Chapitre 2 : Rencontre à Godric's Hollow
Godric's Hollow, Aout 1995
Albus marchait d'un pas rapide dans les rues de Godric's Hollow, perdu dans ses pensées. Cela faisait plus de deux mois depuis le désastre de la dernière tâche du tournoi des trois sorciers qui avait aboutie au meurtre d'un élève et à la résurrection de Tom Jedusor. Pourtant il n'y avait toujours aucun signe de vie officiel de la part de ce dernier.
À l'évidence, il voulait reconstituer ses rangs et avait dû juger qu'il serait plus facile de s'organiser si la communauté magique n'était pas sur ses gardes. Il était également assez probable que le mage noir veuille entendre la prophétie dans son intégralité avant de tenter quoi que ce soit contre Harry Potter. Alors, pourquoi prendre le risque d'envoyer des détraqueurs au garçon ? Qu'aurait-il à y gagner ?
Quels que soient les plans de Tom, ils étaient aidés par le déni total de Cornelius, trop occuper à essayer de sauver son mandat, allant jusqu'à s'en prendre ouvertement à un enfant de 15 ans. Albus le soupçonnait aussi de vouloir interférer dans les affaires de Poudlard. Cela lui permettrait ainsi qu'au ministère, de surveiller tout ce qui pourrait bien s'y passer et de garder à l'œil toute personne pouvant aller contre la politique actuelle qu'ils avaient mise en place. Ils avaient déjà réussi à lui enlever son poste de président-sorcier du Magenmagot et maintenant c'était la gestion de l'école qu'ils visaient.
Cornelius lui avait d'ailleurs annoncé avec un sourire satisfait que s'il n'avait pas trouvé un nouveau professeur de défense contre les forces du mal d'ici la fin de la semaine, le ministère se réserverait le droit de lui en fournir un.
Ce qui sera probablement le cas. La malédiction sur le poste étant toujours active et de notoriété publique, il devenait de plus en plus difficile de recruter un nouveau professeur chaque année. Cette fois-ci, en plus de ne pas avoir eu la moindre candidature, toutes les personnes à qui Albus avait demandées, avaient refusées d'un NON catégorique.
Soupirant de défaite, le vieux sorcier tourna au coin d'une rue en direction du cimetière. Il se rendait comme tous les ans sur la tombe de sa mère et de sa sœur. Lorsqu'il passa le portillon à l'entrée, il remarqua un homme coucher au soleil sur le muret en pierre qui délimitait le cimetière. Pensant qu'il s'agissait d'un curieux choix d'endroit pour se reposer, Albus l'observa quelque peu alors qu'il le dépassait. L'homme avait l'air assez jeune et portait des vêtements moldus sans grandes particularités. Il ne lui semblait pas l'avoir déjà vu ici auparavant.
Il s'arrêta finalement à l'endroit où sa famille était enterrée. Même au bout de 96 ans, c'était encore douloureux. La peine et la culpabilité ne disparaîtraient probablement jamais. Il était censé veiller sur Arianna. Abelforth avait raison, il était responsable de sa mort.
Leur père était allé à Azkaban pour la protéger et leur mère était morte pour elle. Et lui, qu'avait-il fait ? Il s'était plaint et l'avait vue comme un boulet qu'il était obligé de supporter. Il lui en avait tout d'abord voulu de l'empêcher de partir en voyage avec Elphias puis d'être l'obstacle majeur à la réalisation de ses projets avec Gellert. Il se souvenait parfaitement, même après tout ce temps, avoir pensé à quel point il était pénible d'être bloqué à Godric's Hollow et de devoir s'occuper d'elle.
Et puis elle était morte. Tout était arrivé si vite. En une soirée, sa vie avait tourné au cauchemar. Sa sœur était morte, son frère le haïssait et Gellert avait disparu. Albus avait tout perdu en l'espace de quelques minutes.
Tout ce qu'il pouvait faire à présent était de continuer à venir ici, année après année et commémorer la mémoire d'Arianna.
Albus contempla les tombes pendant un moment puis fit apparaître des gerbes de fleurs en se demandant à quel point sa vie aurait été différente s'il avait été un meilleur frère et un meilleur fils.
Avec un dernier regard sur les tombes et il se retourna pour partir.
Arrivé à la sortie, il nota que l'inconnu qu'il avait vu précédemment allonger sur le muret y était maintenant assis, lisant un livre. Il avait l'air d'avoir entre 25 et 30 ans, plutôt maigre avec des cheveux châtains foncé lui arrivant aux épaules. L'homme leva les yeux en l'entendant approcher et le regarda de haut en bas, la tête légèrement inclinée.
— Vous êtes Albus Dumbledore, dit-il avec un léger accent qu'Albus ne pouvait pas situer.
— En effet, répondit Albus. Et vous êtes… ?
— Surpris. Je ne m'attendais pas à ce que vous soyez le premier sorcier que je rencontrerais ici. Surtout si ce que vous racontez à tout le monde est vrai.
Donc c'était un sorcier. Probablement un étranger considérant l'accent et le fait qu'il ne l'ait jamais vu à Poudlard. Albus le fixa d'un intérêt poli.
— Alors est-ce que c'est vrai ? continua l'homme. L'infâme mage noir qui terrorise tous les Britanniques est-il vraiment de retour ? J'ai entendu plusieurs rumeurs, mais rien ne figure dans les journaux.
— Je crains que malheureusement ce soit le cas. Puis-je me permettre de vous demander le rapport entre le retour de Lord Voldemort et ma présence à Godric's Hollow ?
— N'est-ce pas dans ce village même qu'il a attaqué Harry Potter et en est mort ? Les Potter sont bien enterrés dans ce cimetière, non ? J'aurais pensé qu'il serait venu ici immédiatement après son retour. Je veux dire, il s'agit clairement de vieille magie et cette forme de magie laisse toujours des traces à l'endroit où elle a eu lieu. Et, si l'on est assez habile, il est possible du moins en théorie, de comprendre précisément ce qui s'est passé et comment en tirer avantage, voire peut-être même d'en annuler certains effets.
Albus regarda l'inconnu interloqué et quelque peu méfiant. De telles choses étaient effectivement possibles, mais ce genre de connaissances n'était pas franchement à la portée du premier sorcier venu. Qui était cet homme ?
— Veillez excusez le vieil homme que je suis, mais je ne me souviens pas vous avoir vu à Poudlard, quel est votre nom ?
— Oh oui, pardon, je ne voulais pas paraître impoli, répondit l'homme avec un sourire d'excuse pas totalement sincère. Je m'appelle Geralt. Geralt Welder. Et je ne suis pas Anglais donc vous ne risquiez pas de me voir à Poudlard.
— Je m'en serai douté, répondit Albus d'un ton joyeux. Alors Monsieur Welder, dans quelle école étiez-vous ? Dumstrang ?
— Je ne suis allé dans aucune école. Ma mère, paix à son âme, voyageait beaucoup. Nous ne sommes jamais restés très longtemps dans le même pays. C'est elle qui m'a appris les bases de la magie. L'expérience et la lecture m'ont enseigné le reste.
Albus regarda l'autre sorcier. Si ce qu'il disait était vrai, obtenir des informations sur Geralt Welder, en supposant qu'il s'agisse bien de son vrai nom, risquait de s'avérer compliquer. Pas de pays, pas d'écoles et probablement pas de dossier dans un ministère non plus.
N'ayant rien d'urgent de prévu pour le reste de l'après-midi, il demanda :
— Que diriez-vous de continuer cette conversation autour d'un verre ? Je connais un endroit charmant au coin de la rue.
L'homme eut un petit rire qui n'atteignit pas ses yeux.
— Mais j'en serai absolument enchanté, Monsieur Dumbledore.
…..
Une fois attablés au Pub dans lequel le sorcier l'avait suivi d'un pas nonchalant, Albus but une gorgée d'hydromel et pris la parole.
— Je dois vous avouer, Monsieur Welder, que je suis intrigué quant à votre présence dans ce village. Apparemment, si ma compréhension est exacte et je pense qu'elle l'est, vous espériez y croiser Lord Voldemort. Il me semble donc logique de vous demander pourquoi vous pourriez désirer une chose aussi dangereuse.
— La curiosité ? L'ennui ? Il paraît que ce Voldemort est le plus grand mage noir de tous les temps, dit-il d'un ton moqueur. Un sorcier tellement effrayant que personne n'ose prononcer son nom, et ce, malgré le fait qu'il soit mort lors d'un duel épique j'en suis sûr, contre un bambin d'un an.
— N'avez-vous pas dit que selon vous, il s'agissait de vieille magie ?
— Oh c'est probablement le cas, oui, bien que je ne sache pas laquelle précisément. L'amour, le sang, les serments. Des grands mystères que l'on peine encore à expliquer de nos jours. C'est fascinant. Mais ce que je pense n'est pas très important. Ce qui est important c'est ce que les gens pensent, et ce qu'ils pensent, c'est que Voldemort s'est fait battre par un bébé. C'est drôle, du moins pour moi, parce que j'imagine que pour lui ça doit être assez vexant.
— Je vois… dit Albus d'un ton léger, et c'est la raison pour laquelle vous pensiez qu'il pourrait venir à Godric's Hollow. Je dois cependant vous avertir que Lord Voldemort ne prend pas bien les moqueries et qu'il demeure, somme toute, un sorcier très puissant. Je sais qu'il n'est pas aussi craint à l'international qu'au Royaume-Uni, mais croyez-moi, vous auriez tort de le sous-estimer. Si vous l'aviez croisé, vous seriez probablement mort à présent.
Welder haussa négligemment les épaules et s'adossa contre sa chaise.
— Je voulais simplement lui parler, je suis curieux, on raconte tout et n'importe quoi sur lui. Je veux juste me faire une idée de qui il est en tant que personne, voire l'homme derrière le mythe. Il ne peut pas réellement vouloir renforcer encore plus le statut du secret et tuer tous ceux qui ne sont pas de sang pur. Sûrement personne ne peut être aussi bête.
Le sorcier s'interrompit, semblant méditer un instant sur l'intelligence supposée de Tom puis secoua la tête en reportant son attention sur Albus.
— Comment a-t-il fait pour revenir ?
— Ça, Monsieur Welder, j'ai bien peur de ne pas pouvoir vous le dire, répondit Albus avec un sourire.
— Je pense que vous m'avez mal compris, je ne demandais pas comment il avait fait pour ne pas mourir, seulement comment il s'était arrangé pour récupérer son corps. À ma connaissance, il y a plusieurs moyens. Transfert d'énergie, rituel, possession, nécromancie. Puisque vous êtes celui qui annonce son retour à tout le monde, vous devez savoir comment il s'y est pris, non ?
Albus l'observa attentivement.
L'homme avait l'air détendu en sa présence et lui parlait de manière naturel comme il se serait adressé à n'importe qui d'autre, ce qui était devenu plutôt rare ces dernières décennies. Il semblait également avoir de bonnes connaissances en magie et ses suppositions étaient étonnamment bien pensées, considérant le fait qu'il ne connaissait pas Voldemort personnellement ni l'existence de la prophétie.
La distinction qu'il venait de faire cependant était à la fois inquiétante et extrêmement adéquate. Apparemment, ce sorcier, qui semblait sûr de lui au point d'en paraître arrogant, était familier avec pas mal de domaines magiques. Il restait à déterminer jusqu'où s'étendait sa culture.
— Il a utilisé une potion dans un vieux rituel de magie noir, éluda Albus. Comment saviez-vous que j'avais raison sur son retour ? Le ministère refuse d'y croire.
Geralt laissa échapper un ricanement dédaigneux.
— Je ne suis pas surpris. Les gouvernements quels qu'ils soient, ont tous leurs lots de bureaucrates idiots, incompétents et corrompus, bien je doive tout de même reconnaître que le ministère de la magie britannique en contient un nombre alarmant. Mais pour en revenir à votre mage noir, le rituel utilisé nécessitait apparemment la présence d'Harry Potter. S'il désirait un ennemi, ne trouvez-vous pas étrange que son choix se soit tourné vers un garçon de 14 ans plutôt que des Aurors aguerris ou vous-même ?
— Vous n'avez pas répondu à ma question, insista le vieux sorcier d'un ton plus froid. Comment avez-vous su ?
— J'avais déjà des raisons de penser que cet idiot n'était pas vraiment mort et qu'il pourrait revenir à un moment ou à un autre, cela ne m'a donc pas vraiment surpris lorsque vous avez annoncé son retour il y a deux mois. Vous n'auriez rien à gagner à mentir là-dessus et malgré vos nombreuses excentricités, je ne pense pas que vous soyez aussi fou que les journaux se plaisent à le prétendre.
— Croyez bien que j'en suis flatté. Cependant puisque vous semblez convaincu que je ne sois ni fou ni idiot, peut-être auriez-vous l'amabilité de me dire ce que vous faites réellement ici. Je ne crois pas un seul instant que vous vouliez rencontrer Lord Voldemort uniquement par curiosité. Non, c'est calculer, tout comme votre présence à cette table avec moi.
— Ah vraiment ?
— Oui, vraiment, répliqua poliment Albus. Vous m'avez abordé plus tôt dans l'objectif apparent d'avoir une discussion avec moi. Et tout au long de notre conversation, vous vous êtes attelé à me démontrer que vous étiez particulièrement bien informé sur la situation tout en restant délibérément vague sur vos intentions. La façon dont je vois les choses, Mr Welder, c'est que vous êtes un étranger dont je n'ai jamais entendu parler, qui semble avoir des connaissances dans des domaines relativement obscurs et une bonne compréhension de la magie noire. Vous comprendrez donc que j'ai certaines réserves vous concernant.
— Oui, c'est sûr que présenter comme cela, j'aurai des doutes moi aussi, concéda l'homme avec un sourire amusé. Mais je vous assure que je n'ai pas de mauvaises intentions, et à aucun moment je n'ai cherché à vous contrarier. Je ne suis pas avec Voldemort et je ne cautionne certainement pas ses idées.
Il était en effet assez improbable que Geralt Welder soit un Mangemort ou affilié à Tom d'une quelconque manière au vu de la façon dont il en parlait. Même sous couverture, aucun Mangemorts n'aurait osé être aussi ouvertement irrespectueux. Il aurait de toute façon été trop jeune pour avoir servi Voldemort avant sa chute. Il doutait également qu'il puisse travailler pour le ministère. Mais le plus étrange dans tout ça, c'est que malgré son comportement et de manière totalement irrationnelle, Albus était convaincu que l'homme n'était pas une menace pour lui.
— Je veux bien croire que vous ne souteniez pas Lord Voldemort, mais vous êtes venu jusqu'en Angleterre pour une raison précise. Pourquoi ne pas m'expliquiez honnêtement qui vous êtes et ce que vous faites ici.
— C'est compliqué, marmonna Geralt.
Pour la première fois, l'air d'arrogance désinvolte qu'il arborait depuis qu'ils avaient commencé à parler s'effaça pour laisser place à une expression fatiguée.
— Il y a quelque temps, il y a eu un incident, et toute ma vie, tous les projets que j'avais élaborés depuis mon enfance sont partis en fumées. J'ai passé les dernières années à essayer de trouver un moyen de corriger ce qui m'était arrivé ce jour-là. Il m'a fallu du temps, mais j'ai fini par comprendre que ça ne marcherait pas et que je ne pourrais jamais récupérer ce que j'avais perdu.
L'homme poussa un profond soupir et poursuivit :
— Pour la première fois de ma vie, je n'avais plus la moindre idée de quoi faire, plus le moindre plan. C'est incroyablement libérateur en fait. Du coup, lorsqu'une connaissance m'a informé que vous essayez d'avertir les sorciers du retour de Voldemort, je me suis dit « Pourquoi ne pas aller en Angleterre voir ce qu'il en ait ? » Et comme je n'avais rien de mieux à faire, me voilà.
— Et comme vous n'aviez rien de mieux à faire, vous voilà., répéta Albus en haussant les sourcils.
— Ce n'est pas un mensonge.
— Peut-être pas, mais ce n'est certainement pas toute la vérité non plus.
— La vérité est une affaire de contexte, Monsieur Dumbledore, je ne pense pas vous l'apprendre, répondit Geralt d'une voix lasse. Je ne suis pas votre ennemi ni même celui de votre petit gouvernement corrompu. Je ne cherche pas à faire de vague ou à prôner une quelconque idéologie politique. Je vous l'ai dit, je n'ai plus le moindre plan. Je suis simplement ici pour déterminer à quel point Voldemort pourrait s'avérer être un problème.
Alors qu'il écoutait l'homme parler, Albus ne pouvait pas se détacher d'un sentiment de familiarité persistant. Comme si Geralt Welder et lui s'étaient déjà rencontrés auparavant. Ce qu'il était presque certain de ne jamais avoir fait. Mettant son impression de côté, il déclara :
— Lord Voldemort sacrifierait le monde des sorciers dans son ensemble s'il pensait que cela pourrait lui conférer le moindre avantage personnel.
— Ah, eh bien ça a au moins le mérite d'être claire, bien que surprenant venant de vous. J'imagine que vous avez un plan pour l'arrêter ?
— Je suis avant tout le directeur d'une école, déclara Albus. Pour l'instant je me concentre sur quelque chose de plus urgent. La rentrée scolaire est dans deux semaines et je n'ai toujours pas trouvé de professeur de défense contre les forces du mal.
— Ah oui, j'en ai entendu parler. Il y aurait apparemment une malédiction sur le poste. Pas étonnant que personne n'en veuille.
– En effet. Je n'ai pas réussi à conserver le même enseignant plus d'une année depuis 1957.
— Ce genre de malédiction disparaît normalement à la mort du lanceur, dit Geralt. Ce qui me pousse à me demander ce qui a bien pu intéresser Voldemort dans un poste de professeur. Il ne me semble pas être du genre à aimer enseigner.
— Oh à mon avis ça avait plus avoir avec le fait d'être à Poudlard qu'avec un quelconque désir d'enseigner, répondit Albus, ne prenant même plus la peine d'être surpris par le fait que l'homme ait pu deviner correctement. Mais il semblait assez déterminer à obtenir le poste.
— De toute évidence.
Albus l'évalua quelques instants en réfléchissant puis décida de demander :
— Et vous ? Seriez-vous intéressé par un poste de professeur ?
Une expression de totale surprise apparut brièvement sur le visage de Geralt Welder avant qu'il ne se mette à rire.
— Moi ? Non ! Je n'ai ni la patience ni l'intérêt d'enseigner. Vous et moi sommes très différents là-dessus, professeur Dumbledore.
— Former de jeunes esprits et leur apprendre à se défendre en ses temps troublés peut s'avérer particulièrement utile et gratifiant, lança Albus avec un sourire. Que comptez-vous faire de toute façon ? Attendre la venue inexistante de Lord Voldemort à Godric'Hollow ?
— Je trouverais bien quelque chose. Je suis plein de ressources.
— Je n'en doute pas, mais ses ressources seraient probablement mieux utilisées à Poudlard.
Geralt lui lança un regard incrédule.
— Êtes-vous réellement en train d'essayer de me recruter ?! Il n'y a pas dix minutes, vous me qualifiez d'étranger suspect avec de bonnes connaissances en magie noire et maintenant vous voulez m'offrir un poste de professeur dans une école pleine d'enfants ? La vieillesse a-t-elle affecté votre cerveau ? Vous sembliez avoir plus de bon sens en 1957.
— Peut-être… cependant, vous n'êtes pas Lord Voldemort, répondit Albus d'un ton très calme.
— Non, c'est exact. Et contrairement à lui, je ne suis pas intéressé par Poudlard et encore moins par le fait d'y enseigner. Je n'ai d'ailleurs aucun diplôme. Je n'ai ni mes BUSES ni mes ASPICS.
— Cela fait un certain temps que nous parlons et sans vouloir me vanter je suis un bon juge de caractère. Bien que vos motivations restent floues, je ne pense pas que vous soyez le genre de personne qui ferrait du mal à des enfants. Quant à vos connaissances, je suis convainque qu'elles sont largement suffisantes pour enseigner à des élèves. Ai-je tort ?
— Vous engageriez vraiment un parfait inconnu sans la moindre qualification sur la base de votre simple jugement ? demanda sèchement Geralt.
— Au vu de la façon dont vous critiquez ma décision, il est évident que vous vous souciez déjà de la sécurité des élèves, fit remarquer le vieux sorcier d'un air amusé. De plus, j'ai rarement tort.
— Ce n'est pas parce que la communauté britannique vous traite comme la réincarnation de Merlin que vous devez commencer à y croire, Dumbledore. La désillusion risquerait d'être brutale.
Albus haussa un sourcil, il y avait longtemps qu'on ne s'était pas adressé à lui avec un ton aussi condescendant. La dernière personne à l'avoir fait devait être Gellert lors de leur duel fatidique il y a près de 50 ans. Souriant légèrement, il insista :
— Considérez-le, vous y seriez de toute façon pour moins d'un an et ce sera l'occasion pour vous de découvrir Poudlard. Vous serez logé, nourri, payé et l'école dispose de la plus grande bibliothèque magique de Grande-Bretagne. De plus s'il se passe la moindre chose dans le pays, vous en serez rapidement informé, je vous assure qu'il n'y a pas mieux que les adolescents pour colporter des ragots.
L'homme le fixa d'un air dubitatif.
— Vous disiez vous-même ne pas avoir le moindre plan de prévu, lui rappela gentiment Albus.
— Oui, mais à aucun moment ça ne signifiait mon intention de devenir professeur.
— La curiosité peut nous conduire sur de nouveaux chemins, prenez cela comme le conseil d'un vieil homme qui a déjà beaucoup vécu. Pourriez-vous au moins y réfléchir ?
— Très bien, j'y réfléchirais, répondit Geralt visiblement agacé.
— C'est tout ce que je vous demande, mon cher.
…..
Quelques jours plus tard, Albus contemplait le parc de l'école depuis la fenêtre de son bureau. Il prenait un risque en embauchant quelqu'un dont il ne savait rien en se fiant uniquement à une intuition et son instinct. De plus, il y avait définitivement quelque chose d'étrange chez cet homme, comme un air de déjà-vu.
D'un autre côté, il l'aurait à présent sous les yeux pendant toute l'année scolaire pour découvrir qui il était, qu'elles étaient ses motivations et ce qu'il cachait. Son recrutement inopiné aura également l'avantage de tenir à distance le ministère en évitant une ingérence trop directe de leur part.
Entre le retour de Lord Voldemort et l'arrivée de Geralt Welder, l'année risquait de s'avérer intéressante.
