Comme je l'ai dit, ce chapitre est la suite logique du précédent, j'avais juste coupé en deux le chapitre car trop long. Donc voilà !
Maintenant, la place centrale a été désertée par une bonne partie des tributs. Je ne serai pas étonné que l'arène ait dissuadé quelques tributs de prendre des risques, tout comme l'alliance des carrières, qui semble très forte cette année. Seulement 4 morts pour l'instant, dont les deux gamins du 10. Leur mentor, Ben le fou, a dû comme d'habitude mal conseiller ses tributs.
Caesar nous fait remarquer que la fille du 8, sans doute la plus petite de tout les tributs, a réussi à dérober un petit sac avant de se réfugier dans les bâtiments environnant.
Il ne reste plus qu'un seul combat entre le garçon du 9, Magnus, et le garçon du 2. Magnus porte un sabre, et est en train de couvrir sa compatriote, Majora, qui a attrapé un sac à dos et s'enfuie. Le carrière du 2 a quant à lui déjà quelques armes sur le dos, dont plusieurs javelots, et il se bat avec une lourde masse d'arme. Ce choix lui est d'ailleurs défavorable, car Magnus profite de cela pour s'enfuir avec Majora, son adversaire ne pouvant le suivre avec tout son attirail.
Mais il ne s'avoue pas vaincu. Voyant que ses proies sont en train de s'enfuir, il attrape un javelot qu'il avait placé sur son dos. Après avoir pris un petit élan, il le lance avec une extrême facilité. Et celui-ci vient se planter entre les épaules de Majora. Un frisson me parcourt. Le canon met moins d'une seconde à retentir. Magnus, voyant que sa camarade vient de se faire tuer, est effrayé, et marque un temps d'arrêt, puis, enragé, il continue sa fuite, ne pouvant pleurer la mort de sa compatriote. Il est à présent suffisamment loin pour être tiré d'affaire.
Il n'y a plus d'agitation à côté de la Corne d'Abondance. Tous les tributs semblent avoir fui, à part les carrières et les victimes. Aucun des carrière n'est mort. Première mauvaise nouvelle.
– C'est fini, j'annonce. Pas beaucoup de victimes cette année…
– Attends… souffle Cashade.
– Et voilà notre 5° victime ! intervient Caesar. Et il y en aura malheureusement surement une 6° dans quelques instants…
– Quoi ? 6 ? Mais… Je ne comprends pas…
– Regarde, me dit Cashade en me montrant l'écran.
Je fais ce que Cashade me dit. Au premier instant, je ne comprends pas, l'image est tellement inattendue, tellement inédite, que je me demande si mes yeux ne me jouent pas des tours. Puis je dois me rendre à l'évidence. Je l'avais complètement oubliée, elle…
Cora, la petite aveugle du 5.
Elle est complètement immobile, debout sur son piédestal, les yeux perdus dans l'inconnu. Je comprends qu'elle n'a pas bougé depuis le début, qu'elle est restée là… à attendre la mort.
A quoi bon courir, a-t-elle dû se dire, de toute façon, ils finiront par me tuer, je n'ai aucune chance… Elle le savait, depuis longtemps, depuis qu'elle a été tirée au sort lors des Moissons. Je me rappelle de sa réaction, sereine, sans avoir peur de la mort. Elle l'avait déjà acceptée, et maintenant, elle préfère faire face plutôt que de fuir inutilement. Je ne sais pas quoi en penser… Pour l'instant, je suis juste attristé. Profondément attristé.
Moi et Cashade restons silencieux. Nous n'écoutons pas les commentaires absurdes de Claudius et de Caesar, qui parlent de souffrances, de folie, voire même de lâcheté, ils racontent qu'elle aurait mieux fait de fuir, et que c'est la fin des misères de la petite fille du 5. Moi, je pense que Cora leur donne une leçon, ne se livrant pas à leur petit jeu. Mais au fond, ça ne sert pas à grand-chose, elle va mourir.
Les carrières se regroupent au milieu de la place centrale. Ils sont fatigués, exténués par leur efforts violent, mais ils sont presque complètement indemnes, ils n'ont que des égratignures superficielles. Ils ont conservé dans leurs mains les armes qu'ils ont prises, et ils regardent tous Cora sans trop comprendre. C'est le garçon du 4, Elroy, qui prend la parole en premier.
– Qu'est-ce qu'on fait, alors ?
– Ben, à ton avis ? répond le carrière du 2 en agitant sa grosse masse d'arme.
Il se dirige vers Cora, qui n'a toujours pas bougée. Le carrière est déterminé, mais moins qu'à son habitude. Les carrières ne sont pas habitués à ce genre de situation, ils sont capables de tuer de sang froid, mais quand il s'agit d'une fillette aveugle de 12 ans qui ne se défend pas, c'est autre chose.
– Attends ! crie Elroy.
Le carrière du 2 se retourne.
– Quoi ? Tu veux la tuer toi-même ?
– On n'est pas obligée de la tuer.
L'autre carrière rigole.
– Il faudra bien la tuer à un moment ou un autre ! Autant le faire tout de suite !
– Non ! On n'est pas obligé de la tuer nous même, elle peut aussi nous être utile, faire le gué, par exemple… Elle doit avoir une bonne ouïe…
– Non mais tu plaisantes, j'espère ! On va pas s'embêter avec une aveugle de douze ans !
– Alors on la laisse partir. Elle ne survivra pas longtemps de toute façon !
Le carrière du 2 rigole.
– Tu ne veux pas la tuer, c'est ça ? Tu ne t'en sens pas capable, hein ?!
Elroy le regarde durement.
– Oui, ce n'est pas mon genre de tuer un enfant sans défense.
– Quoi ?! Mais on est dans les Hunger Games, là ! Y a plus de place pour les bons sentiments ici, mon gars !
– Moi, je ne suis pas venu là pour tuer du tribut. En me portant volontaire, j'ai sauvé un jeune de mon district, et je pourrai apporter fierté et cadeaux à mon district.
– Pfff… C'est un discours de perdant ça !
– Je ne sais pas si tu es venu là juste parce que t'es un criminel, mais moi, je ne veux pas perdre le peu d'âme qu'il me reste.
Elroy regarde son le carrière du 2 avec un tel aplomb qu'il ne sait pas quoi répondre. La fille du 4 s'avance à son tour et dit :
– Je suis d'accord avec Elroy, on n'a pas besoin de la tuer, laissons la partir.
Le carrière du 2 se retrouve maintenant à faire face à deux de ses coéquipiers. Les 3 autres carrières semblent en retrait, mais ils semblent quand même étonnés de la tournure des évènements. C'est Elroy qui coupe le silence :
– Allons à la Corne d'Abondance regrouper toutes les affaires et dresser un camp. On se séparera ensuite en deux groupes pour…
– Attends, on n'a toujours pas réglé le problème de l'aveugle ! crie le garçon du 2.
– On la laisse en vie, et voilà !
– Oh…
Le garçon du 2 souffle. Il est excédé.
– Tu fais chier !
Soudainement il se retourne vers Cora, attrape un des javelot qu'il avait dans le dos et le lance vers l'aveugle, qui est transpercée de part en part, et s'effondre au sol. Immédiatement, un coup de canon retentit. Le garçon à la masse d'arme se retourne avec un sourire satisfait en face de ses coéquipiers qui sont abasourdis.
– Et voilà, le problème est réglé. Allez, on fait comme prévu, maintenant.
Il se frotte les mains et passe devant Elroy en se frottant les mains. Ce dernier, dont la première stupeur est passée, le regarde maintenant avec haine. Sa respiration s'accélère, il est pris d'une rage folle. Quand tout d'un coup, il brandit son épée et fonce vers le garçon du 2 et le frappe de toutes ses forces. Son allié devenu adversaire s'écroule, terrassé, et le canon retentit.
– Comment tu voulais que je te fasse confiance après ça ! crie Elroy avec colère.
La réaction des autres carrières ne se fait pas attendre. Héralia pousse un cri d'effroi. Comme absolument tous les téléspectateurs (moi y compris), elle ne pouvait s'attendre à un tel règlement de compte, aussi tôt dans les Jeux.
– Noooon ! crie-t-elle en se ruant vers le corps du garçon. Mais qu'est-ce que t'as foutu, Elroy !
– Il l'avait mérité, ce connard ! lâche-t-il sans une once de remord.
– On avait besoin de lui ! Crie Cole.
– Et alors !
– Et alors… murmure Héralia.
La fille du 2 est maintenant debout, en face d'Elroy, elle est maintenant dans un état similaire à lui avant que celui-ci ne frappe. Elle serre fermement une lance dans la main. J'ouvre en grand les yeux. Ça va clasher, c'est inévitable, le bain de sang n'est pas terminé. Cole est aux aguets, la fille du 4 a sorti son poignard. Ça va péter.
…
– Alors tu vas mourir ! crie Héralia.
Elle se jette vers Elroy et tente de le toucher, mais il l'esquive. La fille du 4 veut le défendre, et Cole tente à son tour d'avoir la peau d'Elroy. La fille du 1 se lance également dans la bagarre. Ça y est, l'alliance des tributs aura duré 10 minutes, et la bataille qui y met fin est terrible. Ils sont encore en pleine forme, se rendent coup pour coup, manient les armes avec une aisance et une rage folles. Le sang commence à jaillir, la fille du 1 vient de se faire tuer par la fille du 4. Celle-ci est ensuite surprise par Héralia. La fille du 2 lui inflige une blessure mortelle, mais la fille du 2 parvient avant de mourir à la blesser à un bras. Tout se déroule si vite. Caesar en perd ses mots, c'est du jamais vu. Ils sont en train de se faire la peau ! Les Jeux sont déjà en train de basculer, à cause d'Elroy, le garçon du 4 qui se bat à présent seul contre Cole et Héralia. Après une belle résistance, il finit par céder, Cole lui assène un coup qui le jette à terre. Cole ne perd pas une seconde, et l'achève sans pitié.
La rixe est terminée, 4 carrières sont morts, il ne reste plus que Cole et Héralia. Le garçon n'a que des blessures superficielles, mais la fille est sévèrement touchée au bras droit. Ils se regardent pendant quelques secondes, même s'ils pourraient de nouveau s'allier, le combat a éclipsé la mince confiance qu'il y avait avant. Consciente de sa blessure, Héralia s'enfuit avec juste une épée, et un sac à dos qu'elle ramasse au passage, et distance Cole avant qu'il n'ait repris ses esprits.
Les pensées se bousculent dans ma tête. C'est une situation que personne n'avait pu envisager. Personne. Caesar s'est tellement égosillé pendant le combat qu'il n'a déjà plus de voix, il n'arrive pas à expliquer clairement ce qui s'est passé. Cashade est abasourdie, clouée sur son fauteuil, les yeux grands ouverts.
– C'est incroyable… murmure-t-elle. Incroyable… On peut gagner, Keen. On peut gagner… Il n'y a plus l'alliance des carrières, maintenant… On peut gagner !
La scène se passe presque au ralenti. Cole regarde le champ de bataille, le sang au sol. Il y a finalement eu 10 morts. 10 morts, dont 4 carrières, c'est énorme. Cole est maintenant le seul à être sur la place centrale. Tous les autres se sont enfuis. Il a maintenant à sa disposition toutes les provisions de la Corne d'Abondance.
– Il ne peut pas rester là, dit Cashade. Avec les autres alliances, Cole ne pourra pas défendre seul la Corne. Il doit partir au plus vite.
Elle a raison. Et Cole a bien compris cela aussi. En vitesse, il fouille les sacs, prenant le maximum d'aliments et ce qui lui semble le plus important. Puis il empile à la va-vite tout ce qu'il peut. Enfin, devant le regard ébahi de tout Panem, il met le feu au tas qu'il vient de faire. Si les armes ne sont pas détruites par le feu, les denrées et les sacs le sont. S'il ne peut profiter de ce qu'il y a, personne ne le pourra. Enfin, il s'enfuit de la place, ne laissant derrière lui qu'un immense brasier.
Les cartes sont redistribuées, cette édition ne ressemblera pas aux autres. Et c'est dans ce paysage de mort qu'elle aura lieu. La place, avec ses ruines, ses flammes et ses morts, ressemble un peu plus à la première idée qui m'est venue à l'esprit en voyant l'arène.
– C'est l'apocalypse ! conclut Caesar, comme s'il lisait dans mes pensées.
Voilà, j'ai fait le choix de tuer vite mes carrières dans mes Hunger Games, dites moi ce que vous en pensez.
