Bonjour bonsoir tout le monde. Ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit sur ces deux-là, je remercie donc Lyla pour l'avoir mis dans sa liste de vœux j'espère vraiment que ça te plaira. Ce texte est la suite imaginaire de l'épisode 18 de la saison 6.

Merci à ma beta pour être restée dans la confidence jusqu'au bout;)

Derek rentra chez lui complètement épuisé et dévasté. Oui dévasté, un terme parfaitement approprié pour décrire son état d'esprit actuel. Ces derniers jours avaient été parmi les pires de son existence, pourtant il en avait vécu un bon nombre dans le passé.

Entre la mort de son père sous ses yeux, ce que Buford lui avait fait vivre comme enfer, sans parler des horreurs dont ils étaient témoins au quotidien dans leur travail.

Néanmoins ces derniers jours avaient été la goutte d'eau faisant déborder le vase. Il ouvrit la porte de son frigo et prit deux bouteilles de bière avant d'aller s'asseoir sur son canapé, les yeux perdus dans le vague.

Il avait passé la majeure partie du vol de retour seul dans un coin, ne voulant parler à personne. De toute façon, chacun était occupé de son côté, comme si la perte de Prentiss avait brisé le lien unissant l'équipe.

Pourtant il en aurait bien eu besoin de la solidarité de l'équipe aujourd'hui. Ce n'était pas tous les jours qu'une de ses meilleures amies perdait connaissance dans ses bras, poignardée et gravement blessée par Ian Doyle. Ce n'était pas non plus tous les jours qu'une fois arrivés à l'hôpital, on leur avait annoncé que le cœur d'Emily n'avait pas tenu le choc.

Non tout cela n'était jamais arrivé et il n'avait pas su comment le gérer. Comment faire face aux regards défaits de ses collègues et amis, mais surtout le regard de celui qu'il considérait bien plus qu'un simple ami depuis longtemps… mais avec qui il avait décidé de rompre tout autre lien les liant deux semaines auparavant.

Seules les filles avaient appris par hasard pour leur relation, alors qu'ils sortaient ensemble du cinéma. Cela ne faisait que trois mois qu'ils se voyaient régulièrement en-dehors du travail et ils n'avaient pas vraiment défini ce qu'ils étaient, donc pas besoin d'en parler à tous, c'était ce qu'il leur avait semblé le mieux à ce moment-là. Elles avaient semblé heureuses pour eux, se faisant déjà des idées sur leur relation dans le futur… et Derek avait paniqué! Vraiment paniqué en prenant conscience des sentiments qu'il avait pour son meilleur ami et tout ce que cela impliquait.

Lui, l'homme qui collectionnait les coups d'un soir, hommes comme femmes, lui qui n'aurait jamais pensé avoir une relation sérieuse au point de se projeter dans l'avenir, lui qui était satisfait de sa vie d'adulte jusqu'alors… était tombé sans aucun doute possible amoureux du petit génie de l'équipe. Ce garçon qui pouvait lire dix mille mots en une minute, sortir des statistiques sur tout ou juste citer des passages d'un livre… oui cet homme timide et réservé au travail mais fougueux et insatiable en privé était celui dont il était irrémédiablement fou amoureux.

C'était totalement inconcevable dans sa tête. Rien n'était plus compliqué que de s'impliquer à cent pour cent dans une relation avec un collègue. Cela voulait dire le voir au quotidien, faire comme s'ils n'étaient rien de plus devant un groupe de profileurs aguerris au risque d'être virés… ou mutés ailleurs. Cela signifiait aussi révéler sa vraie nature à son entourage, prendre le risque de perdre sa famille, ses amis… et Derek n'était vraiment pas prêt pour ça.

Même en ayant les filles de leurs côtés, il n'avait pas voulu prendre de plus gros risques.

«On devrait s'arrêter là!» Avait-il lancé deux semaines auparavant, alors qu'ils quittaient le parking de l'aéroport au retour d'une affaire, alors qu'ils étaient seuls et que Spencer s'apprêtait à le suivre dans son véhicule.

Au regard interrogateur du petit génie, il en avait rajouté une couche.

«Nous… nous deux, ça… ça ne peut pas continuer!»

À l'instant où il avait prononcé cette phrase, Derek l'avait regretté en voyant le visage défait de son cadet et les larmes contenues, avant de répondre d'un simple«ok!»

Il l'avait laissé partir, sans ajouter un mot de plus, ne le lâchant pas du regard jusqu'à ce qu'il ait quitté le parking dans son propre véhicule. L'espace d'une seconde, il avait pensé à le rappeler, mais s'était dégonflé aussitôt. Il n'était pas très fier de ce qu'il avait fait mais à ce moment-là, il avait pensé que c'était le mieux à faire. Il n'était pas prêt à s'engager pour de bon.

Il s'était répété cette même phrase durant les quinze jours qui suivirent, plus pour tenter de se convaincre lui-même que par admission, ce qui n'avait pas été chose aisée en ayant vu cet homme chaque jour au travail, et les seules envies qu'il avait eu était de passer et repasser ses doigts dans ces cheveux soyeux, de s'excuser et ensuite l'emmener chez lui pour lui faire l'amour comme Spencer le méritait. Lui prouver qu'il ne le laisserait pas tomber cette fois et que Spencer était la seule personne pouvant lui faire oublier les autres, hommes ou femmes… bref que pour lui c'était une évidence… mais il était bien trop trouillard pour l'admettre. Il n'en avait rien fait et avait fini par se convaincre d'avoir fait le bon choix… jusqu'à aujourd'hui.

Malgré leur «rupture» les deux hommes avaient su rester professionnels, résolvant les enquêtes en cours comme à leur habitude, mettant leurs vies privées de côté.

La tension avait été pourtant si palpable entre eux que Prentiss n'avait pu s'empêcher de lui faire la remarque deux jours auparavant, quand ils s'étaient retrouvés seuls en voiture.

«Qu'est-ce qui se passe entre Spencer et toi? Je pensais que tout allait bien entre vous…»

«Tout va très bien y a pas de soucis, on a juste… pas eu trop le temps de discuter dernièrement.» Avait répondu le jeune homme sans détourner ses yeux de la route, sachant parfaitement que s'il l'avait regardé, elle aurait vu tout de suite clair dans son mensonge. Apparemment, elle n'en avait pas eu besoin.

«Tu te moques de moi? Ça fait quinze jours que vous ne vous parlez que très peu, et tu veux me faire croire que tout va bien? Arrête!»

Le métis s'était permis un léger sourire avant de répondre.

«Je croyais qu'on avait dit: plus de profilage entre nous!»

Ce n'était pas une règle à proprement parler, mais depuis l'histoire avec Buford- il en avait encore des frissons rien qu'a l'évocation de son nom- ils s'étaient tous assurés de ne plus s'infiltrer dans la vie privée des autres.

«Pas quand deux de mes meilleurs amis sont des imbéciles! Vous êtes tous les deux malheureux et ça se voit! Je pense même que Hotch et Rossi ont des doutes!» Affirma Emily en tournant la tête vers le métis.

Ce dernier avait risqué un œil vers elle, croisant son regard contrarié puis avec un soupir avait reporté ses yeux sur la route, mais la brune n'en avait pas fini.

«Ne va pas gâcher votre relation ou même… votre amitié avec tes appréhensions! Parle lui, vous pouvez pas rester comme ça! Se cacher des choses c'est jamais bon mais dans votre cas… c'est encore pire!»

Il n'avait pas eu le temps de lui répondre qu'ils étaient déjà parvenus au poste de police, coupant court à leur conversation et laissant le profiler à ses réflexions.

Ensuite, tout s'était écoulé à grande vitesse. Emily avait fui les locaux sans prévenir personne, à la recherche de Ian et son fils. Ils n'avaient pas pu terminer leur conversation, les seuls mots quittant sa bouche la dernière fois qu'il l'avait vu.

«Emily reste avec moi, reste avec moi…»

La bouteille à peine terminée finit sa course contre le mur où elle explosa en morceaux, laissant des traînées d'alcool sur la surface.

Se prenant la tête à deux mains, il se retint de hurler de colère en repensant à son amie dont la vie avait disparu hier. Qu'avait-il bien pu faire de mauvais en ce monde pour mériter ça? Cette douleur atroce qui le prenait au ventre alors qu'il revivait la scène comme si ça se passait là maintenant. Ce même sentiment d'impuissance qu'il avait eu adolescent, quand son père s'était fait tirer dessus sous ses yeux. Cette frustration ressentie quand il avait assisté à la torture de Spencer par Tobias Henkel ou lors de son infection.

À ce moment-là il réalisa qu'il ne pouvait pas toujours protéger les siens, de la torture, de la mort… il ne pouvait rien faire contre ça.

Emily et son père étaient partis, Spencer non. Et aujourd'hui, au même niveau que sa mère et ses sœurs, cet homme était la personne qui comptait le plus au monde pour lui.

Il ne pourrait jamais le protéger de tout ce mal qui les entourait au quotidien, mais il y avait bien une chose dont il était capable et ça il le savait… Emily le savait… il pouvait l'aimer, de toutes ses forces et ses capacités.

Soudain, il se leva de son canapé, pris d'une détermination nouvelle. Emily avait raison, il devait affronter ses craintes et ses appréhensions sinon il allait réellement tout perdre cette fois.

Il se saisit de son blouson, en sortit les clés de sa voiture et se dirigea vers la porte d'entrée, plus convaincu que jamais.

Il n'avait même pas fait deux pas dans l'allée que son regard se posa sur une silhouette qu'il connaissait si bien maintenant.

«Reid?»

Tbc…