La nuit avait été des plus chaudes et des plus excitantes qu'il avait connu. Sentir le corps musclé de Castiel sous lui, soumis à lui l'avait excité au plus haut point. Mais le réveil fut loin d'être aussi agréable. Il faisait un rêve il était dans une pièce sombre sans portes ni fenêtres et les murs se refermaient sur lui. Il avait la sensation de manquer d'air. Il étouffait.

Dean se réveilla brusquement, sentant que quelque chose allait mal. Il lui fallut plusieurs secondes pour s'habituer à la pénombre, et à sa surprise, nota que Castiel était toujours là.

Dans le lit.

A ses côtés.

Mais son intuition était bonne.

Quelque chose clochait.

Castiel était allongé dos à lui, évitant tout contact entre leurs deux corps.

En une sorte de position fœtale.

Dean réfléchit un instant à la bonne façon d'aborder Castiel.

S'il le touchait… il s'exposait à recevoir un bon coup de poing et n'en mourrait pas d'envie.

S'il l'appelait par son nom…

Dean prit une grande inspiration et posa sa main entre les omoplates de Castiel, gardant l'autre main prête à arrêter l'attaque du militaire. Le corps sous sa main ne bougea pas, restant inerte.

Dean approcha ses lèvres du cou de Castiel et les humectant, chuchota.

-Cas ?

Toujours aucune réaction. Dean laissa glisser sa main le long du bras du militaire.

-Castiel ?

-Hier soir… Tu as couché avec moi…

Dean s'approcha encore plus de Castiel et posa son menton contre son cou.

-Oui. Tu ne t'en souviens pas ? demanda-t-il, une angoisse sourde pulsant au fond de son ventre.

-Si. Je m'en rappelle très bien.

-Alors, où est le problème ?

Dean embrassa doucement l'épaule de Castiel, sachant que le bouclier qu'il s'était forgé au fil du temps venait de se fissurer.

Castiel était en train de se briser.

-Je lui avais promis…

Dean ferma les yeux. Michael. Forcément. Toujours Michael.

-Il te l'avait fait promettre ?

-Non.

Castiel se retourna, glissant dans les bras de Dean pour se retrouver face à lui.

-Il était tout pour moi. Il n'avait personne… Comme moi. On était juste tous les deux. On était tout l'un pour l'autre. Il est difficile pour moi d'imaginer le reste de ma vie sans lui…

Dean referma ses bras sur Castiel et l'attira contre lui.

-Je pense qu'il t'est surtout très difficile de ne pas t'imaginer vivre pour quelqu'un. Tu es le contraire d'un égoïste. Et ce n'est pas bon non plus. Dans un couple, ce n'est pas que du moi et que du toi, c'est du nous aussi. Faire des choses pour les deux.

Castiel releva la tête vers Dean et sourit.

-Le grand Dean Winchester, docteur ès amour a parlé.

Dean secoua la tête.

-T'es stupide.

Castiel se saisit des lèvres de Dean et l'embrassa doucement.

-Des fois, j'ai juste envie de disparaître loin de tout ça. Et puis, je finis par me rappeler que je ne suis pas un lâche.

-Un héros, selon la médaille que tu as laissé sur la tombe de Michael.

Castiel fit claquer sa langue, avec un petit air excédé.

-N'en parlons plus, le Congré a fait une erreur. Ce n'est pas la première fois et certainement pas la dernière.

Dean esquissa un petit rire et ils se réinstallèrent plus confortablement sur le lit.

-Au fait, ça va ta tête ? Parce que hier vous avez du vider les réserves du barman.

-Non ça va. Un peu mal au crâne, mais ça veut dire que je suis vivant. Il faut que j'appelle Balthie et Ruby.

Dean grogna quand le militaire se contorsionna pour attraper son téléphone. Il composa le numéro abrégé et se réinstalla près de Dean.


Dean s'était rendormi durant la conversation et fut réveillé par le souffle de Castiel dans son cou.

-Dean.

-Oui ?

-Tu as de l'aspirine ?

Dean éclata de rire en se levant.

-Hey ! Tu as déjà discuté avec Balthazar qui a une gueule de bois alors que toi-même tu en as une ?


Quand Dean revint dans la chambre, le réveil sonnait. Il soupira en l'éteignant.

-Faut que j'aille bosser aujourd'hui. Tu fais quoi, toi ?

-Je chasse ma gueule de bois, répondit-il en récupérant l'aspirine des mains de Dean.

-Je vais probablement déjeuner avec mes parents à midi.

-Tu vas leur parler de Sam ?

-Pas pour le moment. J'ai donné une chance à Sam de se débrouiller tout seul.

-Mais avec ton aide, rappela Castiel.

-Je suis son grand frère, c'est pas pareil.

-Niveau caractère désintéressé, tu es bien placé aussi.

-Juste pour Sammy, pas pour le monde entier.

Cas secoua la tête en attirant Dean à sa bouche.

-Ne m'idéalise pas trop quand même.


Mary tendit le plat à son fils et lui demanda.

-Alors, comment va Ruby ?

-A cette heure-ci, elle est probablement en train de cuver dans un lit avec Balthazar.

-Oh… Et Castiel alors ?

Dean sourit.

-En train de se remettre de sa cuite dans mon lit. Il y avait un enterrement hier à Fort Riley. J'y étais avec Cas et son unité, expliqua-t-il à ses parents, histoire qu'ils ne considèrent Castiel comme un alcoolique.

-Papa… La médaille d'honneur, c'est quoi ?

-La distinction militaire la plus élevée. Décernée pour des actes de bravoure. D'héroïsme, même.

-Cas l'a reçu.

-Je sais, répondit laconiquement John.

Mary regarda son époux et son fils, ils s'observaient. Elle posa ses couverts sur la table.

-Très bien, John, comment tu le sais et Dean, pourquoi l'a-t-il reçu ?

-Un article est paru sur lui.

-John !

-J'ai demandé à Brad qu'il me fasse quelques petites recherches.

-Et tu as trouvé pourquoi il l'avait eu ?

-Tout ce que je sais, c'est qu'il a été capturé pendant sept jours, qu'il est le seul à s'en être sorti et que son chef d'unité y est mort.

-Dis-moi d'abord une chose, Dean. Cette médaille-là, il l'a porté à l'enterrement ?

-Non.

Pas la peine de mentionner Michael.

-Je m'en doutais… Les conditions pour lesquelles il l'a obtenue, ça laisse de vilaines cicatrices.

-Il en a une, du bas du…

-Je parlais de cicatrices mentales.

-Ah, celles-là, il en a tout un tas. Répondit Dean en finissant son verre d'une traite.

-Il y avait sept prisonniers. D'après les infos de Brad, ils ont été torturés pour révéler des noms et des positions de caches d'armes. Quand ils ont vu qu'ils ne parleraient pas, ils les ont exécutés. Un par un. Les laissant se vider de leur sang. Lentement. Quand l'équipe de sauvetage est arrivée sur les lieux, les bâtiments avaient explosé et il n'y avait que le lieutenant Novak qui respirait encore. Dans son rapport de mission, il explique que lui et un autre soldat avaient réussi à sortir de leur cellule, après, il leur a suffi de trouver assez de Semtex pour tout faire pêter. Castiel a fait exploser le bâtiment alors qu'il était encore dedans. C'était héroïque.

C'était surtout suicidaire, pensa Dean.