Le silence était plus qu'étouffant dans la pièce, et étonnant si on en considérait les personnes présentes. Dean ne quitta pas Ruby des yeux alors qu'il posait sa bière sur la table. Il ne voulait surtout pas rater le clin d'oeil amusé qu'elle ferait à ses frères d'arme lorsqu'elle remarquerait qu'il avait gobé son mensonge. Mais elle n'en fit rien. Elle continua à faire tourner l'alcool dans son verre, mal à l'aise, son regard alternant entre Dean et Castiel. Dean jeta un œil à Balthazar, qui fixait tranquillement Cas.

Aucun d'entre eux n'attendaient le clin d'oeil amusé.

Mais ce n'était pas possible.

Sammy, son petit frère, ne se droguait pas. Il le saurait sinon. Peut être avait-il mal compris. Peut-être était-ce un des trois mensonge...

-Répète un peu ?

Ruby soupira et regarda Castiel. Ce dernier ne cilla pas.

-J'ai dit que ton frère se droguait…

-C'est pas drôle !

-C'était pas le but, Dean, souligna-t-elle, excédée.

Dean se leva et fit les cent pas.

-Mais comment tu peux le savoir ? Tu l'as vu… Quoi ?… quatre heures à tout casser !

-Je l'ai vu, c'est tout. Y a des signes qui trompent pas. J'sais pas ce qu'il prend mais je peux t'assurer qu'il prend quelque chose.

-Sammy ne se drogue pas ! Asséna Dean, sûr de lui.

-Ecoute, Dean, je sais que tu tiens à ton frère, mais justement, fais pas l'autruche !

-Justement en parlant d'autruche… commença Balthazar. On en a une autre dans la pièce.

-Ta gueule.

L'injure fit se tourner Dean vers Castiel. Cela le surprenait toujours autant lorsqu'il se faisait vulgaire.

-Non, Cas, pas cette fois-ci.

Balthazar se tourna vers Dean.

-Ruby t'a parlé de Michael ?

-Attends. Attends. Elle m'annonce que mon frère se drogue et toi tu changes de conversation ?

-Rho… Pour ton frère, y a que toi qui peux décider, en parler pendant des heures ne changera rien. A toi de voir si tu veux affronter la réalité et la lui faire affronter.

-Tout comme cela ne sert à rien de parler de Michael, reprit Castiel, plus posément que sa dernière intervention.

Balthazar se tourna vers lui.

-Je ne pensais pas que tu faisais si peu de cas de lui.

-Ce n'est pas vrai ! Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à lui. Mais il est mort, maintenant, et les morts méritent la paix.

Le regard de Dean fit le tour des soldats avant de se poser sur Castiel.

-Qui était Michael ?

Parce qu'il en avait marre d'être exclu de la conversation. Ces imbéciles se permettaient de squatter chez lui, d'utiliser sa douche, de boire ses bières et pourtant, ils ne lui donnaient pas l'occasion de l'inclure dans la conversation. Alors maintenant, Dean en avait assez. Cela durait depuis trop longtemps.

Ils fixaient tous les trois Castiel, attendant une réponse.

-Un soldat de notre unité. Il est mort.

Ca, c'était typique de Castiel. Balancer peu d'informations. Et surtout, des informations sans importance.

-Ca, je sais. C'est à peu près les seules choses que Ruby m'a dites. Avec le fait que c'était votre chef d'unité.

Ca n'avait pas l'air de plaire à Castiel que Dean ait des informations qu'il ne lui avait pas données. Et cela, Dean l'avait compris. Mais il avait également compris que Cas ne lui dirait rien.

-Je veux savoir qui il était pour toi.

Balthazar se leva, tirant Ruby par le bras.

-Allez viens. J'veux voir à quoi ressemble la chambre d'hôtel que je paye pour rien.

Ruby se leva et se tourna vers Castiel.

-J'suis désolée Cas. Mais... Il n'est pas bon pour toi de ne pas parler de Micky.

Dean observa Castiel alors que la porte se fermait sur ses amis.

-Cas...

-Arrête ça !

Castiel se leva brusquement de son fauteuil. Ses poings serrés, sa mâchoire contractée. Il avait tout de la bombe prête à exploser. Et Dean redoutait ce moment.

-Arrête ça, Dean ! On se connait depuis quoi ? Une semaine? Si on ne compte pas cette nuit-là à Palo Alto ! Et tu me fais une crise de jalousie. Qui n'a pas à avoir lieu en plus !

-Pourquoi ? Parce qu'il est mort !

-Parce que tu n'as pas à te mêler de ma vie sentimentale.

-Alors j'avais raison ! Ce Michael était bien plus qu'un ami pour toi.

-Ca ne te concerne pas, Dean. Ce n'est pas parce qu'on s'envoie en l'air quand ça nous plaît qu'on est quelque chose l'un pour l'autre.

Dean prit la phrase comme un coup.

-Alors pour toi on est rien l'un pour l'autre ? Tu vis chez moi depuis une semaine ! Bon dieu, Cas ! On fait pas que s'envoyer en l'air, tous les deux. Tu te pointes chez moi et tu bouleverses ma vie ! Et après tu sors qu'on est rien l'un pour l'autre ? Comment tu peux dire ça ?

-Parce qu'il n'a rien d'absolu dans la vie, mis à part la mort, Dean. Je ne veux pas de tes sentiments ou de ta jalousie, peu importe comment tu appelles ça. Les êtres humains ne sont pas immuables. Et se lassent très vite. Tu le sais, parfaitement, toi et des centaines de conquêtes.

-Pas avec toi, c'est différent d'avec les autres.

-Tellement différent que tu m'as présenté à tes parents et invité au déjeuner familial, ironisa Castiel.

Dean se leva pour faire face à Castiel.

-Mais qu'est-ce que tu racontes là ! J'voulais que tu viennes, je te signale ! Je te l'ai même demandé !

-Laisse tomber, soupira Castiel.

-Non ! Attends, tu rejettes la faute sur moi et je dois laisser tomber ! J'te prenais pour un battant, Cas.

-Un battant ? Tu ne sais pas ce que veux dire se battre, Dean. Tu l'ignoreras toujours !

-Alors c'est ça le truc ! J'suis pas un soldat, mais Michael l'était, c'est ça ! J'dois lui ressembler parce que sinon, je ne vois pas ce qui te force à être avec moi.

Castiel le dévisagea. Calme. Le calme avant la tempête.

-Tu as raison. Moi non plus.