Il est déjà 17 heures quand nous quittons l'hôtel. Quelques minutes plus tard, nous arrivons dans une petite ville de montagne où les randonneurs ont envahi les terrasses des cafés. Dès que je sors de la voiture, ma fille dans les bras, j'observe avec bonheur ce nouvel environnement grouillant de vie. Les gens rient, les enfants s'amusent sur les terrasses : le monde entier semblent s'être donné rendez vous ici.

Rachel ne sait pas non plus où porter son attention et, malgré ses immenses lunettes de soleil, je vois ses yeux malicieux passés d'un côté à l'autre de la place. Derrière le bruit des conversations, on distingue un son plus lourd, une musique rythmée. J'entraine Rachel avec moi et traverse les terrasses, me faufilant à travers les badauds. Au bout de la rue je découvre avec surprise une petite fête foraine : d'ici on peut voir quelques manèges, deviner l'odeur des barbes à papas, entendre la voix des forains. J'ignore pourquoi cette ambiance m'est familière.

House prend place à mes côtés et m'adresse un sourire encourageant.

« Je l'avais pas fait exprès mais ça tombe bien ! Je mangerais bien une glace.

- On venait dans ce genre d'endroit ?

- On avait prévu de le faire en tout cas. »

Sa façon d'agir me touche, il semble tout planifier pour rattraper ses erreurs passées, pour me faire vivre tout ce que j'ai manqué. Comme pour le réconforter, je m'approche doucement et niche ma tête dans son cou. Il n'y a pas un endroit où je me sente mieux, enveloppée par sa chaleur et son parfum. Il entoure mes hanches de son bras et me serre contre lui quelques secondes avant de rompre cet instant, une fois de plus.

« Bon on va la manger cette glace ? »

Rachel sautille sur place, gagnée par l'impatience. Elle tend les bras vers House qui lui attrape la main et l'emmène vers le premier marchand. Quelques peluches et quelques attractions plus tard, je me retrouve assise sur un banc à ses côtés pendant que Rachel fait un tour de manège. Je laisse alors ma tête reposer sur son épaule et caresse son torse du bout des doigts.

« Pourquoi tu ne me repousses pas ?

- Ça te manque ?

- Non. C'est juste surprenant. Je me demande simplement quelle est ta raison. »

House a l'air détendu. Il passe son bras autour de mes épaules sans quitter Rachel des yeux et murmure quelques mots à mon oreille.

« Aux yeux du commun des mortels il se pourrait qu'on soit marié désormais. »

Mariés.

Mon cœur fait des bonds dans ma poitrine. Je me redresse un peu et glisse ma main sur sa joue pour qu'il me regarde enfin. Nos yeux se croisent alors et ne se lâchent plus. Je caresse doucement sa joue, me colle à lui comme si ma vie en dépendait tout à coup et plus rien n'existe. House me serre doucement dans ses bras, glisse une main dans mes cheveux et m'offre son regard le plus doux, le plus tendre. L'instant est magique.

« Ça va Cuddy?

- Oui. Simplement c'est… inattendu.

- Ça te rappelle quelque chose ?

- Je ne sais pas, ça évoque des sentiments étranges. Comme si j'avais attendu ça très longtemps mais tu le savais n'est ce pas ?

- Le petit couple marié est la plus classique mais aussi la plus efficace des couvertures. Ceci dit si ça peut te rafraichir la mémoire c'est d'autant mieux. »

Il dépose un baiser sur mon front et me serre un peu plus. Pour la première fois il s'autorise un peu de bonheur et de tendresse. Pour la première fois j'ai l'impression que nous formons un vrai couple. Rachel revient vers nous en riant et se jette dans mes bras, elle a encore de la glace partout sur le menton mais peu importe, elle est heureuse. House lui offre un nouveau ticket pour le manège dont elle s'empare avec plaisir avant de repartir en courant.

« Et depuis combien de temps on est marié ?

- Bientôt 10 ans. On a aussi changé de noms d'ailleurs.

- Et tu avais l'intention de me dire ça quand ? »

Un vague sourire et je m'installe dans ses bras, écoutant avec attention le récit de notre nouvelle vie. Nouveau pays, nouvelle maison, nouveaux noms.

Tout va changer.

Je l'écoute parler de ses aventures, de ses magouilles et de ses bonnes idées. Je découvre avec quelle facilité il a manipulé et soudoyé toute les administrations possibles, avec quelle habilité il nous a créé une vie de toute pièce : certificat de naissance, de mariage, livret de famille, dossier médical, diplômes. Il a tout reconstruit.

Je reste bouche bée devant sa débrouillardise, devant l'aisance dont il a fait preuve pour nous assurer une stabilité financière : nouveaux comptes, argent liquide, placements. Tout ça est simplement incroyable.

« Si je comprends bien, en plus de m'avoir enlevée tu m'as aussi piqué tout mon argent.

- Ça ne serait pas arrivé si tu n'en gagnais pas autant. C'est presque criminel d'avoir un tel salaire ! »

Comme toujours il tourne la situation en dérision, j'aime cette façon de rendre les choses légères en toutes circonstances. Rachel nous rejoint tout sourire et nous partons manger tous les trois, comme le ferait n'importe quelle famille.

XXXXXXX

Il est très tard quand nous rentrons à l'hôtel et Rachel s'est écroulée dans mes bras. Il me regarde la coucher sans un mot et se laisse tomber sur son lit. Elle se rendort presque aussitôt, serrant dans ses bras la peluche gagnée à la fête foraine. Je sens les yeux de House posés sur moi et, pour la première fois, j'hésite réellement sur l'attitude à adopter. Je finis par m'approcher doucement et m'installe à ses côtés.

« Qu'est ce qu'on va devenir maintenant ?

- Demain matin on partira d'ici, quelques heures de voiture et tu pourras découvrir ta nouvelle maison.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Lisa…

- Il faut qu'on en parle ! Je ne sais pas ce que tu veux…

- Je veux que tu retrouves la mémoire et c'est tout ! »

Une fois encore j'ai touché un point sensible: notre histoire. Il se lève et déambule un moment dans la chambre malgré sa jambe qui semble le faire souffrir à nouveau. Prenant mon courage à deux mains, je m'approche de lui et emprisonne son visage entre mes doigts. Il se crispe et me regarde avec inquiétude.

« Je veux juste savoir où on en est. Je ne te demande rien d'autre.

- Je ne peux pas te donner plus. Je ne céderais pas plus.

- Je sais, je sais qu'il est important pour toi que j'aie le choix mais j'ai besoin de savoir ce qu'on est Greg.

- Je n'en sais rien. »

Il a prononcé ces mots comme un aveu, une tristesse infinie dans la voix. Enfin il me laisse entrevoir le dilemme qui le déchire, ses doutes et ses peurs. J'attrape alors sa main et la porte à mon visage, embrassant ses doigts avec douceur. Après une longue hésitation, il finit néanmoins par glisser son bras autour de moi et m'attirer contre lui. Mes mains prennent naturellement place autour de ses larges épaules et je me serre contre lui, savourant cette étreinte parfaite.

J'aimerais lui dire tout ce que je ressens, j'aimerais le rassurer en lui promettant tout mon amour mais je sais qu'il n'est pas prêt. Je l'entraine alors vers le lit et l'aide à s'étendre sur les draps. Sans un mot, je m'allonge contre lui, appuyant mon front sur son épaule. On a tout le temps désormais…

TBC


ou pas ^^ ce chapitre pourrait encore servir de fin décidement!

Je rédige une suite en ce moment, j'ignore encore si elle sera publiée. J'ai peur que ça devienne une fic infinie sinon ;)

enfin bref j'espère que quoiqu'il en soit cette histoire vous aura vraiment plu (et vous plaira encore?) !

à bientôt