Cas pleurait. Les larmes coulaient sur ses joues mais il ne semblait pas réellement s'en rendre compte.
-Tu as dit que tu avais été attiré par le mystère… Tu veux savoir ce qui m'a attiré chez toi ?
Dean se laissa glisser doucement dans le fauteuil en face de Castiel, conscient que le moindre contact physique allait refermer le militaire.
-C'est toutes vos ressemblances.
Dean fronça les sourcils. Castiel ferma les yeux et renversa sa tête contre le fauteuil.
-J'ai cru… Pendant un instant… Quand je suis entré dans le bar, et que je t'ai vu, assis là… Pendant un instant j'ai cru que c'est lui. Qu'il était là.
Dean eut alors la sensation qu'une pluie glacée s'abattait sur lui.
-Tu étais assis de la même façon que lui. Et cette manière de boire ta bière… C'était lui. Il était là, devant moi, pas en train de pourrir sous terre à Wildcat Creek Road1.
Dean vit Cas serrer les dents avant de lâcher.
-Il me manque.
Dean se redressa sur le fauteuil, se rapprochant doucement de Castiel.
-Parle-moi de lui.
Il ne savait pas vraiment pourquoi il voulait à tout prix connaître cet homme mort, ce rival imbattable. Il devrait partir, aller voir Sammy, lui demander des explications, fouiller chez lui. Mais il ne pouvait pas. Il était incapable de bouger. Il savait juste une chose. C'était quitte ou double. Soit Castiel se refermait et il le perdait alors définitivement, soit leur relation faisait un grand pas en avant.
Castiel ouvrit alors les yeux et Dean fut transpercé par son regard bleu.
-Tu veux que je te parle de Michael ?
Dean hocha la tête. Les mots coinçaient dans sa gorge.
Quitte ou double.
-Pourquoi ?
-Parce que je veux le connaître. Tu tiens à lui. J'veux savoir pourquoi. J'veux savoir en quoi il était si spécial.
Castiel esquissa un sourire, et Dean se rendit compte, avec un pincement au cœur, que jamais il n'avait vu un sourire si sincère, si empreint de nostalgie sur les lèvres de Castiel.
-Pas maintenant, murmura le soldat.
Dean sursauta brusquement et regarda Castiel, étonné.
-Quoi ?
-Pas maintenant Dean, je ne peux pas te parler de lui. Pas comme ça. C'est juste… C'est trop tôt. Je n'ai pas eu le droit de le pleurer. Laisse-moi du temps.
Dean sut que quelque chose lui avait échappé, mais il ne savait pas quoi. Castiel ne refusait pas de se confier, ne lui disait pas que ce n'était pas ses affaires. Il lui demandait juste du temps. Et Dean se rendit alors compte, que malgré l'image forte que se donner Castiel, il était dévoré par la peine, par la douleur. Mais il n'était pas fort.
Dean comprit d'un seul coup pourquoi le psy de Cas refusait qu'il reparte à la guerre. Castiel serait détruit par la prochaine horreur qu'il aurait à voir.
Sa carapace n'était qu'illusion.
Il tombait en morceau. Et viendrait un jour, il s'effondrerait. Seul. Définitivement. Sans aucune chance de guérison.
Mais Dean se promit de tout faire pour empêcher cela. Il ne savait pas encore comment, mais il trouverait.
-Dean.
Le jeune homme releva les yeux vers Castiel qui le fixait.
-Autant de temps que tu veux… Juste… Promets-moi une chose. Une seule. Laisse-moi entrer dans ton monde. Je ne le comprendrais pas, je le sais. Mais laisse-moi être là. Tu dois comprendre qu'il y autre chose que la guerre et la mort, et que tu le mérites aussi.
Castiel esquissa un de ses sourires sans vie.
-Pourquoi fais-tu ça, Dean ? Pourquoi t'acharnes-tu à améliorer la vie des autres ? Pourquoi tu ne penses pas à toi ?
Dean se frotta la nuque et répondit, du tac au tac.
-J'suis l'ainé, Cas. C'est mon job de m'occuper des autres.
Castiel inclina la tête, réfléchissant.
-Je ne suis pas sûr que tous les fils ainés agissent de cette façon. Tu te sacrifies pour aider les autres. T'es un chevalier blanc, Dean. Fais attention, parce qu'à force de vouloir toujours aider les autres, cela va te tuer.
-Et c'est le militaire qui dit ça ?
Ils échangèrent un sourire.
-Va retrouver ton frère, lâcha brusquement Castiel.
-Cas…
-Je serais là à ton retour. Je ne bouge pas d'ici.
1Cimetière militaire de Fort Riley
