Manoirmalfoys: Ouais, ça, c'est sûr.
Soph28: Merci pour la belle review ! J'espère que la suite te plaira tout autant (y a encore pas mal de chose à venir).
Ungwe: Le dernier chapitre était justement accès sur le stress de Keen. Content que ça ait marché.
– On a des sponsors maintenant, on pourrait peut-être lui envoyer un parachute ?
– Je préfère lui garder pour plus tard, Night. A moins que tu ne trouves quelque chose de super utile pour là, tout de suite.
Night réfléchit. Bien qu'il soit déterminé à aider son frère, il faut bien qu'il comprenne qu'il ne peut rien faire. Même si le danger est de plus en plus grand. Car en ce moment, Sun se dirige dangereusement des autres tributs, le groupe de Raven, Magnus, et même la petite planquée Déa, tous rassemblés dans les environs de la place centrale et sa Corne d'Abondance qui n'a plus d'abondante que le nom.
– Mais c'est idiot de ne rien lui envoyer ! réplique Night. S'il meurt avant qu'on ne lui envoie quelque chose, on aura patienté pour rien !
– Mieux vaut ne rien lui envoyer qu'un truc inutile. Pour l'instant, il n'a pas besoin de nourriture ni d'eau, et si je lui envoie une arme, il peut prendre ça comme un signe, comme quoi j'aimerais qu'il se batte. Or, tant qu'il fuit face à ses adversaires, ça me va.
– Il peut aussi penser qu'on l'a abandonné.
– Je préfère qu'il pense ça plutôt qu'il ne se croie trop bien accompagné. Tu as vu ce que ça a donné avec Riley.
Night veut dire quelque chose, mais il finit par se faire une raison : il ne gagnera pas cette bataille, je n'ai pas l'intention de me laisser faire.
– Qu'est-ce qu'on fait, alors ?
– On attend, et on regarde, comme d'habitude. On peut prier, éventuellement.
Silka revient dans l'appartement précipitamment. Elle était partie à la chasse aux sponsors, comme tous les jours.
– Alors ? lui demande Cashade.
– Y a toujours un peu de monde ! Ce n'est pas flamboyant, mais y a quand même des possibilités. Mais mes clients seraient peut-être plus enclins à lui faire confiance s'il avait une arme.
– Il en a déjà une ! je réponds. L'épée qu'il a récupérée à Cole !
– Je veux dire son arme de prédilection... Sous entendu une hache. Cette épée fait presque sa taille, il ne pourra pas la manier correctement en combat, il sera obligé de fuir !
– Eh bien qu'il fuie ! Tant qu'il ne meurt pas, ça me va ! Vu les adversaires qu'il reste, mieux vaut éviter le combat.
Il reste bien Déa, planquée dans la tour qui n'est absolument pas un danger, et je ne suis pas sûr que Sara soit très bonne en combat, mais pour les autres, l'alliance de Raven, Héralia et Magnus, mieux vaut attendre qu'ils soient un peu plus diminué.
– Dis, Keen, viens voir une seconde, lance Cashade qui fixe la télé. Regarde ce qu'ils font !
Je m'installe à mon tour devant l'écran. Cashade a mis la chaîne de l'équipe de Raven. Ce qu'ils sont en train de faire n'a rien de très réjouissant en effet : sous l'impulsion de leur meneur, ils se sont mis à commencer toutes sorte de préparatifs. Ellian est en train de s'arranger de petits couteaux bien adapté à son âge et à sa taille. Lilia, elle, se fabrique une petite sarbacane de poche, et se confectionne des fléchettes, dont elle enduit le bout avec une substance qu'elle vient de fabriquer. Tandis que Raven... Je ne sais pas trop. Il est en train de broyer des sortes d'ingrédients ensemble.
– Cashade, met la chaîne principale. Caesar doit être en train de faire des commentaires.
Cashade s'exécute. Effectivement, Caesar fait son chou gras de ce que font les tributs.
– Regardez, Claudius ! s'exclame-t-il. Regardez bien ce que fait le petit Raven. Il confectionne une chose qui n'a, je crois bien jamais été faite auparavant !
– Mais qu'est-ce que c'est ? dit Claudius en jouant la surprise.
– Eh bien ceci est de la poudre !
De la poudre... Je me souviens, Epsilon m'avait dit qu'il savait en faire
– Il est en train de mélanger du charbon, du souffre et du salpêtre qu'il a réussi à trouver dans l'arène après de difficiles recherches !
C'est ça ! Le Capitole a dû en mettre partout quand ils ont su que Raven savait faire de la poudre !
– Avec un bon mélange, Raven pourra en faire une arme extrêmement dangereuse ! Que je sache, très peu de tributs ont réussi à créer des armes explosives, c'est un avantage pour lui et son équipe à ne pas sous estimer !
– Mais, Caesar, quelle est cette substance dans laquelle Lilia trempe ses fléchettes ? demande Claudius.
– C'est également une idée de Raven. Ce garçon a de la ressource ! Il a brouillé et humidifié de l'Arascus Carbonae pour en faire un poison. Vous vous souvenez de cette plante, celle que Riley a voulu utiliser pour se débarrasser des tributs !
Ne m'en parler pas ! Maintenant, je commence vraiment à redouter cette alliance. Dommage, parce que Sun commence à s'en approcher dangereusement.
– Toujours sûr de ne pas vouloir offrir tout de suite un parachute à Sun ? demande Cashade.
Les heures passent, bien plus rapidement que d'habitude. J'aimerai que la suite n'arrive jamais. Petit à petit, Caesar Flickermann se fait de plus en plus enthousiaste vis à vis du combat à venir. Et si Caesar l'annonce, il y a de très bonne chance que ça ait lieu. Je suis même persuadé que l'organisation fait tout en sorte pour que ça arrive (un ou deux éboulements ont empêché Sun d'aller dans la ''mauvaise'' direction).
Maintenant, si il y a affrontement, ce ne sera que dans quelques minutes. Car Sun et le groupe de Raven ne sont qu'à une petite rue d'écart.
– Là, c'est sûr, on va y avoir droit ! commente avec un enthousiasme ironique Cashade.
A mes côtés, Night s'enfonce un peu plus dans son fauteuil.
Sun marche dans la rue, examinant les bâtiments alentours à la recherche d'autres tributs. Il n'y a aucun doute là dessus, depuis la mort d'Epsilon, il a envie de se venger sur les autres, et j'ai bien peur qu'il ne cherche pas à fuir les combats. Et là, seul contre trois autres personnes, ça pourra être très déséquilibré.
Le groupe des trois autres tributs est là, également à l'affût, au premier étage d'une bâtisse à l'équilibre précaire. Ça fait déjà deux jours qu'ils sont là, ils ne bougent presque pas. Ils ne mangent pas beaucoup, se contentant de quelques petits animaux qui passent de temps en temps à portée de main, dont en majorité des rats (je pense que c'est l'organisation qui les lâche pour que les tributs aient quand même quelque chose à manger dans cet environnement impossible). Vu leur position, je crains qu'ils n'aient un avantage sur Sun.
Le jeune du septième district est d'ailleurs soudainement en train d'examiner son sac. Il en sort une gourde, l'ouvre, et se rend compte qu'elle est vide. Panne sèche. Il regarde alors à ses pieds.
– Oh non... souffle Cashade. S'il-te-plaît, ne fait pas ça...
Sun retourne autour de lui les débris au sol, essayant d'atteindre le sol. C'est un travail assez lent et épuisant, qui nous laisse à nous au Capitole tout le temps de paniquer vis à vis de l'erreur qu'il est en train de commettre malgré lui. Il met quelques minutes à trouver enfin ce qu'il recherchait : une plaque d'égout. Il pose ses mains noires de cendre dessus et la soulève avec difficulté, avant de découvrir et d'ouvrir la vanne qu'il y avait en dessous. Bien que le bruit provoqué par son ouverture n'est pas aussi fort que la première fois que Sun avait tenté l'expérience, le bruit de l'eau sous pression qui se met à jaillir est suffisant pour se faire remarquer.
Et c'est bien le cas.
– Qu'est-ce que c'est ? demande Lilia à ses alliés, se tournant vers l'origine du bruit.
Raven et Ellian regardent également dans la même direction, écoutant l'étrange bruit. Raven est perplexe, mais il ne tarde pas à en deviner l'origine : eux aussi ont découvert le réseau d'eau sous la ville.
– On dirait bien le bruit d'une vanne qu'on ouvre, dit-il.
– Mais... Ça veut dire que... bafouille Ellian.
– Oui, il y a quelqu'un dans les parages, conclut le meneur.
Les trois se regardent se demandant ce qu'il faut faire, avec l'appréhension d'un combat possible.
– On s'est bien préparé dans cette éventualité, dit Raven. On est équipé, on est trois, si c'est un tribut isolé, c'est une occasion à ne pas rater. A part nous, il ne presque plus que cinq tributs, bientôt, on sera peut-être en majorité.
A leur visage, on voit que ses deux compagnons ne sont pas super chaud pour le suivre.
– On a qu'à y aller juste pour regarder, et si on sent qu'on peut agir sans être trop en danger, on saisit l'opportunité.
Après quelques hésitations, les autres se décident à le suivre. Ils se lèvent, embarquent leur armes, et entament la descente des escaliers.
– Pas de bruits, commande Raven. Et faites bien attention à là où vous marchez.
En deux minutes, ils sont arrivés là où Sun se trouve, ils repèrent un coin juste à côté où se cacher, une maison juste en face, où ils montent à l'étage pour mieux voir. Perchés devant une fenêtre, sur le palier en bois à moitié brûlé, ils voient tous les faits et gestes de mon tribut, qui vient à peine d'avoir finit de remplir sa gourde, sans se douter de rien. Il regarde un peu autour, mais ne peut pas apercevoir ses adversaires. Et Raven commence déjà à se frotter les mains.
– Dis, Lilia, dit-il à voix basse. Tu penses que tu peux l'atteindre d'ici avec ta sarbacane ?
Lilia et lui s'observent une seconde, avant que la fille hoche la tête. Puis, sans un mot, Lilia saisit dans sa poche une de ses fléchette empoisonnée, avant de ramper lentement vers la fenêtre, de se relever, de charger son arme, et de commencer à viser.
– Elle ne peut pas y arriver... je murmure malgré moi. Elle est trop loin...
– Tu ne l'as pas vue s'entraîner, rectifie Cashade. Elle touchait sa cible presque à chaque coup.
– Presque...
– C'est largement suffisant.
Lilia prend son temps. Trop. La tension est insupportable, à mes côtés, je sens Night se crisper dans son fauteuil, Silka se ronge les ongles (ce qu'elle s'interdit formellement d'habitude) et Cashade serre dans ses mains la télécommande tellement fort que je sens qu'elle peut exploser. Rokas, lui, ne pouvant supporter la pression, est déjà parti depuis longtemps.
Lilia est cette fois-ci parée pour frapper, et elle s'apprête à souffler dans le tube. C'est alors qu'un craquement lourd retentit à ses pieds. Elle s'interrompt alors, et regarde alternativement ses alliés et le sol. Tous ne mettent que quelques secondes à se rendre compte qu'ils ont surestimé l'état du parquet à moitié brûlé sur lequel ils se trouvent. Une lueur de panique envahit les yeux bleus de Lilia. Raven lui lance un cri étouffé entre ses dents :
– Reviens, vite !
Mais il est trop tard. Dans un nouveau craquement, les planches sur lesquelles se trouve Lilia se dérobent complètement sous ses pieds. Dans une pluie de morceaux de bois calciné, Lilia chute de l'étage sur les gravats lourds de la rue, où elle se retrouve sur le dos. Sun sursaute, et la remarque avec étonnement. Cependant, il ne met pas longtemps à tergiverser, la voyant seule et sans défense, il attrape sa lourde épée, largue son paquetage, et se rue vers elle. Dans un état de profonde terreur, Lilia se jette vers sa sarbacane retombée seulement à deux pas d'elle. Elle à quand même le temps d'attraper son arme et de la portée à ses lèvre, mais le timing est trop rapide, Sun est déjà là, et il abat son arme sur la petite fille sans une once d'hésitation. Et le sang jaillissant du thorax de Lilia éclabousse les alentours, elle est sûrement déjà morte.
Mais Sun n'a pas le temps de souffler que déjà, les deux autres tributs qu'il n'avait pas remarqué sont descendus de leur cachette. Ellian lui lance un de ses petits couteaux que Sun, surpris, ne peut éviter.
– AH ! S'écrie Night.
Le couteau ne fait effleurer le bras de Sun (heureusement qu'Ellian n'a pas eu le temps de bien viser), mais l'entaille assez profondément pour le faire crier de douleur, et lâcher son arme qui était de toute façon trop lourde pour lui. Raven surgit lui aussi, muni de deux poignards aux lames allongées et recourbés.
– Tu vas me le payer ! crie Ellian, fou de rage. Tu n'aurais pas dû la tuer !
Le tribut District 5 lance un nouveau petit couteau, mais Sun a cette fois-ci le temps de l'éviter. Raven commence à sprinter vers lui.
– Fuis ! gueule Cashade. FUIS, MERDE !
Sun n'a plus le choix, privé de son arme, blessé au bras, en infériorité numérique face à deux tributs armés et déterminés à le tuer, il prend ses jambes à son cou et fuis le plus vite qu'il peut sans rien emporter, pourchassé par Raven qui est à seulement quelques mètres. Et qui le rattrape petit à petit.
– Oh putain... je laisse échapper, pris d'un mal de ventre incontrôlable.
– Vas-y, Sun, murmure Night. T'es plus fort que lui...
Raven est déchaîne, il saute au dessus des débris au sol comme s'ils n'existaient pas, tandis que Sun galère à ne pas trébucher. Ellian, lui, s'est arrêté pour voir le corps de Lilia. Quand mon tribut est à portée de son ennemi, ce dernier se jette sur sa proie, poignards en avant. Conscient de la manœuvre folle de son adversaire, Sun se jette également en avant, et parvient à rester hors de portée des lames tranchantes. Les deux tributs se relèvent alors, et, cette fois ci, c'est Raven qui fait l'erreur : il glisse sur quelques graviers, et retombe au sol. Lorsque qu'il tente de se relever une nouvelle fois, il pousse un cri de douleur. En examinant sa jambe, il se rend compte qu'il vient de s'écorcher lui même en tombant avec ses poignard. Il jure alors contre lui-même, tout en voyant son ennemi s'éloigner.
Sun est sauvé.
Il a perdu toutes ses affaires, il a été obligé de tuer une fille toute jeune, il s'est un peu blessé au bras droit, mais il est toujours en vie, là est l'essentiel. Sun est loin de ses adversaires, et on aperçoit en fond un hovercraft qui, comme à chaque fois, se pose pour récupérer le corps de la petite Lilia. Maintenant, Dans l'appartement, l'atmosphère est soudainement plus détendue, Cashade dit :
– Ce gamin a de la ressource. Je savais qu'il s'en sortirai.
– Tu n'étais pas si optimiste quand tu as vu que la fille allait l'empoisonner.
– Au fond, j'étais hyper confiante.
– C'est ça...
A la télé, Caesar Flickermann est en train de faire l'éloge de Sun, de son courage et de sa capacité à ''éliminer du tribut''. Plus rien à y voir.
– Attends, il avait tué Cole, aucun danger face à cette bande de gamins ! poursuit Cashade.
– C'est quand même passé à deux doigts...
– Sun ne pouvait pas mourir aussi bêtement.
– Quoi ! Des tributs sont déjà morts bien plus bêtement !
– Ils se disputent souvent ? demande Night à Silka.
– Tout le temps...
– Attendez !
Tous, nous nous retournons vers l'écran, étonnés. C'est Caesar qui vient de pousser ce cri, surpris par ce qu'il venait de voir. Et nous voyons les mêmes images que lui à la télé : Sun est en train de fouiller avec sa main son côté gauche, et trouve quelque chose. Il la retire de sa peau, et la porte au niveau de ses yeux pour la voir de plus prêt.
Ne me dites pas que c'est ce que je pense.
– C'est une fléchette ! s'égosille Caesar. Une fléchette empoisonnée de Lilia ! Elle a réussi à le toucher avant de mourir !
Oh non...
– Incroyable, commente Claudius. Je n'avais rien vu...
– Vous n'êtes pas le seul, tout s'est passé extrêmement vite ! Regardez ces images.
Les ralentis défilent les uns après les autres, la scène revient sous tous les angles, sous tous les zooms : Dans son dernier geste, Lilia porte la sarbacane à ses lèvres et parvient à tirer juste avant le coup d'épée, pratiquement sans viser, mais ça a été suffisant pour qu'elle le touche de justesse en bas du ventre.
Le silence est total, tout s'est immobilisé dans l'appartement, les regards sont rivés sur l'écran, nous sommes abattus par le choc, nous pensions que c'était fini... Nous avons crié victoire trop tôt.
– Night est donc empoisonnée à l'Arascus Carbonae, maintenant ? demande Claudius.
– Vu comment la fléchette s'est plantée, il n'y a plus guère de doute là-dessus. Même en tentant de se sucer la plaie maintenant, il est trop tard, il est infecté. Dites, Claudius, vous rappelez-vous des effets de cette plante ?
– Oui, vous nous l'aviez très bien expliqué : faiblesse, fièvre, paralysie, et enfin mort.
– S'il a bien été infecté, il ne lui resterait plus que deux jours à vivre. Deux petits jours, peut-être trois... Mon ami, il me semble qu'il ne faille plus parier sur l'un de nos concurrents. Je peux même dire qu'il va bientôt ressentir les premiers effets.
Je suis atterré. Nous le sommes tous. Impossible de gagner les Jeux pendant cette durée là. Dites moi qu'il y a un moyen, la moindre petite solution...
– Il ne faut pas un antidote pour soigner ce genre de poison ? demande encore Claudius.
– Eh bien oui, mon cher, mais vu les ingrédients, je doute bien qu'il puisse en fabriquer un dans cette arène.
– Il est donc sûr de mourir ? Ce poison est forcément mortel ?
– Eh bien, il ne l'est pas à 100%, mais à vrai dire, ses chances de survie se montent à peu près à une sur un millier, c'est un poison très efficace. Non, il faudrait un miracle pour que le petit Night Greyhill y survive.
C'est fini. Je ne pourrai plus le sauver. Dans ma tête s'échafaude plein d'ébauches de plans qui pourraient le sortir d'affaire, mais aucun n'est réalisable. Et Cashade le sait, c'est pour ça qu'elle se la ferme.
– Monsieur Spencey, il y a bien un moyen de le sauver. Il faut lui envoyer l'antidote.
Cashade émet un petit rire, qui répond très bien à la question. Mais il faut quand même que j'apporte quelques précisions supplémentaires :
– Impossible. Un tel antidote est bien trop cher pour nous. Il faudrait vraiment que tous les sponsors soient avec nous, et encore... Ça serait trop simple, le Capitole ne laisse pas si facilement les mentors sauver leurs tributs.
– Et... Je sais que parfois le Capitole peut organiser des festins...
Je regarde Cashade. Elle fait non de la tête, avant de prendre le relais :
– Pas assez médiatique, pas assez de monde dans la galère... Il aurait fallu que Sun soit beaucoup plus populaire pour que le Capitole fasse quelque chose en sa faveur. Il y a suffisamment de sang versé en ce moment, et il est encore trop tôt... Franchement, rien n'indique qu'il va y avoir un festin cette année, l'arène se charge déjà assez bien d'éliminer les tributs pour qu'on en rajoute.
– Mais... persiste Night. Vous ne pouvez rien faire pour mon frère ? Vous n'avez aucune solution ?!
Nous baissons les yeux. Je comprends le désespoir de Night, voir que son frère va mourir et ne rien pouvoir y faire... On ne peut que le comprendre.
Il serre les poings, et essaye de réfléchir. Il tente de résister au renoncement, de trouver une bonne idée, de dénicher un dernier espoir. Les secondes passent, silencieuses, et Night réfléchit, réfléchit... Puis soudainement, il relève la tête, et dit :
– Échangez nous.
L'espace d'un instant, je pense avoir mal entendu.
– Quoi ?
– Je veux prendre la place de mon frère dans l'arène.
– N'importe quoi...
– Personne ne s'en rendrait compte. On a exactement la même corpulence, il a maigri pendant les Jeux, moi aussi à cause de ma maladie. Et les gens, en voyant que je ne meurs pas, se diront que j'ai eu la chance exceptionnelle d'être dans le millième de gens qui survivent !
Je pourrai tout de suite lui renvoyer à la gueule que son plan est complètement irréalisable, mais je veux d'abord qu'il se rende compte que c'est de la folie de se sacrifier comme ça.
– Arrête, même si j'pouvais, je ne le ferai pas...
– Mais on a tout à y gagner ! Je manie mieux la hache que mon frère, et je sais où en trouver une. J'ai vu où se trouvaient tous les tributs, je sais quelles sont leur stratégie, si j'étais à la place de mon frère, j'aurais un avantage sans précédent sur mes adversaires. Et puis je suis plus en forme que Sun, lui, ça fait déjà une semaine qu'il est dans l'arène, moi, j'ai bien mangé et me suis bien reposé !
– Tu délires, Night...
– Et pourquoi ! Vous avez une meilleure solution ? C'est la dernière chance de sauver mon frère.
– Je ne vais pas t'envoyer à la mort...
– Mon frère m'a sauvé, laissez-moi une chance de lui renvoyer la pareille ! S'il meurt et que je sais qu'il y avait la moindre chance de le sauver, je ne pourrai plus vivre. Je serai anéanti.
– Ce serait dommage, mais c'est toujours mieux que mort ! J'ai déjà été envoyé dans l'arène, et je ne souhaite à personne d'y aller. Alors ne compte pas sur moi pour t'y envoyer !
– Oui, mais si vous ne le faites pas, Sun va mourir.
– Oui, il va mourir.
Mes paroles restent suspendues. Ça y est, je viens de dire clairement que mon dernier tribut allait mourir. Je baisse les bras. Et alors ? Parfois, il faut savoir s'avouer vaincu. En face de moi, Night cherche ses mots. Et il finit par les trouver :
– Si vous pouvez nous échanger, vous devez le faire.
– Non.
– Si, vous l'avez promis.
– Ah bon ? Et quand ?
– Vous m'avez dit que vous aviez promis à mon frère que si Epsilon mourrait avant lui, vous feriez tout pour le ramener vivant. Absolument tout.
Je m'apprête à répliquer, mais les mots s'arrêtent dans ma gorge avant d'atteindre ma bouche. C'est une idée de fou, mais au fond, Night a raison : s'il y a ne serai-ce qu'une chance infime de sauver Sun, je dois la prendre, je lui ai promis, et ce n'était pas une promesse en l'air, c'était une vraie promesse, faite à une personne qu'on envoyait directement à la mort. J'ai toutes les raisons de refuser, mais je ne peux pas... D'une part, mon esprit cherche quelque chose à répliquer, mais d'une autre part, il est déjà en train de voir si le plan est réalisable. Et les deux parties sont en train d'échouer misérablement.
– On ne peut pas t'échanger, je dis enfin. C'est impossible.
– Il doit bien y avoir un moyen ! On peut facilement trouver l'arène, je suis sûr qu'on peut nous y introduire, et...
– Il y a des caméras partout ! On ne ferai pas dix mètres sans passer inaperçu.
– Et si Sun venait en bordure d'arène ?
– Arrête de délirer, Night ! Jamais je ne pourrai entrer en communication avec Sun ! Le moindre message envoyé serait immédiatement intercepté par le Capitole ! Et comment est-ce que tu veux qu'on procède à un échange sans donner un minimum de directives à Sun ?!
– Je... Je ne sais pas...
Night détourne les yeux, réfléchit un instant... et abandonne. On ne peut rien faire sans que le Capitole ne soit au courant dans les Hunger Games, il faudrait une armée pour pouvoir changer quelque chose.
– Bon, vous venez de vous rendre compte que c'était une idée à la con ? intervient Cashade, qui était restée spectatrice jusqu'à maintenant.
– Moi, je pense que la meilleure des solutions est encore de se documenter sur l'antidote, dit Silka. On ne sait jamais, on peut toujours trouver un moyen de lui faire parvenir ?
– Ouaip, mais faut pas trop y compter, lâche Cashade. Le mieux est encore de prier...
Le reste de la soirée se fait dans un silence presque total, où nous regardons petit à petit Sun se sentir de plus en plus mal. Nous mangeons sans nous regarder, et allons nous coucher. Pendant toute la soirée, je repense à cette promesse que j'ai faite à Sun et que Night m'a rappelée. Cette promesse que je ne pourrai pas tenir, car je ne peux rien faire, je me sens tellement impuissant face au cours des choses. Cette petite escapade aux Archives du Capitole n'a été qu'une parenthèse dans mon job, je suis maintenant remis à ma place de spectateur. C'est ça, être mentor, être spectateur. Rester là à regarder ses tributs se faire tuer sans pouvoir rien faire. A quoi est-ce qu'on sert, au fond ? A donner des conseils qui, une fois l'épreuve commencée, ne seront plus que des mots bien faibles face au danger.
Si seulement je pouvais faire quelque chose de plus. Si seulement j'avais plus de pouvoir. Si seulement...
Réfléchis... Réfléchis... Réfléchis...
Tard dans la nuit, je rentre dans la chambre de Night, qui se réveille en sursaut.
– Night ?!
– Q... Quoi ?
– Toi et ton frères, vous avez appris à lire le Braille pour aider votre mère, non ?g
– Euh... O... Oui...
– Je crois que je peux faire ce que tu m'as demandé.
Prochain chapitre = Central.
