Manoirmalfoys: Pour la révolution, ça risque d'être un peu compliqué, car en bon fanfictionneur, je respecte l'histoire originale. Donc, pour sauver tout ce petit monde, ça va être difficile (mais ce n'est pas de ma faute, c'est de la faute du Capitole !).
Nous arrivons au Capitole. Comme d'habitude, le voyage n'a pas été très long, mais il m'a déjà bien permit d'évaluer le caractère de mes protégés.
Il faut vite que je donne quelques instructions à mes tributs avant qu'on ne se retrouve à côté de la foule. A la fin du voyage, nous devons longer un endroit où pas mal de gens voudrons nous voir (le premier contact entre les gens du Capitole et les tributs est censé être le défilé des chars, mais il est devenu coutume que les tributs se montrent un peu à ce moment).
– On va arriver à un endroit où les habitants du Capitole vont pouvoir vous voir, je déclare. Ce serai bien que vous alliez aux fenêtres pour vous montrer. Et puis, montrez-vous souriant et fort, pour faire bonne impression.
– D'accord, répond Epsilon. Mais vous nous avez pourtant dis qu'il était inutile qu'on fasse semblant d'être fort pour attirer les sponsors, non ?
– Oui, mais les gens aiment ça. Et puis, là, ça ne coûte rien d'essayer de faire bonne impression.
En fait, ce n'est pas vraiment pour ça que je les envoie faire ça. C'est plutôt parce que, si je ne le fais pas, les autorités du Capitole pourraient me le reprocher. Ce moment est tellement entré dans les mœurs que les gens du Capitole ne seraient pas contents de ne rien voir aux fenêtres de notre wagon. Et ce qui mécontente les habitants mécontente les autorités. Et, d'expérience personnelle, je sais qu'il vaut mieux entretenir de bonnes relations avec eux. Une fois, j'avais été un peu borderline lors d'une interview (j'avais souligné que le fait que le Capitole ait provoqué un affaissement de terrain juste là où mon tribut se tenait était particulièrement fourbe), et j'avais eu la mauvaise surprise d'avoir une coupure d'électricité (soit pas de télé) pendant une heure dans mes appartements pile pendant un moment fatidique des jeux. Et je peux dire que j'avais un peu la haine quand je me suis aperçu que mon tribut était mort quand le courant est revenu.
– Si vous le voulez vraiment… rechigne Night.
Il se lève et se dirige vers les fenêtres avec une démarche mollassonne dénuée de toute envie.
Nous arrivons devant la place ou les gens se sont amassés. Ça me fait toujours quelque chose quand je vois tous ces déguisements ridicules dont se vêtissent les habitants du Capitole. Tonnes de maquillages, vêtements amples aux couleurs flashies et aux formes extravagantes... Il me semble que cette année, les oreilles de renard sont à la mode, étant donné le nombre étonnant de personnes qui ont choisi ces prothèses ridicules.
Mes tributs sont, comme je l'ai demandé, en train de saluer la foule. Epsilon le fait avec enthousiasme (peut-être un peu trop, même). Elle a ouvert sa fenêtre et s'est penchée, elle fait de grands signes de main. Je crois même qu'elle a envoyé un baiser à un moment. Mais son enthousiasme diminue légèrement quand quelques personnes lui envoient des roses.
Par contre, Night ne montre pas le même enthousiasme. Il se contente de se montrer, et il regarde juste les gens avec étonnement, comme on observerait des créatures dans un zoo. Je peste intérieurement contre lui : il devrait prendre exemple sur Epsilon, faire quelque chose pour essayer de se donner la moindre petite chance d'avoir un sponsor.
Il faut que je fasse quelque chose. Night va droit dans le mur en se comportant ainsi, il n'a aucune chance de gagner avec cette mentalité.
– Night, il faut que je te parle.
Night se retourne vers moi et, sans broncher, il vient me parler. Tant pis pour la foule, qu'ils se contentent avec Epsilon, de toute façon, pour ce que servait Night.
– Il faut que je te parle Night. Ecoute bien ce que je vais te dire.
– Quoi ? Il y a un problème ?
– Oui, un énorme problème. (Je regarde autour de moi pour vérifier que les autres ne nous écoutent pas) J'ai pas vraiment l'impression que tu te sente concerné par ce qui est en train de se passer.
Night veut riposter quelque chose, mais il réalise bien que j'ai raison. Alors il ne dit rien.
– Il faut vraiment que tu changes ton attitude. Je peux t'assurer que si tu n'entres pas dans l'arène avec un mental en béton armée et une motivation à toute épreuve, tu n'arrivera à rien mais alors à rien du tout !
– Oui, je sais bien…
– Tu sais pourquoi les carrières gagnent presque tout le temps, hein ? Oui, c'est parce qu'ils sont forts, oui, c'est parce qu'ils sont surentrainés, mais c'est aussi parce qu'ils ne se posent pas de questions ! Ils sont là pour gagner, et ils font tout pour y arriver !
– Je sais, je sais…
– Alors pourquoi tu ne montres pas plus d'enthousiasme ?
– C'est que… je…
Il soupire.
– Je sais très bien que je ne vais pas gagner.
Je savais qu'il me dirait ça. Mais je n'ai pas l'intension de le laisser aller dans l'arènes avec ces pensées.
– Tu as une famille, non ? Des amis, hein ? Que vont-ils penser s'ils voient que tu ne te bats même pas pour revenir à leur côté ? Tu as 16 ans, d'autres avant toi ont déjà gagné à cette âge, et tu es un garçon, tu n'es peut-être pas aussi fort que ces carrières, mais tu as aussi deux bras, deux jambes et un cerveau !
– Ce n'est pas si simple que ça…
– Tu n'as pas le droit d'abandonner tout de suite ! Si tu pars comme ça, c'est comme si tu te suicidais. J'espère que tu n'as pas l'intention de faire ce mal à tes proches !
– Je leur ai déjà fait quasiment le même mal.
– Mais tu n'es pas encore mort !
Je commence à perdre mon sang froid. Je n'ai jamais traité avec un tribut pareil.
– J'accepte de mourir. C'est vous qui ne l'acceptez pas.
Là, c'en est trop. J'ai envie de jeter l'éponge. Quand tout d'un coup, une idée me vient. Je respire lentement, il faut que je reprenne mon calme.
– Si tu n'as pas l'intention de gagner, donne au moins sa chance à Epsilon. Elle, elle a envie de gagner, mais elle n'en a pas les moyens, elle a besoin d'aide. Toi, tu peux lui apporter cette aide. Sois à ses côté, aide là, si tu vas mourir, rends toi au moins utile avant.
Night réfléchit. Il regarde Epsilon qui continue à saluer la foule. J'ai peut-être trouvé quelque chose.
– Ça je peux le faire, finit-il par répondre.
Il s'écarte de moi et revient à la fenêtre, saluant la foule avec un entrain certes limité, mais acceptable. Si je n'ai pas donné à Night une raison de gagner, je lui ai au moins donné une raison ne pas se faire tuer.
– Bien joué, me félicite Cashade dans mon dos.
Le train s'arrête en gare. Un groupe de pacificateurs vient immédiatement à notre rencontre. C'est à cet instant que Silka nous rejoint.
– Foutue Moisson… grogne-t-elle. Il fait toujours ce temps là dans votre district ?!
C'est bien ce que je pensais : elle n'a pas supporté la chaleur. En même temps, étant donné que le Capitole est entouré de montagnes, il n'y fait pas extrêmement chaud. Et ce brusque écart de température semble l'avoir physiquement atteint.
Alors elle fait la gueule. En fait, c'est une hôtesse qui fait beaucoup la gueule, ce qui est très rare. Les hôtes sont généralement choisis pour leur sens de l'accueil, ils sont d'habitude chaleureux et agréables. En même temps, Silka a été dégradée, est passée du district 4 au 7. Pas étonnant qu'elle fasse un peu la gueule. Enfin bon, ce n'est pas bien grave, je n'en ai rien à faire d'être mal accueilli par le Capitole.
Nous avançons dans un grand couloir de la gare, réservé au débarquement des tributs. Il est occupé seulement par les officiels des Hunger Games et des pacificateurs. Je garde un œil sur Night et Epsilon. Pour l'instant, ils ont les yeux rivés en l'air, fixé sur l'impressionnante voute au dessus de nous.
C'est leurs tous premiers pas au Capitole, pas étonnant qu'ils soient impressionnés. C'est un moment spécial. L'architecture de nos districts est tellement basique, à part quelques bâtiments tels que la mairie. Ici, tout est démesuré, trop grand, les constructeurs se sont laissés aller à toutes leurs folies.
Je regarde devant nous, et je vois un groupe de personnes qui vient à notre rencontre. Je reconnais une de ces personnes, elle est très facilement reconnaissable : Rokas Tanatoon, un géant de deux mètres, chauve, la mâchoire carrée, avec des longues moustaches taillées en pointes. Même dans une foule d'un millier de personnes, je pourrai le retrouver.
C'est notre styliste. Il est en place depuis une vingtaine d'année. Je devine que les personnes qui l'accompagnent doivent être l'équipe de préparation. Ceux-là sont tout nouveaux, ils changent presque chaque année. Ce n'est pas parce que les précédents ont été mauvais. Pour preuve, ce n'est pas parce que c'est un bon styliste que Rokas est là depuis longtemps. C'en est même un très mauvais, à vrai dire. Il s'est spécialisé dans la transformation en arbre lors de la parade en char, et tout y passe : chêne, hêtre, platane… Et c'est toujours moche, moche, moche. Le District 7 est même devenu célèbre pour ses pitoyables costumes, et Rokas s'en fait presque une fierté. Mais bon. Il sait bien ce que je pense de cette parade, et de l'utilité de se faire remarquer. Et puis, je ne suis pas persuadé qu'il donne le meilleur de lui-même.
– Eh, Keen ! Crie-t-il. Comment ça va !
Il me tend la main. Je grimace avant même de tendre la mienne. Comme prévu, mes phalanges sont à deux doigts de se briser.
– Alors, voyons ces tributs. (Il se baisse vers eux) C'est bien, ils ont presque la même taille. Je n'aime pas avoir des tributs trop dépareillé, ça fait un peu tâche sur les chars. Ne vous en faites pas pour vos déguisements… Enfin, vos costumes… J'ai déjà une bonne idée de ce que je vais faire.
– C'est Rokas, votre styliste, je dis en m'adressant à mes tributs. C'est lui qui va s'occuper de vous pour la suite.
– On va vous refaire une beauté ! Annonce l'un des membres de l'équipe de préparation.
– Ils sont choux, dit un autre.
– J'aime bien ce roux, dit un troisième en touchant les cheveux de Night. Je vais m'occuper de la coiffure de celui-ci !
– Ne me les abimez pas trop, je préviens. On se reverra demain. Ou peut-être après-demain, avec les festivités, je ne suis pas sûr que je serai en état de faire quoi que ce soit…
Night et Epsilon commencent à partir, entouré par les membres de l'équipe de préparation qui examinent chaque recoin de leur visage. La cérémonie d'ouverture aura lieu demain, pour laisser le temps aux tributs éloignés d'arriver. Je ne reverrai pas mes tributs entre temps, ils logeront ailleurs.
Rokas reste un peu en retrait pour me parler. Et, en douce, il me glisse un petit bout de papier dans la poche.
– Tiens. Un petit truc de la part de Daril, me murmure-t-il.
Je comprends tout de suite ce qu'il y a sur ce papier. Je suis étonné : les années précédentes, Daril avait attendu plus longtemps pour programmer notre premier rendez-vous. Je regarde autour de moi, j'ai toujours deux pacificateurs à mes côtés, qui vont s'assurer que je regagne bien mes appartements. Je ne suis pas censé pouvoir me déplacer où je veux sans avoir un pacificateur à mes côtés (en même temps, je vais aller en voir un autre).
– Je fais comment pour me débarrasser de ces deux, là ?
– Tiens, tu peux toujours prendre ça.
Rokas me tend une grosse perruque de couleur violette, dont les cheveux couvrent presque tout le visage (au Capitole, ça passe complètement inaperçu). Le styliste est au courant pour Daril, et ça l'amuse toujours un peu que je sois ami avec un pacificateur.
– Bonne chance, déclare-t-il avant de se retourner et de filer, me laissant seul avec les deux pacificateurs.
J'hésite quelques secondes, puis je me dis qu'avoir un plan détaillé ne sert à rien.
– Euh… Je m'excuse, il faut que j'aille aux toilettes…
Aller aux toilettes… Qui n'a jamais prétexté cela pour fuir quelqu'un ?
Je presse le pas vers une porte qui donne vers un grand hall qui, je le sais, doit être bondé. Les pacificateurs qui me suivent, surpris, ne m'ont pas emboités le pas et, quand j'arrive à la porte, il est trop tard pour eux.
– Hé ! crient-ils.
J'ouvre rapidement la porte. Elle est gardée de l'autre côté par un pacificateur qui empêchent les gens d'entrer dans l'autre sens, mais pas dans le mien. J'enfile ma perruque et je me fonds dans la foule. En quelques secondes, je suis devenu indétectable pour ceux qui me suivaient. Comme je le pensais, il n'y avait pas besoin d'avoir de plan précis.
Prochain chapitre pour bientôt. N'hésitez pas à reviewer.
