Réponse succinte aux reviews:

Manoirmalfoys: C'est vrai.

Solene: Sun a pris la place de Night dans l'arène en se faisant passer pour lui lors des Moissons, où Night était absent.

Ungwe: Merci !

moajackspa: et ça ne va pas s'arrêter.

HollyEvans: Merci aussi !


Le bâtiment des archives est grand. C'est le moins que l'on puisse dire ! Il s'étale sur quelques centaines de mètres de long et est haut d'au moins cinq étage. Ce bâtiment est l'un des plus vieux de la ville, il date en fait même des origines du Capitole. Et en plus, les architectes qui l'ont créé ont bien forcé sur le caractère « ancien » à la construction, afin de renforcer la fonction première de l'endroit qui est de regrouper les vieux documents. Je ne suis évidemment pas un expert en histoire du Capitole, mais il me semble bien que c'est ici qu'est regroupé tous les documents que l'on a pu récolter nous provenant des civilisations qui existaient avant la création de Panem. Pas étonnant qu'ils aient besoin de place. Pendant la journée, on pourrait admirer les magnifiques dorures qui surplombent la façade avant, et les splendides sculptures à l'entrée, mais là, il est 5 heures du matin, et l'obscurité cache tous les détails qu'un touriste pourrait vouloir apercevoir.

– C'est dans cette aile que sont rangés tous les documents militaires, m'informe Silka, tout en trottinant devant moi pour qu'on accélère le pas. Accès complètement impossible, c'est beaucoup trop bien surveillé. Et l'aile là-bas, c'est remplis de bouquins très anciens qui sont interdits d'accès, à part pour quelques personnes.

– Oui, j'avais bien compris que le Capitole ne tenait pas absolument à ce que la population soit au courant de ce qu'était le monde avant Panem, ça ne m'étonne pas qu'il interdise l'accès aux livres anciens. Qui sait, s'il le faut, c'était mieux avant...

– Impossible d'y accéder non plus. En fait, on n'aurait aucune chance d'accéder à la majorité des ailes, on a plutôt de la chance de chercher un simple registre de recensement. Il y a beaucoup de mouvement au niveau des documents administratifs, et ils ne sont pas aussi sensibles que d'autres livres, ce qui fait que la sécurité est moins bien élaborée là où on va. On a peut-être un chance de mettre la main sur le registre du District 7 avant que le Capitole ne pose ses yeux dessus.

– Peut-être ?

– Il est 5 heures du matin, je doute qu'on nous laisse entrer facilement ! Et même pendant la journée, on n'aurait pas toutes les autorisations, quoi qu'il arrive, on va devoir passer outre la surveillance, j'espère que vous ne vous préoccupez pas de la légalité de ce qu'on va faire. Mais si vous vous plaignez, il est encore temps de dénoncer Night.

Cette solution n'est évidemment pas envisageable. Mais ce n'est pas ce qui m'interpelle dans ce que vient de me dire Silka. Ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas mis en danger, la seule fois où je l'ai vraiment fait... C'était pendant mes Hunger Games.

C'est reparti pour un petit tour...

Pendant que nous continuons à nous presser, je pose une question à mon hôtesse :

– Si c'est plus dur d'entrer la nuit, pourquoi est-ce qu'on n'attend pas la journée ? Là, je suppose qu'on va devoir entrer par effraction, on pourrait juste entrer à la première heure de la journée, et voler le bouquin avant que quelqu'un ait pu mettre la main dessus.

– Oui, mais il y a un autre problème. Dès les premières heures, il y a plein de gens aux Archives, et, même si on arrivait à choper le livre, des dizaines de personnes auraient reconnus nos visages. On ne s'en serait jamais sorti. A cette heure-ci, il y a juste une personne de garde et quelques gardiens. On peut-être une petite chance de passer.

Nous arrivons devant les grandes portes du bâtiment. Les portes principales font au moins cinq mètres de haut, tout en bois brillant et en dorures gravées. Mais ce n'est pas par là que nous passons.

– Elles sont fermées la nuit, m'informe Silka. Nous, on entre par celle-ci.

Elle m'indique une petite porte à peine visible, à quelques mètres des principales. Elle semble bien petite et moche en comparaison. Silka l'ouvre et les lumières à l'intérieur révèle un bureau d'accueil, où une secrétaire aux lunettes arrondies et à l'ensemble violet nous regarde, étonnée. Elle n'a visiblement pas l'habitude d'avoir des visites à une heure pareille. Nous entrons, et Silka s'approche d'elle, essayant de garder l'air le plus neutre possible, et lui dit :

– Bonsoir madame.

– 'soir...

– J'ai besoin d'un renseignement : nous serait-il possible, par hasard, de consulter les registres de recensement, s'il-vous-plaît ? Et, de préférence, tout de suite.

– Non.

Silka se gratte la nuque, visiblement gênée.

– Vraiment, c'est impossible ?

– Complètement impossible.

– Et même si je vous dit que c'est un cas d'extrême urgence, que l'avenir de plusieurs personnes, voire même de tout un District est en jeu ?

– C'est toujours non.

– Soyez un peu compréhensive ! C'est juste affaire de quelques minutes ! Si vous le voulez, vous pourrez même nous surveiller pendant que nous consulterons les livres !

– Écoutez, madame, si vous voulez absolument voir ces livres, revenez pendant la journée, de préférence avec une autorisation du service des archives, section population. Urgence ou pas, j'en ai rien à foutre, je ne peux pas vous laisser entrer !

– Mais si vous êtes là, il doit bien y avoir une raison. Vous ne restez pas là toute la nuit juste pour refuser aux gens d'entrer !

– Non, je suis là pour vous informer. si vous souhaitez des précisions sur le fonctionnement de l'établissement, je suis là pour vous.

– Et il n'y a pas ne serait-ce qu'une petite section du bâtiment qui soit ouverte ?

– Non. Enfin...

L'hôtesse d'accueil agite ses doigts sur le comptoir. Elle hésite à continuer.

– Quoi, enfin ?

– Non, rien.

– Vous alliez dire quelque chose.

– Non.

– Il y a bien une section où nous pouvons aller, c'est ça ? Laquelle ?

– Ça ne vous intéresse pas.

– Mais vous pouvez me le dire. Si vous êtes là pour m'informer, alors faites le !

L'hôtesse d'accueil regrette soudain d'avoir laissé échapper ce petit « enfin ». Elle doit maintenant s'occuper de nous, au lieu de rester tranquille. Elle souffle alors et nous avoue :

– Techniquement, nous sommes obligés de laisser en permanence la possibilité d'accéder à certains documents officiels du Capitole, tel que la Loi du Capitole, la copie de certains traités, des directives générales, des vidéos officielles et d'autres conneries dans le genre. Mais personne ne les consulte jamais. Et je ne pense pas que soit votre cas.

Silka me regarde un instant, il me semble qu'elle va me dire quelque chose, mais elle se retient, avant de poursuivre avec la femme au comptoir.

– Eh bien figurez vous justement que ça nous intéresserait de pouvoir lire ces livres, c'est justement en rapport avec ce qu'on cherche.

Son interlocutrice laisse échapper un léger râle exprimant sa déception. Mais elle n'a pas le choix, elle doit laisser Silka entrer. Moi, je ne comprends pas où elle veut en venir, je ne vois pas en quoi des papiers officiels nous intéresserons. Je l'attrape alors par le bras.

– Attendez une seconde, je dis à la dame de l'accueil.

Silka se retourne vers moi, et je lui chuchote de façon à ne pas être entendu par la dame :

– Qu'est-ce que tu fous ?! On se fout complètement de ces trucs !

– Oui, mais il nous faut bien entrer.

– Elle nous a vu, comment veux-tu qu'on puisse entrer sans qu'elle nous dénonce immédiatement après qu'ils se soient aperçus qu'un livre a disparu !

– Sauf si pour elle, on n'est pas entré.

– Quoi ?! Mais...

– Attends, laisse-moi faire, tu vas comprendre.

La dame ouvre alors l'étagère qui est sous son bureau, et fouille à l'intérieur. C'est là que sont rangées les clés, il y en a pour toutes les ailes du bâtiment. Elle attrape l'une d'elle et passe derrière la table qui nous sépare.

– Suivez-moi, je vais vous montrer là où vous trouverez ce que vous voulez.

Nous avançons alors dans les couloirs, mais seulement quelques mètres après Silka s'arrête.

– Mince, j'ai complètement oubliée de prendre un truc, je l'ai laissée à l'entrée. Suis-je bête ! Je vais tout de suite le chercher, je n'en ai que pour quelques secondes, ne m'attendez pas !

Silka retourne vers l'accueil. Son plan me semble évident à présent. Mais la ruse est bien trop grosse pour que l'hôtesse d'accueil ne s'en rende pas compte.

Et pourtant, ça marche.

La dame est bien trop énervée et pressée pour revenir sur ses pas et perdre son temps à surveiller Silka. Elle continue donc à me mener vers ma destination. Moins d'une minute plus tard, Silka nous rejoint, non sans avoir couru.

– C'est bon, je l'ai !

Nous arrivons à notre destination. La dame ouvre la porte donnant sur une petite salle avec des étagères un peu partout.

– Voilà, vous trouverez tout ce que vous voulez dans cette bibliothèque là. Ne soyez pas trop long !

– Oh, ne vous en faites pas pour ça ! dit Silka.

Notre guide s'en retourne alors vers son acceuil sans demander son reste. Je me retourne alors vers Silka.

– Alors, tu l'as ?

Elle sort de sa poche une paire de clés.

– Évidemment !


Dix minutes plus tard, nous sommes ressortis du bâtiment. Mais c'est pour mieux y re-rentrer.

– Il vont se rendre compte qu'il n'y a plus la clé au bout d'un moment, et il vont alors se douter que c'est nous, dit Silka. Mais je pense qu'on peut réussir à la remettre à sa place avant. Maintenant, il nous faut juste trouver les livres. L'aile des archives est grande, et il y a là-bas à n'en pas douter des vigiles. Le mieux sera peut-être qu'on se sépare, il faut quand même qu'on y arrive vite. Et, en cas d'urgence, si on ne le trouve pas, tu sais ce qu'il te reste à faire...

Oui, je ne le sais que trop bien, et c'est une solution extrême à laquelle je préférerais ne pas recourir. Mais moi et Silka nous nous sommes mis d'accord : le Capitole ne doit pas mettre son nez dans cet ouvrage, ou il y aura des répercussions néfastes pour tout le monde. Alors, quoi qu'il en coûte...

– Viens, il faut avant que je t'expliques un peu comment est faite la section des archives...

Sur les deux cents mètres qui nous séparent de l'aile des Archives, Silka me résume sommairement où il faut aller, et comment fonctionne le système de rangement des livres.

– Il y a juste que je ne sais pas s'ils ont déjà classé les livres dans les étagères à côté de ceux des précédentes années, où s'ils les ont laissé à part pour les ressortir plus facilement. Je vais m'occuper de la deuxième solution, vous, vous regarderez dans les étagères, ce sera plus facile, c'est mieux classé.

Silka glisse la clé dans la serrure et la déverrouille d'un geste sec.

– Maintenant, plus un bruit. Au bout du premier couloir, je vais à gauche, toi à droite. Bonne chance. Et tiens, je te laisse la clé, je ne prends pas le risque qu'on retrouve ça sur moi, c'est tes tributs après tout !

Elle me donne la clé puis pousse la porte, et l'antre noire se révèle à nous. Après être entré et avoir refermé la porte, je n'y vois plus grand-chose, mais pas question d'allumer la lumière. Heureusement, la lune est assez claire ce soir, juste assez pour qu'on puisse se repérer. Voyant que je suis un peu perdu, Silka me prend la main et m'emmène avec elle jusqu'au bout du couloir.

Et puis nous sommes obligé de nous séparer. Elle me lâche, et je commence à avancer lentement vers l'endroit qu'elle m'a indiqué. Mes pupilles se sont bien dilatées à présent, je peux presque lire les panneaux indicatifs sur mon chemin, mais ce n'est pas eux que je remarque, c'est plutôt la lumière qui s'échappe sous la porte qu'il y a devant moi.

Silka m'avait prévenu : je devrait sûrement passer devant un garde pour accéder à la salle principale. Elle ne m'a cependant pas précisé comment je devais m'y prendre.

La solution me paraît pourtant simple, il me faut une diversion. Et c'est bien embêtant, il faut grosso-modo que je fasse croire au garde qu'il y a quelqu'un, ce qui est en fait vrai.

Je tergiverse un peu avant de me décider, car au fond, je n'ai pas toute la nuit. Je repère un coin où je pense que le gardien ne me verra pas, et je me lance.

J'attrape une chaise et la lance bruyamment par terre, le plus loin possible. Vu le vacarme provoqué, le gardien ne peut que savoir qu'il y a quelqu'un. Je n'ai qu'une petite seconde pour me cacher avant que le gardien ne sorte avec maladresse de sa loge et fonce vers la source du bruit. Comme je l'espérait, il se précipite tellement qu'il croise ma cachette sans me voir. Je me rue alors vers la loge, seul accès vers la salle principale. Je fais le plus vite que je peux pour y aller sans faire suffisamment attention et, à mon grand désarroi, je fais tomber une pile de feuille du bureau du gardien. Confus, je regarde le désordre provoqué, et je me rends compte que je ne pourrais pas tout ranger avant que le gardien ne revienne. Alors je choisis de continuer ma route, même si le gardien sait que je suis là, je suis capable de pouvoir trouver le livre. Je pousse la porte qui donne sur la salle principale. Tout de suite, je suis interpellé par la grandeur impressionnante de l'endroit. C'est tellement grand que je n'aperçoit même pas l'autre bout de la pièce. Il y a au moins dix mètres sous plafond, si on peut appeler ça un plafond : c'est plutôt une verrière géante, une immense vitre laissant passer les rayons de la lune. Grâce à cela, je pourrai lire le titre des livres, même si la tâche s'avérera plus dure que ce que je pressentais. car les étagères remplies de livres s'étalent sur toute la surface de la salle, soit des milliers d'ouvrages parmi lesquels un seul m'intéresse. Heureusement que Silka m'a dit où rechercher. Il faut juste espérer que le livre ne se situe pas tout en haut des étagères, car elle sont tellement hautes que pour en atteindre le sommet, il faudrait faire de l'escalade.

Mais je n'ai pas suffisamment de temps pour contempler la magnificence de l'endroit. Je me jette vers la section « population des districts », mais après avoir parcouru seulement une dizaine de mètres, la porte derrière moi s'ouvre, et un flot de lumière se déverse dans l'obscurité : le gardien a compris ce que j'ai fait. Je me jette alors à ma droite, entre les rayons, juste avant qu'il ne puisse me voir. Mon poursuivant scrute l'obscurité, pendant que je m'efforce de respirer avec le moins de bruit possible, même si mon cœur s'emballe et que mes mains se mettent à trembler.

– Je sais que vous êtes là ! s'écrie le gardien. Sortez de votre cachette !

Voyant que je m'abstiens bien de répondre, il allume une lampe torche, il se met à arpenter les rayons, en faisant cette fois-ci bien attention de ne rien rater. J'en profite pour bouger, et continuer mes recherches. Je progresse lentement, tout en douceur, comme un chat, afin de ne pas me faire remarquer. J'analyse le trajet qu'il fait pour l'éviter au mieux, pour l'instant, la distance entre nous est suffisante pour qu'il ne se rende pas compte de ma présence, mais je ne pourrai pas l'éviter éternellement. Et je suis souvent à deux doigts de me faire repérer, chaque petit crissement de mes chaussures sur le sol ciré me fait sursauter, et le gardien me fait peur à changer parfois brusquement de direction. Le jeu du chat et de la souris dure ainsi une petite minute, avant que je ne parvienne à la section qui m'intéresse.

« Population des Districts » je me dis à moi même en voyant le panneau. « Il me faut maintenant l'étagère du District 7, je trouve le livre, puis je fonce vers la loge sans que le gardien n'ait le temps de réagir ». Je me met alors à longer les étagères de la section, tout en gardant un œil sur le faisceau de la lampe torche, toujours trop prêt à mon goût, je commence à avoir du mal à ralentir mon rythme cardiaque, je ne peux m'empêcher de me dire : « que va-t-il nous arriver si je me fais choper là ? S'ils découvrent qu'on a voulu couvrir Night et Sun ? ».

District 4... District5... District 6... Ça y est, j'y suis.

L'étagère n'est pas moins imposante que les autres, et elle est remplie à ras-bord. Je m'apprête à consulter la reliure des ouvrages, mais je repère mon but avant. Même dans l'obscurité, je reconnais immédiatement les bouquins que je croise chaque année lors des Moissons. Et ils sont... Deux mètres au dessus de ma tête.

Quand ça va pas...

Je regarde où se trouve le gardien. Il est suffisamment loin, c'est maintenant ou jamais. J'aperçois également, apposée à une autre étagère, une échelle qui me nargue, sachant très bien que je ne pourrait pas l'utiliser sans me faire immédiatement repérer. Je me jette alors sur la bibliothèque, m'accrochant tant bien que mal sur les planches de bois que j'entends craquer. C'est bien sûr maintenant que je me rends compte que le mobilier n'est pas de prime jeunesse ! Cela m'incite à accélérer mon ascension... Ça, et le gardien qui a brusquement décidé de se diriger droit dans ma direction.

Je suis juste à côté des livres de recensement, je peux presque les toucher ! Celui qui m'intéresse est le dernier, celui qui a été posé en dernier. Je me rapproche encore un peu, j'y suis presque... J'arrive à apercevoir la date sur la reliure... C'est la bonne ! Il ne me reste plus qu'à attraper. Je pose ma main fermement dessus, et je tire. Il est bien coincé entre les autres. Et le gardien qui se rapproche encore, mais j'ai encore suffisamment de marge. Je tire, plus fort, encore plus fort, le livre vient... Et la planche sur lequel mon pied se trouve craque.

La chute me paraît durer une éternité. Je retombe lourdement, et je suis accompagné au sol par la quasi-totalité des livres de l'étagère, le tout dans un vacarme de tous les diables. Le gardien sursaute, et commence à se ruer vers les lieux du désastre. Je me relève, et contemple les dizaines de bouquins entassé et, comble de l'horreur, je me rends compte que mon livre est parmi eux. Je panique, impossible de le retrouver à temps, le gardien arrive, pas question de se battre avec lui, je dois fuir immédiatement. Ou utiliser la solution de rechange, que je voulais éviter à tous prix. Mais je n'ai plus le choix.

Je sors de ma poche intérieure une bouteille. Une bouteille d'alcool pur, bouchée par un morceau de chiffon. Un cocktail Molotov.

C'est une idée que Cashade a eu juste avant qu'on parte : si on ne peux pas trouver le livre, et si c'est vraiment la dernière possibilité, il n'y a qu'une solution : mettre le feu aux livres. Avec toute la matière combustible qu'il y a ici, c'est pas très difficile de faire partir un grand feu. Mais c'est évidemment au péril des personnes qui se trouvent à proximité. une idée de génie, en somme.

J'efface toute mon appréhension, ma peur du danger, et je ne pense pas à l'importance de mon geste. Avec mon briquet, j'allume le torchon et je lance la bouteille vers la pile de livre. Tout s'enflamme instantanément, l'alcool en feu se répand sur le papier qui s'embrase en une seconde. D'instinct, mon bras se porte devant mon visage pour me protéger, et je me met à courir le plus rapidement possible vers la sortie.

Ça y est, c'est fait, je suis un criminel. Avant, tout ce que j'avais fait, c'était participer malgré moi à une entourloupe créée par l'un de mes tributs, et être entré illégalement dans une bibliothèque pour y voler un simple bouquin, même si je m'étais fait prendre, il y aurait eu des sanctions, il y aurait eu des répercutions sur le District 7, et d'autre trucs... Mais ce n'aurait rien été en comparaison de ce que ça sera si je me fait choper maintenant. Incendie criminel dans le Centre des Archives, pour ça, je ne m'étonnerai pas si le Capitole cherchait à me liquider. Oui, tout se complique.

Le gardien ne me suis plus, il semble s'être totalement désintéressé de moi. En vérifiant, sa position, je me rends compte qu'il s'est précipité vers une alarme incendie qu'il enclenche et un extincteur qu'il empoigne. Mais le feu gagne de seconde en seconde, passant d'une étagère à l'autre. La fumée noire se dégage dans le volume de la salle, rependant ses terribles gaz toxiques dans l'air. Je commence à le ressentir, à tousser même, il devient dangereux de rester ici, il faut que je sorte, il faut que je sorte...

J'arrive à la porte, derrière moi, c'est déjà l'enfer, j'espère que le gardien a eu le temps de fuir, il doit sûrement y avoir des sorties de secours. Je repasse par la loge, où je ne fais cette fois-ci même pas attention d'éviter de laisser des traces, je cours, c'est tout, je cours à fond dans les couloirs. L'alarme incendie hurle maintenant dans tout le bâtiment, Me vrillant les tympans. Silka sait maintenant qu'elle doit fuir, et vite. Les couloirs me semblent interminables, bien plus longs qu'à l'aller, je suis hors de danger, le feu est loin derrière, mais je songe à la brigade anti-incendie, qui devrait rappliquer d'une seconde à l'autre, surtout que l'endroit est particulièrement sensible au feu.

Mais enfin arrive la sortie, je sens instantanément sur mon visage l'air frais de la nuit, et j'aperçois à seulement cent mètres la brigade anti-incendie qui s'approche avec leurs véhicules, tous gyrophares allumés. J'ai le temps de m'éloigner et de me mettre à couvert de la lumière, dans une ruelle sombre adjacente, juste avant que les hommes en combinaison ignifugée ne se précipitent à l'intérieur. J'espère que Silka a eu le temps de sortir, S'ils la trouvent...

– Ne t'inquiète pas, je suis là.

Je me retourne, et j'aperçois que l'hôtesse de notre District est juste là, tapie dans l'ombre avec moi.

– Franchement, tu n'as pas eu d'autre choix que de foutre le feu ?!