Lou Celestial : Oui, ça pouvait sembler évident que Night serait le héros, mais je n'ai pas vraiment cherché à le cacher à tout prix, il fallait bien un personnage spécial avec un tel secret !
Manoirmalfoys : Merci !
Soph28 : Merci, je n'étais pas du tout sûr que ça passerait bien !
Paatmol : Keen n'a jamais vraiment souhaité de tuer des pacificateurs, il était juste... pris dans le feu de l'action. Mais j'en reparlerai plus tard, merci pour la review !
La chaleur remonte vers moi et je la prends en plein visage comme une claque. Je ressens l'onde de choc sous mes pieds, tandis que je tombe lentement, accroché à mon parachute. Je suis heureusement juste assez loin de l'explosion pour que la toile ne prenne pas feu, mais je suis tout de même trop proche pour être en sécurité. L'hovercraft s'est disloqué en tombant, en bas les passants avaient déjà fui, ayant bien eu le temps de s'apercevoir qu'un immense véhicule était en train de foncer sur eux. Autour de moi, les cendres s'élèvent, sous moi, l'incendie est toujours vivant, bien que manquant de combustible.
Et je descends inexorablement vers la dangereuse carcasse. Mais des braises volantes viennent se plaquer contre mon parachute, et la toile commence à prendre feu. Je prie pour atteindre vite le sol, et ma chute est accélérée par les trous qui commencent à se former. Le feu commencent à atteindre les câbles. C'est à cet instant là que je me rends compte que, si je me pose ainsi, la toile enflammée risque de me retomber dessus et je vais prendre feu !
Je ne suis plus qu'à cinq mètres du sol quand je me décide à me détacher. A l'atterrissage, je ressens une vive douleur dans mes chevilles, mais j'ai tout juste le temps de m'écarter que le parachute est déjà tombé derrière moi.
Sous moi, et tout autour, les cendres, le métal, les flammes... C'est un paysage chaotique, que j'ai moi-même provoqué. Il fait chaud, étouffant, je peux presque ressentir la même chose que les tributs piégés dans l'arène. Il faut que je sorte d'ici.
Mais c'est en me relevant et en bougeant que je me rends compte que j'ai mal. J'ai mal partout.
Mes jambes ont mal supporté le choc de la chute, mes bras, ma poitrine, mes côtes ont pris tellement de coups dans la bataille et dans l'hovercraft, tout comme ma tête, je suis exténué, je ressens comme des crampes... Je peux apercevoir ce qu'il se passe au dehors de la carcasse, des curieux commencent à se presser, ils restent éloignés, mais je ne pourrais pas sortir sans qu'on ne me voie. Et dans mon état, je ne pourrais pas fuir. Et dès qu'on m'aura trouvé, on saura qui je suis, on saura que c'est moi qui ait provoqué ce désastre, que c'est moi qui... Mon dieu, je suis foutu.
Complètement foutu, il faut que je trouve au plus vite un moyen de me sortir d'ici sans me faire remarquer. Je cherche, je cherche... Et la seule chose qui me vient à l'esprit, c'est que, si je ne parvient pas à m'échapper, je condamne tout le monde. Sauf si je meurs et qu'on ne reconnaît pas mon corps...
Arrête de penser à ça ! Même en me brûlant, le Capitole trouvera toujours un moyen de reconnaître ma dépouille, un moyen de savoir que j'étais là. Non, il faut que je me tire vite, avant que les pacificateurs ne débarquent. Mais comment ?!
Trop tard. Une moto du Capitole arrive à toute vitesse. Je vais être découvert. Mais...
Une moto ? Je regarde plus attentivement.
C'est Daril.
Sans hésiter, il lance sa moto au milieu des débris, envoyant voler les plaques métalliques qui lui barrent la voie. Il me trouve immédiatement.
– Allez, monte, vite ! me crie-t-il dessus.
Je ne cherche pas à comprendre, je me relève tant bien que mal du sol couvert de débris, braises et cendres, et je me hisse à l'arrière du véhicule. Daril fait vrombir le moteur, et nous extirpe de la carcasse à toute vitesse.
– J'ai suivi au sol l'hovercraft, mais tu peux t'estimer heureux que je sois arrivé le premier !
Et je le suis. Mais les choses sont bien loin d'aller bien. Tenir à l'arrière de la moto est infernal dans mon état, et je me sens défaillir de plus en plus.
– Ralentis, Daril... Je... je vais...
Daril se retourne pour s'enquérir de mon état. Il accède à mes prières en ralentissant, malgré notre fuite. Il est bien embêté.
– Merde... Je fais quoi maintenant... crâche-t-il.
Je ne peux pas l'aider. C'est à lui de me sortir de là, je tourne de l'œil, je ne peux pas réfléchir calmement. Mais je parviens tout de même à me rendre compte de la situation délicate : Impossible de retourner à la caserne, le Capitole est entouré de montagnes, il n'y a pas de sortie. Il n'y a qu'une seule chose à faire.
– Je vais retourner à ton appartement... J'appelle Cashade.
Tout en conduisant, Daril attrape le Talkie-walkie.
– Cashade, dit-il à travers l'appareil. On... on a un petit problème...
Doux euphémisme.
– Oui, l'hovercraft qui s'est crashé, c'était nous... Keen était dedans... Non, il n'est pas mort, mais il ne va pas très bien...
Tu parles ! Je ne sens plus les muscles de mes bras sur lesquels je force pour me maintenir sur la moto. Et mon crâne me fait mal, terriblement mal.
– Il est pas mal brûlé, et il a pris aussi pas mal de chocs. je peux le déposer à l'appartement, mais on ne pourra pas cacher longtemps qu'il est blessé...
Oui, et le Capitole fera vite le lien entre ça et le crash de l'hovercraft... Si cette fois-ci, je ne suis pas foutu...
– Non, moi, ça va. Personne ne sait que c'était moi sur la moto, et je n'étais pas attaché à l'arène aujourd'hui, je pouvais être n'importe où. Oui, j'arrive, on sera là dans une minute...
Il s'apprête à raccrocher, mais Cashade lui dit quelques mots supplémentaires.
– Quoi ? S'étonne Daril. Monter quoi qu'il arrive ?... Ok, mais je ne comprends pas trop...
Daril raccroche, apparemment sur des paroles étranges de Cashade. Peut-être qu'elle a une idée, et quand elle en a une ce n'est pas un bon signe : elle n'a pas l'habitude de faire dans la demi-mesure.
Nous arrivons devant l'immeuble des mentors. Je descends péniblement de la moto, m'appuyant sur l'épaule de Daril. La dernière fois, il était parvenu à faire passer Night pour un alcoolique pour le faire rentrer, parviendra-t-il à utiliser la même ruse pour moi ? Nous faisons quelques pas vers le bâtiment, quand une gigantesque explosion retentit dans l'immeuble et nous vrille les tympans.
Ma tête se tourne vers l'origine du panache de flamme qui s'élève dans le ciel. Tout un étage du bâtiment semble avoir implosé. A toute vitesse, je compte : Un... Deux... Trois... Quatre... Cinq... Six...
Septième étage.
– Non !
Mes jambes soudainement oublient toute douleur, et je cours à en perdre haleine vers l'entrée. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! Après une telle explosion, personne ne peux avoir survécu !
– Arrête ! Tu est fou !?
Daril me rattrape par le bras, et mon corps est rattrapée par la faiblesse.
– Laisse-moi ! je lui hurle. Je ne peux pas les laisser !
– Mais tu vas crever là-dedans !
– Je m'en fous ! Je dois les sauver !
– Mais...
Daril s'interrompt soudainement.
– Monter quoi qu'il arrive... murmure-t-il pour lui-même.
Tout aussi soudainement qu'il m'a arrêté, il met mon bras derrière ses épaules.
– Allez, on y va ! crie-t-il.
Nous reprenons notre course, et nous entrons dans le bâtiment, ignorant les manifestations des autres pacificateurs qui nous somment de nous arrêter. Nous arrivons dans l'escalier, montant les marches le plus rapidement que mes jambes peuvent me le permettre. Qu'allons nous trouver, là-haut ? Je n'ai même pas le temps de le savoir, car nous croisons Cashade et Silka qui descendent les escaliers.
– Et alors ?! gueule Cashade. C'est dans cet état que tu nous reviens ?! Regarde ce que tu m'as obligée à faire !
Bien sûr... Je me suis inquiété pour rien : c'est Cashade qui a provoqué l'explosion, juste avant qu'on arrive. Il fallait qu'elle agisse vite, alors elle n'a pas hésité, et tout ça pour...
– Et voilà, maintenant, tu l'as ta raison d'être blessé ! s'exclame Cashade. Moi, je me charge d'expliquer l'explosion, toi tu fais celui qui n'a rien compris, et toi, Daril, tu fais le gentil pacificateur qui vient nous secourir ! Mais avant, vite, enlève ton costume, Keen !
Je m'exécute. C'est de la folie, ce qu'a fait Cashade, mais ça peut être suffisant. J'ai surtout sur moi des coups et des brûlures, ce qui peut s'expliquer par l'explosion et l'incendie, l'un dans l'autre, ça peut nous tirer d'affaire. Et personne n'est blessé dans l'affaire. Le seul problème étant qu'on va devoir se trouver un nouvel endroit où loger.
Nous rebroussons vite chemin, du moins, aussi vite que j'en suis capable. J'ai toujours mal, et les efforts accumulés ne sont pas bons pour ma tête chancelante. Nous arrivons en bas des marches puis nous sortons.
– Vite, un médecins ! s'écrie Cashade en regardant autour. On a un blessé !
Instantanément, des dizaines de personnes, principalement des curieux, se pressent autour de nous. Ils ne tardent pas à me reconnaître, moi l'ancien vainqueur, qui m'occupe d'un des deux derniers survivants dans l'arène. Je ne peux m'empêcher de sourire.
Et c'est là que je tombe dans les vapes.
Je me réveille, paisiblement, dans un endroit immaculé. Tout est blanc autour de moi, les draps, le lit, les meubles, les murs...
Je sais, je suis à l'hôpital. Un hôpital doux est frai. Je n'ai plus mal, les médecins du Capitole font vraiment des miracles. C'est pile la chose qu'il me fallait : des soins et du repos.
Je tente de me relever, lentement, je suis un peu engourdi. C'est là que je me rends compte d'un léger fourmillement, autour de mon poignet.
Je ramène ma main vers moi, et mon geste est brutalement stoppé, par des menottes.
Je suis attaché au lit par des menottes au bras droit.
Je sens instantanément une montée d'adrénaline au cerveau. Essayant d'ignorer les centaines de problèmes que ça implique, j'appelle.
– Docteur... Docteur... DOCTEUR !
Je n'ai presque pas le temps de paniquer. Un médecin entre dans ma chambre peu après... Suivi de près par un pacificateur et Cashade.
– Je leur ai dit que tu n'avais rien fait ! s'énerve Cashade, avant de s'adresser au pacificateur. Vous n'avez pas le droit de le maintenir prisonnier ici !
– Alors, qui y a-t-il, monsieur Spencey ? demande le docteur en regardant son calepin.
– Ben... Pourquoi est-ce que je suis attaché !
Le pacificateur (que je ne peux identifier derrière son casque) se rapproche du lit.
– Ordre provisoire, nous vous gardons ici jusqu'à ordre contraire.
Je le regarde froidement. Il ne bouge pas, il obéit simplement aux directives.
– Pourquoi ? je demande. Pourquoi, je n'ai rien fait !?
– Confidentiel, nous vous tiendrons au courant en temps voulu.
– Non. Vous ne pouvez pas me garder ici ! Dites moi juste ce qui...
– Impossible.
Le pacificateur est vraiment rigide. Qu'est-ce qui peut bien faire qu'il le soit ? Je ne peux m'empêcher d'imaginer le pire.
– Ils n'ont rien de concret, glisse Cashade. Juste des doutes, des suppositions. S'il le faut, ils vont te relâcher d'ici quelques minutes.
Le pacificateur reste impassible.
– Vous pensez à quoi ? insiste Cashade. C'est le crash de l'hovercraft qui vous pousse à arrêter n'importe qui, hein ?! Ils passent ça aux infos en boucle ! Ça éclipse presque les Hunger Games... Je suis sûr que vous avez entendu une rumeur...
– Ce n'est pas une rumeur, coupe le pacificateur. C'est le Commissaire Général Worthcow.
Cashade et moi sommes surpris par cette brusque prise de parole.
– Le Commissaire Général Worthcow ? s'étonne Cashade. J'ai cru entendre qu'il était mort dans l'accident...
– Il avait de sérieux doutes sur monsieur Spencey, réponds l'homme. Il parlait de lui avant de monter dans l'hovercraft et d'avoir l'accident.
– Et... C'est tout ? il n'a rien dit de plus sur ses doutes ?
Il ne réponds pas. Cashade a raison, il n'ont rien. Et j'avais raison, Worthcow n'a rien révélé de ses soupçons, sauf mon nom. Et il dit que c'est un accident, même s'il sait qu'un homme est monté dans l'hovercraft avant qu'il ne parte...
– Vous allez me garder longtemps ? j'insiste, maintenant que notre interlocuteur semble plus enclin à parler.
– Je vous le répète, jusqu'à ce que nous pouvions clarifier votre situation.
– Mais il n'y a rien à clarifier ! je m'exclame. J'étais dans l'appartement quand tout à pété !...
– Une bête fuite de gaz, intervient Cashade. Une erreur de ma part, mais je vous ai déjà tout expliqué...
– Je ne vois pas ce qui me retiens ici ! je continue.
– Le Commissaire Général a également eu le temps de relever, disons, des ''incohérences'' dans le comportement de votre tribut...
Mince... Ça, c'est plutôt mauvais signe.
– Quel comportement ? je fais semblant de m'indigner. Il n'y a rien qui...
– Votre tribut sait des choses qu'il ne devrait pas savoir.
Ils l'ont remarqué... C'est évident, mais je n'étais pas certain qu'ils allaient en venir aux actes. En tous cas pas jusqu'à venir m'arrêter.
– Pff... C'est vrai que mon tribut est véritablement chanceux...
– Nous vous garderons jusqu'à ce que nous ayons pu lui poser des questions, dit le pacificateur. Jusque là, vous pouvez être certain qu'on gardera un œil sur vous.
Sur ce, le pacificateur se retourne, et sort de la chambre, accompagné du médecin. Je me retiens de commenter l'affaire avec Cashade (il peut y avoir des micros), mais nous comprenons bien qu'on est dans de sales draps. Maintenant, tout repose sur Night.
Je m'apprête à allumer la télévision dans ma chambre. Le duel final ne devrait plus tarder. Mais juste avant, un doute me traverse l'esprit.
Le Capitole peut-il se permettre de laisser gagner un possible tricheur ? S'il a le moindre doute, rien ne l'empêche d'avantager l'un ou l'autre des candidats, ça s'est déjà vu par le passé. Et maintenant, les événements pourraient bien vite tourner en la défaveur de Night.
Sur ce, j'allume la télé.
Et voilà, cap des 100,000 mots atteint ! Prochain chapitre very soon !
