Désolée, je pensais pas prendre autant de temps pour poster ce chapitre, mais je l'ai remanié pas mal de fois parce que ce n'est pas mon style de tomber dans la simplicité, et vous pouvez me croire, il m'a bien donné du fil à retordre, mais bon ! L'essentiel, c'est qu'il est présent, ouf ! Bonne lecture, et encore merci de vos reviews, il n'y a rien de tel que de savoir que l'on est suivie. Je vais essayer de faire plus vite pour le chapitre 5.


Chap 4 : Autrefois

Peeta est très enthousiaste dans le train. Delly et moi un peu moins. On appréhende. Mais il n'y a aucune raison pour que cela se passe mal. Nous allons juste passer voir sa maison, il sera content, on rentrera et fin de l'histoire. J'ai quitté ma tenue d'infirmière pour un pull léger et un jean. C'est quand même beaucoup mieux. Maintenant, les trains sont devenus publics. Chacun peut visiter sa famille et se rendre d'un bout à l'autre de l'Amérique (nous avons décidé de reprendre le nom que nos ancêtres avaient donné à cette terre) sans grande difficulté. Au détour d'une conversation, Peeta déclare en sortant un bout de papier :

-Le docteur Abernathy m'a obligé à coucher sur papier tout ce dont je me rappelle, il tenait à ce que tu le lises Katniss.

Je lâche ma tasse et tend la main pour l'avoir. Il me le remet et je le déplie avec une certaine fébrilité. C'est un texte très court, et rédigé sous forme de prise de note :

-Je m'appelle Peeta Mellark

-Je vis au District douze

-Je suis fils d'un boulanger.

-J'aime peindre.

-J'ai une très bonne amie qui se nomme Delly.

-Le Capitol a une emprise sur tous les Districts et Snow en est le président. Il organise des Jeux de la Faim chaque année pour raffermir son emprise.

Ps : Après mon coma, la dernière information se révèle fausse.

Je suis bouche bée.

-C'est tout ce dont tu te souviens ? Demandai-je en lui rendant le bout de papier.

Il acquiesce. C'est bizarre de savoir que j'en sais plus sur Peeta que lui-même.

-Garde ta liste, lui dis-je. Tu pourras sûrement la compléter.

Nous descendons au terminus.

L'ancien district douze.

Ça me fait bizarre de revoir mon village d'enfance. A présent, pas mal de choses ont changé. L'ancien village des vainqueurs est dorénavant occupé par des habitants. Beaucoup moins de personnes sont en détresse.

A mon arrivée, les gens s'amassent autour de nous, ou plutôt de moi. Ils veulent me remercier, et prendre de mes nouvelles. Aïe aïe, comment vais-je expliquer tout cela à Peeta ? Heureusement, il ne pose pas de question, mais je le sens soupçonneux.

-Katniss, nous n'oublierons jamais ce jour béni où vous nous avez sauvés en…

-Oui oui, fis-je pour couper court. Tout le plaisir est pour moi.

On s'éclipse vite avant qu'ils n'aient reconnu Peeta. Trop tard, c'est la débandade. Le petit comité d'accueil grossit et j'entends de plus en plus de références à la rébellion et aux Jeux. Ça ne se passe pas du tout comme prévu.

-Comment allez-vous ? Et vous Peeta ? Vous n'avez pas quitté l'hôpital depuis la fin de la guerre. Vos souvenirs…attendez ! Ne partez pas ! Katniss, Peeta !

On fuit littéralement et on s'enfonçe dans les ruelles étroites pour échapper aux curieux.

-C'est moi ou ces gens semblent en connaître plus sur moi que moi-même ?

-Ben, tu étais très populaire au district, dis-je rapidement.

-Vraiment ? Je ne me souviens pas du tout d'eux.

Peeta désire voir sa maison et la boulangerie qui a explosé. Bon, beh c'est parti alors. J'évite soigneusement de passer par ma maison, ce qui nous oblige à faire un détour. Delly l'a remarqué mais ne dit rien. Ouf.

-Voilà, ta maison, dit Delly enchantée.

Il s'avance timidement sous le porche, s'attardant à la porte d'entrée. Il la pousse et celle-ci grince doucement. Dedans, tout semble encore en place.

-Les bombes n'ont pas touché cette partie du quartier, me glisse Delly pendant que Peeta visite. Mais il faudra faire attention tout de même que cela ne s'effondre pas sur nous.

-Je n'ai plus aucune famille, c'est bien cela ? Interroge-t-il.

On fait oui de la tête. La vérité, c'est que ses parents ont été emmenés avec ses frères par des pacificateurs, puis exécutés près du pré. Gale m'a dit avoir entendu les coups de feu alors qu'il rentrait chez lui. Je ne peux même pas m'imaginer ce qu'ils ont pu ressentir lorsqu'on les a forcé à se mettre à genoux, alignés les uns à côté des autres. Ils ne sont pas morts dans le bombardement. Peut-être cela aurait-il été mieux.

Peeta se balade à travers la maison, ramassant de temps en temps quelques objets poussiéreux.

-Je n'arrive pas à me souvenir, lâche-t-il après avoir déambulé dans toutes les pièces. C'est comme si un voile s'était formé entre moi et l'ancien moi.

-Peut-être que c'est mieux ainsi, souffle Delly. Parfois, il faut laisser le passé derrière soi.

Nous sortons de la maison, et longeons l'ancienne barrière électrique en silence. Soudain, il pointe quelque chose du doigt avec effervescence :

-Cette maison ! ça, je m'en souviens ! Je la regardais souvent avant. Allons la voir !

Cette maison, c'est la mienne. Je me tape le front avec ma main. Que peut-il bien y avoir dedans encore ?

-C'est peut-être pas une bonne idée, s'aventure Delly.

-Pourquoi ? Demande-t-il.

-C'était ma maison, je lâche, avant que le pire n'arrive et qu'il pense que je lui cache des choses.

Il s'arrête abasourdi.

-Ta maison ? Comment ? Tu habitais ici quand tu étais jeune ?

Je ne réponds pas, et il entre sans ma permission.

-Hé ! M'écriai-je.

J'ai le souffle coupé en entrant. Tout est exactement à sa place. Je m'aperçois que Peeta a un cadre entre les mains. Il le regarde avec attention :

-C'est…c'est toi Katniss, et qui est cette fille que tu tiens dans les bras ?

J'ai les larmes qui me montent aux yeux en pensant à Prim, et elles jaillissent sans crier gare. Non ! Je m'étais promis d'être forte, de ne plus pleurer devant les autres. Arrêtez-vous mes larmes, arrêtez-vous. Je me claque.

-Katniss !

Delly me serre dans ses bras. D'habitude, je l'aurai repoussé, mais là je me laisse faire, appréhendant comment Peeta va réagir face à cette révélation.

-Katniss ?

Cette voix qui provient du salon…oh non, il ne manquait plus qu'elle.

Ma mère fait son apparition.

-Madame Everdeen, fait Delly stupéfaite.

-Peeta, Delly, vous êtes là aussi.

Elle jette cependant un regard soupçonneux au jeune homme. Elle n'a pas oublié qu'il a essayé de me tuer. Je la supplie silencieusement de ne rien dire, mais elle ne peut s'empêcher de rajouter son grain de sel :

-Katniss, je désespérais de te revoir un jour. Je me réjouis de voir que tu as décidé de rentrer à la maison, alors j'ai pris un jour de congé pour venir te voir.

-Oui, grommelai-je en essuyant rapidement mes larmes. Enfin, je ne suis que de passage pour le moment. Mais comment savais-tu que nous allions venir ?

-Tout le monde est au courant Katniss. C'est dans la presse.

-Vous me connaissez Madame ? Vous m'avez appelé par mon prénom, s'enquit Peeta.

Ma mère fronce les sourcils :

-Ça ne va pas mieux les souvenirs à ce que je vois, dit-elle d'un ton sec. Oui, je te connais Peeta, depuis que tu as fait les Jeux avec ma fille.

J'ai envie d'étriper ma mère. Ma tension artérielle fait un saut. Je crains le pire. Peeta ne tarde pas à réagir.

-Katniss, qu'est-ce que cela signifie ? Dit-il, une pointe de colère dans la voix. Tu faisais donc bien parti de ma vie avant ?

-Comment ça ? S'exclame ma mère. Comment as-tu pu oublier ?

Il faut que j'arrête ça de suite ou ça risque de tourner….

-Excusez-moi Madame Everdeen, je viens de sortir d'un long coma et…

-Un coma ? Balivernes ! Tu as été capturé par le Capitol pas plus tard que…Aïe Katniss !

Je lui ai écrasé le pied sans ménagement. Ça n'a pas suffi à rompre les doutes de Peeta.

-Le Capitol, répète Peeta tout pâle.

-Peeta, écoute, commence Delly.

-Stop, assez les mensonges ! Crie-t-il en nous regardant comme si nous étions des monstres.

Son sang reflue rapidement et ses joues se teintent du rouge coléreux. Il se dirige vers la porte. J'ai le cœur qui tambourine dans ma poitrine. Non, il ne peut pas sortir de ma vie ainsi !

Je l'arrête. Il me repousse. Que faire ?

-Cours lui après, fais lui entendre raison je t'en prie, geint Delly.

Cette fois-ci je l'attrape plus brutalement par le bras et l'oblige à se retourner :

-Ok Peeta, je t'ai menti. Je ne suis pas infirmière, et Haymitch n'est pas psychiatre non plus. C'était ton mentor pour les Jeux. Tu te souviens ?

-Non, laisse-t-il échapper, mais il continue de s'éloigner de la maison, et je dois le rattraper.

-Je suis désolée ! Mais la vérité est dure à entendre.

Cette fois, il s'arrête, mais évite de me regarder. Je le vois regarder les nuages qui se reflètent dans ses yeux bleus azur. Il fait froid aujourd'hui, mais le ciel est bien bleu. D'un bleu de la couleur des yeux de Peeta. Le vent joue dans ses cheveux blonds comme du blé. Je crois qu'il attend que je dise quelque chose. Je suis furieuse contre Haymitch qui a eu l'idée que l'on vienne ici, mais aussi contre moi. Jamais tout cela n'aurait dû arriver. Jamais. Maintenant, il va falloir que je sorte la vérité. Mais comment va-t-il réagir ? Je me lance quand même en prenant des gants :

-Ok, tu veux la vérité ? Dis-je avec une impatience dans la voix. Peeta, tu es fils d'un boulanger.

Jusque-là, il ne bronche pas, mais ses yeux se sont tournés vers moi. Il faut que je continue de garder son attention.

-Tu m'as sauvé la vie quand j'étais petite, puis nous avons dû faire les Jeux ensemble. C'est là qu'on a connu Haymitch qui était le gagnant du district douze, ça te revient ?

Il hoche vaguement de la tête, mais je le vois hésitant. Je vais le perdre, je le sens !

-En fait non, je ne me souviens pas, dit-il. J'ai l'impression que tu me racontes des salades. Mais si c'est vraiment la vérité,-il prend une respiration comme s'il avait du mal à parler à cause de l'émotion- pourquoi avoir inventé toute cette mascarade de coma si ce n'est pas vrai ?

-Comme ma mère te l'a dit –je déglutis, appréhendant sa réaction- tu as été kidnappé par Snow après nos seconds Jeux et…

Les mots ne veulent pas venir. Mince, j'étais pourtant bien partie.

-Et… ? M'encourage Peeta.

-Et quand tu es revenu, tu n'étais plus le même, éclatai-je.

On reste là à se regarder pendant longtemps. Finalement, il lâche :

-C'est ridicule, tout ça ne tient même pas debout. Au revoir Katniss.

Evidemment il ne peut pas me croire. Tous ces événements ne sont même pas liés. Et pourtant, c'est bien ce qui arrivé ! Ce qui nous est arrivé. C'est notre histoire commune, aussi invraisemblable que cela puisse paraître. Il n'a pas conscience de la cruauté de Snow. Il ne sait pas ce que ce sont les Jeux. Il ne sait rien. J'ai envie de m'énerver, de tout laisser tomber. Mais Katniss, il a besoin de toi. Ressaisis-toi ! Je lui cours encore derrière, pas prête à lâcher le morceau. Je ne le rejoins que sur la place centrale, la même qui a servi de cadre lors de notre Moisson. Etrangement, la place est décorée, mais je n'y prête pas la moindre attention. Je me focalise sur le garçon blond qui me fait face.

-Peeta, je sais que ça peut paraître incroyable comme histoire, mais c'est la vérité. D'ailleurs, je ne sais même pas pourquoi tu m'aimes, enfin je veux dire, tu m'aimais, parce que maintenant, ce n'est plus vraiment le cas. Je n'avais vraiment rien de spécial. Mais saches que ce baiser, et tous ces sentiments durant les Jeux, c'était réel.

Là !Voilà, j'ai bien déversé tout ce que j'avais sur le cœur à ce moment-là. Je ne sais pas bien à quoi je m'attendais ensuite. Peut-être à ce qu'il me sourit, m'excuse, même revienne vers moi, mais au lieu de tout cela, il me regarde comme s'il m'en voulait, comme si je le dégoutais.

-Comment tu peux oser me balancer tout ça comme ça ? Dit-il d'une voix glaciale. Je ne sais plus où j'en suis, je ne sais même plus qui je suis. Et voilà qu'une inconnue apparaît dans ma vie et se pose comme une fleur en clamant qu'elle est l'amour de ma vie, que j'ai vécu deux Jeux avec elle ! Je n'ose même pas m'imaginer comment j'ai fait pour survivre, je n'aurais pas tenu une seule minute !

Je réalise à ce moment-là à quel point Peeta s'était dépassé pour moi. Il a dû changer sa personnalité pour moi. C'est lui qui m'a protégé durant les Jeux, c'est lui qui a veillé sur moi, c'est lui qui a risqué sa vie auprès des carrières, et c'est encore lui qui a voulu se sacrifier. Tout ça pour moi. Il a tenu parce qu'il voulait m'aider.

Il continue en m'apostrophant de reproches :

-Si tu m'aimais vraiment, tu aurais pu essayer de me retrouver, de m'aider à surmonter tout ça. Encore heureux que je n'ai pas souffert, ignorant comme je l'étais !

-Mais j'ai essayé, j'ai essayé je te jure, dis-je d'une voix pitoyable en me morfondant, l'âme au bord du désespoir.

-Oui, ben, tout ce que je constate, c'est que tu as abandonné, dit-il avec un regard où se lit la déception. Moi, je ne me saurais pas fait passer pour un autre. J'aurais été franc jeu. Jusqu'au bout.

Je cherche un argument creux, sans fond, comme je le fais toujours d'ailleurs, mais quelqu'un me tire par le manche.

-Katniss, vous nous ferez l'honneur de monter sur scène et de nous faire un petit discours, dit une vieille dame que je ne connais pas.

-Quoi ? Dis-je complètement à l'ouest.

Je n'avais pas remarqué, mais sur les banderoles de la place sont écrites toutes sortes de messages comportant mon nom. Sur certaines d'elles, je lis « bon retour à Katniss et à Peeta », sur d'autres je vois des messages d'encouragement qui nous sont à tous deux adressés. Peeta aussi les remarque. Il ouvre la bouche, mais avant qu'il ne prononce un mot, je suis entraînée sur scène par un mouvement de foule.

-Peeta !

Trop tard, je suis trop loin de lui. Les gens essaient aussi d'emmener Peeta, mais celui-ci s'échappe, et je ne peux rien faire. J'ai envie de crier ma frustration. J'ai l'impression que l'on s'amuse à me transpercer le cœur avec une aiguille. J'ai envie d'aller les envoyer balader, mais dès que je suis sur scène, et que je vois tous ces visages heureux qui me regardent, comme si c'était moi qui leur avais procuré toute cette joie, cet espoir d'un futur nouveau, je sais que je ne pourrai pas. Je vais devoir jouer le jeu, mais peut-être que Peeta sera loin quand j'aurai fini.

Très loin.