Une fois de plus un grand merci pour toutes vos reviews qui font chaud au coeur !

Sans tarder je vous laisse découvrir la suite.

Bonne lecture !


Comme tous les matins depuis un mois, j'ai à peine ouvert les yeux que je me jette déjà sur mon téléphone. La journée sera bonne : il m'a écrit.

« Entrée nord, ça te changera un peu »

Un sourire traverse aussitôt mon visage, les longues journées de ce début d'été lui permettent de venir plus souvent. Les gens trainent dans le parc et le personnel est moins vigilent que d'ordinaire, c'est le moment idéal.

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Je le trouve appuyé à l'ombre d'un vieux chêne, une paire d'écouteurs sur les oreilles. Il me jette un coup d'œil discret puis me gratifie d'un sourire. Comme souvent, je me sens renaître. Je m'approche avec joie et lui raconte une fois de plus ma semaine : rendez vous avec les médecins, psychologues, réunions de groupe… Pour une raison que j'ignore, il écoute toujours avec beaucoup d'attention le récit de ces évènements devenus ordinaires.

Je le vois peu à peu glisser dans l'herbe et s'y allonger totalement, me laissant sa veste pour que je m'installe à ses côtés.

« Je t'ai amené quelques petites choses, ouvre le sac »

Je n'essaie même pas de résister à la curiosité qui me démange et me rue sur son sac en souriant. C'est devenu un rituel depuis quelques semaines, chaque fois il m'amène une nouvelle surprise, une nouvelle part de moi. Je tombe tout de suite sur un morceau de papier glacé que je ressors avec précaution. Du coin de l'œil, je sais qu'il scrute mes réactions et espère déclencher quelque chose en moi.

Je me découvre à ses côtés, radieuse sur une plage, sa veste grise entourant mes épaules. Pendant un instant, je contemple ce morceau de passé disparu avec émotion et redessine les traits de son visage du bout des doigts. House me regarde inquiet, il n'est pas habitué à mes silences. Pour le rassurer je lui offre un sourire et plonge à nouveau dans le sac, sans un mot.

Un énorme paquet de bonbons croise mon chemin. Sans me laisser le temps de réagir, il s'en saisit, l'ouvre brusquement et attrape quelques friandises avec appétit. Je lui souris avant de l'imiter. Ce gout de pêche, ce côté piquant, ce sucre qui fond sur la langue…. J'adore et sourit bêtement de cette découverte.

« Ce sont mes préférés n'est ce pas ?

- À toi de me le dire

- Dans ce cas je vais peut-être vérifier. »

De nouveau il m'offre l'un de ses rares sourires, j'en déduis que j'ai réagi comme il l'espérait. Ne pouvant résister plus longtemps, je m'allonge à ses côtés. Une fois de plus il me surveille, évite tout contact trop intime.

« La dernière surprise est sur mes oreilles, depuis combien de temps tu n'as pas entendu de vraie musique ? »

J'avoue que je n'en sais rien. Il m'observe avec une expression toute nouvelle sur son visage, il semble simplement heureux.

« Dis-moi d'abord : piano, blues, jazz, pop… ?

-Blues. »

La réponse était sortie instinctivement. J'aime le blues.

« On en écoutait ensemble. »

House évite mon regard, sentant qu'il en a trop dit pour s'en tenir à cette distance qu'il voudrait imposer. Sans rien ajouter, il me tend un écouteur et ferme les yeux, s'abandonnant alors à la musique. Je le regarde avec attention, profitant des traits paisibles qui apparaissent sur son visage trop souvent marqué par l'inquiétude. Sans faire de bruit je me rapproche, pose une main sur son torse et ma tête sur son épaule. Il se décale aussitôt, me privant de sa peau chaude et dorée par le soleil.

Je savais qu'il le ferrait, j'en étais certaine et pourtant… j'ai mal. Il est devenu mon rayon de soleil, ma raison de me battre pour retrouver la mémoire et malgré tous mes efforts, je ne parviens pas à comprendre ces réactions.

« Je t'ai déjà dit que je n'essaierai pas.

- C'est moi qui essaie House.

- Tu ne devrais pas

- Pourquoi ? »

Ses yeux clairs me détaillent un long moment, comme si ma question n'avait pas besoin de réponse, comme si tout était simplement évident. D'ailleurs il ne répond pas et se contente d'observer les nuages.

« Je ne retrouverais peut-être jamais la mémoire House, pourquoi je ne pourrais pas…

- Il te manque des données, tu ne peux pas décider sans.

- Mes souvenirs ont disparu mais ça ne rend pas ce que je ressens moins réel, les souvenirs que l'on crée maintenant sont aussi valables que ceux que j'ai perdu. Même si mon amnésie s'estompe, tous ses moments ne disparaitront pas pour autant, je n'oublierai pas ce que je ressens. »

House m'observe encore, analysant rapidement mes phrases. Il semble contrarié mais n'est pas surpris, comme s'il avait toujours pressenti cette scène.

« C'est exactement pour ça que ta mère ne voulait pas qu'on se voit.

-Je me fiche de ce qu'elle pense, tu me fais du bien. Je ne te demande pas qu'on reprenne là où on s'est arrêté… de toute façon je ne m'en souviens pas. Seulement je… je voudrais juste pouvoir faire ce que bon me semble sans que tu aies peur d'en profiter. »

Il se relève et en un éclair la panique me gagne. Je me redresse d'un bond et m'accroche à son bras.

« Ne pars pas.

- Du calme, je m'assieds. Ecoute je… je ne veux pas rentrer dans ce jeu là.

- Pourquoi ? Tu aimes ces moments autant que moi, j'en suis convaincue. Tu risques la prison chaque fois que tu viens me voir, tu rentres par effraction chez moi pour me ramener mes souvenirs !

- Pour l'instant tu ne réclames que mes bras, tu vas vite vouloir plus. Je ne peux pas plus.

- Tu me diras non à ce moment là.

- Je te dis déjà non, tu trouves que c'est efficace ? »

Je le sens s'énerver et aussitôt je regrette mes paroles. Je sais qu'il est l'heure, qu'il va partir et nous ne nous sommes jamais disputés. Du moins, c'est la première altercation que j'aurais en mémoire. En l'entendant je baisse la tête, honteuse. C'est de ma faute.

« Il faut que j'y aille.

- House !

- Ça va Cuddy. C'est bon.

- Je suis désolée, tellement désolée. »

Ma détresse l'angoisse une fois de plus et il me regarde sans savoir quoi faire. Doucement je le vois s'approcher et me relever la tête du bout des doigts.

« C'est pas ta faute. »

Un murmure comme un aveu. Un murmure pour seule consolation. Je le regarde avec de grands yeux larmoyants et le vois flancher un instant. Il hésite et reprend la parole, comme pour s'excuser à son tour.

« Je fais ça pour toi.

- Tu devrais arrêter de réfléchir. Je sais ce que je fais, je sais ce que je veux. Ce n'est pas comme tu crois.

- Promets-moi que quand je dirais non, ça sera non.

- D'accord. Soupirais-je.

- Lisa…

- Je promets.»

Le ton que j'emploie ne convainc pas moi-même, tout ça est ridicule. Cependant, alors que je peste intérieurement contre cette promesse idiote, je vois son bras se tendre vers moi. De peur de l'arrêter, je ne bouge pas et le regarde hésiter puis attraper ma main avec douceur pour la presser quelques secondes. Nos yeux se cherchent et aussitôt l'espoir revient : il cède peu à peu.

« Je reviendrai vite.»

House s'éloigne lentement et disparait de mon champ de vision, laissant à mes pieds la photo et les bonbons. Un sentiment étrange m'envahit alors : pour une fois, je n'ai pas peur, je sais qu'il reviendra. Mieux encore je crois que, la prochaine fois, il ne me repoussera pas.

TBC


Et pourtant les ennuis arrivent ;)