Et voilà la suite~ Je suis vraiment contente que le premier chapitre ait plu. Et j'espère qu'il en sera de même pour celui-ci, voire plus ? On peut rêver... Honnêtement, je pensais que j'allais me faire basher avec ça.

Pour ceux qui attendent la suite de "Vacances ? Mais oui on se croit...", désolée mais ça risque de prendre un peu de temps. Le truc, c'est que j'arive à écrire cette fic qu'en étant entourée de connerie monumentale. Ne vous inquiétez pas, je retourne à l'internat lundi :) Par ailleurs, "Vacances ?" est traduit en anglais par 91Chantilly !

Donc arrêtons de parler de ça, c'est l'heure du chapitre 2 du three-shot !


Prusse caressa lentement les longs cheveux châtains d'Anne, la regardant calmement dormir. Il ignorait depuis combien de temps il était là, mais il ne partirait pour rien au monde. Il se sentait heureux, ici, allongé aux côtés d'une femme si belle, tous deux nus sous les draps de soie. Il se sentait si heureux, en fait, que c'était la quatrième fois cette semaine qu'il venait passer la nuit avec elle, et qu'il s'éclipsait avant l'aube.

Les yeux d'Anne s'ouvrirent doucement, et elle sourit en voyant que son amant était toujours à côté d'elle. La jeune fille roula lentement pour avoir son dos collé au torse de Prusse, et calquer leurs respirations pour n'en faire qu'une.

-Je vais repartir, lui chuchota Prusse à l'oreille en brisant le silence paisible de la chambre.

-Oh, mais vous avez encore du temps avant l'aube, Gilbert, non ? répondit Anne en entremêlant leurs doigts ensembles.

-Non. En Prusse. Je dois partir aujourd'hui.

Anne ne répondit rien, et se contenta de regarder leurs mains unies. Dès le bal, son amant lui avait dit qu'il était militaire, et qu'il n'était à Brandebourg que pour quelques temps, chez sa sœur. Ils savaient tous deux pertinemment qu'il devrait repartir, un jour ou l'autre.

-Combien de temps ? demanda doucement Anne.

-Je l'ignore. Un mois ou deux, peut-être trois. Peut-être que je serais envoyé à Brandebourg entre-temps, peut-être pas.

-Je vais déménager. Comme je me marie dans deux mois, dit la jeune femme.

-Je sais.

Prusse posa délicatement ses lèvres sur le cou de son amante, l'embrassant légèrement.

-Je préfèrerais mille fois vous épouser.

-Ça aussi, je sais, sourit Prusse.

Anne ne dit plus rien, et se contenta de regarder le jour commencer à se lever par la fenêtre.

-Le jour se lève.

Prusse se détacha d'elle et enfila ses vêtements, en tas au pied du lit. Il se rapprocha ensuite d'elle et l'embrassa doucement une dernière fois, avant de sortir par la porte-fenêtre et de descendre le long de la vigne.


-Prusse… Quelle surprise.

La Nation se tenait en face de sa sœur, vautrée sur un canapé de son manoir.

-Tu pourrais y mettre un peu plus d'entrain, râla le jeune homme.

-Ne crie pas si fort. J'ai trop mal la tête, bougonna Brandebourg en se tenant le crâne.

Prusse s'assit sur le fauteuil à côté d'elle en fronçant les sourcils.

-Trop bu hier soir ?

-La faute à Buda. Il m'a encore envoyée me faire voir. Alors comme j'ai trouvé une caisse de vin dans la cave… Mais toi, dis-moi… D'où tu t'invites ? Ca fait deux mois que j'ai pas eu de nouvelles…

L'autre ne répondit pas et se contenta de regarder le portrait de sa sœur et lui accroché au mur.

-Mmh… J'ai des affaires en cours ici ?

-Mythonne pas avec moi quand je suis dans cet état… Et cause-moi meilleur.

-Je crois pas t'avoir manqué de respect… fit Prusse en commençant lentement à s'énerver.

Brandebourg bu le verre d'eau à côté d'elle d'un trait et fit signe à la servante derrière elle d'aller lui en resservir un.

-Ouais, ouais, dit la jeune fille, tu m'as pas mal parlé, je te le concède. Mais tu viens t'incruster juste parce que tu as senti le bon plan pour chiner, c'est ça ?

-Qu'est-ce que tu racontes ? Je veux bien que tu sois pas vraiment en état, mais fait un effort quand tu parles.

-Demain. Bon gros mariage. C'est pour ça que t'es venu ? Pour aller draguer ?

Prusse soupira devant l'état de sa sœur. Mais elle avait raison. C'était pour ça qu'il était venu.

-Je suis invitée, et je suis sensée y aller accompagnée. Buda a pas voulu. Ramène-toi si tu veux. Mais là, wech d'ici, je dors.

Prusse remercia sa sœur, mais elle se contenta de lui faire un signe vers la porte.

-Demain.


Prusse détestait les mariages. C'était long, les temples étaient remplis à craquer, le silence était insoutenable et les chants mauvais. Il détestait également le concept en lui-même. S'enchaîner à une personne jusqu'à la fin de ses jours. Encore heureux que leurs vies d'humains étaient si courtes la Nation, elle, se savait incapable de ne rester fidèle qu'à une seule personne tout le long de sa vie. Ce qu'il n'aimait pas non plus dans ces mariages, c'était l'hypocrisie.

Les gens se mariaient par un arrangement entre leurs familles, leur fidélité et leur amour n'étaient souvent que factices, quelque chose à montrer fièrement en société. Les invités ne venaient non pas parce qu'ils se souciaient un tant soit peu des mariés, mais uniquement pour se montrer.

Enfin. Prusse était mal placé pour parler. Il ne venait que pour voir la mariée.

Tout le long de la cérémonie, il la but des yeux. Aujourd'hui encore, il pourrait décrire sa robe, la façon dont elle était coiffée, les bijoux qu'elle portait, les vœux qu'elle avait récités. Aujourd'hui encore, il pourrait décrire son désir d'être à la place de Kaufmann devant l'autel. Et aujourd'hui seulement, il comprenait cette envie des humains de se lier à une seule personne jusqu'à la fin de leurs vies.

Le lendemain, Prusse était vautré dans son fauteuil favori du salon de sa sœur. Il était occupé à déchirer en petites bandelettes un vieux papier qu'il avait trouvé dans le coin. La soirée de la veille était la plus horrible à laquelle il lui avait été donnée d'assister. Plus encore que ce bal l'autre jour, chez son petit frère –Saint-Empire… Il était mignon ce gamin. Pas au courant qu'il était quelqu'un de la jaquette, mais mignon.-, où lui et sa sœur s'étaient faits envoyés balader en parfaite synchronisation par Hongrie et Buda. Ou celle où une femme avec le corset trop serré lui avait claqué entre les doigts… Il avait vraiment eu des problèmes, ce jour là, vu qu'elle n'était pas sensée quitter son père d'une semelle et qu'il l'avait traînée avec lui en toute discrétion.

Mais hier soir, il était à un bal rempli de femmes ne demandant que ses honneurs, toutes aussi belles les unes que les autres. Et lui n'arrivait pas détacher son regard de la seule qu'il n'aurait pas ce soir. La mariée.

Il la voyait, au bras de Kaufmann, danser avec lui, sourire à ses paroles. Et c'était plus qu'un simple sentiment de caprice qu'il ressentait c'était de la pure… envie. De la jalousie.

Il avait eu mal aux tripes toutes la soirée, se contentant de parler avec quelques hommes ici et là. Il n'avait croisé le regard d'Anne que quelques fois dans la soirée. A chaque fois accompagné d'un de ses sourires véhéments qu'elle connaissait si bien.

Un qui disait : « Allons, mon bon Gilbert, viens me chercher si tu le peux ».

-Alors, tu as réussi à être chanceux hier soir ?

Prusse sursauta en entendant la voix de sa sœur derrière lui. Brandebourg sourit et vint s'asseoir sur le sofa près de lui, sortant sa boîte à tabac d'un tiroir de sa table basse.

-Tu fumes ou tu prises ? demanda-t-elle en en sortant deux pipes et une boîte d'allumettes.

-Je fume.

-Bon choix. J'ai plus de tabac à priser.

Prusse regarda sa sœur remplir adroitement les deux pipes et les allumer, avant qu'elle ne lui en tende une. Il tira longuement dessus, avant de doucement souffler la fumée.

-Tu n'as toujours as répondu à ma question, dit Brandebourg en s'installant plus confortablement. Je ne suis pas restée longtemps, mais j'ai vu que la fille de mon banquier te regardait plus qu'il ne le faudrait… Un joli brin de fille, n'est-ce pas ? Je ne dis pas ça juste parce que son père s'occupe de mon argent…

-Ah. Je ne l'avais pas remarquée…

-Vraiment ? le coupa la jeune femme en fronçant les sourcils. Chez qui tu as fini la soirée, alors ?

-Personne, se renfrogna Prusse.

Brandebourg fit un sourire compatissant à son frère, qui regardait le feu mourant dans l'âtre avec irritation.

-Un refus pas bien digéré ? demanda-t-elle doucement.

Prusse soupira.

-Faudra que je m'habitue. Je ne peux pas toujours avoir ce que je veux, faut croire.


Quelques jours plus tard, Prusse marchait dans les rues. C'était à peine l'aube, il était seul. Seuls quelques commerces laissaient déjà passer de bonnes odeurs de pain chaud dans les allées. Tout ça l'importait peu ça pouvait bien sentir les égouts, il s'en fichait bien. Il était heureux. Lentement, il glissa dans le manoir de sa sœur, évitant de croiser un servant. Il savait que dès qu'il verrait quelqu'un, il redescendrait de son petit nuage et se frotterait de nouveau à la dure réalité.

Tout naturellement, il se dirigea vers le salon. Maintenant qu'il savait où sa sœur cachait son tabac, il pourrait bien lui en emprunter un peu. En toute discrétion.

Il se vautra en soupirant d'aise dans son fauteuil au coin du feu, bien décidé à piquer un petit somme.

Et se retrouva face à Brandebourg, qui le regardait de travers, une pipe à la bouche, sur le canapé.

Prusse sursauta en la voyant, avec son air excédé et ses dents qui crissaient.

-Tu m'as fait peur… tenta le jeune homme en grimaçant.

-Je t'ai fait peur. Oui. C'est sûr que toi, tu m'as pas fait peur, quand j'ai entendu du bruit dans mon bureau à une heure du matin. J'ai encore moins eu peur quand j'ai vu la quasi-intégralité de mes tiroirs renversés, tous les dossiers ouverts et une bougie mal éteinte au milieu de tout ça. Ah, et oui, la fenêtre grande ouverte.

-Ah, c'était toi… J'aurais peut-être pas dû m'enfuir si vite, alors, fit Prusse en riant jaune.

-T'as vraiment sauté par la fenêtre ? Mon bureau est au deuxième !

-Je commence à être habitué…

Il y eu un petit silence, le temps de laisser Brandebourg tirer sur sa pipe.

-Qu'est-ce que tu cherchais ?

-Rien, se braqua son frère.

-Ne me mens pas, Prusse. Qu'est-ce que tu cherchais ?

Il n'avait aucune raison de dire la vérité à sa sœur. Tout ça ne lui apporterait que des ennuis, et il ne savait pas encore si ça en valait la peine. Mais Prusse n'était pas du genre à mentir à sa sœur pour autant.

-Une adresse.

-Quoi ? demanda Brandebourg en écarquillant les yeux. Une adresse ? L'adresse de qui ?

Prusse ne répondit rien, se leva du fauteuil et se dirigea vers la porte.

-Prusse ! Réponds ! Jochen !

-Gilbert. C'est Gilbert maintenant.


Un. Deux. Trois. Quatre.

La porte-fenêtre s'ouvrit et Prusse se glissa dans la chambre, chaleureusement éclairée par quelques bougies.

-Et bien Gilbert, vous êtes en retard, gloussa Anne en allant embrasser son amant. Ce manoir est plus proche que l'ancien, vous arrivez plus tôt d'habitude.

-Désolé. Dîtes à votre mari de faire pousser une vigne au pied de votre fenêtre, le lierre est impossible à escalader.

-Estimez-vous déjà heureux que j'aie ma propre chambre et qu'il ne demande pas à ce que je remplisse mon devoir conjugal tous les soirs. D'ailleurs, à ce propos, il faudra que je pense à remercier ses maîtresses, fit la jeune femme, faussement songeuse.

Prusse fronça les sourcils et se glissa derrière elle, pour la serrer contre son torse.

-Vous êtes si sûre que ça qu'il ait des maîtresses ?

-Mais bien sûr, gros naïf, soupira Anne.

-Je ne sais pas, quand je l'ai entendu parler de vous, il paraissait… Entiché ? En tout cas, si j'avais la chance de vous avoir rien qu'à moi, vous pourriez être sûre que je m'arrangerais pour que vous ne quittiez jamais mon lit.

Anne pouffa en se serrant encore plus contre Prusse.

-C'est stupide, Gilbert. D'une part parce que vous vous arrangez déjà pour passer plus de temps dans mon lit qu'autre part… Et accessoirement parce qu'on finirait pas se lasser, non ?

-Je ne me lasserais jamais de vous, Anne, dit la Nation en frottant son nez contre les doux cheveux bruns.

La jeune femme sourit en allant fermer la fenêtre et les rideaux, avant de se glisser sensuellement dans le lit avec son amant.


Prusse embrassa une dernière fois Anne avant de s'extirper des draps, et tenta de retrouver ses vêtements dans le noir environnant. Il était encore aux trois-quarts endormi, et passa au moins cinq minutes à réussir à reboutonner correctement sa chemise.

Ne plus fermer les rideaux. On se réveillait trop mal dans le noir. L'albinos se dirigea lentement vers la fenêtre pour laisser passer de la lumière et partir à la recherche de ses bottes.

-Oh mon Dieu, gémit Anne. Il fait déjà grand soleil ! Quelle heure est-il ?

Ne plus fermer les rideaux. On se réveillait pas du tout dans le noir.

-Anne, je peux pas sortir ! Y'a combien de jardiniers qui bossent ? hallucina Prusse en regardant par la fenêtre. On est en plein automne ! Y'a des travaux à faire dans un jardin en plein automne ?

-Bah… Faut croire… dit Anne en s'asseyant dans son lit. Le jardinage ne m'intéresse pas trop, je dois l'avouer.

-Omettre un sujet compromet l'intégralité d'un enseignement humaniste, ma chère, sourit la Nation avec ironie.

La jeune femme râla et s'allongea de nouveau dans les draps, pendant que son amant attendait le moment opportun pour descendre le long de la façade, commentant l'allure de tous les jardiniers pour passer le temps.

-Il ne faut pas les critiquer autant. Ce n'est pas de leur faute s'ils ne sont pas aussi géniaux que vous, Gilbert, dit Anne, toujours dans le lit.

-Je suis génial ?

-Le plus génial.

Aucun d'entre eux n'entendit la porte de la chambre s'ouvrir. Par contre, Prusse entendit parfaitement le petit cri d'Anne, et se retourna d'un seul mouvement pour voir ce qu'il se passait. Et se retrouva nez-à-nez avec Kaufmann.

-Au-August ! cria Anne en serrant les draps contre elle. Qu'est-ce que vous faîtes ici ?

-Je… Il était déjà tard, et je voulais voir pourquoi vous n'étiez pas encore levée, répondit simplement Kaufmann, estomaqué, regardant Prusse en clignant des yeux.

-Je… Je me suis perdu ? tenta la Nation pour répondre à l'interrogation qui transpirait de Kaufmann.

-Je… Je… Seigneur Pr…

-Peut-être… Peut-être qu'on ferait mieux d'aller dehors, hasarda Prusse en montrant la porte. Pour que… Anne… Puisse se changer ?

Kaufmann ne répondit rien et sortit de la pièce en se tenant le crâne. Anne regardait la scène, les deux mains sur la bouche, complètement terrifiée. Prusse lui glissa un « je vais tenter d'arranger ça » avant de sortir aussi.

Il ferma la porte et serra les dents, prêt à tout de la part de Kaufmann. Il ne connaissait pas vraiment l'homme, mais il avait déjà été habitué à recevoir quelques droites surprises de maris ou de pères en colère.

Le commandant était adossé au mur en face de la chambre d'Anne. Il paraissait encore choqué de ce qu'il venait de voir.

-Seigneur Prusse… De… Depuis quand ?

-En fait… Deux mois avant le mariage.

Aucune raison de mentir. Quitte à être dans la merde, autant l'être totalement. Mais Kaufmann ne paraissait pas vraiment en colère. Il semblait… soulagé. Il devait pas vraiment tourner rond. Enfin, ça serait bien la première fois qu'un homme serait soulagé de savoir que sa femme depuis dix jours le trompait avec un gringalet albinos qui semblait tout juste sorti de l'adolescence.

-Je… Je pensais bien qu'Anne serait le genre de femme à chercher à avoir des amants. Elle est trop cultivée pour son propre bien, je savais parfaitement qu'elle ne serait pas du genre à être une tranquille femme d'intérieur. D'un sens, je préfère que ce soit avec vous, Seigneur Prusse…

La Nation regarda fixement Kaufmann. Le militaire était toujours aussi impassible et calme, mais au fond de ses yeux, il arrivait à déceler… de la colère. L'albinos sourit en voyant ça.

-Dîtes plutôt que vous n'avez qu'une envie, c'est de m'arracher les yeux et de me tuer lors d'un duel. Mais, comme vous le dîtes si bien, je suis « Seigneur Prusse ».

Kaufmann ne répondit pas, mais son regard se durcit.

-Heureux de savoir ça, commandant Kaufmann, dit Prusse en tournant les talons. Je risque de repasser d'ici pas trop longtemps… Ne vous inquiétez pas pour moi, je passerais par la fenêtre. Ca a son petit charme. Faites pousser une vigne par contre… Ordre de « Seigneur Prusse ».


Il était près de dix heures du matin quand Prusse arriva chez sa sœur. Sa petite altercation avec Kaufmann l'avait bien arrangé : il n'avait plus peur de se faire surprendre, et il savait que le commandant n'oserait rien dire. Le seul truc qu'il pourrait faire, c'est moucharder à Brandebourg. Là, Prusse aurait vraiment de gros ennuis.

La Nation partit chercher un verre de vin, puis se dirigea vers le salon. Brandebourg y était déjà, et avait complètement enfumé la pièce avec sa pipe. Son frère s'assit sur le fauteuil, et la regarda en fronçant les sourcils. La jeune fille avait un regard haineux, et trois cadavres de bouteilles étaient sur la table basse, à côté de quelques verres vides.

-B… Brandebourg ? T'as fumé quoi ? Ne me dit pas que c'est du tabac, ça se sent que…

-Ma pipe, répondit-elle en roulant des yeux.

-Brandebourg, ne déconne pas. Depuis quand t'es ici ? Et pourquoi t'as bu autant ? s'inquiéta Prusse.

-Crois-moi, Gilbert, cracha-t-elle, j'avais bien besoin d'un remontant.

Prusse fronça les sourcils à l'utilisation du nom, mais ne dit rien. Quand elle avait bu, sa sœur avait tendance à être très familière.

-Ouais, Gilbert, Gilbert le connard, Gilbert le traître ! Tu crois aller où, avec tes petites minauderies, mon grand ?

-Brandebourg, de quoi tu parles ? fit Prusse qui avait peur de comprendre.

-Oh, je pige maintenant pourquoi tu ne t'appelles plus Jochen, maintenant… « Oh, je ne me lasserai jamais de vous, Anne », « Je m'arrangerais pour que vous ne quittiez jamais mon lit, Anne », se lamenta la jeune fille. Mon Dieu, Prusse, tu te rends compte de ce que tu es en train de faire ?

Le jeune homme ne dit rien, honteux. Il sentait les larmes monter, et les mots l'abandonner.

-Putain, Prusse, j'avais peur d'avoir raison, la semaine dernière, quand tu m'as volé l'adresse de Kaufmann. Je trouvais bien que t'étais différent depuis quelques temps, et si j'avais su ce que j'allais entendre en te suivant hier soir… Tout ça c'est de ma faute, de ma putain de faute… J'aurais jamais dû te présenter Kaufmann, tu n'aurais plus pensé à cette femme et tout aurait été pour le mieux… Bordel, Prusse…

-Brandebourg pleurait maintenant sur le sofa, aidée par l'alcool et le cannabis, et Prusse ne pouvait que la regarder, n'osant pas faire un geste.

-Prusse, tu sais très bien que tu ne peux pas… Tu ne dois pas… Tu es l'ami de France, tu dois le savoir pourtant, non ? Prusse, tu ne peux pas tomber amoureux d'une humaine… Tu n'as pas le droit… Prusse, si une Nation le sait, tu deviendras un paria, un traître… Prusse, ils te tueront… Prusse, elle ne vaut pas le coup que tu perdes la vie !

Prusse prit sa tête dans ses mains, priant pour que tout ça ne soit qu'un cauchemar. Brandebourg était au courant. Une autre Nation était au courant.

-Rentre chez toi, et ne reviens plus à Brandebourg temps que cette femme est en vie, cracha sa sœur. Trouve-toi d'autres humaines, et contente-toi de ne visiter leurs lits qu'une fois.

-Je… Non.

-Prusse ! Tu sais très bien que c'est voué à l'échec ! France ne t'as donc pas appris une leçon ? Tu sais très bien qu'on doit réduire les contacts avec les humains au strict minimum ! Tu sais très bien ce que tu risques ! Cette humaine ne vaut pas la peine… Tu sais pourquoi, Prusse ? Les humains meurent…

-Et les Nations restent…, finit son frère en se tenant le crâne. Je sais tout ça, Brandebourg. Elle va grandir, vieillir. Je resterais le même.

La jeune femme regarda son frère, recroquevillé sur lui-même. Le voir comme ça lui donnait envie de pleurer. Tout ça lui donnait envie de pleurer. Elle voulait juste se réveiller de ce cauchemar, et avaler un bon brandy pour s'en remettre. Mais ça ne serait pas aussi simple.

-Rentre en Prusse, Bruder.

-C'est trop tard, Hedwig.

Le feu dans la cheminée brûlait avec force.


-Et regardez cette constellation, Gilbert. C'est l'Ophiuchus, ou le Serpentaire, on en distingue clairement un homme qui tient un serpent à bout de bras. Vous le voyez ? C'est une constellation découverte par Ptolémée, et elle est parfois considérée comme treizième signe du zodiaque, et…

Prusse était à côté d'Anne, sur son balcon, et regardait le ciel dans la direction que lui montrait son amante, qui avait beaucoup trop de conversation sur le sujet.

-Personnellement, je vois… Des taches qui brillent sur quelque chose de noir.

-Si apprécier l'éclat des étoiles ne vous intéresse pas, Gilbert, dîtes-le tout de suite… s'irrita Anne.

Prusse n'avait pas vraiment envie de s'énerver avec Anne, alors qu'il venait de se prendre la tête la veille avec Kaufmann et sa propre sœur.

-Ce n'est pas ça… C'est juste que… A côté de votre beauté, tout ça me paraît bien terne. C'est vous la plus belle des étoiles, ce soir.

Bien rattrapé, pensa Prusse en voyant Anne sourire. Elle avait beau être intelligente, n'importe quel compliment la flattait assez pour lui faire croire n'importe quoi.

-C'est gentil, ça… Mais ça ne change rien. Je suis toujours indisposée.

La Nation soupira de déception en s'accoudant plus confortablement à la balustrade.

-Et oui, Gilbert, il faut vous y faire, j'en suis la première peinée.

-Moi je dis quand on veut on peut, maugréa Prusse en regardant les jardins.

-Croyez-moi, dans ce genre de cas, vous ne voulez pas.

L'albinos ne répondit pas et retourna à sa contemplation des étoiles.

-Et l'étoile, là, elle est dans quelle constellation ? demanda-t-il en montrant un astre au hasard.

-Aucune.

-C'est quand qu'il y a des étoiles filantes ?

-Nous sommes en plein hiver… La saison, c'est en août.

-Anne, je vous aime.

-Moi aussi, je vous aime.

-C'est quoi déjà l'histoire de la Grande Ourse ?

-C'est celle de la nymphe Callisto. Zeus s'était épris d'elle, et…

Prusse n'écoutait plus vraiment. Il se contentait de se laisser bercer par le doux son de la voix de son aimée, lui contant l'histoire tragique d'un homme qui désirait ce qu'il ne pouvait pas avoir.


Plop !

J'ai l'impression d'avoir une horloge interne déréglée. Je me couche à une heure du mat, et je me lève à 6 heures, tous les jours, même en pleines vacances, sans raison. C'est très chiant.

Encore merci à Meriwether A. Hyde pour sa correction, et aux reviewers et followers ! Je vous biche, mes biches. Le dernier chapitre viendra dans le courant de la semaine, si on a Internet à l'internat, ou vendredi ou samedi sinon.