisse pour ce que j'ai fait. En fait je n'aime rien en ce jour. Alors je me pointe en avance et j'attends, comme ça on n'a pas à m'appeler, et ça me va très bien comme ça. De toute façon, je suis trop anxieux pour faire autre chose que de patienter sur une chaise.

Les ingénieurs du Capitole sont déjà là depuis un bon moment. Ils ont installé un grand écran géant, mis en place le système de caméra qui enverra les plus belles images à l'ensemble des districts et au Capitole, et ils sont en train de faire les derniers ajustements. La foule commence à arriver en masse, la place sera bientôt pleine à craquer. Comme toujours, il n'y a pas beaucoup de bruit, la foule est silencieuse, les visages sont fermés, anxieux.

Aujourd'hui, c'est la Moisson. Je déteste ce jour.

Il fait vraiment super chaud. Mes vêtements sont couverts de sueur. Je ne devrai pas rester en plein soleil, mais il n'y a pas d'ombre sur l'estrade.

Deux tributs du district seront tirés au sort, des enfants entre 12 et 18 ans, et seront envoyés, comme moi, affronter à mort 22 autres tributs des onze autres districts. Un seul vainqueur, un seul survivant. Et, pour être clair, il faut préciser qu'on n'a pas de grandes chances de gagner dans le District 7.

Pourtant, à première vue, on pourrait penser le contraire en voyant le profil de notre district. Le District 7 est le district du bois. Ici, nous sommes bucherons, des charpentiers, des constructeurs. On sait manier les outils, la scie, la hache… On vit dans la nature, proche des plantes, des arbres. Des atouts pour la survie et pour le combat. Malheureusement, ce n'est pas trop le cas. Les tributs, ayant moins de 18 ans, ne sont que des apprentis, et n'ont pas une maitrise parfaite des outils. Et il faut préciser que le District 7 est l'un des districts les plus pauvres de Panem, la nourriture n'y est que trop rare, les tributs sont souvent trop chétifs pour survivre par leurs propres moyens, ou encore pour tenir tête à un tribut de carrière des districts 1, 2 et 4. Et puis, même si certains manient les haches comme un troisième bras, ce ne sont pas des tueurs. Les carrières sont entrainées à ça, depuis des années. Il faut que le tribut soit capable psychologiquement de supporter la pression, la peur, et soit capable d'assumer un crime. Ça plus l'âge, la capacité physique, l'intelligence… Un bon tribut est une denrée rare dans le 7.

Moi, j'ai bien réussi à gagner, avec beaucoup de chance, certes, mais j'ai gagné. J'essaie de me dire que si je l'ai fait, d'autres peuvent le faire, je ne serais certainement pas le dernier. Mais ça ne suffit pas. Je sais que les tributs du 7 sont envoyés à l'abattoir. Et même si, par miracle, l'un gagne, l'autre meurt.

Et c'est aujourd'hui qu'on décide qui seront les tributs. C'est aujourd'hui que je les verrai pour la première fois, ceux que je devrai aider à atteindre l'inatteignable. Ils seront tirés au sort, ils vont monter sur scène, et c'est là que je vais voir leur visage, effrayé, désespéré, ou même couvert de larmes. Parmi tous les moments pourris de cette journée, c'est le pire. Je déteste la Moisson, et je déteste cette chaleur qui m'abrutit. Je ferme les yeux et j'attends.

Cette année, nous jouerons les 58° Hunger Games. J'ai gagné les 46°. Ça fera donc les 12° jeux où je serai mentor. Gagner les Hunger Games a son lot d'avantages et de désavantages, et le job de mentor est surement le plus gros inconvénient, surtout quand on est dans un district défavorisé qui ne gagne presque jamais. J'espère seulement pouvoir passer le relais avant de devenir fou.

Alors que je suis à moitié assoupi, j'entends un bruit. Une personne monte sur la scène. J'ouvre les yeux. C'est Cashade. Elle était mon mentor quand j'ai gagné. Ses conseils m'ont été utiles. Un peu. J'ai préféré faire à ma manière quand le moment était venu. Elle me tend un léger sourire, que je le lui rends sans conviction, puis elle s'assoit à côté de moi. Elle est forte, les cheveux noirs courts coiffés strictement, ses vêtements sont loin d'être au niveau de ce qu'elle pourrait se payer, elle n'a jamais accepté l'argent que le Capitole lui envoie chaque mois. Dans ce district aussi pauvre, ou chaque pièce est un trésor, elle se sent mal de se retrouver tellement plus riche que ces gens. Elle approche la quarantaine maintenant. Cependant, elle n'en demeure pas moins attirante.

Il reste elle, moi, et Blight, le plus vieux des gagnants de notre district. Trois gagnants en 57 ans. Si je calcule, pour douze districts, la moyenne devrait être entre 4 et 5. On est donc en dessous, comme quasiment tous les districts ayant un chiffre supérieur à 5.

Étant le dernier gagnant, le métier de mentor me revient logiquement. Je pourrais être remplacé par un de ces autres vainqueurs, mais uniquement s'ils le souhaitaient, et ce n'est pas le cas. Il n'y a que dans les districts de carrière que les mentors sont ravis d'être mentor. C'est à moi d'endosser ce rôle difficile, ils l'ont déjà fait avant moi, ils ont souffert tout autant que moi, je me dois donc de prendre le relai, et ce jusqu'à ce qu'un nouveau tribut du district 7 soit déclaré vainqueur. Et pour cela, il faut que je donne le meilleur de moi-même pendant toute la durée des Hunger Games, et ce malgré toute cette pression sur mes épaules.

« Je vais encore avoir du mal à dormir » je me dis. En fait, ça a déjà commencé. Je n'ai dormi que deux heures cette nuit. La chaleur n'a pas arrangé les choses.

La foule est maintenant rassemblée entièrement sur la place centrale, on va bientôt commencer. La tension, la chaleur, le silence pesant… L'ambiance est de plus en plus détestable.

Un ingénieur fait signe que l'on va bientôt commencer. L'hôtesse de notre district se presse alors sur l'estrade, se prenant les pieds dans son ample robe. Sa chevelure d'un blond platine et ses vêtements d'un vert extravagant contraste avec les gens du district. Toutefois, j'ai vu bien pire qu'elle dans les autres districts les années précédentes. A côté des autres gens du Capitole, on pourrait presque dire qu'elle a adopté un style sobre.

Elle s'appelle Silka Glool, c'est l'hôtesse de notre district depuis 2 ans. Avant, c'était l'hôtesse du district 4, un district bien plus prestigieux quand on parle d'Hunger Games. Elle a été dégradée pour avoir ouvertement critiqué le mentor du 4 après la mort précoce de ses 2 tributs, chose inacceptable aux yeux du Capitole, cet ancien vainqueur était une star.

Pour ma part, je ne suis pas mécontent de l'avoir pour hôtesse. Elle a un peu de caractère, elle n'est pas toute lisse et toute crétine, comme la majorité des gens du Capitole.

Le maire du district monte à son tour sur l'estrade et s'approche du micro. L'ingénieur lui fait signe que tout est OK. Il salue alors la foule, et nous parle, comme chaque année, du rôle des Hunger Games. Je ne l'écoute pas, je connais déjà par cœur tout le protocole, c'est toujours le même à la virgule près. Il nous parle de la rébellion, de la victoire du Capitole, du traité de la trahison, on nous retransmet alors sur l'écran géant les mêmes images de propagande vues et revues, des images d'archives de la guerre, d'autres des ruines du district 13… Un bien ennuyeux spectacle en somme.

Pendant ce temps, je repense à Daril, que je vais revoir. Ça et le luxe des installations et des repas du Capitole sont les seuls points positifs du voyage. Après ma victoire, on s'est revu chaque année, moi et cet étrange pacificateur qui n'hésite pas à critiquer le Capitole dès qu'on ne l'entend pas. C'est un excellent informateur : il m'apprend nombre de choses qui se passent au Capitole et dans l'armée. Il me donne également des nouvelles sur la situation dans les différents districts, où il est parfois envoyé en mission. Et, parfois, en bonus, il me donne quelques infos sur les Hunger Games qui ont filtrées. La plupart du temps, ce ne sont que des rumeurs, des bruits de couloirs infondés, mais une fois, grâce à lui, j'ai pu déterminer avant l'épreuve la nature de la nature de l'arène, une grande falaise glacée plongeant dans la mer. Mais ça n'a pas été très utile : mes deux tributs, en dépit de tous les conseils que je leur ai donné, sont morts dans le bain de sang au tout début de l'épreuve.

Il faudra cependant que je fasse très attention, comme à chaque fois. Un mentor qui parle en secret à un pacificateur, si ça se sait, ça pourrait tourner au vinaigre.

La vidéo se finit enfin. On approche du moment fatidique du tirage au sort.

Je n'ai pas envie qu'on y arrive. Je n'ai pas envie de savoir qui va être tiré au sort. Je n'ai pas envie de savoir qui va se faire tuer. Des personnes qui meurent, il y en tous les jours. Une personne qu'on a côtoyé une semaine, c'est beaucoup plus rare. Pour moi, c'est une fois par an. Et, le moment est arrivé. Encore une fois.

J'éponge mon front couvert de sueur. Si l'annonce des tributs ne me fait pas défaillir, le soleil s'en chargera peut-être.

Silka Glool se rapproche du récipient où tous les noms sont rassemblés. Elle annonce d'un ton neutre :

– Il est venu l'heure de tirer au sort les futurs tributs. Commençons par les filles.

Elle tourne sa main dans le grand saladier en plastique à plusieurs reprises. Je ferme les yeux. Je n'ai aucun proche qui peut-être tiré au sort. Je suis fils unique, il n'y a pas dans ma famille d'enfants ayant l'âge requis.

J'espère juste très fort que ce ne sera pas quelqu'un de trop jeune. Les jeunes meurent plus vite, ils ont moins voire aucune chance de gagner, c'est terriblement injuste qu'un enfant de 12 ans soit envoyé aux Hunger Games. Heureusement, les règles font que les enfants les plus vieux, qui ont leur nom inscrit plus de fois à cause de leur âge et des tesserae, ont plus de chances d'être tirés. Dans toute son injustice, le principe des tesserae a au moins cet avantage, donner sa chance au plus faibles.

– Epsilon Blisstone !

Je rouvre lentement les yeux. Comme d'habitude, le silence est insoutenable. Je scrute les différentes sections. Finalement, une fille finit par bouger, dans la section des 17 ans (au moins une chose bien). Elle sort du groupe, et je la vois plus distinctement. Elle a de longs cheveux bruns coiffés en queue de cheval, les yeux verts, n'est pas très grande, assez charmante, ses habits sont pauvres, mais elle porte moins que les autres les stigmates de la faim sur son visage.

Elle essaie de faire bonne figure, comme beaucoup, mais je vois bien qu'elle est détruite intérieurement. Elle est abasourdie, c'est l'expression habituelle des tributs de 17 ans quand ils sont tirés. Elle s'avance d'un pas presque automatique vers l'estrade, et monte, manquant de peu de tomber à la renverse sur l'une des marches, comme tellement d'autres tributs avant elle.

C'est là qu'elle me regarde. Je pourrais très bien détourner la vue, fuir ce regard que je déteste, mais c'est contre mon rôle de mentor. Je ne ferai pas comme d'autres mentors qui se désengagent complètement de leur devoir et qui ne s'attache pas aux tributs pour ne pas souffrir de leur mort. Moi, il faut que je montre au tribut que je suis fort, que je peux, que je veux l'emmener loin. Un tribut ne suivra pas les conseils d'un mentor faible. Ça ne dure qu'une fraction de seconde avant qu'elle ne se retourne vers la foule, mais je me sens déjà vidé. J'ai pu sentir toute la peur, le désarroi et l'incompréhension.

– Comment t'appelles-tu, ma chère ? demande Silka.

– Ep-psilon Blis-blisstone, répond-t-elle en bafouillant.

– Et quel âge as-tu ?

– 17 ans.

– Très bien. Un tonnerre d'applaudissements pour Epsilon !

Comme d'habitude, personne n'applaudit. Silka sait très bien que personne n'applaudit jamais, il n'y a que dans les districts de carrières qu'on applaudit, mais c'est dans le protocole.

– Passons donc au deuxième tribut, ajoute rapidement Silka.

Je n'ai pas le temps de respirer. Il faut déjà que je me concentre sur le deuxième candidat, le garçon. Normalement, s'il n'est pas trop jeune, c'est lui dont je devrai avoir le plus de chances de faire gagner. Cependant, ce ne serait pas forcément une bonne chose si c'était une montagne de 18 ans : il serait directement pris en chasse par les carrières. Je croise cependant les doigts pour que ce ne soit pas un gosse de 12 ans.

Je ne peux m'empêcher de fermer une nouvelle fois les yeux.

– Night Greyhill !

J'ouvre mes paupières et je recherche le nouvel appelé. C'est encore un nom qui ne me dit rien. Cette fois ci l'attente est plus longue, le tribut met un petit moment avant de sortir de sa section. Il a 16 ans, un assez bon âge. Il semble cependant assez maigrichon. Il est grand, allongé, roux, très roux, avec quelques tâches de rousseur également. Il me dit quelque chose. Je crois qu'il vient d'une famille très pauvre, une famille de roux, ce n'est pas si fréquent. Il a un frère, il me semble. C'est à peu près tout ce dont je me rappelle.

Il s'avance vers l'estrade. Mais son expression n'est pas la même que celle d'Epsilon. Il semble y avoir plus de déception dans ces yeux que d'étonnement, et je ne ressens pas la peur qu'il y a d'habitude chez les tirés au sort. J'ai déjà vu ce genre d'expression chez certains carrières qui se portaient volontaires, mais qui se rendaient bien compte de la situation dans laquelle ils se fourraient. Sauf qu'on est dans le 7, et que les tributs sont censés être effondrés à l'appel de leur nom, et là ce n'est pas le cas.

Quand il monte sur l'estrade, je me prépare à croiser son regard. Mais ça n'arrive pas. Il regarde juste Silka qui lui montre où se placer. Normalement, un tribut va automatiquement regarder son mentor, la seule personne censée pouvoir l'aider. Étrange… Je me demande si cette mentalité qui m'est inconnue va m'aider. Il y a parfois des tributs fous. D'habitude, ils meurent le premier jour.

– Comment t'appelles-tu, jeune homme ? demande une nouvelle fois Silka.

– Je m'appelle Night, répond-il avec conviction. Night Greyhill.

– Et quel âge as-tu ?

– 16 ans.

– Un nouveau tonnerre d'applaudissements pour Night, annonce Silka avec lassitude.

Silence total. Silka ne demande même pas s'il y a des volontaires. De mémoire, parmi tous les Hunger Games que j'ai suivi, je ne me souviens pas d'avoir vu une seule fois un volontaire dans le district 7. Les deux tributs se mettent à leur place. On va arriver à un autre moment que je déteste.

– Un petit mot pour nos nouveaux tributs, Keen ? demande Silka en me faisant signe de me diriger vers le micro.

Pourquoi faut-il que je fasse un discours ? Je n'ai absolument rien à dire, et je n'ai rien préparé, comme d'habitude. On ne dit pas les mêmes choses quand on a deux tributs de 18 ans ou deux de 12 ans. Je me lève et me dirige vers le micro. Je vais dire quelque chose de bateau, comme toujours.

– Je voudrais… Je voudrais juste dire que tout le monde peut gagner, la victoire n'est pas réservée aux autres. (Je ris un peu) Regardez-moi…

Les deux tributs ne sont peut-être pas aussi fort que je ne l'était, mais il est vrai que je n'étais pas du tout favori.

– Même si on est un district défavorisé, on ne doit pas partir perdant…

Je souffle et m'éponge le front. Je cherche mes mots.

– Et si on… Si on y croyait peut-être un peu plus…

Je m'arrête. Je commence à dire n'importe quoi.

– Voilà, c'est tout.

Je me retourne et reviens à ma place. Les gens m'applaudissent un peu, plus par politesse que par la force de mon discours. Mais ça prouve qu'ils m'apprécient, et ça suffit à me réchauffer un peu le cœur.

Le maire prend alors le relai, et lit à la foule le traité de la trahison. Moi, je commence à me concentrer sur ma prochaine mission.

Les 58° Hunger ont débuté.


Et voilà. N'oubliez pas les reviews