Hourra, j'ai terminé ma fiction, quelle satisfaction cela procure :D Merci à toutes celles qui m'ont suivies, cela m'a fait très plaisir! Voici l'épilogue, je l'ai fait plus long que les autres chapitres, histoire de retarder les adieux avec mes lectrices. S'il vous plaît, n'oubliez pas de review, même si c'est pour dire peu de choses!

J'espère sincèrement que ce dernier chapitre vous plaira, et je vous tire ma révérence. Bonne lecture.

Chapitre 7 : Epilogue

« Alors, où en étais-je ? Dis-je en me tapotant le menton, ah oui, je me souviens à présent, à notre retour à l'hôpital après la petite visite au district. Donc je suis aux anges. Peeta sait que je faisais partie de sa vie d'antan. J'ai l'illusion que ça ne pourra aller qu'en s'améliorant. Mais ce n'est jamais aussi simple. Néanmoins, je sens Peeta un peu nerveux, et deux ou trois jours passent durant lesquels je reste au lit, à me rétablir lentement. Il vient me voir tous les jours et reste avec moi jusqu'au soir, avant que je ne lui dise d'aller se reposer. Mais plus les jours passaient, et plus je m'inquiétais pour lui. Il avait une mine affreuse, des cernes qui se creusaient. Quand je lui ai demandé s'il dormait bien à l'hôpital, il m'a répondu de ne pas m'inquiéter. Moi non plus, je ne dormais pas bien, mais je n'osais pas demander à Peeta de rester. Les soirs, il était rare que je réussisse à dormir longtemps. C'est le quatrième jour que l'accident est arrivé. Ce soir-là, je n'ai pu fermer l'œil de la nuit car le sommeil ne venait pas.

Et c'est ce qui m'a sauvé la vie.

Aux alentours de trois heures cette nuit donc, j'ai entendu ma porte s'ouvrir lentement. La lumière du couloir dévoile cette silhouette si familière. Je souris à sa vue et allume la lampe de chevet.

-Peeta, ça ne va pas de venir à cette heure-ci ? Dis-je en le taquinant.

Mon sourire disparaît quand il lève un couteau. Le même avec lequel nous avions mangé la viande du soir. Je roule sur moi et tombe du lit alors que le couteau s'enfonce mollement dans le matelas, là où je me tenais il y a quelques secondes. Ma cheville crie sous la douleur.

-Peeta ! Criai-je, mais c'est inutile. Il ne m'entend pas.

J'attrape son poignet et le force à lâcher prise, mais il a repris toutes ses forces depuis, et il prend le dessus.

-Peeta arrête ! Haymitch, Peeta est devenu fou !

Je cogne le mur mitoyen qui me sépare d'Haymitch. Pourvu qu'il ne dorme pas comme une buche. Peeta m'attrape mais je parviens à le désarmer. Il me repousse sur le sol et m'immobilise par son poids.

-C'est la fin, cette fois tu ne t'en sortiras pas espèce de mutation, me glisse-t-il.

Peeta est en train de traverser une crise ! Moi qui croyais cela fini ! Et je ne sais pas quoi faire. Il essaie de m'étrangler, mais heureusement je me débats comme une furie. J'arrive à respirer difficilement. J'essaie de le faire basculer mais il tient le coup.

-Peeta, reprends le contrôle de ton corps, dis-je d'une voix rauque que je ne reconnais pas.

Sans succès, il reste dans un état second effrayant.

Le poids qui m'écrasait disparaît soudainement et je vois Haymitch maîtriser Peeta avec une précision que je ne lui connaissais pas. Celui-ci se tortille mais mon mentor lui tord le bras derrière le dos et le plaque au sol sans difficulté.

-ça suffit Peeta, tu vas réveiller tout l'hôpital.

-L'hôpital ? Demande Peeta.

-Oui, l'hôpital, dit calmement Haymitch.

-Mais c'est Snow, gémit le petit blond. Il faut que j'obéisse.

-Ecoute-moi bien Peeta Mellark. Tu ne tueras personne, et surtout pas celle que tu aimes.

On reste ainsi un bout de temps alors que Peeta se débat sans grande conviction, à gémir et à supplier pour qu'on le lâche, et que notre mentor se montre imperturbable. J'admire sa force de caractère. Peeta finit par s'endormir, épuisé de toute cette agitation. Haymitch soupire.

-Fallait s'y attendre.

-S'y attendre ? M'étranglai-je.

-Ça fait plusieurs jours qu'il ne dort pas de la nuit, il est à bout.

-Pourquoi ? Dis-je incrédule. Pourquoi m'a-t-il caché ça ?

-Pour ne pas t'inquiéter. Sa crise de folie est passée, je vais le ramener dans son lit. On avisera demain.

Il esquisse un mouvement vers la sortie avec Peeta dans ses bras. Je le suis en clopinant.

-Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement ? Dis-je, furieuse de ne pas avoir été mise au courant.

Il soupire, hésitant à me dire la vérité.

-Jamais ! Me récriai-je. Peeta ne m'aurait jamais laissé tomber s'il était à ma place, et moi à la sienne. Alors maintenant, Haymitch Abernathy, tu vas me dire ce qu'il se passe de suite, dis-je d'un ton dur.

-Snow le hante la nuit. Il a peur de dormir depuis. Je lui ai dit qu'il ne tiendrait pas, quelle tête de mule. Il pensait être plus fort que ses démons. Je vais m'assurer qu'il ne revienne plus t'embêter pour la nuit. Va te coucher.

Je suis chamboulée par cette nouvelle. Peeta avait tellement bien joué la carte du tout va bien, que je ne m'étais aperçue de rien. C'est très tôt le lendemain que je vais rendre visite à Peeta. Quelle surprise j'ai eu en le voyant attaché. Son poignet droit est relié au lit par une chaîne. Comme le premier jour où j'étais allé le voir après son opération, je commence par lui prendre la main. Puis je lui touche les cheveux comme un petit rituel que j'accomplis, et enfin je pose ma tête contre lui. Ses yeux papillonnent finalement et il me regarde avec un tendre sourire :

-Salut Katniss, fait-il.

Je lève la tête et sourit en retour :

-Coucou Peeta.

-Bien dormi ? Demande-t-il en se levant, puis il remarque la chaîne. Oh ! Vous m'attachez Mademoiselle l'infirmière ? J'ai fait quelque chose de mal ? Dit-il en plaisantant.

A priori, il se porte très bien mon Peeta. Je vais chercher la clé et le libère.

-Peeta, dis-je gravement. Tu n'as aucun souvenir de ce qu'il s'est passé cette nuit ?

-Eh bien, j'ai dîné avec vous puis je me suis couché, je pense.

-Je crois que ça ne s'est pas exactement passé comme cela, je soupire. Comment te le dire…

Je me tords un peu les mains.

-Bon, ce que je vais te dire a l'air grave, mais ça ne l'est pas, tu me suis ?

Il ne dit rien, un air anxieux sur le visage.

-Tu as essayé de me tuer, je lâche tout en délicatesse.

Il me regarde perplexe, puis finit par rire.

-Merci pour la blague, lance Peeta, même si elle n'est pas très drôle, dit-il en sortant de la chambre pour aller chercher le petit-déjeuner.

Haymitch était justement à la porte.

-Ce n'est pas une blague Joli cœur. T'as essayé d'étrangler ta tendre moitié.

-Mais qu'est-ce que vous me chantez là ? Je ne me souviens absolument de rien, à part d'avoir passé une très bonne nuit, dit-il, mais la voix se fait plus craintive. Haymitch, je peux te parler en privé?

-Je suis au courant, coupai-je. Peeta, pourquoi tu m'as caché cela ? lui reprochai-je.

Peeta fusille notre mentor du regard, puis se tourne vers moi dépité :

-Je ne voulais pas…

-Tes problèmes sont aussi les miens. Rien ne pourra avancer si nous ne nous aidons cela ne se fera pas qu'en sens unique.

-Tu as raison, soupira-t-il. C'est moi qui ait été le premier à dire que nous ne devions rien nous cacher. Katniss Everdeen, m'excuseriez-vous ?

Il est tellement pris de remords que je ne peux que le serrer dans mes bras.

-Tu devrais visionner ça, dit-il en tendant un enregistrement à Peeta. Il n'y a pas de caméra surveillance dans la chambre de Katniss, mais dans la tienne si.

Nous nous asseyons sur le lit, et notre mentor avance la vidéo jusqu'à trois heures. Peeta somnole et dodeline de la tête. On le voit lutter contre le sommeil mais il s'endort finalement, la moitié du corps surle lit, l'autre au sol. Rien ne se passe pendant quelques minutes, et d'un coup il se met à gigoter, comme s'il faisait un mauvais cauchemar. Puis il se débat carrément et crie :

-Katniss, à l'aide.

Et soudainement, il se lève de son lit, les yeux grands ouverts, et se saisit du couteau laissé sur le plateau. Je regarde Peeta et il a la bouche grande ouverte. Puis il se tourne vers moi, stupéfait :

-Ne me dis pas que j'ai osé…

-ça va, je n'ai rien, dis-je un peu agacée.

-Je…Je suis violent, murmure-t-il, avant de conclure en me regardant avec des yeux perdus. Je suis un danger.

J'ai tenté de le raisonner, mais il a tenu à s'attacher pieds et mains la nuit suivante.

-Quoi qu'il arrive, m'avertit-il, tu ne viens pas me voir.

-D'accord Peeta.

Mais c'est plus fort que moi. J'ai l'impression de l'entendre gémir, et il m'est insupportable de rester là sans rien faire. A quatre heures, n'y tenant plus, je me lève sur la pointe des pieds et traverse le couloir qui me sépare de la chambre de Peeta. J'entends son cri poignant et me précipite dans la chambre. Il fait très noir, de sorte qu'il ne peut me reconnaître. Le bruit s'est arrêté. Je vois sa tête tournée vers moi.

-Snow ? Demande Peeta, d'une voix craintive.

Allons bon, voilà qu'il me prend pour cet affreux bonhomme. Je me sens insultée ! Néanmoins, je lui pardonne. Après tout, il n'a pas toute sa tête.

-C'est moi, risquai-je en m'approchant du lit.

Il a un mouvement de repli, de bête terrifiée.

- Frappez-moi tant que vous voudrez. Jamais je ne vous livrerai le geai moqueur, dit-il de sa voix la plus téméraire, mais le petit trémolo laisse présager qu'il a subi de nombreuses tortures auparavant.

A ce moment-là, je suis en colère contre moi-même. En colère devant mon impuissance. Où étais-je quand il souffrait, quand il avait besoin de moi ? Cachée dans le district treize, à me terrer.

Je le regarde, et d'un coup j'ai une idée. Une idée folle mais une idée. Je le soignerai. Chaque soir. Petit à petit. Je l'aiderai à se retirer les mauvaises idées de la tête. Je m'assois sur la chaise à côté du lit.

-Tu te rappelles quand je disais que le geai moqueur devait être abattu ?

Il acquiesce lentement.

-Oublie ça.

Il me regarde avec des yeux surpris.

-Je ne suis plus obligé de la tuer ?

-Euh non. Au contraire, je veux que tu la chérisses. Ce n'est pas une mutation, tu m'entends ?

Le lendemain matin, je me réveille avec une sensation bizarre au ventre. La première chose que je vois, ce sont les yeux de Peeta.

-Hey Katniss, murmure-t-il.

-Hey Peeta, dis-je en retour.

-Tiens je t'ai apporté ton petit-déjeuner, dit-il en se levant. Haymitch est venu me libérer ce matin. A priori, je n'ai pas fait de bêtises cette nuit.

Il se pose près de moi mais n'ose pas me prendre dans ses bras, attendant mon autorisation. Alors je décide de prendre les devants et entoure son cou.

La nuit suivante, je m'introduis de nouveau chez Peeta. Ce petit jeu commence drôlement à me plaire. Je me réveille toujours aux alentours de trois heures, m'introduis subprepticement chez lui, et repars une heure plus tard. Je parle et parle, racontant notre vie antérieure telle que je l'ai vécu, n'omettant aucun détail. Je voulais tout retracer, de notre première rencontre à maintenant. Au bout d'une dizaine de nuits, Peeta ne se réveillait même plus, et je me contentais de rester auprès de lui à lui parler de notre vie d'avant :

-Et c'est à ce moment que tu m'as donné la perle que je garde toujours sur moi.

Il fait alors quelque chose auquel je ne m'y attendais pas. Il tend la main comme pour saisir quelque chose, et je sais ce qu'il veut.

Je sors la perle de ma poche et la lui met dans la main. Il la touche comme pour s'assurer qu'elle est réelle.

-Merci, dit Peeta en souriant dans son rêve.

-Derien.

Eh attends, il ne vient pas de me répondre, si ?

-Peeta ?

Il ouvre les yeux en me souriant.

-Tu ne dormais pas, filou !

Il rit, et se lève à demi :

-Pas depuis que je sais que tu me racontes des histoires chaque nuit, dit-il d'un air malicieux.

-Et depuis quand, je te prie, tu joues à la belle endormie ?

Il hausse les épaules :

-Je ne sais pas, depuis que j'ai arrêté de hurler dans mon sommeil je crois.

Ça doit bien faire trois jours qu'il ne hurle plus. Un peu vexée de m'être faite avoir, je lui tourne le dos et croise les bras, faisant mine de bouder.

-Katniss, me réprimande gentiment Peeta. Je ne voulais pas interrompre tes souvenirs, c'est tout. Et puis, ça me faisait tellement de bien.

-Mouais. Bah tu aurais quand même pu me prévenir, ça n'aurait rien changé.

-Alors, tu peux reprendre là où tu t'étais arrêté si ça ne te dérange pas ?

Mince, il m'a coincé. Et puis il a raison, c'est beaucoup plus facile de raconter quand on sait que l'autre est endormi.

-Ahem, où en étais-je ?

-Au baiser fiévreux que l'on s'était donnés sur la plage.

-Hé ! Je l'ai pas décrit comme cela, protestai-je.

-Moi, je l'aurais décrit comme cela, dit-il en se penchant hors du lit.

J'ai envie de répondre à son invitation, mais j'ai peur. Peur que cela ne déclenche un retour de haine, que le Peeta mauvais resurgisse. Je ne sais pas pourquoi, c'est idiot tout de même ! Ce Peeta n'existe plus. Alors je reste là, sans bouger, et Peeta un peu déçu, se rétracte sans rien dire.

-Tu devrais aller dormir Katniss, me conseille Peeta. Je vais mieux, merci.

J'acquiesce et me lève. Je lui chuchote un bonne nuit inaudible, puis referme la porte en me maudissant intérieurement. »


Je suis interrompue dans mon histoire par Joy.

-Quoi ? Tu ne l'a pas embrassé ? Fait la petite blonde d'un air déçu.

-Euh, pas cette nuit, dis-je.

-C'est normal, intervient Aimé, il a été méchant en essayant de la tuer. Fallait bien le punir de bisous un petit moment !

-Me punir ? Fait la voix que je ne connais que trop bien.

-Peeta ! Crient les quatre petits en accourant autour de lui.

Ils l'embrassent tour à tour.

-Laissez-lui donc le temps d'enlever son manteau, riai-je.

Il part se laver les mains pour enlever la terre. Faire du jardinage n'est pas de tout repos.

-Qu'ai-je donc fait pour devoir être puni ? Katniss, pourquoi me fais-tu toujours passer pour le méchant dans l'histoire ? Fait mon homme en faisant mine d'être fâché lorsqu'il revient.

Je ris doucement.

-Je leur racontais comment je t'avais guéri.

-Ah oui, fait Peeta. Je me souviens, c'était il y a si longtemps déjà, et pourtant on aurait dit hier.

Il vient s'assoir à mes côtés.

-C'était une infirmière très compétente, dit-il aux enfants en me faisant un clin d'œil.

-Alors, tu peux nous raconter votre premier baiser après ?

Une jeune femme passe la tête par la porte de la cuisine :

-Joy, ne sois pas aussi curieuse voyons. Laisse-les donc un peu d'intimité.

-Ça va, ils ne dérangent pas, fait Peeta d'un rire enjoué.

-Le soleil va se coucher, on ferait mieux d'y aller, dis-je.

(Stoppez la lecture, démarrez youtube et mettez Dream of Flying, de Brian Crain :D)

Comme pour approuver ce que je dis, le petit coucou sort de sa niche et sonne. Peeta acquiesce. Nous nous levons. Je passe par la salle de bain et accomplis mon petit rituel. Je me change et mets une robe simple. Une robe aux couleurs bleus. Bleu comme ceux des œillets. Comme à chaque fois, Peeta attend patiemment derrière la porte. Je sors et il me regarde toujours avec ce regard attendrissant. Ce regard d'amour qui ne le quitte pas, même après toutes ces années. Je lui souris en retour. Il a tellement de grâce avec sa chemise boutonné impeccablement.

Nous descendons lentement l'escalier.

-A tout à l'heure mes chéris, dis-je en m'adressant aux quatre petits bouts de chou.

-A tout à l'heure ! Crient-ils en courant dans la maison.

Ils remplissent la maison d'une telle chaleur. C'est juste magique. Peeta remarque la lueur qui brille dans mon regard.

-Tu as bien fait d'insister, admis-je.

-Tu vois, dit-il. Heureusement que j'ai un tempérament têtu. Je suis si heureux Katniss que tu aies accepté de m'offrir ce bonheur.

-Moi aussi.

Nous passons le pas de la porte.

-A tout à l'heure sweetheart, dit Peeta assez fort pour se faire entendre de la cuisine.

-A tout à l'heure Papa, répond notre fille qui finit de nettoyer les assiettes, puis elle se tourne vers un bambin qui vient de la heurter par mégarde, trop occupé à poursuivre sa sœur. Aimé attention chéri !

Nous traversons le jardin où des primevères se développent magnifiquement. Il en cueille un petit bouquet au passage. Peeta est un as du jardinage. Chaque jour il sort s'en occuper, et cela me fait très plaisir. Nous descendons la rue à pas lents, sans se presser, rencontrant notre gendre sur le chemin.

-Peeta, Katniss, fait-il en nous saluant avec un sourire.

-Pas trop dur le boulot ? M'enquis-je.

-La routine, il hausse les épaules.

Le soleil se couche à l'horizon le temps que nous atteignons le cimetière. Nous commençons toujours par la tombe de Prim, ma petite sœur. Il serait faux de dire que je pense sans arrêt à elle. J'ai su accepté mon passé pour continuer à avancer et vivre sereinement. Néanmoins, je continue à penser à elle après toutes ces années, et à me demander comment l'histoire se serait déroulée si elle n'avait pas été tuée lors de cet affreux jour. Peeta se baisse pour poser les fleurs fraîchement cueillies. Nous restons là quelques minutes à nous recueillir, mais nous avons tellement de tombes à visiter, qu'il est difficile de s'attarder. Il se lève avec difficulté, la main sur le dos. En me voyant soucieuse, il rit :

-Eh bien, il semblerait que je me fasse vieux.

-Tu devrais emmener ta canne la prochaine fois, dis-je.

Il fait un geste comme pour écarter cette idée :

-Au diable la canne.

Je souris. Peeta est devenu grognon avec l'âge, mais il garde encore un caractère exceptionnellement bon. Je regarde les derniers rayons du soleil se refléter sur les cheveux blancs comme la neige de mon mari. Ses traits ont été tirés avec l'âge, mais il est resté le même au fond de lui. Il me tend le bras et je le prends avec douceur. Nous allons voir Haymitch, et n'oublions jamais de lui adresser une parole affectueuse. Cette fois, c'est moi qui la dis :

-Haymitch, vieil alcoolo au tempérament excentrique, mentor rochon aux capacités hors normes, tu as su nous mener jusqu'au bout…malheureusement l'alcool aura eu raison de toi. Trente ans déjà, mais tes souvenirs sont toujours présents bien au fond de nous. Puisses-tu continuer à vivre paisiblement.

-J'espère que tu as assez de bouteilles dans ton paradis, ajoute Peeta en posant du wisky à côté de sa tombe.

-Peeta, dis-je d'un ton de remontrances. Tu lui as déjà donné une bouteille hier…

-Il le mérite. Et puis, ce n'est pas une bouteille de plus ou de moins qui le tuera.

Après être passé sur les autres tombes, sans oublier celle de Gale qui nous a quitté l'année précédente, nous nous dirigeons vers l'orée du bois. La clôture de jadis n'existe plus. Nous allons au bord de la forêt nous assoir sur notre banc fétiche. Le soleil finit sa descente. Le ton orange est si apaisant. Au loin, les enfants jouent avec un ballon. Leurs bruits parviennent, étouffés.

-Je t'aime Peeta.

-Moi aussi, je t'aimerai toujours Katniss.

Nous nous prenons la main et il dépose un tendre baiser sur mes lèvres.

-Katniss, je ne crois pas avoir besoin de canne, ni maintenant, ni plus tard, me confie-t-il.

Je sais de quoi il parle. Sa famille n'a jamais eu une bonne santé. C'est un record si Peeta a tenu jusque-là. Quelques années avant, le médecin avait détecté une anomalie avec son cœur. Je serre sa main dans la mienne. Parfois, le matin il a du mal à se lever. Ces temps-ci, je le vois avoir plus de difficultés. Il souffre un peu.

-M'accorderais-tu la permission de rompre ma promesse, juste pour cette vie, et de t'attendre dans la suivante ?

Je pèse ses mots. La promesse du lendemain. S'il sent qu'il ne peut plus la tenir…Il est dit que certains sentent la mort venir.

-Oui, soufflai-je. Je te libère de cette promesse.

Je ne peux pas le contraindre à rester. Il sourit. Moi aussi, mais mon sourire est triste. Cependant, je ne m'inquiète pas, car je sais que l'on se retrouvera. Je ne tarderai pas non plus. Je ne veux pas tarder.

-On aura vécu de beaux jours tout de même, n'est-ce pas ?

-On aura eu deux beaux enfants, et sept petits-enfants, répondis-je.


L'événement a eu lieu quelques jours plus tard. La famille était au grand complet. Notre fils était revenu nous rendre visite avec sa femme et leurs trois enfants. Nous nous sommes assis dans le canapé. Peeta souriait d'un air paternel, heureux devant cette réunion de têtes blondes et brunes. Il m'a regardé une dernière fois, m'a chuchoté un je t'aime, et m'a caressé les cheveux. Je l'ai vu fermer les yeux, le visage serein.

Avant tout le monde, avant nos petits-enfants qui jouaient se chamailler, avant nos enfants qui distribuaient les gâteaux, j'ai su qu'il s'en était allé.

J'ai consacré le reste de mes jours à planter des pissenlits à côté des primevères.

Quelques mois plus tard, au tout début du printemps, j'ai senti que mon tour venait.
J'ai quitté le monde un 21 mars. Il est dit que mon visage n'avait jamais été aussi paisible ce jour-là.

Peeta était au rendez-vous, et j'étais vraiment heureuse de le retrouver. Il avait retrouvé toute sa jeunesse, et ses cheveux blonds et ses yeux bleus brillaient plus que jamais. Les larmes se sont échappées et se sont mises à glisser le long de mes joues. J'ai répété son nom plusieurs fois. J'avais tellement hâte de tous les revoir.

Il est dit qu'un mémorial en notre honneur fut érigé, près du banc où nous avions l'habitude de nous y rendre, à côté du petit pré où l'herbe chatoyante ne finit jamais.