Manoirmalfoys: Eh bien merci quand même pour les reviews.


Le président Snow vient juste d'annoncer l'ouverture des 58° Hunger Games qu'une voix sortant des haut-parleurs nous annonce que les mentors et les anciens vainqueurs présents sont conviés à un grand banquet. Moi et Cashade sommes alors escortés par les pacificateurs jusqu'à notre destination, pendant que les tribunes se vident.

5 minutes plus tard, nous avons rejoint une grande terrasse extérieure, éclairée par de puissants réverbères. Deux grandes tables y sont installées : une réservée aux mentors, l'autre aux anciens vainqueurs et autres invités du Capitole. Il y a ici aussi des caméras de télévision, qui nous filmeront pour qu'un court résumé soit retransmis demain. Elles ne filmeront pas toute la soirée car, arrivé à une certaine heure, les images ne seront plus montrables.

Je me dirige vers la table des mentors, où une tonne de plats différents sont entassés. Il y a de la nourriture de toutes les couleurs, de toutes les formes et de tous les goûts : viandes, poissons, légumes, fruits, pain, œufs, boissons, alcools forts… Il y a tellement de choses que je me demande comment ils ont fait pour faire tenir tout ça sur l'espace de la table sans que rien ne dépasse, et comment la table peut tenir sous le poids d'autant de denrées. A douze personnes, nous n'auront pas le temps de toute la nuit pour tout manger.

Je m'assois à ma place attitrée, celle où la chaise est marquée du numéro 7. La table est en forme de U, et les mentors sont placés par ordre croissant du numéro de district. Ce qui fait que je suis assis au centre de la table, entre Runyon, le mentor du District 8, et Titania, celle du District 6. La première chose que je peux remarquer sont les regards de haine qui se porte sur Rash, le mentor du District 2, vainqueur l'année dernière. J'en fais moi-même partie. Ce n'est pas étonnant, Rash a tué un nombre impressionnant de tributs des mentors présents l'année dernière, dont mon garçon, ce qui fait qu'il ne s'attire pas la faveur des autres. Surtout celle du mentor du 1 : Rash a tué le dernier des tributs du 1 dans son sommeil, alors qu'ils étaient censés être alliés. Le mentor du 1 commence déjà à fixer du regard son voisin avec mépris, regard que lui tient Rash. L'ambiance risque d'être électrique à l'extrémité de la table. Au contraire de l'extrémité opposée, où les mentors du 11 et du 12, respectivement Chaff et Haymitch, amis depuis plusieurs années, s'enlacent chaleureusement.

A ce moment là, Caesar Flickerman monte sur une petite estrade où est dressé un pupitre avec un micro dessus. Il va nous faire un petit discours avant que le festin ne commence. Il tape deux fois sur le micro pour le tester, avant de parler.

– Bonsoir à tous, mesdames et messieurs. Bienvenue au banquet d'ouverture de ces 58° Hunger Games. Chers mentors, cher anciens vainqueurs, c'est à vous que ce banquet est dédié. Car nous, habitants du Capitole, nous nous devons de vous rendre les honneurs que vous méritez. Vous êtes l'honneur de vos districts, vous êtes les représentants de la force de vos districts, vous êtes les acteurs des Hunger Games. Car que seraient les Hunger Games sans leurs vainqueurs ? Que seraient les districts sans leurs vainqueurs ? Et que serait le Capitole sans ses districts ? C'est pour cela que ce soir vous est dédié à vous, buvons et mangeons en votre honneur, et souhaitons tous ensemble bonne fortune à l'ensemble de nos nouveaux tributs, qui nous offrirons, j'en suis certain, un spectacle inoubliable ! Sur ces mots, je vous souhaite à tous de joyeux Hunger Games ! Que la fête commence !

Sous l'impulsion des invités du Capitole, nous nous mettons à applaudir. Et, immédiatement, mon voisin de gauche, Runyon, se sert un verre d'alcool qu'il avale d'un trait, tandis que Chaff, le géant noir de deux mètres à qui il manque une main, se jette sur la nourriture.

Mes yeux font le tour de la table. Les mentors du 1 et du 2 adoptent une attitude étrange : ils mangent tout en ne se lâchant pas du regard, et ce depuis que les deux hommes se sont installés à la table. Je serai étonné que la soirée se termine sans une petite bagarre entre les deux hommes. A côté d'eux, Wiress, la dernière vainqueur du district 3, mange lentement, toute seule. Elle a la malchance de se retrouver entre les trois mentors des carrières, qui ne pense qu'à la compétition. Elle a le regard morne, ses Jeux ne l'ont pas laissée indemne, elle en a été mentalement affectée.

Plus loin, les mentors des districts 5 et 6, Oren et Titania, sont en train de discuter de l'édition à venir. Les deux sont des battants, et ils sont amis. L'année dernière, ils ont tenté de faire une alliance entre leurs tributs respectifs, mais ça n'avait pas bien marché.

– Tu comptes faire quoi de Cora ? demande Titania à Oren.

– Je ne sais pas… soupire Oren. En fait, si, je sais… C'est cruel, mais je ne peux pas anéantir les chances du garçon à cause d'une aveugle.

– Si elle arrive à se sortir du bain de sang, elle pourrait être quand même utile. Si elle est aveugle, elle doit avoir une super ouïe et un super odorat.

– Mais elle ne se sortira pas du bain de sang ! Comment veux-tu qu'elle courre loin des carrières sans même savoir où elle va !

Titania ne sait pas quoi répondre. Je sais très bien qu'Oren a raison. Laisser une aveugle mourir est horrible, mais moi-même, je ne serai pas capable d'ordonner à un de mes tributs de l'aider pendant le bain de sang. Cora n'aura pas le choix, elle devra se débrouiller seule, à moins d'avoir réussi à convaincre quelqu'un de l'aider, ce qui est peu probable.

J'aimerai bien aborder le sujet des Moissons Pirates du District 6 avec Titania, mais je doute qu'elle l'apprécie à cet instant. Je vais attendre plus tard dans la soirée, quand l'alcool aura fait son effet. Ce ne sera pas tellement long, vu les quantités présentes sur les tables. A ma gauche, Runyon en est déjà à son troisième verre d'alcool. Et pas n'importe quel alcool : de l'absinthe, un spiritueux à plus de 50 degrés. Dans moins d'une heure, il tombera dans les pommes, et il ne se réveillera pas avant demain. C'est comme ça qu'il procède depuis qu'il est mentor, pendant toute la durée des Hunger Games, il se soûle jusqu'à en perdre la raison, il devient incapable de faire quoi que ce soit, et ses tributs sont livrés à eux-mêmes. Ainsi, il n'a même pas à se soucier du poids qui lui pèse sur les épaules, il ne connait presque pas ses tributs, et il ne souffre pas quand ils meurent. Je ne suis pas sûr qu'il garde le moindre souvenir de la dernière édition. Il vient du District 8, celui du textile, sans doute le district où on touche le moins aux armes, en supposant qu'une aiguille n'est pas une arme.

C'est aussi à peu près la technique adoptée par Ben, le mentor du District 10, avec, pour lui, un peu plus de folie. Lui et Wiress sont les deux mentors qui ont été mentalement touchés, et lui le plus sévèrement. Adepte des beuveries et de la morphine, il est devenu presque muet, et devient agressif dès qu'on le prive de ses médicaments.

Quand je vois les deux qui sont en train de boire, sans même se soucier de ce qu'il y a autour, je ressens une profonde amertume. Voilà ce que je n'ai pas envie de devenir et, même si je sais que je ne serai jamais comme eux, je ne peux m'empêcher de me mettre à la place de leurs tributs, seuls contre le monde, et qui, en plus de toute la pression, doivent supporter un mentor alcoolique.

Pendant ce temps, Chaff et Haymitch sont en train de plaisanter. Eux arrivent un peu à se détacher de tout cela, notamment grâce à l'alcool. Mais ils n'abandonnent pas leurs tributs pour autant, malgré leurs faibles chances de victoire. Haymitch fait partie de ceux qui ont vite compris qu'ils seront longtemps au poste de mentor, et il s'y est vite adapté.

Moi, je n'y arrive pas. Je ne suis pas fait pour affronter autant de peine.

Je me remplis mon assiette d'un maximum de choses différentes. J'ai besoin de me remonter le moral, et les mets délicieux vont m'aider à cela. Je mastique avec plaisir une pièce de bœuf à la sauce succulente, avant de me jeter sur les fruits tropicaux, totalement introuvables chez nos marchands. Ce faisant, je renverse du jus un peu partout. Qu'importe la diététique et l'hygiène, tant que c'est le Capitole qui paie et qui nettoie. J'abuse de ces fruits et des poissons tels que le saumon ou le bar, aliments que je ne peux manger qu'ici. Les poissons étant pêchés dans le District 4, les plus beaux sont envoyés au Capitole sans que les autres districts y aient accès, à l'exception de quelques produits bas de gamme.

Tout en me goinfrant, je papote un peu avec Oren et Titania de choses sans rapport avec les Hunger Games, telles que la vie de tous les jours. C'est à peu près le seul moment où l'on peut se rendre compte de la situation misérable d'ensemble des districts, vu que le Capitole empêche que les différents districts communiquent entre eux. Je vois que Titania évite soigneusement de parler des dernières semaines, comme je m'y attendais. Quand nous touchons au sujet des Hunger Games, la conversation se fait un peu plus difficile. Oren est réticent à donner la moindre information sur ses tributs, et Titania la fait courte en disant que ses chances de victoire sont nulles. J'évite moi-même de dire que Night est une cible privilégiée qui pense n'avoir aucune chance.

Au bout d'un moment, mon estomac devient trop plein pour que je sois capable de manger plus. Je bois un nouveau verre d'alcool fort avant de me lever difficilement. J'ai arrêté de compter les verres depuis un bon moment, je m'arrange pour être à la dose maximale : bien boire comme les autres, mais assez peu pour pouvoir me souvenir de tout demain.

Je me lève en tremblant légèrement. Le monde qui m'entoure commence à devenir abstrait, flou, lointain. J'ai tellement mal au ventre que je songe sérieusement à me faire vomir. Il faut signaler qu'ici, ne pas manger est une façon de se faire remarquer, ce que je ne veux pas. C'est aux tributs de se faire remarquer, pas aux mentors.

J'attrape une petite fiole posée parmi d'autres sur une table à part. Ce faisant, je croise un invité du Capitole, qui sourit à mon geste. Beaucoup d'étranger refusent de faire cela, alors que c'est très courant au Capitole.

Je me dirige vers une salle spécialement destinée à cet effet. L'odeur y est épouvantable, mais elle n'est faite que pour qu'on n'y reste que quelques instants. J'avale d'un trait le contenu de ma fiole et, une seconde plus tard, je commence à avoir des relents, avant de sentir la mixture gastrique de mon estomac remonter par mon œsophage. Je me jette au dessus du grand lavabo et y déverse l'horrible contenu de ma panse. Vomir est très désagréable, vomir en ayant le ventre complètement plein l'est encore plus. Après cela, j'évacue le goût du vomi en buvant le breuvage sortant du robinet spécialement destiné à cet effet. Puis je ressors de la pièce, moins d'une minute après y être entré.

Je reviens me placer à la place du mentor du District 10, qui est parti je ne sais où, et je me retrouve à côté de Chaff et Haymitch, qui sont fortement alcoolisés et qui plaisantent allègrement.

– Et tu as vu les cochons du 10 ! s'exclame Haymitch. Les pauvres ! Ils avaient l'air complètement effrayés…

– Ouais, dit Chaff en se marrant. Ils ont fuit à une vitesse incroyable ! S'il le faut, dans l'arène, ils tiendraient plus longtemps que les petits du 10 !

– Moi, mon styliste, il faudrait vraiment lui faire couper la tête. Franchement, mes tributs avaient le visage tellement recouvert de charbon que je ne suis même pas sûr que c'était eux.

– Oh, ton styliste fait des trucs biens parfois, y a pire. Regarde celui du 7, ses costumes sont tout le temps bidon. (Chaff se rend compte que je suis en train de les écouter) Ah, t'es là, toi ? Je… enfin je… Ton styliste est nul quoi !

– Mouaip, je bougonne. C'est vrai qu'avec lui, on ne risque pas d'envoyer des fleurs à mes tributs.

– Moi, j'm'en fous, j'ai pas intérêt à ce qu'on les remarque, clame Haymitch. Actuellement, ils sont complètement transparents. J'me dis que peut-être qu'on y fera tellement peu attention que même les juges vont les oublier. Et qu'à la fin, ils se rendront compte qu'il en restera un des miens, et ils seront obligés de le déclarer vainqueurs !

– Moi, mes tributs sont pas beaucoup mieux, confie Chaff. Le gars pourrait peut-être se débrouiller seul deux, trois jours… Et toi, Keen ?

– Bof, j'sais pas… Je crois que je vais peut-être réussir à les persuader de ne pas se jeter dans le bain de sang, ça fera toujours ça de gagné.

– Moi, j'leur ai dit que s'ils me faisaient la honte de se faire tuer dans le bain de sang, j'irai me venger sur leur famille ! dit Chaff en éclatant d'un rire grossier.

Je le regarde avec de gros yeux.

– Je leur ai dit ça pour plaisanter, continue-t-il, mais je crois que la fille m'a crue. Enfin, du moment que mes tributs durent plus longtemps que ceux d'Haymitch !

Chaff tape violemment dans le dos de ce dernier, qui recrache le whisky qu'il venait d'ingurgiter.

– Moi aussi j'aimerai bien que mes tributs durent plus longtemps que les tiens !

– Tu paries ? Défie Chaff. J'te parie deux semaines de ma paye que mes tributs durent plus longtemps que les tiens !

– Non mais tu rigoles ?! Mes tributs sont bien trop pourris pour ça ! Ton garçon est presque sûr de sortir du bain de sang. Moi les miens, c'est pas la peine d'espérer. J'te dis, dans l'arène, j'en suis sûr, ils vont tenir 3 minutes…

Haymitch avale une pleine gorgée de son nouveau verre de whisky.

– … A eux deux. Et en comptant la minute d'attente.

– Merde, râle Chaff. Moi, j'avais bien envie de parier quelque chose…

– Moi, je veux bien parier !

Je me retourne. C'est Liver, la mentor du District 9 qui vient de dire cela. Elle n'est pas aussi imposante que les autres anciens vainqueurs, petite, avec des joues roses, on dirait une gamine. Mais elle à l'esprit vif et, contrairement à l'ensemble des mentors, elle déteste boire. Elle serait surement un très bon mentor si elle n'avait pas à s'occuper du district 9, celui du grain, où les armes sont quasiment absentes et les tributs pas très résistants.

– Déconne pas, Liver ! s'exclame Chaff. Tes deux tributs ont 17 ans, petite chanceuse, ils ne feront qu'une bouchée des nôtres ! Tu devrais plutôt parier avec les mentors des carrières, tiens !

Liver ne tient pas compte de ce que lui a dit Chaff et se tourne vers moi.

– Et toi, Keen, tes tributs ont 16 et 17 ans c'est ça ? Un petit pari, ça te tente ?

– Arrête, Liver, je ne joue pas à ce jeu…

– Pourtant, l'année dernière, tu nous as tous ridiculisés. Si tu avais parié… Mais t'avais peut-être pas confiance en tes tributs.

– Je crois en mes tributs, je réplique. Je crois en tous mes tributs, je ne veux pas faire comme vous, à dire qu'ils vont mourir dès le bain de sang et qu'ils n'ont aucune chance !

– Alors qu'est-ce qui t'empêche de parier ?

Je serre les dents. Je ne veux pas tomber dans son piège, mais je ne veux pas faire perdre la face à mes tributs quand ils e sont pas là. Si je peux faire en sorte que les tributs des districts défavorisés voient en eux des ennemis à éviter, je le ferai. En face de moi, Liver devine ce qui va se passer.

– Deux mois de salaire, ça te va ? propose-t-elle.

– Ok.

Je me lève et quitte la table alors que Liver émet un petit gloussement.

Ma tête tourne, j'ai atteint le seuil maximum d'alcool que je peux m'autoriser. Je regarde tout autour de moi pour me rendre compte de la situation de désordre que le banquet vient d'atteindre. Autour de moi, une multitude de morceaux de nourriture traînent par terre, le sol en est presque recouvert, et j'ai peine à ne pas marcher dessus. Toutes les bouteilles d'alcool sont ouvertes et à moitié entamées, voire renversées, et dont le contenu infect se répand sur les tables. Runyon, évanoui à sa place trempe dans un mélange d'absinthe et de vomi.

Comme prévu, les mentors du 1 et du 2 en viennent aux mains. Tout d'un coup, ils se lèvent et enchainent les coups de poings devenus imprécis à cause de la boisson. Quelques instants plus tard, leurs lèvres et leurs arcades sont en sang, et des pacificateurs tentent tant bien que mal de les séparer. Autour d'eux, les gens rigolent comme des demeurés.

Je ne fais que quelques pas avant de perdre l'équilibre. Je me rattrape de justesse à une chaise et m'y assoit. A côté de moi est assise Titania, qui a aussi énormément bu.

– Alors, cette soirée ? me demande-t-elle, l'air complètement ailleurs.

– Comme d'habitude, je réponds. Les caméras du Capitole ont bien fait de partir.

– Le Capitole a inventé les Hunger Games, mais évite de montrer les choses que les habitants des districts font et qui risqueraient de choquer… C'est quand même bizarre…

C'est le moment que je choisis pour la lancer le sujet que je veux aborder depuis le début de la soirée. Dans l'état où elle est, je pourrai parler de tout avec elle. Je prends bien soin de couvrir mes lèvres en lui parlant, même si il ne doit plus y avoir de caméras.

– Je suis au courant pour ce qui s'est passé dans votre district.

Titania ne me regarde même pas quand je lui dis ça. Elle louche sur son verre, toujours l'air absente.

– Au bout d'un moment, ça allait finir par se savoir de toute façon, me dit-elle. Ils ne m'ont même pas demandé mon avis avant. Quelle idée à la con… Comme si les dirigeants du Capitole étaient assez débiles pour ne pas s'en apercevoir. S'ils m'avaient demandé, je leur en aurais empêché. Et maintenant, on se retrouve avec un district en ruine, des dizaines de morts, et ça n'a servi à rien. Si… Au moins, on a un tribut qui a une bonne raison d'en vouloir au monde entier.

Je me souviens des Moissons.

– Le garçon, Raven, il avait un regard de haine quand il a été tiré au sort.

– Il n'a pas été tiré au sort ! Il a été choisi !

– Le tirage était truqué ?

– Évidemment ! Ça m'étonnerai que le fils de celui qui à eu l'idée des Moissons Pirates ait été tiré au hasard !