Merci pour toutes les reviews! Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est réjouissant de voir qu'on a une alerte review quand on ouvre notre boîte mail ^^

C'est vrai que Katniss aurait pu anticiper mieux, mais je pense qu'elle se voilait surtout la face et refusait de considérer la réalité. Enfin, voilà le chapitre 5! J'aurai aimé remanier un peu le début qui ne me plait pas tant que ça, mais je traîne cela depuis trop longtemps, donc bon.

ps: Mais non, je ne vous ai pas laissé sur un cliffhanger quand même! Au début je voulais m'arrêter à là où j'ai mis une petite (**) Vous verrez, ça aurait été encore plus sadique.


Chap 5 :Retrouve-moi.

La foule se tait. Son grondement monstrueux fait place à un silence presque religieux. Ils sont tous là, à m'écouter.

-Bien, commençai-je. Je suis très touchée de l'accueil que vous nous réservez.

Je me pose tout de même inconsciemment comment la presse a su que nous allions venir.

-Peeta et moi avons vécu beaucoup de choses ensemble, et tout a commencé sur cette estrade, celle-là même où je me tiens maintenant devant vous, dis-je en sentant l'émotion venir, mais je tente de me maîtriser. Comme vous le savez, ça a été très dur, nous avons traversé une période réellement éprouvante, et je sais au fond de moi, même si je n'ai jamais eu l'occasion de le lui dire, que je n'aurais jamais pu tenir sans lui.

-Comment va Peeta ? Réagit quelqu'un dans la foule.

Mes lèvres tremblent légèrement.

-Je…je ne sais pas, avouai-je et ma déclaration soulève des murmures d'étonnement mais j'en fais abstraction. J'ai cru qu'il irait mieux s'il oubliait cette période, mais je me suis trompée, dis-je en me rapprochant du micro. Je suis désolée. Je voulais qu'il m'oublie, mais je ne pouvais me résoudre à le quitter en même temps. Et en faisant cela, j'ai menti de la pire sorte.

A quoi cela sert-il que je continue ? De plus, je déteste que les gens s'apitoient sur moi. Alors que je me sens dans une impasse, la dame qui m'avait adressé la parole tout à l'heure monte sur scène. Je pense qu'elle est l'organisatrice de l'évènement. Elle me presse l'épaule pour me montrer son soutien, puis sourit :

-Si tu étais à la place de Peeta, tu penses vraiment que tu aurais voulu oublier tout ça?

Elle tend le bras vers l'écran et une musique grandiose s'élève. Un orchestre sur le côté de la scène ! Je ne les avais même pas remarqués. Je me retourne pour voir une image de moi et Peeta le jour de notre première interview avec Caesar Flickerman. Nous sourions vraiment. Je m'aperçois que mon sourire est sincère. Est-ce possible ? Puis la vidéo retrace rapidement nos vies en passant par les moments forts. Je nous vois sélectionnés, puis défiler sur nos chars avec ce mépris et ce côté imperturbable que je me donne, puis les premiers Jeux défilent si rapidement suivis des seconds. Le tout ne dure pas plus de deux minutes. Mais ces deux minutes ont été intenses.

-Merci, dis-je. Merci pour cette vidéo, c'est vraiment… vous vous êtes vraiment donnés, mais…mais moi ce ne sont pas les souvenirs les plus importants à mon cœur.

Cette fois-ci je provoque un vrai malaise. Je vois bien que tout le monde a l'air perdu.

-Ceux que je garde au plus profond de moi, ce sont ces souvenirs qui n'ont pas été filmés. C'était sa constante présence à mes côtés sans que je m'en rende réellement compte au départ. C'est tous ces moments où l'on s'est soutenus, et pas que pendant les Jeux, mais aussi toute la période de rébellion. C'est son sourire, ses yeux, ses gestes rassurants, et…

Je vois du coin de l'œil un mouvement. Rien ne peut me tromper. C'est Peeta. (**)

-Je dois y aller, dis-je rapidement avant de sauter de scène.

La foule, surprise par cette réaction, s'ouvre pour me laisser passer. J'en ai rien à faire des regards, tout ce que je veux, c'est me rattraper.

Je cours très vite, comme si je venais d'entendre le gong lors des Jeux. J'ai juste le temps de l'apercevoir tourner en direction de sa maison. Puis je le perds. Où est-il ? De toute façon je connais la route.

Au bout d'une cinquantaine de mètres, j'aperçois la bâtisse de la boulangerie et la maison de Peeta.

J'entre en trombe et appelle mon ami plusieurs fois. Rien. Pas de réponse. Je fais plusieurs fois le tour des chambres. Je fouille tous les placards, retourne dans la salle de bain, revient dans la cuisine pour tout de suite repartir vers les chambres. Le plancher craque à chacun de mes pas, et ce sont bien les seuls bruits que j'entends. Il n'est clairement pas là. Je ressors plus que jamais désespérée. Je décide de retourner chez moi au cas où il serait allé voir Delly. A son visage plein d'inquiétude, je sais de suite qu'il n'est pas revenu.

-Tu n'as pas réussi, soupire-t-elle en me voyant.

-Pire, je l'ai perdu, dis-je.

-Oh non…ah ! Notre train est dans une demi-heure, c'est le dernier, si on le loupe, on sera obligé de rester ici cette nuit.

-On ne peut pas partir sans lui, il va falloir le retrouver avant.

Je n'ai pas envie de passer ma nuit en sachant que ma mère dort sous le même toit. Il est urgent que je le retrouve. Si ça se trouve, il est en danger. J'ai été si bête. Pourquoi n'ai-je pas essayé de l'aider à se remémorer de son passé au lieu de le lui raconter de suite ? Je n'aurais pas dû lui balancer ce que je ressentais, j'ai tout simplement exploser après toute cette attente. Je n'y croyais plus. Maintenant, j'ai encore moins de raison de le croire. J'ai brusqué les choses. Et je l'ai perdu.

-As-tu vérifié à la boulangerie ? Me questionne Delly.

La boulangerie ! Quelle idiote ! Comment n'y ai-je pas pensé !

-Merci Delly ! Merci ! Criai-je.

Il reste une chance.

La boulangerie est en fait collée à la maison, et elles communiquent par une porte arrière. J'arrive sur le pas de la porte d'entrée après avoir monté les quelques marches en bois du porche qui amènent à cette partie surélevée. La petite cloche qui signale l'arrivée des visiteurs est encore là, à sa place, intacte. Le panneau fermé est tourné. Je n'ai pas le temps de m'y attarder.

Peut-être que si je n'avais pas été aussi pressée, j'aurais pu mieux remarquer l'aspect délabré de l'enseigne. J'aurais aussi pu relever la bande rouge et blanche « no trepassing » qu'il y avait avant de passer le porche.

Mais je n'ai rien fait de tout cela.

Je pousse la porte sans précaution.

-Katniss !

C'est la voix de Peeta, je la reconnais.

Je me retourne avec un sourire de soulagement.

La petite cloche produit son doux carillonnement.

Le bois grince de manière menaçante.

L'instant d'après, la voute soutenant le porche me tombe dessus.

Dans les films, la victime peut perdre connaissance, ou ne pas trop savoir ce qui s'ensuit et se retrouver dans une chambre inconnue, avec un docteur souriant qui vous accueille à l'entrée. Quel comble tout de même si j'avais dû me réveiller dans les mêmes circonstances que Peeta. Nous aurions échangé nos rôles. Mais ce n'est pas exactement ce qu'il s'est passé. En réalité, je me rappelle de chaque détail qui a suivi l'accident.

-Katniss, oh non ! Katniss !

Il fait sombre là où je suis. Heureusement pour moi, tout le porche est fait de planches en bois. Cependant, une partie de la façade extérieure s'est aussi écroulée, et je suis coincée dessous. Je tousse pour dégager mes voies respiratoires. Le plâtre me brûle la gorge, et j'ai les yeux qui piquent. Mon bras me fait mal et je ne sens plus ma jambe. Je l'ordonne en vain de bouger, mais un gros morceau de gravats le retient sous lui. Si je ne suis pas dégagée de suite, je vais m'évanouir. Déjà mon esprit demande à reconquérir sa liberté.

-Katniss, tiens bon !

-Je suis ici, dis-je avec effort.

La position est très inconfortable, j'espère qu'il va réussir rapidement à me sortir d'ici.

D'un coup, un trou de lumière m'apparaît. Suis-je morte ? Non, ce n'est que Peeta. Il dégage avec une force que je ne lui connais pas les poutres en bois et les planches sans flancher. Cette même force qu'il a puisé au fond de lui lors des Jeux.

-Reste avec moi Katniss.

-Je ne peux pas aller bien loin, dis-je d'un rire faible.

Il ne relève pas, visiblement très inquiet. Le bloc de béton qui retient ma jambe lui donne plus de mal. Je le vois devenir rouge cramoisi tandis qu'il essaie de pousser le bloc sur le côté. Dans un ultime effort, il y parvient.

-Tu peux bouger ?

Je fais signe que non. Il se penche vers moi et me tend son cou. Je passe mes bras autour, et avec une infime délicatesse, il me soulève. Dommage que ce soit dans ces circonstances tout de même. Néanmoins, je suis affreusement gênée. Je ne sais pas quoi dire, mais il me prend de court :

-Je suis vraiment désolé Katniss.

-Pour quoi ? M'étonnai-je. C'est moi qui aurais dû comprendre ce que tu ressentais, et agir en conséquence. Je n'avais que vaguement conscience de ce que cela pouvait être de ne plus savoir qui l'on est. Je m'y suis tellement mal prise.

-En attendant, tu es gravement blessée, fait-il remarquer, et par ma faute. J'étais dans cet arbre à côté de la boulangerie. Je t'ai vu entrer dans la maison mais je n'ai rien fait.

-Pourquoi ? Soufflai-je.

Il ne me répond pas de suite. Un sentiment de culpabilité le tient à son tour.

-J'avais peur, admet Peeta.

-De moi ?

Il secoue la tête.

-Non. Peur de ce que je suis capable de faire.

Mon cœur rate un battement. Ça y est Katniss, c'est fini. Je n'aurai pas été heureuse longtemps, mais au moins je l'ai été un moment. Un moment j'ai oublié tous les actes horribles que j'avais pu commettre, même s'ils revenaient pendant la nuit me hanter sous forme de cauchemar. Mais ce n'était pas grave, parce que je ne dormais pas, ou si peu. Je sens que le mot « mutation » va ressortir bientôt. Je ne me sens pas capable de le supporter de nouveau. Pourquoi ne suis-je pas morte sous les décombres ? Pourquoi a-t-il fallu qu'il me trouve si c'est pour me tuer de suite ? Non vraiment, je n'ai pas la force d'essayer de le raisonner encore.

Mais il n'a pas l'air décidé à me tuer. Je pose ma main au niveau de son cœur.

-Alors tu te souviens ? Dis-je en masquant difficilement mon anxiété.

-Tout est revenu mais…

Il cherche ses mots.

-C'est très flou. Je ne sais pas comment t'expliquer. Tu vois la séquence qui a été projetée sur la place ? Ben c'est un peu pareil, sauf qu'il n'y a pas de sons, seulement des images, et qu'elles n'ont aucun enchaînement logique. En tout cas, pour moi. Et puis –il me regarde avec des yeux perdus- ça s'est passé beaucoup trop vite, je n'ai vraiment rien compris.

-Ne cherche pas à comprendre, dis-je instinctivement.

-Katniss, dit-il en soupirant, tu sais bien que je ne peux pas. J'ai besoin de savoir, c'est essentiel.

-Il ne s'est pas passé de belles choses.

-A commencer par moi en train de t'étrangler, c'est ça ?

Je ne dis rien.

-Je suis désolé, dit-il encore une fois. Mais je dois savoir, et apprendre à maîtriser mon comportement, à vivre avec. Je ne peux pas faire comme si de rien n'était, et ignorer ces images. Lorsqu'elles sont apparues dans ma tête tout à l'heure pour la première fois, c'était tellement violent que je suis tombé à genoux, et que je me suis mis à pleurer de douleur.

Je le comprends. Moi aussi je ressens la même chose avec mes cauchemars. Je n'ose même plus dormir plus de trois heures d'affilés sous peine de les voir réapparaître. J'en suis terrifiée le soir, seule enfouie sous mes couvertures. Je pose ma tête contre son torse, et écoute le paisible battement de son cœur.

-Alors, je t'aiderai, murmurai-je.

J'entends un merci presque inaudible. Je ferme les yeux et me laisse aller. Je me sens en sécurité dans ses bras. J'ignore tout à part sa présence. J'ignore mon bras blessé, dont suinte un jus poisseux. J'ignore ma jambe. De toute façon, je ne la sens plus.

On arrive finalement chez moi. Ma mère est horrifiée de me voir dans cet état. J'en conclus que je dois être mal en point.

-Amenez-la sur le canapé.

Elle commence par m'administrer les premiers soins. Peeta ne lâche pas ma main. A moins que ce ne soit moi qui ne lâche pas la sienne.

-Sa cheville est cassée, constate ma mère.

Elle me fait un bandage bien serré pour éviter que je ne fasse un geste malheureux.

-Il faut que j'examine son corps, dit-elle quand elle a fini de s'occuper de ma jambe.

-Oui, je comprends, dit Peeta en retirant sa main.

Je la broie littéralement. Je ne veux pas qu'il parte. Il grimace un peu mais ne dit rien.

-Peeta…s'impatiente ma mère.

-Katniss, je suis là. Je vais attendre dans l'autre pièce. Ce ne sera pas long.

Les larmes me montent aux yeux. Je n'ai pas pleuré lorsque je me suis retrouvée ensevelie. Mais là, je me sens au bord du précipice.

-Katniss, sois raisonnable, s'élève la voix de Delly.

-S'il te plaît, ne pars pas, dis-je d'une voix suppliante.

Je me déteste pour être aussi faible. Je dois être misérable. Mais Peeta est ma seule faiblesse.

-Tu m'as retrouvé, je ne m'en irai pas.

-Je t'ai retrouvé, répétai-je en riant et pleurant en même temps.

Je n'y crois pas, mais c'est Peeta qui me le dit. Je peux lui faire confiance. Il se souvient de moi. Enfin, se souvenir est un bien grand mot si on considère que seules des images de son passé ont refait surface.
La douleur et la fatigue finissent par prendre le dessus.

Je crois que j'ai murmuré un « je ne veux pas faire de cauchemars » avant laisser les ténèbres à m'engloutir avec une gratitude infinie.