C'est la rentrée !

Je voudrais m'excuser pour l'attente qui a été plus longue que prévue, mais les vacances ont été moins propices à l'écriture que ce que j'espérais.

En tous cas, nouveau chapitre ! Plus que deux ou trois avant qu'on arrive aux choses sérieuses (car non, on n'y est pas encore !).


– Dépêche-toi, Night ! On ne doit pas trainer !
– Mais il faut bien que je finisse de remplir cette gourde, Riley !
– On ne doit pas trainer ici, riposte Riley. Je suis sûr qu'il va y avoir des tributs qui vont se rameuter dans le coin d'ici peu, et je préfère qu'on ne soit pas là à ce moment là…
– On est trois, on devrait bien arriver à se défendre.
– Je ne sais pas… S'il le faut, il y a d'autres alliances plus fortes qui se sont formées… Non, mieux vaut partir vite.
Night se mord les lèvres. Riley est dans le vrai : le jet d'eau qui continue de déverser des mètres cubes d'eau sur la chaussée défoncée ne passera pas inaperçu très longtemps. Il est même très probable que certains adversaires soient déjà en route en ce moment même. Et même s'il n'y aura peut-être pas de confrontation directe, cela ne fera que rapprocher les autres tributs d'eux, et ça, ce n'est pas bon.
– Très bien, dit Night en refermant sa gourde. De toute façon, j'avais presque terminé…
– Désolé, mais on a surement plus beaucoup de temps… s'excuse Riley. Epsilon, ramasse ce qui traine, on décolle.
Les trois tributs ne se font pas attendre. Après avoir rapidement rassemblé leurs affaires, ils courent vers la rue la plus proche et tentent de mettre le plus de distance possible entre eux et le jet d'eau.
– C'est vraiment trop bête… souffle Riley.
– Pourquoi ? demande Epsilon. On a rempli nos gourdes et on n'a pas mis trop longtemps pour partir. Je ne vois pas pourquoi…
– Ce n'est pas ça qui m'embête. J'aurais bien camouflé l'endroit avant de partir…
– Ouais, je pensais la même chose que toi, intervient Night. Mais la vanne était pétée, on n'aurait pas pu arrêter l'eau de s'enfuir du tuyau.
– Et maintenant, les autres tributs vont être au courant qu'il y a de l'eau dans les canalisations souterraines. Vu La hauteur et le bruit que faisaient le jet d'eau, on peut être sûr qu'ils vont être beaucoup à s'en être aperçu, et donc beaucoup à savoir comment obtenir facilement de l'eau ici.
– Et Goodbye le petit avantage qu'on avait en trouvant l'eau, conclut Night.
– C'est sûr que c'est mieux qu'on l'ait trouvé, mais bon… Pour aller loin, il faut éviter de faire des erreurs.

Les trois jeunes courent ensemble encore quelques minutes, avant de s'arrêter, exténués, dans une habitation à moitié détruite. Ils montent un escalier à moitié en ruine pour arriver à l'étage, à l'abri. Ils attendent quelques instants avant de se reparler, afin que chacun puisse reprendre son souffle.
– Je pense que c'est bon, on doit être assez loin maintenant, dit Riley. On va se faire discret pendant quelques temps, j'espère qu'on ne s'est pas trop fait remarquer.
– Je n'en peux plus, laisse échapper Epsilon.
– Tiens, tu peux prendre de l'eau, maintenant, on en a deux gourdes pleines ! dit Night.
Night fouille dans le grand sac et en sort une gourde pour la passer à Epsilon. Tout cela se fait sous le regard attentif de Riley. La main de ce dernier se porte alors vers l'une de ses poches, celle où il a dissimulé les feuilles de l'Arascus Carbonae. Il semble être plongé dans une profonde réflexion, pendant que ses deux alliés sont en train de se désaltérer. Il semble hésiter, tergiverser. Cette attitude ne reste pas longtemps inaperçue. Night, voyant la mine renfrognée de son camarade, lui demande :
– Ça va, Riley ? Tu sembles mal en point. C'est la course qui t'a mis mal ? Ou bien c'est à cause de ce qui est arrivé ?
– Ben…
– Tu sais, ce n'est pas vraiment très grave, intervint Epsilon. Maintenant qu'on est parti…
– Non, ce n'est pas ça… Je… Je pense à mon père… Je pense de plus en plus à lui, en ce moment...

Un long silence suit les quelques mots de Riley. Le garçon lui-même reste un long moment le regard baissé, attendant la réaction de ses deux camarades. Epsilon se rapproche alors de lui, et lui glisse d'un ton rassurant.
– Si c'est quelque chose qui te pèse sur le cœur, tu peux nous le raconter, si tu veux...
Riley prend une longue inspiration, avant de se décider à parler.
– Mon père a toujours été quelqu'un qui avait besoin de tout contrôler. Il est incapable de se confronter à une situation qu'il ne maîtrise pas, c'est comme ça, il n'a pas le sens de l'improvisation. Alors il est toujours en train de tout prévoir, de réfléchir à ce qui pourrait arriver, à faire des dizaines de plans pour l'avenir pour enfin choisir lequel est le meilleur. Et, à chaque fois qu'il rencontre une nouvelle personne, il ne peut pas s'empêcher de l'observer attentivement, de lui poser des questions et d'analyser ses réactions, dans le simple but d'être parfaitement sûr de savoir à qui il a affaire, et en plus, il le fait avec un certain brio. Et il n'hésite pas à montrer à la personne qu'il a tout deviné d'elle, ce qui est très dérangeant. En fait, il le fait même sur des personnes qu'il connaît depuis longtemps. C'est pour ça que ma mère l'a quitté, il devenait de plus en plus désagréable avec elle et les autres, il n'était plus vivable. Je trouve moi-même qu'il est difficile à vivre, mais bon, c'est mon père... Et il m'a inculqué un peu de ses manières...
Riley prit une longue pause, avant de poursuivre.
– Et puis les Hunger Games sont arrivés. Évidemment, ça l'a détruit. Ce n'était pas le fait que je sois tiré au sort qui l'a détruit, non, ça il l'avait bien sûr envisagé, même si la probabilité que ça arrive n'était pas énorme. Non, ce qui l'a détruit, c'est qu'il n'y pouvait rien, et qu'il ne pourrait plus rien y faire : il n'y avait plus que moi face à mon destin. Et que peut-il y avoir de pire pour lui que les Hunger Games pour lui ? Une compétition totalement imprévisible, dont on n'a jamais croisé ses adversaires, et dont on ne sait même pas où elle aura lieu ? Ça l'a complètement détruit. Lors de nos adieux, il m'a serré dans ses bras en s'excusant de ne pouvoir rien faire, d'être complètement impuissant face aux événements. Moi, je ne savais pas quoi répondre... Alors je lui ai dit que j'aurais un plan, un super plan, et que je ferais tout pour m'y tenir, et que j'irais le plus loin possible, plus loin qu'il ne puisse l'espérer.
Riley prit une nouvelle pause, encore plus longue que la première.
– Mais les Hunger Games ne sont pas prévisibles. On ne peut pas savoir à l'avance tout ce qu'il va se passer, on ne peut pas faire un plan qui tiendra compte de tout ce qui peut arriver en cours de route... Et... On ne peut pas être sûr qu'on sera soi-même capable de s'y tenir...
Epsilon et Night le regardent pendant de longues secondes. Puis Night lui demande :
– Et toi, quel était ton plan ?
Night ne relève pas les yeux, il est incapable de soutenir le regard des deux camarades qu'il s'apprête à trahir. Il ne sait plus où il en est, il hésite à répondre franchement à la question de Night. Il s'apprête alors à ouvrir la bouche, quand Epsilon s'écrie :
– Eh ! Regardez !
Les deux autres garçons se retournent vers la point indiqué par Epsilon, pour y découvrir ce qui vient d'apparaître.
– Un parachute ! s'écrie à son tour Riley. On a des sponsors !
Riley se lève d'un bond et est le premier à atteindre le parachute doré. Il s'en empare en hâte et en découvre le contenu. La première chose qu'il aperçoit est l'inscription qu'il y a sur le couvercle.
– C'est le blason du district 8 ! dit-il. C'est mon district qui m'envoie... Enfin, qui nous envoie quelque chose !
Il ouvre la boîte en vitesse et les trois jeunes en contemple l'intérieur avec intérêt.

Il y a là trois petites fioles, d'une contenance à peine plus grande qu'un verre d'eau. A l'intérieur, il y a une mixture d'une couleur verte sombre. Riley en attrape une et l'observe avec étonnement.
– Je... Je ne comprends pas... C'est une boisson spéciale venue de mon district, dit-il. Mais moi, je n'aime pas trop ça, je... Je n'en boit pas souvent...
– On pourra en goûter ? Demande Epsilon. Ça a une couleur bizarre, mais j'aurais bien envie d'essayer.
– En goûter ?
– Ben... Ça vient du district 8... Ça veut dire que ça t'es destiné à toi...
– Oh, mais si vous voulez en prendre une fiole entière, ne vous gênez pas, il y en a trois, je...
Soudainement, Riley fait le lien : trois fioles distinctes, envoyées par son district, une boisson qu'il n'aime pas trop... C'est un message envoyé par son mentor, un message très clair : il l'encourage à empoisonner ses coéquipiers. En lui envoyant trois fioles, il lui facilite la tâche, une mixture sombre, où une feuille de poison passerait inaperçue, où les autres penseraient que c'est juste un cadeau. Son discours a dû être l'élément déclencheur, ce cadeau est là pour balayer ses doutes. Riley remarque alors que ses deux compagnons le regardent, étonnés qu'il se soit arrêté soudainement de parler. Alors il se dépêche de dire :
– Je crois savoir pourquoi on m'envoie ça : c'est... une sorte de boisson énergétique.
– Une boisson énergétique ? S'étonne Night en fronçant les sourcils.
– Oui. Mais... Pour en être sûr, il faudrait que j'observe les fioles à la lumière.
Soudainement, Riley attrape les trois fioles, se relève et s'éloigne des deux autres qui n'ont pas le temps de réagir. Rapidement, il tourne derrière un angle de mur, se retrouvant sur un balcon en ruine, à l'abri du regard des autres. Il ne lui suffit que d'une seconde pour glisser sa main dans sa poche, en récupérer deux feuilles d'Arascus Carbonae, et en placer une dans deux des trois fioles.
Les fioles qui sonneront le glas des deux tributs du 7.

– Alors, Riley ?
Riley a tout juste le temps de faire comme si il regardait les fioles à la lumière avant que les deux autres le rejoignent.
– C'est bien ce que je pensais, dit-il. Ces boissons vont nous donner plus de forces. Tenez, on va faire une chacun. De toute façon, comme je vous l'ai dit, je n'aime pas trop ça.
En faisant bien attention de ne pas se tromper, il tend les deux boissons qu'il vient d'empoisonner à ses pseudo-alliés. Ceux-ci les prennent sans se douter de rien.
– A votre santé ! S'exclame Riley.
Riley débouche sa fiole, et s'apprête à en boire le liquide. Quand, tout à coup, un bruit retentit au loin. Surpris, les trois se retournent vers la source du bruit. Pendant quelques instants, ils fixent le lointain sans rien apercevoir. Night demande alors :
– Qu'est-ce que c'est...
– Chut ! s'exclame Epsilon en lui couvrant la bouche. Regardez à côté du mur, là-bas...
A l'endroit que vient d'indiquer Epsilon, il y a Cole. Le bruit provient d'un petit muret en pierre qui vient de s'écrouler à ses pieds par accident. Ce dernier est en train d'observer aux alentours si personne ne l'a aperçu, mais il est trop loin des trois autres tributs pour se rendre compte de leur présence. D'un seul mouvement, Epsilon, Night et Riley se couchent à terre, tout en gardant toujours un œil sur le nouveau venu.
– Ce n'est pas vrai ! siffle Night entre ses dents. C'est le carrière du 1 !
– Je l'ai vu s'entraîner à la chasse pendant la préparation, chuchote Epsilon, à tous les coups, il a réussi à nous suivre à la trace depuis le jet d'eau !
– Et merde ! dit Night. C'est bien notre veine !
Les trois regardent un petit moment les agissements de Cole. Lorsque celui-ci se penche pour rechercher des traces au sol, ils sont fixés.
– Il suit nos traces, conclut Epsilon.
– Alors on ne va pas s'éterniser là, dit Night. On dégage !
Les trois se relèvent en silence, rangent leurs fioles sur eux, récupèrent leurs affaires, redescendent l'escalier et sortent dans la rue opposée à Cole. Là, ils se mettent à courir en essayant de faire le moins de bruit possible. Ils courent ainsi cinq minutes avant de s'arrêter à un coin de rue, où ils regardent s'il ne les a pas suivis.
– Bordel de merde ! laisse échapper Riley. On risque de l'avoir au fesses, maintenant !
– Et c'est le carrière du 1, note Epsilon.
– On a vraiment touché le gros lot, là ! rage Riley. Il va franchement être dur à cuire, surtout qu'on va sûrement avoir à le combattre si il nous suit ainsi !
– Heureusement, on est trois, dit Epsilon en reprenant son sourire. Si je me retrouvais toute seule devant ce colosse, je...
Riley se retourne et la regarde droit dans les yeux, l'air stupéfait.
– Je ne sais pas ce que je ferais...
Epsilon fouille dans sa poche et récupère sa fiole.
– C'est bien que tu ais récupéré ça, dit-elle. J'en peux vraiment plus...
Elle débouche sa fiole et la porte à ses lèvres.
– Attends ! s'écrie Riley...
Epsilon s'arrête net, immobile, et regarde Riley d'un air ahurit, tout comme Night.
– Euh... hésite Riley. Je me rappelle que ce produit est en fait surtout efficace pour récupérer après une blessure. On devrait les conserver... Au cas où on aurait à se battre et ça se passerait mal...
Les deux autres tributs le contemplent encore pendant quelques secondes avant de réagir.
– Oh, si tu le dis... dit Epsilon en rebouchant sa fiole.
Riley esquisse alors un léger sourire.
D'abord, se débarrasser du dernier adversaire majeur : Cole. Ensuite ce sera au tour des tributs du 7.


Et voilà pour ce chapitre !

Pour ceux qui se demanderaient, je n'ai pas fait apparaitre Keen dans ce chapitre car l'action était vraiment centrée sur les tributs (j'ai fait un petit test, quoi). Mais retour à l'énonciation habituelle au prochain chapitre.