Il était midi moins cinq. La radio allait bientôt arrêter de diffuser les dix mêmes chansons pour laisser la place aux informations.
La cloche retentit mais Dean ne l'entendit pas, à moitié penchée dans le moteur du break. Il se redressa en sentant une chaleur derrière lui et se retourna. Il sourit en reconnaissant Castiel.
-Hey.
-Hey. Tu as le temps de sortir déjeuner ?
-Mon Dieu, on va devenir civilisés ! Notre première sortie !
-Si tu veux pas, je repars.
Mais Dean l'attrapa par le poignet pour l'attirer à ses lèvres. Castiel se redressa en secouant la tête.
-Dean...
-Quoi ?
-Tu n'es pas discret.
-Y a personne.
-Merci pour moi, fiston, dit John en allant vers eux.
Castiel se redressa.
-Monsieur Winchester.
John s'approcha encore de lui en lui tendant la main.
-Castiel c'est ça ?
-Oui monsieur. Castiel Novak.
-Dean m'a dit que vous serviez dans l'armée.
Castiel se tourna vers Dean et ce dernier grimaça, comme pour s'excuser d'avance.
-En effet, monsieur. Vous également, non ?
-C'était y a longtemps. Avec quel régiment ?
-Première Division d'infanterie.
-The Big Red One, souffla John.
Castiel sourit. Et Dean nota qu'il s'était redressé, fier.
-Oui Monsieur.
-Bon papa, si t'as fini...
John lâcha enfin la main de Castiel.
-Allez déjeuner. Je me charge de Barkley.
Dean attrapa Castiel par le bras et lui fit faire demi-tour avant de sortir du garage.
-Euh... Désolé pour ça, j'pensais pas que mon père serait comme ça. Ma mère, je le savais mais alors lui...
Castiel sourit.
-Tes parents te protègent, c'est normal.
-Oh arrête, j'suis pas une ado !
-Il n'y a pas que les ado qui doivent être protéger Dean, et je suis certain que tes parents n'ont jamais cessé.
-Et les tiens ? Demanda Dean alors qu'ils payaient le vendeur de sandwiches.
Castiel attrapa son repas et se dirigea vers le parc.
-Quoi, les miens ?
Dean soupira. Lui-même n'était pas loquace mais à côté de Castiel, il devenait extrêmement bavard.
-Je t'ai déjà parlé de ma mère.
-En vitesse, oui. Comment va-t-elle ?
Castiel eut un sourire triste.
-Pas plus mal mais pas mieux.
-Et ton père ? Tu m'as jamais parlé de ton père.
-Si seulement je le connaissais, je pourrais t'en parler.
Dean le regarda surpris.
-Tu ne le connais pas ?
Castiel secoua la tête et mordit dans son sandwich.
-Non. Il a quitté ma mère avant ma naissance.
-Il a... quitté ta mère alors qu'elle était enceinte ?
-Il le savait pas. Il a juste pensé à protéger sa fille alors que sa femme devenait folle et dangereuse pour son enfant.
-Tu as une sœur ?
-Une grande sœur, oui. Anna. Je crois qu'elle a trois ans de plus que moi.
-Et tu ne l'as jamais vu ?
-Non Dean, jamais.
-C'est difficile à imaginer pour moi. Sam est... mon petit frère. J'peux pas imaginer un jour le laisser tomber.
-C'est pas la faute d'Anna, Dean. Elle sait même pas que j'existe.
-Tu as jamais pensé prendre contact avec elle ? Si j'apprenais que j'avais une soeur quelque part... et que je la connaissais pas... J'voudrais tout faire pour la connaître.
-Pas moi, Dean. Elle a sa vie. J'ai la mienne. On ne peut pas s'imposer dans la vie des gens.
-Mais tu n'as jamais souhaité savoir à quoi elle pouvait bien ressembler ?
-Et quoi ? Envier sa vie ? Voir ce que j'aurais pu être avec une famille normale ? Non Dean, je suis bien comme je suis. Je ne regrette pas ma vie.
-Parce que tu as l'armée.
Castiel le regarda et sourit.
-Oui. Tu as ta famille Dean, et moi j'ai l'armée. Elle est devenue ma famille. Avec tout ce qui va avec. Les bons côtés comme les mauvais.
-Comment s'est passé ton rendez-vous, au fait ?
-Avec le psy ou mon supérieur ?
-Hé bien, les deux, sourit Dean.
-Comme je m'en doutais, ça va être au psy de décider. Ce qui veut dire que je vais bientôt pouvoir repartir.
-Tu as l'air sur de toi.
-Je vais bien, et le doc sera obligé de s'en rendre compte.
Dean termina son sandwich et jeta l'emballage dans la corbeille.
-Alors, tu vas faire quoi cette après-midi ? Demanda Dean, gêné sans savoir pourquoi cela le dérangeait tant que Castiel veuille absolument repartir si vite.
-J'ai un vieil ami qui arrive aujourd'hui à l'Amtrak station. On va passer un peu de temps ensemble.
-Il vient d'où ? Demanda Dean, heureux d'orienter la discussion vers un sujet qui ne risquait pas de mettre encore plus de distance entre eux.
-New York.
-Et il vient en train ?
-Tu es bien venu en voiture jusqu'à Palo Alto, nota Castiel.
-Ouais mais là... Il traverse le pays en train ! Il pourrait prendre l'avion.
Castiel sourit.
-Il est... spécial. Et il n'aime pas l'avion.
-Ouais, j'le comprends. J'aime pas non plus. Il arrive à quelle heure ?
-Vers 14h.
-Ca va faire longtemps que tu l'as pas vu ?
-Ouahou... et bien... depuis mon rapatriement en fait. Donc oui, ça fait un bail.
-C'est aussi un soldat ?
-Oui. Aussi étonnant que ça puisse paraître.
Dean fronça les sourcils.
-Tu comprendras quand tu le verras !
Dean repassa les portes du garage une heure plus tard. Il jeta un coup d'oeil et vit son père dans le bureau. Décidément, John Winchester se mettait à aimer passer son temps au téléphone.
-Hey Brad. J'ai des choses qui pourraient t'être utiles.
-J'allais justement t'appeler John.
-Quoi ? Me dit pas que tu as déjà les infos que je t'ai demandé.
-Et si. C'était pas trop dur à trouver. Je suis en train de t'envoyer tout ce qui peut l'être par e-mail. Mais une chose est sûre, ta petite voisine ne risque rien avec le capitaine Castiel Novak. Ce type est un héros.
